Cambriolage (1/3)

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : Cambriolage (1/3) Histoire érotique Publiée sur HDS le 11-06-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Cambriolage (1/3)
Temps de lecture ~ 30 minutes

La nuit était épaisse. Un silence que troublait seulement, de temps à autre, le souffle du vent contre les volets mal joints.

Lucas dormait depuis trois heures quand le bruit le réveilla. Un grincement discret, presque imperceptible, comme une porte qu'on entrouvre avec précaution. Il resta d'abord immobile, les yeux ouverts sur le plafond obscur, attendant que le silence revienne. Il ne revint pas tout à fait.

Il repoussa les draps, se leva sans bruit. Ses pieds nus sur le parquet froid. Il descendit l'escalier lentement, une main posée sur la rampe, le corps en alerte, l'oreille tendue vers le rez-de-chaussée. Quelque chose clochait. L'air portait une odeur étrangère, légère mais persistante, un mélange de sueur refroidie et de quelque chose de floral, presque sucré, incongru dans cette maison qui ne sentait que le bois et le café.

Au bas des marches, il la vit.

Une silhouette accroupie près de la console de l'entrée, penchée sur le tiroir qu'il avait laissé ouvert la veille. Petite, vêtue d'un jean sombre et d'un haut noir à manches longues. Une cagoule couvrait entièrement son visage. Ses mains fouillaient les papiers avec des gestes précis, économes, sans trembler.

Lucas s'avança.

Elle l'entendit trop tard. Il fut sur elle avant qu'elle ait pu se redresser complètement, une main agrippée à son poignet, l'autre plaquée contre son épaule. Elle se débattit, un cri étouffé dans la gorge, mais il avait pour lui quatre vingt dix kilos de muscles et l'avantage de la surprise. En deux secondes elle était dos au mur, les poignets retenus au-dessus de sa tête par une seule de ses mains, l'autre bras de Lucas appuyé en travers de sa poitrine pour l'immobiliser.

Elle cessa de se débattre.

Sa respiration était rapide, saccadée. Lucas sentait son souffle chaud à travers le tissu de la cagoule, et il sentait aussi, contre son avant-bras, la pression de sa cage thoracique qui montait et descendait à toute allure. Elle était petite. Légère. Et malgré l'obscurité, malgré la cagoule, quelque chose dans la forme de ce corps plaqué contre le sien fit naître en lui une intuition qu'il n'avait pas encore formulée.

Il tendit la main libre et saisit le bord de la cagoule.

Il la retira d'un mouvement lent, presque calme, comme s'il avait tout son temps.

Ce qu'il découvrit le retint une seconde sans qu'il puisse parler.

Elle était jeune. Dix-huit ans, peut-être dix-neuf. Des pommettes hautes encore légèrement rondes, des cheveux bruns en désordre autour du visage, une mèche collée à sa tempe par la sueur. Ses lèvres étaient entrouvertes, ses narines dilatées. Elle regardait Lucas avec des yeux d'un vert très pâle, lumineux dans la pénombre, et ce regard n'exprimait pas exactement ce qu'il avait attendu. Pas la peur franche. Quelque chose de plus complexe, un mélange de défi et d'évaluation, comme si c'était elle qui, dans cette position absurde, les poignets retenus au-dessus de sa tête, prenait la mesure de l'homme qui la tenait.

Il ne relâcha pas sa prise.

— Tu pourrais crier, dit-il. Les voisins sont à quarante mètres.

Elle ne cria pas. Elle continua de le regarder, la poitrine agitée, une légère rougeur montant le long de son cou.

— Qu'est-ce que tu cherches ?

— Du liquide.

Sa voix était posée. Trop posée pour quelqu'un dans sa situation. Lucas remarqua qu'elle n'avait pas regardé vers la porte, n'avait pas cherché à évaluer une issue. Elle restait là, les bras levés, adossée au mur, et la seule chose qu'elle regardait c'était lui.

Il prit conscience à ce moment-là de sa propre tenue : un simple boxer, rien d'autre. Et il prit conscience aussi, avec une précision qu'il aurait préféré éviter, de la façon dont le jean de la jeune femme épousait ses hanches, de la façon dont son haut s'était légèrement relevé dans la lutte, dévoilant une bande de peau pâle au-dessus de la ceinture.

Il desserra légèrement les doigts autour de ses poignets, sans les libérer.

— Comment tu t'appelles ?

Elle hésita une fraction de seconde.

— Léa.

— Tu mens.

Un silence. Puis, très légèrement, le coin de sa bouche bougea.

— Peut-être.

Lucas se demanda ce qu'il était en train de faire. Elle était cambrioleuse, elle avait forcé sa porte au milieu de la nuit, et il se tenait à dix centimètres d'elle dans l'obscurité de son entrée, les poignets de cette fille dans sa main, à essayer de comprendre pourquoi elle ne semblait pas avoir peur.

Il baissa les yeux une seconde, involontairement. La peau de son ventre, cette bande étroite entre le tissu et la ceinture du jean, était d'une blancheur presque irréelle dans la faible lumière. Il remonta les yeux vers son visage.

Elle avait vu.

Son regard à elle n'avait pas bougé d'un millimètre, mais quelque chose s'y était modifié, quelque chose de subtil et d'infime, comme si une porte venait de s'entrouvrir à l'intérieur.

Lucas ne bougeait plus. Leurs souffles s'étaient ajustés sans qu'il s'en rende compte, deux respirations dans le silence de la maison, presque au même rythme. Il sentait la chaleur qu'elle dégageait, cette chaleur légèrement moite propre à l'effort, mêlée à ce parfum persistant, floral et sucré, qui montait de ses cheveux ou de sa peau, il n'aurait pas su dire.

Sa main toujours levée, ses poignets toujours dans sa prise.

Et entre eux, l'espace de quelques centimètres, quelque chose qui n'avait pas de nom encore mais qui commençait à peser.

***

Ce fut elle qui bougea la première.

Lucas ne l'avait pas vu venir. Pas parce qu'il était lent, mais parce qu'il ne regardait pas ses mains. Il regardait son visage, ce visage qui venait de changer imperceptiblement, et il essayait de lire ce que ce changement signifiait, et pendant cette fraction de seconde d'inattention elle avait tordu le poignet droit avec une souplesse inattendue, dégagé sa main de sa prise, et, avant qu'il ait pu refermer les doigts, sa paume était déjà là, à plat contre le tissu de son boxer.

Il se figea.

Elle ne le regardait plus dans les yeux. Elle baissait les yeux vers sa main, vers ce qu'elle tenait, avec une expression concentrée et presque clinique, comme si elle évaluait quelque chose. Puis elle referma les doigts, lentement, et Lucas sentit sa gorge se contracter.

Il était en érection. Il ne s'en était pas rendu compte. Ou plutôt, il s'en rendait compte maintenant, précisément parce qu'elle le tenait, précisément parce que ses doigts fins s'ajustaient autour de lui à travers le coton avec une assurance tranquille, sans hâte, comme si elle avait tout le temps du monde et la certitude absolue qu'il ne bougerait plus.

Elle avait raison. Il ne bougea plus.

Sa main libre, celle qu'il retenait encore au-dessus d'elle, il la libéra sans s'en apercevoir vraiment. Son bras retomba le long de son corps. Il restait debout face à elle, les épaules légèrement en avant, et il respirait plus lentement maintenant, avec précaution, comme si le moindre mouvement brusque risquait de rompre quelque chose.

Elle commença à bouger la main.

Un mouvement régulier, ferme, la paume remontant le long de sa longueur puis redescendant, le tissu du boxer glissant sous ses doigts. Lucas sentit ses mâchoires se serrer. Il appuya une main à plat contre le mur derrière elle, pour se stabiliser ou pour rester proche, il ne savait plus très bien.

Elle leva les yeux vers lui.

Ce regard vert pâle dans l'obscurité, direct, sans ciller, pendant que sa main continuait son travail. Il y avait dans ce regard quelque chose qui ressemblait à de la curiosité, une curiosité sérieuse, presque studieuse, comme si elle observait l'effet de ce qu'elle faisait avec un intérêt sincère et dépourvu de coquetterie.

— Tu n'avais même pas remarqué, dit-elle.

Lucas ne répondit pas. Sa gorge était sèche. Le mouvement de sa main s'était légèrement accéléré, le pouce passant maintenant sur la pointe à chaque remontée, et à travers le coton la chaleur était presque insupportable, une chaleur dense et précise qui irradiait vers le bas de son ventre.

Il baissa les yeux malgré lui.

Sa main à elle, petite, les ongles courts, la peau d'une pâleur presque laiteuse, se mouvait avec une régularité tranquille contre le noir de son boxer. Il y avait quelque chose d'obscène et de parfaitement naturel dans ce spectacle, quelque chose qui le clouait sur place plus efficacement que n'importe quelle contrainte physique.

Il sentit ses hanches se porter légèrement en avant, un mouvement involontaire, à peine perceptible.

Elle le sentit aussi. Ses lèvres bougèrent, pas vraiment un sourire, quelque chose de plus retenu que ça, une simple modification de la ligne de sa bouche qui disait qu'elle avait noté la chose et qu'elle en tirait une conclusion.

Sa main glissa sous l'élastique.

Le contact direct, peau contre peau, fit monter dans la gorge de Lucas un son qu'il retint de justesse. Ses doigts refermés sur lui, maintenant sans l'intermédiaire du tissu, la chaleur de sa paume sèche et légèrement rugueuse à la base, se déplaçaient avec la même régularité méthodique mais plus rien n'était pareil. Il pouvait sentir chaque détail, la pression exacte de chaque doigt, le passage du pouce sur le gland à intervalles réguliers, la légère torsion qu'elle imprimait à sa montée.

— Tu respires mal, dit-elle.

C'était vrai. Il respirait par à-coups, la bouche entrouverte, le front presque appuyé contre la tempe de la jeune femme sans qu'il ait avancé vers elle consciemment. Il sentait ses cheveux contre sa joue, ce parfum floral mêlé à la tiédeur de sa peau, et sa main continuait, inlassable, précise, sans la moindre hésitation.

Il posa sa main libre sur sa hanche.

Juste là, à plat, les doigts sur le bord du jean, sans appuyer, sans bouger. Un contact qui n'était ni une prise ni une caresse, quelque chose d'intermédiaire et d'indéfini, comme une question posée sans mots à laquelle il attendait une réponse.

Elle ne recula pas.

Sa main à lui sentait la chaleur de la peau de son ventre à travers le tissu, cette bande pâle qu'il avait regardé tout à l'heure sans vouloir la regarder, et entre ses propres doigts il percevait, très légèrement, le mouvement de sa respiration à elle, qui s'était modifiée aussi, sans qu'elle l'avoue, sans qu'elle le montre autrement que par ce souffle imperceptiblement plus court, plus haut dans la poitrine.

Elle accéléra encore.

Lucas ferma les yeux une seconde. Une seconde seulement, parce qu'il voulait voir son visage, il voulait voir ce regard vert et concentré qui ne quittait plus le sien maintenant, ce visage de dix-neuf ans, qui, dans l'obscurité de son entrée, le dos au mur, continuait de le tenir avec une tranquillité absolue, comme si c'était elle qui l'avait maîtrisé.

Ce qui, d'une certaine façon, était exactement ce qui s'était passé.

***

Elle posa sa main libre à plat sur son torse et poussa.

Pas brutalement. Avec une fermeté tranquille, le genre de geste qui n'admet pas la discussion. Lucas fit un pas en arrière, puis deux, et l'espace entre eux se rouvrit, l'air frais de l'entrée venant se glisser là où il y avait eu de la chaleur.

Elle décolla le dos du mur.

Il la regarda faire sans comprendre tout de suite. Elle baissait les yeux, ses mains avaient quitté son corps, et pendant une fraction de seconde il crut qu'elle allait partir, qu'elle allait retourner vers la porte et disparaître dans la nuit comme si rien ne s'était passé. Au lieu de ça, ses genoux plièrent. Lentement, sans détour, sans équivoque, elle descendit jusqu'au sol, les deux genoux sur le parquet de l'entrée, et se retrouva à ses pieds.

Elle leva les yeux vers lui une seconde, depuis cette hauteur nouvelle.

Puis elle tendit les deux mains vers l'élastique de son boxer.

Elle le fit glisser le long de ses cuisses avec des gestes calmes, sans précipitation, le tissu descendant sur ses jambes puis tombant sur le parquet. Lucas ne bougea pas. Il se tenait debout au milieu de son entrée, nu, les bras le long du corps, et il regardait le sommet du crâne de la fille, ses cheveux bruns en désordre, la nuque légèrement courbée vers lui.

Il y eut une seconde d'immobilité complète.

Une seconde où il n'y avait que le silence de la maison, le froid du parquet sous ses pieds nus, et cette fille agenouillée devant lui dans l'obscurité, sa respiration à elle, courte et régulière, son souffle chaud qu'il sentait déjà contre sa peau.

Puis sa bouche se referma sur lui.

Ses lèvres d'abord, juste les lèvres, qui se posèrent sur le gland avec une précision et une lenteur délibérées, une pression douce et ferme à la fois, et Lucas sentit ses épaules se relâcher d'un coup, comme si un câble venait d'être sectionné quelque part dans son dos. Sa main alla se poser sur le mur à côté de lui, cherchant un appui.

Elle prit le temps.

Sa langue entra en jeu, traça un cercle lent autour du gland, revint, insista sur le frein avec la pointe, et Lucas entendit sa propre respiration changer de rythme, devenir plus lourde, descendre plus bas dans la poitrine. Elle savait exactement ce qu'elle faisait. Il n'y avait aucun tâtonnement dans ses gestes, aucune hésitation, seulement cette attention concentrée qu'il lui avait déjà vue dans les yeux tout à l'heure, appliquée maintenant à autre chose, à lui, à le défaire lentement et méthodiquement.

Ses lèvres s'écartèrent davantage.

Elle le prit plus profondément, la chaleur humide de sa bouche se refermant sur lui par degrés, sa langue toujours mobile contre la face inférieure, et Lucas dut détourner les yeux du plafond pour regarder en bas, parce qu'il ne pouvait pas ne pas regarder, parce que le spectacle de cette bouche, de ces lèvres étirées, de ce visage levé vers lui dans la pénombre de l'entrée était quelque chose qu'il ne pouvait pas se refuser.

Elle avait posé une main à plat sur sa cuisse, juste pour sentir, semblait-il, les muscles se contracter sous ses doigts à chaque mouvement de sa tête.

L'autre main remontait lentement le long de l'intérieur de sa cuisse opposée, sans le toucher encore là où il l'attendait, s'arrêtant à quelques centimètres, la peau de ses doigts effleurant à peine la surface sans y appuyer davantage.

Il laissa échapper un souffle long, presque involontaire.

Elle l'entendit. Quelque chose dans son mouvement se modifia légèrement, une accélération infime, sa tête allant et venant avec une régularité plus marquée, ses lèvres maintenant serrées autour de lui, la succion plus franche à chaque retrait. Lucas sentait la chaleur se concentrer, s'accumuler en un point précis, irradier vers le bas du ventre et le haut des cuisses en vagues régulières qui coïncidaient avec le rythme qu'elle avait choisi et qu'elle maintenait avec une constance presque implacable.

Sa main sur sa cuisse remonta encore.

Les doigts se refermèrent sur la base de son sexe, la prise stable, le poignet commençant à tourner légèrement en accompagnement de sa bouche, et le double contact, la chaleur humide de ses lèvres en haut, la pression sèche et ferme de ses doigts en bas, créa quelque chose de continu, de sans couture, qui fit poser à Lucas sa seconde main sur le mur et baisser la tête vers elle.

Il voyait son profil depuis là. La ligne de sa joue tendue, le mouvement de sa gorge, la mèche brune collée à sa tempe.

Elle leva les yeux.

Ce regard vert depuis le sol, direct comme il l'avait été depuis le début, sans détour ni provocation calculée, juste cette présence entière et concentrée qui le regardait pendant que sa bouche continuait de travailler, et Lucas sut à cet instant qu'il était en train de perdre pied d'une façon qu'il n'avait pas anticipée quand il avait descendu cet escalier dans le noir, pieds nus, convaincu d'avoir la situation sous contrôle.

***

Elle le sentit avant qu'il ne le sache lui-même.

Une légère modification dans la tension de ses cuisses, une imperceptible contraction de ses hanches vers l'avant, la façon dont sa respiration était montée d'un cran et ne redescendait plus. Elle ralentit, d'abord, tirant le moment en longueur avec une précision cruelle, ses lèvres resserrant leur prise et relâchant alternativement, sa main à la base de son sexe réduisant son mouvement à quelque chose de presque stationnaire, juste assez pour maintenir la pression sans la résoudre.

Lucas avait les deux mains à plat sur le mur. Ses articulations étaient blanches.

Elle s'arrêta.

Elle le quitta avec une lenteur délibérée, ses lèvres glissant vers la pointe et se refermant une dernière fois, une unique pression légère, presque un baiser, puis plus rien. Le froid de l'air vint aussitôt remplacer la chaleur de sa bouche et Lucas laissa échapper un son bref, involontaire, quelque chose entre un souffle et un juron.

Elle se redressa.

Ses genoux quittèrent le parquet, elle se leva sans s'aider de ses mains, avec une aisance qui contrastait avec ce qu'elle venait de faire, et elle fit un pas en arrière. Puis un autre. Elle s'arrêta à environ un mètre de lui, dans la pénombre de l'entrée, et lui fit face.

— Regarde-moi, dit-elle.

Sa voix était posée. Pas une invitation, pas vraiment un ordre, quelque chose entre les deux qui n'appelait pas de réponse.

Ses mains allèrent à l'ourlet de son haut noir. Elle le saisit à deux poignets et le fit passer par-dessus sa tête en un seul mouvement, les bras levés, le tissu disparaissant dans l'obscurité quelque part derrière elle. Lucas ne bougea pas. Il regardait.

Elle ne portait pas de soutien-gorge.

Ses seins apparurent dans la faible lumière qui filtrait depuis le couloir, petits et hauts, d'une rondeur très légère, les mamelons sombres et déjà durcis par le froid ou par autre chose. Elle ne fit aucun geste pour les couvrir, ne chercha pas son regard pour vérifier l'effet produit. Elle portait les yeux légèrement de côté, les doigts déjà sur le bouton de son jean, et il y avait dans cette absence de mise en scène quelque chose de plus troublant que n'importe quelle pose calculée.

Le bouton céda. La fermeture glissa.

Elle fit descendre le jean sur ses hanches avec le même calme qu'elle avait mis à tout le reste, les deux pouces dans la ceinture, un léger déhanchement à gauche puis à droite pour dégager le tissu, et le jean tomba sur le parquet en un petit tas sombre. Elle en sortit d'un pas de côté, comme on sort d'une flaque.

Il ne restait qu'une culotte, noire, très simple, taille basse sur des hanches étroites.

Lucas regardait ses jambes. Longues pour sa taille, fuselées, la peau d'une uniformité laiteuse que l'obscurité rendait presque irréelle. Il regardait la courbe de ses hanches, la ligne de son ventre plat, le creux de sa taille, et il sentait dans sa propre gorge quelque chose qui battait trop fort et trop vite.

Elle fit glisser la culotte.

Un seul geste, deux pouces, le tissu qui tombe. Et elle était nue, debout sur son parquet dans le silence de la nuit, les bras le long du corps, les pieds légèrement écartés, et elle ne faisait rien d'autre que se laisser regarder avec cette même attention tranquille qu'elle avait mise dans tout le reste.

Le triangle de sa toison était sombre, taillé court. La lumière rasante dessinait l'ombre légère du pli de ses cuisses, la douceur du bas-ventre, le galbe précis de ses fesses qu'il devinait dans le jeu des ombres.

Lucas réalisa qu'il avait arrêté de respirer.

Il inspira, lentement, et l'air qu'il prit était chargé d'elle, ce parfum floral mêlé maintenant à quelque chose de plus chaud, de plus intime, quelque chose qui montait de sa peau nue dans l'air immobile de l'entrée.

Elle tourna légèrement la tête vers lui.

Leurs regards se croisèrent. Elle le laissa faire une seconde, deux, sans parler, sans bouger. Lui laissa le temps de finir de regarder, de finir de comprendre exactement ce qu'il avait en face de lui dans l'obscurité de sa propre maison, cette fille de dix-neuf ans au corps nu qui le regardait avec des yeux d'un vert presque transparent.

Puis elle recula d'un pas, et d'un autre.

Ses reins rencontrèrent le bord de la table haute. Sans quitter Lucas des yeux, elle posa les deux paumes à plat sur le bois derrière elle, souleva son poids en un mouvement unique et souple, les bras tendus, et se hissa sur la table avec une légèreté qui fit à peine grincer le bois. Elle s'y installa, les jambes pendantes d'abord, puis elle les écarta, lentement, sans détour, jusqu'à ce que l'espace entre ses cuisses soit entièrement offert à la faible lumière et au regard de Lucas.

Elle posa les mains à plat sur ses propres genoux, le dos droit, le visage levé vers lui.

— À ton tour, dit-elle.

***

Il traversa l'espace qui les séparait sans réfléchir.

Ses pieds nus sur le parquet, l'air froid contre sa peau, et devant lui ce corps offert sur la table, cette fille qui le regardait venir avec ses yeux pâles sans bouger d'un millimètre. Il s'arrêta devant elle. La hauteur de la table la mettait exactement à sa hauteur, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre, et il sentait sa chaleur, la chaleur spécifique et dense qui montait d'entre ses cuisses ouvertes, quelque chose de sucré et de musqué qui lui fit baisser les yeux malgré lui.

Il posa les deux mains sur ses genoux.

La peau était froide en surface, légèrement, le froid de l'air de la pièce, mais dessous c'était différent, une chaleur profonde qui battait sous ses paumes à mesure qu'il les faisait glisser vers l'intérieur des cuisses, très lentement, s'arrêtant à mi-chemin. Elle ne bougea pas. Sa respiration était visible maintenant, le mouvement régulier de sa cage thoracique, ses seins qui se soulevaient et s'abaissaient dans la pénombre.

Lucas plia les genoux.

Il descendit jusqu'au sol sans quitter des yeux l'intérieur de ses cuisses, ce territoire pâle qui se resserrait vers le haut, vers la toison sombre et la chair rose entrouverte qu'il distinguait maintenant avec précision dans la faible lumière. Il s'agenouilla sur le parquet, ses mains toujours posées sur ses cuisses, et il prit le temps de regarder encore, de laisser son souffle effleurer la peau tendre avant d'y poser quoi que ce soit d'autre.

Elle frémit, rien qu'à ça.

Il commença par les cuisses. Les lèvres posées à mi-hauteur, côté droit, une pression douce et ferme, puis il remonta de quelques centimètres, s'arrêta, recommença. Il sentait sous sa bouche la texture fine de la peau, une peau presque immatérielle à cet endroit, traversée de veines légères. Elle ne dit rien mais ses mains quittèrent ses genoux et vinrent se poser sur le bord de la table, les doigts refermés sur le bois.

Il prit le même soin avec la cuisse gauche.

Remontant par degrés, ses lèvres traçant un chemin patient vers le haut sans jamais arriver, s'arrêtant toujours à quelques centimètres du bord, assez près pour que son souffle atteigne sa chair, pas assez pour que ses lèvres s'y posent encore. Elle laissa échapper un son très bref, retenu aussitôt, et ses hanches bougèrent d'un millimètre vers lui, un mouvement presque imperceptible mais que Lucas sentit dans ses paumes à lui.

Il attendit encore.

Puis il posa les lèvres sur elle.

Juste les lèvres, d'abord, sur les grandes lèvres, une pression légère de haut en bas, sentant sous sa bouche le gonflement de la chair, la douceur moite, la chaleur qui était là depuis un moment déjà et qui maintenant débordait presque. Il écarta légèrement les lèvres et sortit sa langue, un premier contact à plat, lent, remontant depuis le bas vers le haut en une seule ligne continue.

Elle retint sa respiration.

Il recommença. Le même tracé, la même lenteur, sa langue à plat ramassant au passage le goût d'elle, quelque chose de légèrement salé et de sucré en même temps, chaud, persistant, qui s'installa dans sa bouche et qu'il reconnut comme quelque chose qu'il voulait continuer à sentir. Ses mains remontèrent sur ses cuisses, les écartant très légèrement, et il inclina la tête pour trouver un meilleur angle.

Sa langue trouva le clitoris.

Il le sentit sous la pointe, petit renflement ferme sous son capuchon, et il s'y arrêta. Des cercles d'abord, très lents, d'un rayon infime, juste assez pour sentir la réponse, pour calibrer la pression exacte qui faisait tressaillir ses cuisses. Elle trembla. Il nota la chose et continua, les cercles se resserrant progressivement, la pression augmentant par degrés imperceptibles.

Sa respiration à elle avait changé de nature.

Ce n'était plus le souffle court et contenu de tout à l'heure, cette respiration maîtrisée qu'elle avait maintenue depuis le début, depuis le moment où il l'avait plaquée contre le mur. Quelque chose cédait dans ce contrôle, lentement, comme une couture qui lâche fil après fil. Elle expirait maintenant par la bouche, de longues expirations irrégulières, et ses hanches avaient recommencé à chercher sa bouche, un mouvement de balancier très doux, presque inconscient.

Lucas glissa la langue plus bas, l'enfonça légèrement entre les lèvres internes, sentit la chaleur dense et humide se refermer de part et d'autre, remonta, revint au clitoris avec une pression un peu plus franche cette fois. Elle émit un son, un vrai son, bref et involontaire, qui résonna dans le silence de la pièce.

Ses doigts à elle s'enfoncèrent dans ses cheveux.

Pas pour appuyer, juste pour tenir quelque chose, les doigts refermés dans ses cheveux comme on saisit un appui dans l'obscurité. Lucas sentit la légère traction sur son cuir chevelu et poursuivit, sa langue trouvant un rythme régulier maintenant, une alternance entre la pression directe sur le clitoris et de longs glissements vers le bas qui la faisaient à chaque fois retenir son souffle.

Il introduisit très lentement la pointe de la langue à l'entrée de sa vulve.

Elle se cambra.

Son dos quitta la position verticale, ses épaules basculèrent en arrière, une main lâcha ses cheveux pour aller chercher le bord de la table derrière elle. Lucas sentait entre ses paumes les muscles de ses cuisses se contracter et se relâcher de façon de moins en moins contrôlée, un tremblement qui commençait dans les adducteurs et remontait vers les hanches par vagues.

Il revint au clitoris et n'en bougea plus.

Juste ça. La même pression, le même mouvement circulaire, régulier, implacable, sa langue maintenant concentrée sur ce seul point avec une patience absolue. Elle gémit, un son long cette fois, sans retenue, sa hanche droite partant dans un spasme bref avant de revenir. Ses doigts avaient retrouvé ses cheveux et serraient maintenant, fort, sans s'en rendre compte probablement.

— Ne t'arrête pas, dit-elle.

Ce n'était plus la voix posée du début. C'était une voix plus basse, plus rauque, une voix qui venait de plus loin dans la gorge, qui portait dedans quelque chose d'exposé, quelque chose qu'elle n'avait pas choisi de montrer et qui sortait quand même.

Il n'en bougea pas.

Le tremblement dans ses cuisses s'était généralisé, gagnant les hanches, le bas du ventre, il le sentait sous ses paumes comme une vibration qui cherchait une issue. Sa respiration s'était fragmentée en inspirations courtes, hachées, son bassin poussait contre sa bouche sans discontinuer maintenant, elle avait abandonné tout contrôle là-dessus, et Lucas maintenait sa prise sur ses cuisses et gardait le rythme, exactement le même rythme, sans accélérer ni ralentir, sachant que c'était précisément cette constance immuable qui la menait là où elle allait.

Elle bascula d'un coup.

Un cri d'abord, net, sans préambule, qui emplit l'entrée et monta vers le plafond. Puis ses cuisses se refermèrent des deux côtés de sa tête, ses talons vinrent se poser dans son dos, et son bassin se souleva de la table dans un long spasme qui dura, qui continua de durer pendant que Lucas maintenait sa langue immobile contre elle, la laissant se consumer contre lui. Elle tremblait de partout, sa main dans ses cheveux serrée à lui faire mal, l'autre quelque part dans l'air au-dessus d'elle, et les sons qui sortaient de sa gorge n'avaient plus rien de retenu, plus rien de calculé, c'était quelque chose de brut et de complet qui emplissait le silence de la maison comme si elle l'avait habitée depuis toujours.

Puis le spasme reflua.

Par degrés, lentement, ses cuisses se desserrèrent. Ses talons glissèrent du dos de Lucas. Sa main dans ses cheveux relâcha sa prise, les doigts restant là, immobiles, simplement posés sur son crâne. Sa respiration revenait, longue et tremblée, puis de moins en moins tremblée.

Lucas posa les lèvres une dernière fois, très doucement, sur l'intérieur de sa cuisse.

Il leva les yeux vers elle.

Elle était à demi allongée sur la table, les épaules en arrière, le regard fixé sur le plafond obscur. Ses seins se soulevaient lentement à chaque inspiration. Ses jambes pendaient de chaque côté de lui, sans force, la peau encore parcourue par endroits d'un frémissement résiduel.

Elle tourna la tête vers lui.

***

Dans la pénombre, ses yeux verts avaient perdu quelque chose de leur netteté du début. Ce qu'il y avait dedans maintenant était différent. Pas de la faiblesse. Quelque chose d'ouvert, simplement, quelque chose de temporairement sans défense qui n'avait pas encore décidé ce qu'il allait redevenir.

— Tu peux me prendre, maintenant.

Lucas se releva.

Ses genoux avaient gardé l'empreinte du parquet, deux marques rouges symétriques qu'il ne sentait pas. Il se redressa de toute sa hauteur devant elle, les mains remontant le long de ses cuisses, et il la regarda allongée sur sa table, les épaules en arrière, les bras légèrement écartés, la peau de son ventre et de ses seins, blanche dans l'obscurité, sa respiration encore lourde, ses jambes pendantes de chaque côté de lui comme une invitation sans ambiguïté.

Il avança les hanches.

Le contact fut immédiat, le gland contre sa chaleur humide, et tous deux retinrent leur souffle en même temps. Il ne bougea pas encore, juste ce contact, cette pression au seuil, sentant la chaleur dense qui l'appelait et qu'il laissait appeler encore une seconde, deux, le temps de poser les paumes à plat sur la table de chaque côté de ses hanches et de baisser les yeux vers l'endroit précis où leurs corps se touchaient sans encore se joindre.

Puis il entra en elle.

Lentement. Une poussée unique et continue, sans à-coups, jusqu'à ce que leurs hanches se rejoignent et que plus rien ne les sépare. Elle émit un son long, sourd, qui monta depuis le fond de sa gorge et finit en un souffle, ses doigts cherchant et trouvant le bord de la table qu'ils serrèrent des deux côtés. Lucas resta immobile un instant, enfoncé jusqu'à la garde, sentant autour de lui la chaleur serrée et moite, les légères pulsations de sa chair, son propre pouls qui battait maintenant à cet endroit précis avec une intensité qui lui brouillait légèrement la vue.

Il commença à bouger.

Des mouvements lents d'abord, un retrait presque complet suivi d'une poussée profonde et régulière, chaque fois le même trajet, chaque fois le même impact au fond qui la faisait soulever légèrement les épaules de la table. Il entendait le bruit de leurs corps, ce bruit humide et précis qui ponctuait chaque mouvement, et il entendait sa respiration à elle se fragmenter à nouveau, reprendre ce rythme haché qu'il lui avait déjà entendu tout à l'heure mais qui maintenant était différent, plus grave, plus ancré dans le corps.

Ses jambes se levèrent.

Les chevilles d'abord, croisées dans son dos, puis les mollets, et enfin les talons qui vinrent se planter fermement au creux de ses reins, l'attirant vers elle à chaque poussée, amplifiant la profondeur de chaque mouvement. Lucas sentit le changement d'angle, quelque chose de légèrement différent dans la façon dont sa chair l'accueillait, une pression nouvelle sur la face supérieure de son sexe, et il inclina les hanches pour accentuer la chose, une légère modification de trajectoire qui lui arracha un cri bref, net, suivi d'un murmure indistinct.

Il accéléra.

Pas brutalement, par degrés, le rythme s'installant de lui-même comme quelque chose d'inévitable, leurs corps trouvant une cadence commune que ni l'un ni l'autre n'avait choisie consciemment. La table craquait sous eux à intervalles réguliers, un craquement sourd et rythmé qui se mêlait aux sons de leurs respirations et à la chair. Ses seins bougeaient à chaque impact, légèrement, et Lucas y posa une main, la paume à plat, sentant le mamelon dur contre sa peau.

Elle gémissait maintenant sans interruption.

Des sons continus, modulés par chaque poussée, qui montaient d'un demi-ton quand il appuyait plus profond et redescendaient au retrait, une musique involontaire et précise qui lui indiquait avec exactitude ce qu'elle ressentait mieux que n'importe quel mot. Ses hanches à elle avaient commencé à aller à sa rencontre, le bassin soulevé de la table à chaque fois, cherchant l'impact, le réclamant.

Lucas sentit la chaleur monter.

Elle commençait bas, au creux du bassin, et remontait le long du ventre et de la colonne par vagues de plus en plus rapprochées. Sa respiration s'était réduite à quelque chose d'essentiel, inspirations courtes, expirations brèves, son front penché vers elle, les yeux sur son visage, ce visage renversé en arrière, la gorge tendue, les lèvres entrouvertes.

Il voulut se retirer.

Un réflexe, une intention à demi formulée dans un coin de son cerveau encore capable de formuler des intentions, ses hanches qui amorçaient le recul. Mais les jambes de la jeune femme se resserrèrent instantanément. Ses talons s'enfoncèrent dans son dos avec une force surprenante pour un corps si mince, la maintenant contre lui, l'empêchant de reculer d'un centimètre, et ses mollets croisés dans ses reins ne laissaient aucun doute sur l'intention.

Il sentit ses propres hanches heurter les siennes une dernière fois, profondément, au-delà de ce qu'il avait fait jusqu'ici.

Et tout lâcha.

L'orgasme le prit depuis la base du sexe et remonta d'un coup, une déflagration unique et totale qui neutralisa tout le reste, la pièce, la table, la nuit, le fait qu'il ne connaissait pas son nom. Il éjacula en elle par vagues successives, chaque vague arrachant un son qu'il ne chercha pas à retenir, la tête en arrière, les bras tendus sur la table, les hanches pressées contre les siennes avec une force qu'il ne contrôlait plus. Il sentait la chaleur de sa propre jouissance se répandre au fond d'elle, sentait la chair de la jeune femme se contracter autour de lui en réponse, ses jambes qui le serraient toujours, ses talons qui ne relâchaient pas.

Il ne se souvint pas d'avoir connu ça avant.

Pas cette intensité-là. Pas cette façon dont le plaisir avait tout recouvert d'un coup, sans gradation ni avertissement, comme une lumière aveuglante qu'on allume dans une pièce obscure depuis trop longtemps. Il resta immobile, les bras tremblants, le souffle haché, enfoncé jusqu'au fond d'elle, et les secondes passèrent sans qu'il soit capable de compter combien.

Ses jambes finirent par se desserrer.

Lentement, les talons glissant le long de ses reins, les chevilles qui se décroisent, ses jambes retombant de chaque côté de lui, sans force. Lucas baissa la tête. Elle le regardait depuis la table, les yeux mi-clos, la peau du cou et de la poitrine légèrement rosie, une mèche brune traversant son visage en diagonale.

Elle ne dit rien.

Lui non plus.

Dehors, quelque part, un oiseau commençait à chanter dans le noir, très loin, le premier oiseau du matin qui ne savait pas encore que le jour n'était pas tout à fait là.

***

Elle se redressa.

Un mouvement souple, les paumes à plat sur la table, le buste qui se relève, les jambes qui cherchent le sol. Elle se mit debout sans un mot, sans un regard vers lui, et Lucas la regarda faire depuis l'endroit où il se tenait, immobile, les bras encore légèrement écartés du corps, la respiration pas tout à fait revenue.

Elle ramassa son haut en premier.

Il était tombé quelque part près de la console, un froissement sombre sur le parquet. Elle le secoua une fois, le passa par-dessus sa tête, le tissu retombant sur ses hanches avec ce même mouvement qu'il avait regardé, tout à l'heure, dans l'autre sens. Puis la culotte, qu'elle retrouva près de ses pieds, un geste rapide, sans façon. Le jean ensuite, les deux jambes d'un coup, le bouton refermé, la fermeture tirée d'un seul trait.

Moins d'une minute.

Elle était habillée. Elle passa la main dans ses cheveux, une seule fois, pour dégager la mèche qui traversait son visage, et ce geste ordinaire et précis, ce geste de quelqu'un qui repart, eut sur Lucas un effet qu'il n'aurait pas su nommer.

Elle se dirigea vers la porte.

Ses pieds sur le parquet, ses semelles sur le seuil, la poignée qu'elle abaissa sans hésitation. La porte s'ouvrit sur le dehors, sur l'air froid et bleu du petit matin, sur le jardin encore dans la nuit. Elle sortit.

Lucas n'avait pas bougé.

Il la regarda traverser le jardin à grandes enjambées, les épaules droites, la démarche assurée, comme si elle avait rendez-vous quelque part et qu'elle était légèrement en retard. La rosée devait mouiller ses semelles mais elle ne s’en souciait pas. Elle arriva au portillon, posa la main sur le loquet.

Elle se retourna.

Pas entièrement, juste la tête, les trois quarts du visage vers lui, et depuis le seuil de sa porte ouverte Lucas voyait dans la lumière naissante ses joues encore légèrement rosies, ses yeux verts qui le trouvèrent sans chercher, directement, comme ils avaient toujours fait depuis le début.

— Je l'appellerai Lucas.

Sa voix portait dans l'air immobile du matin, claire et posée, la même voix que tout à l'heure contre le mur, la même voix que quand elle avait dit “à ton tour”.

Le portillon se referma derrière elle.

Lucas resta sur le seuil, nu dans le froid du matin, et il lui fallut plusieurs secondes avant de comprendre. Plusieurs secondes pendant lesquelles il regardait le portillon fermé et la rue vide derrière, et entendait encore la phrase résonner dans l'air du jardin.

Puis il comprit.

Elle était repartie avec ce qu'elle était venue chercher.

Il resta encore un moment sur le seuil, les pieds nus sur la pierre froide, à regarder la rue déserte dans la lumière grise du matin qui commençait. Un oiseau chantait quelque part, puis deux, puis plusieurs, leurs voix se superposant dans les arbres du quartier endormi.

Il rentra, et referma la porte derrière lui.

La maison était silencieuse. Elle sentait encore le parfum floral, sucré et persistant, qui s'attarderait probablement des heures encore dans l'air de l'entrée. Lucas s'appuya un instant contre la porte fermée, les yeux ouverts dans la pénombre.

Il sourit.

Peut-être que ça n’allait pas marcher du premier coup…

À suivre…

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