Elias et Marco (partie 1/3)
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Elias et Marco (partie 1/3)
Jour 1 - L'argile et la lumière
Le taxi-bateau arriva à Bellariva à seize heures passées, dans la lumière oblique de septembre. Léa descendit la première sur le ponton, une valise à roulettes d'un côté, un grand sac de toile de l'autre, et elle resta une seconde immobile à regarder le lac.
Elle n'avait pas prévu ça. Cette beauté-là, frontale, sans prévenir.
La villa se dressait en haut d'un escalier de pierre, entre les cyprès et les bougainvillées tardives. Une façade ocre avec des volets verts. Des fenêtres hautes. Un air d'avoir vu passer beaucoup de gens et de n'en avoir retenu aucun. Léa monta les marches lentement, le sac en bandoulière, et quelque chose dans sa poitrine se dénoua un peu, comme un nœud qu'on desserre sans vraiment le défaire.
Elle avait besoin de ça aussi. Du temps, et d'un endroit qui ne la connaisse pas.
***
Federica, la directrice, lui fit visiter les lieux avec l'enthousiasme discret de quelqu'un qui aime son travail sans avoir besoin de le montrer. L'atelier de céramique au rez-de-chaussée, côté jardin, avec ses étagères en bois blanc et l'odeur de terre humide qui imprégnait les murs. La salle commune au premier. La bibliothèque. La terrasse sur le lac, avec sa grande table en pierre et ses chaises en fer forgé rouillées aux pieds.
— Vous serez trois, cette session, dit Federica. Les deux autres arrivent ce soir.
Léa hocha la tête. Trois. Elle avait espéré être seule, puis s'était dit que c'était exactement ce qu'il ne fallait pas.
Sa chambre était sous les toits. Un lit à baldaquin sans baldaquin, un bureau face à la fenêtre, un carrelage froid sous les pieds. La fenêtre donnait sur le lac et les collines de l'autre rive, déjà brunes, déjà automnales. Elle posa ses affaires sans les défaire, s'assit sur le bord du lit et mit ses paumes à plat sur ses genoux.
Six mois. Six mois depuis que Thomas était parti, ou depuis qu'elle l'avait laissé partir, elle ne savait plus très bien dans quel sens le formuler. Son corps de trente ans portait encore cette histoire-là comme une vieille fracture, quelque chose de pas tout à fait ressoudé qui se rappelait à elle au moindre faux pas dans ses souvenirs..
Elle regarda ses mains. Des mains de céramiste, les articulations légèrement sèches, les ongles courts. Des mains faites pour façonner quelque chose.
Elle alla prendre une douche.
***
Marco arriva à dix-neuf heures dans une voiture de louage trop grande pour lui. Il sortit avec un seul sac, compact et lourd, et deux étuis d'appareil photo en bandoulière. Il avait la façon de bouger de quelqu'un qui calcule ses déplacements, pas par économie mais par précision, aucun geste superflu, aucune hésitation.
Federica lui montra l'atelier de photographie, une ancienne buanderie reconvertie, avec sa fenêtre aveugle et ses étagères de produits chimiques soigneusement étiquetés. Il parcourut les rangées des yeux sans toucher à rien, hocha la tête une fois. Satisfait, mais sans le dire.
Sa chambre était au premier étage, côté jardin. Il posa ses affaires, sortit un appareil, fit deux ou trois photos de la fenêtre depuis l'intérieur. Pas le paysage. Le cadre de la fenêtre, la lumière qui entrait, la façon dont l'ombre tombait sur le parquet.
Il avait besoin de ça, de cadrer des choses. Sans cadre, tout lui semblait flottant, provisoire, un peu menaçant. Il ne l'aurait pas formulé ainsi. Il ne se formulait pas grand-chose sur lui-même.
***
Elias arriva à vingt heures moins le quart avec un taxi-bateau surchargé. Une valise, un sac à dos, un étui de clavier électronique portable, et une caisse en bois qu'il portait sous le bras avec des précautions excessives et un peu comiques.
— Des partitions, dit-il à Federica qui regardait la caisse. Enfin. Des fragments. Rien n'est vraiment fini.
Il rit en disant ça, de ce rire un peu trop fort qui précédait toujours ses doutes. Federica lui sourit avec la patience de quelqu'un qui a vu beaucoup d'artistes arriver avec leurs caisses de fragments.
Il était grand, Elias, avec des épaules larges et des mains qui ne savaient pas quoi faire quand il ne parlait pas. Il touchait les choses en passant, le bord d'une table, le chambranle d'une porte, comme pour vérifier qu'elles existaient. La salle de musique le rendit silencieux une seconde, le piano droit dans le coin, le parquet qui craquait, la fenêtre sur les vignes. Il s'assit sur le tabouret, posa les deux mains sur le clavier sans appuyer, resta comme ça.
Il avait besoin de finir quelque chose. Pas les partitions dans la caisse. Quelque chose d'autre, qu'il n'avait pas encore identifié.
Ils se retrouvèrent à vingt heures sur la terrasse.
Federica avait ouvert une bouteille de Lugana, disposé du pain, des olives, des tranches de bresaola sur une planche en bois. Elle dit deux ou trois choses pratiques sur les horaires et les espaces partagés, puis elle rentra, et ils restèrent tous les trois debout autour de la table un instant, avec le lac en contrebas et le ciel qui virait à l'indigo.
Léa était arrivée la dernière, les cheveux encore mouillés dans le dos, un pull trop grand sur un jean étroit. Elle s'excusa d'être en retard avec un geste vague de la main, comme si elle s'excusait d'exister un peu de travers, et quelque chose dans ce geste-là toucha les deux hommes sans qu'ils se le disent.
Marco lui servit un verre sans attendre qu'elle le demande. Elle le remercia en le regardant vraiment, une seconde franche, directe, puis elle regarda le lac.
Elias lui tira la chaise avant qu'elle ait eu le temps de la chercher. Elle s'assit, posa les mains à plat sur la nappe en lin, et il remarqua les marques d'argile dans les plis de ses articulations, les traces que l'eau n'efface pas complètement.
Ils parlèrent du travail, de leurs projets pour les trois semaines. Marco expliqua peu et bien. Elias expliqua beaucoup et en désordre. Léa écouta les deux hommes, l'un après l'autre, avec cette attention douce et un peu mélancolique qui donnait l'impression qu'elle entendait aussi ce qu'on ne disait pas.
Le Lugana était frais et minéral. Les vignes sur la colline d'en face sentaient le sucre fermenté et la terre chaude. Une barque traversait le lac lentement, ses feux de position rouges et verts reflétés dans l'eau noire.
— Vous avez l'habitude des résidences ? demanda Elias.
— Pas vraiment, dit Léa. C'est la première fois que je pars aussi loin pour travailler.
— Vous fuyez quelque chose, dit Marco. Ce n'était pas une question.
Léa le regarda. Pas offensée. Surprise qu'il l'ait dit à voix haute.
— Ou je reviens vers quelque chose, dit-elle. Je ne sais pas encore.
Marco hocha la tête et but une gorgée de vin. Elias regardait Léa avec un demi-sourire, les coudes sur la table, les mains jointes sous le menton. Il pensa à une mélodie qu'il avait abandonnée deux ans plus tôt, une ligne de piano simple et un peu boiteuse qu'il n'avait jamais su finir.
Il ne fit pas le lien consciemment. Mais il commanda mentalement de ne pas oublier de retrouver ce fichier.
Ils restèrent tard sur la terrasse. La bouteille se vida. Federica en laissa une deuxième sur le bord de la fenêtre sans se montrer. Les étoiles montèrent sur le lac et le froid arriva avec elles, mais personne ne proposa de rentrer.
Léa ramena ses genoux contre sa poitrine sur la chaise, le col du pull remonté jusqu'au menton. Elle était petite ainsi, ramassée sur elle-même, et les deux hommes sentirent la même chose sans se regarder, une envie de faire de la place autour d'elle, pas par pitié, par quelque chose de plus ancien et de plus honnête.
Quand ils montèrent enfin se coucher, elle leur souhaita bonne nuit depuis l'escalier, une main sur la rampe, les cheveux secs maintenant et un peu défaits sur les épaules. Elle avait les joues roses du vin et du froid.
Marco attendit qu'elle soit à l'étage pour sortir son appareil et photographier la terrasse vide, les verres encore là, les olives entamées, la chaise où elle s'était assise avec son dossier légèrement tiré en arrière.
Elias alla directement à la salle de musique. Il s'assit dans le noir sur le tabouret du piano et ne joua rien. Il resta là dix minutes, les paumes sur les cuisses.
Puis il monta se coucher.
***
Jours 2 et 3 - Ce qu'on ne dit pas encore
Le lendemain matin, Léa laissa bouillir le café.
Elle était debout depuis six heures, incapable de dormir au-delà, vieille habitude des matins avec Thomas qui se levait tôt et faisait du bruit sans s'en rendre compte. Son corps continuait à se réveiller pour quelqu'un qui n'était plus là. Elle trouva ça un peu pathétique, puis décida de ne plus y penser, puis y pensa encore pendant vingt minutes sous la douche.
La cuisine était déserte. Elle mit la cafetière sur le feu, alla regarder le lac par la fenêtre, et oublia.
L'odeur du café bouilli attira Elias, qui descendit en tee-shirt froissé et chaussettes dépareillées, les cheveux dans tous les sens. Il évalua la situation en un coup d'œil, vida la cafetière sans commentaire, et en prépara une nouvelle avec des gestes appliqués qui contrastaient avec le reste de son apparence.
— Je suis nul le matin, dit-il comme explication générale.
— Moi aussi.
— Vous avez pourtant l'air réveillée.
— C'est une illusion.
Il sourit. Elle prit une tasse. Ils burent debout près de la fenêtre sans se parler davantage, et ce silence-là était déjà une forme d'entente.
Marco descendit à neuf heures, rasé, habillé, avec l'air de quelqu'un qui a dormi exactement le nombre d'heures nécessaires. Il se servit un café froid sans grimacer, parcourut les titres d'un journal italien abandonné sur la table, et repartit travailler sans avoir vraiment parlé à personne.
Elias le regarda sortir.
— Il est toujours comme ça ?
— On le connaît depuis hier soir, dit Léa.
— Oui, dit Elias. Mais quand même.
***
Léa passa sa première matinée à l'atelier sans produire grand-chose. Elle prépara l'argile, calibra le tour, disposa ses outils. Elle avait besoin de ça d'abord, de reconnaître l'espace, de le faire sien par la répétition des gestes. Elle avait toujours travaillé ainsi, lentement, par cercles concentriques, en approchant le centre sans jamais le prendre de front.
Thomas lui avait reproché ça aussi. Cette façon de tourner autour des choses.
Elle prit une masse d'argile et la travailla à la main, sans le tour, juste les paumes et les pouces dans la matière grise et froide. Ça lui fit du bien. Quelque chose de physique et d'immédiat, quelque chose qui répondait.
Elle ne vit pas Marco entrer.
Il se posta près de la porte, l'appareil à hauteur de poitrine, et attendit. Il avait ce talent particulier pour l'immobilité, une patience de chasseur ou de moine selon les jours. Il fit trois photos avant qu'elle lève les yeux.
Elle sursauta légèrement.
— Désolé, dit-il. Sans l'être vraiment.
— Vous auriez pu frapper.
— La porte était ouverte. Et vous n'auriez pas eu cette expression si vous m'aviez entendu arriver.
Elle voulut lui demander quelle expression. Elle ne le fit pas. Elle retourna à son argile, et il resta, et au bout de quelques minutes elle l'oublia presque, ou fit semblant de l'oublier, ce qui n'était pas tout à fait la même chose.
Il photographia ses mains surtout. La façon dont elles entraient dans la matière, dont elles modelaient sans forcer, dont elles savaient quoi chercher. Il photographia aussi son profil contre la fenêtre, la lumière dans ses cheveux, la légère tension de sa mâchoire quand elle se concentrait.
À midi, il s'approcha pour lui montrer les images sur l'écran de l'appareil. Leurs épaules se touchèrent. Elle sentit le cuir de sa veste, une légère odeur d'encre et de quelque chose de plus sombre en dessous, tabac peut-être, ou bois de santal. Elle resta penchée sur l'écran plus longtemps que nécessaire.
Les photos étaient belles. Pas flatteuses, belles, ce qui est différent. Elle y voyait quelqu'un qu'elle reconnaissait à peine, quelqu'un de concentré et de présent, quelqu'un qui n'avait pas l'air d'attendre que ça passe.
— Je peux les avoir ? demanda-t-elle.
— Certaines, dit-il.
Il repartit avec son appareil. Elle regarda ses propres mains couvertes d'argile et essaya de retrouver ce qu'elle avait vu sur l'écran.
***
Le soir du troisième jour, Elias renversa son verre de vin rouge sur la nappe blanche du dîner, se leva trop vite pour rattraper quelque chose et fit tomber le pain. Il s'excusa trois fois en ramassant tout, les joues légèrement rouges, et Léa vit que sous l'exubérance il y avait une vraie maladresse, pas celle qu'on cultive par charme mais celle qu'on traîne comme un vieux défaut de fabrication.
Marco observa la scène sans rien dire, mais sans se moquer non plus. Il tendit simplement des serviettes en papier, et ce geste pratique et silencieux valait mieux que n'importe quelle consolation.
Elias se rassit. Il but ce qui restait dans son verre.
— Je casse tout, dit-il. Depuis que je suis enfant. Ma mère disait que j'occupais trop d'espace.
— Vous en occupez juste assez, dit Léa.
Il la regarda. Elle avait dit ça simplement, sans intention particulière, mais la façon dont elle l'avait regardé en le disant fit quelque chose dans sa poitrine, une pression brève, pas désagréable.
Marco resservit tout le monde sans commentaire.
***
Jours 4 et 5 - La salle de musique
Le quatrième soir, Léa entendit le piano depuis sa chambre.
Elle était allongée sur son lit avec un livre qu'elle ne lisait pas. La musique montait du premier étage, hésitante d'abord, une ligne mélodique qui revenait sur elle-même, cherchait, repartait. Pas un morceau connu. Quelque chose en construction, avec des lacunes et des reprises, des endroits où la main droite semblait chercher ce que la main gauche n'avait pas encore décidé.
Elle posa le livre. Elle écouta.
Il y avait quelque chose d'inconfortable à écouter quelqu'un travailler ainsi, quelque chose de trop intime, comme surprendre une conversation privée. Et pourtant elle resta là, immobile sur le dessus-de-lit, les chaussettes aux pieds, à suivre le fil de ce que jouait Elias avec une attention qu'elle ne s'était pas autorisée depuis longtemps.
Au bout d'un moment, elle se leva.
Elle descendit en chaussettes, une tasse de tisane entre les mains, et poussa la porte de la salle de musique sans frapper. Une seule lampe allumée, dans le coin opposé au piano, qui éclairait surtout le plafond. Elias ne se retourna pas. Il savait qu'elle était là.
Elle s'installa sur le canapé sans rien dire. Il continua à jouer, et cette fois la musique prit une direction, comme si la présence d'une autre personne dans la pièce lui avait fourni le point d'appui qui manquait.
Elle but sa tisane. Le lac dans les fenêtres ouvertes, l'odeur des vignes, quelque chose de sucré et de végétal qui se mêlait au vieux bois de la salle.
Quand il s'arrêta, il resta les mains sur les touches une seconde, puis se retourna sur le tabouret.
— C'est pour un film ?
— C'était censé l'être. Le réalisateur a abandonné le projet. Maintenant je ne sais plus ce que c'est.
— C'est bien quand même.
— C'est incomplet.
— Oui, dit-elle. C'est bien quand même.
Il la regarda avec cette expression qu'elle commençait à reconnaître, une attention sans défense, comme s'il ne savait pas encore s'il devait la laisser entrer. Il se leva du tabouret et vint s'asseoir sur le canapé près d'elle. Pas à l'autre bout, près d'elle, leurs genoux qui se touchaient à peine dans la pénombre.
Elle ne bougea pas.
***
Il posa la main sur sa cuisse, au-dessus du genou, une pression légère et précise, interrogative. Pas une main qui prend, une main qui demande.
Elle posa la sienne dessus.
Un moment passa. Juste ça, les deux mains sur sa cuisse, le lac dans les fenêtres, la musique encore dans l'air.
Puis il se pencha vers elle et l'embrassa dans le cou, les lèvres sur la peau tiède entre l'oreille et l'épaule, là où le pouls bat un peu plus vite que partout ailleurs. Elle ferma les yeux. Sa tête alla légèrement en arrière, un mouvement involontaire, une capitulation douce.
Il prit son temps. Les lèvres d'abord, puis le bout de la langue, le long de la veine, jusqu'à la naissance de l'oreille. Elle laissa échapper un souffle, court et involontaire, et ses doigts se refermèrent sur sa main.
Il déboutonna sa chemise à elle, bouton après bouton. Ses doigts ne tremblaient pas, ce qui la surprit, parce qu'elle, si, un peu. Le tissu s'ouvrit. Il n'écarta pas la chemise d'un geste, il posa ses paumes à plat sur son ventre d'abord, la chaleur de ses mains sur sa peau, et elle eut la sensation de se souvenir de quelque chose qu'elle avait oublié depuis trop longtemps.
Ses mains remontèrent lentement, le ventre, les côtes, jusqu'aux seins que le soutien-gorge retenait encore. Il le défit dans le dos avec une patience qui contrastait avec l'impatience qu'elle sentait dans sa respiration, et quand il le retira, quand ses paumes revinrent sur sa poitrine, les pouces sur ses mamelons qui répondirent immédiatement au contact, elle laissa échapper un son qu'elle n'avait pas prévu.
Il baissa la tête. Sa bouche sur son sein gauche, les lèvres d'abord, puis la langue sur le mamelon durci, un cercle lent et délibéré, pendant que sa main droite s'occupait de l'autre. Elle avait posé les siennes dans ses cheveux, courts et doux, et elle les tenait sans vraiment tirer, juste la présence de ses doigts contre son crâne.
Ses hanches bougèrent imperceptiblement. Son corps prenait des décisions sans la consulter.
Il la fit allonger sur le canapé, ses mains sous ses épaules, et il descendit le long de son corps avec des baisers, le sternum, la ligne blanche du ventre, le nombril, la peau de plus en plus sensible à mesure qu'il approchait de la ceinture du jean. Il défit le bouton, la fermeture, et fit glisser le jean avec le sous-vêtement d'un seul mouvement, lentement, en regardant ce qu'il découvrait.
Elle se sentit regardée. Pas évaluée, regardée, ce qui est une forme de soin.
Il posa les lèvres sur l'intérieur de sa cuisse droite, très haut, là où la peau est fine et chaude. Elle retint son souffle. Il prit son temps, la bouche sur la cuisse, l'autre main sur la cuisse gauche qu'il tenait sans appuyer, et elle sentit le désir monter en elle comme une marée lente, sans bord, sans fond visible.
Quand sa langue atteignit son sexe, elle ferma les yeux et cessa de penser à quoi que ce soit.
Il la goûta avec une attention qui ressemblait à de la curiosité, pas mécanique, pas démonstrative, sincèrement attentive à ce qui provoquait quoi, à ce qui faisait changer sa respiration ou contracter ses cuisses. Elle était ouverte sous sa bouche, moite et chaude, et il prenait le temps, revenait sur les endroits qui la faisaient tressaillir, construisait quelque chose avec méthode et plaisir.
Ses jambes s'écartèrent davantage. Ses mains cherchèrent le bord du canapé, le tissu usé du velours, quelque chose à tenir. Il prit le clitoris entre ses lèvres, une pression douce et soutenue, et elle sentit le plaisir se rassembler en elle, se concentrer, et elle ne fit rien pour le retenir.
Elle vint en tenant le bord du canapé, les jambes refermées sur les épaules d'Elias, la respiration brisée en deux ou trois sons qu'elle n'essaya pas d'étouffer. La salle était sombre et le lac brillait dans les fenêtres et l'odeur des vignes était là, sucrée et fermentée, et son corps se vida de quelque chose qu'il portait depuis trop longtemps.
Elle resta allongée, les yeux au plafond, à reprendre son souffle.
Elias remonta le long de son corps, se coucha à côté d'elle sur le canapé trop étroit, une jambe à lui sur le côté. Elle sentit contre sa hanche la pression de son érection à travers le tissu de son pantalon.
Elle se tourna vers lui.
— À ton tour, dit-elle.
Il sourit. Pas le grand rire habituel. Un sourire plus petit, plus vrai.
Elle déboutonna sa chemise, les mains qui ne tremblaient plus, et il la laissa faire avec cette expression d'abandon qu'elle n'avait pas encore vue sur son visage. Ses mains à lui parcouraient ses épaules, son dos, ses hanches, une cartographie douce et continue pendant qu'elle ouvrait sa ceinture.
Quand elle prit son sexe entre les doigts, ferme et chaud dans sa main, il inspira lentement par le nez. Elle le caressa d'abord, la paume, les doigts refermés, un rythme lent qui lui valut une pression de sa main sur sa nuque, pas pour diriger, pour répondre.
Elle descendit. Sa bouche sur le bas de son ventre, sur la peau à l'intérieur de ses hanches, et puis sur son sexe, les lèvres d'abord, la langue sur le gland, un cercle lent et appuyé qui lui arracha un son sourd. Elle le prit plus profondément, les lèvres serrées, la main à la base, le rythme qui s'installa de lui-même.
Sa main dans ses cheveux, plus ferme maintenant.
Elle s'arrêta avant qu'il vienne. Elle remonta sur lui, s'assit sur ses cuisses, et il la regarda dans la pénombre avec des yeux qui n'avaient plus rien de maladroit.
— Tu es sûre ? dit-il.
— Non, dit-elle. C'est pour ça.
Elle se glissa sur lui lentement, les paumes posées sur ses épaules pour doser, et quand il la pénétra entièrement elle s'immobilisa une seconde, les yeux fermés, avec l'expression de quelqu'un qui retrouve quelque chose de perdu.
Ils bougèrent ensemble, d'abord lentement, les mains d'Elias sur ses hanches pour accompagner sans contraindre, son bassin qui répondait au sien, le vieux canapé qui grinçait sous eux dans la salle silencieuse. Elle se pencha en avant, les mains de part et d'autre de sa tête contre l'accoudoir, leurs visages proches dans l'obscurité, et il la regardait, et elle laissa cette fois quelqu'un la regarder vraiment.
Le rythme monta. Sa respiration monta avec lui. Elle vint une deuxième fois, moins brusque que la première, une vague longue qui se développa depuis le ventre jusqu'aux épaules, et Elias la suivit peu après, les mains serrées sur ses hanches, la nuque tendue, un son bref et profond dans la gorge.
Ils restèrent ainsi un moment, elle sur lui, leurs respirations qui se calmaient en même temps. L'odeur du lac entrait par les fenêtres. Quelque part dans les collines, un chien aboyait deux fois, puis plus rien.
Elle se laissa glisser à côté de lui sur le canapé trop étroit, la tête dans son cou, sa main à lui dans ses cheveux.
— Ta musique est vraiment bien, dit-elle au bout d'un moment.
Il rit. Le grand rire cette fois, mais moins fort qu'à l'habitude. Un rire qui avait de la place en lui pour autre chose.
A suivre...
Le taxi-bateau arriva à Bellariva à seize heures passées, dans la lumière oblique de septembre. Léa descendit la première sur le ponton, une valise à roulettes d'un côté, un grand sac de toile de l'autre, et elle resta une seconde immobile à regarder le lac.
Elle n'avait pas prévu ça. Cette beauté-là, frontale, sans prévenir.
La villa se dressait en haut d'un escalier de pierre, entre les cyprès et les bougainvillées tardives. Une façade ocre avec des volets verts. Des fenêtres hautes. Un air d'avoir vu passer beaucoup de gens et de n'en avoir retenu aucun. Léa monta les marches lentement, le sac en bandoulière, et quelque chose dans sa poitrine se dénoua un peu, comme un nœud qu'on desserre sans vraiment le défaire.
Elle avait besoin de ça aussi. Du temps, et d'un endroit qui ne la connaisse pas.
***
Federica, la directrice, lui fit visiter les lieux avec l'enthousiasme discret de quelqu'un qui aime son travail sans avoir besoin de le montrer. L'atelier de céramique au rez-de-chaussée, côté jardin, avec ses étagères en bois blanc et l'odeur de terre humide qui imprégnait les murs. La salle commune au premier. La bibliothèque. La terrasse sur le lac, avec sa grande table en pierre et ses chaises en fer forgé rouillées aux pieds.
— Vous serez trois, cette session, dit Federica. Les deux autres arrivent ce soir.
Léa hocha la tête. Trois. Elle avait espéré être seule, puis s'était dit que c'était exactement ce qu'il ne fallait pas.
Sa chambre était sous les toits. Un lit à baldaquin sans baldaquin, un bureau face à la fenêtre, un carrelage froid sous les pieds. La fenêtre donnait sur le lac et les collines de l'autre rive, déjà brunes, déjà automnales. Elle posa ses affaires sans les défaire, s'assit sur le bord du lit et mit ses paumes à plat sur ses genoux.
Six mois. Six mois depuis que Thomas était parti, ou depuis qu'elle l'avait laissé partir, elle ne savait plus très bien dans quel sens le formuler. Son corps de trente ans portait encore cette histoire-là comme une vieille fracture, quelque chose de pas tout à fait ressoudé qui se rappelait à elle au moindre faux pas dans ses souvenirs..
Elle regarda ses mains. Des mains de céramiste, les articulations légèrement sèches, les ongles courts. Des mains faites pour façonner quelque chose.
Elle alla prendre une douche.
***
Marco arriva à dix-neuf heures dans une voiture de louage trop grande pour lui. Il sortit avec un seul sac, compact et lourd, et deux étuis d'appareil photo en bandoulière. Il avait la façon de bouger de quelqu'un qui calcule ses déplacements, pas par économie mais par précision, aucun geste superflu, aucune hésitation.
Federica lui montra l'atelier de photographie, une ancienne buanderie reconvertie, avec sa fenêtre aveugle et ses étagères de produits chimiques soigneusement étiquetés. Il parcourut les rangées des yeux sans toucher à rien, hocha la tête une fois. Satisfait, mais sans le dire.
Sa chambre était au premier étage, côté jardin. Il posa ses affaires, sortit un appareil, fit deux ou trois photos de la fenêtre depuis l'intérieur. Pas le paysage. Le cadre de la fenêtre, la lumière qui entrait, la façon dont l'ombre tombait sur le parquet.
Il avait besoin de ça, de cadrer des choses. Sans cadre, tout lui semblait flottant, provisoire, un peu menaçant. Il ne l'aurait pas formulé ainsi. Il ne se formulait pas grand-chose sur lui-même.
***
Elias arriva à vingt heures moins le quart avec un taxi-bateau surchargé. Une valise, un sac à dos, un étui de clavier électronique portable, et une caisse en bois qu'il portait sous le bras avec des précautions excessives et un peu comiques.
— Des partitions, dit-il à Federica qui regardait la caisse. Enfin. Des fragments. Rien n'est vraiment fini.
Il rit en disant ça, de ce rire un peu trop fort qui précédait toujours ses doutes. Federica lui sourit avec la patience de quelqu'un qui a vu beaucoup d'artistes arriver avec leurs caisses de fragments.
Il était grand, Elias, avec des épaules larges et des mains qui ne savaient pas quoi faire quand il ne parlait pas. Il touchait les choses en passant, le bord d'une table, le chambranle d'une porte, comme pour vérifier qu'elles existaient. La salle de musique le rendit silencieux une seconde, le piano droit dans le coin, le parquet qui craquait, la fenêtre sur les vignes. Il s'assit sur le tabouret, posa les deux mains sur le clavier sans appuyer, resta comme ça.
Il avait besoin de finir quelque chose. Pas les partitions dans la caisse. Quelque chose d'autre, qu'il n'avait pas encore identifié.
Ils se retrouvèrent à vingt heures sur la terrasse.
Federica avait ouvert une bouteille de Lugana, disposé du pain, des olives, des tranches de bresaola sur une planche en bois. Elle dit deux ou trois choses pratiques sur les horaires et les espaces partagés, puis elle rentra, et ils restèrent tous les trois debout autour de la table un instant, avec le lac en contrebas et le ciel qui virait à l'indigo.
Léa était arrivée la dernière, les cheveux encore mouillés dans le dos, un pull trop grand sur un jean étroit. Elle s'excusa d'être en retard avec un geste vague de la main, comme si elle s'excusait d'exister un peu de travers, et quelque chose dans ce geste-là toucha les deux hommes sans qu'ils se le disent.
Marco lui servit un verre sans attendre qu'elle le demande. Elle le remercia en le regardant vraiment, une seconde franche, directe, puis elle regarda le lac.
Elias lui tira la chaise avant qu'elle ait eu le temps de la chercher. Elle s'assit, posa les mains à plat sur la nappe en lin, et il remarqua les marques d'argile dans les plis de ses articulations, les traces que l'eau n'efface pas complètement.
Ils parlèrent du travail, de leurs projets pour les trois semaines. Marco expliqua peu et bien. Elias expliqua beaucoup et en désordre. Léa écouta les deux hommes, l'un après l'autre, avec cette attention douce et un peu mélancolique qui donnait l'impression qu'elle entendait aussi ce qu'on ne disait pas.
Le Lugana était frais et minéral. Les vignes sur la colline d'en face sentaient le sucre fermenté et la terre chaude. Une barque traversait le lac lentement, ses feux de position rouges et verts reflétés dans l'eau noire.
— Vous avez l'habitude des résidences ? demanda Elias.
— Pas vraiment, dit Léa. C'est la première fois que je pars aussi loin pour travailler.
— Vous fuyez quelque chose, dit Marco. Ce n'était pas une question.
Léa le regarda. Pas offensée. Surprise qu'il l'ait dit à voix haute.
— Ou je reviens vers quelque chose, dit-elle. Je ne sais pas encore.
Marco hocha la tête et but une gorgée de vin. Elias regardait Léa avec un demi-sourire, les coudes sur la table, les mains jointes sous le menton. Il pensa à une mélodie qu'il avait abandonnée deux ans plus tôt, une ligne de piano simple et un peu boiteuse qu'il n'avait jamais su finir.
Il ne fit pas le lien consciemment. Mais il commanda mentalement de ne pas oublier de retrouver ce fichier.
Ils restèrent tard sur la terrasse. La bouteille se vida. Federica en laissa une deuxième sur le bord de la fenêtre sans se montrer. Les étoiles montèrent sur le lac et le froid arriva avec elles, mais personne ne proposa de rentrer.
Léa ramena ses genoux contre sa poitrine sur la chaise, le col du pull remonté jusqu'au menton. Elle était petite ainsi, ramassée sur elle-même, et les deux hommes sentirent la même chose sans se regarder, une envie de faire de la place autour d'elle, pas par pitié, par quelque chose de plus ancien et de plus honnête.
Quand ils montèrent enfin se coucher, elle leur souhaita bonne nuit depuis l'escalier, une main sur la rampe, les cheveux secs maintenant et un peu défaits sur les épaules. Elle avait les joues roses du vin et du froid.
Marco attendit qu'elle soit à l'étage pour sortir son appareil et photographier la terrasse vide, les verres encore là, les olives entamées, la chaise où elle s'était assise avec son dossier légèrement tiré en arrière.
Elias alla directement à la salle de musique. Il s'assit dans le noir sur le tabouret du piano et ne joua rien. Il resta là dix minutes, les paumes sur les cuisses.
Puis il monta se coucher.
***
Jours 2 et 3 - Ce qu'on ne dit pas encore
Le lendemain matin, Léa laissa bouillir le café.
Elle était debout depuis six heures, incapable de dormir au-delà, vieille habitude des matins avec Thomas qui se levait tôt et faisait du bruit sans s'en rendre compte. Son corps continuait à se réveiller pour quelqu'un qui n'était plus là. Elle trouva ça un peu pathétique, puis décida de ne plus y penser, puis y pensa encore pendant vingt minutes sous la douche.
La cuisine était déserte. Elle mit la cafetière sur le feu, alla regarder le lac par la fenêtre, et oublia.
L'odeur du café bouilli attira Elias, qui descendit en tee-shirt froissé et chaussettes dépareillées, les cheveux dans tous les sens. Il évalua la situation en un coup d'œil, vida la cafetière sans commentaire, et en prépara une nouvelle avec des gestes appliqués qui contrastaient avec le reste de son apparence.
— Je suis nul le matin, dit-il comme explication générale.
— Moi aussi.
— Vous avez pourtant l'air réveillée.
— C'est une illusion.
Il sourit. Elle prit une tasse. Ils burent debout près de la fenêtre sans se parler davantage, et ce silence-là était déjà une forme d'entente.
Marco descendit à neuf heures, rasé, habillé, avec l'air de quelqu'un qui a dormi exactement le nombre d'heures nécessaires. Il se servit un café froid sans grimacer, parcourut les titres d'un journal italien abandonné sur la table, et repartit travailler sans avoir vraiment parlé à personne.
Elias le regarda sortir.
— Il est toujours comme ça ?
— On le connaît depuis hier soir, dit Léa.
— Oui, dit Elias. Mais quand même.
***
Léa passa sa première matinée à l'atelier sans produire grand-chose. Elle prépara l'argile, calibra le tour, disposa ses outils. Elle avait besoin de ça d'abord, de reconnaître l'espace, de le faire sien par la répétition des gestes. Elle avait toujours travaillé ainsi, lentement, par cercles concentriques, en approchant le centre sans jamais le prendre de front.
Thomas lui avait reproché ça aussi. Cette façon de tourner autour des choses.
Elle prit une masse d'argile et la travailla à la main, sans le tour, juste les paumes et les pouces dans la matière grise et froide. Ça lui fit du bien. Quelque chose de physique et d'immédiat, quelque chose qui répondait.
Elle ne vit pas Marco entrer.
Il se posta près de la porte, l'appareil à hauteur de poitrine, et attendit. Il avait ce talent particulier pour l'immobilité, une patience de chasseur ou de moine selon les jours. Il fit trois photos avant qu'elle lève les yeux.
Elle sursauta légèrement.
— Désolé, dit-il. Sans l'être vraiment.
— Vous auriez pu frapper.
— La porte était ouverte. Et vous n'auriez pas eu cette expression si vous m'aviez entendu arriver.
Elle voulut lui demander quelle expression. Elle ne le fit pas. Elle retourna à son argile, et il resta, et au bout de quelques minutes elle l'oublia presque, ou fit semblant de l'oublier, ce qui n'était pas tout à fait la même chose.
Il photographia ses mains surtout. La façon dont elles entraient dans la matière, dont elles modelaient sans forcer, dont elles savaient quoi chercher. Il photographia aussi son profil contre la fenêtre, la lumière dans ses cheveux, la légère tension de sa mâchoire quand elle se concentrait.
À midi, il s'approcha pour lui montrer les images sur l'écran de l'appareil. Leurs épaules se touchèrent. Elle sentit le cuir de sa veste, une légère odeur d'encre et de quelque chose de plus sombre en dessous, tabac peut-être, ou bois de santal. Elle resta penchée sur l'écran plus longtemps que nécessaire.
Les photos étaient belles. Pas flatteuses, belles, ce qui est différent. Elle y voyait quelqu'un qu'elle reconnaissait à peine, quelqu'un de concentré et de présent, quelqu'un qui n'avait pas l'air d'attendre que ça passe.
— Je peux les avoir ? demanda-t-elle.
— Certaines, dit-il.
Il repartit avec son appareil. Elle regarda ses propres mains couvertes d'argile et essaya de retrouver ce qu'elle avait vu sur l'écran.
***
Le soir du troisième jour, Elias renversa son verre de vin rouge sur la nappe blanche du dîner, se leva trop vite pour rattraper quelque chose et fit tomber le pain. Il s'excusa trois fois en ramassant tout, les joues légèrement rouges, et Léa vit que sous l'exubérance il y avait une vraie maladresse, pas celle qu'on cultive par charme mais celle qu'on traîne comme un vieux défaut de fabrication.
Marco observa la scène sans rien dire, mais sans se moquer non plus. Il tendit simplement des serviettes en papier, et ce geste pratique et silencieux valait mieux que n'importe quelle consolation.
Elias se rassit. Il but ce qui restait dans son verre.
— Je casse tout, dit-il. Depuis que je suis enfant. Ma mère disait que j'occupais trop d'espace.
— Vous en occupez juste assez, dit Léa.
Il la regarda. Elle avait dit ça simplement, sans intention particulière, mais la façon dont elle l'avait regardé en le disant fit quelque chose dans sa poitrine, une pression brève, pas désagréable.
Marco resservit tout le monde sans commentaire.
***
Jours 4 et 5 - La salle de musique
Le quatrième soir, Léa entendit le piano depuis sa chambre.
Elle était allongée sur son lit avec un livre qu'elle ne lisait pas. La musique montait du premier étage, hésitante d'abord, une ligne mélodique qui revenait sur elle-même, cherchait, repartait. Pas un morceau connu. Quelque chose en construction, avec des lacunes et des reprises, des endroits où la main droite semblait chercher ce que la main gauche n'avait pas encore décidé.
Elle posa le livre. Elle écouta.
Il y avait quelque chose d'inconfortable à écouter quelqu'un travailler ainsi, quelque chose de trop intime, comme surprendre une conversation privée. Et pourtant elle resta là, immobile sur le dessus-de-lit, les chaussettes aux pieds, à suivre le fil de ce que jouait Elias avec une attention qu'elle ne s'était pas autorisée depuis longtemps.
Au bout d'un moment, elle se leva.
Elle descendit en chaussettes, une tasse de tisane entre les mains, et poussa la porte de la salle de musique sans frapper. Une seule lampe allumée, dans le coin opposé au piano, qui éclairait surtout le plafond. Elias ne se retourna pas. Il savait qu'elle était là.
Elle s'installa sur le canapé sans rien dire. Il continua à jouer, et cette fois la musique prit une direction, comme si la présence d'une autre personne dans la pièce lui avait fourni le point d'appui qui manquait.
Elle but sa tisane. Le lac dans les fenêtres ouvertes, l'odeur des vignes, quelque chose de sucré et de végétal qui se mêlait au vieux bois de la salle.
Quand il s'arrêta, il resta les mains sur les touches une seconde, puis se retourna sur le tabouret.
— C'est pour un film ?
— C'était censé l'être. Le réalisateur a abandonné le projet. Maintenant je ne sais plus ce que c'est.
— C'est bien quand même.
— C'est incomplet.
— Oui, dit-elle. C'est bien quand même.
Il la regarda avec cette expression qu'elle commençait à reconnaître, une attention sans défense, comme s'il ne savait pas encore s'il devait la laisser entrer. Il se leva du tabouret et vint s'asseoir sur le canapé près d'elle. Pas à l'autre bout, près d'elle, leurs genoux qui se touchaient à peine dans la pénombre.
Elle ne bougea pas.
***
Il posa la main sur sa cuisse, au-dessus du genou, une pression légère et précise, interrogative. Pas une main qui prend, une main qui demande.
Elle posa la sienne dessus.
Un moment passa. Juste ça, les deux mains sur sa cuisse, le lac dans les fenêtres, la musique encore dans l'air.
Puis il se pencha vers elle et l'embrassa dans le cou, les lèvres sur la peau tiède entre l'oreille et l'épaule, là où le pouls bat un peu plus vite que partout ailleurs. Elle ferma les yeux. Sa tête alla légèrement en arrière, un mouvement involontaire, une capitulation douce.
Il prit son temps. Les lèvres d'abord, puis le bout de la langue, le long de la veine, jusqu'à la naissance de l'oreille. Elle laissa échapper un souffle, court et involontaire, et ses doigts se refermèrent sur sa main.
Il déboutonna sa chemise à elle, bouton après bouton. Ses doigts ne tremblaient pas, ce qui la surprit, parce qu'elle, si, un peu. Le tissu s'ouvrit. Il n'écarta pas la chemise d'un geste, il posa ses paumes à plat sur son ventre d'abord, la chaleur de ses mains sur sa peau, et elle eut la sensation de se souvenir de quelque chose qu'elle avait oublié depuis trop longtemps.
Ses mains remontèrent lentement, le ventre, les côtes, jusqu'aux seins que le soutien-gorge retenait encore. Il le défit dans le dos avec une patience qui contrastait avec l'impatience qu'elle sentait dans sa respiration, et quand il le retira, quand ses paumes revinrent sur sa poitrine, les pouces sur ses mamelons qui répondirent immédiatement au contact, elle laissa échapper un son qu'elle n'avait pas prévu.
Il baissa la tête. Sa bouche sur son sein gauche, les lèvres d'abord, puis la langue sur le mamelon durci, un cercle lent et délibéré, pendant que sa main droite s'occupait de l'autre. Elle avait posé les siennes dans ses cheveux, courts et doux, et elle les tenait sans vraiment tirer, juste la présence de ses doigts contre son crâne.
Ses hanches bougèrent imperceptiblement. Son corps prenait des décisions sans la consulter.
Il la fit allonger sur le canapé, ses mains sous ses épaules, et il descendit le long de son corps avec des baisers, le sternum, la ligne blanche du ventre, le nombril, la peau de plus en plus sensible à mesure qu'il approchait de la ceinture du jean. Il défit le bouton, la fermeture, et fit glisser le jean avec le sous-vêtement d'un seul mouvement, lentement, en regardant ce qu'il découvrait.
Elle se sentit regardée. Pas évaluée, regardée, ce qui est une forme de soin.
Il posa les lèvres sur l'intérieur de sa cuisse droite, très haut, là où la peau est fine et chaude. Elle retint son souffle. Il prit son temps, la bouche sur la cuisse, l'autre main sur la cuisse gauche qu'il tenait sans appuyer, et elle sentit le désir monter en elle comme une marée lente, sans bord, sans fond visible.
Quand sa langue atteignit son sexe, elle ferma les yeux et cessa de penser à quoi que ce soit.
Il la goûta avec une attention qui ressemblait à de la curiosité, pas mécanique, pas démonstrative, sincèrement attentive à ce qui provoquait quoi, à ce qui faisait changer sa respiration ou contracter ses cuisses. Elle était ouverte sous sa bouche, moite et chaude, et il prenait le temps, revenait sur les endroits qui la faisaient tressaillir, construisait quelque chose avec méthode et plaisir.
Ses jambes s'écartèrent davantage. Ses mains cherchèrent le bord du canapé, le tissu usé du velours, quelque chose à tenir. Il prit le clitoris entre ses lèvres, une pression douce et soutenue, et elle sentit le plaisir se rassembler en elle, se concentrer, et elle ne fit rien pour le retenir.
Elle vint en tenant le bord du canapé, les jambes refermées sur les épaules d'Elias, la respiration brisée en deux ou trois sons qu'elle n'essaya pas d'étouffer. La salle était sombre et le lac brillait dans les fenêtres et l'odeur des vignes était là, sucrée et fermentée, et son corps se vida de quelque chose qu'il portait depuis trop longtemps.
Elle resta allongée, les yeux au plafond, à reprendre son souffle.
Elias remonta le long de son corps, se coucha à côté d'elle sur le canapé trop étroit, une jambe à lui sur le côté. Elle sentit contre sa hanche la pression de son érection à travers le tissu de son pantalon.
Elle se tourna vers lui.
— À ton tour, dit-elle.
Il sourit. Pas le grand rire habituel. Un sourire plus petit, plus vrai.
Elle déboutonna sa chemise, les mains qui ne tremblaient plus, et il la laissa faire avec cette expression d'abandon qu'elle n'avait pas encore vue sur son visage. Ses mains à lui parcouraient ses épaules, son dos, ses hanches, une cartographie douce et continue pendant qu'elle ouvrait sa ceinture.
Quand elle prit son sexe entre les doigts, ferme et chaud dans sa main, il inspira lentement par le nez. Elle le caressa d'abord, la paume, les doigts refermés, un rythme lent qui lui valut une pression de sa main sur sa nuque, pas pour diriger, pour répondre.
Elle descendit. Sa bouche sur le bas de son ventre, sur la peau à l'intérieur de ses hanches, et puis sur son sexe, les lèvres d'abord, la langue sur le gland, un cercle lent et appuyé qui lui arracha un son sourd. Elle le prit plus profondément, les lèvres serrées, la main à la base, le rythme qui s'installa de lui-même.
Sa main dans ses cheveux, plus ferme maintenant.
Elle s'arrêta avant qu'il vienne. Elle remonta sur lui, s'assit sur ses cuisses, et il la regarda dans la pénombre avec des yeux qui n'avaient plus rien de maladroit.
— Tu es sûre ? dit-il.
— Non, dit-elle. C'est pour ça.
Elle se glissa sur lui lentement, les paumes posées sur ses épaules pour doser, et quand il la pénétra entièrement elle s'immobilisa une seconde, les yeux fermés, avec l'expression de quelqu'un qui retrouve quelque chose de perdu.
Ils bougèrent ensemble, d'abord lentement, les mains d'Elias sur ses hanches pour accompagner sans contraindre, son bassin qui répondait au sien, le vieux canapé qui grinçait sous eux dans la salle silencieuse. Elle se pencha en avant, les mains de part et d'autre de sa tête contre l'accoudoir, leurs visages proches dans l'obscurité, et il la regardait, et elle laissa cette fois quelqu'un la regarder vraiment.
Le rythme monta. Sa respiration monta avec lui. Elle vint une deuxième fois, moins brusque que la première, une vague longue qui se développa depuis le ventre jusqu'aux épaules, et Elias la suivit peu après, les mains serrées sur ses hanches, la nuque tendue, un son bref et profond dans la gorge.
Ils restèrent ainsi un moment, elle sur lui, leurs respirations qui se calmaient en même temps. L'odeur du lac entrait par les fenêtres. Quelque part dans les collines, un chien aboyait deux fois, puis plus rien.
Elle se laissa glisser à côté de lui sur le canapé trop étroit, la tête dans son cou, sa main à lui dans ses cheveux.
— Ta musique est vraiment bien, dit-elle au bout d'un moment.
Il rit. Le grand rire cette fois, mais moins fort qu'à l'habitude. Un rire qui avait de la place en lui pour autre chose.
A suivre...
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