Le bus
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le bus
Temps de lecture ~ 18 min
I Les trois premiers jours
Ils sont arrivés trois jours plus tôt en groupe, quand le bus a rendu l'âme sur une route sans nom entre deux étendues plates. Cinq personnes. De l'eau pour quatre jours, peut-être cinq. Un réseau capricieux qui autorisait un message sur dix.
Mathieu avait envoyé le message. Quelqu'un viendrait.
En attendant, ils avaient organisé l'espace. Sacs contre les vitres pour l'ombre. Couvertures sur les sièges éventrés. Un réchaud de camping pour le soir. La chaleur dehors était sèche, presque propre, et à l'intérieur du bus l'air stagnait comme dans une bouche fermée.
Le premier soir, Sara avait retiré son haut.
Elle l'avait fait sans cérémonie, sans regarder personne, en repliant soigneusement le tissu sur son sac à dos. Comme on enlève une contrainte inutile. Mathieu et Jonas avaient échangé un regard bref. Lucie, assise à l'autre bout, avait levé les yeux de son carnet, puis les avait baissés.
Le deuxième soir, Clara avait fait de même. Mais Clara était allée plus loin.
Elle avait attendu que le soleil soit bas, que la lumière à travers les vitres brisées devienne orange et oblique. Puis elle avait baissé son short, ses sous-vêtements, et s'était redressée dans l'allée centrale, entièrement nue, les bras le long du corps, comme si elle prenait la mesure de quelque chose.
Personne n'avait rien dit.
C'était peut-être ça, le plus troublant. Pas la nudité de Clara, ni le fait que Sara la regardait en silence avec un demi-sourire. Mais que Jonas ait continué à démonter la poignée de porte qu'il essayait de réparer depuis deux heures, et que Mathieu ait juste posé les yeux sur elle une seconde, puis détourné le regard vers la plaine.
Lucie, au fond, n'avait pas relevé la tête du tout.
II. La nuit du troisième jour
Sara n'arrivait pas à dormir. Elle s'était allongée sur deux sièges rapprochés, la tête posée sur son sac, et elle regardait le plafond de métal dont la peinture s'écaillait en longues lamelles brunes. À travers une vitre cassée, quelques étoiles. Rien d'autre que le silence et la chaleur immobile.
Elle entendit Clara bouger avant de la voir.
Clara s'approcha sans bruit, pieds nus sur le plancher. Elle s'accroupit à côté de Sara, les coudes sur les genoux, le visage proche. Sa peau dans l'obscurité avait une couleur de sable mouillé.
"Tu dors pas", dit Clara.
"Non."
Clara tendit la main et posa deux doigts sur le ventre de Sara, juste au-dessus du nombril. Pas une caresse. Juste un contact, comme on vérifie une température.
Sara ne bougea pas. Sa respiration se modifia légèrement, imperceptiblement.
"On transpire toutes les deux", dit Clara, et c'était vrai, la peau de Sara était moite sous la pulpe de ses doigts, et l'odeur dans l'air confiné du bus avait quelque chose de chaud et de vivant, de cuivre et de sel.
Les doigts de Clara commencèrent à bouger. Lentement, sans urgence, ils remontèrent le long du ventre de Sara jusqu'au sternum, s'arrêtèrent là, repartirent vers le bas. Sara gardait les yeux ouverts sur le plafond. Sa bouche était entrouverte.
"Les garçons", murmura-t-elle.
"Ils dorment."
Sara tourna la tête. À l'avant du bus, Mathieu était allongé sur le côté, immobile. Jonas avait les jambes repliées sur un siège, le bras sur les yeux. Lucie, tout au fond, était un tas sombre sous une veste. Rien ne bougeait.
Elle laissa Clara défaire le bouton de son short.
Le short tomba quelque part, Sara ne sut plus où. La main de Clara descendit sur ses cuisses, les remonta, prit tout son temps. Sara mordit sa lèvre inférieure pour ne pas faire de bruit. L'obscurité autour d'elles était une protection suffisante, ou peut-être insuffisante, et c'était ça aussi qui rendait tout plus aigu.
Clara s'allongea à côté d'elle sur les sièges étroits, leurs corps serrés l'un contre l'autre. La peau de Clara était plus fraîche, ou peut-être seulement différente, et Sara sentit contre sa cuisse la hanche de l'autre femme, l'os dur sous la chair souple.
La main de Clara trouva son chemin entre les jambes de Sara.
Sara ferma les yeux.
Ce fut d'abord une pression régulière, les doigts de Clara qui apprenaient la forme du désir, qui testaient la résistance et l'absence de résistance. Puis deux doigts entrèrent en elle, doucement, s'arrêtèrent, repartirent un peu plus profond. Sara laissa échapper un son très bas, presque rien, et Clara posa sa bouche contre son épaule comme pour étouffer ce qui pourrait venir.
Le pouce de Clara trouva le clitoris. Se mit à tourner dessus, lentement.
Sara glissa une main dans les cheveux de Clara et les tira sans violence, juste pour avoir quelque chose à tenir. L'autre main chercha à tâtons le corps de Clara, descendit sur son ventre, plus bas. Clara était déjà mouillée, les lèvres gonflées, chaudes sous les doigts de Sara qui n'avaient pas besoin de chercher longtemps.
Elles se travaillèrent l'une l'autre en silence, au rythme de ce qui semblait naturel, parfois rapide et parfois très lent, s'ajustant sans se parler. Le bus craquait par moments sous la chaleur. Dehors, rien.
Clara accéléra le pouce. Les doigts toujours en elle, profonds maintenant, pliés légèrement vers l'avant.
Sara mordit le tissu de la couverture.
L'orgasme vint par vagues, d'abord une tension dans les cuisses et le bas-ventre qui refusait de se résoudre, puis une seconde vague plus haute, et Sara retint tout dans sa gorge jusqu'à ce que ça devienne impossible, et alors une longue expiration s'échappa d'elle, tremblée, presque silencieuse.
Clara continua encore un peu, trois, quatre mouvements, puis s'arrêta.
La main de Sara, elle, ne s'était pas arrêtée. Elle sentait sous ses doigts le corps de Clara se contracter par petits spasmes, la respiration courte et irrégulière, les hanches qui cherchaient à bouger malgré l'espace étroit. Sara glissa un troisième doigt, écarta légèrement, et Clara enfonça son visage contre le cou de Sara et laissa sortir un son bref et étouffé, plusieurs fois.
Puis le silence revint.
III. Le matin du quatrième jour
Sara remit son short.
Elle fit ça simplement, sans se cacher, en plein milieu du bus, à la lumière blanche du matin qui entrait par les vitres. Jonas était réveillé, assis à l'avant, les yeux posés sur quelque chose au dehors. Il ne regardait pas Sara, ou il regardait sans regarder vraiment.
Mathieu préparait le café sur le réchaud.
Clara était toujours nue, assise sur le bord d'un siège, les chevilles croisées, les bras posés sur les genoux, parfaitement à l'aise dans sa propre peau comme si le bus était une plage ou une chambre privée ou n'importe quel endroit où l'on a le droit d'exister sans vêtements.
Lucie, au fond, lisait.
"Il va faire aussi chaud qu'hier", dit Mathieu en tendant un gobelet à Sara.
"Probablement", dit Sara.
Elle but son café debout dans l'allée. La lumière du matin changeait les couleurs de tout. Le métal rouillé des parois, la poussière sur le sol, les corps habillés et le corps nu de Clara, les visages qui n'avaient pas encore décidé ce qu'ils allaient exprimer.
Jonas se leva, alla à l'arrière du bus, revint avec une bouteille d'eau. Il passa devant Clara sans ralentir. Clara leva les yeux vers lui une seconde, il croisa son regard, continua.
Rien de remarquable. Ou tout, selon comment on regarde.
Sara finit son café. Le jour s'installait sur la plaine, sec et immense. Quelqu'un viendrait les chercher, ou personne ne viendrait, et en attendant le bus était là, avec ses vitres cassées et son plancher de poussière et les gens dedans qui apprenaient à occuper l'espace différemment.
Clara prit le gobelet des mains de Mathieu quand il le lui tendit.
Leurs doigts se touchèrent. Ni l'un ni l'autre ne le signalèrent.
Le réchaud ronronnait. Dehors, rien ne bougeait.
IV. Le soir du quatrième jour
Le secours n'était pas venu.
Mathieu avait reçu un message en fin d'après-midi, trois mots tronqués par le réseau : *demain matin, promis.* Il avait lu ça à voix haute sans intonation particulière et personne n'avait commenté. Jonas avait hoché la tête. Sara avait regardé la plaine par une vitre cassée.
L'eau baissait dans les bidons. Pas dangereusement, mais suffisamment pour qu'on commence à compter.
La chaleur du soir était différente de celle du jour, plus lourde, chargée de ce que la terre avait absorbé depuis l'aube. À l'intérieur du bus, l'air ne circulait presque pas. Les odeurs s'étaient accumulées en quatre jours, sueur et poussière et le café du matin et quelque chose d'autre, plus difficile à nommer, qui tenait à la promiscuité des corps dans un espace fermé.
Jonas était assis à l'avant, les coudes sur les genoux, à regarder dehors.
Il avait trente ans, les épaules larges d'un garçon qui travaille avec ses mains, les cheveux trop longs depuis trop longtemps. Depuis quatre jours il réparait des choses qui ne se réparaient pas, démontait des pièces inutiles, se donnait de l'occupation. Sara l'avait observé faire ça sans rien dire. Il y avait quelque chose de touchant dans son obstination mécanique.
Elle alla s'asseoir à côté de lui.
Il ne bougea pas. Dehors, le soleil posait sa dernière lumière orange sur le sol plat, et les ombres s'allongeaient dans toutes les directions.
"Tu penses à quoi", dit Sara. Pas vraiment une question.
"À rien de précis."
Elle posa sa nuque contre le dossier du siège. La position ouvrait sa gorge, tendait légèrement les muscles de ses épaules. Elle était torse nu depuis ce matin, comme Clara, par désir de symétrie ou par lassitude du tissu contre la peau par cette chaleur, elle n'aurait pas su dire exactement.
Jonas la regarda.
Pas ses seins, d'abord. Son visage. Puis ses seins, brièvement, avec une honnêteté qui valait mieux qu'une pruderie feinte.
"Ça ne te dérange pas", dit-il, "que je regarde."
"Si ça me dérangeait, j'aurais remis mon haut."
Il y avait dans la façon dont elle disait ça quelque chose qui n'était pas une invitation mais qui n'était pas non plus une frontière. Un espace intermédiaire où les choses pouvaient rester en suspens ou décider de bouger, selon.
Jonas tendit la main et la posa à plat sur le ventre de Sara.
Juste la paume, chaude et légèrement rugueuse, immobile sur la peau. Sara continua de regarder le ciel par la vitre. Sa respiration descendit d'un cran, se fit plus lente et plus profonde.
Il laissa sa main là un long moment sans bouger, comme s'il attendait quelque chose, un signal ou une résistance, et comme aucun des deux ne venait, ses doigts se déplièrent légèrement sur la peau de Sara, effleurant vers le haut jusqu'aux côtes, s'arrêtant là.
"Clara et toi", dit-il à voix basse. "La nuit dernière."
Sara tourna la tête vers lui. "Tu dormais pas."
"Non."
Silence. Dehors le soleil disparaissait pour de bon.
"Mathieu non plus", dit Jonas.
Sara prit le temps de mesurer ça. Mathieu au fond du bus avec sa couverture sur les yeux, immobile, qui entendait tout. Elle sentit quelque chose monter dans sa gorge, pas tout à fait de la gêne, plutôt de l'excitation rétrospective, l'image d'elle-même vue de l'extérieur dans l'obscurité, les sons qu'elle n'avait pas su retenir.
La main de Jonas remonta jusqu'à son sein.
Il le prit dans sa paume entière, doucement, sans serrer. Son pouce trouva le mamelon, le frôla, s'y attarda. Sara ferma les yeux. Derrière eux dans le bus, elle entendait Mathieu qui bougeait sur son siège, le froissement d'une couverture. Clara, quelque part, qui ne faisait aucun bruit.
"On les entend", murmura Sara.
"Oui."
Et ça ne changeait rien, ou ça changeait tout, mais dans un sens qui rendait ses mains moins hésitantes à elle aussi. Elle posa la main sur la cuisse de Jonas, sentit sous le tissu la chaleur de sa peau, la tension du muscle. Remonta jusqu'à l'entrejambe. Il était déjà dur, clairement, visiblement, et quand elle referma la main dessus à travers le jean il laissa échapper un son bref par le nez.
Il défit le bouton du short de Sara. Fit descendre la fermeture lentement.
Elle le laissa faire. Elle leva légèrement les hanches pour que le short puisse glisser, et Jonas le fit descendre sur ses cuisses, sur ses genoux, le laissa tomber quelque part sur le plancher. Elle n'avait rien en dessous. Il le savait déjà ou il le découvrit à ce moment-là, dans les deux cas sa main descendit immédiatement et ses doigts s'ouvrirent sur elle.
Elle était mouillée. Très. Il le sentit sous ses doigts et quelque chose changea dans sa respiration.
Ses doigts explorèrent d'abord, sans se presser, apprenant ce qu'il y avait à apprendre. Sara avait la tête renversée, les yeux ouverts sur le plafond qui s'assombrissait. Elle entendit derrière elle un mouvement plus net, un siège qui craquait sous un poids qui se déplaçait.
Clara s'approcha.
Sara la sentit avant de la voir, la chaleur d'un corps qui se met dans le dos d'un autre corps. Clara s'agenouilla sur le siège derrière Sara et passa les bras de chaque côté d'elle, ses mains à elle remontant sur le ventre, les côtes, les seins. Sa bouche se posa dans la nuque de Sara.
Jonas regardait ça.
Ses doigts s'étaient arrêtés un instant, puis avaient repris, plus décidés. Deux doigts en elle maintenant, le pouce sur le clitoris. Clara mordillait doucement la nuque de Sara, ses pouces tournant sur ses mamelons en rythme avec ce que faisait Jonas plus bas.
Sara dit, très bas : "Jonas."
Il comprit. Il se leva, défit son jean, le laissa sur le plancher avec le reste. Il était grand et assez mince, le ventre plat, le sexe tendu haut contre le ventre. Sara le regarda et tendit la main vers lui.
Il s'agenouilla à cheval sur ses jambes, les genoux calés contre les bords du siège. Clara gardait ses mains sur les seins de Sara, son menton posé sur l'épaule de Sara pour voir.
Jonas s'aligna sur elle et entra.
Lentement, jusqu'à mi-chemin, s'arrêta. Ressortit presque entièrement. Entra encore, plus profond. Sara laissa sortir un son qui n'était pas un mot. Clara serra ses seins dans ses paumes.
Le rythme s'établit seul, progressivement, les hanches de Jonas qui trouvaient leur cadence contre celles de Sara, le siège qui couinait légèrement à chaque poussée. La nuit tombait vite maintenant, l'intérieur du bus passant du gris sombre au presque-noir, et dans le presque-noir les sons prenaient plus de place, le souffle de Jonas qui s'accélérait, les petits bruits mouillés de chaque va-et-vient, la voix de Sara qui échappait à tout contrôle par fragments.
Au fond du bus, Mathieu ne dormait pas.
V. La nuit du quatrième jour
Clara se glissa jusqu'à Mathieu dans le noir.
Elle le trouva assis, les bras croisés sur la poitrine, à écouter ce qu'il ne pouvait pas ne pas entendre. Les voix de Sara, le rythme lent et régulier du siège là-bas à l'avant. Clara s'assit à côté de lui sans rien dire.
Il tourna la tête vers elle.
Elle était nue comme depuis deux jours, et dans le noir il distinguait surtout les lignes de son corps, les épaules, la courbe de la gorge. Elle sentait la chaleur et quelque chose de plus précis, un désir qui n'avait pas attendu d'être sollicité.
"Tu regardes depuis tout à l'heure", dit-elle.
"J'entends."
"C'est pareil."
Mathieu n'était pas le genre d'homme qui parlait beaucoup. Trente-cinq ans, le visage carré et un peu grave, la barbe de quatre jours devenue la barbe de huit. Il avait géré la situation depuis le début avec une compétence tranquille qui avait rassuré tout le monde sans qu'on le lui demande. Maintenant il était assis dans le noir à écouter Jonas et Sara, et Clara voyait à la ligne de ses épaules qu'il n'était plus du tout tranquille.
Elle posa la main sur sa cuisse.
Il bougea juste les yeux vers elle, ne dit rien.
"Allonge-toi", dit Clara.
Il s'exécuta sans discussion, s'allongea sur les deux sièges rabattus, et Clara se mit à genoux à côté de lui. Elle déboutonna sa chemise, la même depuis quatre jours. Sous la chemise, sa poitrine était large et sombre dans l'obscurité, couverte d'une toison légère. Clara y posa la joue un moment, juste pour sentir la chaleur, le battement du cœur un peu trop rapide.
Elle défit son pantalon. Il était dur depuis longtemps, clairement depuis bien avant qu'elle arrive, et quand sa main referma autour de lui il expira d'un coup, longtemps, comme s'il avait retenu quelque chose depuis des heures.
Clara commença à le caresser lentement. Elle prit tout son temps, remontant et descendant le long de son sexe, s'attardant sous le gland, reprenant. Mathieu avait posé un bras sur ses yeux et serrait l'autre main sur le rebord du siège. À l'avant du bus, les sons avaient changé de rythme, plus rapides maintenant, Sara qui disait quelque chose d'inarticulé et Jonas qui répondait par de la pression plutôt que des mots.
Mathieu tourna la tête vers les sons malgré lui.
Clara vit ça. Elle enjamba Mathieu, se positionna sur lui, et quand il revint la regarder elle s'abaissa et le prit en elle d'un seul mouvement.
Il agrippa ses hanches des deux mains.
Elle resta immobile une seconde, juste pour le sentir là, entier, la chaleur et la plénitude de ça. Puis elle commença à bouger. Pas vite. Des mouvements lents et circulaires d'abord, les hanches qui tournaient légèrement, puis des va-et-vient plus longs qui remontaient presque jusqu'au bout avant de redescendre.
Mathieu la regardait du bas, les yeux ouverts dans le noir. Ses mains guidaient ses hanches sans les contraindre, épousant le mouvement plutôt que l'imposant.
Au fond de Clara quelque chose se resserrait à chaque descente, une tension qui s'accumulait sans se résoudre. Elle accéléra. Les mains de Mathieu serrèrent ses hanches. Le siège protestait dessous eux à chaque mouvement et Clara s'en foutait complètement.
À l'avant, Sara cria une fois, brièvement, étouffé contre l'épaule de Jonas.
Mathieu l'entendit et quelque chose changea dans son corps, une tension dans les cuisses, les hanches qui commencèrent à pousser vers le haut pour rencontrer Clara à mi-chemin. Elle se pencha en avant, posa les mains sur sa poitrine pour prendre appui, et dans cette position il allait plus profond, touchait quelque chose au fond d'elle qui lui tira un son du ventre.
"Reste là", dit-elle, et il comprit, il maintint l'angle.
Elle travailla dessus, mouvements courts et rapides, et l'orgasme vint vite et fort, la traversant de la base de l'abdomen jusqu'aux épaules, et elle le laissa arriver sans essayer de le contenir, la voix qui sortait d'elle en longues ondes irrégulières.
Mathieu la laissa finir. Puis il la retourna.
Il la mit sur le dos, s'allongea sur elle, et reprit là où elle l'avait laissé mais à son rythme à lui, profond et régulier, la bouche contre sa gorge. Clara l'entoura de ses jambes. Il dura longtemps, plus longtemps qu'elle ne s'y attendait, comme si toutes ces heures à attendre dans le noir avaient rendu son endurance absolue.
Quand il jouit enfin c'était silencieux, juste le souffle coupé et les mains qui serraient ses hanches très fort pendant quelques secondes.
À l'avant, Sara s'était endormie contre Jonas.
Lucie, au fond du bus depuis tout ce temps, posa son livre. Dans le noir elle fixait le plafond. Elle entendait les respirations qui se calmaient, les corps qui se réinstallaient sur les sièges. La chaleur dans le bus avait encore monté, ou c'était l'impression.
Elle glissa la main sous sa jupe.
Elle se toucha en silence et avec méthode, les yeux ouverts, les sons des autres encore présents dans ses oreilles comme une musique qui continuait après la fin du morceau. Ce ne fut pas long. Elle était prête depuis trop longtemps.
Elle laissa sortir très peu de son corps. Juste l'essentiel.
Puis elle reprit son livre, même si elle ne lisait plus vraiment.
VI. Le matin du cinquième jour
Le bruit du moteur les réveilla tous.
Un 4x4 blanc sur la piste, encore loin, un nuage de poussière derrière lui. Mathieu fut le premier dehors, suivi de Jonas. Clara descendit après eux, toujours nue, et s'arrêta au bord de la route dans la lumière du matin, les bras écartés légèrement du corps comme pour sentir l'air qui bougeait enfin.
Sara la rejoignit, son short reboutonné de travers.
Le 4x4 s'arrêta. Le conducteur descendit, un homme d'une cinquantaine d'années, chapeau de toile, l'air habitué aux catastrophes mécaniques sur les routes perdues. Il regarda la situation, le bus crevé, les gens épuisés, Clara debout nue dans la poussière.
Il ne dit rien sur rien. Il dit : "Vous êtes combien."
"Cinq", dit Mathieu.
"Ça rentre."
Ils chargèrent les sacs. Le conducteur aida Jonas avec le plus lourd. Sara s'assit à l'arrière entre Clara, qui avait fini par enfiler une robe légère depuis le fond d'un sac, et Mathieu, dont la cuisse était contre la sienne et qui ne le remarquait pas ou le remarquait en silence.
Lucie prit la place avant avec Jonas.
Le 4x4 démarra. Le bus disparut derrière eux dans le rétroviseur, petit, immobile sur le bord de la route plate, déjà comme quelque chose qui aurait appartenu à un autre temps.
Ils roulèrent une heure sans vraiment parler.
Jonas s'endormit l'épaule contre la vitre. Clara appuya la tête en arrière, les yeux mi-clos. Sara regardait la plaine défiler, la même plaine depuis cinq jours mais vue de là, depuis un véhicule qui avançait, elle semblait différente, moins hostile, presque belle.
Elle sentait encore Jonas sur elle. Dans elle. L'odeur du bus sur sa peau, la chaleur de Mathieu contre sa cuisse.
Rien de tout ça n'avait de nom précis. Pas une aventure, pas une erreur, pas quelque chose qu'on raconterait en rentrant ou qu'on tairait par pudeur. Juste ce qui s'était passé parce que l'attente et la chaleur et les corps dans un espace trop petit avaient rendu inévitable ce qui l'était peut-être depuis toujours.
Le conducteur alluma la radio. Une station parasitée qui diffusait quelque chose de lent.
Lucie, à l'avant, posa la nuque contre le dossier et ferma les yeux.
La ville apparut à l'horizon, quelques immeubles blancs dans la chaleur, lointains et réels.
Ils arrivaient.
I Les trois premiers jours
Ils sont arrivés trois jours plus tôt en groupe, quand le bus a rendu l'âme sur une route sans nom entre deux étendues plates. Cinq personnes. De l'eau pour quatre jours, peut-être cinq. Un réseau capricieux qui autorisait un message sur dix.
Mathieu avait envoyé le message. Quelqu'un viendrait.
En attendant, ils avaient organisé l'espace. Sacs contre les vitres pour l'ombre. Couvertures sur les sièges éventrés. Un réchaud de camping pour le soir. La chaleur dehors était sèche, presque propre, et à l'intérieur du bus l'air stagnait comme dans une bouche fermée.
Le premier soir, Sara avait retiré son haut.
Elle l'avait fait sans cérémonie, sans regarder personne, en repliant soigneusement le tissu sur son sac à dos. Comme on enlève une contrainte inutile. Mathieu et Jonas avaient échangé un regard bref. Lucie, assise à l'autre bout, avait levé les yeux de son carnet, puis les avait baissés.
Le deuxième soir, Clara avait fait de même. Mais Clara était allée plus loin.
Elle avait attendu que le soleil soit bas, que la lumière à travers les vitres brisées devienne orange et oblique. Puis elle avait baissé son short, ses sous-vêtements, et s'était redressée dans l'allée centrale, entièrement nue, les bras le long du corps, comme si elle prenait la mesure de quelque chose.
Personne n'avait rien dit.
C'était peut-être ça, le plus troublant. Pas la nudité de Clara, ni le fait que Sara la regardait en silence avec un demi-sourire. Mais que Jonas ait continué à démonter la poignée de porte qu'il essayait de réparer depuis deux heures, et que Mathieu ait juste posé les yeux sur elle une seconde, puis détourné le regard vers la plaine.
Lucie, au fond, n'avait pas relevé la tête du tout.
II. La nuit du troisième jour
Sara n'arrivait pas à dormir. Elle s'était allongée sur deux sièges rapprochés, la tête posée sur son sac, et elle regardait le plafond de métal dont la peinture s'écaillait en longues lamelles brunes. À travers une vitre cassée, quelques étoiles. Rien d'autre que le silence et la chaleur immobile.
Elle entendit Clara bouger avant de la voir.
Clara s'approcha sans bruit, pieds nus sur le plancher. Elle s'accroupit à côté de Sara, les coudes sur les genoux, le visage proche. Sa peau dans l'obscurité avait une couleur de sable mouillé.
"Tu dors pas", dit Clara.
"Non."
Clara tendit la main et posa deux doigts sur le ventre de Sara, juste au-dessus du nombril. Pas une caresse. Juste un contact, comme on vérifie une température.
Sara ne bougea pas. Sa respiration se modifia légèrement, imperceptiblement.
"On transpire toutes les deux", dit Clara, et c'était vrai, la peau de Sara était moite sous la pulpe de ses doigts, et l'odeur dans l'air confiné du bus avait quelque chose de chaud et de vivant, de cuivre et de sel.
Les doigts de Clara commencèrent à bouger. Lentement, sans urgence, ils remontèrent le long du ventre de Sara jusqu'au sternum, s'arrêtèrent là, repartirent vers le bas. Sara gardait les yeux ouverts sur le plafond. Sa bouche était entrouverte.
"Les garçons", murmura-t-elle.
"Ils dorment."
Sara tourna la tête. À l'avant du bus, Mathieu était allongé sur le côté, immobile. Jonas avait les jambes repliées sur un siège, le bras sur les yeux. Lucie, tout au fond, était un tas sombre sous une veste. Rien ne bougeait.
Elle laissa Clara défaire le bouton de son short.
Le short tomba quelque part, Sara ne sut plus où. La main de Clara descendit sur ses cuisses, les remonta, prit tout son temps. Sara mordit sa lèvre inférieure pour ne pas faire de bruit. L'obscurité autour d'elles était une protection suffisante, ou peut-être insuffisante, et c'était ça aussi qui rendait tout plus aigu.
Clara s'allongea à côté d'elle sur les sièges étroits, leurs corps serrés l'un contre l'autre. La peau de Clara était plus fraîche, ou peut-être seulement différente, et Sara sentit contre sa cuisse la hanche de l'autre femme, l'os dur sous la chair souple.
La main de Clara trouva son chemin entre les jambes de Sara.
Sara ferma les yeux.
Ce fut d'abord une pression régulière, les doigts de Clara qui apprenaient la forme du désir, qui testaient la résistance et l'absence de résistance. Puis deux doigts entrèrent en elle, doucement, s'arrêtèrent, repartirent un peu plus profond. Sara laissa échapper un son très bas, presque rien, et Clara posa sa bouche contre son épaule comme pour étouffer ce qui pourrait venir.
Le pouce de Clara trouva le clitoris. Se mit à tourner dessus, lentement.
Sara glissa une main dans les cheveux de Clara et les tira sans violence, juste pour avoir quelque chose à tenir. L'autre main chercha à tâtons le corps de Clara, descendit sur son ventre, plus bas. Clara était déjà mouillée, les lèvres gonflées, chaudes sous les doigts de Sara qui n'avaient pas besoin de chercher longtemps.
Elles se travaillèrent l'une l'autre en silence, au rythme de ce qui semblait naturel, parfois rapide et parfois très lent, s'ajustant sans se parler. Le bus craquait par moments sous la chaleur. Dehors, rien.
Clara accéléra le pouce. Les doigts toujours en elle, profonds maintenant, pliés légèrement vers l'avant.
Sara mordit le tissu de la couverture.
L'orgasme vint par vagues, d'abord une tension dans les cuisses et le bas-ventre qui refusait de se résoudre, puis une seconde vague plus haute, et Sara retint tout dans sa gorge jusqu'à ce que ça devienne impossible, et alors une longue expiration s'échappa d'elle, tremblée, presque silencieuse.
Clara continua encore un peu, trois, quatre mouvements, puis s'arrêta.
La main de Sara, elle, ne s'était pas arrêtée. Elle sentait sous ses doigts le corps de Clara se contracter par petits spasmes, la respiration courte et irrégulière, les hanches qui cherchaient à bouger malgré l'espace étroit. Sara glissa un troisième doigt, écarta légèrement, et Clara enfonça son visage contre le cou de Sara et laissa sortir un son bref et étouffé, plusieurs fois.
Puis le silence revint.
III. Le matin du quatrième jour
Sara remit son short.
Elle fit ça simplement, sans se cacher, en plein milieu du bus, à la lumière blanche du matin qui entrait par les vitres. Jonas était réveillé, assis à l'avant, les yeux posés sur quelque chose au dehors. Il ne regardait pas Sara, ou il regardait sans regarder vraiment.
Mathieu préparait le café sur le réchaud.
Clara était toujours nue, assise sur le bord d'un siège, les chevilles croisées, les bras posés sur les genoux, parfaitement à l'aise dans sa propre peau comme si le bus était une plage ou une chambre privée ou n'importe quel endroit où l'on a le droit d'exister sans vêtements.
Lucie, au fond, lisait.
"Il va faire aussi chaud qu'hier", dit Mathieu en tendant un gobelet à Sara.
"Probablement", dit Sara.
Elle but son café debout dans l'allée. La lumière du matin changeait les couleurs de tout. Le métal rouillé des parois, la poussière sur le sol, les corps habillés et le corps nu de Clara, les visages qui n'avaient pas encore décidé ce qu'ils allaient exprimer.
Jonas se leva, alla à l'arrière du bus, revint avec une bouteille d'eau. Il passa devant Clara sans ralentir. Clara leva les yeux vers lui une seconde, il croisa son regard, continua.
Rien de remarquable. Ou tout, selon comment on regarde.
Sara finit son café. Le jour s'installait sur la plaine, sec et immense. Quelqu'un viendrait les chercher, ou personne ne viendrait, et en attendant le bus était là, avec ses vitres cassées et son plancher de poussière et les gens dedans qui apprenaient à occuper l'espace différemment.
Clara prit le gobelet des mains de Mathieu quand il le lui tendit.
Leurs doigts se touchèrent. Ni l'un ni l'autre ne le signalèrent.
Le réchaud ronronnait. Dehors, rien ne bougeait.
IV. Le soir du quatrième jour
Le secours n'était pas venu.
Mathieu avait reçu un message en fin d'après-midi, trois mots tronqués par le réseau : *demain matin, promis.* Il avait lu ça à voix haute sans intonation particulière et personne n'avait commenté. Jonas avait hoché la tête. Sara avait regardé la plaine par une vitre cassée.
L'eau baissait dans les bidons. Pas dangereusement, mais suffisamment pour qu'on commence à compter.
La chaleur du soir était différente de celle du jour, plus lourde, chargée de ce que la terre avait absorbé depuis l'aube. À l'intérieur du bus, l'air ne circulait presque pas. Les odeurs s'étaient accumulées en quatre jours, sueur et poussière et le café du matin et quelque chose d'autre, plus difficile à nommer, qui tenait à la promiscuité des corps dans un espace fermé.
Jonas était assis à l'avant, les coudes sur les genoux, à regarder dehors.
Il avait trente ans, les épaules larges d'un garçon qui travaille avec ses mains, les cheveux trop longs depuis trop longtemps. Depuis quatre jours il réparait des choses qui ne se réparaient pas, démontait des pièces inutiles, se donnait de l'occupation. Sara l'avait observé faire ça sans rien dire. Il y avait quelque chose de touchant dans son obstination mécanique.
Elle alla s'asseoir à côté de lui.
Il ne bougea pas. Dehors, le soleil posait sa dernière lumière orange sur le sol plat, et les ombres s'allongeaient dans toutes les directions.
"Tu penses à quoi", dit Sara. Pas vraiment une question.
"À rien de précis."
Elle posa sa nuque contre le dossier du siège. La position ouvrait sa gorge, tendait légèrement les muscles de ses épaules. Elle était torse nu depuis ce matin, comme Clara, par désir de symétrie ou par lassitude du tissu contre la peau par cette chaleur, elle n'aurait pas su dire exactement.
Jonas la regarda.
Pas ses seins, d'abord. Son visage. Puis ses seins, brièvement, avec une honnêteté qui valait mieux qu'une pruderie feinte.
"Ça ne te dérange pas", dit-il, "que je regarde."
"Si ça me dérangeait, j'aurais remis mon haut."
Il y avait dans la façon dont elle disait ça quelque chose qui n'était pas une invitation mais qui n'était pas non plus une frontière. Un espace intermédiaire où les choses pouvaient rester en suspens ou décider de bouger, selon.
Jonas tendit la main et la posa à plat sur le ventre de Sara.
Juste la paume, chaude et légèrement rugueuse, immobile sur la peau. Sara continua de regarder le ciel par la vitre. Sa respiration descendit d'un cran, se fit plus lente et plus profonde.
Il laissa sa main là un long moment sans bouger, comme s'il attendait quelque chose, un signal ou une résistance, et comme aucun des deux ne venait, ses doigts se déplièrent légèrement sur la peau de Sara, effleurant vers le haut jusqu'aux côtes, s'arrêtant là.
"Clara et toi", dit-il à voix basse. "La nuit dernière."
Sara tourna la tête vers lui. "Tu dormais pas."
"Non."
Silence. Dehors le soleil disparaissait pour de bon.
"Mathieu non plus", dit Jonas.
Sara prit le temps de mesurer ça. Mathieu au fond du bus avec sa couverture sur les yeux, immobile, qui entendait tout. Elle sentit quelque chose monter dans sa gorge, pas tout à fait de la gêne, plutôt de l'excitation rétrospective, l'image d'elle-même vue de l'extérieur dans l'obscurité, les sons qu'elle n'avait pas su retenir.
La main de Jonas remonta jusqu'à son sein.
Il le prit dans sa paume entière, doucement, sans serrer. Son pouce trouva le mamelon, le frôla, s'y attarda. Sara ferma les yeux. Derrière eux dans le bus, elle entendait Mathieu qui bougeait sur son siège, le froissement d'une couverture. Clara, quelque part, qui ne faisait aucun bruit.
"On les entend", murmura Sara.
"Oui."
Et ça ne changeait rien, ou ça changeait tout, mais dans un sens qui rendait ses mains moins hésitantes à elle aussi. Elle posa la main sur la cuisse de Jonas, sentit sous le tissu la chaleur de sa peau, la tension du muscle. Remonta jusqu'à l'entrejambe. Il était déjà dur, clairement, visiblement, et quand elle referma la main dessus à travers le jean il laissa échapper un son bref par le nez.
Il défit le bouton du short de Sara. Fit descendre la fermeture lentement.
Elle le laissa faire. Elle leva légèrement les hanches pour que le short puisse glisser, et Jonas le fit descendre sur ses cuisses, sur ses genoux, le laissa tomber quelque part sur le plancher. Elle n'avait rien en dessous. Il le savait déjà ou il le découvrit à ce moment-là, dans les deux cas sa main descendit immédiatement et ses doigts s'ouvrirent sur elle.
Elle était mouillée. Très. Il le sentit sous ses doigts et quelque chose changea dans sa respiration.
Ses doigts explorèrent d'abord, sans se presser, apprenant ce qu'il y avait à apprendre. Sara avait la tête renversée, les yeux ouverts sur le plafond qui s'assombrissait. Elle entendit derrière elle un mouvement plus net, un siège qui craquait sous un poids qui se déplaçait.
Clara s'approcha.
Sara la sentit avant de la voir, la chaleur d'un corps qui se met dans le dos d'un autre corps. Clara s'agenouilla sur le siège derrière Sara et passa les bras de chaque côté d'elle, ses mains à elle remontant sur le ventre, les côtes, les seins. Sa bouche se posa dans la nuque de Sara.
Jonas regardait ça.
Ses doigts s'étaient arrêtés un instant, puis avaient repris, plus décidés. Deux doigts en elle maintenant, le pouce sur le clitoris. Clara mordillait doucement la nuque de Sara, ses pouces tournant sur ses mamelons en rythme avec ce que faisait Jonas plus bas.
Sara dit, très bas : "Jonas."
Il comprit. Il se leva, défit son jean, le laissa sur le plancher avec le reste. Il était grand et assez mince, le ventre plat, le sexe tendu haut contre le ventre. Sara le regarda et tendit la main vers lui.
Il s'agenouilla à cheval sur ses jambes, les genoux calés contre les bords du siège. Clara gardait ses mains sur les seins de Sara, son menton posé sur l'épaule de Sara pour voir.
Jonas s'aligna sur elle et entra.
Lentement, jusqu'à mi-chemin, s'arrêta. Ressortit presque entièrement. Entra encore, plus profond. Sara laissa sortir un son qui n'était pas un mot. Clara serra ses seins dans ses paumes.
Le rythme s'établit seul, progressivement, les hanches de Jonas qui trouvaient leur cadence contre celles de Sara, le siège qui couinait légèrement à chaque poussée. La nuit tombait vite maintenant, l'intérieur du bus passant du gris sombre au presque-noir, et dans le presque-noir les sons prenaient plus de place, le souffle de Jonas qui s'accélérait, les petits bruits mouillés de chaque va-et-vient, la voix de Sara qui échappait à tout contrôle par fragments.
Au fond du bus, Mathieu ne dormait pas.
V. La nuit du quatrième jour
Clara se glissa jusqu'à Mathieu dans le noir.
Elle le trouva assis, les bras croisés sur la poitrine, à écouter ce qu'il ne pouvait pas ne pas entendre. Les voix de Sara, le rythme lent et régulier du siège là-bas à l'avant. Clara s'assit à côté de lui sans rien dire.
Il tourna la tête vers elle.
Elle était nue comme depuis deux jours, et dans le noir il distinguait surtout les lignes de son corps, les épaules, la courbe de la gorge. Elle sentait la chaleur et quelque chose de plus précis, un désir qui n'avait pas attendu d'être sollicité.
"Tu regardes depuis tout à l'heure", dit-elle.
"J'entends."
"C'est pareil."
Mathieu n'était pas le genre d'homme qui parlait beaucoup. Trente-cinq ans, le visage carré et un peu grave, la barbe de quatre jours devenue la barbe de huit. Il avait géré la situation depuis le début avec une compétence tranquille qui avait rassuré tout le monde sans qu'on le lui demande. Maintenant il était assis dans le noir à écouter Jonas et Sara, et Clara voyait à la ligne de ses épaules qu'il n'était plus du tout tranquille.
Elle posa la main sur sa cuisse.
Il bougea juste les yeux vers elle, ne dit rien.
"Allonge-toi", dit Clara.
Il s'exécuta sans discussion, s'allongea sur les deux sièges rabattus, et Clara se mit à genoux à côté de lui. Elle déboutonna sa chemise, la même depuis quatre jours. Sous la chemise, sa poitrine était large et sombre dans l'obscurité, couverte d'une toison légère. Clara y posa la joue un moment, juste pour sentir la chaleur, le battement du cœur un peu trop rapide.
Elle défit son pantalon. Il était dur depuis longtemps, clairement depuis bien avant qu'elle arrive, et quand sa main referma autour de lui il expira d'un coup, longtemps, comme s'il avait retenu quelque chose depuis des heures.
Clara commença à le caresser lentement. Elle prit tout son temps, remontant et descendant le long de son sexe, s'attardant sous le gland, reprenant. Mathieu avait posé un bras sur ses yeux et serrait l'autre main sur le rebord du siège. À l'avant du bus, les sons avaient changé de rythme, plus rapides maintenant, Sara qui disait quelque chose d'inarticulé et Jonas qui répondait par de la pression plutôt que des mots.
Mathieu tourna la tête vers les sons malgré lui.
Clara vit ça. Elle enjamba Mathieu, se positionna sur lui, et quand il revint la regarder elle s'abaissa et le prit en elle d'un seul mouvement.
Il agrippa ses hanches des deux mains.
Elle resta immobile une seconde, juste pour le sentir là, entier, la chaleur et la plénitude de ça. Puis elle commença à bouger. Pas vite. Des mouvements lents et circulaires d'abord, les hanches qui tournaient légèrement, puis des va-et-vient plus longs qui remontaient presque jusqu'au bout avant de redescendre.
Mathieu la regardait du bas, les yeux ouverts dans le noir. Ses mains guidaient ses hanches sans les contraindre, épousant le mouvement plutôt que l'imposant.
Au fond de Clara quelque chose se resserrait à chaque descente, une tension qui s'accumulait sans se résoudre. Elle accéléra. Les mains de Mathieu serrèrent ses hanches. Le siège protestait dessous eux à chaque mouvement et Clara s'en foutait complètement.
À l'avant, Sara cria une fois, brièvement, étouffé contre l'épaule de Jonas.
Mathieu l'entendit et quelque chose changea dans son corps, une tension dans les cuisses, les hanches qui commencèrent à pousser vers le haut pour rencontrer Clara à mi-chemin. Elle se pencha en avant, posa les mains sur sa poitrine pour prendre appui, et dans cette position il allait plus profond, touchait quelque chose au fond d'elle qui lui tira un son du ventre.
"Reste là", dit-elle, et il comprit, il maintint l'angle.
Elle travailla dessus, mouvements courts et rapides, et l'orgasme vint vite et fort, la traversant de la base de l'abdomen jusqu'aux épaules, et elle le laissa arriver sans essayer de le contenir, la voix qui sortait d'elle en longues ondes irrégulières.
Mathieu la laissa finir. Puis il la retourna.
Il la mit sur le dos, s'allongea sur elle, et reprit là où elle l'avait laissé mais à son rythme à lui, profond et régulier, la bouche contre sa gorge. Clara l'entoura de ses jambes. Il dura longtemps, plus longtemps qu'elle ne s'y attendait, comme si toutes ces heures à attendre dans le noir avaient rendu son endurance absolue.
Quand il jouit enfin c'était silencieux, juste le souffle coupé et les mains qui serraient ses hanches très fort pendant quelques secondes.
À l'avant, Sara s'était endormie contre Jonas.
Lucie, au fond du bus depuis tout ce temps, posa son livre. Dans le noir elle fixait le plafond. Elle entendait les respirations qui se calmaient, les corps qui se réinstallaient sur les sièges. La chaleur dans le bus avait encore monté, ou c'était l'impression.
Elle glissa la main sous sa jupe.
Elle se toucha en silence et avec méthode, les yeux ouverts, les sons des autres encore présents dans ses oreilles comme une musique qui continuait après la fin du morceau. Ce ne fut pas long. Elle était prête depuis trop longtemps.
Elle laissa sortir très peu de son corps. Juste l'essentiel.
Puis elle reprit son livre, même si elle ne lisait plus vraiment.
VI. Le matin du cinquième jour
Le bruit du moteur les réveilla tous.
Un 4x4 blanc sur la piste, encore loin, un nuage de poussière derrière lui. Mathieu fut le premier dehors, suivi de Jonas. Clara descendit après eux, toujours nue, et s'arrêta au bord de la route dans la lumière du matin, les bras écartés légèrement du corps comme pour sentir l'air qui bougeait enfin.
Sara la rejoignit, son short reboutonné de travers.
Le 4x4 s'arrêta. Le conducteur descendit, un homme d'une cinquantaine d'années, chapeau de toile, l'air habitué aux catastrophes mécaniques sur les routes perdues. Il regarda la situation, le bus crevé, les gens épuisés, Clara debout nue dans la poussière.
Il ne dit rien sur rien. Il dit : "Vous êtes combien."
"Cinq", dit Mathieu.
"Ça rentre."
Ils chargèrent les sacs. Le conducteur aida Jonas avec le plus lourd. Sara s'assit à l'arrière entre Clara, qui avait fini par enfiler une robe légère depuis le fond d'un sac, et Mathieu, dont la cuisse était contre la sienne et qui ne le remarquait pas ou le remarquait en silence.
Lucie prit la place avant avec Jonas.
Le 4x4 démarra. Le bus disparut derrière eux dans le rétroviseur, petit, immobile sur le bord de la route plate, déjà comme quelque chose qui aurait appartenu à un autre temps.
Ils roulèrent une heure sans vraiment parler.
Jonas s'endormit l'épaule contre la vitre. Clara appuya la tête en arrière, les yeux mi-clos. Sara regardait la plaine défiler, la même plaine depuis cinq jours mais vue de là, depuis un véhicule qui avançait, elle semblait différente, moins hostile, presque belle.
Elle sentait encore Jonas sur elle. Dans elle. L'odeur du bus sur sa peau, la chaleur de Mathieu contre sa cuisse.
Rien de tout ça n'avait de nom précis. Pas une aventure, pas une erreur, pas quelque chose qu'on raconterait en rentrant ou qu'on tairait par pudeur. Juste ce qui s'était passé parce que l'attente et la chaleur et les corps dans un espace trop petit avaient rendu inévitable ce qui l'était peut-être depuis toujours.
Le conducteur alluma la radio. Une station parasitée qui diffusait quelque chose de lent.
Lucie, à l'avant, posa la nuque contre le dossier et ferma les yeux.
La ville apparut à l'horizon, quelques immeubles blancs dans la chaleur, lointains et réels.
Ils arrivaient.
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