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- Par l'auteur HDS CDuvert -
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Récit libertin : Expédition Histoire érotique Publiée sur HDS le 07-06-2026 dans la catégorie Plus on est
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Expédition
Temps de lecture ~ 15 min

Je m'étais habillée à la va-vite, comme si je partais pour une expédition polaire.

Pull trop large, jean, les premières chaussettes trouvées, le manteau qui traînait sur la chaise depuis mardi. Aucun soin, aucune intention. C'était, j'allais le comprendre plus tard, exactement la bonne façon de s'habiller pour ce qui allait se passer, parce que tout ce qu'on met avec soin, on hésite à l'enlever, et ce soir-là je ne voulais pas hésiter.

Dehors il faisait ce froid sec de février qui brûle les narines. Je marchai vite. Le bar était à huit minutes à pied et j'avais dit neuf heures. Il était neuf heures moins cinq.

J'avais rencontré Marc trois semaines plus tôt, à un vernissage où je m'ennuyais, debout devant une toile que je ne comprenais pas, un verre de blanc tiède à la main. Il s'était approché et avait dit, sans préambule : "Elle est nulle, cette peinture." J'avais ri. On avait passé le reste de la soirée dans un coin à parler de choses sans importance avec cette attention qu'on réserve d'habitude aux choses qui comptent. Il était grand, carré, la quarantaine, une façon de regarder qui ne se dérobait jamais. Il m'avait donné son numéro sur un ticket de vestiaire. J'avais attendu dix jours avant de m'en servir.

Son ami Julien, je ne le connaissais pas.

Marc en avait parlé une seule fois, en passant, au téléphone deux jours plus tôt. Ils se connaissaient depuis vingt ans. Julien serait là ce soir, si ça ne me dérangeait pas. Sa voix était neutre en posant la question, mais pas tout à fait, et j'avais compris qu'il y avait autre chose dans cette question que la simple logistique. J'avais dit que ça ne me dérangeait pas.

J'avais raccroché et regardé le plafond un moment.

Puis je m'étais dit que j'avais trente-huit ans, pas de raison particulière de rentrer seule, et que le pull trop large irait très bien.

Le bar était sombre, boisé, le genre d'endroit qui sent le cuir et le whisky et où personne ne parle trop fort. Marc était au fond, debout, et à côté de lui un homme que je sus immédiatement être Julien, plus mince, plus brun, un peu moins grand, avec un sourire qui arrivait lentement mais qui, une fois là, changeait tout son visage.

Ils se levèrent tous les deux quand ils me virent approcher. Ce détail me plut.

On commanda à boire. La conversation s'installa facilement, trop facilement peut-être, avec ce léger excès de fluidité qui signale qu'on est trois à penser à autre chose. Marc avait posé sa main sur la mienne au bout de vingt minutes, naturellement, sans geste démonstratif, juste sa paume chaude sur mes doigts. Julien regardait sans regarder, avec ce tact particulier des gens qui savent exactement ce qu'ils font.

À un moment la conversation tomba et personne ne s'empressa de la ramasser.

Marc me regarda.

"On y va ?"

C’était un peu plus qu’une suggestion.

L'appartement de Marc était au quatrième, sans ascenseur. Dans l'escalier j'entendais leurs pas derrière moi, les deux, et quelque chose dans ce son, leurs semelles alternées sur le bois des marches, me fit monter plus lentement, sans que j'en aie pleinement conscience, juste pour entendre encore.

À l'intérieur, Marc alluma une lampe, pas le plafonnier. La pièce devint tout de suite habitable. Julien referma la porte. Il n'y eut pas de moment maladroit, pas de négociation explicite. Marc s'approcha, prit mon visage dans ses mains et m'embrassa, longuement, avec cette tranquillité qu'il avait en toute chose. Derrière moi, Julien déboutonnait mon manteau.

Je le laissai faire.

Le manteau glissa. Les mains de Julien restèrent sur mes épaules une seconde, puis descendirent le long de mes bras, et je sentis sa bouche contre ma nuque, juste là, pas un baiser vraiment, plutôt une pression, chaude et précise, qui me fit fermer les yeux pendant que Marc m'embrassait encore.

C'était la chose la plus simple du monde et la plus déstabilisante.

Ils n'étaient pas pressés.

C'est la première chose que j'aurais dite si on me l'avait demandé le lendemain. Ils n'étaient pas pressés. Il y avait quelque chose de concerté dans leur lenteur, pas de la mise en scène, plutôt une façon partagée d'habiter le temps, de ne pas sauter les étapes. Marc me tenait contre lui, sa bouche dans mes cheveux, et Julien avait repris les épaules, les remontait vers le cou, pétrissait doucement, et je me trouvais à flotter entre les deux sans avoir décidé de rien.

Le pull disparut. Les mains de Marc sur mon ventre nu, les paumes larges et froides au contact et je rentrai le ventre par réflexe, il rit contre ma tempe. Julien détacha mon soutien-gorge avec une dextérité tranquille, le geste de quelqu'un qui n'en fait pas une affaire.

"Viens", dit Marc.

La chambre. Le lit défait d'un côté, Marc qui avait dû s'allonger dans l'après-midi. Je m'assis sur le bord. Julien était debout devant moi, il me regardait avec ce sourire lent, et je tendis les mains vers sa ceinture parce que j'en avais envie et que personne ici ne m'en empêchait.

Il y a quelque chose dans le fait d'être la seule femme dans une pièce avec deux hommes qui vous veulent, quelque chose qu'on ne peut pas tout à fait anticiper, une façon dont l'espace se réorganise autour de soi. Pas de l'arrogance. Plutôt une conscience aiguë de son propre corps, de ses propres limites et de l'endroit exact où on veut qu'elles soient franchies.

Je savais où.

Marc s'allongea à côté de moi, sa bouche trouva mon sein droit, sa langue lente sur le mamelon, et je posai la main dans ses cheveux sans réfléchir, par gravité. Julien était entre mes jambes maintenant, avait fait glisser le jean, les mains remontaient le long de mes cuisses avec une pression ferme et régulière, il prenait la mesure de quelque chose, apprenait, et quand sa bouche arriva contre mon sexe à travers le coton du slip je retins un son qui voulait sortir.

Marc leva la tête.

"Dis-le."

Je ne dis rien. Il sourit, se remit au travail, et Julien fit glisser le slip sur mes chevilles.

Le contact direct de sa bouche me fit cambrer. Il était méthodique, attentif, il cherchait, trouvait, mémorisait, et Marc en même temps avait les deux mains sur mes seins, ses pouces sur les mamelons, et la combinaison des deux me laissait sans recours, sans endroit neutre où me réfugier. Je regardais le plafond. Le plafond était blanc et indifférent et parfait.

Julien prit son temps. Longtemps. Jusqu'à ce que je pose la main sur sa tête et que mes hanches commencent à bouger d'elles-mêmes, cherchant le rythme, et il accompagna ce mouvement exactement, ne se déroba pas, et la montée fut longue et verticale et je serrai les doigts dans ses cheveux en arrivant en haut.

Après un moment, Marc se leva, disparut dans la salle de bain, revint. Julien était allongé à côté de moi, la main sur mon ventre, patient. Je tournai la tête vers lui. Son visage de près, les yeux sombres, la bouche encore humide.

"Tu es qui, toi", je dis. Pas vraiment une question.

Il sourit. "Quelqu'un qui avait envie de te rencontrer."

Marc revint, s'allongea de l'autre côté. Un moment on resta tous les trois immobiles, au plafond, et ce n'était pas gênant, c'était au contraire une qualité de calme que je ne m'attendais pas à trouver là.

Puis Marc se retourna vers moi et ce fut différent, plus direct, plus urgent, quelque chose s'était déposé dans ces quelques minutes d'immobilité et maintenant c'était autre chose, il avait les mains partout et sa façon de regarder s'était concentrée, réduite à moi.

Je l'attirai contre moi.



Il entra en moi lentement, en maintenant mon regard, et je sus à cet instant qu'il avait toujours fait ça, regarder les gens vraiment, et que c'était pour ça que je l'avais rappelé. Son poids, sa façon d'occuper l'espace, ses hanches qui trouvèrent d'emblée le mouvement juste. Je glissai les jambes autour de lui. Derrière, Julien était assis, il regardait, et d'être regardée ainsi par lui pendant que Marc était en moi ajoutait quelque chose d'inattendu, une conscience décuplée de chaque sensation, comme si un deuxième système nerveux s'était mis en ligne.

Marc accéléra. Sa respiration changea contre mon cou. Mes ongles dans son dos, sans violence, juste quelque chose à tenir. Julien posa la main sur ma cuisse, refermée là, et ce contact supplémentaire, ce troisième point de chaleur pendant que les deux autres se conjuguaient, me fit monter une deuxième fois différemment, plus profond, plus lent à arriver et plus long à redescendre.

Marc s'arrêta, front contre le mien.

"Bien ?"

"Oui."

"Tourne-toi."

Je me mis à quatre pattes. Marc derrière moi, Julien devant, agenouillé sur le lit, et je pris son sexe dans ma main, puis dans ma bouche, naturellement, parce que c'était là et que c'était ce que je voulais. Il était différent de Marc, plus mince, et il posa la main ouverte dans mon dos sans appuyer, juste là, un contact.

Marc entra de nouveau en moi.

Ce qui suivit fut une question d'équilibre et de rythme.

Au début, ils ne se trouvaient pas vraiment. Marc allait à son rythme, profond et régulier, et chaque poussée me portait en avant sur Julien d'une façon que je ne contrôlais pas tout à fait, trop loin, pas assez, la bouche qui lâchait, qui reprenait. Je dus poser la main à plat sur la cuisse de Julien pour trouver un appui, une mesure. Il ne bougea pas, attendit, laissa venir.

Marc ralentit légèrement. Sans qu'on se soit dit quoi que ce soit.

Ce fut mieux. Je trouvai la longueur, l'angle, les hanches en arrière pour aller à la rencontre de Marc et la tête qui avançait sur Julien dans le même mouvement, le corps entier qui oscillait entre eux deux comme un pendule qui aurait trouvé sa fréquence. La sensation fut immédiatement différente, plus pleine, quelque chose qui n'avait pas d'équivalent dans aucune expérience antérieure, pas comparable, pas traduisible, juste présent.

Julien posa la main dans mon dos. Paume ouverte, entre les omoplates, sans peser. Un contact qui ne demandait rien et qui donnait quelque chose que je n'aurais pas su nommer. De la présence, peut-être. La confirmation qu'il était là et qu'il savait où il était.

Marc, lui, avait les pouces dans le creux au bas de mon dos et les quatre doigts sur mes hanches, une prise ferme, et il guidait sans forcer, orientait, il connaissait son affaire et le savait, et sa façon de me tenir disait qu'il n'allait pas se perdre, qu'il savait exactement où on allait tous les deux.

Je me laissai aller entre eux.

Il y eut un moment, difficile à situer dans le temps, où je cessai de penser à ce que je faisais. Où le corps prit le relais de tout le reste et où la tête, enfin, se tut. La bouche sur Julien de façon instinctive, la langue, la pression des lèvres, la profondeur qui variait selon ce que Marc faisait derrière, et ce circuit fermé des sensations qui se renvoyaient l'une l'autre, ce que je recevais de l'un qui alimentait ce que je donnais à l'autre, sans hiérarchie, sans début ni fin clairement identifiables.

La chaleur montait du bas du ventre.

Pas vers un orgasme, pas encore, plutôt une saturation progressive, une façon d'être pleine de quelque chose qui n'était pas seulement physique, d'être le centre d'une chose qui me dépassait et à laquelle je participais activement, les deux simultanément.

Julien dit mon prénom.

Pas Marc. Julien, qui me connaissait depuis deux heures, qui ne savait presque rien de moi, qui le dit avec une inflexion dans la voix qu'on n'a pas pour quelqu'un qu'on vient de rencontrer. Quelque chose de concentré, d'un peu tendu, le prénom comme une question et une affirmation en même temps.

Je levai les yeux vers lui.

Il me regardait. Les yeux sombres, la bouche entrouverte, les muscles du ventre contractés sous mes doigts. Mais c'était le regard surtout. Cette façon d'être là entièrement, de ne pas regarder par-dessus ma tête ou fermer les yeux pour se retirer en lui-même. Il était là, dans la pièce, sur ce lit, avec moi, et son regard disait qu'il voyait exactement ce qu'il regardait.

On n'est pas censé regarder comme ça quelqu'un qu'on ne connaît pas.

Je ne détournai pas les yeux.

Et quelque chose dans ce regard, dans le fait d'être vue ainsi, vue vraiment, pendant que Marc me tenait par les hanches et que nos corps trouvaient ensemble leur régime de croisière, quelque chose se dénoua en moi, ou se noua, je ne saurais pas dire, une sensation qui remonta du ventre vers la gorge et qui me fit aller plus loin sur lui, plus profond qu'avant, jusqu'à sentir le fond de ma gorge se serrer contre lui, et je l'entendis retenir sa respiration, court, brusque, les doigts qui se refermèrent sur mon épaule.

Marc accéléra.

Les pouces s'enfonçaient dans le creux de mes reins, il avait abandonné la régularité pour quelque chose de plus direct, de plus immédiat, chaque mouvement plus ample que le précédent, et le son de nos corps, le lit, sa respiration qui changeait de fréquence, tout cela arrivait à mes oreilles depuis un endroit que je n'identifiais plus clairement.

Julien avait les deux mains dans mes cheveux maintenant. Pas pour diriger, juste pour tenir. Les doigts écartés contre mon crâne, une prise douce et ferme qui disait qu'il était proche, que le temps se réduisait.

Je sentis Marc se raidir.

Une tension qui remonta le long de ses bras jusqu'aux mains sur mes hanches, un changement de qualité dans son mouvement, plus court, plus concentré, et je sus qu'il n'en avait plus pour longtemps et cette certitude fit monter en moi quelque chose d'affamé, une impatience brûlante, j'en avais besoin, besoin qu'ils arrivent au bout tous les deux, besoin qu'on aille jusqu'au bord de la chose et qu'on la franchisse, qu'on finisse ce qu'on avait commencé dans ce bar une heure plus tôt avec ce silence qui était tombé et que personne n'avait ramassé.

J'allai encore plus loin sur Julien.

Il dit quelque chose, un mot, peut-être mon prénom encore, peut-être autre chose, sa voix réduite à presque rien.

Marc, derrière, poussa une dernière fois, profond, et s'immobilisa.

Un son bref, étouffé, presque retenu, comme s'il avait voulu le garder pour lui. Ses doigts se serrèrent sur mes hanches, les ongles presque, et l'onde de lui en moi fut longue, profonde, plusieurs battements, je la sentis entière, je comptai sans le vouloir. Il ne bougea plus. Son poids s'appuya légèrement contre mon dos, le front entre mes omoplates, chaud et lourd, et il respira là, deux fois, trois fois, la respiration d'un homme qui revient de quelque part.

Julien avait lâché mes cheveux. Il s'était reculé, assis sur ses talons, et il me regardait.

Marc se retira lentement, avec soin, posa la main une seconde dans mon dos avant de s'allonger sur le côté. Le lit bougea sous son poids. Je restai un moment à quatre pattes, les bras qui tenaient encore, le corps qui n'avait pas décidé quoi faire de lui-même.

Julien tendit la main vers moi.

Pas pour me saisir. Juste là, ouverte, une proposition. Je la pris et me retournai, m'assis face à lui. Nos genoux se touchaient. Il me regardait toujours avec cette attention tranquille qui était la sienne depuis le début de la soirée et qui n'avait pas changé, ni avant ni pendant, et qui maintenant, dans le calme revenu, pesait différemment.

Il était encore en érection.

Je baissai les yeux, les relevai. Il attendait, sans impatience, sans pression, simplement là.

Je le poussai doucement en arrière.

Il se laissa faire, s'allongea, les bras le long du corps, et je m'installai à califourchon sur lui avec ce qui me restait d'énergie, ce qui n'était pas rien, j'en fus moi-même surprise. Marc derrière moi était immobile, je l'entendais respirer, présent et retiré à la fois, témoin de quelque chose qui se passait maintenant entre Julien et moi.

Je le pris en moi.

Différent ainsi, l'angle différent, la profondeur différente, plus de contrôle de mon côté et je le sus tout de suite, l'utilisai. Je posai les deux mains à plat sur son torse et commençai à bouger lentement, cherchant ce qui me convenait, et ce qui me convenait je le trouvai assez vite, une inclinaison précise, un point de contact intérieur que le mouvement de Marc tout à l'heure n'avait pas atteint exactement ainsi.

Julien posa les mains sur mes cuisses. Pas pour guider. Pour sentir.

Je fermai les yeux.

Ce fut différent de la première fois. Plus solitaire, d'une certaine façon. Plus concentré sur ce que je cherchais, sur ce fil précis que je suivais à l'intérieur de moi, le corps qui savait où aller et qui y allait, le bassin qui trouvait son propre rythme sans attendre personne. Julien me laissait faire entièrement, les mains immobiles sur mes cuisses, la respiration qui s'accélérait mais la posture qui ne changeait pas, cette capacité qu'il avait de rester lui-même en toute circonstance.

Marc bougea derrière moi.

Je sentis sa bouche dans mon dos, entre les omoplates, là où il avait posé le front quelques minutes plus tôt. Il descendit le long de la colonne, lent, vertèbre par vertèbre, les lèvres sèches et chaudes, et quand il arriva au bas de mon dos et que sa bouche continua, descendit encore, je m'arrêtai de bouger une seconde, surprise, et Julien sentit l'hésitation et ses mains sur mes cuisses se firent légèrement plus fermes, m'ancrant là.

La bouche de Marc sur moi par derrière, pendant que j'avais Julien en moi.

Je repris mon mouvement, plus lentement, les deux sensations à tenir ensemble, la langue de Marc et la façon dont Julien emplissait quelque chose, et la montée fut immédiate et brutale, pas progressive du tout, une accumulation soudaine, je m'appuyai plus fort sur la poitrine de Julien et mes hanches devinrent moins précises, moins maîtrisées, cherchant quelque chose qu'elles ne savaient plus tout à fait formuler.

Julien leva le bassin pour aller à ma rencontre.

Ce geste, ce seul geste, ce mouvement vers moi alors que je descendais vers lui, la simultanéité parfaite et non concertée, fut ce qui fit tout basculer.

Le son qui sortit de moi ne ressembla pas au premier. Plus grave, plus long, coupé en deux par une respiration que je ne contrôlais pas, et mes cuisses se serrèrent contre les flancs de Julien pendant que la vague traversait, longue et large, plusieurs secondes, le corps entier qui devenait une seule chose contractée, les mains crispées sur son torse, les ongles.

Marc s'arrêta.

Il posa juste la main dans mon dos, ouverte, et attendit.

Je restai immobile sur Julien, les bras tremblants légèrement, la respiration qui revenait par à-coups. Julien ne bougea pas non plus. Il me laissa redescendre à mon rythme, sans rien précipiter, et son visage sous le mien était attentif et patient et je pensai fugitivement que c'était quelqu'un avec qui on devait bien se passer du temps.

Puis il bougea. Juste ses hanches, un mouvement court et urgent, et je compris qu'il attendait depuis un moment et que maintenant il ne pouvait plus vraiment attendre.

Sa main remonta le long de mon bras, trouva mon épaule, et il me guida doucement en arrière, se redressa à demi, et quelque chose dans la façon dont il le fit me dit qu'il voulait me voir, que c'était important pour lui, de voir mon visage à ce moment-là.

Je le laissais se retirer et lui présentai mes seins.

Sa main dans mes cheveux, les doigts refermés mais sans serrer, et il dit quelque chose à voix très basse, une phrase courte, je n'entendis pas les mots mais le ton était celui de quelqu'un qui s'adresse à une personne précise, pas à une situation, pas à un fantasme, à moi, et ce fut chaud contre ma poitrine, il s'était reculé juste avant, une chaleur qui s'étala en plusieurs points, et je le regardai pendant que ça durait.

Son visage à cet instant n'avait plus rien du sourire lent du bar, cette façade aimable et légèrement ironique qu'il avait portée toute la soirée. C'était autre chose. Nu, ouvert, débarrassé de tout ce qu'on met d'habitude entre soi et le monde. Le visage de quelqu'un pris en flagrant délit d'être lui-même, quelques secondes seulement, le temps que ça dure, avant que ça revienne, doucement, le sourire d'abord, puis le reste.



On ne bougea plus pendant un moment.

La chambre était tiède. Quelque part dans l'immeuble, une porte claqua, le bruit amorti de quelqu'un qui rentre tard. Je m'assis lentement. Marc était allongé, les yeux au plafond, l'air d'un homme en paix avec lui-même et le monde. Julien s'était redressé, assis au bord du lit.

Je regardai ma poitrine. Du bout des doigts, j'étalai les fluides sur ma peau, lentement, quelque chose entre le geste machinal et la curiosité, la chaleur encore là, le parfum de tout ça mélangé.

Je pris la serviette que Julien me tendait.

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