La maison du plateau

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : La maison du plateau Histoire érotique Publiée sur HDS le 26-04-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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La maison du plateau
Temps de lecture ~ 16 min

Le vent couche les herbes par vagues.

Alma est assise dans le champ depuis longtemps, peut-être une heure, peut-être plus. La robe s'étale autour d'elle en cercle pâle, ce rose passé qui ressemble à de la chair légèrement fanée. Elle ne bouge pas. Elle regarde la maison.

La maison est là depuis toujours. Depuis avant elle, en tout cas. Sa mère l'appelait simplement "la maison du plateau", comme si dire son nom propre eût été dangereux, ou impudique. Elle a grandi avec la conscience de son existence sans jamais y avoir mis les pieds. Les fenêtres du premier étage sont ouvertes depuis des années, les volets du bas ont perdu leur peinture, le crépi rose s'effrite par plaques qui ressemblent à des cicatrices.

Elle a mis la robe ce matin sans savoir pourquoi.

Elle était dans le grenier de sa mère, pendue entre une vieille veste de ski et un manteau de fourrure synthétique. Pas une robe de mariée, pas tout à fait. Plutôt une robe de bal d'une époque où les robes de bal étaient encore quelque chose, avec un dos entièrement nu plongeant jusqu'aux reins et des bretelles croisées qui laissent les omoplates libres. Elle l'a sortie, l'a tenue devant elle dans la lumière du grenier, et quelque chose s'est décidé en elle qu'elle n'aurait pas su nommer. Le tissu sentait la lavande et quelque chose d'autre, plus ancien, une odeur de peau peut-être, ou de soleil sur du lin.

Sa mère est morte en mars.

Alma a trente et un ans. Elle n'a pas pleuré aux funérailles. Elle a pleuré trois semaines plus tard, dans un supermarché, devant un rayon de tisanes, parce qu'il y avait une boîte de tilleul que sa mère achetait toujours. Elle est revenue au village pour vider la maison qu’elles avaient habitée ensemble. Elle pensait en avoir pour une semaine. Il y en a pour beaucoup plus.

Elle n'a pas connu son père. Il était parti avant qu'elle ait l'âge de former des souvenirs, et sa mère n'en a jamais parlé autrement que par ce verbe seul, "parti", qui fermait toute question comme on ferme une porte à clé.

Ce matin, la robe. Et le champ. Et maintenant la maison abandonnée sous le ciel bleu, avec ses orbites vides et ses murs qui se défont.

Elle entend un moteur au loin.

Une voiture sur le chemin de terre. Elle ne se retourne pas. Le moteur s'arrête, une portière claque. Des pas dans l'herbe sèche. Ils approchent, s'arrêtent.

"Je me suis dit que c'était toi."

La voix de Thomas. Elle ne se retourne pas davantage.

"Comment tu m'as trouvée ?"

"Ta voiture est garée au bord du chemin depuis ce matin. Quelqu'un a appelé ta tante."

Il s'assoit dans l'herbe à côté d'elle, pas trop près. Elle sent sa présence comme on sent la chaleur d'un feu qu'on ne regarde pas. Thomas a grandi ici aussi. Il a repris l'exploitation de son père. Ils ont été ensemble à dix-neuf ans, deux ans, et puis la vie a fait ce que la vie fait, elle est partie à la ville, lui est resté, et ils ne se sont plus vus qu'aux enterrements et aux mariages des autres.

Elle remarque, sans tourner la tête, qu'il porte un costume. Pas tout à fait un costume de mariage. Quelque chose d'approchant, un beau tissu gris pâle, la veste légèrement froissée d'avoir conduit, une chemise blanche sans cravate. Comme s'il avait habillé l'occasion sans savoir quelle occasion c'était.

Ou comme si lui aussi avait obéi à quelque chose ce matin.

"Tu savais que la maison appartenait à ma mère ?" dit-elle.

Un silence.

"Oui."

Elle se tourne vers lui. Il regarde la bâtisse, les mâchoires un peu serrées, les avant-bras posés sur ses genoux repliés. Il a vieilli comme on vieillit bien à la campagne, le visage creusé par le soleil et le vent, les mains larges, quelques fils gris dans les cheveux.

"Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?"

"C'était à elle de te le dire."

Elle regarde de nouveau la maison. Le vent passe dans les herbes avec un son continu, légèrement sifflant. Les herbes roses se couchent et se redressent, se couchent et se redressent, comme une respiration.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé là-dedans ?"

Thomas ne répond pas immédiatement. Il cueille un brin d'herbe sèche, le fait tourner entre ses doigts.

"Ta mère ne t'a vraiment rien dit."

Ce n'est pas une question. Alma secoue la tête. Il soupire.

"C'était la maison où elle venait. Avec ton père, avant que tu naisses. Ils l'avaient achetée ensemble, avant même de se marier. Ils y ont passé les premiers étés. Les seuls."

Alma reste silencieuse.

"Quand il est parti, elle n'a plus pu s'en occuper. Mais elle n'a pas pu la vendre non plus."

Le crépi rose. La couleur qu'ils avaient choisie ensemble, sans doute. Une fantaisie de jeunes amants, un samedi matin dans un magasin de peinture. Alma a la gorge serrée d'une façon qu'elle n'attendait pas.

"Il y a une clé ?" dit-elle.

Thomas hésite. Puis il glisse la main dans la poche de sa veste et en sort une clé ancienne, du fer rouillé, qu'il lui tend sans un mot.

Elle la prend. Elle est lourde, plus lourde qu'elle ne s'y attendait.

Elle se lève. La robe retombe autour d'elle, le tissu reprend sa forme, ce rose qui se confond presque avec les herbes en fleur. Elle marche vers la maison. Elle entend Thomas se lever derrière elle, mais il n'essaie pas de l'arrêter.

La porte résiste. La clé tourne pourtant, avec une résistance de mécanisme qui n'a pas servi depuis des années, et la porte cède dans un soupir.

Comme si elle attendait.

L'intérieur sent le renfermé, la pierre froide, quelque chose de végétal qui a trouvé ses chemins dans les murs. La lumière entre par les interstices des volets, en lames obliques qui coupent l'obscurité. Des meubles couverts de draps. Une cheminée. Des traces de vie partout, immobiles, comme dans les maisons de conte où le temps s'est arrêté. Mais pas une immobilité morte. Plutôt une immobilité d'attente, la façon dont une pièce retient son souffle avant qu'on rallume la lumière.

Thomas entre derrière elle.

Ils ne parlent pas. Ils se déplacent dans les pièces du bas, soulèvent quelques draps, posent les mains sur les meubles. Une table de ferme, des chaises en bois, une commode avec un miroir piqué. Dans la cheminée, des cendres encore. La poussière sur le plancher est épaisse et grise, mais elle remarque, près de la fenêtre, une plante qui a poussé seule dans un pot en terre cuite fêlé, quelque chose de vert et de têtu qui n'a demandé la permission de personne.

Dans un cadre, au mur, une photo.

Alma s'approche.

La femme sur la photo a vingt-cinq ans peut-être, les cheveux lâchés, un rire qui penche la tête d'une façon qu'Alma ne lui a jamais vue. Et elle porte une robe. Ce rose passé, ce dos nu, ces bretelles croisées.

La même robe.

Alma reste un long moment sans bouger. La main de sa mère est dans celle d'un homme qu'Alma ne reconnaît pas, ne peut pas reconnaître, parce qu'elle ne l'a jamais connu. Il est jeune, les épaules larges, quelque chose dans le sourire qui doit ressembler à sa propre bouche.

Ils sont heureux sur la photo. D'un bonheur simple et lumineux, comme si la maison venait juste de les accueillir.

"Elle portait la robe", dit Alma à voix basse.

"Oui", dit Thomas derrière elle.

"Tu le savais."

"Je l'ai vu sur la photo, oui."

Elle se retourne. Il est là, dans la lumière en lames, son costume gris pâle, la chemise blanche. Il a l'air de quelqu'un qui a quelque chose à dire depuis longtemps et qui sait que le moment est maintenant.

"Pourquoi tu as mis ce costume aujourd'hui ?" dit-elle.

Il ne répond pas immédiatement. Ses yeux vont à la photo, reviennent sur elle.

"Je ne sais pas exactement", dit-il. "J'ai su que tu étais là. J'ai su que c'était aujourd'hui."

Aujourd'hui quoi, elle ne le demande pas. Elle le sait aussi.

Elle pose la main sur son torse.

Son cœur bat sous la paume. Vite, un peu. Il lève la main et la pose sur son visage, le pouce sur sa joue, et il la regarde encore un moment. Puis il se penche et l'embrasse.

Le baiser est doux d'abord, presque interrogatif. Ses lèvres sur les siennes, la légèreté. Puis quelque chose cède, en elle, ou en lui, ou dans la pièce elle-même. La poussière dans les rayons de lumière se déplace légèrement, comme si l'air avait bougé.

Ses mains à lui parcourent son dos nu, les omoplates, la colonne vertébrale. Elle frissonne. Il n'y a pas eu grand monde depuis quelques années, et sa peau se souvient du manque avec une précision cruelle.

Il la fait reculer doucement jusqu'au mur.

Le crépi est frais dans son dos, à travers la robe. Elle a les mains dans ses cheveux, la nuque entre les paumes. Il a les siennes sur ses hanches, de chaque côté, sans la serrer, juste la tenir.

Il s'écarte un peu pour la regarder.

"Tu es venue ici avec cette robe", dit-il.

"Oui."

"La même robe."

"Oui."

Quelque chose dans la façon dont il dit cela n'est pas une question, et n'appelle pas de réponse. Il comprend. Elle comprend. La maison, derrière eux, comprend aussi, à sa façon, ses murs qui gardent tout ce qu'on y a vécu.

Sa main remonte depuis la hanche, par le côté, jusqu'au bord du tissu sur ses côtes. Il glisse les doigts à l'intérieur, sur la peau nue, et elle retient son souffle. Sa paume monte lentement jusqu'au sein, le couvre entièrement, et elle ferme les yeux.

Il la caresse longuement, sans descendre, sans aller ailleurs. Le pouce qui passe sur le mamelon par intermittence, et elle sent l'humidité qui commence entre ses jambes. Elle appuie la tête en arrière contre le mur et laisse les sensations venir.

Quelque part dans la maison, un volet bouge.

Ce n'est pas le vent. Il n'y a pas de vent à l'intérieur. C'est la maison qui respire, qui se détend légèrement, ses vieilles articulations de bois et de pierre qui s'ajustent à une chaleur qui est entrée avec eux lorsqu’ils ont ouvert sa porte.

Sa bouche trouve le cou d'Alma.

Il l'embrasse depuis l'oreille jusqu'à l'épaule, la langue parfois, une morsure très douce. Elle a les mains sur ses bras, les doigts dans le tissu de sa veste. Sa main sous la robe ne s'arrête pas, l'autre a trouvé son dos, une pression dans les reins qui la rapproche de lui.

"Le canapé", dit-elle.

Il y en a un contre le mur opposé, encore recouvert de son drap blanc. Il l'emmène là, retire le drap d'un geste. Le velours bordeaux en dessous est passé, mais intact, et dans la lumière oblique il a la couleur d'un vin vieux.

Il s'agenouille devant elle.

"Ça va ?" dit-il simplement.

"Oui."

Il prend ses pieds dans ses mains, les soulève, ôte ses chaussures. Elle est pieds nus sur le plancher. Il pose ses pouces dans le creux de la cheville, remonte le long du mollet, s'arrête au genou. Il relève la robe en montant, le tissu qui s'accumule sur ses cuisses.

Elle le laisse faire.

Ses mains remontent plus haut. Les cuisses, la naissance des hanches, et il trouve la culotte, fine, qu'il fait glisser sur les jambes et pose quelque part. Elle frissonne malgré la chaleur de la pièce.

Il prend ses hanches et l'approche du bord du canapé.

Sa bouche trouve l'intérieur de la cuisse gauche, les lèvres dans la peau douce, une ligne de baisers qui remonte lentement. Elle pose la main sur sa tête, les doigts dans ses cheveux, et attend.

Il prend son temps.

Il embrasse la cuisse, passe à l'autre, revient, trace des lignes avec sa langue sur la peau sans encore la toucher où elle veut être touchée. Elle sent son souffle chaud, très proche, et le désir dans son ventre a pris une consistance presque douloureuse.

Puis sa bouche est là.

Sa langue ouvre doucement les lèvres et touche le clitoris, une pression ferme et lente, et elle laisse échapper un son très court, presque surpris. Il prend son rythme, régulier, les mains à plat sur ses cuisses pour la tenir ouverte.

Par l’interstice des volets, un rayon de lumière touche le cadre de la photo. Sa mère rit de ce rire inconnu, la robe rose, la main dans celle de cet homme “parti”. Alma regarde la photo les yeux mi-clos et quelque chose dans la simultanéité de cette présence et de ce qui se passe n'est pas triste. Au contraire. Comme si la maison avait toujours su, avait toujours attendu qu'on lui rende ce qui l’habitait.

Thomas glisse un doigt en elle.

Elle est très mouillée. Il le sait à sa façon d'entrer, sans résistance, et il couvre le mouvement de ses doigts de sa bouche et sa langue, sans discontinuer. Elle a les hanches qui cherchent à se soulever, il la maintient. La tension monte par paliers, chaque palier plus haut que le précédent.

Un deuxième doigt.

Elle gémit, franchement, dans la pièce silencieuse, et l'écho bref sur les murs de pierre semble appartenir à la maison autant qu'à elle.

Il accélère légèrement, les doigts courbés à l'intérieur, trouvant le point de friction interne tandis que sa langue ne s'arrête pas. Elle a la tête renversée sur le dossier du canapé, les yeux au plafond avec ses moulures et ses traces d'humidité, et elle sent l'orgasme approcher, sourd, qui vient de loin, qui monte depuis les reins.

Il la sent se contracter autour de ses doigts.

Il ne relâche pas. La langue plus précise, les doigts toujours, et elle vient en vagues longues, les cuisses serrées de chaque côté de sa tête, la main dans ses cheveux, un son qui dure.

À ce moment précis, la plante dans son pot fêlé frémit sans raison. Un infime mouvement de ses feuilles vertes, comme si quelque chose dans la pièce venait de changer d'état.

Il attend la dernière vague avant de retirer sa bouche.

Elle reste un moment sans bouger.

Puis elle se redresse, le regarde. Il est toujours agenouillé, les yeux sur elle, ses lèvres qui brillent. Elle se lève, fait passer la robe par-dessus sa tête et la pose avec soin sur l'accoudoir. Elle est entièrement nue dans la lumière des volets.

Il la parcourt des yeux, sans hâte.

Elle défait les boutons de sa veste, la lui ôte des épaules, la pose sur la robe. Sa chemise, sa ceinture, son pantalon. Quand il est nu à son tour, elle pose la main sur son érection. Son sexe est dur, chaud, et Thomas ferme les yeux un moment sous sa paume.

Ils restent ainsi debout dans la lumière, à se toucher, à se retrouver dans des corps qui ont vieilli mais que leurs mains reconnaissent.

Puis il l'allonge sur le canapé.

Il s'installe au-dessus d'elle, prend son temps pour chercher ses yeux. Il entre en elle lentement, et elle sent chaque centimètre, l'étirement progressif, la plénitude. Il s'arrête quand leurs hanches se touchent, enfoui entièrement, et reste là, les yeux dans les siens.

Dehors, le vent s’est calmé.

Les herbes roses s'immobilisent presque, comme si le plateau lui-même retenait son souffle.

Puis il commence à bouger.

Des mouvements longs, lents, qui ressortent presque entièrement avant de revenir, et elle sent la friction partout, contre ses parois, contre son clitoris encore sensible. Elle met les jambes autour de lui. Ses mains trouvent ses épaules, son dos, les muscles qui se contractent à chaque poussée.

Il va plus vite.

Le canapé émet un grincement régulier et doux, un son que la maison intègre comme elle intégrerait de la musique. Elle est quelque part entre deux choses qu'elle n'arrive pas à nommer, la douleur de sa mère morte et le désir de Thomas vivant au-dessus d'elle, et les deux ne s'opposent pas, ils se mêlent, ils font quelque chose ensemble qu'elle ne comprend pas encore tout à fait.

Il se relève légèrement, trouve un angle différent, et elle fait un son court parce que quelque chose change, une pression sur la paroi du haut, une sensation qui descend dans les cuisses. Il garde cet angle. Les coups plus courts, plus ciblés, et elle a les ongles dans son dos.

Elle sent que ça va venir.

De partout en même temps, l'intérieur et l'extérieur, et elle dit son prénom à voix haute, une fois, et il répond en accélérant. Elle vient fort, les mains dans son dos, les jambes serrées autour de ses hanches, un son qui pourrait ressembler à des pleurs et qui n'en est pas, ou qui en est aussi, les deux ensemble dans la même vibration.

Il laisse échapper un son rauque.

Quelques poussées encore, plus fortes, et il vient en elle avec une tension dans tout le corps qui met plusieurs secondes à se défaire, les hanches enfoncées profond, et elle sent la chaleur.

Ils ne bougent plus.

Dans le silence qui suit, la maison se réinstalle autour d'eux. Un craquement de poutre, long et lent, qui ressemble à un soupir de satisfaction. Une fenêtre murée émet un son bref, comme si la pierre se dilatait. Dans la cheminée, un peu de suie tombe, légèrement, et la poussière sur le plancher bouge en cercles imperceptibles.

La maison respire de nouveau.

Il roule sur le côté, l'attire contre lui. Sa main dans ses cheveux. Ils regardent tous les deux le plafond, ses moulures, ses taches, ses craquelures qui dessinent des cartes imaginaires.

"Elle était heureuse ici", dit Alma.

"Oui. Avant."

"La robe était dans son grenier depuis trente ans."

"Elle ne l'a pas jetée."

Alma tourne la tête vers la photo. Sa mère rit dans ce rire inconnu, dans la même robe, dans la même lumière, dans la même pièce.

"Elle a gardé la maison", dit Alma. "Elle a gardé la robe. Elle m'a gardé la clé."

Thomas ne répond pas. Il n'a pas besoin de répondre. Il passe le pouce dans sa nuque, lentement.

"La clé était chez toi depuis combien de temps ?" dit-elle.

"Depuis sa mort. Elle me l'a envoyée par courrier. Avec un mot."

"Qu'est-ce qu'il disait ?"

Il hésite.

"Il disait : pour quand Alma reviendra."

Elle reste silencieuse un long moment. Dehors le vent reprend, doux, et les herbes roses recommencent leur mouvement de vague, mais différemment qu'avant, plus tranquillement, comme apaisées.

"Il faudrait ouvrir les volets", dit-elle.

"Oui."

"Et fermer les fenêtres du premier."

"Oui."

"Le crépi tient encore sur la moitié des murs."

"Je connais quelqu'un."

Elle se redresse et le regarde. Il a l'air de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait là, sur ce vieux canapé bordeaux, dans une maison abandonnée, un mardi d'avril avec son costume gris froissé.

"Tu savais que ça allait se passer", dit-elle.

"Non. J'espérais."

"Depuis quand ?"

Il réfléchit.

"Depuis qu'on avait dix-neuf ans, je crois. J'ai juste attendu que tu reviennes."

Elle pose la main sur sa joue. Il y a quelque chose dans ses yeux qui est très vieux et très patient, quelque chose qui ressemble à la façon dont les maisons attendent.

Elle l'embrasse, longtemps, sans urgence.

Quand elle s'écarte, la lumière dans la pièce a changé. Le soleil a tourné et la lumière qui passe entre les lames des volets touche maintenant le haut des murs, près du plafond, et la pièce est plus claire, plus haute qu'elle ne semblait. Le miroir piqué de la commode attrape ce reflet et le renvoie en losange d'or sur le plancher.

La maison s'éclaire de l'intérieur.

"Cet été", dit Alma.

"Cet été", répète-t-il.

Elle sait ce que ça veut dire. Ils le savent tous les deux. Pas seulement cet été, pas seulement quelques semaines. La suite aussi. Les étés suivants, les autres saisons, les volets qu'on rouvre au printemps et qu'on referme en octobre, le crépi qu'on refait, la plante dans son pot qu'on rempote, les draps qu'on enlève des meubles et qu'on lave et qu'on ne remet pas.

Elle ramasse la robe sur l'accoudoir. Elle la tient contre elle un moment, le tissu rose dans ses bras, et regarde la photo de sa mère.

Elle ne la remet pas. Elle la pose soigneusement sur la commode, sous le miroir.

Elle sera là à leur retour.

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Texte coquin : La maison du plateau
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