VERA — Épisode IV : La Cache de Rook

- Par l'auteur HDS CDuvert -
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur .
  • • 195 récits publiés.
  • • Cote moyenne attribuée par les lecteurs : 0.0 • Cote moyenne attribuée par HDS : 0.0
  • • L'ensemble des récits érotiques de CDuvert ont reçu un total de 479 847 visites.
Récit libertin : VERA — Épisode IV : La Cache de Rook Histoire érotique Publiée sur HDS le 10-07-2026 dans la catégorie A dormir debout
Cette histoire de sexe a été affichée 70 fois depuis sa publication.

Couleur du fond :
VERA — Épisode IV : La Cache de Rook
Temps de lecture ~ 35 minutes



Résumé des épisodes précédents

Vera se déplace seule entre les zones, sans appartenir à aucune faction. Un long manteau noir sur la peau nue, une ceinture de cuir, des bottines, un pendentif. Son corps comme instrument de contrôle, la fuite comme forme d'intelligence.

À Kael, elle a appris à utiliser sa nudité comme une arme. Elle a neutralisé deux miliciens, déstabilisé le Syndic qui gouvernait la ville, aidé une mécanicienne à fuir avec un stock de valeur. Séparation au croisement des routes. Vera vers l'est.

Sur la route, elle a capturé Lyss, un mutant solitaire dont la peau change de couleur selon son état intérieur. Elle l'a interrogé par accumulation de caresses et d'interruptions, obtenant une cartographie du territoire. Ils ont voyagé ensemble depuis.

Au-delà du col, dans une cabane de la faction qui contrôle le passage vers l'est, elle a séduit Dain, un cuisinier qui tenait le rôle d'agent de renseignement. Elle en a obtenu des informations sur la zone et les cartes des routes sûres, stockées sous une trappe. Elle est repartie avec les cartes avant l'arrivée de Rook, l'homme à qui elles étaient destinées. Trois poursuivants ont été neutralisés, Lyss blessé à l'épaule.

Les cartes indiquent un point d'eau à l'est, marqué d'une étoile à cinq branches.







I.

La grotte est étroite, l'entrée dissimulée par des branchages secs disposés avec soin, pas jetés là par le vent. Quelqu'un les a placés, il y a peu, les extrémités encore souples sous les doigts de Vera quand elle les écarte.

À l'intérieur, l'obscurité d'abord, puis les yeux qui s'ajustent. Des caisses en bois empilées le long de la paroi gauche, cerclées de métal rouillé. Des armes, des lames, deux fusils enveloppés dans du cuir huilé. Et au fond, posé à même le sol, un sac de cuir épais, fermé par trois sangles.

Vera s'accroupit devant lui, défait les sangles une par une.

Des armes encore, des couteaux de réserve, des munitions dans des sachets étanches. Et autre chose, sous tout ça, enveloppé dans une toile cirée : un carnet. Petit format, couverture de cuir noir, les pages serrées d'une écriture minuscule à l'encre brune. Elle l'ouvre au hasard. Des noms, des dates, des croquis de routes avec des annotations en marge, des chiffres qui ressemblent à des distances ou à des quantités. Des informations sur les factions, les ressources, les passages. Pas des notes de voyage. Un relevé de renseignements.

Lyss est penché sur son épaule, la blessure bandée, le visage pâle mais les yeux vifs.

— C'est plus que des armes, murmure-t-il. C'est un trésor.

— Ou un piège, répond Vera.

Elle tourne les pages lentement. Les noms qu'elle reconnaît sont peu nombreux, mais ils sont là : Kael, le Col, une faction au sud dont elle a entendu parler sans jamais la croiser. Et puis, vers le milieu du carnet, une page cornée, marquée d'une croix tracée à l'ongle. Une seule annotation, en bas de page, dans une écriture différente des autres, plus appuyée, presque gravée dans le papier.

La Cuisine. Toujours chaude. Toujours ouverte.

Vera referme le carnet.

— Dain, dit-elle.

Lyss se redresse.

— Il t'a menti ?

— Il m'a testée. Elle glisse le carnet dans sa ceinture, contre les cartes. Le sac, les armes, tout ça était destiné à Rook, et Rook savait qu'elle viendrait, ou quelqu'un comme elle, quelqu'un que la faction du Col voulait évaluer. Dain n'a pas livré ses informations sous la contrainte. Il les a livrées parce qu'il avait reçu l'ordre de les livrer, à la bonne personne, de la bonne façon.

Le corps de Vera enregistre ça sans affect particulier. Elle a été manœuvrée, au moins partiellement. Ça ne change pas ce qu'elle a obtenu.

— Et tu as réussi le test, dit Lyss, avec dans la voix quelque chose qui ressemble à de l'admiration.

— On verra ce que ça signifie.

Elle se relève, regarde la grotte une dernière fois. Les caisses, les armes. Elle prend deux couteaux supplémentaires, les glisse dans la ceinture. Laisse le reste.

— On ne peut pas rester ici. Rook va envoyer d'autres hommes.

— Alors où est-ce qu'on va ?

Elle sort les cartes, les déplie sur le couvercle d'une caisse. La lumière qui entre par l'entrée de la grotte est basse, orangée, le soleil en fin de course vers l'ouest. Elle cherche la marque, la retrouve en quelques secondes, un point d'eau à l'est, une étoile à cinq branches tracée à l'encre rouge, la seule marque en couleur sur toute la carte.

— Là. Elle pose le doigt dessus. C'est là qu'on va.

Lyss se penche, regarde. Sa peau capte le peu de lumière disponible, des reflets cuivrés sur ses épaules nues dans le froid qui commence à tomber avec le soir.

— C'est à combien ?

— Une nuit de marche. Peut-être moins si le terrain est praticable.

Il hoche la tête, puis pose les yeux sur elle, pas sur la carte.

— Vera.

— Quoi.

— Tu saignes.

Elle baisse les yeux. Une entaille sur l'avant-bras gauche, propre, peu profonde, qu'elle n'a pas sentie pendant le combat. Le sang a séché en une ligne sombre le long du bras, mais le bord de la plaie est encore humide.

— C'est rien.

— Je sais. Il s'approche quand même, sort un carré de tissu propre de la poche intérieure de sa veste, le presse contre la plaie sans demander la permission. Sa main est chaude. La peau de ses doigts prend des reflets dorés au contact du sien, ce tremblement de couleur involontaire qu'elle a appris à lire comme un baromètre.

Elle le laisse faire.

— On part dans dix minutes, dit-elle.



II.

La nuit tombe vite dans les collines, le ciel passant du orange au noir sans transition, comme si quelqu'un avait soufflé une bougie. Ils marchent une heure, deux, le silence entre eux confortable, fonctionnel. Lyss suit légèrement en retrait, pas par déférence, par habitude de mutant solitaire qui surveille les arrières sans qu'on le lui demande.

Vera sent sa blessure au bras à chaque foulée, une pulsation régulière, pas douloureuse, juste présente, comme un rappel. Elle a serré le bandage improvisé de Lyss plus fort avant de partir et le tissu a tenu.

Ils s'arrêtent dans une clairière encaissée entre deux parois rocheuses, à l'abri du vent et des lignes de vue. Vera ramasse du bois mort, allume un feu, petit, maîtrisé, juste assez pour la chaleur et pas assez pour signaler leur position à distance. Elle fait bouillir de l'eau dans le gobelet de métal de sa ceinture.

Lyss s'assoit, ôte sa veste avec précaution, examine son bandage. La tache sombre a séché, le saignement arrêté depuis plusieurs heures. Il tâte les bords de la plaie avec deux doigts, le visage neutre.

— Laisse-moi voir, dit Vera.

Elle s'agenouille devant lui, défait le bandage. La plaie est nette, les bords bien fermés, pas d'infection visible. Elle verse de l'eau chaude dessus, lentement, puis sort le flacon d'antiseptique, ce qu'il en reste. Quelques gouttes.

— Encore, dit Lyss entre les dents.

— C'est tout ce qu'il reste.

Il hoche la tête, absorbe ça.

Elle refait le bandage avec du tissu propre, plus serré que le premier, le nœud double dans le creux de l'épaule. Ses mains travaillent près de son visage, et elle sent son souffle, régulier, tiède, qui effleure son poignet par moments. Sa peau est dorée dans la lumière du feu, les reflets stables pour une fois, sans tremblement, sans urgence.

— Ton bras, dit-il quand elle a fini.

— Ça peut attendre.

— Non.

Il tend la main, paume ouverte, et attend. Pas une demande. Une offre, posée là sans insistance, qu'elle peut prendre ou ignorer.

Elle pose son bras dedans.

Il défait le tissu avec soin, plus de soin qu'elle n'en aurait mis elle-même. L'entaille est longue de quatre centimètres, peu profonde, les bords propres. Il verse de l'eau chaude dessus, éponge doucement. Sa main gauche tient son bras par le poignet, les doigts refermés sur l'os fin, et Vera sent cette prise, précise et sans excès, comme quelque chose qui mérite d'être noté.

Sa peau se couvre de reflets ambrés. Lents, presque imperceptibles. Il ne s'en rend pas compte, ou il s'en rend compte et choisit de ne pas le masquer.

— Il n'y a plus d'antiseptique, dit-il.

— Je sais.

— Alors on fait autrement. Il approche son bras de sa bouche et passe la langue sur la plaie, lentement, de bas en haut. Un geste précis, presque clinique, sauf que ce n'est pas clinique du tout.

Vera ne retire pas son bras.

Il recommence, deux fois, trois, la langue nettoyant les bords de l'entaille avec une minutie qui pourrait appartenir à n'importe quel registre mais qui n'appartient qu'à un seul. Elle sent la chaleur de sa bouche irradier vers le coude, vers l'épaule, vers autre chose.

— Ça suffit, dit-elle.

Il lève les yeux vers elle, les iris pâles presque incolores dans la lumière du feu.

— Ça saignait encore un peu.

— Je sais.

Un silence. Le feu crépite. Quelque part dans les collines, un oiseau nocturne appelle, une fois, puis plus rien.

Elle se déshabille.

Le manteau tombe d'abord, puis la ceinture, posée avec les couteaux à portée de main, puis les bottes. Elle est nue dans la lumière du feu, debout devant lui, et elle ne fait rien pour l'instant sinon être là, laisser la chaleur des flammes travailler sur sa peau, laisser son regard faire ce qu'il veut.

— Tu veux quoi, Lyss.

Ce n'est pas vraiment une question. C'est une ouverture, un espace qu'elle découpe dans le silence et qu'elle lui tend.

Il déglutit.

— Toi.

— Moi, comment.

Il réfléchit. Pas longtemps, mais assez pour que la réponse soit la sienne.

— Comme tu veux bien te donner.

C'est différent de ce qu'il a dit la première fois, dans la bâtisse après l'embuscade. La première fois c'était de la déférence, peut-être de la prudence. Là c'est autre chose, quelque chose qui ressemble à de la confiance, une confiance qui s'est construite en deux jours de route et de sang et de décisions prises ensemble dans des situations qui ne laissaient pas de marge.

Vera s'approche de lui.

Elle pose les deux mains sur ses épaules, fait peser son poids doucement pour qu'il comprenne, et il comprend, s'allonge sur le dos sur le sol, les bras le long du corps, la blessure côté gauche tournée vers le haut pour ne pas y appuyer. Sa peau capte le feu sur toute sa longueur, les reflets dorés qui courent maintenant de ses clavicules jusqu'au bas de son ventre, intenses, comme de l'or en fusion sous une surface transparente.

Elle s'agenouille à côté de lui, pose une main à plat sur son torse, sent son cœur battre vite sous sa paume.

— Alors à genoux n'a plus cours ce soir, dit-elle.

— Si tu veux que je me mette à genoux...

— Non. Elle fait glisser sa main vers le bas, lentement, sur son ventre, sur l'os du bassin. Ce soir je veux autre chose.

Sa main trouve son sexe, déjà dur, tendu contre le tissu de ce qui lui sert de pantalon. Elle le libère, referme les doigts sur lui, sent le pouls battre là aussi, rapide, régulier. Un son lui échappe, bas, les yeux qui se ferment à demi.

Elle le caresse lentement, regardant son visage, les reflets qui s'intensifient sur sa peau à chaque mouvement de sa main. C'est un spectacle qu'elle ne se lasse pas d'observer, ce corps qui se lit de l'extérieur, qui ne peut pas mentir sur ce qu'il ressent.

— Ouvre les yeux, dit-elle. Je veux que tu me regardes.

Il ouvre les yeux. Les iris pâles, presque translucides dans la lumière du feu, et dans leur centre quelque chose de fixe et de brûlant à la fois.

Elle enjambe ses hanches, s'accroupit au-dessus de lui, une main au sol pour l'équilibre, l'autre guidant son sexe. Elle descend lentement, le prenant en elle par degrés, sentant l'étirement progressif, la chaleur dense qui monte depuis le bas du ventre. Il reste immobile sous elle, les mains à plat sur ses cuisses, les doigts qui se contractent mais qui ne bougent pas.

Quand elle l'a pris entièrement elle s'arrête, reste là, immobile elle aussi, les yeux dans les siens.

Le feu crépite.

Puis elle commence à bouger.

Lentement d'abord, les hanches roulant en cercles serrés plutôt qu'un va-et-vient, cherchant l'angle, trouvant ce qui irradie le mieux depuis le fond d'elle. Sa peau à lui devient presque lumineuse sous elle, les reflets dorés qui ondulent à chaque mouvement comme si son plaisir produisait de la lumière. Elle pose les deux mains sur son torse, s'y appuie, accélère par degrés, les seins soulevés à chaque descente, le souffle qui se raccourcit.

— Tu es belle, murmure-t-il. Tellement belle.

Elle ne répond pas. Elle se penche vers lui, pose la bouche sur la sienne, et ils s'embrassent en continuant à bouger, les langues qui se cherchent, le baiser qui absorbe leurs sons respectifs. Elle sent qu'il retient quelque chose, qu'il se contrôle pour ne pas prendre le rythme à sa place, pour la laisser conduire jusqu'au bout, et cette retenue volontaire dans son corps sous le sien est peut-être ce qui la fait basculer.

L'orgasme arrive par le bas et monte, une chaleur dense qui se resserre puis s'ouvre, les hanches qui s'accélèrent seules, les doigts qui s'enfoncent dans son torse. Elle gémit contre sa bouche, longtemps, le corps qui tremble et cherche et trouve et continue à chercher encore.

Elle sent qu'il est au bord.

— Jouis, murmure-t-elle contre ses lèvres. Jouis en moi.

Il lâche. Les mains qui quittent ses cuisses pour ses hanches, les doigts qui s'enfoncent dans sa chair, un cri rauque étouffé contre sa gorge. Elle le sent se répandre en elle, chaud et dense, et ça prolonge son propre plaisir d'une dernière vague, plus douce, qui se résout lentement.

Elle reste assise sur lui, le souffle court, les mains toujours posées sur son torse.

Sa peau décline doucement, les reflets dorés qui s'apaisent comme une braise qu'on ne souffle plus, jusqu'à la teinte chaude et ordinaire de quelqu'un qui vient de jouir et qui redescend.

— On devrait dormir, dit-elle enfin.

Il rit, un son bas et essoufflé.

— Je ne suis pas sûr de pouvoir.

Elle se dégage de lui, s'allonge à côté, la tête sur sa poitrine. Sa main à lui vient se poser dans ses cheveux, sans y penser, un geste réflexe et naturel qui ne demande rien.

Elle le laisse faire.

Le feu baisse lentement. Dans les collines, le vent reprend, portant avec lui l'odeur de métal froid et de terre sèche qui est l'odeur de ce monde.

— Demain, murmure Lyss, on décide.

— Demain, répond Vera.

Elle fixe le ciel au-dessus de la clairière, les quelques étoiles visibles entre les nuages bas. Sa main gauche est posée sur son propre ventre, les doigts effleurant le bord du bandage sur son bras. La blessure pulse doucement, tiède.

Elle pense à la marque sur la carte. L'étoile à cinq branches. Elle pense à Dain, à son sourire de dents jaunies, au carnet dans sa ceinture. Elle pense à la silhouette en noir dans le couloir vers l'est, qui voulait qu'on la voie.

Lyss s'endort contre elle, la respiration qui s'allonge et se régularise, sa peau tiède dans le froid qui monte du sol.

Vera ne dort pas.



III.

Au matin, le feu est mort. Une couche de cendre grise, froide, sur laquelle le vent a déposé quelques feuilles sèches pendant la nuit. Vera est debout avant le jour, habillée, les cartes dépliées sur le rocher plat pendant que Lyss dort encore, la peau d'une teinte beige uniforme, neutre, le visage détendu dans le sommeil comme un visage différent de celui qu'elle connaît.

Elle le laisse dormir dix minutes de plus. Pas par tendresse, par calcul : un homme reposé marche mieux et pense plus vite, et elle a besoin de lui entier pour ce qui vient.

Quand il ouvre les yeux, elle a déjà plié les cartes et rechargé sa ceinture.

— On part, dit-elle.

Il se lève sans se plaindre, examine son bandage, bouge l'épaule prudemment en cercle. Une grimace, brève, puis rien.

— Ça tient.

— Bien.

Ils reprennent la route vers l'est. Le terrain descend d'abord, une longue pente de cailloux entre lesquels poussent des touffes d'herbe sèche, puis remonte vers une ligne de crête basse. Le soleil arrive par derrière, leurs ombres longues devant eux, et pendant une heure ils marchent dans ce silence fonctionnel qui s'est installé entre eux sans qu'on l'ait décidé.

La station de pompage apparaît au détour d'une épaule rocheuse. Ancienne, à moitié enfouie dans le sol, les parois en béton brut fendues par le gel et le temps. La végétation a travaillé les joints, des herbes folles poussant dans chaque fissure. L'entrée principale est condamnée par une porte en métal rouillé, les gonds mangés par la rouille, la surface marquée d'impacts anciens.

Mais il y a une serrure. Neuve, brillante, le métal sans une trace d'oxydation, posée sur la porte comme une contradiction délibérée.

Vera s'arrête à cinq mètres.

— Quelqu'un est passé par ici récemment, murmure-t-elle.

— Ou quelqu'un attend qu'on vienne, répond Lyss.

Elle fait le tour du bâtiment, lentement, les yeux sur le sol. Des traces de pas dans la terre sèche, au moins deux personnes différentes à en juger par les tailles, allant et venant entre la porte principale et un angle du bâtiment côté nord. Pas de traces qui s'éloignent. Soit ils sont partis par un autre chemin, soit ils sont encore à l'intérieur.

Elle essaie la poignée. Verrouillée.

— On pourrait forcer.

— On pourrait aussi frapper, dit Lyss.

Elle sourit malgré elle.

— J'aime mieux la première option.

Elle désigne la fenêtre étroite, à hauteur de taille, les barreaux de métal dont deux ont été descellés et reposés sans être refixés. Quelqu'un a déjà fait ce chemin. Lyss s'y glisse sans qu'elle ait besoin de le lui dire, la peau prenant les teintes grises du béton dès qu'il touche la paroi, puis il disparaît dans l'obscurité de l'intérieur.

Trente secondes. Le bruit du cadenas qu'on manipule de l'intérieur, puis la serrure neuve qui cède avec un claquement net.

La porte s'ouvre.

Vera entre la première, le couteau à la main, les yeux qui s'ajustent à la pénombre. L'intérieur est une seule grande salle, le sol en béton propre, les murs nus. Des étagères métalliques le long des parois, remplies avec soin : conserves alignées par taille, eau en bouteilles scellées par rangées régulières, couvertures pliées avec précision, matériel médical dans des boîtes transparentes. Et au centre de la salle, une table. Sur la table, un plateau. Une assiette vide, un couteau, une fourchette. Le métal propre, sans poussière.

On les attendait.

— On nous attend, dit Lyss, la voix tendue.

— Ou on nous a devancés. Elle ne baisse pas le couteau. Ce n'est pas la même chose.

Un bruit derrière eux. Pas la porte, autre chose, un déplacement dans l'ombre du fond de la salle, là où les étagères forment un couloir étroit. La porte se referme dans leur dos, doucement, sans violence. Une femme sort de l'ombre.

Grande, vêtue de cuir noir ajusté, les cheveux courts et argentés malgré un visage qui n'a pas quarante ans. Elle tient un pistolet, mais le canon est légèrement abaissé, pas assez pour être une capitulation, juste assez pour signifier qu'elle n'est pas venue pour tirer en premier.

Son regard va de Vera à Lyss, s'arrête sur chacun d'eux le temps nécessaire, puis revient sur Vera avec quelque chose qui ressemble à de la satisfaction.

— Enfin. Sa voix est douce, presque amusée, avec en dessous une densité qui indique que la douceur est un choix et non un tempérament. J'ai cru que vous n'arriveriez jamais.

— Qui êtes-vous ? demande Vera, le couteau toujours en main.

La femme baisse son arme d'un centimètre supplémentaire, incline légèrement la tête.

— On m'appelle Serra.

Un silence. Le regard de Serra descend sur Vera, lent, sans discrétion particulière, le genre de regard qui évalue et ne s'en cache pas. Il s'attarde une seconde sur le pendentif, sur la ceinture, sur le bandage au bras gauche.

— Et vous êtes Vera. Elle laisse passer un temps. Et lui...

— Un allié, dit Lyss avant qu'elle finisse.

Serra sourit. Un sourire qui commence dans les yeux et arrive à la bouche avec un léger décalage.

— Les alliés sont rares, par ici. Elle pose son pistolet sur la table, près du plateau, la crosse vers elle, pas vers eux. Surtout ceux qui savent se battre et se soigner mutuellement.

Son regard revient sur le bandage de Vera.

Vera range son couteau.

— Vous nous observiez.

— Depuis la crête est, oui. Serra contourne la table, s'assoit sur le bord avec une aisance qui dit qu'elle est chez elle ici, ou qu'elle a décidé de l'être. Depuis avant le point d'eau. Vous marchez bien ensemble pour des gens qui se connaissent depuis deux jours.

— Et vous êtes une alliée ou une ennemie ? demande Vera.

Serra la regarde, les yeux légèrement plissés, le sourire toujours là mais différent maintenant, plus intéressé.

— Ça dépend entièrement de vous.



IV.

Serra parle sans détour, ce qui est en soi une information.

Elle fait partie d'un réseau, un ensemble de sans-faction disséminés sur trois zones, qui échange des renseignements contre des services, des ressources contre du passage, de la protection contre de la discrétion. Pas une faction au sens où Vera entend ce mot : pas de territoire revendiqué, pas de hiérarchie rigide, pas de symbole cousu sur les vêtements. Une architecture souple, des nœuds plutôt que des centres, conçue pour survivre à la perte de n'importe lequel de ses membres.

Elle a besoin de quelqu'un pour infiltrer une base au nord. Une installation médicale reconvertie en entrepôt par une faction qui ne partage pas, ne commerce pas, ne négocie pas. À l'intérieur, entre autres choses, des médicaments. Des vrais, pas des substituts de fortune ni des plantes séchées. Des antiviraux, des antibiotiques, des analgésiques de qualité chirurgicale.

En échange : une place dans le réseau. Accès aux informations, aux points de transit, aux ressources stockées dans des caches réparties sur la zone. Une protection diffuse mais réelle, le genre qui ne se voit pas mais qui fait qu'on n'est jamais tout à fait seul.

— Pourquoi nous ? demande Vera.

Serra pose les coudes sur ses genoux, les mains croisées, le regard direct.

— Parce que vous avez pris les cartes de Rook sous le nez de la faction du Col, soigné une blessure par balle sans matériel, neutralisé trois hommes et deux chiens sans arme à feu, et marché toute la nuit pour arriver ici à l'heure où j'estimais que vous arriveriez. Elle marque une pause. Et parce que vous avez quelque chose que je n'ai pas.

— Lyss, dit Vera.

— Lyss. Serra tourne les yeux vers lui, un regard qui n'est pas sans intérêt. Un mutant capable de mimétisme chromatique complet. Parfait pour entrer dans un endroit sans qu'on vous y invite.

Lyss soutient son regard sans sourciller, la peau neutre, les bras croisés sur sa poitrine, la main droite posée près du bandage sans y toucher.

— Et si on refuse ?

Serra hausse les épaules, un geste précis, sans excès.

— Vous partez. La porte est ouverte, les cartes sont à vous, personne ne vous suit. Mais sachez que la base est gardée par des hommes de la faction des Ponts, et qu'ils ne font pas de prisonniers. Pas par cruauté particulière. Par principe d'économie.

Vera regarde la salle. Les étagères, les conserves, le matériel médical derrière les boîtes transparentes. Elle fait mentalement l'inventaire de ce qu'elle a : deux couteaux supplémentaires pris dans la cache de Rook, le carnet, les cartes, un bandage qui tiendra deux jours, une entaille au bras gauche qui n'est pas infectée pour l'instant.

Les médicaments changeraient beaucoup de choses.

— On a besoin de temps pour réfléchir, dit-elle.

Serra hoche la tête, se lève, récupère son pistolet.

— Prenez la nuit. L'offre expire au lever du soleil. Elle désigne le fond de la salle, où un rideau de toile sépare un espace du reste. Il y a des couchages derrière. De l'eau chaude si vous voulez nettoyer vos blessures correctement. Elle laisse passer un temps imperceptible. Du matériel médical.

Elle s'éloigne vers l'autre extrémité de la salle, où un homme que Vera n'avait pas repéré est assis près d'un petit poêle, silencieux, les yeux sur le feu.

Vera et Lyss s'isolent derrière le rideau de toile.

L'espace est petit, deux couchages de fortune sur des cadres métalliques, une caisse retournée qui fait office de table, une lampe à huile. Lyss s'assoit sur le bord d'un couchage, examine à nouveau son bandage avec deux doigts, la mine concentrée.

— Tu ne veux pas t'engager, dit-il. Je le sais.

— Non. Vera s'assoit en face de lui, les avant-bras sur les genoux. Mais je veux les médicaments. Et le réseau pourrait être utile, pas comme appartenance, comme ressource.

— Alors on fait le coup et on part.

— C'est ce que je me dis.

Mais il y a autre chose. Serra, son regard qui évaluait sans se cacher, sa façon de poser le pistolet sur la table sans le pousser vers eux mais sans le garder en main non plus, ce geste exact qui était ni une capitulation ni une menace. Et l'homme silencieux près du poêle, qui n'avait pas levé les yeux une seule fois depuis qu'ils étaient entrés.

— Tu crois qu'elle nous dit tout ? demande Lyss.

— Non. Vera regarde le rideau de toile, derrière lequel les voix de Serra et de l'homme sont audibles mais pas intelligibles. Mais ça ne change pas le calcul immédiat.

Lyss pose une main sur son bras, juste au-dessus du bandage, la pression légère.

— Et si on restait un peu. Juste le temps de voir ce que c'est vraiment, ce réseau.

Elle le regarde, surprise malgré elle. Sa peau est dorée dans la lumière de la lampe, les reflets stables, pas l'excitation ni la peur, quelque chose de plus calme et de plus profond.

— Pourquoi ?

— Parce que je suis fatigué de courir. Il dit ça simplement, sans plainte, comme un fait qu'il vient de formuler pour la première fois et qui lui semble juste. Pas tout le temps. Parfois. Ce soir.

Elle voit la lassitude dans ses yeux. Pas de la faiblesse. L'autre chose, la vraie, celle qu'on ne montre qu'à ceux qu'on a décidé de laisser voir.

— Moi aussi, dit-elle. Parfois.

Il sourit, soulagé d'une façon qui la touche plus qu'elle ne l'aurait prévu.

Elle se lève, écarte le rideau, appelle Serra d'une voix neutre.

— Le matériel médical. Maintenant, si c'est possible.

Serra arrive avec une boîte métallique, l'ouvre sur la caisse retournée. Du vrai matériel : sutures, antiseptique en flacon plein, compresses stériles sous emballage intact, une petite pince hémostatique. Elle pose tout ça sans cérémonie et s'apprête à repartir.

— Restez, dit Vera.

Serra se retourne, un sourcil légèrement levé.

— J'ai besoin de points de suture au bras gauche et je ne peux pas me les faire seule. Vera pose le bras sur la caisse, défait le bandage. L'entaille est propre mais les bords ont bougé pendant la marche, la peau légèrement entrouverte sur deux centimètres.

Serra s'assoit en face d'elle, prend la pince, ouvre un emballage de fil de suture. Ses mains sont précises, économes, sans hésitation. Elle nettoie la plaie à l'antiseptique, passe le fil avec une efficacité qui dit qu'elle l'a fait souvent.

— Vous avez été soignante, dit Vera. Pas une question.

— J'ai été beaucoup de choses. Serra noue le dernier point, coupe le fil, pose un carré de compresse. Comme vous, probablement.

Leurs regards se croisent au-dessus du bras de Vera. Serra ne baisse pas les yeux.

— Demain matin, dit Vera, on vous donne notre réponse.

— Je sais déjà ce que vous allez dire. Serra referme la boîte, se lève. Elle a ce sourire de nouveau, celui qui arrive avec un léger décalage. Mais prenez la nuit quand même. Ça ne coûte rien.

Elle repart vers le fond de la salle, le rideau de toile retombant derrière elle.

Lyss regarde le bandage propre au bras de Vera, les points réguliers, le carré de compresse.

— Elle est intéressante, dit-il prudemment.

— Oui.

— Trop ?

Vera examine son bras un moment, remue les doigts, vérifie la tension de la suture.

— On verra demain.



V.

Cette nuit-là est différente.

Pas différente de la façon dont on décide qu'une nuit sera différente. Différente de la façon dont les choses changent quand on cesse de fuir, même pour quelques heures, quand le corps comprend avant la tête que le danger immédiat est suspendu et qu'il peut se permettre autre chose.

La lampe à huile brûle bas. Dehors, le vent contre les parois de béton, régulier, presque apaisant. Derrière le rideau de toile, les voix de Serra et de l'homme silencieux se sont tues depuis longtemps.

Lyss est allongé sur le couchage, torse nu, le bandage propre sur l'épaule, les yeux au plafond. Vera est assise à côté de lui, le dos contre la paroi froide, les genoux remontés. Elle a gardé la ceinture et les bottes, le manteau ouvert sur sa peau nue. Le pendentif repose entre ses seins, immobile.

Il ne la regarde pas. Il regarde le plafond et elle sent qu'il attend, pas avec impatience, avec cette qualité d'attention particulière qu'elle lui a connue depuis le début, une attention qui ne réclame rien.

Elle pose une main sur son ventre.

Sa peau réagit immédiatement, les reflets dorés qui montent sous sa paume comme une réponse involontaire, ce baromètre qu'elle sait lire maintenant aussi facilement que le vent sur la crête. Il tourne la tête vers elle.

— Je pensais qu'on allait dormir, dit-il.

— On va dormir.

Elle fait glisser sa main vers le bas, lentement, sur l'os du bassin, sur le bord du tissu. Il ferme les yeux, les rouvre.

— Vera.

— Quoi.

— Rien. Il souffle doucement. Rien du tout.

Elle se penche sur lui, pose la bouche sur sa clavicule, sur le bord du bandage, juste en dessous, là où la peau est intacte et chaude. Elle sent son souffle changer sous ses lèvres, s'approfondir. Ses mains à lui remontent le long de ses bras, pas pour saisir, pour sentir, les paumes à plat sur sa peau comme s'il voulait en mémoriser la température.

Elle prend son temps.

C'est la différence avec les autres fois, avec Dain dans la cabane, avec la première nuit dans la gorge après l'embuscade. Là il n'y a pas d'urgence, pas de calcul immédiat, pas d'information à extraire ni de position à tenir. Il y a juste la lampe qui baisse lentement et deux corps qui se connaissent un peu mieux chaque fois.

Elle fait descendre sa bouche sur son torse, le sternum, le ventre, sentant les muscles se contracter sous ses lèvres à chaque point de contact. Sa peau est d'un or presque uniforme maintenant, des reflets qui ondulent lentement comme de l'eau éclairée par en dessous. Elle pose les deux mains sur ses hanches, fait glisser le tissu vers le bas.

Il est déjà dur, pleinement, la peau tendue et chaude sous ses doigts. Elle prend son temps là aussi, les lèvres d'abord sur la face interne de sa cuisse, la langue traçant une ligne vers le haut, s'arrêtant juste avant d'arriver, repartant vers le bas. Il retient un son, les mains qui cherchent ses épaules.

— S'il te plaît, murmure-t-il.

Elle lève les yeux vers lui. Il la regarde depuis le couchage, les traits défaits, la lèvre légèrement mordue, les yeux d'une couleur qu'elle n'a pas de nom pour décrire, quelque chose entre l'ambre et le blanc, illuminés de l'intérieur.

Elle prend son sexe en bouche.

Lentement, profondément, les lèvres serrées, la langue appliquée contre lui. Un son long lui échappe, les hanches qui se soulèvent malgré lui avant qu'il se contrôle, les mains qui se referment dans ses cheveux sans peser. Elle trouve son rythme, régulier, soutenu, les joues creusées à chaque remontée. Sa main libre remonte sur son ventre, sent les muscles jouer sous la peau dorée, le souffle qui se raccourcit par paliers.

Elle s'arrête.

Remonte le long de son corps, se positionne au-dessus de lui. Il pose les mains sur ses hanches, juste pour être là.

— J’ai envie de toi.

— Je sais.

Elle descend sur lui lentement, le prenant en elle par degrés, sentant l'étirement progressif, la chaleur qui monte et s'installe. Quand elle l'a pris entièrement elle s'immobilise, les mains posées sur son torse, et ils restent là un moment, immobiles, les yeux dans les yeux.

Le feu dans la lampe tremble une fois, se stabilise.

Elle commence à bouger.

Ce soir le rythme est différent, plus lent, plus profond, les hanches qui descendent entièrement à chaque fois avant de remonter, cherchant la friction maximale à chaque mouvement. Elle sent chaque centimètre de lui en elle, la plénitude dense qui irradie vers le bas du ventre et vers le bas du dos simultanément. Ses mains glissent sur son torse, trouvent ses épaules, s'y agrippent.

Il la regarde avec une intensité qui ne se détourne pas, les yeux ouverts malgré tout, et sa peau est une chose extraordinaire dans la lumière de la lampe, vivante, lumineuse, changeant de nuance à chaque variation de sa respiration. Elle se demande fugacement ce qu'il voit sur elle, si son corps à elle trahit quelque chose d'équivalent, si cette franchise est contagieuse.

Elle accélère progressivement. Les hanches trouvent un angle légèrement différent, plus direct, et la chaleur monte d'un cran, localisée et précise. Un gémissement lui échappe, bas, contenu, elle ne veut pas que Serra l'entende, cette retenue ajoutant quelque chose à la tension plutôt que de la diminuer.

— Là, murmure-t-elle pour elle-même.

Il pose une main entre eux, le pouce trouvant son clitoris, une pression légère et constante qui s'ajoute au mouvement. Elle se contracte autour de lui, involontairement, et il retient un son contre ses dents.

— Continue, dit-elle.

Il continue. La pression du pouce, régulière, pendant qu'elle maintient le rythme des hanches, et les deux choses ensemble construisent quelque chose d'inévitable, une chaleur qui se resserre progressivement depuis le bas du ventre vers un point de plus en plus précis.

Elle se penche sur lui, le front contre le sien, les souffles mêlés.

— Lyss.

— Véra.

Elle jouit lentement, par vagues longues et profondes qui ne ressemblent pas à l'urgence des autres fois, quelque chose de plus total, de plus difficile à contenir. Son corps tremble au-dessus du sien, les mains qui s'enfoncent dans ses épaules, un son long et étouffé contre sa gorge.

Il la tient pendant qu'elle redescend, les bras refermés dans son dos, la peau dorée et chaude contre sa peau à elle.

— Jouis, murmure-t-elle quand elle peut parler. Je veux te sentir.

Il inverse leurs positions en douceur, la faisant basculer sur le dos sans la brusquer, et la pénètre à nouveau depuis au-dessus, les avant-bras de chaque côté de sa tête, les yeux sur elle. Il prend le rythme, plus profond ainsi, et elle le reçoit les jambes refermées autour de ses reins, les mains dans son dos.

Il jouit en silence, le visage enfoui dans son cou, le corps entier qui se contracte puis se relâche par vagues, et sa peau sur la sienne est brûlante, lumineuse, comme si toute la chaleur accumulée depuis le début de la nuit se libérait en une seule fois.

Ils restent enlacés, immobiles, la respiration qui se ralentit progressivement.

La lampe tremble encore, puis s'éteint. L'obscurité est totale une seconde, puis les yeux s'ajustent, un filet de lumière froide filtrant sous la porte de métal.

— Demain, murmure Lyss dans ses cheveux.

— Demain, répond Vera.

Sa main gauche est posée sur sa propre poitrine, les doigts effleurant le pendentif. Elle sent les points de suture au bras, la tension propre du fil, le travail soigné de Serra. Elle pense à ce sourire qui arrive avec un léger décalage. Elle pense à l'homme silencieux près du poêle, qui n'a pas levé les yeux une seule fois.

Elle pense à la silhouette en noir dans le couloir vers l'est.

Lyss s'endort contre elle, lourd et chaud, la respiration profonde.

Vera fixe le plafond dans le noir.



VI.

Au petit matin, Serra écarte le rideau de toile sans frapper.

Vera est déjà assise sur le bord du couchage, habillée, les cartes sur les genoux. Elle n'a pas dormi plus de deux heures. Serra le voit, ne le commente pas.

— L'offre tient toujours.

— Je sais. Vera replie les cartes, les glisse dans la ceinture. On fait le coup.

Serra hoche la tête, un mouvement bref, sans triomphe.

— Et après ? demande Lyss depuis le couchage, les yeux encore mi-clos, la peau de la teinte neutre du réveil.

— Après vous êtes quittes. Serra pose deux sacs sur la caisse retournée, les ouvre. Du matériel : cordes légères, deux lampes à huile de poche, des vêtements sombres roulés serré. Et dans le fond du second sac, enveloppés dans de la toile cirée, des médicaments. Un avant-goût, ou une garantie, selon comment on lit le geste.

Vera examine le contenu sans le toucher, mémorise.

— La base est à combien ?

— Quatre heures vers le nord, par le sentier des carriers. Serra s'accroupit, sort une carte de sa propre ceinture, plus récente que celles de Rook, les tracés plus précis. Elle la déplie sur le sol. L'entrée principale est ici, gardée en permanence par deux hommes. L'entrée secondaire, côté est, est condamnée de l'intérieur mais le mécanisme est simple. Elle pose le doigt sur un point. Il y a une fenêtre de rotation des gardes à la troisième heure après le coucher du soleil. Vingt minutes, peut-être vingt-cinq.

— Les médicaments sont où, à l'intérieur ?

— Niveau inférieur, deuxième salle à droite depuis l'escalier. Derrière une porte à barre transversale, pas de cadenas. Elle regarde Vera. Ils ne s'attendent pas à être volés de l'intérieur. Leur sécurité regarde vers l'extérieur.

— C'est toujours le cas, dit Vera.

Serra sourit, le sourire avec le léger décalage.

Lyss se lève, enfile sa veste avec précaution, fait jouer son épaule. La grimace est moins prononcée que la veille.

— On part quand ? demande-t-il.

— Dans une heure. Le temps de manger et de mémoriser le plan. Serra se relève, replie sa carte, la tend à Vera. Gardez-la.

Vera la prend, la glisse contre les autres.

Ils mangent en silence, des conserves chauffées sur le poêle, du pain dur, de l'eau. L'homme silencieux est toujours là, assis au même endroit que la veille, et Vera profite du repas pour l'observer sans en avoir l'air. La quarantaine, le visage fermé, les mains posées à plat sur ses genoux avec une immobilité qui ne ressemble pas au repos. Il porte une cicatrice sur le côté gauche du cou, large, ancienne, qui remonte jusqu'à la mâchoire. Il ne mange pas.

— Qui est-il ? demande Vera à Serra, à voix basse.

— Il s'appelle Cord. Serra ne baisse pas la voix. Il entend tout de toute façon. Il fait partie du réseau depuis le début. Il ne parle pas beaucoup.

— Pourquoi ?

— Parce qu'il n'a plus de raison de le faire depuis un moment. Elle dit ça sans affect particulier, comme un fait établi. Il est utile autrement.

Vera regarde Cord une dernière fois. Il a les yeux sur le poêle, les mains immobiles. Elle note sa position dans la salle, la distance entre lui et la porte, la façon dont ses épaules sont légèrement tournées vers l'entrée malgré l'apparence de l'inattention.

Pas silencieux. En veille.

Ils partent à la première heure, les quatre ensemble, Serra en tête avec Cord dans son dos. Le soleil est encore bas, l'air froid et sec, l'odeur de métal rouillé et de terre qui est l'odeur de ce monde au réveil. Vera marche derrière Serra, Lyss à sa gauche, la peau neutre, les yeux sur les lignes de crête.

Ils ont parcouru deux cents mètres quand Vera sent la présence.

Pas derrière eux. Sur le flanc droit, dans les rochers. Quelque chose d'immobile qui les suit sans se déplacer, se repositionnant entre deux moments d'attention, le genre de technique qu'on apprend auprès de quelqu'un qui sait.

Elle ne tourne pas la tête. Pose une main sur le bras de Lyss, une pression légère, deux doigts, le signal qu'ils ont établi sans l'avoir décidé, comme beaucoup de choses entre eux.

Il l'a déjà vu. Un imperceptible mouvement des yeux vers la droite, puis rien.

Serra s'arrête au sommet d'une petite crête, attend qu'ils la rejoignent. Elle regarde le nord, le sentier des carriers qui descend entre deux parois rocheuses, étroit, ombragé même en milieu de journée.

— Bienvenue dans le réseau, dit-elle sans se retourner, comme si elle terminait une phrase commencée la veille.

Vera regarde le sentier devant eux, les cartes dans sa ceinture, Lyss à sa gauche, Cord trois pas en arrière, immobile et attentif. Elle sent le pendentif froid contre sa peau, le poids des sutures au bras gauche, la présence sur le flanc droit qui n'a pas bougé depuis qu'ils ont quitté la station.

Quelqu'un les escorte. Ou les surveille. La différence entre les deux dépend d'informations qu'elle n'a pas encore.

Elle regarde Serra, le profil net, les cheveux argentés dans la lumière du matin, ce sourire qu'elle ne peut pas encore lire entièrement.

Trop de variables ouvertes. La silhouette en noir du couloir vers l'est. Cord et son silence de quelqu'un qui a cessé d'avoir des raisons de parler. Serra et ce qu'elle ne dit pas, qui est peut-être aussi important que ce qu'elle dit. Le réseau dont on ne connaît encore que deux nœuds.

Et Lyss à sa gauche, la peau dorée dans le soleil du matin, qui attend sa décision comme il attend toujours, sans réclamer.

Elle calcule.

A suivre…

Les avis des lecteurs

Histoire Libertine
Longue.



Texte coquin : VERA — Épisode IV : La Cache de Rook
Histoire sexe : Une rose rouge
Vous êtes :
Indiquez votre adresse mail si vous souhaitez la communiquer à l'auteur de l'histoire.

Dernières histoires érotiques publiées par CDuvert

VERA — Épisode IV : La Cache de Rook - Récit érotique publié le 10-07-2026
L'heure bleue - Récit érotique publié le 09-07-2026
Vera — Épisode III : La Cuisine des Ombres - Récit érotique publié le 07-07-2026
L'assemblée - Récit érotique publié le 06-07-2026
L'attente - Récit érotique publié le 05-07-2026
La Bibliothèque - Récit érotique publié le 02-07-2026
Les survivantes - Récit érotique publié le 01-07-2026
Le chemin des senns - Récit érotique publié le 29-06-2026
La panne - Récit érotique publié le 28-06-2026
Oasis - Récit érotique publié le 26-06-2026