Les survivantes

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : Les survivantes Histoire érotique Publiée sur HDS le 01-07-2026 dans la catégorie A dormir debout
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Couleur du fond :
Les survivantes
Temps de lecture ~ 12 min

I. La piste

Le sable avait recouvert les anciennes routes sous une couche uniforme, couleur d'os.

Kael avançait sans se presser. Il connaissait la valeur de l'énergie, ici, dans ce qui restait du complexe pétrochimique de Sarvath, une forêt de tuyaux rouillés et de cuves éventrées que le vent traversait avec un bruit de gorge. Il portait sur lui tout ce qu'il possédait : une gourde, un couteau, un rouleau de fil de cuivre, quelques cartouches. Son manteau de toile kaki tombait jusqu'aux genoux et battait contre ses jambes à chaque rafale.

À sa droite, Brûle trottait, le museau bas.

Le chien avait une dizaine d'années, un pelage noir et feu qui captait la chaleur comme une plaque de métal. C'était un croisement de berger australien et d'autre chose, quelque chose de plus sauvage, avec des oreilles trop grandes et un regard qui ne lâchait rien. Kael l'avait trouvé trois ans plus tôt, coincé sous une poutre, la patte arrière cassée. Il l'avait soigné avec des attelles de fortune et de la patience. Depuis, le chien ne le quittait plus.

Ils progressaient le long de la galerie principale, une avenue de tôle et de béton que les années avaient partiellement effondrée. La lumière filtrait par les brèches en colonnes obliques, chargées de poussière. L'odeur était celle du métal chaud, de la rouille, et, très légèrement, en dessous, quelque chose d'organique. Une odeur vivante.

Brûle s'arrêta.

Il leva la tête, les naseaux frémissants. Ses oreilles se dressèrent. Puis il s'orienta vers l'est, vers le secteur qu'on appelait les Réservoirs, et sa queue décrivit un arc lent, presque prudent.

Kael s'accroupit à côté de lui.

"Qu'est-ce que tu sens ?"

Le chien ne répondit pas, évidemment. Il s'élança.

Kael se releva et suivit, sans courir. Brûle ne courait pas non plus. Il avançait à une allure décidée, le nez à trente centimètres du sol, virant légèrement à gauche, à droite, recoupant la piste avec une précision de boussole. De temps en temps, il s'immobilisait, reniflait une pierre, un bout de tissu coincé sous un rivet, et repartait. La piste était récente.

Kael glissa la main vers son couteau.

Pas pour l'attaque. Pour la clarté.

Ils traversèrent deux salles dévastées, anciennes salles de contrôle dont les panneaux d'instruments pendaient comme des viscères, et débouchèrent sur une zone plus ouverte, flanquée de cuves cylindriques à moitié ensevelies dans le sable. L'une d'elles avait été percée par quelque chose de lourd et formait une sorte d'abri naturel, une grotte de métal sous laquelle le sable restait à l'ombre.

Brûle s'arrêta devant l'ouverture.

Il s'assit, ce qui était son signal.

Kael s'immobilisa à cinq mètres. Il écouta. Un souffle, à peine. Deux souffles, en fait, décalés. Et un gémissement très bref, comme quelqu'un qui retient quelque chose.

Il posa son couteau dans son fourreau et cria, vers l'ombre.

"Je suis seul. Le chien ne mord pas."

Silence.

"Quelqu'un est blessé. J'entends."

Un bruit de tissu. Puis une voix, sèche et méfiante.

"Reculez."

Voix de femme. Kael recula d'un pas.

"Je peux m'en aller. Ou je peux regarder la blessure. C'est vous qui choisissez."

Nouveau silence. Brûle attendait, la queue posée sur le sable.

***

II. L'abri

La première à apparaître dans l'ouverture était grande, les épaules larges pour une femme, les cheveux sombres coupés court, une cicatrice ancienne qui lui traversait le sourcil gauche. Elle portait une barre de métal dans la main droite et regardait Kael avec l'attention de quelqu'un qui a appris à ne pas se tromper.

Elle s'appelait Dace.

Derrière elle, au fond de la cuve, l'autre était allongée sur un matelas de toile, la jambe gauche enveloppée dans un bandage de fortune, une vieille chemise déchirée en bandes. Son visage était pâle, les traits tirés par la douleur, mais elle était éveillée. Elle avait les yeux ouverts, gris clair, presque transparents dans la lumière tamísée. Elle s'appelait Sora. Elle avait vingt-six ans, peut-être vingt-sept. Elle ne comptait plus très bien.

Kael s'accroupit près de la jambe.

Le bandage était posé n'importe comment, trop serré à un endroit, lâche à l'autre. La plaie en dessous, une entaille profonde sur le tibia, saignait encore par endroits.

"Il faut nettoyer. J'ai de la pommade et du fil."

Dace n'avait pas posé sa barre.

"Pourquoi vous feriez ça ?"

Kael leva les yeux vers elle sans se lever.

"Parce que sinon la plaie va s'infecter et elle va mourir. Vous le savez déjà."

Dace le regarda longtemps. Puis elle posa la barre contre la paroi de métal.

"Allez-y."

Il travailla une heure. Sora ne cria pas, mais elle s'agrippa à la main de Dace avec une force considérable pendant le nettoyage, les dents serrées, les yeux au plafond de tôle. Dace lui parlait à mi-voix, des mots sans signification particulière, juste le flux régulier d'une voix. Kael remarqua la façon dont Dace tenait la main de Sora, pas seulement pour lui donner une poignée, mais avec les doigts entrelacés, le pouce qui traçait de petits cercles sur le dos de la main. Une manière ancienne de tenir quelqu'un.

Il recousit proprement, banda serré, fixa les extrémités.

"Elle ne marchera pas avant quatre jours."

"On s'en doutait."

"Je peux rester si vous le voulez. Surveiller l'infection."

Dace le regarda de nouveau avec ce regard de balance.

"Vous voulez quoi en échange ?"

"Compagnie", dit Kael. "Rien d'autre pour l'instant."



III. Le soir

La nuit dans les Réservoirs était d'un calme presque absurde, contredit seulement par le métal qui craquait en refroidissant et par le vent qui cherchait des passages entre les tuyaux. Kael avait allumé un petit feu à l'entrée de la cuve, juste assez pour faire bouillir l'eau d'une gourde et réchauffer les rations sèches qu'il partageait sans qu'on le lui demande.

Brûle s'était couché aux pieds de Sora et n'avait pas bougé depuis.

Sora avait mangé lentement, encore blanche sous les pommettes, mais les yeux un peu moins creux. Elle regardait le feu, et parfois Dace, avec une expression que Kael ne cherchait pas à déchiffrer. Dace, elle, mangeait debout, un oeil sur l'entrée.

Après le repas, Kael s'éloigna sous prétexte de vérifier les alentours.

Il resta dehors vingt minutes. Il savait qu'elles avaient besoin d'air.

À son retour, elles chuchotaient. Dace était assise près de Sora, les genoux contre la paroi métallique, et Sora avait posé la tête sur l'épaule de Dace. Leurs voix s'arrêtèrent quand il entra. Kael s'installa de l'autre côté du feu sans commentaire.

"Vous étiez combien, dans votre groupe ?" dit-il.

Dace hésita.

"Huit. Il y a trois semaines."

Il n'insista pas.

***

Tard dans la nuit, Kael s'endormit ou fit semblant. Il était difficile de dire la différence, dans le monde tel qu'il était devenu. Le feu avait baissé à quelques braises orangées. Brûle dormait pour de vrai, les flancs soulevés d'un rythme lent.

Ce fut d'abord le silence qui changea.

Un silence différent, plus dense, habité. Puis un son très léger, à peine un froissement de tissu, suivi d'un souffle retenu.

Kael n'ouvrit pas les yeux.

Il entendit Dace murmurer quelque chose d'inaudible, et Sora répondre par un son qui n'était pas un mot. Puis plus rien pendant longtemps, sauf une respiration qui se modifiait, s'approfondissait.

Il garda les yeux fermés.



IV. Ce que Kael n'était pas censé voir

Mais il voyait quand même.

Pas vraiment, pas complètement. La lumière des braises ne portait qu'à deux mètres, et les deux femmes étaient à quatre. Mais ses yeux s'étaient ouverts d'eux-mêmes, par une habitude de survie plus forte que la politesse, et il voyait les silhouettes.

Dace était penchée sur Sora, une main de chaque côté du visage. Elles s'embrassaient avec cette lenteur qui trahit une longue familiarité, le genre de baiser qui sait prendre son temps parce qu'il sait exactement où il va. Sora avait glissé les doigts dans les cheveux courts de Dace et la retenait, légèrement, comme on retient quelque chose qu'on a failli perdre.

Kael resta immobile.

Dace écarta les mains et les fit glisser le long du cou de Sora, sur ses épaules, sur les bords de la chemise. La chemise de Sora était déjà ouverte sur le haut, et Dace y glissa les doigts avec une précision douce, écartant le tissu, dénudant les épaules et la naissance de la poitrine. Sora fit un son bas dans la gorge, mi-plainte mi-approbation.

La blessure à la jambe ne permettait pas les mouvements brusques. Elles avaient dû s'adapter, trouver les angles, les positions qui ne pesaient pas sur le tibia recousu. Ce qu'elles faisaient avait cette qualité d'une chose réfléchie, d'un plaisir organisé autour d'une contrainte.

Dace embrassa le cou de Sora, la clavicule, la courbe du sein gauche. Sa bouche s'attarda là, et Sora inclina la tête en arrière, les lèvres entrouvertes. Les braises projetaient sur leurs deux corps un éclairage couleur cuivre, qui rendait tout plus lent, plus sculptural.

Kael ne bougeait pas.

Sa respiration s'était sans doute modifiée, parce que Dace releva la tête.

Elle le regarda droit dans les yeux à travers la pénombre.

Il n'y avait pas de colère dans son regard. Pas de gêne non plus. Plutôt une question posée en silence, avec la neutralité de quelqu'un qui a appris à évaluer les situations avant de les subir.

Kael ne détourna pas les yeux.

Il dit, très bas.

"Pardon."

Dace ne répondit pas tout de suite. Elle regarda Kael encore un moment, puis elle regarda Sora, et entre elles passa quelque chose que les mots n'auraient pas su transporter, une décision prise sans organes vocaux.

Puis Dace dit, de la même voix basse.

"Restez où vous êtes, si vous voulez."



V. Les deux femmes

Kael ne bougea pas.

Dace se retourna vers Sora et reprit là où elle s'était arrêtée, comme si l'interruption n'avait pas eu lieu, ou comme si sa résolution en était sortie renforcée. Elle souleva doucement la chemise de Sora et la fit passer par-dessus les bras, par-dessus la tête. Le corps de Sora apparut dans la lumière des braises, les épaules étroites, les seins petits et fermes, le ventre plat avec une ligne de duvet sombre jusqu'à la ceinture du pantalon.

Dace enleva son propre haut sans cérémonie.

Elle était plus massive, les pectoraux développés par des années de travail physique, les seins ronds et lourds, un tatouage ancien sur l'omoplate gauche, illisible dans la pénombre. Sa peau était plus sombre que celle de Sora, brûlée par le soleil des années de route.

Elle s'allongea à côté de Sora, sur le côté, avec précaution pour ne pas heurter la jambe blessée, et leurs deux corps se serrèrent l'un contre l'autre.

Elles s'embrassèrent de nouveau, mais différemment. Avec plus de bouche, plus de pression. Les mains de Dace exploraient le dos de Sora, les côtes, le creux des reins, et Sora se serrait contre elle, les hanches pressées contre les hanches de Dace, cherchant le contact sans pouvoir plier la jambe gauche.

Dace descendit.

Elle embrassa la gorge de Sora, le sternum, le sein gauche, puis le droit, sa bouche ouverte sur le mamelon, sa langue qui tournait lentement. Sora retint son souffle, les doigts refermés sur l'épaule de Dace. Un son lui échappa, court, aspiré, et Dace répondit en approfondissant le mouvement, en mordant très légèrement.

"Doucement", murmura Sora.

Dace remonta un instant vers son visage pour l'embrasser sur les lèvres, et ce baiser-là était plus lent encore, presque studieux, une bouche qui apprenait l'autre par coeur pour la centième fois.

Puis elle redescendit.

Elle défit la ceinture du pantalon de Sora, le fit glisser par les chevilles avec des précautions de chirurgien pour ne pas plier la jambe gauche. Il ne restait à Sora qu'un sous-vêtement de coton gris, qu'elle porta elle-même les pouces aux hanches pour l'enlever. Elle le fit lentement, les yeux sur Dace, avec quelque chose qui ressemblait à de l'offrande et à de la provocation dans la même mesure.

Dace prit son temps.

Elle posa les lèvres sur le bas-ventre de Sora, sur le pli de l'aine, sur la face interne de la cuisse droite, et Sora ouvrit les jambes autant que la blessure le permettait. Dace travailla avec ses mains d'abord, deux doigts qui écartaient doucement, qui exploraient la chaleur et l'humidité déjà présentes. Sora respira par la bouche, les paupières mi-closes.

Quand Dace posa la bouche sur elle, Sora fit un son qui n'avait plus rien d'étouffé.

Dace la lècha lentement, avec une précision qui n'avait rien de mécanique, une bouche qui connaissait le corps en face d'elle et savait exactement la pression, la cadence, l'angle. Sa langue dessinait des courbes régulières autour du clitoris, s'appuyait, se retirait légèrement, revenait. Les doigts de sa main droite entraient et sortaient avec un rythme accordé aux sons de Sora.

Sora posa les deux mains dans les cheveux de Dace et la guidait, pas pour la diriger, mais pour rester en contact avec elle, pour garder cette connexion physique pendant que le reste de son corps s'arc-boutait lentement vers quelque chose.

Elle jouissait sans crier, en retenant tout, la bouche serrée, le souffle saccadé, les hanches qui poussaient légèrement contre le visage de Dace dans un mouvement involontaire et répété. Le plaisir traversait ses jambes en ondes, remontait dans ses reins, dans son ventre.

Dace ne s'arrêta pas.

Elle continua, plus doucement, et Sora traversa le seuil une seconde fois, moins brusque, plus longue, le corps entier qui s'abandonnait par vagues successives. Elle dit le prénom de Dace dans un souffle, une fois, et Dace releva la tête pour la regarder.

Elles restèrent ainsi un moment, l'une regardant l'autre dans la pénombre cuivrée.

Kael, de l'autre côté du feu, n'avait pas bougé d'un centimètre. Mais sa respiration était sourde, et la chaleur qui lui traversait la poitrine n'avait rien à voir avec le foyer presque éteint.



VI. L'invitation

Dace se redressa sur les genoux.

Elle regardait Kael. Pas avec le regard de la balance, cette fois. Avec quelque chose de plus direct, moins calculé, plus animal. Elle regardait sa respiration, la tension dans ses épaules.

"Viens", dit-elle.

Une syllabe. Sans intonation particulière.

Kael s'assit. Il cherchait les yeux de Sora, parce que c'était à Sora qu'il avait soigné la jambe, à Sora qu'il devait la délicatesse de poser la question.

Sora le regardait. Ses yeux gris clair brillaient dans la faible lumière, et elle avait un sourire très léger, à peine un pli aux commissures. Elle dit, sans chuchoter.

"Oui."

Kael traversa l'espace entre eux.

Brûle entrouvrit un oeil, constata que la situation ne nécessitait pas son intervention, et se rendormit.



VII. Les corps

Kael s'agenouilla à côté des deux femmes.

Dace l'attira vers elle par le col et l'embrassa sans préambule, avec une bouche ferme et une certitude qui n'avait rien de timide. Elle savait ce qu'elle voulait et elle le prenait. Kael rendit le baiser, ses mains remontèrent le long des flancs de Dace, sentirent la chaleur de sa peau, la musculature du dos.

Sora les regardait.

Elle tendit la main et posa les doigts sur la nuque de Kael, un geste léger, presque une salutation. Il tourna la tête vers elle et l'embrassa à son tour, différemment, plus prudemment, comme on apprivoise quelqu'un. La bouche de Sora était plus douce, plus hésitante, et il y avait dans son baiser une sorte de question à laquelle il répondit en douceur.

Dace déboutonna la chemise de Kael.

Elle avait les mains rapides et décidées. Elle écarta la chemise sur ses épaules et la fit tomber, puis ses mains coururent sur le torse de Kael, les cicatrices, la ligne du sternum, les muscles du ventre. Elle le trouva intéressant, visiblement. Elle posa les lèvres sur son épaule, mordit légèrement.

Kael défit sa ceinture lui-même.

Il se coucha sur le côté entre les deux femmes, prenant garde à ne pas coincer la jambe de Sora. Leurs trois corps formèrent une configuration oblique sur la toile, la chaleur animale de chacun se mélangeant à celle des autres dans l'air confiné de la cuve métallique.

Sora prit sa main et la guida sur son ventre, sur ses hanches. Kael suivit, attentif, laissant ses doigts descendre lentement, écoutant les variations de son souffle. Elle était encore humide du plaisir que Dace lui avait donné, et quand ses doigts la touchèrent elle souleva légèrement les hanches, une demande sans mots.

Il la caressa longuement.

Ses doigts traçaient des lignes lentes sur elle, s'enfonçaient légèrement, revenaient à la surface, trouvaient le rythme qu'elle cherchait. Sora avait posé la tête en arrière et respirait par petites secousses, la main à plat sur le torse de Kael, les ongles qui s'enfonçaient sans le vouloir.

Dace, pendant ce temps, avait ôté le reste de ses vêtements.

Elle s'allongea dans le dos de Kael, son corps pressé contre le sien, et fit ce qu'elle voulut de ses mains sur lui, le tenant, le modelant. Kael sentait sa chaleur dans son dos, la poitrine de Dace contre ses épaules, ses lèvres sur sa nuque. Il était pris entre deux présences, deux chaleurs, deux intentions.

Sora le regarda dans les yeux et dit, simplement.

"Maintenant."

Il s'aligna avec elle avec soin, souleva légèrement sa jambe valide pour trouver l'angle qui ne sollicitait pas la blessure. L'entrée fut lente, très lente, et Sora ferma les yeux et laissa un son long s'échapper entre ses lèvres, pas douloureux, le contraire.

Il s'arrêta à mi-chemin, la regarda.

"Ça va ?"

"Continue."

Il continua.

Il alla jusqu'au bout et s'immobilisa là, sentant la chaleur de Sora autour de lui, complète, serrée. Elle avait posé les deux mains sur ses fesses et le tenait là, sans le laisser bouger, juste la plénitude du contact, le temps que son corps s'habitue à lui.

Puis elle relâcha la pression.

Il commença à bouger, lentement, avec une régularité délibérée. Les hanches de Sora se soulevaient légèrement à chaque poussée, en réponse, et leurs rythmes se cherchèrent, se trouvèrent, se calèrent l'un sur l'autre. Kael prenait appui d'une main sur la toile, l'autre glissée sous le bas du dos de Sora pour la porter légèrement, pour soulager sa jambe.

Dace n'était pas restée spectatrice.

Elle s'était positionnée à genou derrière Kael, une main sur sa hanche pour suivre son mouvement, l'autre glissée par-dessus son épaule vers la poitrine de Sora. Elle embrassait la nuque de Kael, ses dents effleurant sa peau, et ses hanches suivaient le rythme avec une pression régulière qui lui transmettait le mouvement d'une chaîne à l'autre.

Les trois corps formaient une machine lente et parfaitement accordée.

Sora gardait les yeux ouverts par intermittence, regardait le visage de Kael au-dessus d'elle, regardait par-dessus son épaule le visage de Dace, et il y avait dans ses yeux gris quelque chose de bouleversé, de presque médusé, comme si elle avait oublié que le corps pouvait encore donner ça.

Kael accéléra légèrement.

Sora fit un son qui s'étira, se transforma, perdant toute retenue. Sa main droite agrippa l'avant-bras de Dace qui passait sur son sein, l'autre s'enfonça dans l'épaule de Kael. Elle approchait de quelque chose à nouveau, il le sentait à la façon dont ses muscles se resserraient autour de lui, à la façon dont ses hanches avaient cessé d'être régulières et ne faisaient plus que répondre.

Dace se pencha vers l'avant, posa les lèvres sur la tempe de Sora.

"Là", murmura-t-elle.

Sora jouit avec une longue aspiration, les yeux fermés, les deux mains agrippées à Kael qui ne s'arrêtait pas. Elle traversa le plaisir à vague, son corps qui se contractait et se relâchait en séquences, et Kael la portait à travers tout ça, maintenant son rythme, attentif à chaque respiration.

Quand le corps de Sora se détendit enfin, il sortit doucement d'elle et se retourna vers Dace.



VIII. Dace

Dace avait une façon de regarder les gens qui évacuait toute ambiguïté.

Elle regarda Kael et il sut exactement ce qu'elle voulait.

Elle s'allongea sur le dos sans détour, les jambes ouvertes, les bras le long du corps, et il y avait dans sa posture quelque chose de dénué de toute performance, quelque chose d'honnête. Elle ne posait pas. Elle attendait ce qu'elle avait décidé de prendre.

Kael s'agenouilla entre ses jambes.

Il posa la bouche sur son ventre d'abord, sur la ligne de poils sombres qui descendait jusqu'au pubis. Sa langue trouva la peau de l'intérieur de la cuisse, remonta, et Dace respira plus fort mais ne fit pas un son. Elle avait une qualité de résistance, une façon de tenir les rênes de son propre corps même dans le plaisir.

Il posa la bouche sur elle.

Elle était chaude, salée, son odeur mêlée à celle de Sora dont elle gardait la trace sur les lèvres. Kael la lécha méthodiquement, sa langue large d'abord, explorant, puis plus précise, centrant sa pression là où la respiration de Dace changeait. Elle posa une main sur sa tête, pas pour le guider, juste pour maintenir le contact.

Ses hanches commencèrent à bouger, légèrement.

Sora s'était rapprochée. Elle s'était levée sur un coude et regardait Dace, puis elle descendit et embrassa Dace sur la bouche, une main sur sa joue. Dace saisit son poignet, fort, le genre de prise qui dit "reste là", et Sora resta.

Elles s'embrassèrent au-dessus de Kael pendant qu'il continuait sa caresse, et Dace laissa un son monter dans sa gorge pour la première fois, absorbé dans la bouche de Sora.

Kael remonta sur le corps de Dace.

Elle l'attendait. Elle guida elle-même sa main, s'orienta, et quand il entra en elle elle ferma les yeux une seconde puis les rouvrit et le regarda en face. Ses hanches se soulevèrent à sa rencontre, une fois, une façon de dire qu'il pouvait y aller.

Il y alla.

Dace prenait tout avec la même qualité de présence totale. Elle ne se dispersait pas, ne fermait pas les yeux, ne se perdait pas dans l'abstraction. Elle était là, dans chaque poussée, chaque frottement, les hanches actives, les mains sur les reins de Kael qui le saisissaient à certains moments pour l'enfoncer plus profondément.

Sora était allongée à côté d'elles, une main sur l'épaule de Dace. Elle regardait leurs corps.

Le rythme monta.

Dace avait commencé à produire des sons, courts, précis, synchronisés avec le mouvement. Sa main droite était descendue entre leurs corps et elle se touchait elle-même pendant qu'il la prenait, ses doigts rapides sur son clitoris, ajoutant à ce que le corps de Kael lui donnait. Il accéléra encore, sentant que son propre seuil approchait, et Dace sentit le changement dans ses mouvements.

"Sors", dit-elle.

Il sortit.

Elle l'attrapa par les hanches et le guida, et il finit contre son ventre, le souffle coupé, les hanches qui se contractaient en longues ondes. Dace avait posé la main à plat sur son bas-ventre pour recevoir le choc de son plaisir, la chaleur se répandant sur sa peau, et elle l'observait sans ciller pendant qu'il traversait la chose.

Sora tendit le bras et posa les doigts sur la gorge de Kael, là où le pouls battait à toute vitesse.

Il resta ainsi un long moment, à genoux, la tête penchée, les épaules basses.

Puis il se laissa tomber sur le côté.



IX. La nuit

Personne ne parla pendant longtemps.

Le feu avait achevé de mourir. Ils étaient dans le noir presque complet maintenant, le noir des ruines, à peine percé par une lame de clair de lune qui entrait par une fissure dans la paroi de la cuve. Dehors, le vent avait baissé. Le métal ne craquait plus.

Brûle ronflait.

Kael était couché sur le dos, et les deux femmes s'étaient serrées de part et d'autre de lui, moins par désir que par chaleur, par épuisement, par une sorte d'économie du vivant. Sora avait posé la tête sur son épaule, sa jambe blessée allongée et immobile. Dace avait glissé un bras sur son ventre et dormait déjà, ou presque.

Kael regardait le plafond de tôle.

Il pensait à ce qu'il avait vu, à ce qu'il avait touché, à la façon dont les deux femmes s'aimaient, cette familiarité profonde, ce langage muet. Il pensa à la cicatrice sur le sourcil de Dace, aux mains de Sora, trop calleuses pour son âge. À ce groupe de huit dont il ne restait que deux.

Il ne pensa à rien de sentimental.

Dans le monde tel qu'il était, les pensées sentimentales coûtaient de l'énergie. Mais il y avait quelque chose d'autre, quelque chose qui ressemblait à de la gratitude sans en avoir le nom exact. La gratitude d'avoir été inclus dans quelque chose qui n'était pas fait pour lui, que l'on avait élargi par générosité ou par désir ou par solitude, les trois probablement mêlés.

Il ferma les yeux.

Sora remua légèrement et dit, sans vraiment se réveiller.

"T'as soigné ma jambe."

"Oui."

"Merci."

Il ne répondit pas. Elle dormait déjà.

Dace ouvrit un oeil.

"Vous restez demain ?"

Kael réfléchit.

"Si vous le voulez."

Dace referma l'oeil.

"On verra."

Ce n'était pas un non.



Épilogue : Le matin

L'aube entrait par les fissures en fils dorés.

Kael se leva sans bruit. Il ralluma le feu, fit chauffer de l'eau, sortit ses dernières rations. Brûle l'avait suivi dehors, et ils firent ensemble un tour des alentours, le chien le nez bas, Kael les yeux hauts, leurs deux façons complémentaires de lire le territoire.

Rien. Personne. Juste les Réservoirs, le sable, le ciel blanc.

À son retour, Sora était assise, la jambe tendue, les deux mains autour d'une tasse en métal qu'il avait laissée pleine. Elle le regarda entrer sans sourire, mais pas sans chaleur. Les deux choses peuvent coexister, dans ce monde.

Dace était debout, appuyée à la paroi, et elle regardait dehors.

Elle dit, sans se retourner.

"Y a un poste au nord-ouest. À deux jours de marche pour quelqu'un qui marche bien. Trois avec elle."

Kael posa ses affaires.

"Je connais. Il est tenu par des gens corrects."

Dace se retourna.

"Vous connaissez le chemin ?"

"Oui."

Elle le regarda encore avec la balance dans les yeux. Puis quelque chose bougea dans son visage, une tension qui se relâchait par microns, presque imperceptible.

"D'accord."

Brûle traversa la cuve et alla s'asseoir aux pieds de Sora, qui lui gratta l'oreille distraitement. Le chien ferma les yeux avec une expression de satisfaction absolue.

Kael s'accroupit pour défaire son sac et commencer à redistribuer les poids pour le trajet.

Trois jours de marche. La jambe tiendrait si le bandage tenait. Il referait le pansement ce soir.

Dehors, le vent avait complètement cessé. Le sable était lisse, intact, un désert qui n'avait aucune raison d'être hostile ce matin-là. La lumière posait sur les cuves rouillées une couleur de miel pâle qui rendait même les ruines habitables.

Ils partirent une heure plus tard, Sora entre Dace et Kael, une main sur l'épaule de chacun. Brûle en tête, le nez au sol, traçant sa ligne droite vers le nord-ouest avec la certitude tranquille des créatures qui savent exactement où elles vont.



FIN

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