La nuit du belvédère

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : La nuit du belvédère Histoire érotique Publiée sur HDS le 01-08-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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La nuit du belvédère
Temps de lecture ~ 20 minutes

L'été à Santa Barbara sent le jasmin et l'asphalte chaud. Les collines descendent vers le Pacifique en longues vagues de broussailles sèches, et le soir, quand la lumière bascule du côté orange, les jardins publics s'allument comme des lanternes.

Le Sunken Gardens Park, derrière le palais de justice, est l'un de ces endroits que les touristes photographient le matin et que les habitants s'approprient le soir. Des guirlandes ont été tendues entre les oliviers pour une exposition photographique en plein air, quelque chose d'artistique et de vaguement militant, une célébration du corps féminin dans l'espace public. Le collectif s'appelle Hors Cadre. Ils ont des autorisations, un budget modeste, et beaucoup d'ambition.

Clara a vingt-huit ans. Elle est venue seule.



Chapitre 1 . L'exposition

Le vernissage a commencé à dix-neuf heures, mais la lumière vraiment belle, celle qui transforme les visages en quelque chose d'inoubliable, n'arrive qu'après vingt et une heures à cette saison. Clara le sait. Elle est arrivée tôt quand même.

Elle porte une robe bain de soleil couleur ivoire, légère comme un souffle, avec deux fines bretelles qui laissent ses épaules entièrement nues. Pas de soutien-gorge. Ses cheveux blonds, encore humides de la douche, sèchent lentement dans l'air tiède. Elle a mis du rouge sur ses lèvres, rien d'autre.

Les photographies sont accrochées sur des fils entre les arbres, encadrées dans du bois brut, illuminées par des spots à piles fichés dans la terre. Des corps de femmes, tous différents, toutes les morphologies, toutes les postures. Certaines sourient. D'autres regardent l'objectif avec quelque chose entre la défiance et l'invitation. Clara s'arrête devant une image en particulier, une femme d'une cinquantaine d'années, assise sur un rocher au bord de la mer, complètement nue, les yeux fermés, le visage tourné vers un soleil invisible. Il y a dans sa posture quelque chose de si parfaitement accompli, si peu soucieux du regard extérieur, que Clara sent quelque chose se contracter doucement au creux du ventre.

Elle prend un verre de vin blanc à la table des bénévoles. Puis un deuxième.

La foule est légère, une soixantaine de personnes peut-être, qui circulent entre les œuvres avec ce mélange de recueillement et de mondanité propre aux vernissages de plein air. Des couples, des groupes de filles, quelques hommes seuls avec des appareils photo. L'un d'eux la regarde. Pas de façon insistante, pas de façon banale non plus. Il lève les yeux de son écran au moment précis où elle passe devant lui, et son regard se pose sur elle avec une attention si complète, si dépourvue d'ambiguïté, qu'elle faillit s'arrêter.

Elle ne s'arrête pas.

Elle continue à marcher, un peu plus lentement, consciente de ses épaules, de la façon dont la robe glisse sur ses hanches à chaque pas. Elle trouve le banc au fond du jardin, légèrement en retrait des guirlandes, dans une zone moins éclairée où l'herbe sent l'humidité du soir. Un vieux banc en bois peint, avec des accoudoirs en ferronnerie noire. Elle s'assoit, croise les jambes, puis les décroise.

L'homme est là, à une vingtaine de mètres, son appareil autour du cou. Il parle à quelqu'un, ou fait semblant. De temps en temps son regard revient sur elle avec la régularité tranquille d'un phare.

Clara pose son verre dans l'herbe.

Elle pense, sans vraiment formuler la pensée, qu'elle peut faire n'importe quoi. Qu'elle est à Santa Barbara, dans un jardin public, entourée d'images de femmes nues, avec du vin blanc dans le sang et une robe si fine qu'on devine la chaleur de sa peau à travers le tissu. Elle pense à la femme sur le rocher, aux yeux fermés, à ce visage qui ne demande rien à personne.

Elle glisse la main sous l'ourlet de sa robe.

Pas encore. Juste la main posée sur la cuisse, à mi-hauteur. La peau légèrement moite. La chaleur de la soirée emprisonnée là, sous le tissu.

L'homme lève son appareil.

Clara ne bouge pas. Elle laisse simplement ses jambes s'écarter d'un centimètre, puis de deux, et sent l'air du soir toucher l'intérieur de ses cuisses comme une caresse à peine formulée. Sa main remonte d'un geste lent, presque distrait, jusqu'au bord de sa culotte, et ses doigts se posent là, à plat, sur le coton fin.

Le déclic de l'appareil est inaudible à cette distance. Mais elle voit le petit rectangle de lumière s'allumer brièvement sur l'écran.



Chapitre 2 . Le banc

Il y a maintenant trois personnes qui la regardent.

L'homme à l'appareil photo, d'abord, qui n'a plus fait semblant de parler à quiconque. Il s'est déplacé légèrement sur la gauche, sans s'approcher, avec la patience particulière des photographes qui savent qu'on ne force pas un moment, qu'on l'attend.

Une femme ensuite, la quarantaine, cheveux sombres coupés court, un verre de vin rouge à la main. Elle s'est arrêtée à mi-chemin entre deux photographies accrochées aux oliviers, et son attention a glissé insensiblement des œuvres vers Clara, comme si le jardin lui proposait une exposition supplémentaire, non prévue au programme.

Et puis un couple, plus loin, qui chuchote.

Clara les voit tous sans les regarder. Sa vision périphérique suffit. L'essentiel se passe ailleurs, sous sa main, entre ses cuisses que l'air du soir effleure avec une douceur presque insupportable.

Elle a retiré sa culotte.

Le geste a été simple, presque banal, les pouces glissés dans l'élastique, un léger soulèvement du bassin, le tissu descendu le long des chevilles et plié soigneusement, posé sur l'accoudoir en ferronnerie noire comme un mouchoir oublié. Personne dans la foule ne s'en est aperçu. Ou peut-être que si. Ça n'a plus vraiment d'importance.

La robe couvre encore ses cuisses. À peine.

Elle laisse ses jambes s'écarter davantage, lentement, jusqu'à sentir la fraîcheur du bois verni sous ses genoux. La nuit a la tiédeur particulière de la Californie en juillet, une chaleur sèche qui persiste dans l'air longtemps après le coucher du soleil, et les guirlandes lumineuses projettent sur sa peau des reflets dorés qui se déplacent doucement quand la brise remue les branches au-dessus d'elle.

Sa main droite reprend sa place.

Les doigts se posent d'abord à plat sur le bas-ventre, juste au-dessous du nombril, là où la peau est plus fine et plus sensible qu'ailleurs, là où le moindre frôlement se répercute plus loin. Elle respire lentement par la bouche. Puis sa main glisse plus bas, et ses doigts trouvent le bord du pubis, la limite entre la peau lisse et la toison plus courte, et elle presse là, doucement, sans encore descendre davantage, juste pour sentir la chaleur et la légère pulsation qui bat sous ses doigts comme quelque chose d'impatient.

L'homme à l'appareil fait deux pas vers elle.

Clara lève les yeux. Leurs regards se croisent. Il est grand, la quarantaine probable, une barbe de quelques jours et un tee-shirt sombre. Il ne sourit pas. Il incline très légèrement la tête, une question muette, et elle répond de la même façon, un mouvement à peine perceptible du menton, un accord tacite qui ne demande pas de mots.

Il porte l'appareil à son œil.

À l'instant précis où elle entend le premier déclic, ses doigts glissent plus bas et trouvent le sexe, chaud et déjà humide, les lèvres légèrement gonflées sous la pression des doigts. Elle ne retient pas son souffle. Elle laisse au contraire sortir un long soupir, presque silencieux, les lèvres entrouvertes, la tête appuyée contre le dossier du banc.

Sa main gauche monte vers sa poitrine.

Les bretelles de la robe glissent facilement sur ses épaules, le tissu s'abaisse jusqu'à la taille, et ses seins apparaissent dans l'air du soir, la peau pâle dans la lumière dorée des guirlandes, les mamelons durcis par l'exposition à l'air, par le désir, par la conscience du regard posé sur elle. Elle referme les doigts sur son sein gauche, doucement d'abord, puis avec plus de fermeté, et le plaisir ajoute une couche supplémentaire à tout le reste, une note aiguë sur un accord déjà riche.

L'appareil photo déclenche plusieurs fois.

Clara ferme les yeux par intermittence. Quand elle les rouvre, elle voit l'homme, le rectangle noir de l'appareil, et derrière lui, flous dans la nuit du jardin, d'autres visages tournés vers elle. La femme aux cheveux courts s'est approchée. Le couple a cessé de chuchoter.

Ses doigts travaillent avec une précision acquise de longue date, remontant vers le clitoris par intervalles réguliers avant de redescendre pour s'introduire brièvement à l'intérieur, et revenir, et repartir, un circuit lent et méthodique qui fait monter la pression par paliers. Le bois du banc grince légèrement sous elle quand elle bouge les hanches. L'herbe autour d'elle sent la terre humide et quelque chose de végétal, presque sucré.

Elle entend la foule autour d'elle, les voix des gens qui regardent les photographies exposées entre les arbres, un rire quelque part, de la musique basse venue du bar à l'autre bout du jardin. Tout continue. La soirée continue. Elle est là, au milieu de tout ça, le buste nu dans la lumière des guirlandes, la main entre les cuisses, et personne ne crie au scandale parce que c'est un vernissage et que les corps de femmes font partie du programme.

La femme aux cheveux courts s'est arrêtée à trois mètres du banc.

Elle regarde sans l'apparence de regarder, le verre de vin toujours à la main, les yeux mi-clos. Clara sent ce regard-là d'une façon différente, plus directe, plus physique, comme si la femme avait posé une main sur son épaule sans la toucher. Quelque chose passe entre elles, une reconnaissance, une complicité muette, et Clara laisse sa jambe droite glisser davantage sur le côté, s'offrir un peu plus à l'air et à la lumière.

La pression monte.

Elle accélère le mouvement de ses doigts, deux doigts maintenant à l'intérieur, la paume appuyée contre le clitoris, et son bassin commence à suivre le rythme avec des micro-oscillations qu'elle ne cherche plus à contrôler. Sa main sur son sein serre plus fort. Sa tête se renverse en arrière, les cheveux blonds cascadant sur le dossier du banc, la gorge exposée à la nuit.

L'appareil photo déclenche en rafale.



Chapitre 3 . La montée

Le premier orgasme arrive sans prévenir.

Pas une explosion, rien de théâtral. Une vague longue et profonde qui commence quelque part dans le bas du dos et remonte lentement, vertèbre par vertèbre, jusqu'aux épaules, et Clara mord sa lèvre inférieure pour ne pas faire de bruit, bien qu'une partie d'elle ait envie de crier dans le jardin, dans la nuit, dans la lumière des guirlandes. Ses cuisses se referment une seconde sur sa main, puis se rouvrent. Ses orteils se sont crispés dans ses sandales.

Elle reste immobile un moment, les doigts toujours en place, la respiration irrégulière.

La femme aux cheveux courts n'a pas bougé.

L'homme à l'appareil photo a baissé son équipement. Il la regarde directement maintenant, sans l'intermédiaire du viseur, et son visage a quelque chose d'attentif et de presque grave, comme quelqu'un qui écoute de la musique en fermant les yeux. Clara rencontre son regard. Elle retire lentement sa main de sous sa robe, porte ses doigts à ses lèvres, les effleure du bout de la langue sans le quitter des yeux.

Il fait les vingt mètres qui les séparent en une douzaine de pas.

Il s'arrête devant le banc, debout, l'appareil pendant à son cou. Il sent légèrement le bois de santal et la sueur tiède. Il dit son prénom, Owen, d'une voix basse, et elle dit le sien, et ça suffit pour l'instant, les prénoms suffisent. Il s'assoit à côté d'elle sur le banc, pas contre elle, à une distance de trente centimètres, les coudes sur les genoux, et il regarde devant lui quelques secondes comme s'il réfléchissait à quelque chose.

Puis il pose sa main sur sa cuisse.

La peau de Clara tressaille sous la pression de la paume, pas par surprise, mais parce que c'est une main d'homme, large et chaude, qui pèse différemment de la sienne. Il ne bouge pas tout de suite. Il laisse sa main là, à mi-cuisse, le temps que la chaleur circule entre eux.

La femme aux cheveux courts s'est légèrement rapprochée. Elle se tient maintenant à l'orée du petit cercle de lumière que projette la guirlande la plus proche, assez près pour voir, assez loin pour que ça reste ambigu. Clara la voit du coin de l'œil. Sa présence ne la gêne pas. Au contraire.

Owen commence à faire remonter sa main.

Lentement, avec une patience qui est presque une forme de politesse, ses doigts effleurent l'intérieur de la cuisse, la peau plus fine à cet endroit, plus réactive, et Clara laisse ses jambes s'écarter à nouveau sous la pression légère de sa paume. Il découvre ainsi, par la progression naturelle de son geste, qu'elle n'a plus de culotte, et un souffle court traverse ses narines, quelque chose entre la surprise et l'approbation.

Ses doigts trouvent le sexe.

Il prend son temps. Il ne fait pas ce qu'elle a fait, pas tout de suite, pas avec la même cartographie intime. Il explore d'abord les contours, les lèvres extérieures, le pli entre la cuisse et le pubis, la chaleur qui rayonne de là avec une intensité que Clara elle-même ne perçoit plus, habituée qu'elle est à sa propre température. Sous les doigts d'Owen tout redevient neuf, étranger, légèrement surprenant.

Clara pose la tête sur son épaule.

Un geste simple, presque domestique, qui contraste avec tout le reste et qui est peut-être pour ça si troublant. Sa joue contre le tee-shirt sombre, l'odeur de santal et de chaleur, la main d'un inconnu entre ses cuisses dans un jardin public éclairé aux guirlandes. Elle ferme les yeux.

Il introduit un doigt, avec précaution, en suivant l'humidité qui guide sa progression naturellement, et Clara laisse échapper un son très bas, moins qu'un gémissement, plus qu'un soupir, quelque chose de bref et d'involontaire qui disparaît dans les bruits du jardin. Son bassin se soulève légèrement pour aller à la rencontre de sa main. Il ajoute un second doigt, la paume tournée vers le haut, et commence un mouvement intérieur lent et précis qui appuie sur la paroi antérieure avec une régularité qui fait monter les larmes aux yeux de Clara, pas de tristesse, pas tout à fait de plaisir, mais de quelque chose qui ressemble aux deux.

La femme aux cheveux courts fait encore deux pas.

Elle est maintenant assez proche pour que Clara perçoive son parfum, quelque chose de fleuri et de sec, de la pivoine peut-être, ou du vétiver. Clara tourne la tête vers elle sans lever la tête de l'épaule d'Owen. Leurs regards se rencontrent. La femme a les yeux très sombres, presque noirs dans la lumière ambrée, et elle regarde le visage de Clara avec une intensité qui n'est pas du voyeurisme, ou pas seulement, mais quelque chose de plus doux et de plus direct.

Clara lui tend la main.

La femme hésite une fraction de seconde, pose son verre dans l'herbe, et s'assoit de l'autre côté sur le banc. Elle s'appelle Diane. Elle dit son prénom contre l'oreille de Clara, tout bas, et Clara sent le souffle chaud sur sa tempe.

Diane porte sa main à la bretelle restante de la robe et la fait glisser.

La robe tombe complètement jusqu'à la taille, et les deux mains de Diane viennent envelopper les seins de Clara par-derrière, les doigts fins refermés sur la peau chaude, les pouces frottant les mamelons avec des cercles lents qui envoient une décharge directe vers le bas-ventre déjà saturé de sensations. La bouche de Diane se pose dans le cou de Clara, sur le côté, juste sous l'oreille, et elle mord doucement.

Owen accélère le mouvement de ses doigts.

Clara n'est plus appuyée contre son épaule. Elle s'est redressée, le dos légèrement cambré, les mains posées à plat sur ses propres cuisses comme pour se tenir, les paumes pressées contre le bois du banc de chaque côté d'elle. Elle respire par saccades courtes. Diane continue sur sa poitrine, ses doigts pinçant et relâchant les mamelons avec un rythme qui s'accorde au mouvement de la main d'Owen, et Clara sent la deuxième vague monter bien plus haut que la première, s'accumuler dans ses reins, dans ses cuisses, dans les muscles du ventre.

Owen retire ses doigts.

Un gémissement de protestation lui échappe. Il porte ses doigts à ses lèvres à lui, les goûte avec un calme qui la fait frissonner, puis sa main revient se poser à plat sur le bas-ventre de Clara, juste au-dessus du pubis, une pression ferme et immobile qui contient le désir sans le satisfaire.

Il se lève du banc.

Il est debout devant elle, il déboutonne son jean avec des gestes tranquilles, et Clara le regarde faire avec la conscience aiguë d'être là, nue jusqu'à la taille dans un jardin public, Diane derrière elle les mains sur ses seins, les guirlandes au-dessus d'elle, et quelques silhouettes immobiles dans la pénombre des oliviers qui observent sans intervenir, témoins silencieux d'une scène qui ressemble à une photographie déjà prise.



Chapitre 4 . Owen

Owen est debout devant elle, et Clara lève les yeux vers lui avec une attention qui n'a plus rien de calculé.

Il est en érection, le sexe sorti du jean entrouvert, et elle le prend d'abord dans sa main, referme les doigts sur la chaleur ferme, sent la pulsation régulière contre sa paume. Elle fait un mouvement lent du poignet, une fois, deux fois, en le regardant toujours. Ses lèvres s'entr'ouvrent légèrement. Derrière elle, Diane a glissé une main le long de son ventre et ses doigts ont repris là où Owen s'est arrêté, deux doigts à l'intérieur, le pouce posé sur le clitoris, un rythme régulier et patient qui tient Clara en suspension au bord de quelque chose d'immense.

Elle penche la tête en avant et prend Owen dans sa bouche.

La langue d'abord, la pointe sur le frein, puis les lèvres refermées sur le gland, la chaleur humide enveloppant le sexe par degrés. Elle entend sa respiration changer au-dessus d'elle, se faire plus lourde, plus lente, et sa main libre s'est posée dans ses cheveux, pas pour diriger, juste pour toucher, les doigts entremêlés dans le blond encore légèrement humide de la soirée. Clara fait descendre ses lèvres plus loin le long de la hampe, revient, recommence, trouve son propre rythme, celui qui lui convient, et elle sent dans la tension du corps d'Owen la qualité de son plaisir comme quelque chose de palpable.

Diane a accéléré.

Les doigts à l'intérieur de Clara se sont mis à travailler avec plus d'insistance, la paume appuyant à chaque retrait, et le pouce sur le clitoris décrit des cercles de plus en plus étroits. Clara gémit autour du sexe d'Owen, un son étouffé qui lui fait incliner davantage la tête vers l'arrière. Elle a du mal à se concentrer sur les deux sensations simultanément, la bouche et le bas-ventre, le donner et le recevoir, et elle s'abandonne à l'un et à l'autre sans hiérarchie, laissant le plaisir circuler librement dans les deux sens.

Owen se retire doucement de sa bouche.

Il s'accroupit devant le banc, les mains sur ses genoux, et il l'embrasse. Un baiser long, avec la langue, les mains de Diane toujours actives et Clara entre eux deux. Clara sent la barbe légère d'Owen contre sa lèvre supérieure, son goût de vin blanc, la chaleur de son souffle. Il rompt le baiser, se redresse.

Clara se lève.

La robe glisse entièrement et reste dans l'herbe au pied du banc. Elle est nue maintenant dans le jardin, les sandales aux pieds, les guirlandes au-dessus d'elle, les silhouettes immobiles des oliviers tout autour. L'air du soir sur sa peau est une sensation à part entière, une caresse diffuse et continue, et elle est traversée par une forme de vertige qui n'est pas de l'ivresse mais qui lui ressemble.

Owen la prend par les hanches et la retourne doucement.

Elle se retrouve face au banc, les mains posées sur le dossier, le bois rugueux sous ses paumes. Derrière elle, Diane s'est levée aussi et elle l'entend, le froissement de tissu, des vêtements qu'on retire. La main d'Owen descend dans le bas de son dos, s'arrête sur la cambrure naturelle, et Clara baisse les hanches en réponse, offre l'angle.

Il entre en elle par-derrière, lentement.

La pénétration est longue, progressive, et Clara serre les doigts sur le dossier du banc en laissant échapper un son continu, grave, qui dure tout le temps de l'entrée. Il est profond immédiatement, à cause de la position, à cause de l'angle, et il reste immobile un instant une fois entré jusqu'à la garde, les mains sur ses hanches, le temps que son corps s'adapte à la plénitude soudaine.

Puis il commence à bouger.

Des mouvements longs d'abord, un retrait presque complet suivi d'une pénétration lente, régulière, qui fait sentir à Clara chaque centimètre du trajet dans les deux sens. Elle entend le bruit de leur contact, humide et rythmé, discret mais réel dans l'air du soir, et la conscience de ce son, public et intime à la fois, ajoute quelque chose d'électrique à tout le reste.

Diane s'est positionnée devant elle, assise sur le dossier du banc, les jambes légèrement écartées.

Elle a retiré son pantalon et sa culotte. Sa peau est mate dans la lumière des guirlandes, le pubis épilé, le sexe à hauteur du visage de Clara. Une invitation sans ambiguïté. Clara n'hésite pas. Elle plonge la tête en avant et sa bouche trouve le sexe de Diane, les lèvres d'abord, puis la langue, longue et plate contre le clitoris, et Diane laisse échapper un son étranglé et noue les doigts dans les cheveux de Clara avec une force qui témoigne de l'immédiateté de son plaisir.

Owen a accéléré derrière elle.

Le rythme s'est densifié, les mouvements plus courts et plus percutants, et chaque poussée porte Clara en avant vers le sexe de Diane, la bouche appuyée plus fort, la langue pressée davantage, si bien que les trois corps forment une chaîne dont chaque maillon transmet et reçoit simultanément. Clara sent sa troisième vague de la soirée s'accumuler différemment des deux premières, plus large, plus diffuse, ancrée profondément dans le bas-ventre où le sexe d'Owen travaille avec une précision implacable.

Diane jouit la première.

Ses cuisses se referment sur les oreilles de Clara, ses doigts se crispent dans ses cheveux, et un long gémissement traverse le jardin, plus fort que tout ce qui a précédé, assez fort pour que quelques têtes se tournent depuis la zone principale de l'exposition. Diane tremble. Clara continue sa bouche sur elle, plus doucement maintenant, en accompagnement, pendant que ses propres hanches suivent Owen dans son rythme devenu frénétique.

Owen la saisit par les épaules et la ramène contre lui, debout, cambré en arrière, les mains à plat sur son ventre, le sexe toujours à l'intérieur mais l'angle changé, plus haut maintenant, et il glisse une main vers le bas, trouve le clitoris de Clara avec le pouce, appuie.

Elle crie.

Pas fort, ou peut-être si. Elle ne sait pas vraiment. L'orgasme la traverse comme quelque chose qui n'a plus de dimension précise, qui occupe tout l'espace disponible, les muscles des cuisses, du ventre, des épaules, les mâchoires, les paupières, et elle sent Owen se répandre en elle quelques secondes plus tard avec une série de poussées brèves et profondes et un son sourd contre sa nuque.

Ils restent ainsi, debout dans le jardin, les trois corps emmêlés le temps que la respiration revienne.



Épilogue

Plus tard, Clara retrouve sa robe dans l'herbe au pied du banc. Elle est légèrement humide de rosée, ou d'autre chose. Elle la remet quand même.

Owen a rallumé l'écran de son appareil et feuillette les images. Il en tourne une vers elle sans rien dire. Clara sur le banc, la tête renversée en arrière, les guirlandes en arrière-plan, les bras légèrement écartés, la lumière dorée sur la peau. Quelque chose dans la posture évoque les photographies accrochées entre les oliviers, la même liberté accomplie, le même oubli du regard extérieur, bien que le regard extérieur soit précisément ce qui a tout déclenché.

Diane a remis son pantalon et récupéré son verre de vin dans l'herbe. Elle boit une gorgée, sourit à Clara par-dessus le bord du verre.

La soirée continue ailleurs dans le jardin. De la musique, des voix, le rire d'une femme quelque part entre les arbres. Personne n'est venu les déranger. Personne ne s'est offusqué. Le vernissage du collectif Hors Cadre a simplement eu, ce soir-là, une œuvre de plus que prévu.

Clara remet ses bretelles en place, lisse le tissu sur ses hanches, et regarde une dernière fois la photographie sur l'écran d'Owen.

Elle reconnaît la femme sur le banc.

Elle ne ressemble que très peu à celle qu'elle était en arrivant, deux heures plus tôt, avec son verre de vin blanc et sa solitude bien tenue.

Fin.

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