Horloges
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Horloges
La nuit s’abat sur la serre, perchée au sommet d’un immeuble administratif délaissé, quelque part au cœur de la ville qui palpite en contrebas. Les vitres, embuées par la chaleur tropicale qu’abrite cet endroit improbable, emprisonnent un monde à part : des plantes aux feuilles larges et luisantes, des palmiers nains aux troncs noueux, des fougères qui déploient leurs volutes comme des invitations paresseuses.
Et partout, des horloges. Des horloges de toutes sortes, récupérées on ne sait où, suspendues à des branches tordues, posées sur des étagères rouillées, empilées en tas désordonnés au pied des pots. Grandes horloges de parquet aux aiguilles figées, réveille-matin aux cadrans ébréchés, montres de poche ouvertes comme des cœurs mécaniques.
Elles tiquent, taquent, sonnent, vibrent à des rythmes discordants, un chaos temporel qui rend impossible toute notion d’heure précise. Le temps ici n’avance pas, il tournoie, se cogne, s’entrechoque, comme si la serre elle-même refusait de se soumettre à une marche linéaire.
« Tu entends ça ? murmure-t-il enfin, d’une voix basse qui se fond dans le tic-tac. On dirait que le monde entier bat la chamade là-dessous. »
Je suis là depuis un moment déjà, assise sur un transat de jardin rouillé, les pieds nus dans la terre humide qui colle à mes chevilles, imprègne ma peau d’une fraîcheur sombre. Ma robe légère, celle en coton fin qui moule mes cuisses quand l’air se charge d’humidité, remonte un peu sur mes jambes.
L’odeur est lourde, entêtante : terre remuée, feuilles en décomposition, un fond sucré de fleurs fanées mêlé à l’haleine métallique des horloges. Ça pulse, ce lieu, comme un organisme vivant, et moi, je m’y fonds, attentive à chaque frémissement.
« Ouais, je réponds doucement, les yeux mi-clos. Ça pulse en moi aussi. Viens plus près, si tu veux. »
J’entends la porte grincer avant de le voir, ce bruit rauque qui déchire le tic-tac incessant. Il arrive, en retard ou en avance, qui pourrait le dire dans ce désordre horloger ? Chemise à moitié boutonnée, laissant entrevoir la ligne sombre de poils sur son torse, cravate enroulée autour de son poignet comme un bracelet improvisé, un talisman absurde. Il avance entre les allées étroites, bouscule une feuille au passage, et nos regards se croisent sans mots superflus. Un sourire, plutôt un rictus complice, un défi muet.
On ne se salue pas vraiment. Les mots seraient de trop dans cet espace où tout bruit compte double. Il s’arrête à quelques pas, attrape un arrosoir posé sur une étagère bancale, percé de trous minuscules. Je me lève, pieds glissants dans la boue tiède, et le lui prends maladroitement. L’eau jaillit en filets irréguliers, éclabousse sa chemise déjà froissée. Une tache sombre s’étale sur le tissu clair, épouse les contours de ses pectoraux, descend en rigole lente vers son ventre.
« Regarde-moi ça, souffle-t-il en riant bas, secouant la tête pour chasser les gouttes.»
Quelques-unes atteignent ma joue. Fraîches, piquantes. Son doigt suit leur trace, du haut de la pommette jusqu’à la commissure de mes lèvres, un sillon humide qui s’attarde.
« Laisse-la couler, dis-je dans un murmure rauque. C’est notre premier secret humide. »
Je ne l’essuie pas. Je garde cette sensation, cette goutte qui perle, prête à couler, comme un premier aveu.
On commence à circuler entre les plantes, sans but précis, comme si la serre dictait ses propres lois. Le jeu s’installe sans qu’on l’ait nommé : ne pas se toucher. Pas vraiment. Pas encore. Nos épaules se frôlent quand on passe dans un étroit passage entre deux monstera aux feuilles énormes, assez pour sentir la chaleur de sa peau à travers sa chemise mouillée.
« Trop serré ici, chuchote-t-il, son souffle chaud contre mon oreille. Ou juste assez pour que je sente ton feu ? »
Nos mains se croisent sur le même pot de terre cuite, doigts qui effleurent sans s’accrocher, un contact fugace qui envoie une décharge le long de mon bras. On se penche ensemble sur une fleur sans parfum, nos souffles se mêlent, chauds, courts, et je sens son haleine tiède sur ma nuque. L’air s’alourdit, chargé de cette électricité sournoise. Les horloges continuent leur vacarme discordant, un fond sonore qui amplifie chaque silence entre nous.
Je ramasse un sécateur abandonné, le fais tourner entre mes doigts, et il s’approche, en attrape l’autre branche. Nos phalanges se pressent l’une contre l’autre, une pression mesurée, juste assez pour que la chair cède un peu.
« Tire plus fort, dis-je, le regard rivé au sien. Voyons qui cède en premier. »
Il tire doucement, je résiste, et le métal grince comme une horloge qui rend l’âme. On lâche en même temps, et nos mains retombent, paumes ouvertes, frôlant l’air entre nous. Plus loin, je trébuche sur une racine aérienne, il me rattrape par le coude – un contact trop bref, trop calculé. Sa paume calleuse contre ma peau nue, là où la robe laisse l’épaule découverte.
« Attention, murmure-t-il, sa voix vibrant contre mon cou. Ou je te tiens plus longtemps. »
La chaleur monte de là, irradie, et je recule d’un pas, pas assez pour rompre le fil invisible.
On s’assoit côte à côte sur le bord du transat, trop étroit pour deux, nos cuisses se touchant à travers le tissu fin. La terre colle à mes pieds, granuleuse entre les orteils, et je sens son genou appuyer contre le mien, une masse ferme, insistante. On parle à peine – des banalités sur les horloges, sur l’absurdité de cet endroit –, mais nos corps conversent autrement.
« Ces cadrans tordus... ils nous ressemblent, non ? lance-t-il en désignant une pendule suspendue à une liane. Tous embrouillés, prêts à exploser. »
Son bras effleure le mien quand il désigne une pendule surréaliste, suspendue à une liane comme un fruit mécanique. Le froissement de sa manche contre ma peau fait naître des picotements, une urgence diffuse qui s’installe au creux du ventre. Je croise les jambes, le tissu de ma robe remonte un peu plus, expose la courbe intérieure de ma cuisse, et je surprends son regard qui s’y attarde, pupilles dilatées dans la pénombre verdâtre.
« Tu regardes où, là ? soufflé-je, un sourire aux lèvres. Ça te plaît, cette vue ? »
Les minutes s’étirent, ou peut-être s’effilochent-elles dans le chaos des cadrans. On se lève, on marche encore, on s’arrête pour observer une orchidée aux pétales pendants, lourds d’humidité. Nos hanches se cognent légèrement quand on se redresse en même temps, un choc doux qui résonne dans tout mon bassin.
« Excuse, marmonne-t-il », mais son corps dit le contraire.
Il passe derrière moi pour attraper une branche, son torse frôle mon dos, et je sens la bosse naissante sous son pantalon effleurer mes fesses – un contact accidentel, ou pas tout à fait. L’odeur de sa chemise humide monte jusqu’à moi, mélange de coton mouillé et de peau chauffée. Mon cœur cogne, synchrone avec un tic-tac proche, et je me retourne à demi, nos visages si près que nos nez se touchent presque.
« Embrasse-moi, alors, dis-je dans un souffle tremblant. Ou recule, si t’as peur. »
Ses lèvres s’entrouvrent, le souffle chaud effleure les miennes, mais on recule tous les deux, comme sous l’effet d’une règle tacite.
C’est ça, le jeu : approcher au plus près sans franchir. Chaque frôlement est une promesse, chaque retrait une attente qui gonfle, qui durcit l’air entre nous. Mes seins se tendent sous la robe, les mamelons pointent contre le tissu fin, visibles dans la lumière filtrée des vitres. Il le remarque, son regard s’y pose sans gêne, et je sens une humidité tiède s’installer entre mes cuisses, une pulsation sourde qui répond à la sienne.
« Je les vois, chuchote-t-il, la voix rauque. Durs pour moi. Attends un peu... juste un peu. »
On contourne un amas d’horloges empilées, nos doigts s’enlacent un instant sur une aiguille bloquée – pressions rythmées, comme un pouls partagé. Puis on se sépare, on rit nerveusement, on reprend la danse des quasi-touches.
« Bientôt, promet-il dans un rire étouffé. Quand les horloges s’arrêteront pour nous. »
La serre nous enveloppe, complice, ses plantes caressant nos chevilles, ses horloges marquant un temps suspendu, érotique, où le désir n’est pas encore acte, mais déjà corps entier.
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L’air de la serre s’épaissit, devient palpable, comme si les horloges exhalaient une chaleur moite qui colle à la peau. La buée envahit les vitres, efface la ville en contrebas, ne laisse que des halos flous de lumières lointaines.
— Viens par ici, murmure-t-il.
On migre vers ce vieux banc en fer forgé, coincé entre un monstera et un citronnier en pot. Les fruits durs pendent comme des testicules oubliés. Le métal froid mord mes fesses quand je m’y pose. L’humidité de ma robe le réchauffe vite, le rend glissant.
Lui reste debout un instant. Il me toise.
— Tu sens ça ? demande-t-il.
Je sens mon bassin s’alourdir. Une pulsation sourde répond à son regard.
Je me relève. La robe plaque mes cuisses, collante dans cette vapeur tropicale, presque poisseuse. Il se glisse dans mon dos sans un mot. Son souffle frôle ma nuque, soulève les poils fins.
— Regarde-nous, souffle-t-il.
On se regarde dans le reflet déformé d’une vitre bombée. Nos silhouettes se dédoublent par les courbures du verre. Des lianes tordues semblent nous enlacer. Son torse effleure à peine le tissu de ma robe. La chaleur traverse, irradie mon dos nu.
L’odeur monte : terre remuée, feuilles pourrissantes. Ce fond animal de nos corps qui s’éveillent.
— Maintenant, on peut se toucher, murmure-t-il, voix basse, rauque contre mon oreille. Mais seulement à travers le tissu. Pas de peau. Pas encore.
Les mots vibrent, un défi enveloppé de promesses.
— D’accord, réponds-je d’un hochement.
J’attrape la cravate enroulée à son poignet. Ce bout de soie froissée comme un serpent domestiqué. Je tire doucement pour le ramener plus près.
— Plus près, dis-je.
Ses hanches se collent aux miennes. Le renflement dur sous son pantalon presse contre mes fesses, séparé par deux épaisseurs de tissu. La friction immédiate électrise, mais atténuée. Frustrante.
Ses mains se posent sur mes hanches. Paumes larges qui épousent les courbes à travers la robe.
— Tu sens mes doigts ? chuchote-t-il.
Les doigts s’enfoncent dans le coton mouillé. Cherchent la chair en dessous, la devinent sans l’atteindre. Il suit la ligne de ma taille. Remonte lentement vers mes côtes. Presse juste sous mes seins sans les effleurer.
— Cambre-toi, ordonne-t-il doucement.
Je cambre le dos. Pousse mes fesses contre lui. Son sexe durcit davantage, palpite à travers les barrières. L’asperseur au plafond se déclenche un instant. Une pluie fine nous arrose en oblique. Gouttes tièdes sur nos épaules. Ruissellent le long de nos dos.
Une horloge sonne trop fort. Un carillon aigu déchire l’air. Amplifie nos souffles courts.
— Tire-moi, gémit-il.
Je pivote à demi. Attrape sa chemise humide par les pans. Tire pour plaquer son torse contre mon ventre. Le tissu colle nos peaux sans les livrer. Moule ses pectoraux aux miens. Mes mamelons durcissent, frottent contre le coton tendu.
— Tes seins... murmure-t-il.
Ses mains glissent sur mes fesses. Pétrissent à travers la robe. Doigts qui s’incrustent dans la chair molle sans la dénuder.
— Ondule avec moi, dit-il.
On ondule ensemble. Un balancement lent, presque dansant. Chaque mouvement décuple la pression sans résolution. Mon humidité gagne mes cuisses. Trempe le slip sous la robe.
— Tu mouilles, n’est-ce pas ? souffle-t-il. Je le sens.
On s’écarte d’un pas. Juste pour mieux se retrouver.
— Assieds-toi sur moi, commande-t-il.
Il me guide vers le banc. Me fait asseoir à califourchon sur ses genoux. Pantalon contre robe. Chaleur contre chaleur. Ses mains remontent le long de mes cuisses. S’arrêtent au bord de l’ourlet. Massent l’intérieur sans franchir la lisière.
— Ouvre un peu, supplie-t-il.
Je défais un bouton de sa chemise. Expose un triangle de peau poilue, mouillée. Presse ma paume là. Sens le cœur battre fort sous mes doigts.
— Ton pouls... dis-je.
Nos bouches s’approchent. Lèvres qui s’effleurent sans se toucher. Souffles qui se mélangent, humides, chargés de désir retenu. Une feuille de monstera frôle mon bras, rugueuse. Comme un troisième participant.
— Pas de baiser, rappelle-t-il.
L’air pulse autour de nous. Saturé d’humus et de sueur naissante. On reste là, soudés par les vêtements. Frottements lents qui font monter la fièvre. Ses hanches remontent par à-coups. Cognent contre mon mont de Vénus à travers les tissus.
— Bouge plus fort, je gémis.
Je le provoque en ondulant. Mon clitoris gonflé cherche la pression sans la trouver pleinement. Une goutte d’eau tombe d’une branche. S’écrase sur ma nuque. Coule entre mes seins. Sensation froide qui contraste avec la fournaise intérieure.
— Pas encore la peau, murmure-t-il, voix hachée. Attends.
Et j’attends. Corps tendu comme une corde. Chaque fibre hurle pour la suite différée.
— Penche-toi en arrière, dit-il.
On se penche en arrière. Dos arqué contre le fer du banc. Nos mains explorent les contours interdits : courbe de la hanche, creux du ventre, renflement des seins ou du sexe. Tout palpé, pressé, sans délivrance.
— Touche-toi là, ordonne-t-il.
La serre conspire. Feuilles qui bruissent sous nos mouvements. Tic-tacs qui s’espacent comme des cœurs affolés. Mon souffle se fait gémissement sourd.
— C’est bon ? demande-t-il.
Reçu par lui comme un signal. Il accélère les hanches. Frotte plus fort. Je sens l’orgasme pointer, lointain, bloqué par cette règle absurde.
— On joue à ça, hein ? souffle-t-il.
On joue à cette demi-mesure. Entièrement vêtus mais possédés. Jusqu’à ce que le moindre fil défait menace d’emporter tout.
— Regarde nos reflets, murmure-t-il.
Les minutes s’étirent dans cette vapeur. Nos reflets dans la vitre renvoient des ombres fusionnées. Torses collés, bassins scellés. Sa cravate traîne encore à mon poignet. Un lien lâche qui nous attache.
— L’odeur... dis-je.
Une odeur de terre mouillée monte plus forte. Se mêle à celle de nos excitations contenues. Musc salé, sueur aigre-douce. Mes cuisses tremblent sur les siennes. Muscles tendus à l’extrême.
— Je bande à mort, avoue-t-il.
Et je sais qu’il est prêt à craquer. Mais on tient. On prolonge. Jusqu’à ce que la frontière du tissu devienne une torture exquise. Un seuil qu’on caresse du bout des sens sans le traverser.
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La porte métallique de la serre grince, un son aigu, tranchant comme une lame rouillée qui lacère le voile de nos souffles mêlés.
On se fige tous les deux.
Ses mains restent crispées sur mes hanches à travers la robe trempée. Mes cuisses écartées sur les siennes. Le renflement de son sexe pressé contre moi, séparé par ce tissu maudit qui nous torture.
« On vient », murmure-t-il contre ma nuque, voix rauque.
Entre les lianes pendantes et les pots empilés comme des autels oubliés, une silhouette se découpe dans la pénombre : le gardien de l’immeuble. Pull rayé trop large flottant sur ses épaules, pantalon de survêtement tendu sur des cuisses épaisses, bottes crottées de terre noire qui laissent des empreintes humides derrière lui.
Une lampe frontale braquée sur nous comme un œil cyclopéen, balayant les feuilles d’une lueur crue avant qu’il ne la retire d’un geste las et l’accroche à un crochet rouillé. La lumière tourne lentement au plafond, projette des ombres dansantes sur nos corps enlacés, allonge nos contours en silhouettes monstrueuses parmi les plantes.
Son air est calme, presque amusé. Comme s’il déboulait sur une scène prévue de longue date dans cet antre excentrique où le temps rend fou.
Il s’avance d’un pas lourd. La terre crisse sous ses semelles. Nos reflets dans la vitre bombée se triplent maintenant – trois formes mouvantes, un triangle de chairs et de regards.
Au lieu de m’écarter, je resserre la cravate autour du poignet de mon amant. Ce lien de soie devenu notre chaîne. Un geste possessif.
« Reste », dis-je au gardien dans un souffle. « Partage. Regarde. Ou joins-toi. »
Mon amant hésite une seconde. Souffle court contre ma nuque. Puis ses doigts défient l’intrusion : il dénoue le premier bouton de ma robe d’un geste précis, lent, expose comme une offrande la peau pâle de ma clavicule, luisante de sueur et d’humidité tropicale. L’air frais de la nuit filtrant par la porte entrouverte lèche cette chair neuve, durcit mon mamelon sous le tissu tendu.
Le gardien s’arrête à trois mètres. Ombre massive. Souffle régulier qui contraste avec nos halètements. Il incline la tête. Observe sans mot dire.
Je penche la tête en arrière. Laisse la robe glisser de mes épaules dans un froissement doux. Le coton mouillé colle un instant à mes seins avant de lâcher. Révèle leurs courbes lourdes, les aréoles sombres qui se contractent sous le regard double – celui de mon amant derrière moi, brûlant dans mon dos, et celui du gardien, fixe, animal.
« Tu aimes ce que tu vois ? » lancé-je au gardien, voix basse, provocante.
Mon amant suit le mouvement. Déboutonne sa chemise humide d’un doigt tremblant. Plaque sa poitrine nue contre mon dos nu enfin. Peaux qui se touchent, chaudes, poisseuses, moites de cette vapeur végétale qui nous enveloppe. Ses poils frôlent ma colonne. Ses mains remontent sous la robe défaite, effleurent l’intérieur de mes cuisses, tracent des cercles lents, humides, autour de mon intimité gonflée sans y plonger encore.
« Continue », je gémis.
Le gardien murmure enfin, voix grave, rocailleuse : « Je coupe toutes les horloges si vous arrêtez maintenant. » Les mots tombent comme une sentence complice. Une horloge proche s’accélère son tic-tac, comme une invitation à poursuivre.
« Alors regarde bien », réponds-je en souriant dans l’ombre.
Les premières caresses naissent sous ce tiers regard, lentes, délibérées. Ses doigts à lui – ceux de mon amant – s’enfoncent plus loin entre mes cuisses, écartent les lèvres trempées, trouvent le clitoris durci et le pincent doucement, en cercles patients qui me font arquer le dos contre son torse.
Mes ongles griffent sa peau nue. Traçant des sillons rouges sur ses pectoraux. Tandis que je tourne à demi le visage vers le gardien. Sourire fou aux lèvres. Un défi muet dans les yeux.
Il s’approche encore. Paume calleuse tendue. Je l’attrape. Guide sa main rugueuse sur mon sein libre – contraste brutal de sa peau épaisse contre ma douceur, pouce qui pince le mamelon, le tire jusqu’à la douleur exquise.
« Plus fort », haleté-je.
L’odeur monte, entêtante : terre humide, sueur salée, musc primal de nos trois corps échauffés, feuilles écrasées sous nos pieds qui libèrent un jus vert, âcre.
Leurs souffles se calquent sur le mien. Halètements courts qui se répondent dans la lumière tournoyante.
Mon amant glisse deux doigts en moi maintenant. Les courbe pour toucher ce point profond qui me fait gémir sourdement. Tandis que le gardien déboutonne son pantalon d’une main. Libère son sexe épais, veiné, qui se dresse contre ma hanche nue.
« Touche-moi », ordonne-t-il d’une voix sourde.
Je tends la main. L’enserre. Sens sa chaleur pulsatile, la dureté qui répond à mes pressions lentes, remontant jusqu’au gland luisant. Nos corps ondulent en trio désordonné : mon amant me pénètre de ses doigts, le gardien frotte son membre contre ma cuisse, sa main libre pétrissant mon autre sein, tirant sur la robe pour la déposer à mes pieds. La terre colle à mes mollets nus, granuleuse, fraîche, tandis que la buée s’épaissit, gouttes qui perlent sur nos peaux nues comme une rosée obscène.
On s’entortille plus fort. Peaux luisantes de sueur sous les ombres mouvantes. Ses lèvres à lui mordillent ma nuque, langue qui lèche le sel de ma peau. Le gardien penche la tête. Aspire mon mamelon dans sa bouche chaude, dents qui raclent sans blesser, succion profonde qui envoie des ondes jusqu’à mon ventre.
« Oui, comme ça », soupire mon amant.
Mes hanches roulent. Écrasent les doigts en moi contre les parois palpitantes. Tandis que ma main accélère sur le sexe du gardien, le branle en rythme avec nos souffles. Une feuille de monstera frôle mon flanc, rugueuse comme une caresse supplémentaire. Un asperseur lâche une averse fine qui nous lave un instant, ruisselle entre mes seins, dégouline sur les ventres tendus.
L’air vibre d’une tension triple, électrique : chaque pincement, chaque succion, chaque poussée de doigts appelle la suivante, sous les yeux rivés qui transforme nos chairs en spectacle vivant, en rituel païen au cœur des horloges muettes.
Je pivote plus franchement vers le gardien. Attire sa bouche à la mienne. Langues qui s’emmêlent, voraces, salive qui coule sur nos mentons, goût de terre et de tabac froid mêlé au mien, sucré d’humidité.
Mon amant resserre son étreinte, jaloux peut-être, excité sûrement : sa main libre descend sur mon ventre, rejoint les doigts déjà en moi pour un va-et-vient plus large, étire mes chairs trempées.
« Tu est à nous à présent », grogne le gardien dans ma bouche.
Son sexe cogne contre ma hanche, pré-sperme qui enduit ma peau en filets chauds. On forme un nœud vivant, torses collés, bassins qui se heurtent, odeurs animales qui saturent la serre – sueur, sexe excité, terre labourée. Les tictacs lointains scandent nos gestes, ralentissent comme des cœurs affolés. Et je sens l’orgasme poindre, distant encore, nourri par ces caresses prolongées, ces peaux révélées sous le regard complice qui nous lie tous trois dans une attente brûlante.
« Pas encore », murmure mon amant, doigts immobiles un instant.
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Le gardien plaque sa bouche plus fort contre la mienne. Langue épaisse qui fouille, aspire. Ses hanches cognent contre ma cuisse. Son sexe raidi laisse des traînées humides sur ma peau.
« Oui… comme ça », murmure-t-il d’une voix rauque.
Mon amant derrière moi accélère ses doigts. Les enfonce plus profond. Les courbe pour racler cette paroi interne qui gonfle, pulse. Ondes brûlantes jusqu’à mes reins.
L’autre main du gardien descend, calleuse. Écarte mes fesses. Un doigt effleure l’anneau serré, appuie sans entrer. Juste pour faire monter la pression. Trop-plein qui me dilate de l’intérieur.
« Tu aimes ? », souffle mon amant à mon oreille.
Nos souffles se calquent, saccadés. Trio de halètements. Résonne dans la serre comme un chœur primal. Couvre les derniers tictacs épars des horloges agonisantes.
Je lâche la bouche du gardien. Tourne la tête vers mon amant. Attrape sa nuque pour un baiser désordonné. Lèvres tuméfiées qui s’écrasent. Salive qui file entre nous.
« Embrasse-moi fort », gémis-je.
Ses doigts libres pincent mon clitoris gonflé. Le roulent entre pouce et index. Ceux en moi fouillent plus vite. Étirent mes chairs trempées qui claquent doucement, humides, avides.
Le gardien grogne.
« Je te veux… maintenant », dit-il.
Bascule son bassin. Guide son gland épais vers mon entrée libre. Pousse d’un coup sec. M’empale à moitié. Brûlure vive qui s’étend. Comble le vide laissé par les doigts qui s’écartent.
Mon amant retire sa main. La porte à ma bouche. Je suce mes propres jus. Goût musqué, salé. Le gardien commence à bouger. Va-et-vient lents, profonds. Cognent contre les parois déjà martyrisées.
« Goûte-toi… délicieuse », murmure mon amant.
La montée enfle, inexorable. Vague qui gonfle au large. Mes muscles internes se contractent autour de l’intrusion massive. Aspirent, relâchent. Rythme qui accélère malgré moi.
Mon amant plaque son torse contre mon dos. Son sexe dur glisse entre mes cuisses par-derrière. Frotte contre mes fesses sans pénétrer. Friction, chaleur partagée.
« Presse-toi contre moi », halète-t-il.
Le gardien attrape mes hanches. Enfonce plus fort. Couilles poilues claquent contre mon ventre. Je sens son pouls dans ses veines gonflées. Pulsation qui fait écho à la mienne.
L’air irrespirable. Saturé de nos odeurs. Sueur rance, sexe ruisselant. Terre piétinée d’où montent des bouffées âcres à chaque poussée. Une feuille frotte mon flanc. Une goutte d’eau s’écrase sur mon sein. Roule jusqu’au mamelon pincé par les dents du gardien.
« Mordille… oui », je soupire.
Ça grimpe, là, au creux du ventre. Boule de feu qui durcit, se resserre. Mes cuisses tremblent, écartelées entre leurs deux corps. Mes muscles lâchent par à-coups.
Le gardien halète plus fort. Ses coups de reins s’espacent, erratiques. Je sens son sexe gonfler encore. Palpiter contre mes parois.
« Je viens… », grogne-t-il.
Mon amant mord ma nuque. Sa main descend rejoindre celle du gardien sur mon clitoris. Deux pouces pincent, frottent en cercles désordonnés.
« Laisse venir… ensemble », murmure mon amant.
La volupté vient de loin. Du fond de ce boyau aux parois bosselées, grisées de plaisir accumulé. Se propage, vague après vague. Jusqu’à l’ouverture qui palpite comme une bouche affamée.
Six, sept vagues montent. Me secouent. Je crie dans la bouche de mon amant. Râle sourd, animal. Mon corps arqué convulse. Des spasmes enserrent le sexe en moi. L’aspirent comme pour l’engloutir.
Le gardien craque le premier. Grognant comme un ours.
« Prends tout… », rugit-il.
Enfonce une dernière fois jusqu’à la garde; Sa semence gicle en jets chauds, épais. Inonde mes entrailles. Coule le long de mes cuisses en filets visqueux.
Ses mains lâchent mes hanches. Glissent sur ma peau luisante. Il tremble contre moi. Souffle rauque s’effrite en soupirs.
Mon amant suit. Son sexe coincé entre mes fesses jaillit en spasmes violents.
« Moi aussi… », gémit-il contre ma nuque.
Son sperme gicle sur mes reins. Ruissèle chaud sur mes mollets. Se mêle à la terre humide. Corps secoué de soubresauts. Ongles enfoncés dans mes seins jusqu’à la douleur douce.
L’orgasme me traverse en dernier. Ou peut-être en même temps. Décharge qui vide tout. Mes muscles se nouent, relâchent. Un flot jaillit de moi. Trempe le sexe du gardien encore enfoui en moi. Goutte sur le sol en flaques sombres.
On s’effondre en tas. Peaux collantes. Souffles se croisent dans la lumière tournoyante.
« Incroyable… », murmure le gardien.
La serre reprend son souffle. Des feuilles frémissent. Une horloge poursuit son tic-tac solitaire.
Mes chairs palpitent encore, vides maintenant. Repues. Leurs sexes ramollissent contre moi. Vestiges chauds de l’orage partagé.
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Le sol de la serre est tiède sous nos corps affaissés, mélange de terre meuble et de flaques tièdes qui sèchent déjà en auréoles sombres.
« Reste contre moi », murmure mon amant, son souffle calme soulève ma nuque comme une brise d’après-tempête.
Le gardien se redresse le premier, son torse massif encore luisant de sueur. Il ramasse sa lampe frontale d’un geste lent, presque révérencieux. La lumière s’éteint dans un cliquetis doux. L’espace plonge dans une pénombre trouée par les halos des réverbères extérieurs. On reste là, emmêlés, peaux poisseuses qui se collent sans urgence. Des odeurs mêlées de sel et de terre flottent encore, lourdes, rassasiantes.
Je pivote dans les bras de mon amant. Ma joue se pose contre son pectoral. J’écoute le cœur qui ralentit, tam-tam sourd sous mes lèvres entrouvertes.
« Ton pouls s’apaise », dis-je doucement.
Sa main remonte dans mon dos. Doigts qui tracent des arabesques paresseuses le long de ma colonne. Ils effleurent les sillons rouges laissés par ses ongles. Le gardien s’adosse au banc de fer, pantalon relevé à demi. Il tend une paume calleuse. Je l’attrape, l’attire plus près. Sa cuisse épaisse frôle la mienne. Nos regards se croisent dans le demi-jour. Pas de mots. Juste un hochement complice qui dit tout – merci, restons, savoure. Une goutte d’eau perle d’une feuille au-dessus. Elle tombe sur mon épaule, roule jusqu’à mon sein où elle s’attarde, fraîche contre la chaleur résiduelle.
« Cette fraîcheur sur ta peau », souffle le gardien, sa voix rauque.
Il passe un bras autour de mes épaules. Sa paume rugueuse caresse mon bras nu. Elle descend jusqu’au poignet en mouvements lents, apaisants, comme pour effacer les marques de nos étreintes sauvages. Mon amant embrasse ma tempe. Lèvres douces qui s’attardent. Souffle tiède dans mes cheveux emmêlés. Ses doigts glissent dans les miens, serrent sans forcer. Un lien simple qui ancre le corps encore frémissant. On s’allonge à trois sur le banc étroit. Jambes entrelacées. Têtes qui se nichent – la mienne au creux de l’épaule de mon amant, celle du gardien contre mon ventre. Sa barbe naissante gratte doucement ma peau. Les feuilles des plantes bruissent faiblement. Un courant d’air frais filtre par la porte entrouverte. Il nettoie l’air saturé sans brusquer notre quiétude.
Ses lèvres à lui effleurent ma paupière close. Un baiser plume descend sur ma joue, s’attarde au coin de ma bouche gonflée.
« Tu es si belle ainsi », chuchote mon amant.
Le gardien murmure quelque chose d’indistinct. Sa main remonte sur ma hanche. Il pétrit la chair molle avec une tendresse inattendue. Pouce qui suit la courbe de ma taille comme pour en mémoriser chaque creux. Je soupire, longuement. Ma paume ouverte repose sur le torse poilu du gardien. Je sens sa respiration profonde qui soulève ma main, régulière, apaisée.
« Respire avec moi », suggère-t-il.
Mon amant passe ses lèvres dans mon cou. Langue qui lèche une goutte de sueur salée. Puis se pose là, immobile, juste pour sentir mon pouls ralentir sous sa bouche. L’humidité entre mes cuisses sèche peu à peu. Une sensation douce-amère qui rappelle le plaisir sans le ranimer. Vestige précieux dans cette bulle suspendue.
Une horloge lointaine poursuit son tic-tac, lent, régulier, comme un battement partagé.
« Le temps nous laisse encore un peu de lui», dit mon amant.
On reste blottis, corps lourds de fatigue heureuse. Peaux qui se réchauffent mutuellement dans la nuit qui s’épaissit. Le gardien finit par se lever. Il attrape ma robe froissée par terre, la déplie avec soin. Il la pose sur mes épaules sans la nouer – un geste d’homme des champs, brut et doux à la fois. Mon amant m’enveloppe de ses bras. Menton sur ma tête. On écoute le silence s’installer. Ponctué seulement par nos souffles calmes. Nos doigts s’entrelacent sans but. Cette tendresse prolonge l’extase en un écho paisible.
Et partout, des horloges. Des horloges de toutes sortes, récupérées on ne sait où, suspendues à des branches tordues, posées sur des étagères rouillées, empilées en tas désordonnés au pied des pots. Grandes horloges de parquet aux aiguilles figées, réveille-matin aux cadrans ébréchés, montres de poche ouvertes comme des cœurs mécaniques.
Elles tiquent, taquent, sonnent, vibrent à des rythmes discordants, un chaos temporel qui rend impossible toute notion d’heure précise. Le temps ici n’avance pas, il tournoie, se cogne, s’entrechoque, comme si la serre elle-même refusait de se soumettre à une marche linéaire.
« Tu entends ça ? murmure-t-il enfin, d’une voix basse qui se fond dans le tic-tac. On dirait que le monde entier bat la chamade là-dessous. »
Je suis là depuis un moment déjà, assise sur un transat de jardin rouillé, les pieds nus dans la terre humide qui colle à mes chevilles, imprègne ma peau d’une fraîcheur sombre. Ma robe légère, celle en coton fin qui moule mes cuisses quand l’air se charge d’humidité, remonte un peu sur mes jambes.
L’odeur est lourde, entêtante : terre remuée, feuilles en décomposition, un fond sucré de fleurs fanées mêlé à l’haleine métallique des horloges. Ça pulse, ce lieu, comme un organisme vivant, et moi, je m’y fonds, attentive à chaque frémissement.
« Ouais, je réponds doucement, les yeux mi-clos. Ça pulse en moi aussi. Viens plus près, si tu veux. »
J’entends la porte grincer avant de le voir, ce bruit rauque qui déchire le tic-tac incessant. Il arrive, en retard ou en avance, qui pourrait le dire dans ce désordre horloger ? Chemise à moitié boutonnée, laissant entrevoir la ligne sombre de poils sur son torse, cravate enroulée autour de son poignet comme un bracelet improvisé, un talisman absurde. Il avance entre les allées étroites, bouscule une feuille au passage, et nos regards se croisent sans mots superflus. Un sourire, plutôt un rictus complice, un défi muet.
On ne se salue pas vraiment. Les mots seraient de trop dans cet espace où tout bruit compte double. Il s’arrête à quelques pas, attrape un arrosoir posé sur une étagère bancale, percé de trous minuscules. Je me lève, pieds glissants dans la boue tiède, et le lui prends maladroitement. L’eau jaillit en filets irréguliers, éclabousse sa chemise déjà froissée. Une tache sombre s’étale sur le tissu clair, épouse les contours de ses pectoraux, descend en rigole lente vers son ventre.
« Regarde-moi ça, souffle-t-il en riant bas, secouant la tête pour chasser les gouttes.»
Quelques-unes atteignent ma joue. Fraîches, piquantes. Son doigt suit leur trace, du haut de la pommette jusqu’à la commissure de mes lèvres, un sillon humide qui s’attarde.
« Laisse-la couler, dis-je dans un murmure rauque. C’est notre premier secret humide. »
Je ne l’essuie pas. Je garde cette sensation, cette goutte qui perle, prête à couler, comme un premier aveu.
On commence à circuler entre les plantes, sans but précis, comme si la serre dictait ses propres lois. Le jeu s’installe sans qu’on l’ait nommé : ne pas se toucher. Pas vraiment. Pas encore. Nos épaules se frôlent quand on passe dans un étroit passage entre deux monstera aux feuilles énormes, assez pour sentir la chaleur de sa peau à travers sa chemise mouillée.
« Trop serré ici, chuchote-t-il, son souffle chaud contre mon oreille. Ou juste assez pour que je sente ton feu ? »
Nos mains se croisent sur le même pot de terre cuite, doigts qui effleurent sans s’accrocher, un contact fugace qui envoie une décharge le long de mon bras. On se penche ensemble sur une fleur sans parfum, nos souffles se mêlent, chauds, courts, et je sens son haleine tiède sur ma nuque. L’air s’alourdit, chargé de cette électricité sournoise. Les horloges continuent leur vacarme discordant, un fond sonore qui amplifie chaque silence entre nous.
Je ramasse un sécateur abandonné, le fais tourner entre mes doigts, et il s’approche, en attrape l’autre branche. Nos phalanges se pressent l’une contre l’autre, une pression mesurée, juste assez pour que la chair cède un peu.
« Tire plus fort, dis-je, le regard rivé au sien. Voyons qui cède en premier. »
Il tire doucement, je résiste, et le métal grince comme une horloge qui rend l’âme. On lâche en même temps, et nos mains retombent, paumes ouvertes, frôlant l’air entre nous. Plus loin, je trébuche sur une racine aérienne, il me rattrape par le coude – un contact trop bref, trop calculé. Sa paume calleuse contre ma peau nue, là où la robe laisse l’épaule découverte.
« Attention, murmure-t-il, sa voix vibrant contre mon cou. Ou je te tiens plus longtemps. »
La chaleur monte de là, irradie, et je recule d’un pas, pas assez pour rompre le fil invisible.
On s’assoit côte à côte sur le bord du transat, trop étroit pour deux, nos cuisses se touchant à travers le tissu fin. La terre colle à mes pieds, granuleuse entre les orteils, et je sens son genou appuyer contre le mien, une masse ferme, insistante. On parle à peine – des banalités sur les horloges, sur l’absurdité de cet endroit –, mais nos corps conversent autrement.
« Ces cadrans tordus... ils nous ressemblent, non ? lance-t-il en désignant une pendule suspendue à une liane. Tous embrouillés, prêts à exploser. »
Son bras effleure le mien quand il désigne une pendule surréaliste, suspendue à une liane comme un fruit mécanique. Le froissement de sa manche contre ma peau fait naître des picotements, une urgence diffuse qui s’installe au creux du ventre. Je croise les jambes, le tissu de ma robe remonte un peu plus, expose la courbe intérieure de ma cuisse, et je surprends son regard qui s’y attarde, pupilles dilatées dans la pénombre verdâtre.
« Tu regardes où, là ? soufflé-je, un sourire aux lèvres. Ça te plaît, cette vue ? »
Les minutes s’étirent, ou peut-être s’effilochent-elles dans le chaos des cadrans. On se lève, on marche encore, on s’arrête pour observer une orchidée aux pétales pendants, lourds d’humidité. Nos hanches se cognent légèrement quand on se redresse en même temps, un choc doux qui résonne dans tout mon bassin.
« Excuse, marmonne-t-il », mais son corps dit le contraire.
Il passe derrière moi pour attraper une branche, son torse frôle mon dos, et je sens la bosse naissante sous son pantalon effleurer mes fesses – un contact accidentel, ou pas tout à fait. L’odeur de sa chemise humide monte jusqu’à moi, mélange de coton mouillé et de peau chauffée. Mon cœur cogne, synchrone avec un tic-tac proche, et je me retourne à demi, nos visages si près que nos nez se touchent presque.
« Embrasse-moi, alors, dis-je dans un souffle tremblant. Ou recule, si t’as peur. »
Ses lèvres s’entrouvrent, le souffle chaud effleure les miennes, mais on recule tous les deux, comme sous l’effet d’une règle tacite.
C’est ça, le jeu : approcher au plus près sans franchir. Chaque frôlement est une promesse, chaque retrait une attente qui gonfle, qui durcit l’air entre nous. Mes seins se tendent sous la robe, les mamelons pointent contre le tissu fin, visibles dans la lumière filtrée des vitres. Il le remarque, son regard s’y pose sans gêne, et je sens une humidité tiède s’installer entre mes cuisses, une pulsation sourde qui répond à la sienne.
« Je les vois, chuchote-t-il, la voix rauque. Durs pour moi. Attends un peu... juste un peu. »
On contourne un amas d’horloges empilées, nos doigts s’enlacent un instant sur une aiguille bloquée – pressions rythmées, comme un pouls partagé. Puis on se sépare, on rit nerveusement, on reprend la danse des quasi-touches.
« Bientôt, promet-il dans un rire étouffé. Quand les horloges s’arrêteront pour nous. »
La serre nous enveloppe, complice, ses plantes caressant nos chevilles, ses horloges marquant un temps suspendu, érotique, où le désir n’est pas encore acte, mais déjà corps entier.
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L’air de la serre s’épaissit, devient palpable, comme si les horloges exhalaient une chaleur moite qui colle à la peau. La buée envahit les vitres, efface la ville en contrebas, ne laisse que des halos flous de lumières lointaines.
— Viens par ici, murmure-t-il.
On migre vers ce vieux banc en fer forgé, coincé entre un monstera et un citronnier en pot. Les fruits durs pendent comme des testicules oubliés. Le métal froid mord mes fesses quand je m’y pose. L’humidité de ma robe le réchauffe vite, le rend glissant.
Lui reste debout un instant. Il me toise.
— Tu sens ça ? demande-t-il.
Je sens mon bassin s’alourdir. Une pulsation sourde répond à son regard.
Je me relève. La robe plaque mes cuisses, collante dans cette vapeur tropicale, presque poisseuse. Il se glisse dans mon dos sans un mot. Son souffle frôle ma nuque, soulève les poils fins.
— Regarde-nous, souffle-t-il.
On se regarde dans le reflet déformé d’une vitre bombée. Nos silhouettes se dédoublent par les courbures du verre. Des lianes tordues semblent nous enlacer. Son torse effleure à peine le tissu de ma robe. La chaleur traverse, irradie mon dos nu.
L’odeur monte : terre remuée, feuilles pourrissantes. Ce fond animal de nos corps qui s’éveillent.
— Maintenant, on peut se toucher, murmure-t-il, voix basse, rauque contre mon oreille. Mais seulement à travers le tissu. Pas de peau. Pas encore.
Les mots vibrent, un défi enveloppé de promesses.
— D’accord, réponds-je d’un hochement.
J’attrape la cravate enroulée à son poignet. Ce bout de soie froissée comme un serpent domestiqué. Je tire doucement pour le ramener plus près.
— Plus près, dis-je.
Ses hanches se collent aux miennes. Le renflement dur sous son pantalon presse contre mes fesses, séparé par deux épaisseurs de tissu. La friction immédiate électrise, mais atténuée. Frustrante.
Ses mains se posent sur mes hanches. Paumes larges qui épousent les courbes à travers la robe.
— Tu sens mes doigts ? chuchote-t-il.
Les doigts s’enfoncent dans le coton mouillé. Cherchent la chair en dessous, la devinent sans l’atteindre. Il suit la ligne de ma taille. Remonte lentement vers mes côtes. Presse juste sous mes seins sans les effleurer.
— Cambre-toi, ordonne-t-il doucement.
Je cambre le dos. Pousse mes fesses contre lui. Son sexe durcit davantage, palpite à travers les barrières. L’asperseur au plafond se déclenche un instant. Une pluie fine nous arrose en oblique. Gouttes tièdes sur nos épaules. Ruissellent le long de nos dos.
Une horloge sonne trop fort. Un carillon aigu déchire l’air. Amplifie nos souffles courts.
— Tire-moi, gémit-il.
Je pivote à demi. Attrape sa chemise humide par les pans. Tire pour plaquer son torse contre mon ventre. Le tissu colle nos peaux sans les livrer. Moule ses pectoraux aux miens. Mes mamelons durcissent, frottent contre le coton tendu.
— Tes seins... murmure-t-il.
Ses mains glissent sur mes fesses. Pétrissent à travers la robe. Doigts qui s’incrustent dans la chair molle sans la dénuder.
— Ondule avec moi, dit-il.
On ondule ensemble. Un balancement lent, presque dansant. Chaque mouvement décuple la pression sans résolution. Mon humidité gagne mes cuisses. Trempe le slip sous la robe.
— Tu mouilles, n’est-ce pas ? souffle-t-il. Je le sens.
On s’écarte d’un pas. Juste pour mieux se retrouver.
— Assieds-toi sur moi, commande-t-il.
Il me guide vers le banc. Me fait asseoir à califourchon sur ses genoux. Pantalon contre robe. Chaleur contre chaleur. Ses mains remontent le long de mes cuisses. S’arrêtent au bord de l’ourlet. Massent l’intérieur sans franchir la lisière.
— Ouvre un peu, supplie-t-il.
Je défais un bouton de sa chemise. Expose un triangle de peau poilue, mouillée. Presse ma paume là. Sens le cœur battre fort sous mes doigts.
— Ton pouls... dis-je.
Nos bouches s’approchent. Lèvres qui s’effleurent sans se toucher. Souffles qui se mélangent, humides, chargés de désir retenu. Une feuille de monstera frôle mon bras, rugueuse. Comme un troisième participant.
— Pas de baiser, rappelle-t-il.
L’air pulse autour de nous. Saturé d’humus et de sueur naissante. On reste là, soudés par les vêtements. Frottements lents qui font monter la fièvre. Ses hanches remontent par à-coups. Cognent contre mon mont de Vénus à travers les tissus.
— Bouge plus fort, je gémis.
Je le provoque en ondulant. Mon clitoris gonflé cherche la pression sans la trouver pleinement. Une goutte d’eau tombe d’une branche. S’écrase sur ma nuque. Coule entre mes seins. Sensation froide qui contraste avec la fournaise intérieure.
— Pas encore la peau, murmure-t-il, voix hachée. Attends.
Et j’attends. Corps tendu comme une corde. Chaque fibre hurle pour la suite différée.
— Penche-toi en arrière, dit-il.
On se penche en arrière. Dos arqué contre le fer du banc. Nos mains explorent les contours interdits : courbe de la hanche, creux du ventre, renflement des seins ou du sexe. Tout palpé, pressé, sans délivrance.
— Touche-toi là, ordonne-t-il.
La serre conspire. Feuilles qui bruissent sous nos mouvements. Tic-tacs qui s’espacent comme des cœurs affolés. Mon souffle se fait gémissement sourd.
— C’est bon ? demande-t-il.
Reçu par lui comme un signal. Il accélère les hanches. Frotte plus fort. Je sens l’orgasme pointer, lointain, bloqué par cette règle absurde.
— On joue à ça, hein ? souffle-t-il.
On joue à cette demi-mesure. Entièrement vêtus mais possédés. Jusqu’à ce que le moindre fil défait menace d’emporter tout.
— Regarde nos reflets, murmure-t-il.
Les minutes s’étirent dans cette vapeur. Nos reflets dans la vitre renvoient des ombres fusionnées. Torses collés, bassins scellés. Sa cravate traîne encore à mon poignet. Un lien lâche qui nous attache.
— L’odeur... dis-je.
Une odeur de terre mouillée monte plus forte. Se mêle à celle de nos excitations contenues. Musc salé, sueur aigre-douce. Mes cuisses tremblent sur les siennes. Muscles tendus à l’extrême.
— Je bande à mort, avoue-t-il.
Et je sais qu’il est prêt à craquer. Mais on tient. On prolonge. Jusqu’à ce que la frontière du tissu devienne une torture exquise. Un seuil qu’on caresse du bout des sens sans le traverser.
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La porte métallique de la serre grince, un son aigu, tranchant comme une lame rouillée qui lacère le voile de nos souffles mêlés.
On se fige tous les deux.
Ses mains restent crispées sur mes hanches à travers la robe trempée. Mes cuisses écartées sur les siennes. Le renflement de son sexe pressé contre moi, séparé par ce tissu maudit qui nous torture.
« On vient », murmure-t-il contre ma nuque, voix rauque.
Entre les lianes pendantes et les pots empilés comme des autels oubliés, une silhouette se découpe dans la pénombre : le gardien de l’immeuble. Pull rayé trop large flottant sur ses épaules, pantalon de survêtement tendu sur des cuisses épaisses, bottes crottées de terre noire qui laissent des empreintes humides derrière lui.
Une lampe frontale braquée sur nous comme un œil cyclopéen, balayant les feuilles d’une lueur crue avant qu’il ne la retire d’un geste las et l’accroche à un crochet rouillé. La lumière tourne lentement au plafond, projette des ombres dansantes sur nos corps enlacés, allonge nos contours en silhouettes monstrueuses parmi les plantes.
Son air est calme, presque amusé. Comme s’il déboulait sur une scène prévue de longue date dans cet antre excentrique où le temps rend fou.
Il s’avance d’un pas lourd. La terre crisse sous ses semelles. Nos reflets dans la vitre bombée se triplent maintenant – trois formes mouvantes, un triangle de chairs et de regards.
Au lieu de m’écarter, je resserre la cravate autour du poignet de mon amant. Ce lien de soie devenu notre chaîne. Un geste possessif.
« Reste », dis-je au gardien dans un souffle. « Partage. Regarde. Ou joins-toi. »
Mon amant hésite une seconde. Souffle court contre ma nuque. Puis ses doigts défient l’intrusion : il dénoue le premier bouton de ma robe d’un geste précis, lent, expose comme une offrande la peau pâle de ma clavicule, luisante de sueur et d’humidité tropicale. L’air frais de la nuit filtrant par la porte entrouverte lèche cette chair neuve, durcit mon mamelon sous le tissu tendu.
Le gardien s’arrête à trois mètres. Ombre massive. Souffle régulier qui contraste avec nos halètements. Il incline la tête. Observe sans mot dire.
Je penche la tête en arrière. Laisse la robe glisser de mes épaules dans un froissement doux. Le coton mouillé colle un instant à mes seins avant de lâcher. Révèle leurs courbes lourdes, les aréoles sombres qui se contractent sous le regard double – celui de mon amant derrière moi, brûlant dans mon dos, et celui du gardien, fixe, animal.
« Tu aimes ce que tu vois ? » lancé-je au gardien, voix basse, provocante.
Mon amant suit le mouvement. Déboutonne sa chemise humide d’un doigt tremblant. Plaque sa poitrine nue contre mon dos nu enfin. Peaux qui se touchent, chaudes, poisseuses, moites de cette vapeur végétale qui nous enveloppe. Ses poils frôlent ma colonne. Ses mains remontent sous la robe défaite, effleurent l’intérieur de mes cuisses, tracent des cercles lents, humides, autour de mon intimité gonflée sans y plonger encore.
« Continue », je gémis.
Le gardien murmure enfin, voix grave, rocailleuse : « Je coupe toutes les horloges si vous arrêtez maintenant. » Les mots tombent comme une sentence complice. Une horloge proche s’accélère son tic-tac, comme une invitation à poursuivre.
« Alors regarde bien », réponds-je en souriant dans l’ombre.
Les premières caresses naissent sous ce tiers regard, lentes, délibérées. Ses doigts à lui – ceux de mon amant – s’enfoncent plus loin entre mes cuisses, écartent les lèvres trempées, trouvent le clitoris durci et le pincent doucement, en cercles patients qui me font arquer le dos contre son torse.
Mes ongles griffent sa peau nue. Traçant des sillons rouges sur ses pectoraux. Tandis que je tourne à demi le visage vers le gardien. Sourire fou aux lèvres. Un défi muet dans les yeux.
Il s’approche encore. Paume calleuse tendue. Je l’attrape. Guide sa main rugueuse sur mon sein libre – contraste brutal de sa peau épaisse contre ma douceur, pouce qui pince le mamelon, le tire jusqu’à la douleur exquise.
« Plus fort », haleté-je.
L’odeur monte, entêtante : terre humide, sueur salée, musc primal de nos trois corps échauffés, feuilles écrasées sous nos pieds qui libèrent un jus vert, âcre.
Leurs souffles se calquent sur le mien. Halètements courts qui se répondent dans la lumière tournoyante.
Mon amant glisse deux doigts en moi maintenant. Les courbe pour toucher ce point profond qui me fait gémir sourdement. Tandis que le gardien déboutonne son pantalon d’une main. Libère son sexe épais, veiné, qui se dresse contre ma hanche nue.
« Touche-moi », ordonne-t-il d’une voix sourde.
Je tends la main. L’enserre. Sens sa chaleur pulsatile, la dureté qui répond à mes pressions lentes, remontant jusqu’au gland luisant. Nos corps ondulent en trio désordonné : mon amant me pénètre de ses doigts, le gardien frotte son membre contre ma cuisse, sa main libre pétrissant mon autre sein, tirant sur la robe pour la déposer à mes pieds. La terre colle à mes mollets nus, granuleuse, fraîche, tandis que la buée s’épaissit, gouttes qui perlent sur nos peaux nues comme une rosée obscène.
On s’entortille plus fort. Peaux luisantes de sueur sous les ombres mouvantes. Ses lèvres à lui mordillent ma nuque, langue qui lèche le sel de ma peau. Le gardien penche la tête. Aspire mon mamelon dans sa bouche chaude, dents qui raclent sans blesser, succion profonde qui envoie des ondes jusqu’à mon ventre.
« Oui, comme ça », soupire mon amant.
Mes hanches roulent. Écrasent les doigts en moi contre les parois palpitantes. Tandis que ma main accélère sur le sexe du gardien, le branle en rythme avec nos souffles. Une feuille de monstera frôle mon flanc, rugueuse comme une caresse supplémentaire. Un asperseur lâche une averse fine qui nous lave un instant, ruisselle entre mes seins, dégouline sur les ventres tendus.
L’air vibre d’une tension triple, électrique : chaque pincement, chaque succion, chaque poussée de doigts appelle la suivante, sous les yeux rivés qui transforme nos chairs en spectacle vivant, en rituel païen au cœur des horloges muettes.
Je pivote plus franchement vers le gardien. Attire sa bouche à la mienne. Langues qui s’emmêlent, voraces, salive qui coule sur nos mentons, goût de terre et de tabac froid mêlé au mien, sucré d’humidité.
Mon amant resserre son étreinte, jaloux peut-être, excité sûrement : sa main libre descend sur mon ventre, rejoint les doigts déjà en moi pour un va-et-vient plus large, étire mes chairs trempées.
« Tu est à nous à présent », grogne le gardien dans ma bouche.
Son sexe cogne contre ma hanche, pré-sperme qui enduit ma peau en filets chauds. On forme un nœud vivant, torses collés, bassins qui se heurtent, odeurs animales qui saturent la serre – sueur, sexe excité, terre labourée. Les tictacs lointains scandent nos gestes, ralentissent comme des cœurs affolés. Et je sens l’orgasme poindre, distant encore, nourri par ces caresses prolongées, ces peaux révélées sous le regard complice qui nous lie tous trois dans une attente brûlante.
« Pas encore », murmure mon amant, doigts immobiles un instant.
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Le gardien plaque sa bouche plus fort contre la mienne. Langue épaisse qui fouille, aspire. Ses hanches cognent contre ma cuisse. Son sexe raidi laisse des traînées humides sur ma peau.
« Oui… comme ça », murmure-t-il d’une voix rauque.
Mon amant derrière moi accélère ses doigts. Les enfonce plus profond. Les courbe pour racler cette paroi interne qui gonfle, pulse. Ondes brûlantes jusqu’à mes reins.
L’autre main du gardien descend, calleuse. Écarte mes fesses. Un doigt effleure l’anneau serré, appuie sans entrer. Juste pour faire monter la pression. Trop-plein qui me dilate de l’intérieur.
« Tu aimes ? », souffle mon amant à mon oreille.
Nos souffles se calquent, saccadés. Trio de halètements. Résonne dans la serre comme un chœur primal. Couvre les derniers tictacs épars des horloges agonisantes.
Je lâche la bouche du gardien. Tourne la tête vers mon amant. Attrape sa nuque pour un baiser désordonné. Lèvres tuméfiées qui s’écrasent. Salive qui file entre nous.
« Embrasse-moi fort », gémis-je.
Ses doigts libres pincent mon clitoris gonflé. Le roulent entre pouce et index. Ceux en moi fouillent plus vite. Étirent mes chairs trempées qui claquent doucement, humides, avides.
Le gardien grogne.
« Je te veux… maintenant », dit-il.
Bascule son bassin. Guide son gland épais vers mon entrée libre. Pousse d’un coup sec. M’empale à moitié. Brûlure vive qui s’étend. Comble le vide laissé par les doigts qui s’écartent.
Mon amant retire sa main. La porte à ma bouche. Je suce mes propres jus. Goût musqué, salé. Le gardien commence à bouger. Va-et-vient lents, profonds. Cognent contre les parois déjà martyrisées.
« Goûte-toi… délicieuse », murmure mon amant.
La montée enfle, inexorable. Vague qui gonfle au large. Mes muscles internes se contractent autour de l’intrusion massive. Aspirent, relâchent. Rythme qui accélère malgré moi.
Mon amant plaque son torse contre mon dos. Son sexe dur glisse entre mes cuisses par-derrière. Frotte contre mes fesses sans pénétrer. Friction, chaleur partagée.
« Presse-toi contre moi », halète-t-il.
Le gardien attrape mes hanches. Enfonce plus fort. Couilles poilues claquent contre mon ventre. Je sens son pouls dans ses veines gonflées. Pulsation qui fait écho à la mienne.
L’air irrespirable. Saturé de nos odeurs. Sueur rance, sexe ruisselant. Terre piétinée d’où montent des bouffées âcres à chaque poussée. Une feuille frotte mon flanc. Une goutte d’eau s’écrase sur mon sein. Roule jusqu’au mamelon pincé par les dents du gardien.
« Mordille… oui », je soupire.
Ça grimpe, là, au creux du ventre. Boule de feu qui durcit, se resserre. Mes cuisses tremblent, écartelées entre leurs deux corps. Mes muscles lâchent par à-coups.
Le gardien halète plus fort. Ses coups de reins s’espacent, erratiques. Je sens son sexe gonfler encore. Palpiter contre mes parois.
« Je viens… », grogne-t-il.
Mon amant mord ma nuque. Sa main descend rejoindre celle du gardien sur mon clitoris. Deux pouces pincent, frottent en cercles désordonnés.
« Laisse venir… ensemble », murmure mon amant.
La volupté vient de loin. Du fond de ce boyau aux parois bosselées, grisées de plaisir accumulé. Se propage, vague après vague. Jusqu’à l’ouverture qui palpite comme une bouche affamée.
Six, sept vagues montent. Me secouent. Je crie dans la bouche de mon amant. Râle sourd, animal. Mon corps arqué convulse. Des spasmes enserrent le sexe en moi. L’aspirent comme pour l’engloutir.
Le gardien craque le premier. Grognant comme un ours.
« Prends tout… », rugit-il.
Enfonce une dernière fois jusqu’à la garde; Sa semence gicle en jets chauds, épais. Inonde mes entrailles. Coule le long de mes cuisses en filets visqueux.
Ses mains lâchent mes hanches. Glissent sur ma peau luisante. Il tremble contre moi. Souffle rauque s’effrite en soupirs.
Mon amant suit. Son sexe coincé entre mes fesses jaillit en spasmes violents.
« Moi aussi… », gémit-il contre ma nuque.
Son sperme gicle sur mes reins. Ruissèle chaud sur mes mollets. Se mêle à la terre humide. Corps secoué de soubresauts. Ongles enfoncés dans mes seins jusqu’à la douleur douce.
L’orgasme me traverse en dernier. Ou peut-être en même temps. Décharge qui vide tout. Mes muscles se nouent, relâchent. Un flot jaillit de moi. Trempe le sexe du gardien encore enfoui en moi. Goutte sur le sol en flaques sombres.
On s’effondre en tas. Peaux collantes. Souffles se croisent dans la lumière tournoyante.
« Incroyable… », murmure le gardien.
La serre reprend son souffle. Des feuilles frémissent. Une horloge poursuit son tic-tac solitaire.
Mes chairs palpitent encore, vides maintenant. Repues. Leurs sexes ramollissent contre moi. Vestiges chauds de l’orage partagé.
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Le sol de la serre est tiède sous nos corps affaissés, mélange de terre meuble et de flaques tièdes qui sèchent déjà en auréoles sombres.
« Reste contre moi », murmure mon amant, son souffle calme soulève ma nuque comme une brise d’après-tempête.
Le gardien se redresse le premier, son torse massif encore luisant de sueur. Il ramasse sa lampe frontale d’un geste lent, presque révérencieux. La lumière s’éteint dans un cliquetis doux. L’espace plonge dans une pénombre trouée par les halos des réverbères extérieurs. On reste là, emmêlés, peaux poisseuses qui se collent sans urgence. Des odeurs mêlées de sel et de terre flottent encore, lourdes, rassasiantes.
Je pivote dans les bras de mon amant. Ma joue se pose contre son pectoral. J’écoute le cœur qui ralentit, tam-tam sourd sous mes lèvres entrouvertes.
« Ton pouls s’apaise », dis-je doucement.
Sa main remonte dans mon dos. Doigts qui tracent des arabesques paresseuses le long de ma colonne. Ils effleurent les sillons rouges laissés par ses ongles. Le gardien s’adosse au banc de fer, pantalon relevé à demi. Il tend une paume calleuse. Je l’attrape, l’attire plus près. Sa cuisse épaisse frôle la mienne. Nos regards se croisent dans le demi-jour. Pas de mots. Juste un hochement complice qui dit tout – merci, restons, savoure. Une goutte d’eau perle d’une feuille au-dessus. Elle tombe sur mon épaule, roule jusqu’à mon sein où elle s’attarde, fraîche contre la chaleur résiduelle.
« Cette fraîcheur sur ta peau », souffle le gardien, sa voix rauque.
Il passe un bras autour de mes épaules. Sa paume rugueuse caresse mon bras nu. Elle descend jusqu’au poignet en mouvements lents, apaisants, comme pour effacer les marques de nos étreintes sauvages. Mon amant embrasse ma tempe. Lèvres douces qui s’attardent. Souffle tiède dans mes cheveux emmêlés. Ses doigts glissent dans les miens, serrent sans forcer. Un lien simple qui ancre le corps encore frémissant. On s’allonge à trois sur le banc étroit. Jambes entrelacées. Têtes qui se nichent – la mienne au creux de l’épaule de mon amant, celle du gardien contre mon ventre. Sa barbe naissante gratte doucement ma peau. Les feuilles des plantes bruissent faiblement. Un courant d’air frais filtre par la porte entrouverte. Il nettoie l’air saturé sans brusquer notre quiétude.
Ses lèvres à lui effleurent ma paupière close. Un baiser plume descend sur ma joue, s’attarde au coin de ma bouche gonflée.
« Tu es si belle ainsi », chuchote mon amant.
Le gardien murmure quelque chose d’indistinct. Sa main remonte sur ma hanche. Il pétrit la chair molle avec une tendresse inattendue. Pouce qui suit la courbe de ma taille comme pour en mémoriser chaque creux. Je soupire, longuement. Ma paume ouverte repose sur le torse poilu du gardien. Je sens sa respiration profonde qui soulève ma main, régulière, apaisée.
« Respire avec moi », suggère-t-il.
Mon amant passe ses lèvres dans mon cou. Langue qui lèche une goutte de sueur salée. Puis se pose là, immobile, juste pour sentir mon pouls ralentir sous sa bouche. L’humidité entre mes cuisses sèche peu à peu. Une sensation douce-amère qui rappelle le plaisir sans le ranimer. Vestige précieux dans cette bulle suspendue.
Une horloge lointaine poursuit son tic-tac, lent, régulier, comme un battement partagé.
« Le temps nous laisse encore un peu de lui», dit mon amant.
On reste blottis, corps lourds de fatigue heureuse. Peaux qui se réchauffent mutuellement dans la nuit qui s’épaissit. Le gardien finit par se lever. Il attrape ma robe froissée par terre, la déplie avec soin. Il la pose sur mes épaules sans la nouer – un geste d’homme des champs, brut et doux à la fois. Mon amant m’enveloppe de ses bras. Menton sur ma tête. On écoute le silence s’installer. Ponctué seulement par nos souffles calmes. Nos doigts s’entrelacent sans but. Cette tendresse prolonge l’extase en un écho paisible.
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