Elias et Marco (Partie 3/3)
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Elias et Marco (Partie 3/3)
Jours 12 à 20 - Ce qui mûrit lentement
Les jours qui suivirent la séance eurent une qualité particulière, comme l'air avant l'orage, chargé de quelque chose qui n'avait pas encore trouvé sa forme.
Ils travaillèrent chacun dans leur atelier avec une intensité nouvelle. Léa produisit en une semaine ce qu'elle n'avait pas réussi à faire en plusieurs mois, des pièces longues et asymétriques qui ne ressemblaient à rien de ce qu'elle avait fait avant, des formes qui cherchaient quelque chose sans savoir quoi. Elias passa des nuits entières dans la salle de musique. La musique qui montait jusqu'aux chambres avait changé de nature, plus ample, plus habitée, avec des basses qui faisaient vibrer les vieilles fenêtres. Marco développa des tirages qu'il n'accrocha pas au mur mais rangea dans des chemises, comme s'il n'était pas encore prêt à les regarder vraiment.
Ils se retrouvaient aux repas, sur la terrasse le soir, avec la bouteille et le froid qui avançait. Ils parlaient différemment qu'au début, sans les prudences du premier soir, avec des lacunes et des reprises qui ressemblaient aux compositions d'Elias. Marco se mit à rire parfois, un rire court et surpris, comme si le rire lui arrivait dessus avant qu'il ait eu le temps de se préparer. Elias cassa moins de choses.
Léa les regardait l'un et l'autre avec cette attention douce qu'elle avait, et quelque chose en elle s'était légèrement rouvert, comme une fenêtre qu'on décoince après un hiver.
Ils ne se retrouvèrent pas seuls ensemble, pas de cette façon-là, pendant ces jours. Pas par accord explicite. Parce que quelque chose attendait son moment.
***
Le vingtième jour, les vignerons du domaine voisin envoyèrent un message à Federica. La vendange pour les deux dernières parcelles, le lendemain, les bras supplémentaires étaient les bienvenus.
Federica leur transmit l'invitation au dîner. Elias dit oui immédiatement. Marco dit pourquoi pas, ce qui revenait au même. Léa dit qu'elle n'avait jamais vendangé.
— Personne ne naît en sachant vendanger, dit Elias.
Marco lui resservit du vin sans commentaire.
***
Jour 21 - La vendange
Ils partirent à l'aube, dans le froid bleu du matin, par le chemin qui montait derrière la villa entre les murs de pierres sèches. La vigne sentait déjà le sucre et la terre mouillée. Les collines en face étaient dans la brume.
Le travail était physique et simple. Les sécateurs, les grappes lourdes, les hottes qui s'alourdissaient. Léa apprit vite, les gestes qui économisent les poignets, la façon de tenir la grappe par en dessous avant de couper. Elle avait des mains habituées à la matière, ça se voyait.
Elias travaillait vite et mal, trop enthousiaste, il coupait des raisins pas mûrs et chantonnait quelque chose qu'il était le seul à entendre. Marco travaillait lentement et bien, une rangée nette derrière lui, les yeux qui revenaient régulièrement sur Léa ou sur le paysage avec la même expression attentive.
À midi, le vigneron sortit une longue table devant la cave, du pain, du fromage, de la charcuterie, et des pichets d'un vin nouveau tiré directement de la cuve, trouble et frais et légèrement sucré. Ils mangèrent avec les autres vendangeurs, des gens du village pour la plupart, des familles, des vieux qui connaissaient les gestes depuis l'enfance.
Elias but trop, allègrement et sans s'en cacher. Marco but moins mais régulièrement. Léa but lentement, en tenant le verre à deux mains, les avant-bras tachés de jus violet jusqu'aux coudes.
Le vigneron leur en remplit les bouteilles à emporter.
Ils rentrèrent à la villa en fin d'après-midi, les muscles fatigués, les vêtements imprégnés de cette odeur de raisin écrasé et de terre chaude qui ne part pas facilement. La lumière était basse et orange sur le lac. Quelques barques à l'ancre, immobiles. Le silence de la fin du jour.
Dans l'escalier, Elias s'arrêta sur le palier du premier et dit qu'il allait se doucher. Marco continua jusqu'au deuxième. Léa monta jusqu'à sa chambre sous les toits.
Elle posa la bouteille de vin sur le bureau, face à la fenêtre sur le lac. Elle resta là un moment, les paumes à plat sur le bois du bureau, à regarder l'eau et les collines qui noircissaient.
Elle n'alluma pas la lumière.
***
Ils montèrent tous les deux.
Elias frappa d'abord, la tête dans l'encadrement, les cheveux encore humides de la douche. Elle était assise sur le bord du lit, le pull de la vendange encore sur elle, et elle lui fit signe d'entrer sans parler. Il entra. S'assit à côté d'elle.
Marco arriva deux minutes après, s'arrêta dans l'embrasure, les vit tous les deux, et entra lui aussi. Il s'appuya contre le bureau, les bras croisés, les yeux qui faisaient le tour de la pièce, la fenêtre, le lac, Léa.
La chambre était sombre, juste la lumière du dehors, le lac et les étoiles, et les collines noires en face.
— On ouvre le vin ? dit Elias.
— Plus tard, dit Léa.
***
Ce qui se passa ensuite fut lent, et ne ressembla à rien de ce qui avait précédé.
Marco quitta le bureau, vint s'asseoir de l'autre côté de Léa. Ils étaient tous les trois sur le bord du lit, épaule contre épaule, et personne ne parlait, et le lac brillait dans la fenêtre ouverte avec l'odeur de la vendange qui montait encore des collines.
Elias tourna la tête vers elle. L'embrassa sur la tempe, doucement, un baiser qui ne voulait rien d'autre qu'être là. Puis sur la joue. Puis sur la commissure des lèvres, et elle tourna la tête vers lui et l'embrassa vraiment, les yeux fermés, une main de lui dans ses cheveux.
Marco, à côté d'elle, posa la bouche dans son cou. Pas comme une prise, comme une présence. Ses lèvres sur la peau tiède, le souffle lent, et sa main qui remontait le long de son dos sous le pull.
Elle les sentit tous les deux en même temps et quelque chose en elle s'ouvrit sans résistance, comme une pièce qu'on n'a pas visitée depuis longtemps et dont on retrouve la clé.
Ils la déshabillèrent ensemble, dans la pénombre, sans se presser. Le pull d'abord, Elias qui le soulevait par le bas pendant que Marco défaisait l'attache du soutien-gorge dans le dos, le tissu qui tombait. Elle était nue jusqu'à la ceinture entre eux deux, et les deux hommes s'arrêtèrent une seconde, et elle sentit leurs regards sur elle dans l'obscurité comme une chaleur physique.
Elias posa les lèvres sur son épaule, descendit le long de son bras, pendant que ses mains à lui trouvaient la ceinture de son jean, la défirent sans hâte. Marco de l'autre côté fit glisser le tissu sur ses hanches, les paumes à plat sur sa peau, suivant la courbe des hanches vers les cuisses, et le jean tomba sur le parquet avec un bruit sourd. Elle posa une main sur l'épaule de chacun pour garder l'équilibre et se dégagea du tissu, les pieds nus sur le bois froid.
Elle était entièrement nue entre eux deux encore habillés, et cette asymétrie-là était elle-même une forme de désir, être vue ainsi, dans la lumière du lac, par ces deux regards différents qui la prenaient différemment.
***
Ils la firent allonger sur le lit.
Elle s'y posa comme quelque chose de précieux qu'on repose, et elle les regarda dans la lumière du lac.
Marco s'écarta légèrement pour se déshabiller. Elle l'observa, la chemise qu'il déboutonna depuis le col, méthodiquement, le torse qui apparut dans la pénombre, plus mince qu'Elias, les épaules étroites et précises. Il plia sa chemise, la posa sur le dossier de la chaise, et elle sourit dans le noir. Il défit son pantalon, le plia aussi, et elle ne dit rien cette fois mais quelque chose dans sa poitrine se serra avec tendresse.
Elias se déshabilla autrement, le tee-shirt arraché par le col d'un seul geste, la ceinture défaite à la hâte, le pantalon et le caleçon ensemble, et il était debout nu avec ses grandes épaules et ses mains qui ne savaient pas quoi faire, sauf qu'elles savaient parfaitement, et il le prouvait déjà en revenant vers elle.
Elias rit. La tension qui restait dans la pièce s'en alla avec ce rire.
***
Ils prirent leur temps.
Marco s'allongea à sa gauche, Elias à sa droite, et leurs bouches trouvèrent leurs chemins sur son corps comme s'ils avaient eu le temps d'apprendre, et c'était le cas, au fond, chacun à sa façon, chacun avec ce qu'il savait d'elle. Marco dans son cou et sur ses épaules, précis et lent. Elias sur ses seins, la langue et les lèvres, ce qu'il savait qui la faisait cambrer.
Ses mains à elle sur leurs corps, une paume sur le torse de Marco, une sur la nuque d'Elias, et elle les sentait tous les deux contre elle, la chaleur de leurs peaux, leurs respirations différentes, et c'était plein, c'était plein d'une façon qu'elle n'avait pas connue.
Marco descendit le long de son ventre, les lèvres sur sa peau, pendant qu'Elias remontait vers sa bouche et l'embrassait longuement, la main dans ses cheveux défaits sur l'oreiller. La bouche de Marco trouva son sexe et elle rompit le baiser avec Elias pour reprendre son souffle, les hanches qui se soulevaient légèrement du matelas.
Marco la prit avec la langue sans se presser, attentif à chaque variation de sa respiration, construisant quelque chose avec la patience tranquille qu'il mettait à tout ce qu'il faisait. Sa bouche sur son sexe, les lèvres, la langue qui revenait sur le clitoris avec une pression douce et régulière, et deux doigts en elle, lentement, qui cherchaient et trouvèrent.
Elle sentit le plaisir se rassembler depuis le bas du ventre, se concentrer, et elle ne fit rien pour le retenir.
Ses doigts se serrèrent dans les cheveux de Marco, pas pour guider, pour tenir, pour avoir quelque chose de réel entre les mains pendant que tout le reste devenait flou. Sa respiration se cassa en deux ou trois sons courts et involontaires. Ses hanches se soulevèrent du matelas, cherchant la bouche de Marco qui ne lâcha pas, qui maintint la pression exacte, les doigts en elle qui s'incurvèrent légèrement au moment où elle bascula.
Elle vint longtemps, les talons dans le matelas, le dos arqué, la nuque tendue, les sons qu'elle faisait sans les contrôler dans la chambre sombre. Elias lui tenait l'épaule d'une main ferme, une présence ancrée pendant que son corps se soulevait et retombait par vagues, et de l'autre main il lui caressait les cheveux, le front, avec une douceur qui contrastait avec l'intensité de ce qu'elle traversait et qui lui permit de le traverser entièrement.
Marco attendit qu'elle soit au bout avant de retirer sa bouche, lentement, les lèvres encore sur sa peau.
***
Elle attrapa Elias par la nuque et l'attira sur elle.
Il la pénétra lentement, les deux paumes posées de part et d'autre de son visage, et la regarda alors qi’il entrait en elle, et elle le regarda regarder, et il n'y avait rien de caché dans leurs deux visages dans la pénombre. Il bougea avec le rythme qu'elle lui donnait par ses hanches, par ses mains sur son dos, et la chambre se remplit de leur respiration mêlée, du craquement ancien du parquet sous le lit, de l'odeur de la vendange qui entrait encore par la fenêtre.
Marco était allongé à côté d'eux, une main sur le dos de Léa, présent sans s'imposer, et elle tourna la tête vers lui, chercha sa bouche, l'embrassa pendant qu'Elias se mouvait en elle. Marco répondit au baiser avec une intensité retenue qui avait dans la gorge un son bref et sourd.
Elle fit signe à Marco de se lever. Se retourna. Se mit à genoux sur le lit.
Elias se plaça derrière elle, les mains sur ses hanches, la pénétra à nouveau dans cette position, plus profond, et elle laissa sa tête tomber en avant avec un son long. Marco s'agenouilla devant elle sur le lit, son sexe au niveau de son visage, et elle le prit dans sa main d'abord, le temps de reprendre son souffle, puis dans sa bouche.
Elle les avait tous les deux, Elias dans son dos qui prenait son rythme, les mains sur ses hanches, et Marco devant elle, les cuisses contre ses paumes, une main légère dans ses cheveux. Le lit craquait sous eux. La fenêtre laissait entrer le froid du lac et les étoiles et l'odeur des grappes écrasées.
Elle bougea entre eux deux, trouvant l'équilibre instable de cette position, s'y ancrant progressivement. Ses sons sur le sexe de Marco n'étaient plus tout à fait contrôlés. Ses hanches répondaient à Elias avec une franchise sans retenue. Elle sentait le plaisir s'assembler en elle depuis plusieurs endroits à la fois, quelque chose de plus diffus et de plus profond que ce qu'elle connaissait.
Elias ralentit. Se pencha sur elle, les lèvres sur sa nuque, un murmure contre sa peau.
— Dis-moi ce que tu veux.
Elle lâcha Marco un instant, la joue contre sa cuisse.
— Tout, dit-elle. Tout ce que vous voulez bien me donner.
Marco s'allongea sur le dos. Elle vint le chevaucher, les genoux de part et d'autre de ses hanches, et le prit en elle lentement, les paumes sur son torse, le dos cambré. Il la tint par les hanches, les pouces sur ses crêtes iliaques, et la regarda au-dessus de lui avec ce regard qu'il réservait aux choses qu'il voulait garder.
Elias derrière elle. Sa main dans ses cheveux d'abord, doucement, puis sur son dos, puis ses doigts qui descendaient le long de sa colonne vertébrale, plus bas, et elle comprit ce qu'il demandait et inclina légèrement le bassin en signe de réponse.
Il prit le temps qu'il fallait. Ses doigts d'abord, patients et attentifs, et elle respirait lentement, laissait son corps décider, et Marco en dessous d'elle ne bougeait plus, les mains sur ses hanches, la regardait, et ce double regard des deux hommes sur elle dans l'obscurité était lui-même une forme de plaisir.
Quand Elias entra en elle, lentement, par degrés, elle s'arrêta de respirer une seconde puis expira par la bouche, longtemps, les paumes à plat sur la poitrine de Marco. La sensation était totale, sans espace laissé vide, une plénitude physique qui débordait sur autre chose, quelque chose qui n'avait pas de nom dans le vocabulaire ordinaire des corps.
Ils restèrent immobiles tous les trois, le temps de s'ajuster, de trouver la grammaire commune.
Puis ils bougèrent.
***
Ce fut long.
Elias et Marco trouvèrent leur rythme sans se concerter, alternant, se répondant, et elle entre eux n'avait plus à faire autre chose que recevoir et donner, et les deux choses étaient devenues la même. Ses gémissements emplissaient la chambre, libres, sans retenue, des sons qu'elle ne s'était jamais entendus faire. Les mains de Marco sur ses seins. La bouche d'Elias dans son cou. Le lac dans la fenêtre et les étoiles et le froid dehors et la chaleur dedans.
Elle vint une deuxième fois, longuement, portée par le mouvement conjugué des deux hommes en elle, leurs rythmes qui s'étaient accordés sans se consulter, Elias profond et régulier dans son dos, Marco qui la tenait par les hanches et soulevait légèrement le bassin à chaque poussée pour trouver l'angle qui lui arrachait un son.
Le plaisir ne ressembla pas à ce qu'elle avait connu jusque-là, pas une vague qui monte et se brise, plutôt quelque chose qui s'ouvrait par cercles concentriques depuis le centre de son ventre, gagnait ses cuisses, sa nuque, le bout de ses doigts. Elle entendit sa propre voix sans la reconnaître, un cri long et sans retenue qui emplit la chambre, et son corps se contracta sur les deux sexes qui l'habitaient, une pression involontaire et répétée qui fit ralentir les deux hommes malgré eux, submergés par ce qu'elle leur donnait sans le vouloir.
Elle ne sut plus très bien, dans ces secondes-là, où elle finissait et où ils commençaient, ni ce qui appartenait à qui, ni si ce qui débordait en elle venait d'elle ou d'eux ou des trois à la fois.
Ils changèrent encore. Marco assis contre la tête de lit, elle sur lui face à lui, les jambes autour de sa taille, leurs fronts l'un contre l'autre. Elias derrière, sa poitrine dans son dos. Ils la tinrent ainsi entre eux comme quelque chose de précieux et de vivant, et cette fois le mouvement fut plus lent, plus intérieur, presque silencieux.
Marco vint en premier.
Elle le sentit se contracter en elle, les bras qui se resserraient autour de sa taille, et sa respiration qui se cassait contre sa tempe en un souffle long et chaud, son prénom dit à voix très basse, presque pour lui seul. Son sexe pulsait en elle par vagues, et elle le tint serré entre ses cuisses pour recevoir tout ce qu'il donnait, la chaleur qui se répandait au fond d'elle, et ses hanches à lui qui continuaient à bouger par réflexe, doucement, jusqu'au bout.
Elias suivit quelques secondes après, la nuque tendue en arrière, les doigts refermés sur les hanches de Léa avec une pression qui laisserait des marques légères le lendemain. Un son profond et long monta dans sa gorge, pas un mot, quelque chose de plus ancien, et elle le sentit se répandre en elle à son tour, dans ce lieu différent et tout aussi intime, par pulsations profondes qui résonnaient jusqu'au ventre.
Elle était entre eux deux qui finissaient, portée par leurs deux corps encore en elle, et ce fut suffisant pour la faire basculer une dernière fois, une vague longue et sans bord qui ne ressemblait pas aux précédentes, moins brusque, plus totale, qui partait du centre et gagnait les membres jusqu'au bout des doigts, et se retira ensuite lentement, lentement, comme la mer qui abandonne le rivage sans vraiment le quitter.
***
Ils restèrent tous les trois allongés, le drap tiré jusqu'aux épaules, Léa entre eux dans la chambre sous les toits. Leur respiration se calma ensemble, par paliers, et le silence revint progressivement, un silence plein, habité, différent de tous les silences qui avaient précédé.
Le lac brillait dans la fenêtre ouverte. Les collines noires de l'autre rive. Une barque, quelque part, dont on entendait le moteur s'éloigner puis disparaître.
Elias tendit le bras, attrapa la bouteille de vin sur le bureau sans se lever, un équilibre acrobatique et improbable qui fit rire Léa à voix basse.
— Je l'ai eu, dit-il.
Il n'y avait pas de verres. Ils burent à la bouteille, l'un après l'autre, le vin de la vendange, le vin nouveau, trouble et légèrement sucré, avec le goût de la terre et des grappes et du soleil de septembre.
Marco but le dernier, reposa la bouteille sur le parquet à côté du lit, et resta les yeux au plafond, les mains sur le ventre.
Il n'avait pas rangé sa chemise. Elle était par terre avec le reste.
Léa ferma les yeux. Elle sentait la chaleur des deux hommes de chaque côté, leurs respirations qui s'approfondissaient vers le sommeil, et son propre corps qui s'alourdissait, et quelque chose en elle qui n'était pas encore guéri mais qui avait trouvé, ce soir, une direction.
Elle s'endormit avant eux.
Jour 22 - Le dernier matin
Ils avaient chacun fait leurs valises la veille, séparément, dans leurs chambres respectives. C'était une façon comme une autre de se préparer, de remettre les choses dans leurs contenants, de replier ce qu'on avait déplié.
Le matin du vingt deuxième jour était clair et froid. Le lac brillait comme du métal poli sous un ciel sans nuages, le genre de ciel qui ne promet rien et tient tout. Federica avait préparé un dernier petit-déjeuner sur la terrasse, du pain, de la confiture de figues, du café fort, avec une attention discrète qui ressemblait à une façon de dire au revoir sans le dire.
Ils mangèrent lentement, les trois, sans beaucoup parler. Elias tint sa tasse à deux mains comme Léa le faisait depuis le premier matin, sans s'en rendre compte. Marco regardait le lac avec l'expression de quelqu'un qui mémorise, qui cadre une dernière fois sans appareil.
Federica sortit à un moment avec trois petites enveloppes, les photos de groupe du premier soir, tirées par la résidence pour les archives. Ils les regardèrent ensemble, penchés sur la même image. Trois inconnus autour d'une table, raides et polis, avec des sourires de circonstance et des yeux encore étrangers les uns aux autres.
— On avait l'air de quoi, dit Elias.
— De gens qui ne se connaissaient pas, dit Léa.
— C'était il y a trois semaines, dit Marco.
Personne ne répondit. C'était suffisant.
***
Les taxis-bateaux étaient commandés pour dix heures. Elias partait vers Milan pour prendre un vol pour Berlin. Marco remontait en voiture vers la ville. Léa prenait le train depuis Varenna, direction Paris via Lausanne, avec ses céramiques emballées dans du papier journal et sa valise qui pesait exactement le même poids qu'à l'arrivée mais différemment, comme si la répartition avait changé à l'intérieur.
Ils descendirent les valises ensemble, sur le ponton, dans le froid du matin qui sentait le lac et les algues et la fumée de bois des maisons d'en face.
Marco glissa à Léa une enveloppe kraft sans rien dire. Elle l'ouvrit. Un tirage en noir et blanc, petit format, soigneusement encadré dans du carton. Elle sur le canapé de la salle de musique, endormie, la tête légèrement de côté, une main ouverte sur le coussin. Une image d'avant tout, une image d'elle seule dans la pénombre, avec sur le visage cette expression qu'elle avait vue sur l'écran le premier jour et qu'elle n'avait pas reconnue, quelqu'un de vivant, quelqu'un de présent même dans le sommeil.
Elle resta longtemps à la regarder.
— Quand est-ce que tu l'as faite ?
— Le cinquième soir. tu t’étais endormie après.
Elle leva les yeux vers lui. Il soutint son regard avec cette immobilité qui n'était plus tout à fait la même qu'au début, quelque chose de légèrement entrouvert dedans.
Elle prit son visage entre les deux mains et l'embrassa, longuement, sur le ponton dans le froid, sans se soucier d'Elias qui était à deux mètres et qui regardait le lac avec beaucoup de concentration.
***
Elias avait sa clé USB. Il la sortit de la poche de sa veste, la tint entre le pouce et l'index.
— C'est tout le séjour, dit-il. Enfin. Ce que j'ai réussi à finir.
— Il y a combien de temps de musique ?
— Quarante-deux minutes. Je ne sais pas encore si c'est trop long ou pas assez.
— C'est exactement assez, dit-elle.
Il sourit, le grand sourire, mais avec quelque chose de tranquille dedans qu'il n'avait pas au début, comme si le sourire avait trouvé un fond sur lequel s'appuyer.
Il l'embrassa sur le front. Puis sur la bouche, brièvement, avec ses grandes mains sur ses épaules. Puis il recula et regarda Marco et les deux hommes se regardèrent une seconde, ce regard qu'ils avaient maintenant, direct et sans fard, deux hommes qui ont partagé quelque chose d'indicible et qui n'ont pas besoin de le nommer.
Ils se serrèrent la main. La retinrent une seconde de trop. Ce fut suffisant.
***
Le premier taxi-bateau arriva pour Elias. Il chargea sa valise, sa caisse de partitions, son étui de clavier, avec le même désordre joyeux qu'à l'arrivée, sauf qu'il ne renversa rien. Il monta à bord, se retourna, leva la main.
Le bateau s'éloigna sur le lac dans la lumière du matin.
Le second arriva dix minutes après pour Marco. Il chargea ses affaires avec économie, un sac, les étuis d'appareils, une pochette de tirages soigneusement calée sous le bras. Il se retourna vers Léa sur le ponton.
— Tu fais une exposition, tu m'appelles.
— Et si je ne fais pas d'exposition ?
— Tu m'appelles quand même.
Il monta. Le bateau démarra. Il ne se retourna pas, mais elle vit sa main se lever brièvement au-dessus du plat-bord, une fois, sans se retourner, et elle trouva que c'était exactement la façon dont Marco dirait au revoir.
***
Elle resta seule sur le ponton.
Le lac était calme, à peine ridé par le sillage des deux bateaux qui divergeaient vers des directions opposées. Les collines de l'autre rive dans la lumière de dix heures, le jaune des vignes après la vendange, le vert sombre des cyprès. La villa dans son dos, les volets verts, la façade ocre, Federica qui agitait la main depuis la terrasse.
Son taxi-bateau n'arrivait que dans vingt minutes.
Elle s'assit sur sa valise, la clé USB dans une main, le tirage de Marco dans l'autre, et elle resta là à regarder le lac qui ne promettait rien et tenait tout. Le froid sur ses joues. L'odeur de l'eau et de la pierre mouillée. Quelque part sur les collines, les vendangeurs au travail dans les dernières parcelles.
Elle pensa à Thomas, brièvement, comme on pense à une douleur ancienne pour vérifier qu'elle est bien là, et la douleur était là, mais plus petite, rangée à sa juste place, une cicatrice et non plus une fracture ouverte.
Elle pensa à l'argile sous ses mains, aux pièces sur les étagères de l'atelier qui l'attendaient pour être expédiées à Paris, ces formes longues et asymétriques qui cherchaient quelque chose et qui avaient trouvé, finalement, sans qu'elle sache exactement quand.
Elle mit la clé USB dans la poche de sa veste. Glissa le tirage dans son sac avec soin, entre deux chemises rigides pour qu'il ne se plie pas.
Elle sortit ses écouteurs. Chercha le fichier dans sa poche.
Léa, 21 jours.
Elle appuya sur lecture.
La musique commença, la ligne de piano simple et un peu boiteuse du premier soir, celle qu'Elias avait abandonnée deux ans plus tôt et retrouvée, mais différente maintenant, avec un fond, avec des graves, avec quelque chose qui savait où aller.
Le taxi-bateau arriva dans le bruit de son moteur, les vagues courtes contre le ponton, le batelier qui prenait les amarres.
Elle chargea ses affaires, monta à bord, s'assit à la proue dans le vent froid.
Elle ne se retourna pas vers la villa.
Ou si, une fois, juste avant que le bateau vire et que la ligne des cyprès cache la façade ocre et les volets verts. Une fois, pour voir, le ponton vide dans la lumière du matin, les cercles dans l'eau là où les deux autres bateaux étaient passés avant le sien.
Puis elle remit les yeux sur le lac devant elle, et la musique dans ses oreilles, et quelque chose dans sa poitrine qui n'était pas encore bonheur mais qui en prenait la direction.
Les jours qui suivirent la séance eurent une qualité particulière, comme l'air avant l'orage, chargé de quelque chose qui n'avait pas encore trouvé sa forme.
Ils travaillèrent chacun dans leur atelier avec une intensité nouvelle. Léa produisit en une semaine ce qu'elle n'avait pas réussi à faire en plusieurs mois, des pièces longues et asymétriques qui ne ressemblaient à rien de ce qu'elle avait fait avant, des formes qui cherchaient quelque chose sans savoir quoi. Elias passa des nuits entières dans la salle de musique. La musique qui montait jusqu'aux chambres avait changé de nature, plus ample, plus habitée, avec des basses qui faisaient vibrer les vieilles fenêtres. Marco développa des tirages qu'il n'accrocha pas au mur mais rangea dans des chemises, comme s'il n'était pas encore prêt à les regarder vraiment.
Ils se retrouvaient aux repas, sur la terrasse le soir, avec la bouteille et le froid qui avançait. Ils parlaient différemment qu'au début, sans les prudences du premier soir, avec des lacunes et des reprises qui ressemblaient aux compositions d'Elias. Marco se mit à rire parfois, un rire court et surpris, comme si le rire lui arrivait dessus avant qu'il ait eu le temps de se préparer. Elias cassa moins de choses.
Léa les regardait l'un et l'autre avec cette attention douce qu'elle avait, et quelque chose en elle s'était légèrement rouvert, comme une fenêtre qu'on décoince après un hiver.
Ils ne se retrouvèrent pas seuls ensemble, pas de cette façon-là, pendant ces jours. Pas par accord explicite. Parce que quelque chose attendait son moment.
***
Le vingtième jour, les vignerons du domaine voisin envoyèrent un message à Federica. La vendange pour les deux dernières parcelles, le lendemain, les bras supplémentaires étaient les bienvenus.
Federica leur transmit l'invitation au dîner. Elias dit oui immédiatement. Marco dit pourquoi pas, ce qui revenait au même. Léa dit qu'elle n'avait jamais vendangé.
— Personne ne naît en sachant vendanger, dit Elias.
Marco lui resservit du vin sans commentaire.
***
Jour 21 - La vendange
Ils partirent à l'aube, dans le froid bleu du matin, par le chemin qui montait derrière la villa entre les murs de pierres sèches. La vigne sentait déjà le sucre et la terre mouillée. Les collines en face étaient dans la brume.
Le travail était physique et simple. Les sécateurs, les grappes lourdes, les hottes qui s'alourdissaient. Léa apprit vite, les gestes qui économisent les poignets, la façon de tenir la grappe par en dessous avant de couper. Elle avait des mains habituées à la matière, ça se voyait.
Elias travaillait vite et mal, trop enthousiaste, il coupait des raisins pas mûrs et chantonnait quelque chose qu'il était le seul à entendre. Marco travaillait lentement et bien, une rangée nette derrière lui, les yeux qui revenaient régulièrement sur Léa ou sur le paysage avec la même expression attentive.
À midi, le vigneron sortit une longue table devant la cave, du pain, du fromage, de la charcuterie, et des pichets d'un vin nouveau tiré directement de la cuve, trouble et frais et légèrement sucré. Ils mangèrent avec les autres vendangeurs, des gens du village pour la plupart, des familles, des vieux qui connaissaient les gestes depuis l'enfance.
Elias but trop, allègrement et sans s'en cacher. Marco but moins mais régulièrement. Léa but lentement, en tenant le verre à deux mains, les avant-bras tachés de jus violet jusqu'aux coudes.
Le vigneron leur en remplit les bouteilles à emporter.
Ils rentrèrent à la villa en fin d'après-midi, les muscles fatigués, les vêtements imprégnés de cette odeur de raisin écrasé et de terre chaude qui ne part pas facilement. La lumière était basse et orange sur le lac. Quelques barques à l'ancre, immobiles. Le silence de la fin du jour.
Dans l'escalier, Elias s'arrêta sur le palier du premier et dit qu'il allait se doucher. Marco continua jusqu'au deuxième. Léa monta jusqu'à sa chambre sous les toits.
Elle posa la bouteille de vin sur le bureau, face à la fenêtre sur le lac. Elle resta là un moment, les paumes à plat sur le bois du bureau, à regarder l'eau et les collines qui noircissaient.
Elle n'alluma pas la lumière.
***
Ils montèrent tous les deux.
Elias frappa d'abord, la tête dans l'encadrement, les cheveux encore humides de la douche. Elle était assise sur le bord du lit, le pull de la vendange encore sur elle, et elle lui fit signe d'entrer sans parler. Il entra. S'assit à côté d'elle.
Marco arriva deux minutes après, s'arrêta dans l'embrasure, les vit tous les deux, et entra lui aussi. Il s'appuya contre le bureau, les bras croisés, les yeux qui faisaient le tour de la pièce, la fenêtre, le lac, Léa.
La chambre était sombre, juste la lumière du dehors, le lac et les étoiles, et les collines noires en face.
— On ouvre le vin ? dit Elias.
— Plus tard, dit Léa.
***
Ce qui se passa ensuite fut lent, et ne ressembla à rien de ce qui avait précédé.
Marco quitta le bureau, vint s'asseoir de l'autre côté de Léa. Ils étaient tous les trois sur le bord du lit, épaule contre épaule, et personne ne parlait, et le lac brillait dans la fenêtre ouverte avec l'odeur de la vendange qui montait encore des collines.
Elias tourna la tête vers elle. L'embrassa sur la tempe, doucement, un baiser qui ne voulait rien d'autre qu'être là. Puis sur la joue. Puis sur la commissure des lèvres, et elle tourna la tête vers lui et l'embrassa vraiment, les yeux fermés, une main de lui dans ses cheveux.
Marco, à côté d'elle, posa la bouche dans son cou. Pas comme une prise, comme une présence. Ses lèvres sur la peau tiède, le souffle lent, et sa main qui remontait le long de son dos sous le pull.
Elle les sentit tous les deux en même temps et quelque chose en elle s'ouvrit sans résistance, comme une pièce qu'on n'a pas visitée depuis longtemps et dont on retrouve la clé.
Ils la déshabillèrent ensemble, dans la pénombre, sans se presser. Le pull d'abord, Elias qui le soulevait par le bas pendant que Marco défaisait l'attache du soutien-gorge dans le dos, le tissu qui tombait. Elle était nue jusqu'à la ceinture entre eux deux, et les deux hommes s'arrêtèrent une seconde, et elle sentit leurs regards sur elle dans l'obscurité comme une chaleur physique.
Elias posa les lèvres sur son épaule, descendit le long de son bras, pendant que ses mains à lui trouvaient la ceinture de son jean, la défirent sans hâte. Marco de l'autre côté fit glisser le tissu sur ses hanches, les paumes à plat sur sa peau, suivant la courbe des hanches vers les cuisses, et le jean tomba sur le parquet avec un bruit sourd. Elle posa une main sur l'épaule de chacun pour garder l'équilibre et se dégagea du tissu, les pieds nus sur le bois froid.
Elle était entièrement nue entre eux deux encore habillés, et cette asymétrie-là était elle-même une forme de désir, être vue ainsi, dans la lumière du lac, par ces deux regards différents qui la prenaient différemment.
***
Ils la firent allonger sur le lit.
Elle s'y posa comme quelque chose de précieux qu'on repose, et elle les regarda dans la lumière du lac.
Marco s'écarta légèrement pour se déshabiller. Elle l'observa, la chemise qu'il déboutonna depuis le col, méthodiquement, le torse qui apparut dans la pénombre, plus mince qu'Elias, les épaules étroites et précises. Il plia sa chemise, la posa sur le dossier de la chaise, et elle sourit dans le noir. Il défit son pantalon, le plia aussi, et elle ne dit rien cette fois mais quelque chose dans sa poitrine se serra avec tendresse.
Elias se déshabilla autrement, le tee-shirt arraché par le col d'un seul geste, la ceinture défaite à la hâte, le pantalon et le caleçon ensemble, et il était debout nu avec ses grandes épaules et ses mains qui ne savaient pas quoi faire, sauf qu'elles savaient parfaitement, et il le prouvait déjà en revenant vers elle.
Elias rit. La tension qui restait dans la pièce s'en alla avec ce rire.
***
Ils prirent leur temps.
Marco s'allongea à sa gauche, Elias à sa droite, et leurs bouches trouvèrent leurs chemins sur son corps comme s'ils avaient eu le temps d'apprendre, et c'était le cas, au fond, chacun à sa façon, chacun avec ce qu'il savait d'elle. Marco dans son cou et sur ses épaules, précis et lent. Elias sur ses seins, la langue et les lèvres, ce qu'il savait qui la faisait cambrer.
Ses mains à elle sur leurs corps, une paume sur le torse de Marco, une sur la nuque d'Elias, et elle les sentait tous les deux contre elle, la chaleur de leurs peaux, leurs respirations différentes, et c'était plein, c'était plein d'une façon qu'elle n'avait pas connue.
Marco descendit le long de son ventre, les lèvres sur sa peau, pendant qu'Elias remontait vers sa bouche et l'embrassait longuement, la main dans ses cheveux défaits sur l'oreiller. La bouche de Marco trouva son sexe et elle rompit le baiser avec Elias pour reprendre son souffle, les hanches qui se soulevaient légèrement du matelas.
Marco la prit avec la langue sans se presser, attentif à chaque variation de sa respiration, construisant quelque chose avec la patience tranquille qu'il mettait à tout ce qu'il faisait. Sa bouche sur son sexe, les lèvres, la langue qui revenait sur le clitoris avec une pression douce et régulière, et deux doigts en elle, lentement, qui cherchaient et trouvèrent.
Elle sentit le plaisir se rassembler depuis le bas du ventre, se concentrer, et elle ne fit rien pour le retenir.
Ses doigts se serrèrent dans les cheveux de Marco, pas pour guider, pour tenir, pour avoir quelque chose de réel entre les mains pendant que tout le reste devenait flou. Sa respiration se cassa en deux ou trois sons courts et involontaires. Ses hanches se soulevèrent du matelas, cherchant la bouche de Marco qui ne lâcha pas, qui maintint la pression exacte, les doigts en elle qui s'incurvèrent légèrement au moment où elle bascula.
Elle vint longtemps, les talons dans le matelas, le dos arqué, la nuque tendue, les sons qu'elle faisait sans les contrôler dans la chambre sombre. Elias lui tenait l'épaule d'une main ferme, une présence ancrée pendant que son corps se soulevait et retombait par vagues, et de l'autre main il lui caressait les cheveux, le front, avec une douceur qui contrastait avec l'intensité de ce qu'elle traversait et qui lui permit de le traverser entièrement.
Marco attendit qu'elle soit au bout avant de retirer sa bouche, lentement, les lèvres encore sur sa peau.
***
Elle attrapa Elias par la nuque et l'attira sur elle.
Il la pénétra lentement, les deux paumes posées de part et d'autre de son visage, et la regarda alors qi’il entrait en elle, et elle le regarda regarder, et il n'y avait rien de caché dans leurs deux visages dans la pénombre. Il bougea avec le rythme qu'elle lui donnait par ses hanches, par ses mains sur son dos, et la chambre se remplit de leur respiration mêlée, du craquement ancien du parquet sous le lit, de l'odeur de la vendange qui entrait encore par la fenêtre.
Marco était allongé à côté d'eux, une main sur le dos de Léa, présent sans s'imposer, et elle tourna la tête vers lui, chercha sa bouche, l'embrassa pendant qu'Elias se mouvait en elle. Marco répondit au baiser avec une intensité retenue qui avait dans la gorge un son bref et sourd.
Elle fit signe à Marco de se lever. Se retourna. Se mit à genoux sur le lit.
Elias se plaça derrière elle, les mains sur ses hanches, la pénétra à nouveau dans cette position, plus profond, et elle laissa sa tête tomber en avant avec un son long. Marco s'agenouilla devant elle sur le lit, son sexe au niveau de son visage, et elle le prit dans sa main d'abord, le temps de reprendre son souffle, puis dans sa bouche.
Elle les avait tous les deux, Elias dans son dos qui prenait son rythme, les mains sur ses hanches, et Marco devant elle, les cuisses contre ses paumes, une main légère dans ses cheveux. Le lit craquait sous eux. La fenêtre laissait entrer le froid du lac et les étoiles et l'odeur des grappes écrasées.
Elle bougea entre eux deux, trouvant l'équilibre instable de cette position, s'y ancrant progressivement. Ses sons sur le sexe de Marco n'étaient plus tout à fait contrôlés. Ses hanches répondaient à Elias avec une franchise sans retenue. Elle sentait le plaisir s'assembler en elle depuis plusieurs endroits à la fois, quelque chose de plus diffus et de plus profond que ce qu'elle connaissait.
Elias ralentit. Se pencha sur elle, les lèvres sur sa nuque, un murmure contre sa peau.
— Dis-moi ce que tu veux.
Elle lâcha Marco un instant, la joue contre sa cuisse.
— Tout, dit-elle. Tout ce que vous voulez bien me donner.
Marco s'allongea sur le dos. Elle vint le chevaucher, les genoux de part et d'autre de ses hanches, et le prit en elle lentement, les paumes sur son torse, le dos cambré. Il la tint par les hanches, les pouces sur ses crêtes iliaques, et la regarda au-dessus de lui avec ce regard qu'il réservait aux choses qu'il voulait garder.
Elias derrière elle. Sa main dans ses cheveux d'abord, doucement, puis sur son dos, puis ses doigts qui descendaient le long de sa colonne vertébrale, plus bas, et elle comprit ce qu'il demandait et inclina légèrement le bassin en signe de réponse.
Il prit le temps qu'il fallait. Ses doigts d'abord, patients et attentifs, et elle respirait lentement, laissait son corps décider, et Marco en dessous d'elle ne bougeait plus, les mains sur ses hanches, la regardait, et ce double regard des deux hommes sur elle dans l'obscurité était lui-même une forme de plaisir.
Quand Elias entra en elle, lentement, par degrés, elle s'arrêta de respirer une seconde puis expira par la bouche, longtemps, les paumes à plat sur la poitrine de Marco. La sensation était totale, sans espace laissé vide, une plénitude physique qui débordait sur autre chose, quelque chose qui n'avait pas de nom dans le vocabulaire ordinaire des corps.
Ils restèrent immobiles tous les trois, le temps de s'ajuster, de trouver la grammaire commune.
Puis ils bougèrent.
***
Ce fut long.
Elias et Marco trouvèrent leur rythme sans se concerter, alternant, se répondant, et elle entre eux n'avait plus à faire autre chose que recevoir et donner, et les deux choses étaient devenues la même. Ses gémissements emplissaient la chambre, libres, sans retenue, des sons qu'elle ne s'était jamais entendus faire. Les mains de Marco sur ses seins. La bouche d'Elias dans son cou. Le lac dans la fenêtre et les étoiles et le froid dehors et la chaleur dedans.
Elle vint une deuxième fois, longuement, portée par le mouvement conjugué des deux hommes en elle, leurs rythmes qui s'étaient accordés sans se consulter, Elias profond et régulier dans son dos, Marco qui la tenait par les hanches et soulevait légèrement le bassin à chaque poussée pour trouver l'angle qui lui arrachait un son.
Le plaisir ne ressembla pas à ce qu'elle avait connu jusque-là, pas une vague qui monte et se brise, plutôt quelque chose qui s'ouvrait par cercles concentriques depuis le centre de son ventre, gagnait ses cuisses, sa nuque, le bout de ses doigts. Elle entendit sa propre voix sans la reconnaître, un cri long et sans retenue qui emplit la chambre, et son corps se contracta sur les deux sexes qui l'habitaient, une pression involontaire et répétée qui fit ralentir les deux hommes malgré eux, submergés par ce qu'elle leur donnait sans le vouloir.
Elle ne sut plus très bien, dans ces secondes-là, où elle finissait et où ils commençaient, ni ce qui appartenait à qui, ni si ce qui débordait en elle venait d'elle ou d'eux ou des trois à la fois.
Ils changèrent encore. Marco assis contre la tête de lit, elle sur lui face à lui, les jambes autour de sa taille, leurs fronts l'un contre l'autre. Elias derrière, sa poitrine dans son dos. Ils la tinrent ainsi entre eux comme quelque chose de précieux et de vivant, et cette fois le mouvement fut plus lent, plus intérieur, presque silencieux.
Marco vint en premier.
Elle le sentit se contracter en elle, les bras qui se resserraient autour de sa taille, et sa respiration qui se cassait contre sa tempe en un souffle long et chaud, son prénom dit à voix très basse, presque pour lui seul. Son sexe pulsait en elle par vagues, et elle le tint serré entre ses cuisses pour recevoir tout ce qu'il donnait, la chaleur qui se répandait au fond d'elle, et ses hanches à lui qui continuaient à bouger par réflexe, doucement, jusqu'au bout.
Elias suivit quelques secondes après, la nuque tendue en arrière, les doigts refermés sur les hanches de Léa avec une pression qui laisserait des marques légères le lendemain. Un son profond et long monta dans sa gorge, pas un mot, quelque chose de plus ancien, et elle le sentit se répandre en elle à son tour, dans ce lieu différent et tout aussi intime, par pulsations profondes qui résonnaient jusqu'au ventre.
Elle était entre eux deux qui finissaient, portée par leurs deux corps encore en elle, et ce fut suffisant pour la faire basculer une dernière fois, une vague longue et sans bord qui ne ressemblait pas aux précédentes, moins brusque, plus totale, qui partait du centre et gagnait les membres jusqu'au bout des doigts, et se retira ensuite lentement, lentement, comme la mer qui abandonne le rivage sans vraiment le quitter.
***
Ils restèrent tous les trois allongés, le drap tiré jusqu'aux épaules, Léa entre eux dans la chambre sous les toits. Leur respiration se calma ensemble, par paliers, et le silence revint progressivement, un silence plein, habité, différent de tous les silences qui avaient précédé.
Le lac brillait dans la fenêtre ouverte. Les collines noires de l'autre rive. Une barque, quelque part, dont on entendait le moteur s'éloigner puis disparaître.
Elias tendit le bras, attrapa la bouteille de vin sur le bureau sans se lever, un équilibre acrobatique et improbable qui fit rire Léa à voix basse.
— Je l'ai eu, dit-il.
Il n'y avait pas de verres. Ils burent à la bouteille, l'un après l'autre, le vin de la vendange, le vin nouveau, trouble et légèrement sucré, avec le goût de la terre et des grappes et du soleil de septembre.
Marco but le dernier, reposa la bouteille sur le parquet à côté du lit, et resta les yeux au plafond, les mains sur le ventre.
Il n'avait pas rangé sa chemise. Elle était par terre avec le reste.
Léa ferma les yeux. Elle sentait la chaleur des deux hommes de chaque côté, leurs respirations qui s'approfondissaient vers le sommeil, et son propre corps qui s'alourdissait, et quelque chose en elle qui n'était pas encore guéri mais qui avait trouvé, ce soir, une direction.
Elle s'endormit avant eux.
Jour 22 - Le dernier matin
Ils avaient chacun fait leurs valises la veille, séparément, dans leurs chambres respectives. C'était une façon comme une autre de se préparer, de remettre les choses dans leurs contenants, de replier ce qu'on avait déplié.
Le matin du vingt deuxième jour était clair et froid. Le lac brillait comme du métal poli sous un ciel sans nuages, le genre de ciel qui ne promet rien et tient tout. Federica avait préparé un dernier petit-déjeuner sur la terrasse, du pain, de la confiture de figues, du café fort, avec une attention discrète qui ressemblait à une façon de dire au revoir sans le dire.
Ils mangèrent lentement, les trois, sans beaucoup parler. Elias tint sa tasse à deux mains comme Léa le faisait depuis le premier matin, sans s'en rendre compte. Marco regardait le lac avec l'expression de quelqu'un qui mémorise, qui cadre une dernière fois sans appareil.
Federica sortit à un moment avec trois petites enveloppes, les photos de groupe du premier soir, tirées par la résidence pour les archives. Ils les regardèrent ensemble, penchés sur la même image. Trois inconnus autour d'une table, raides et polis, avec des sourires de circonstance et des yeux encore étrangers les uns aux autres.
— On avait l'air de quoi, dit Elias.
— De gens qui ne se connaissaient pas, dit Léa.
— C'était il y a trois semaines, dit Marco.
Personne ne répondit. C'était suffisant.
***
Les taxis-bateaux étaient commandés pour dix heures. Elias partait vers Milan pour prendre un vol pour Berlin. Marco remontait en voiture vers la ville. Léa prenait le train depuis Varenna, direction Paris via Lausanne, avec ses céramiques emballées dans du papier journal et sa valise qui pesait exactement le même poids qu'à l'arrivée mais différemment, comme si la répartition avait changé à l'intérieur.
Ils descendirent les valises ensemble, sur le ponton, dans le froid du matin qui sentait le lac et les algues et la fumée de bois des maisons d'en face.
Marco glissa à Léa une enveloppe kraft sans rien dire. Elle l'ouvrit. Un tirage en noir et blanc, petit format, soigneusement encadré dans du carton. Elle sur le canapé de la salle de musique, endormie, la tête légèrement de côté, une main ouverte sur le coussin. Une image d'avant tout, une image d'elle seule dans la pénombre, avec sur le visage cette expression qu'elle avait vue sur l'écran le premier jour et qu'elle n'avait pas reconnue, quelqu'un de vivant, quelqu'un de présent même dans le sommeil.
Elle resta longtemps à la regarder.
— Quand est-ce que tu l'as faite ?
— Le cinquième soir. tu t’étais endormie après.
Elle leva les yeux vers lui. Il soutint son regard avec cette immobilité qui n'était plus tout à fait la même qu'au début, quelque chose de légèrement entrouvert dedans.
Elle prit son visage entre les deux mains et l'embrassa, longuement, sur le ponton dans le froid, sans se soucier d'Elias qui était à deux mètres et qui regardait le lac avec beaucoup de concentration.
***
Elias avait sa clé USB. Il la sortit de la poche de sa veste, la tint entre le pouce et l'index.
— C'est tout le séjour, dit-il. Enfin. Ce que j'ai réussi à finir.
— Il y a combien de temps de musique ?
— Quarante-deux minutes. Je ne sais pas encore si c'est trop long ou pas assez.
— C'est exactement assez, dit-elle.
Il sourit, le grand sourire, mais avec quelque chose de tranquille dedans qu'il n'avait pas au début, comme si le sourire avait trouvé un fond sur lequel s'appuyer.
Il l'embrassa sur le front. Puis sur la bouche, brièvement, avec ses grandes mains sur ses épaules. Puis il recula et regarda Marco et les deux hommes se regardèrent une seconde, ce regard qu'ils avaient maintenant, direct et sans fard, deux hommes qui ont partagé quelque chose d'indicible et qui n'ont pas besoin de le nommer.
Ils se serrèrent la main. La retinrent une seconde de trop. Ce fut suffisant.
***
Le premier taxi-bateau arriva pour Elias. Il chargea sa valise, sa caisse de partitions, son étui de clavier, avec le même désordre joyeux qu'à l'arrivée, sauf qu'il ne renversa rien. Il monta à bord, se retourna, leva la main.
Le bateau s'éloigna sur le lac dans la lumière du matin.
Le second arriva dix minutes après pour Marco. Il chargea ses affaires avec économie, un sac, les étuis d'appareils, une pochette de tirages soigneusement calée sous le bras. Il se retourna vers Léa sur le ponton.
— Tu fais une exposition, tu m'appelles.
— Et si je ne fais pas d'exposition ?
— Tu m'appelles quand même.
Il monta. Le bateau démarra. Il ne se retourna pas, mais elle vit sa main se lever brièvement au-dessus du plat-bord, une fois, sans se retourner, et elle trouva que c'était exactement la façon dont Marco dirait au revoir.
***
Elle resta seule sur le ponton.
Le lac était calme, à peine ridé par le sillage des deux bateaux qui divergeaient vers des directions opposées. Les collines de l'autre rive dans la lumière de dix heures, le jaune des vignes après la vendange, le vert sombre des cyprès. La villa dans son dos, les volets verts, la façade ocre, Federica qui agitait la main depuis la terrasse.
Son taxi-bateau n'arrivait que dans vingt minutes.
Elle s'assit sur sa valise, la clé USB dans une main, le tirage de Marco dans l'autre, et elle resta là à regarder le lac qui ne promettait rien et tenait tout. Le froid sur ses joues. L'odeur de l'eau et de la pierre mouillée. Quelque part sur les collines, les vendangeurs au travail dans les dernières parcelles.
Elle pensa à Thomas, brièvement, comme on pense à une douleur ancienne pour vérifier qu'elle est bien là, et la douleur était là, mais plus petite, rangée à sa juste place, une cicatrice et non plus une fracture ouverte.
Elle pensa à l'argile sous ses mains, aux pièces sur les étagères de l'atelier qui l'attendaient pour être expédiées à Paris, ces formes longues et asymétriques qui cherchaient quelque chose et qui avaient trouvé, finalement, sans qu'elle sache exactement quand.
Elle mit la clé USB dans la poche de sa veste. Glissa le tirage dans son sac avec soin, entre deux chemises rigides pour qu'il ne se plie pas.
Elle sortit ses écouteurs. Chercha le fichier dans sa poche.
Léa, 21 jours.
Elle appuya sur lecture.
La musique commença, la ligne de piano simple et un peu boiteuse du premier soir, celle qu'Elias avait abandonnée deux ans plus tôt et retrouvée, mais différente maintenant, avec un fond, avec des graves, avec quelque chose qui savait où aller.
Le taxi-bateau arriva dans le bruit de son moteur, les vagues courtes contre le ponton, le batelier qui prenait les amarres.
Elle chargea ses affaires, monta à bord, s'assit à la proue dans le vent froid.
Elle ne se retourna pas vers la villa.
Ou si, une fois, juste avant que le bateau vire et que la ligne des cyprès cache la façade ocre et les volets verts. Une fois, pour voir, le ponton vide dans la lumière du matin, les cercles dans l'eau là où les deux autres bateaux étaient passés avant le sien.
Puis elle remit les yeux sur le lac devant elle, et la musique dans ses oreilles, et quelque chose dans sa poitrine qui n'était pas encore bonheur mais qui en prenait la direction.
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