Le bon niveau
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le bon niveau
Le vendeur sortit l'objet de la vitrine. "On peut l'essayer avant ?", je demandais.
Il me regarda par-dessus ses lunettes de la façon dont les gens regardent quelqu'un qui vient de dire quelque chose d'inapproprié à un enterrement. Grand, la quarantaine bien sonnée, les cheveux gris aux tempes, le genre d'homme qu'on imagine le dimanche avec un journal et des chaussettes en laine. Son badge disait Gérard. J'aurais dû m'en douter.
"L'essayer."
"Oui. Avant d'acheter."
Il posa le pistolet de massage cervical sur le comptoir avec la délicatesse qu'on réserve aux objets liturgiques. C'était un appareil à percussion, chrome et silicone noir, quatre têtes interchangeables, vendu dans une pharmacie de la rue de Rivoli entre les semelles orthopédiques et les bas de contention. J'avais mal au dos depuis une semaine et ma kinésithérapeute était en vacances à Lisbonne.
"Madame, nous ne prêtons pas le matériel."
"Je ne demande pas à l'emporter. Juste là, maintenant, quelques secondes."
Silence.
"Ce n'est pas vraiment..."
"Gérard." Je baissai les yeux vers son badge, puis les relevai vers lui avec ce regard que j'utilise d'habitude pour obtenir un taxi sous la pluie. "Mon dos me tue depuis lundi. J'ai une réunion dans deux heures. Vous ne voulez vraiment pas m'aider."
Ce n'était pas une question.
Il prit l'appareil, chercha le bouton, appuya, et la chose se mit à vibrer avec le son d'un frelon de taille industrielle. Il me le tendit à bout de bras comme s'il s'en désolidarisait moralement.
Je me penchai en avant, posai la tête vibratoire entre mes omoplates, et poussai un son qui n'aurait pas dû sortir de ma bouche dans une pharmacie.
Gérard regarda ailleurs.
Je suis sortie avec l'appareil sous le bras, le ticket de caisse froissé dans la poche, et une certaine satisfaction que je n'aurais pas pu totalement expliquer. Dans le taxi, j'envoyai un message à Sophie : j'ai trouvé quelque chose. Elle répondit en moins de dix secondes : pour le dos ou pour le reste ? Je mis le téléphone dans mon sac.
Chez moi, l'appartement sentait le café froid. Thomas était dans la cuisine, debout devant la cafetière, en jean et tee-shirt blanc, le genre de tableau qui me faisait encore quelque chose après trois ans. Il avait les cheveux encore humides de la douche et lisait quelque chose sur son téléphone avec cette expression concentrée qu'il avait aussi au lit, parfois, quand il voulait prendre son temps.
"T'as acheté quoi ?"
Je posai la boîte sur la table.
Il la regarda. Lut l'emballage. Me regarda.
"Pour ton dos."
"Pour mon dos."
"D'accord." Il reprit son café. "Et ça marche ?"
"Gérard pense que oui."
"Qui est Gérard ?"
"Mon confident à la pharmacie."
Il sourit sans lever les yeux de son téléphone. J'aimais ce sourire-là, le discret, celui qu'il ne savait pas qu'il faisait. Je pris la boîte, allai dans la chambre, et fermai la porte avec le pied.
La réunion de l'après-midi se passa bien. Mon dos alla mieux. Je n'y pensai plus.
C'est Thomas qui y pensa le premier.
On était dans la cuisine après le dîner, lui qui finissait le vin, moi qui empilais les assiettes sans conviction. La lumière était basse, l'appartement avait pris cette qualité cotonneuse des soirées de semaine où on ne sort pas et où on n'a pas envie de dormir non plus. Il y avait de la musique quelque part, pas assez forte pour qu'on sache vraiment ce que c'était.
"Ton truc de la pharmacie."
Je me retournai.
"Il est où ?"
"Dans le tiroir de la table de nuit. Pourquoi ?"
Il finit son verre sans répondre. Puis il posa le verre, s'approcha, et me prit la boîte à vaisselle des mains avec une douceur parfaitement inutile.
"T'as mal au dos ce soir ?"
"Non."
"Dommage."
Dans la chambre, il sortit l'appareil du tiroir, le retourna dans ses mains, examina les têtes interchangeables avec une application qui me fit rire.
"T'es sérieux."
"Je regarde comment ça marche."
"C'est un masseur, Thomas. On appuie sur le bouton."
"Il y a des réglages."
Il y avait effectivement des réglages. Quatre niveaux de puissance, deux modes de percussion, une tête plate, une tête ronde, une tête en fourche, une petite tête pointue dont je ne comprenais toujours pas l'utilité. Thomas examina la petite tête pointue avec l'expression d'un homme qui pense avoir compris quelque chose.
"Celle-là c'est pour quoi ?"
"Je ne sais pas. Zones précises, je suppose."
"Zones précises", il répéta, d'un ton parfaitement neutre.
Je m'assis sur le lit. Il s'assit à côté de moi, l'appareil allumé au premier niveau, le bruit discret, presque doux.
"Tourne-toi", il dit.
Je me retournai. Il posa la tête ronde entre mes omoplates, longea la colonne, descendit vers les lombaires, et je fermai les yeux parce que c'était, objectivement, très bien. Le premier niveau était presque trop doux. Il passa au deuxième. Je laissai échapper un souffle.
"Mieux ?"
"Beaucoup."
Il continua. Les épaules, la base du cou, un point précis sous l'omoplate droite qui me fit tendre les bras devant moi comme un chat. Il prenait son temps avec une application qui n'avait, j'en étais de plus en plus consciente, pas grand chose à voir avec la kinésithérapie. Ses doigts libres suivaient parfois le trajet de l'appareil, cherchant les tensions, les nœuds, et quelque chose dans la façon dont ils s'attardaient me disait qu'on s'éloignait progressivement du soin médical.
Il descendit encore. La lisière de mon jean. Il hésita là, une seconde, juste pour voir.
"Je continue ?"
"Si tu veux."
"La question c'est si toi tu veux."
"Oui", je dis. "Je veux."
Il posa l'appareil, défit mon jean avec une lenteur calculée, et le passage de la vibration contre mes hanches, mes fesses, le bas du dos, fut quelque chose entre le rire et autre chose, quelque chose de chaud et d'immédiat qui n'avait rien de médical. Je me retournai. Il était toujours habillé, ce que je trouvai soudain injuste, et je le lui dis. Il retira son tee-shirt sans commentaire.
Nous avions le temps. Nous avions toujours le temps, le soir de semaine, c'était une des choses que j'aimais dans notre vie, ce sentiment que rien ne pressait vraiment, qu'on pouvait s'attarder.
Il s'attarda.
L'appareil changea de main, de zone, de vitesse. Le niveau trois contre l'intérieur de ma cuisse produisit un effet que Gérard n'avait définitivement pas anticipé en me tendant sa notice. Thomas regardait ce qu'il faisait avec cette attention que j'avais mentionnée plus tôt, et je fermai les yeux, et la pièce devint juste chaleur et son sourd et la pression de sa main libre sur mon ventre, me tenant là, doucement, comme s'il voulait s'assurer que je ne partais nulle part.
Je n'allais nulle part.
Le niveau quatre fut une surprise. Pas désagréable. Plutôt le contraire. Je dis quelque chose, je ne sais plus quoi, quelques mots sans syntaxe, et Thomas rit, un rire bas, proche, il avait la bouche dans mon cou et l'appareil contre moi et ses doigts en plus maintenant, et c'était trop ou pas assez, je n'aurais pas su dire, les deux simultanément, je réclamai davantage et il ralentit exprès, ce qui me fit dire son nom d'un ton qui n'avait rien de reconnaissant.
"Patience."
"Thomas."
"Quoi."
Ce n'était pas une question. Il savait quoi. Il continua quand même à prendre son temps.
Ce que j'aime chez lui, entre autres choses, c'est qu'il ne fait pas semblant de ne pas savoir ce qu'il fait. Certains hommes jouent à ne pas comprendre, à demander des indications comme s'ils lisaient une carte routière en pleine nuit. Thomas, non. Il sait. Il sait depuis longtemps, et il y a quelque chose dans cette certitude tranquille, dans la façon dont ses mains ne tâtonnent jamais vraiment, qui me met dans un état que je serais incapable de décrire sobrement.
L'appareil finit sur la table de nuit.
Ce n'était plus le moment pour les accessoires.
Il y eut ses mains, sa bouche, le poids de lui contre moi, et cette qualité particulière du silence d'appartement en semaine, les voitures en bas de temps en temps, la minuterie du couloir qui cliqueta une fois, le monde parfaitement indifférent à ce qui se passait dans notre chambre. Nous non plus n'étions pas particulièrement silencieux, à un moment, et je pensai vaguement à la voisine du dessus, Mme Florentin, soixante-huit ans, deux chats, puis je cessai de penser à Mme Florentin.
Thomas dit mon prénom à un moment, juste mon prénom, rien d'autre, et quelque chose dans la façon dont il le dit, comme si c'était une réponse à une question qu'on n'avait pas posée, me fit fermer les yeux plus fort.
Après, on est resté sans bouger un moment. Le genre de moment où on écoute sa propre respiration se calmer. La chambre avait cette lumière de fin de soirée, orangée, la lampe de chevet encore allumée, nos vêtements quelque part sur le sol dans un ordre qui ne racontait pas une histoire très sophistiquée.
Thomas était sur le dos, un bras sous ma nuque. Je regardais le plafond. L'appareil était toujours sur la table de nuit, raisonnable et chromé, l'air parfaitement innocent.
"Ton dos", il dit enfin.
"Quoi mon dos ?"
"Ça va mieux ?"
Je réfléchis honnêtement à la question.
"Je sais plus où est mon dos."
Il rit. Ce rire-là aussi, j'aimais. Celui du dessous, le vrai.
Je me tournai vers lui. Il avait les yeux au plafond et ce sourire de quelqu'un qui est satisfait de sa soirée sans avoir besoin de le formuler.
"T'aurais pas dû t'amuser avec le niveau quatre comme ça."
"Je t'ai entendue me demander le cinq."
"J'ai rien demandé du tout."
"Tu as dit, je cite, 'encore'."
"Encore c'est pas un niveau."
"C'est une indication de direction."
Je souris malgré moi et posai la tête sur son épaule. L'appartement était calme. Quelqu'un, dans la rue, klaxonna une fois pour rien. Mme Florentin, si elle avait entendu quoi que ce soit, avait apparemment décidé de ne pas en faire une affaire.
L'appareil brillait doucement dans la lumière de la lampe. Je le regardai un moment.
"Demain, fais-moi penser à le retourner en magasin."
Thomas tourna la tête vers moi.
"Pourquoi ?"
"J'ai besoin du cinq."
Il me regarda par-dessus ses lunettes de la façon dont les gens regardent quelqu'un qui vient de dire quelque chose d'inapproprié à un enterrement. Grand, la quarantaine bien sonnée, les cheveux gris aux tempes, le genre d'homme qu'on imagine le dimanche avec un journal et des chaussettes en laine. Son badge disait Gérard. J'aurais dû m'en douter.
"L'essayer."
"Oui. Avant d'acheter."
Il posa le pistolet de massage cervical sur le comptoir avec la délicatesse qu'on réserve aux objets liturgiques. C'était un appareil à percussion, chrome et silicone noir, quatre têtes interchangeables, vendu dans une pharmacie de la rue de Rivoli entre les semelles orthopédiques et les bas de contention. J'avais mal au dos depuis une semaine et ma kinésithérapeute était en vacances à Lisbonne.
"Madame, nous ne prêtons pas le matériel."
"Je ne demande pas à l'emporter. Juste là, maintenant, quelques secondes."
Silence.
"Ce n'est pas vraiment..."
"Gérard." Je baissai les yeux vers son badge, puis les relevai vers lui avec ce regard que j'utilise d'habitude pour obtenir un taxi sous la pluie. "Mon dos me tue depuis lundi. J'ai une réunion dans deux heures. Vous ne voulez vraiment pas m'aider."
Ce n'était pas une question.
Il prit l'appareil, chercha le bouton, appuya, et la chose se mit à vibrer avec le son d'un frelon de taille industrielle. Il me le tendit à bout de bras comme s'il s'en désolidarisait moralement.
Je me penchai en avant, posai la tête vibratoire entre mes omoplates, et poussai un son qui n'aurait pas dû sortir de ma bouche dans une pharmacie.
Gérard regarda ailleurs.
Je suis sortie avec l'appareil sous le bras, le ticket de caisse froissé dans la poche, et une certaine satisfaction que je n'aurais pas pu totalement expliquer. Dans le taxi, j'envoyai un message à Sophie : j'ai trouvé quelque chose. Elle répondit en moins de dix secondes : pour le dos ou pour le reste ? Je mis le téléphone dans mon sac.
Chez moi, l'appartement sentait le café froid. Thomas était dans la cuisine, debout devant la cafetière, en jean et tee-shirt blanc, le genre de tableau qui me faisait encore quelque chose après trois ans. Il avait les cheveux encore humides de la douche et lisait quelque chose sur son téléphone avec cette expression concentrée qu'il avait aussi au lit, parfois, quand il voulait prendre son temps.
"T'as acheté quoi ?"
Je posai la boîte sur la table.
Il la regarda. Lut l'emballage. Me regarda.
"Pour ton dos."
"Pour mon dos."
"D'accord." Il reprit son café. "Et ça marche ?"
"Gérard pense que oui."
"Qui est Gérard ?"
"Mon confident à la pharmacie."
Il sourit sans lever les yeux de son téléphone. J'aimais ce sourire-là, le discret, celui qu'il ne savait pas qu'il faisait. Je pris la boîte, allai dans la chambre, et fermai la porte avec le pied.
La réunion de l'après-midi se passa bien. Mon dos alla mieux. Je n'y pensai plus.
C'est Thomas qui y pensa le premier.
On était dans la cuisine après le dîner, lui qui finissait le vin, moi qui empilais les assiettes sans conviction. La lumière était basse, l'appartement avait pris cette qualité cotonneuse des soirées de semaine où on ne sort pas et où on n'a pas envie de dormir non plus. Il y avait de la musique quelque part, pas assez forte pour qu'on sache vraiment ce que c'était.
"Ton truc de la pharmacie."
Je me retournai.
"Il est où ?"
"Dans le tiroir de la table de nuit. Pourquoi ?"
Il finit son verre sans répondre. Puis il posa le verre, s'approcha, et me prit la boîte à vaisselle des mains avec une douceur parfaitement inutile.
"T'as mal au dos ce soir ?"
"Non."
"Dommage."
Dans la chambre, il sortit l'appareil du tiroir, le retourna dans ses mains, examina les têtes interchangeables avec une application qui me fit rire.
"T'es sérieux."
"Je regarde comment ça marche."
"C'est un masseur, Thomas. On appuie sur le bouton."
"Il y a des réglages."
Il y avait effectivement des réglages. Quatre niveaux de puissance, deux modes de percussion, une tête plate, une tête ronde, une tête en fourche, une petite tête pointue dont je ne comprenais toujours pas l'utilité. Thomas examina la petite tête pointue avec l'expression d'un homme qui pense avoir compris quelque chose.
"Celle-là c'est pour quoi ?"
"Je ne sais pas. Zones précises, je suppose."
"Zones précises", il répéta, d'un ton parfaitement neutre.
Je m'assis sur le lit. Il s'assit à côté de moi, l'appareil allumé au premier niveau, le bruit discret, presque doux.
"Tourne-toi", il dit.
Je me retournai. Il posa la tête ronde entre mes omoplates, longea la colonne, descendit vers les lombaires, et je fermai les yeux parce que c'était, objectivement, très bien. Le premier niveau était presque trop doux. Il passa au deuxième. Je laissai échapper un souffle.
"Mieux ?"
"Beaucoup."
Il continua. Les épaules, la base du cou, un point précis sous l'omoplate droite qui me fit tendre les bras devant moi comme un chat. Il prenait son temps avec une application qui n'avait, j'en étais de plus en plus consciente, pas grand chose à voir avec la kinésithérapie. Ses doigts libres suivaient parfois le trajet de l'appareil, cherchant les tensions, les nœuds, et quelque chose dans la façon dont ils s'attardaient me disait qu'on s'éloignait progressivement du soin médical.
Il descendit encore. La lisière de mon jean. Il hésita là, une seconde, juste pour voir.
"Je continue ?"
"Si tu veux."
"La question c'est si toi tu veux."
"Oui", je dis. "Je veux."
Il posa l'appareil, défit mon jean avec une lenteur calculée, et le passage de la vibration contre mes hanches, mes fesses, le bas du dos, fut quelque chose entre le rire et autre chose, quelque chose de chaud et d'immédiat qui n'avait rien de médical. Je me retournai. Il était toujours habillé, ce que je trouvai soudain injuste, et je le lui dis. Il retira son tee-shirt sans commentaire.
Nous avions le temps. Nous avions toujours le temps, le soir de semaine, c'était une des choses que j'aimais dans notre vie, ce sentiment que rien ne pressait vraiment, qu'on pouvait s'attarder.
Il s'attarda.
L'appareil changea de main, de zone, de vitesse. Le niveau trois contre l'intérieur de ma cuisse produisit un effet que Gérard n'avait définitivement pas anticipé en me tendant sa notice. Thomas regardait ce qu'il faisait avec cette attention que j'avais mentionnée plus tôt, et je fermai les yeux, et la pièce devint juste chaleur et son sourd et la pression de sa main libre sur mon ventre, me tenant là, doucement, comme s'il voulait s'assurer que je ne partais nulle part.
Je n'allais nulle part.
Le niveau quatre fut une surprise. Pas désagréable. Plutôt le contraire. Je dis quelque chose, je ne sais plus quoi, quelques mots sans syntaxe, et Thomas rit, un rire bas, proche, il avait la bouche dans mon cou et l'appareil contre moi et ses doigts en plus maintenant, et c'était trop ou pas assez, je n'aurais pas su dire, les deux simultanément, je réclamai davantage et il ralentit exprès, ce qui me fit dire son nom d'un ton qui n'avait rien de reconnaissant.
"Patience."
"Thomas."
"Quoi."
Ce n'était pas une question. Il savait quoi. Il continua quand même à prendre son temps.
Ce que j'aime chez lui, entre autres choses, c'est qu'il ne fait pas semblant de ne pas savoir ce qu'il fait. Certains hommes jouent à ne pas comprendre, à demander des indications comme s'ils lisaient une carte routière en pleine nuit. Thomas, non. Il sait. Il sait depuis longtemps, et il y a quelque chose dans cette certitude tranquille, dans la façon dont ses mains ne tâtonnent jamais vraiment, qui me met dans un état que je serais incapable de décrire sobrement.
L'appareil finit sur la table de nuit.
Ce n'était plus le moment pour les accessoires.
Il y eut ses mains, sa bouche, le poids de lui contre moi, et cette qualité particulière du silence d'appartement en semaine, les voitures en bas de temps en temps, la minuterie du couloir qui cliqueta une fois, le monde parfaitement indifférent à ce qui se passait dans notre chambre. Nous non plus n'étions pas particulièrement silencieux, à un moment, et je pensai vaguement à la voisine du dessus, Mme Florentin, soixante-huit ans, deux chats, puis je cessai de penser à Mme Florentin.
Thomas dit mon prénom à un moment, juste mon prénom, rien d'autre, et quelque chose dans la façon dont il le dit, comme si c'était une réponse à une question qu'on n'avait pas posée, me fit fermer les yeux plus fort.
Après, on est resté sans bouger un moment. Le genre de moment où on écoute sa propre respiration se calmer. La chambre avait cette lumière de fin de soirée, orangée, la lampe de chevet encore allumée, nos vêtements quelque part sur le sol dans un ordre qui ne racontait pas une histoire très sophistiquée.
Thomas était sur le dos, un bras sous ma nuque. Je regardais le plafond. L'appareil était toujours sur la table de nuit, raisonnable et chromé, l'air parfaitement innocent.
"Ton dos", il dit enfin.
"Quoi mon dos ?"
"Ça va mieux ?"
Je réfléchis honnêtement à la question.
"Je sais plus où est mon dos."
Il rit. Ce rire-là aussi, j'aimais. Celui du dessous, le vrai.
Je me tournai vers lui. Il avait les yeux au plafond et ce sourire de quelqu'un qui est satisfait de sa soirée sans avoir besoin de le formuler.
"T'aurais pas dû t'amuser avec le niveau quatre comme ça."
"Je t'ai entendue me demander le cinq."
"J'ai rien demandé du tout."
"Tu as dit, je cite, 'encore'."
"Encore c'est pas un niveau."
"C'est une indication de direction."
Je souris malgré moi et posai la tête sur son épaule. L'appartement était calme. Quelqu'un, dans la rue, klaxonna une fois pour rien. Mme Florentin, si elle avait entendu quoi que ce soit, avait apparemment décidé de ne pas en faire une affaire.
L'appareil brillait doucement dans la lumière de la lampe. Je le regardai un moment.
"Demain, fais-moi penser à le retourner en magasin."
Thomas tourna la tête vers moi.
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