Le chemin des senns

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : Le chemin des senns Histoire érotique Publiée sur HDS le 29-06-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Le chemin des senns
Temps de lecture ~ 12 min

Le chemin montait doucement à flanc de colline. L’orage approchait. L’air, lourd et humide, collait comme une seconde peau, tandis que le vent soulevait par intermittence les cheveux qui s’échappaient de mon chignon. Je marchais vite, les pieds nus dans l’herbe fraîche, les sandales à la main. La lumière était étrange, dorée et menaçante à la fois, filtrée par les nuages bas qui s’amoncelaient au-dessus des crêtes. Je sentais l’électricité dans l’air, cette tension qui précède toujours la tempête, et qui, ce soir-là, semblait répondre à celle qui montait en moi depuis des jours.

Je n’avais pas programmé de venir ici. Pas ce soir. Pas seule. Mais les hasards de la vie, ou peut-être ses caprices, m’avaient conduite jusqu’à cette vieille maison de pierre perchée sur la colline, une maison que je connaissais bien, où j’avais passé des étés entiers, adolescente, à rêver d’amour et de corps entrelacés. Elle appartenait maintenant à un homme que je ne connaissais que de vue, un peintre dont les toiles, sensuelles et tourmentées, ornaient les galeries de la ville. On disait de lui qu’il vivait comme il peignait : avec une intensité qui frisait l’excès, une recherche permanente de l’instant où la beauté bascule dans le vertige.

Je n’avais pas sonné. La porte était entrouverte, comme une invitation, ou une négligence. J’avais poussé le battant de bois usé, et l’odeur m’avait saisie avant même que mes yeux ne s’habituent à la pénombre : huile de lin, tabac froid, et cette note âcre, presque animale, qui trahit la présence d’un corps qui a transpiré, joué, aimé. La pièce principale était vaste, les murs couverts de toiles et d’esquisses, certaines achevées, d’autres à peine ébauchées. Un canapé bas, défoncé, trônait au centre, recouvert de draps froissés et de coussins aux couleurs passées. Par terre, des bouteilles vides, des verres souillés de rouge, un plateau de fromages à moitié dévorés. Et, posées négligemment sur une table basse, des cordes de soie, un fouet, une boîte de cire à cacheter entrouverte.

Je n’eus pas le temps de m’étonner. Une voix, rauque et amusée, résonna derrière moi :

— Tu es en avance.

Je me retournai. Il se tenait dans l’embrasure d’une porte, torse nu, le pantalon de lin blanc à moitié déboutonné, les cheveux noirs en désordre. Ses yeux, d’un vert presque fluorescent, me dévisageaient avec une curiosité qui n’avait rien de poli. Il avait les mains sales de peinture, des traces de bleu et de rouge maculant ses avant-bras, comme s’il venait de travailler.

— Alors je ne suis pas celle que vous attendiez, répondis-je, la voix plus assurée que je ne l’aurais cru.

— Si tu es là, c’est que c’est toi.

Il avança d’un pas, et je sentis mon souffle se bloquer. Il était plus grand que je ne l’avais imaginé, plus large aussi, avec cette carrure d’homme qui travaille de ses mains, qui vit avec son corps. Il s’arrêta à quelques centimètres de moi, assez près pour que je sente la chaleur qui émanait de lui, assez loin pour que je doive lever les yeux pour croiser son regard.

— Tu veux un verre ?

— Non.

— Tu veux que je te montre mes dernières toiles ?

— Non.

Un sourire étira ses lèvres, lent, presque paresseux.

— Alors, qu’est-ce que tu veux, toi qui arrives comme une ombre au moment où la tempête va éclater ?

Je ne répondis pas. Je n’en avais pas besoin. Mes doigts, comme mus par une volonté qui n’était plus la mienne, se posèrent sur sa poitrine, là où la peau était lisse, tendue sur les muscles. Il ne broncha pas. Il attendit. Je traçai une ligne invisible jusqu’à son nombril, puis plus bas, effleurant le tissu de son pantalon, sentant sous mes doigts la chaleur de son sexe, déjà dur, déjà impatient. Il ferma les yeux un instant, comme pour savourer ce contact, puis les rouvrit, brillants.

— Tu es sûre que tu ne veux pas de vin ?

— J’ai soif d’autre chose.

***

Il m’attira contre lui d’un geste brusque, et sa bouche s’écrasa sur la mienne avant que je ne puisse ajouter un mot. Ce n’était pas un baiser, c’était une prise de possession, une morsure presque, ses lèvres écrasant les miennes, sa langue forçant le passage entre mes dents.

Je gémis, plus de surprise que de plaisir, mais mon corps réagit avant mon esprit : mes mains se refermèrent sur ses épaules, mes hanches se collèrent aux siennes, et je sentis son érection presser contre mon ventre, dure, insistante. Il me poussa contre le mur, et je heurtai une toile qui oscilla sur son chevalet. Je n’eus pas le temps de voir ce qu’elle représentait. Ses mains étaient partout : dans mes cheveux, sur ma nuque, glissant sous mon chemisier pour en défaire les boutons avec une impatience qui me fit sourire.

— Tu aimes qu’on te déshabille comme ça ? murmura-t-il contre ma bouche, les doigts agiles, presque brutaux.

— Je n’en sais rien. Personne ne l’a jamais fait avec cette… urgence.

Il ricana, et son souffle chaud me fit frissonner.

— Alors tu vas découvrir.

Mon chemisier tomba par terre. Il fit de même avec mon soutien-gorge, d’un geste sec, et mes seins se libérèrent, ronds, sensibles à l’air frais de la pièce. Il les regarda un instant, comme un artiste contemple une œuvre avant de s’y atteler, puis ses mains se refermèrent sur eux, pétrissant, malaxant, les pouces frottant contre mes mamelons qui durcirent instantanément. Je laissai échapper un gémissement sourd, et il en profita pour capturer à nouveau ma bouche, tout en continuant à me toucher, à me modeler, comme si j’étais de l’argile entre ses doigts.

— Tu es belle, dit-il enfin, d’une voix rauque. Mais tu le sais déjà.

— Peut-être. Mais pas comme ça.

— Comme ça ?

Ses doigts glissèrent plus bas, défirent la ceinture de ma jupe, la firent tomber à mes pieds. Je me retrouvai en culotte, les jambes légèrement écartées, offerte à son regard qui me dévorait. Il se recula d’un pas, les yeux brillants, et je sentis un frisson me parcourir, non pas de froid, mais d’excitation pure.

— Tourne-toi.

J' obéis. Mes paumes s’aplatirent contre le mur, et j’entendis le froissement du tissu quand il se positionna derrière moi. Ses mains se posèrent sur mes hanches, puis remontèrent le long de mon dos, traçant un sillon de feu sur ma peau. Je fermai les yeux, attendant, désirant. Et puis ses lèvres effleurèrent ma nuque, chaudes, humides, tandis que ses doigts s’insinuaient sous l’élastique de ma culotte.

— Tu es trempée, murmura-t-il, satisfait.

Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Sa bouche descendait le long de ma colonne vertébrale, mordillant, léchant, tandis que ses doigts exploraient mon sexe, glissant entre mes lèvres, trouvant mon clitoris déjà gonflé, déjà palpitant. Je cambrai les reins, offrant davantage de moi à ses caresses, et il grogna, un son animal, presque frustré.

— Tu veux que je te fasse jouir comme ça ? Juste avec mes doigts ?

— Non.

— Alors comment ?

Je me retournai brusquement, le poussai contre le canapé. Il tomba en riant, les yeux pétillants de défi. Je m’agenouillai entre ses jambes, défis son pantalon d’un geste vif. Son sexe jaillit, dur, veiné, la peau tendue sur la longueur, le gland déjà luisant d’un liquide transparent. Je le pris dans ma main, sentant son poids, sa chaleur, et je le regardai, un instant, avant de pencher la tête et de le prendre dans ma bouche.

Il jura, ses doigts s’enfonçant dans mes cheveux. Je le suçai lentement, savourant le goût salé de sa peau, la texture soyeuse contre ma langue. Je remontai jusqu’au gland, tournai ma langue autour, puis redescendis, prenant autant de lui que possible, jusqu’à ce que je sente son extrémité contre ma gorge. Il gémit, ses hanches se soulevant malgré lui, et je reculai, le laissant échapper un grognement de frustration.

— Tu joues avec le feu, murmura-t-il, les yeux mi-clos.

— J’aime ça.

Je repris mon jeu, plus vite cette fois, plus fort, mes lèvres serrées autour de lui, ma main caressant ses bourses, les massant doucement. Ses respirations devenaient plus courtes, plus saccadées, et je sentis ses muscles se tendre sous mes doigts. Il était proche. Très proche. Et puis il me repoussa brusquement, me fit basculer sur le dos, sur le canapé, et se pencha sur moi, ses yeux verts brillants comme ceux d’un fauve.

— À mon tour.

***

Il arracha ma culotte d’un geste sec, écarta mes cuisses, et je me retrouvai offerte à lui, totalement nue, totalement vulnérable. Il me regarda un instant, comme s’il voulait graver cette image dans sa mémoire, puis il se pencha, et sa bouche se referma sur mon sexe.

Je criai. Ce n’était pas un gémissement, c’était un cri, pur, animal, qui jaillit de ma gorge avant que je ne puisse le retenir. Sa langue était partout, explorant, léchant, suçant, ses doigts s’enfonçant en moi, trouvant ce point sensible qui me fit presque défaillir. Je me cambrai, mes mains agrippant ses cheveux, le retenant contre moi, comme si je pouvais le noyer en moi. Il ne se dégagea pas. Il continua, implacable, ses lèvres se refermant sur mon clitoris, aspirant, relâchant, encore et encore, jusqu’à ce que je sente l’orgasme monter, inexorable, une vague qui allait tout emporter.

— Attends, haletai-je, les doigts crispés dans ses cheveux. Pas comme ça. Pas encore.

Il leva les yeux, un sourire narquois aux lèvres.

— Tu veux quoi, alors ?

— Toi. En moi.

Il ne se fit pas prier. Il se redressa, prit son sexe dans sa main, le guida jusqu’à mon entrée. Je retins mon souffle. Il était large, plus que je ne l’avais jugé, et je sentis une pointe de douleur quand il commença à me pénétrer. Mais la douleur se mêla rapidement au plaisir, une sensation de plénitude, de possession, qui me fit gémir à nouveau. Il s’enfonça lentement, centimètre par centimètre, jusqu’à ce qu’il soit entièrement en moi, jusqu’à ce que je sente ses bourses contre mes fesses.

— Putain, murmura-t-il, les yeux fermés, comme s’il luttait pour garder son contrôle. Tu es si serrée.

Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Je bougeai mes hanches, juste un peu, et il grogna, ses mains se refermant sur mes hanches, me retenant en place.

— Pas encore.

Il commença à bouger, lentement d’abord, puis plus vite, plus fort, chaque coup de reins me faisant monter un peu plus vers ce sommet que je sentais approcher. Je l’entourai de mes jambes, mes talons s’enfonçant dans ses fesses, l’attirant plus profond en moi. Il accéléra, ses mouvements devenant plus saccadés, plus désespérés, et je sentis mon propre orgasme se préciser, comme un éclair dans le lointain.

— Maintenant, murmurai-je, les ongles plantés dans ses épaules. Maintenant, viens.

Il obéit. Ses coups de reins devinrent frénétiques, et je sentis son sexe gonfler en moi, juste avant que le plaisir n’éclate, une déflagration qui me traversa de part en part, me faisant crier son nom, encore et encore. Il jouit en même temps que moi, son sperme chaud se déversa, prolongeant mon propre orgasme, comme si nos plaisirs ne faisaient plus qu’un.

Il s’effondra sur moi, son souffle chaud contre mon cou, son cœur battant à tout rompre contre le mien. Je fermai les yeux, savourant cette sensation de plénitude, cette fatigue heureuse qui me gagnait. Dehors, le premier grondement de tonnerre éclata, sourd, lointain. La tempête arrivait.

***

Nous sommes restés ainsi un long moment, enlacés, nos corps encore tremblants, nos peaux collées par la sueur. Puis il s’est redressé, me regarda avec un sourire en coin.

—Toujours sûre que tu ne veux pas de vin ?

Je ris, un son rauque, presque méconnaissable.

— Peut-être un peu.

Il se leva, nu, sans aucune pudeur, et je profitai de l’instant pour le dévorer des yeux. Il était beau, dans le désordre de ses cheveux, la trace de mes ongles sur ses épaules, la peinture qui maculait encore ses avant-bras. Il revint avec deux verres et une bouteille entrouverte, s’assit à côté de moi, me tendit un verre.

— À la tempête, dit-il en trinquant.

— À la tempête.

Le vin était corsé, presque âpre, comme lui. Comme ce moment. Je bus une gorgée, posai le verre, et me tournai vers lui. Ses yeux brillaient toujours, mais il y avait autre chose, maintenant, une question, une attente.

— Tu restes ? demanda-t-il enfin.

Je regardai par la fenêtre. L’orage était tout proche, à présent, les éclairs zébrant le ciel, illuminant la pièce par intermittence. Je me sentis soudain légère, presque insouciante.

— Pourquoi pas ?

Il sourit, et ce sourire était une promesse. Une promesse de nuits sans sommeil, de corps entrelacés, de peaux qui glissent, de souffles qui s’emmêlent. Une promesse de tempête.

***

Les heures qui suivirent furent un tourbillon de sensations. Nous explorâmes chaque recoin de cette maison, chaque pièce devenant le théâtre de nos jeux. Dans l’atelier, il m’attacha les poignets avec les cordes de soie, me laissant impuissante tandis qu’il me caressait avec des pinceaux trempés dans de la peinture, traçant des motifs sur ma peau, léchant ensuite les traces colorées. Dans la cuisine, il me fit asseoir sur la table, écarta mes cuisses, et me pénétra lentement, profondément, tandis que je m’agrippais au bord du meuble, les ongles enfoncés dans le bois. Dans la chambre, enfin, il me prit par-derrière, ses mains enserrant mes seins, son souffle chaud dans mon cou, tandis que les éclairs illuminaient nos corps en sueur, nos ombres dansantes sur les murs.

Chaque fois, c’était différent. Chaque fois, c’était plus intense. Et chaque fois, je me surprenais à vouloir plus, à exiger plus, comme si quelque chose en moi s’était réveillé, une faim que rien ne pouvait rassasier.

***

Vers trois heures du matin, épuisés, nous nous sommes effondrés sur le lit défait, nos corps enlacés, nos peaux marquées par les morsures, les griffures, les traces de peinture. Dehors, la pluie tambourinait contre les vitres, un rythme apaisant, presque hypnotique. Je posai ma tête sur son épaule, écoutant les battements de son cœur, lent, régulier. Il jouait avec mes cheveux, distraitement, comme s’il réfléchissait.

— Tu sais, murmura-t-il enfin, tu es la première qui reste après.

Je levai les yeux vers lui, surprise.

— Vraiment ?

— Vraiment.

— Pourquoi moi, alors ?

Il haussa les épaules, un geste presque enfantin.

— Parce que tu es entrée comme une ombre, et que tu as l’air de comprendre que je ne cherche pas à posséder. Juste à vivre. Intensément.

Je souris, amusée.

— Et si je te disais que je ne cherche pas non plus à posséder ? Juste à ressentir.

— Alors, répondit-il en se penchant pour m’embrasser, nous sommes faits pour nous entendre.

L’orage avait cessé. J’enfilai ma robe à même la peau et pris le chemin qui descendait.

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