La salle des cordes
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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La salle des cordes
Temps de lecture ~ 15 min
Le couloir sent la pierre humide et quelque chose d'autre, plus doux, plus chaud, qui vient de plus loin dans le bâtiment. Elena le suit sans qu'il ait besoin de se retourner. Elle connaît le chemin maintenant, après trois semaines. Elle le connaît comme elle connaît le son de ses pas sur les dalles, réguliers, jamais pressés.
La porte en chêne. Le verrou qu'il tire derrière eux.
Elena s'arrête au centre de la pièce. Une torche à gaz vissée dans la pierre projette une lumière oblique qui mange les angles, réchauffe la couleur du chanvre suspendu aux poutres. Il y en a partout. Des cordes rangées avec soin, lovées sur elles-mêmes ou tendues entre des crampons en fer. L'odeur de la fibre végétale se mêle à celle de la cire à parquet, ancienne, épaisse, et à quelque chose d'animal qu'Elena ne saurait pas nommer.
Elle attend. C'est ça, la règle. Attendre.
Il s'approche d'elle par derrière et pose les mains sur ses épaules, pas pour la tenir, juste pour lui signifier qu'il est là. Qu'il la voit. Sa bouche contre son oreille.
"Tu es venue."
"Je suis toujours venue."
Un silence. Il déboutonne sa robe depuis la nuque, lentement, bouton par bouton, et chaque fois que ses doigts effleurent sa peau elle résiste à l'envie de se pencher en arrière contre lui. La robe tombe. Le soutien-gorge part ensuite, dégrafé d'un geste qu'il a depuis longtemps cessé d'hésiter. La culotte, il la descend lui-même le long de ses cuisses, s'agenouillant derrière elle pour qu'elle puisse l'enjamber, et quand il se relève il ne la touche pas encore.
Elena nue dans la lumière de la torche.
Elle l'entend choisir une corde, tester sa souplesse entre ses paumes. Le son du chanvre que l'on déroule est particulier, grave, textile, et chaque fois qu'elle l'entend quelque chose descend en elle depuis la gorge jusqu'au bas-ventre.
Il commence par les poignets.
Pas brutalement, c'est important, il ne l'a jamais fait brutalement. Il prend son temps pour placer la corde, vérifie l'espace entre le chanvre et le poignet, deux doigts exactement, puis il noue, défait, renoue jusqu'à obtenir la tension qu'il cherche. Immobilisant sans mordre. Elena sent la chaleur de ses mains à travers la fibre. Elle ferme les yeux.
"Respire", dit-il.
Elle respire.
La corde passe ensuite autour de ses avant-bras, remonte vers les coudes. Il travaille en silence, méthodique, et parfois il s'arrête pour poser la paume à plat contre la peau qu'il vient de contraindre, comme pour en vérifier la chaleur, comme pour s'assurer que le corps dit encore oui. Elena dit oui avec tout ce qu'elle a. Avec ses épaules qui s'ouvrent. Avec sa nuque qui se penche légèrement en avant, offrant l'accès.
Quand ses bras sont liés dans le dos, il la fait s'agenouiller.
Le carrelage est froid sous ses genoux, un froid qui contraste avec la chaleur accumulée entre ses cuisses depuis qu'elle est entrée dans la pièce, et ce contraste-là, elle ne s'y habitue pas. Elle s'y habitue chaque fois et ne s'y habitue pas. Il guide ses genoux écartés, les maintient dans la position voulue, puis il recule pour regarder. Elena le sait sans le voir. Elle perçoit son attention comme une pression sur sa peau.
"Ne bouge pas."
Elle ne bouge pas. Elle sent l'air de la salle sur ses seins, sur son ventre, entre ses jambes. Elle entend lui qui marche autour d'elle, le froissement de sa veste qu'il retire et pose sur le dossier d'une chaise. Ses chaussures contre les dalles. Il prend son temps, et le temps qu'il prend n'est pas du retard, c'est de la délibération, c'est quelque chose qu'il offre autant qu'il le prend.
La corde suivante passe autour de sa poitrine.
Deux fois, trois fois, il tresse le chanvre sous ses seins puis au-dessus, et Elena sent la compression s'installer, légère d'abord puis plus franche, qui soulève légèrement sa poitrine et la maintient offerte. Ses mamelons durcissent au contact de l'air. Il les effleure du bout du pouce, juste une fois, pas assez pour que ce soit une caresse, assez pour qu'elle s'en souvienne.
"Tu es belle à voir ainsi."
Sa voix est posée. Pas théâtrale, pas performative. Il dit ce qu'il voit, comme toujours.
La corde continue son trajet. Il l'enroule autour de sa taille, croise les fils dans son dos, revient sur le devant pour descendre entre ses jambes. La corde passe dans le creux de son sexe, pas pour l'ouvrir mais pour la traverser, et Elena laisse échapper un son qu'elle ne contrôle pas quand le chanvre frotte contre ses lèvres gonflées. Il tire légèrement sur la corde depuis l'arrière pour l'ajuster et Elena serre les dents, pas de douleur, de quelque chose qui est l'exact opposé.
Il noue. S'arrête. Pose la main dans son dos.
"Dis-moi comment tu es."
"Je suis." Elle cherche le mot. "Je suis très présente."
"Bien."
Il s'agenouille devant elle et commence à travailler ses chevilles, une par une, les fixant au sol avec des longueurs de corde tendues vers les crampons latéraux. Elena est maintenant immobile dans toutes les directions que cette immobilité a un goût dans la bouche, métal et salive, quelque chose de vif. Ses genoux sont espacés de la largeur qu'il a choisie. Elle ne peut pas les refermer. Elle ne le veut pas.
Il reste à genoux devant elle.
Ses mains remontent depuis ses chevilles jusqu'aux genoux, lentement, les pouces dans le creux de l'aine, et la pression de ses pouces à cet endroit précis lui fait fermer les yeux une seconde fois. Puis ses mains continuent, les flancs, les côtes, s'arrêtent sur la corde autour de la poitrine pour vérifier encore une fois la tension. Il est minutieux jusqu'à l'obstination. Elle aime ça.
"Regarde-moi."
Elle le regarde. Il a les yeux gris, presque sans couleur dans la lumière de la torche, et il la regarde avec une concentration qui n'a rien de froid. Il y a quelque chose de très attentif dans ses yeux qui ressemble à du soin.
Sa main droite descend depuis les côtes jusqu'au ventre, suit la corde tendue entre ses jambes, s'arrête contre son sexe. Pas pour bouger encore. Pour tenir. Pour lui faire sentir qu'il est là et qu'il sait exactement ce qu'il y a sous sa paume.
Elena retient sa respiration.
"Continue à respirer", dit-il.
Elle respire, et sa main bouge alors, lentement, deux doigts de part et d'autre de la corde qui frotte déjà, deux doigts qui écartent ses lèvres et remontent vers son clitoris et Elena entend un son dans la pièce avant de comprendre qu'il vient d'elle. Il maintient la pression, régulière, circulaire, pas rapide, et le son qu'elle fait devient quelque chose de plus long, plus grave, qui rebondit contre les murs de pierre.
Il continue. Sans varier le rythme, sans se presser.
Elena tire sur les cordes, pas pour s'échapper, par réflexe, parce que le corps cherche à se plier vers l'avant quand le plaisir monte et que les cordes ne lui laissent pas ce mouvement. L'immobilité force la sensation à rester en place, à s'accumuler, à ne pas trouver d'issue dans le geste. Elle prend conscience de chaque point de contact entre le chanvre et sa peau, les poignets, les bras, la poitrine, la corde entre les jambes, et chacun de ces points est maintenant chaud, chargé, relié aux autres par quelque chose d'électrique.
"Tu peux", dit-il à voix basse.
Et elle vient, les yeux ouverts, les yeux sur lui, le son libre dans la pièce.
Le premier orgasme est long, dense, et il ne retire pas sa main pendant. Il la laisse traverser ça entièrement, la maintient dans la vague avec la pression de ses doigts, et quand elle commence à descendre il retire sa main et attend, posé sur ses talons, les regardant reprendre leurs droits sur son visage. Elle tremble légèrement dans les cordes. Ses seins se soulèvent à chaque inspiration.
Il se lève. S'approche d'elle par le côté et pose les lèvres contre sa tempe.
"Il reste du temps", dit-il.
"Je sais."
Il défait sa chemise, la laisse sur la chaise avec la veste. Son torse est pâle dans la lumière dorée, pas très musclé mais solide, une ligne de poils sombres du sternum jusqu'au nombril. Il défait sa ceinture sans hâte. Elena le suit des yeux, la bouche légèrement ouverte. Elle voit son sexe déjà tendu sous l'étoffe du pantalon et sent la réponse dans sa gorge, quelque chose qui ressemble à de la faim.
Il s'approche d'elle debout, à quelques centimètres. Sa main sous son menton, qui relève son visage vers lui.
Elle comprend sans qu'il parle.
Il guide ses épaules vers le bas et Elena descend, les genoux retrouvant les dalles froides, les chevilles libres encore de leur corde mais les bras toujours liés dans le dos. La position la force à cambrer légèrement, à porter sa poitrine en avant, et il prend le temps de regarder ça, la courbe de son dos, la corde autour de sa poitrine, son visage levé vers lui.
Son sexe est à la hauteur de sa bouche. Elle sent l'odeur de lui, chaude, légèrement salée, la même odeur que sa nuque mais plus concentrée, plus franche.
Elle approche les lèvres sans qu'il l'y invite.
Elle le prend d'abord très doucement, juste les lèvres, en remontant le long de la face inférieure depuis la base jusqu'à la pointe, et elle l'entend reprendre sa respiration au-dessus d'elle. Sa main vient dans ses cheveux, pas pour presser, pour tenir. Pour être là.
Elena ouvre la bouche et le prend entre les lèvres.
Lentement. Elle avance, recule, avance encore, apprivoise son poids, sa chaleur, la peau très douce sur la dureté en dessous, et elle sent son sexe gonfler encore contre sa langue, cette réponse-là qu'elle ne se lasse pas de sentir. Elle referme les lèvres plus fermement et tire vers l'arrière avec une lenteur calculée, jusqu'à ce qu'il sorte de sa bouche avec un son minime.
Il laisse échapper quelque chose entre les dents.
Elle recommence. Plus profond cette fois, la langue à plat sous lui, le nez presque contre son ventre, et elle maintient la pression en remontant, les joues creusées, régulièrement, sans précipiter. Elle ne peut pas poser les mains sur lui et l'absence de ses mains concentre tout dans sa bouche, dans la langue, dans le mouvement de sa gorge. Elle sent chaque variation de sa respiration au-dessus d'elle comme un retour d'information précis.
Sa main dans ses cheveux se referme doucement.
Elena change le rythme. Plus lent, puis une poussée plus franche, puis lent encore, et elle sent ses hanches à lui qui cherchent le mouvement, qui s'y résistent, qui cèdent légèrement. Elle tourne la tête d'un côté, presse la langue contre le côté de son sexe, remonte jusqu'à la pointe qu'elle tient entre les lèvres et travaille du bout de la langue, circulaire, et il dit son nom dans la pièce d'une voix qu'elle ne lui connaît pas dans les autres heures de la journée.
Elle continue.
Profond, régulier, la gorge qui accepte, le souffle par le nez, ses bras liés qui tirent légèrement dans son dos parce qu'elle voudrait ses mains sur lui, sur ses cuisses, sur ses reins, et l'impossibilité de le faire fait peser tout son désir à elle dans sa bouche, dans l'intensité du mouvement, dans la façon dont elle le tient.
Il tend le bras, pose la paume à plat contre le mur au-dessus de sa tête.
"Elena."
Le mot signifie arrête. Ou plutôt : si tu continues… Elle entend les deux sens et s'immobilise, le tenant dans sa bouche sans bouger, juste la chaleur et la pression, et elle lève les yeux vers lui depuis le bas. Il la regarde, la mâchoire légèrement ouverte, les pommettes colorées, quelque chose de défait dans son visage qu'il ne lui montre jamais autrement.
Elle attend.
Il prend une respiration lente, contrôle quelque chose en lui, puis il tire doucement sur ses cheveux pour l’inviter à se relever.
Il s'agenouille de nouveau et libère ses chevilles. Pas ses bras, pas la corde autour de la poitrine. Il défait les nœuds des chevilles et la guide debout, une main sous son bras pour l'aider à trouver l'équilibre. Elena a les jambes légèrement instables, pas de faiblesse, du surplus de quelque chose. Il la conduit vers le mur, la retourne pour qu'elle lui fasse face, le dos contre la pierre froide qui contraste avec la chaleur de son torse contre ses seins.
Il l'embrasse.
Pas vite. Il prend sa bouche comme il a pris tout le reste, avec cette patience qui n'a rien de passif, sa main dans ses cheveux, sa langue contre la sienne, et Elena voudrait mettre ses mains sur lui mais elle ne peut pas et l'impossibilité de le faire rend le baiser plus dense, plus central, plus entier.
Sa main descend entre ses cuisses par-devant, écarte les lèvres du bout des doigts, et il la sent humide et ouverte et elle l'entend lâcher un souffle contre sa bouche. Quelque chose qui ressemble à du soulagement, ou à de la reconnaissance.
Il se redresse un peu. La regarde.
"Tourne-toi."
Elle se tourne. La joue contre la pierre, les bras liés dans le dos, les paumes vers lui. Elle l'entend finir de se déshabiller derrière elle. Sent ses mains sur ses hanches, qui l'orientent légèrement, ajustent l'angle de son bassin, et puis il entre en elle d'un seul mouvement lent qui lui arrache les yeux et lui prend tout l'air d'un coup.
Il s'immobilise.
Elle sent son front contre sa nuque, sa respiration contre sa peau. Il attend qu'elle s'accommode de lui, qu'elle respire, que le corps accepte et appelle. Elle presse les paumes contre son ventre, ce qu'elle peut. Il comprend et commence à bouger.
Lentement d'abord, se retirant presque entièrement avant de revenir, et chaque retour est précis, profond, et Elena plaque la joue plus fort contre la pierre parce qu'il faut bien tenir quelque chose. Ses hanches à lui viennent battre contre les siennes, le son de la chair, la corde autour de sa poitrine qui se tend à chaque poussée, ses seins qui frottent contre la pierre rugueuse, et l'ensemble de tout ça, les cordes, la pierre, lui en elle, produit quelque chose qui n'est plus de la pensée mais seulement de la présence.
Il accélère progressivement.
Pas d'un coup, pas par impatience. La progression est dans son bassin, dans la façon dont l'amplitude de chaque mouvement grandit légèrement, dont l'intervalle entre deux poussées se resserre. Elena sent la différence avant de pouvoir la nommer. Son corps contre le mur recule d'un millimètre à chaque impact et revient, recule et revient, la joue qui frotte contre la pierre, la paume gauche qui commence à être à vif.
Ses mains sur ses hanches ne la guident plus, elles la tiennent.
Les doigts s'enfoncent dans sa chair, pas pour faire mal, pour ne pas perdre prise, et Elena comprend qu'il ne pense plus à elle de la même façon qu'au début de la soirée. Il ne la conduit plus. Il la prend, et la nuance entre les deux est précisément ce qu'elle voulait, ce qu'elle est venue chercher ici, dans cette pièce, contre ce mur.
La corde n'a pas bougé. Elle est toujours tendue dans le creux de son sexe, ses lèvres écartées de part et d'autre du chanvre, et à chaque poussée la corde frotte, légèrement, inexorablement, et la friction s'accumule là où elle est déjà hypersensible depuis la première fois. La pierre rugueuse contre ses seins comprimés par la corde autour de la poitrine, le froid du mur contre la chaleur de sa peau, et lui en elle qui prend de la profondeur à chaque aller.
Elle entend sa propre respiration changer. Courte, syncopée, calée sur son rythme à lui.
Elle entend surtout lui. Il avait été silencieux jusque-là, ou presque, quelques souffles retenus, mais quelque chose lâche maintenant dans sa gorge. Un son grave, involontaire, qui échappe à chaque poussée franche, et Elena reconnaît dans ce son la même chose qu'elle lui avait montrée tout à l'heure depuis le sol, cette vérité qu'on ne choisit pas de donner.
Il accélère encore.
Le rythme est soutenu, profond, régulier comme une mécanique qui a trouvé son régime, et les sons dans la pièce se superposent, la chair, la respiration, le frottement des cordes, le raclement infime des semelles de ses pieds nus sur les dalles quand il prend appui. Elena a les yeux fermés. Elle ne pense plus à la pièce, aux cordes suspendues, à la torche qui baisse. Elle pense à la corde entre ses jambes et à ce qu'il y fait sans le faire exprès, à la profondeur de chaque poussée qui repousse quelque chose vers l'avant dans son ventre, quelque chose qui cherche une issue.
Sa joue contre la pierre.
Sa poitrine contre la pierre.
Ses poignets liés dans le dos qui tirent vers lui comme si les mains pouvaient encore demander quelque chose.
L'orgasme arrive sans prévenir, brutal, court, concentré dans un point unique entre ses cuisses, et Elena ne fait pas le son qu'elle avait fait la première fois. Elle le fait dans ses dents, la bouche fermée, les mâchoires serrées sur ce qui voudrait sortir, et son sexe se contracte autour de lui si fort qu'il s'immobilise une seconde, surpris, et reprend.
Reprend avec moins de retenue.
Les mains maintenant crispées, les doigts blancs sur sa hanche droite, son pouce gauche enfoncé dans le creux au-dessus de la fesse. Il a le front baissé, Elena le sent, elle sent son souffle dans sa nuque, irrégulier, qui s'emballe, et ses coups de reins perdent leur régularité pour quelque chose de plus urgent, de moins construit, de plus nu.
Il prononce un mot. Un seul, inintelligible.
Et il vient, profondément, les deux mains crispées qui l'attirent encore un centimètre vers lui, le front contre ses omoplates, le souffle arrêté une seconde puis relâché d'un bloc contre sa peau. Elle sent tout. La pression, la chaleur, les contractions de son sexe à lui qui répondent aux siennes à elle, l'onde qui traverse son corps de l'intérieur, ses doigts qui se desserrent lentement sur ses hanches sans tout à fait la lâcher.
Il reste en elle, immobile.
Leurs deux souffles dans la pièce. La torche qui crépite. La corde toujours tendue entre les jambes d'Elena, tiède maintenant, saturée de la chaleur de leurs deux corps.
Ils restent immobiles. La torche crépite. Quelque part au-delà des murs, un courant d'air fait frémir les cordes suspendues.
***
Il la libère lentement, un nœud après l'autre, en reprenant l'ordre inverse du début. La corde autour de la poitrine en dernier, et quand il la retire il passe les mains à plat sur les marques roses laissées par le chanvre, comme on efface quelque chose ou au contraire comme on s'en assure. Elena laisse faire. Elle a les bras qui fourmillent, les épaules qui s'ouvrent d'elles-mêmes comme des ailes.
Il l'enveloppe dans la couverture qu'il garde pliée sur l'étagère. La fait s'asseoir contre lui sur le sol. Lui donne à boire, eau froide dans un verre qu'il tient parce que ses mains tremblent encore un peu.
Ils ne parlent pas pendant longtemps.
La torche finit par baisser. La pierre garde la fraîcheur mais leurs deux corps joints gardent la chaleur.
"La prochaine fois", dit-elle enfin.
"Oui."
Elle ne finit pas la phrase. Il ne lui demande pas de la finir. La prochaine fois est déjà dans la pièce avec eux, présente, patiente, tendue comme une corde bien nouée.
Le couloir sent la pierre humide et quelque chose d'autre, plus doux, plus chaud, qui vient de plus loin dans le bâtiment. Elena le suit sans qu'il ait besoin de se retourner. Elle connaît le chemin maintenant, après trois semaines. Elle le connaît comme elle connaît le son de ses pas sur les dalles, réguliers, jamais pressés.
La porte en chêne. Le verrou qu'il tire derrière eux.
Elena s'arrête au centre de la pièce. Une torche à gaz vissée dans la pierre projette une lumière oblique qui mange les angles, réchauffe la couleur du chanvre suspendu aux poutres. Il y en a partout. Des cordes rangées avec soin, lovées sur elles-mêmes ou tendues entre des crampons en fer. L'odeur de la fibre végétale se mêle à celle de la cire à parquet, ancienne, épaisse, et à quelque chose d'animal qu'Elena ne saurait pas nommer.
Elle attend. C'est ça, la règle. Attendre.
Il s'approche d'elle par derrière et pose les mains sur ses épaules, pas pour la tenir, juste pour lui signifier qu'il est là. Qu'il la voit. Sa bouche contre son oreille.
"Tu es venue."
"Je suis toujours venue."
Un silence. Il déboutonne sa robe depuis la nuque, lentement, bouton par bouton, et chaque fois que ses doigts effleurent sa peau elle résiste à l'envie de se pencher en arrière contre lui. La robe tombe. Le soutien-gorge part ensuite, dégrafé d'un geste qu'il a depuis longtemps cessé d'hésiter. La culotte, il la descend lui-même le long de ses cuisses, s'agenouillant derrière elle pour qu'elle puisse l'enjamber, et quand il se relève il ne la touche pas encore.
Elena nue dans la lumière de la torche.
Elle l'entend choisir une corde, tester sa souplesse entre ses paumes. Le son du chanvre que l'on déroule est particulier, grave, textile, et chaque fois qu'elle l'entend quelque chose descend en elle depuis la gorge jusqu'au bas-ventre.
Il commence par les poignets.
Pas brutalement, c'est important, il ne l'a jamais fait brutalement. Il prend son temps pour placer la corde, vérifie l'espace entre le chanvre et le poignet, deux doigts exactement, puis il noue, défait, renoue jusqu'à obtenir la tension qu'il cherche. Immobilisant sans mordre. Elena sent la chaleur de ses mains à travers la fibre. Elle ferme les yeux.
"Respire", dit-il.
Elle respire.
La corde passe ensuite autour de ses avant-bras, remonte vers les coudes. Il travaille en silence, méthodique, et parfois il s'arrête pour poser la paume à plat contre la peau qu'il vient de contraindre, comme pour en vérifier la chaleur, comme pour s'assurer que le corps dit encore oui. Elena dit oui avec tout ce qu'elle a. Avec ses épaules qui s'ouvrent. Avec sa nuque qui se penche légèrement en avant, offrant l'accès.
Quand ses bras sont liés dans le dos, il la fait s'agenouiller.
Le carrelage est froid sous ses genoux, un froid qui contraste avec la chaleur accumulée entre ses cuisses depuis qu'elle est entrée dans la pièce, et ce contraste-là, elle ne s'y habitue pas. Elle s'y habitue chaque fois et ne s'y habitue pas. Il guide ses genoux écartés, les maintient dans la position voulue, puis il recule pour regarder. Elena le sait sans le voir. Elle perçoit son attention comme une pression sur sa peau.
"Ne bouge pas."
Elle ne bouge pas. Elle sent l'air de la salle sur ses seins, sur son ventre, entre ses jambes. Elle entend lui qui marche autour d'elle, le froissement de sa veste qu'il retire et pose sur le dossier d'une chaise. Ses chaussures contre les dalles. Il prend son temps, et le temps qu'il prend n'est pas du retard, c'est de la délibération, c'est quelque chose qu'il offre autant qu'il le prend.
La corde suivante passe autour de sa poitrine.
Deux fois, trois fois, il tresse le chanvre sous ses seins puis au-dessus, et Elena sent la compression s'installer, légère d'abord puis plus franche, qui soulève légèrement sa poitrine et la maintient offerte. Ses mamelons durcissent au contact de l'air. Il les effleure du bout du pouce, juste une fois, pas assez pour que ce soit une caresse, assez pour qu'elle s'en souvienne.
"Tu es belle à voir ainsi."
Sa voix est posée. Pas théâtrale, pas performative. Il dit ce qu'il voit, comme toujours.
La corde continue son trajet. Il l'enroule autour de sa taille, croise les fils dans son dos, revient sur le devant pour descendre entre ses jambes. La corde passe dans le creux de son sexe, pas pour l'ouvrir mais pour la traverser, et Elena laisse échapper un son qu'elle ne contrôle pas quand le chanvre frotte contre ses lèvres gonflées. Il tire légèrement sur la corde depuis l'arrière pour l'ajuster et Elena serre les dents, pas de douleur, de quelque chose qui est l'exact opposé.
Il noue. S'arrête. Pose la main dans son dos.
"Dis-moi comment tu es."
"Je suis." Elle cherche le mot. "Je suis très présente."
"Bien."
Il s'agenouille devant elle et commence à travailler ses chevilles, une par une, les fixant au sol avec des longueurs de corde tendues vers les crampons latéraux. Elena est maintenant immobile dans toutes les directions que cette immobilité a un goût dans la bouche, métal et salive, quelque chose de vif. Ses genoux sont espacés de la largeur qu'il a choisie. Elle ne peut pas les refermer. Elle ne le veut pas.
Il reste à genoux devant elle.
Ses mains remontent depuis ses chevilles jusqu'aux genoux, lentement, les pouces dans le creux de l'aine, et la pression de ses pouces à cet endroit précis lui fait fermer les yeux une seconde fois. Puis ses mains continuent, les flancs, les côtes, s'arrêtent sur la corde autour de la poitrine pour vérifier encore une fois la tension. Il est minutieux jusqu'à l'obstination. Elle aime ça.
"Regarde-moi."
Elle le regarde. Il a les yeux gris, presque sans couleur dans la lumière de la torche, et il la regarde avec une concentration qui n'a rien de froid. Il y a quelque chose de très attentif dans ses yeux qui ressemble à du soin.
Sa main droite descend depuis les côtes jusqu'au ventre, suit la corde tendue entre ses jambes, s'arrête contre son sexe. Pas pour bouger encore. Pour tenir. Pour lui faire sentir qu'il est là et qu'il sait exactement ce qu'il y a sous sa paume.
Elena retient sa respiration.
"Continue à respirer", dit-il.
Elle respire, et sa main bouge alors, lentement, deux doigts de part et d'autre de la corde qui frotte déjà, deux doigts qui écartent ses lèvres et remontent vers son clitoris et Elena entend un son dans la pièce avant de comprendre qu'il vient d'elle. Il maintient la pression, régulière, circulaire, pas rapide, et le son qu'elle fait devient quelque chose de plus long, plus grave, qui rebondit contre les murs de pierre.
Il continue. Sans varier le rythme, sans se presser.
Elena tire sur les cordes, pas pour s'échapper, par réflexe, parce que le corps cherche à se plier vers l'avant quand le plaisir monte et que les cordes ne lui laissent pas ce mouvement. L'immobilité force la sensation à rester en place, à s'accumuler, à ne pas trouver d'issue dans le geste. Elle prend conscience de chaque point de contact entre le chanvre et sa peau, les poignets, les bras, la poitrine, la corde entre les jambes, et chacun de ces points est maintenant chaud, chargé, relié aux autres par quelque chose d'électrique.
"Tu peux", dit-il à voix basse.
Et elle vient, les yeux ouverts, les yeux sur lui, le son libre dans la pièce.
Le premier orgasme est long, dense, et il ne retire pas sa main pendant. Il la laisse traverser ça entièrement, la maintient dans la vague avec la pression de ses doigts, et quand elle commence à descendre il retire sa main et attend, posé sur ses talons, les regardant reprendre leurs droits sur son visage. Elle tremble légèrement dans les cordes. Ses seins se soulèvent à chaque inspiration.
Il se lève. S'approche d'elle par le côté et pose les lèvres contre sa tempe.
"Il reste du temps", dit-il.
"Je sais."
Il défait sa chemise, la laisse sur la chaise avec la veste. Son torse est pâle dans la lumière dorée, pas très musclé mais solide, une ligne de poils sombres du sternum jusqu'au nombril. Il défait sa ceinture sans hâte. Elena le suit des yeux, la bouche légèrement ouverte. Elle voit son sexe déjà tendu sous l'étoffe du pantalon et sent la réponse dans sa gorge, quelque chose qui ressemble à de la faim.
Il s'approche d'elle debout, à quelques centimètres. Sa main sous son menton, qui relève son visage vers lui.
Elle comprend sans qu'il parle.
Il guide ses épaules vers le bas et Elena descend, les genoux retrouvant les dalles froides, les chevilles libres encore de leur corde mais les bras toujours liés dans le dos. La position la force à cambrer légèrement, à porter sa poitrine en avant, et il prend le temps de regarder ça, la courbe de son dos, la corde autour de sa poitrine, son visage levé vers lui.
Son sexe est à la hauteur de sa bouche. Elle sent l'odeur de lui, chaude, légèrement salée, la même odeur que sa nuque mais plus concentrée, plus franche.
Elle approche les lèvres sans qu'il l'y invite.
Elle le prend d'abord très doucement, juste les lèvres, en remontant le long de la face inférieure depuis la base jusqu'à la pointe, et elle l'entend reprendre sa respiration au-dessus d'elle. Sa main vient dans ses cheveux, pas pour presser, pour tenir. Pour être là.
Elena ouvre la bouche et le prend entre les lèvres.
Lentement. Elle avance, recule, avance encore, apprivoise son poids, sa chaleur, la peau très douce sur la dureté en dessous, et elle sent son sexe gonfler encore contre sa langue, cette réponse-là qu'elle ne se lasse pas de sentir. Elle referme les lèvres plus fermement et tire vers l'arrière avec une lenteur calculée, jusqu'à ce qu'il sorte de sa bouche avec un son minime.
Il laisse échapper quelque chose entre les dents.
Elle recommence. Plus profond cette fois, la langue à plat sous lui, le nez presque contre son ventre, et elle maintient la pression en remontant, les joues creusées, régulièrement, sans précipiter. Elle ne peut pas poser les mains sur lui et l'absence de ses mains concentre tout dans sa bouche, dans la langue, dans le mouvement de sa gorge. Elle sent chaque variation de sa respiration au-dessus d'elle comme un retour d'information précis.
Sa main dans ses cheveux se referme doucement.
Elena change le rythme. Plus lent, puis une poussée plus franche, puis lent encore, et elle sent ses hanches à lui qui cherchent le mouvement, qui s'y résistent, qui cèdent légèrement. Elle tourne la tête d'un côté, presse la langue contre le côté de son sexe, remonte jusqu'à la pointe qu'elle tient entre les lèvres et travaille du bout de la langue, circulaire, et il dit son nom dans la pièce d'une voix qu'elle ne lui connaît pas dans les autres heures de la journée.
Elle continue.
Profond, régulier, la gorge qui accepte, le souffle par le nez, ses bras liés qui tirent légèrement dans son dos parce qu'elle voudrait ses mains sur lui, sur ses cuisses, sur ses reins, et l'impossibilité de le faire fait peser tout son désir à elle dans sa bouche, dans l'intensité du mouvement, dans la façon dont elle le tient.
Il tend le bras, pose la paume à plat contre le mur au-dessus de sa tête.
"Elena."
Le mot signifie arrête. Ou plutôt : si tu continues… Elle entend les deux sens et s'immobilise, le tenant dans sa bouche sans bouger, juste la chaleur et la pression, et elle lève les yeux vers lui depuis le bas. Il la regarde, la mâchoire légèrement ouverte, les pommettes colorées, quelque chose de défait dans son visage qu'il ne lui montre jamais autrement.
Elle attend.
Il prend une respiration lente, contrôle quelque chose en lui, puis il tire doucement sur ses cheveux pour l’inviter à se relever.
Il s'agenouille de nouveau et libère ses chevilles. Pas ses bras, pas la corde autour de la poitrine. Il défait les nœuds des chevilles et la guide debout, une main sous son bras pour l'aider à trouver l'équilibre. Elena a les jambes légèrement instables, pas de faiblesse, du surplus de quelque chose. Il la conduit vers le mur, la retourne pour qu'elle lui fasse face, le dos contre la pierre froide qui contraste avec la chaleur de son torse contre ses seins.
Il l'embrasse.
Pas vite. Il prend sa bouche comme il a pris tout le reste, avec cette patience qui n'a rien de passif, sa main dans ses cheveux, sa langue contre la sienne, et Elena voudrait mettre ses mains sur lui mais elle ne peut pas et l'impossibilité de le faire rend le baiser plus dense, plus central, plus entier.
Sa main descend entre ses cuisses par-devant, écarte les lèvres du bout des doigts, et il la sent humide et ouverte et elle l'entend lâcher un souffle contre sa bouche. Quelque chose qui ressemble à du soulagement, ou à de la reconnaissance.
Il se redresse un peu. La regarde.
"Tourne-toi."
Elle se tourne. La joue contre la pierre, les bras liés dans le dos, les paumes vers lui. Elle l'entend finir de se déshabiller derrière elle. Sent ses mains sur ses hanches, qui l'orientent légèrement, ajustent l'angle de son bassin, et puis il entre en elle d'un seul mouvement lent qui lui arrache les yeux et lui prend tout l'air d'un coup.
Il s'immobilise.
Elle sent son front contre sa nuque, sa respiration contre sa peau. Il attend qu'elle s'accommode de lui, qu'elle respire, que le corps accepte et appelle. Elle presse les paumes contre son ventre, ce qu'elle peut. Il comprend et commence à bouger.
Lentement d'abord, se retirant presque entièrement avant de revenir, et chaque retour est précis, profond, et Elena plaque la joue plus fort contre la pierre parce qu'il faut bien tenir quelque chose. Ses hanches à lui viennent battre contre les siennes, le son de la chair, la corde autour de sa poitrine qui se tend à chaque poussée, ses seins qui frottent contre la pierre rugueuse, et l'ensemble de tout ça, les cordes, la pierre, lui en elle, produit quelque chose qui n'est plus de la pensée mais seulement de la présence.
Il accélère progressivement.
Pas d'un coup, pas par impatience. La progression est dans son bassin, dans la façon dont l'amplitude de chaque mouvement grandit légèrement, dont l'intervalle entre deux poussées se resserre. Elena sent la différence avant de pouvoir la nommer. Son corps contre le mur recule d'un millimètre à chaque impact et revient, recule et revient, la joue qui frotte contre la pierre, la paume gauche qui commence à être à vif.
Ses mains sur ses hanches ne la guident plus, elles la tiennent.
Les doigts s'enfoncent dans sa chair, pas pour faire mal, pour ne pas perdre prise, et Elena comprend qu'il ne pense plus à elle de la même façon qu'au début de la soirée. Il ne la conduit plus. Il la prend, et la nuance entre les deux est précisément ce qu'elle voulait, ce qu'elle est venue chercher ici, dans cette pièce, contre ce mur.
La corde n'a pas bougé. Elle est toujours tendue dans le creux de son sexe, ses lèvres écartées de part et d'autre du chanvre, et à chaque poussée la corde frotte, légèrement, inexorablement, et la friction s'accumule là où elle est déjà hypersensible depuis la première fois. La pierre rugueuse contre ses seins comprimés par la corde autour de la poitrine, le froid du mur contre la chaleur de sa peau, et lui en elle qui prend de la profondeur à chaque aller.
Elle entend sa propre respiration changer. Courte, syncopée, calée sur son rythme à lui.
Elle entend surtout lui. Il avait été silencieux jusque-là, ou presque, quelques souffles retenus, mais quelque chose lâche maintenant dans sa gorge. Un son grave, involontaire, qui échappe à chaque poussée franche, et Elena reconnaît dans ce son la même chose qu'elle lui avait montrée tout à l'heure depuis le sol, cette vérité qu'on ne choisit pas de donner.
Il accélère encore.
Le rythme est soutenu, profond, régulier comme une mécanique qui a trouvé son régime, et les sons dans la pièce se superposent, la chair, la respiration, le frottement des cordes, le raclement infime des semelles de ses pieds nus sur les dalles quand il prend appui. Elena a les yeux fermés. Elle ne pense plus à la pièce, aux cordes suspendues, à la torche qui baisse. Elle pense à la corde entre ses jambes et à ce qu'il y fait sans le faire exprès, à la profondeur de chaque poussée qui repousse quelque chose vers l'avant dans son ventre, quelque chose qui cherche une issue.
Sa joue contre la pierre.
Sa poitrine contre la pierre.
Ses poignets liés dans le dos qui tirent vers lui comme si les mains pouvaient encore demander quelque chose.
L'orgasme arrive sans prévenir, brutal, court, concentré dans un point unique entre ses cuisses, et Elena ne fait pas le son qu'elle avait fait la première fois. Elle le fait dans ses dents, la bouche fermée, les mâchoires serrées sur ce qui voudrait sortir, et son sexe se contracte autour de lui si fort qu'il s'immobilise une seconde, surpris, et reprend.
Reprend avec moins de retenue.
Les mains maintenant crispées, les doigts blancs sur sa hanche droite, son pouce gauche enfoncé dans le creux au-dessus de la fesse. Il a le front baissé, Elena le sent, elle sent son souffle dans sa nuque, irrégulier, qui s'emballe, et ses coups de reins perdent leur régularité pour quelque chose de plus urgent, de moins construit, de plus nu.
Il prononce un mot. Un seul, inintelligible.
Et il vient, profondément, les deux mains crispées qui l'attirent encore un centimètre vers lui, le front contre ses omoplates, le souffle arrêté une seconde puis relâché d'un bloc contre sa peau. Elle sent tout. La pression, la chaleur, les contractions de son sexe à lui qui répondent aux siennes à elle, l'onde qui traverse son corps de l'intérieur, ses doigts qui se desserrent lentement sur ses hanches sans tout à fait la lâcher.
Il reste en elle, immobile.
Leurs deux souffles dans la pièce. La torche qui crépite. La corde toujours tendue entre les jambes d'Elena, tiède maintenant, saturée de la chaleur de leurs deux corps.
Ils restent immobiles. La torche crépite. Quelque part au-delà des murs, un courant d'air fait frémir les cordes suspendues.
***
Il la libère lentement, un nœud après l'autre, en reprenant l'ordre inverse du début. La corde autour de la poitrine en dernier, et quand il la retire il passe les mains à plat sur les marques roses laissées par le chanvre, comme on efface quelque chose ou au contraire comme on s'en assure. Elena laisse faire. Elle a les bras qui fourmillent, les épaules qui s'ouvrent d'elles-mêmes comme des ailes.
Il l'enveloppe dans la couverture qu'il garde pliée sur l'étagère. La fait s'asseoir contre lui sur le sol. Lui donne à boire, eau froide dans un verre qu'il tient parce que ses mains tremblent encore un peu.
Ils ne parlent pas pendant longtemps.
La torche finit par baisser. La pierre garde la fraîcheur mais leurs deux corps joints gardent la chaleur.
"La prochaine fois", dit-elle enfin.
"Oui."
Elle ne finit pas la phrase. Il ne lui demande pas de la finir. La prochaine fois est déjà dans la pièce avec eux, présente, patiente, tendue comme une corde bien nouée.
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