La machine à désir
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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La machine à désir
Aujourd'hui, j'utilise une IA. Pour écrire, je veux dire. Pour écrire cette histoire.
Je m'installe devant l'écran. Il est tard, la ville s'est tue, il ne reste plus que le bourdonnement sourd de l'ordinateur et cette impatience légère, presque physique, qui précède toujours le travail.
Je tape.
—Je veux une histoire érotique. Deux personnages. Une femme et un homme. Ils ne se connaissent pas encore.
— Bien. Quelques précisions pour commencer : quel est le cadre ? Un lieu clos augmente la tension, un espace ouvert favorise l'imprévu. Et souhaitez-vous une montée progressive vers l'acte, ou préférez-vous commencer au bord du basculement ?
Je réfléchis une seconde. C'est une bonne question. Je n'y avais pas pensé en ces termes.
— Un lieu clos. Un appartement. Elle est venue pour récupérer des affaires chez un ami absent. Lui, il est là par hasard. Ils ne savent pas encore ce qui va se passer. Je veux la tension, pas l'annonce.
— Voici une proposition d'ouverture :
***
La clé tourne dans la serrure avec le bruit d'une décision irrévocable. Clara entre dans l'appartement sans allumer, elle connaît l'endroit par cœur, ses pieds trouvent le chemin entre les meubles dans l'obscurité tiède. Elle n'a pas prévu l'homme allongé sur le canapé.
Il se redresse. Torse nu, les cheveux dans le désordre du sommeil. Il la regarde sans avoir l'air surpris, comme si l'obscurité lui appartenait.
"Thomas m'a dit qu'il avait une clé en plus", dit-il.
Sa voix est basse. Clara ne répond pas tout de suite. Elle cherche l'interrupteur.
***
— Souhaitez-vous que je continue dans cette direction, ou ajuster le ton ? Je peux rendre la première rencontre plus frontale, ou au contraire l'étirer davantage.
Je lis deux fois. Il y a quelque chose de juste dans la voix de cet homme. Ce "comme si l'obscurité lui appartenait", c'est bien. Mieux que ce que j'aurais écrit ce soir.
— Continue : Elle allume. Elle le voit vraiment. Décris son corps à lui, mais depuis son regard à elle. Pas de catalogue. Je veux ce qu'elle ressent en le voyant, pas un inventaire.
***
La lumière arrive d'un coup, brutale.
Clara cligne des yeux. L'homme ne bouge pas, il supporte la lumière sans sourciller, comme quelqu'un qui n'a rien à cacher ou qui a depuis longtemps renoncé à se cacher. Il est grand, même assis. Les épaules larges avec une sorte de négligence, comme si son corps avait grandi sans lui demander son avis. Une ligne sombre descend le long de son ventre jusqu'au bord du jean.
Clara sent quelque chose se déplacer en elle. Pas un désir encore, plutôt le pressentiment d'un désir, l'ombre portée de quelque chose qui n'a pas encore eu lieu.
Elle dit son prénom sans savoir pourquoi. Comme on dit une adresse à un inconnu pour qu'il sache où vous trouver.
***
— C'est bien. Exactement ça. Je veux maintenant qu'elle s'approche. Pas encore de contact. La proximité d'abord. Je veux que la tension devienne presque insupportable avant qu'ils se touchent. Mais donne-lui un prénom à elle d'abord. Et je veux qu'on sente l'odeur de l'appartement, la chaleur. Le corps a sa propre géographie, on ne dit pas ce mot-là, mais tu vois ce que je veux dire. Ce que la chaleur fait aux corps dans un espace petit.
— Son prénom est déjà Clara, je l'avais glissé dans la proposition précédente. Je le conserve, sauf instruction contraire.
***
L'appartement sent le bois chaud et quelque chose de plus animal, une présence humaine concentrée par l'été et les fenêtres fermées. Clara pose son sac. Elle s'avance sans raison précise, ou plutôt avec la raison floue qu'elle veut récupérer ce qu'elle est venue chercher, mais ses pieds la conduisent vers lui.
Elle s'arrête à un mètre. Elle perçoit la chaleur de sa peau comme on perçoit la chaleur d'une bougie sans la toucher. Une chaleur qui a une forme, qui a des contours. Lui ne recule pas. Il ne fait rien, en fait. Il attend, sans avoir l'air d'attendre, avec cette économie de gestes qui ressemble à de la confiance.
Clara a conscience de sa propre respiration. Elle a conscience de son chemisier, du tissu léger sur ses épaules, de l'espace entre le tissu et sa peau.
***
— Voulez-vous que je les fasse se toucher maintenant, ou prolonger encore ?
Je souris. L'IA me pose la question que je me pose moi-même.
— Prolonge encore. Une phrase d'elle. Quelque chose d'ambigu, qui pourrait vouloir dire plusieurs choses. Pas une invitation explicite. Un mot qui ouvre une porte sans la nommer.
***
Clara dit : "Il fait chaud ici."
C'est tout. Mais sa voix a quelque chose de différent de sa voix normale. Elle le sait. Il le sait. La phrase flotte entre eux comme une proposition.
***
Je m'arrête. Je me lève, je vais chercher un verre d'eau dans la cuisine. Je pense à Clara et à cet homme sans prénom. Je pense à la façon dont la machine a compris ce que je voulais sans que je le lui dise vraiment.
Je reviens. Je retape.
— Maintenant il la touche. Mais pas comme on s'y attend. Pas les mains en premier. Quelque chose de plus inattendu. Et je veux sentir que c'est lui qui décide, mais avec son accord à elle, un accord qui ne sera jamais dit à voix haute.
***
Il se lève. Il est effectivement grand, Clara doit lever légèrement le menton. Il ne tend pas la main. Il s'approche encore, franchit le dernier espace, et pose son front contre le sien.
C'est tout.
Mais le contact est électrique, front contre front, et Clara ferme les yeux parce qu'elle n'a plus besoin de les garder ouverts, parce que quelque chose vient de commencer et qu'elle le sait avec une précision absolue. Elle sent son souffle sur sa bouche, pas encore un baiser, juste le souffle, chaud et lent, et son propre souffle qui s'ajuste, qui trouve le même rythme sans qu'on le lui demande.
Ses mains à lui restent le long de ses flancs. Il attend encore. Il est très patient, cet homme.
Clara dit : "Oui."
Elle n'a pas besoin de dire à quoi.
***
Je lis le passage trois fois. La quatrième fois, je me rends compte que mes mains sont à plat sur le bureau, que je ne tape plus, que je suis simplement là, dans l'appartement de Clara et de cet homme sans prénom, dans la chaleur de l'été et l'électricité de ce front contre front.
Je tape.
– C'est bien. Maintenant je veux qu'ils se déshabillent. Lentement. Mais je ne veux pas de cérémonie. Je veux que ça ait l'air naturel, presque inévitable. Et décris ses mains à lui sur elle. Longuement. Avant qu'il se passe vraiment quelque chose.
— Je vais développer ce passage. Voici une proposition longue, arrêtez-moi si le tempo ne vous convient pas.
***
Il recule d'un demi-pas. Il regarde Clara avec une attention tranquille, il prend son temps comme quelqu'un qui sait qu'il en a. Ses doigts trouvent le premier bouton de son chemisier. Pas en haut, au milieu. Comme s'il commençait par le plus facile, ou par le plus audacieux.
Clara ne bouge pas. Elle sent le frôlement de ses doigts à travers le tissu, la légère traction quand le bouton cède, l'air tiède de l'appartement sur le triangle de peau qu'il vient d'ouvrir. Il s'arrête là. Il pose la paume à plat sur cette surface nouvelle, juste sous le sternum, et Clara perçoit la chaleur de sa main comme quelque chose de précis, de délimité, une chaleur qui a la forme exacte de sa paume.
Il défait le second bouton. Il s'arrête encore. Sa main remonte lentement, effleure la cage thoracique, les côtes sous la peau, la douceur du flanc. Il n'explore pas, il écoute. C'est la différence. Il ne cherche pas quelque chose, il reçoit ce que la peau lui donne.
Clara sent ses propres épaules se relâcher. Elle ne savait pas qu'elles étaient tendues.
Les boutons suivants viennent l'un après l'autre, sans hâte. Quand le chemisier s'ouvre entièrement, il ne le retire pas tout de suite. Il le laisse ouvert sur elle, les deux pans tombant de chaque côté, et il la regarde. Pas son corps. Elle. Son visage.
"Tu es belle", dit-il.
Clara ne répond rien parce qu'il ne lui pose pas une question.
Ses mains remontent vers ses épaules, font glisser le tissu, le laissent tomber. Clara reste en soutien-gorge, la lumière de la lampe oblique sur sa peau, et elle sent le regard de cet homme comme une matière, quelque chose de tangible qui se pose sur elle.
Il dégrafe le soutien-gorge depuis le dos. Un seul geste, sans tâtonner. Le tissu part. Ses seins s'exposent à l'air de l'appartement, aux paumes de l'homme qui s'en approchent sans les toucher encore, qui dévient à la dernière seconde pour longer les côtes, descendre vers les hanches, trouver la ceinture du pantalon.
Clara retient son souffle.
***
— Je peux continuer et développer la scène vers sa conclusion naturelle, avec autant de détails que vous le souhaitez. Dois-je poursuivre ?
— Poursuis. Je veux toute la scène. Sans ellipse. Tout.
Il y a un silence. Deux ou trois secondes pendant lesquelles l'écran reste blanc. Puis le texte arrive, paragraphe par paragraphe, comme une respiration.
***
Le pantalon de Clara tombe. L'homme s'agenouille pour l'aider à en sortir, et ce geste-là, cette façon de descendre vers elle, a quelque chose d'inattendu, une attention dans le corps qui n'est pas de la soumission mais de la présence totale. Il remonte en effleurant les jambes, les genoux, l'intérieur des cuisses, et Clara sent la légèreté de ses doigts comme des virgules sur sa peau, des pauses entre des phrases encore à venir.
Il se relève. Elle tend les mains vers son jean, elle tire sur le bouton, la fermeture, et le tissu descend. Il l'aide en reculant d'un demi-pas et en la regardant faire. Il aime qu'elle le déshabille, ça se voit dans sa façon de ne pas bouger, de tout recevoir.
Ils sont debout l'un en face de l'autre dans la lumière oblique.
Clara pose les mains sur son torse. Elle sent les muscles sous la peau, la chaleur dense de son corps, les battements lents de son cœur dans la cage thoracique. Il a les yeux sur elle. Ses mains descendent lentement vers son ventre, vers le bord de son boxer.
Il dit son prénom. Juste son prénom.
Elle fait descendre le boxer.
Ce qui suit appartient à la catégorie des choses qui perdent leur sens quand on les raconte trop vite.
Il la prend par la main. Il la conduit vers le canapé sans se presser, sans hésiter, avec la certitude tranquille de quelqu'un qui sait où il va. Il l'allonge sur le dos. Il s'agenouille entre ses jambes et pose les mains sur ses cuisses, légèrement, juste pour sentir leur chaleur, leur texture, la façon dont elles s'écartent doucement sous la pression.
Il descend sur elle.
Sa bouche trouve d'abord le ventre, le nombril, l'os du bassin. Clara sent ses lèvres sur chaque endroit comme des questions auxquelles son corps répond sans consulter sa tête. Quand sa bouche descend encore, entre ses cuisses, Clara ferme les yeux et ses hanches montent à sa rencontre dans un mouvement involontaire, instinctif, qui lui échappe.
Il prend son temps. Il n'a pas l'air pressé d'en finir avec elle, au contraire, il a l'air de vouloir durer, de vouloir que ça dure, et sa langue est lente et précise sur elle, elle trouve les endroits qui font frémir Clara, elle y revient, elle insiste doucement, puis elle s'éloigne, elle détourne, elle revient encore.
Clara a les doigts dans ses cheveux. Elle ne sait plus très bien ce qu'elle fait de ses mains.
Le plaisir monte en elle par vagues, chaque vague un peu plus haute que la précédente, et l'homme entre ses cuisses maintient ce rythme avec une patience qui ressemble à de la générosité. Clara sent le moment approcher, elle le sent comme on sent une lumière au bout d'un couloir, présente et lointaine à la fois, et elle dit à voix basse, elle ne sait pas pourquoi elle dit ça, elle dit :
"Ne t'arrête pas."
Il ne s'arrête pas.
Quand le plaisir arrive, il arrive lentement d'abord, comme une houle avant la vague, et Clara sent tout son corps se contracter et se relâcher dans le même mouvement, ses talons qui s'enfoncent dans le canapé, sa respiration qui se suspend, puis l'onde entière qui la traverse et qui dure, qui dure encore tandis que l'homme continue, plus doucement maintenant, pour prolonger, pour finir de recueillir ce qu'il a provoqué.
Un moment passe.
Clara a les yeux ouverts sur le plafond. Elle respire. Elle sent la chaleur de l'homme qui remonte le long de son corps et s'allonge à côté d'elle, sa peau contre la sienne sur toute la longueur.
Il est dur contre sa hanche. Elle le sent, elle pose la main sur lui, elle le tient dans sa paume et il retient son souffle.
Clara se tourne vers lui.
Elle l'enfourche.
La pénétration est lente, les deux premiers centimètres puis une pause, puis la suite, une progression qui est en elle-même une forme de conversation, son corps qui s'ouvre sur lui par degrés, qui l'accueille par étapes. L'homme a les mains sur ses hanches. Il ne la dirige pas, il l'accompagne, ses pouces dessinant des cercles sur ses os du bassin tandis qu'elle descend entièrement sur lui.
Clara s'arrête quand il est en elle jusqu'au bout. Elle reste là. Elle sent leur double respiration, la chaleur de son ventre contre le sien, la plénitude de cette présence en elle qui est à la fois familière et totalement nouvelle.
Elle commence à bouger.
D'abord lentement, un balancement des hanches, une pression en avant puis en arrière qui crée entre eux un frottement doux et profond. L'homme lève les yeux vers elle. Il la regarde bouger sur lui avec cette attention tranquille qu'il a depuis le début, cette façon de voir sans dévorer, et Clara le soutient du regard en continuant à bouger.
Le rythme s'intensifie peu à peu. Clara sent ses cuisses qui travaillent, la chaleur qui monte dans ses reins, la façon dont chaque mouvement revient en elle comme une résonance. L'homme lâche un son bas, à peine audible, et Clara sent dans son ventre la fierté étrange de lui avoir arraché ce son.
Elle se couche sur lui.
Il la retourne.
Le changement est fluide, sans rupture, et Clara se retrouve sous lui, ses jambes autour de ses hanches, ses mains sur ses épaules. Il reprend le rythme qu'elle avait établi, il le conserve d'abord, puis il l'approfondit, chaque va-et-vient plus ample, plus lent en surface et plus puissant dans le fond, et Clara sent ses ongles s'enfoncer dans la peau de ses épaules sans en avoir l'intention.
Il lui parle à l'oreille. Pas des mots importants. Juste son prénom, et des bribes, et sa respiration chaude contre son cou. Sa voix basse qui dit qu'elle est belle, qu'il la veut, qu'il ne veut pas s'arrêter.
Clara dit : "Alors ne t'arrête pas."
Il ne s'arrête pas.
Le second plaisir de Clara arrive différemment du premier, moins par vagues que par un resserrement progressif, une tension qui monte du centre et qui irradie, et quand ça arrive c'est plus dur, plus profond, ça descend dans ses jambes et remonte dans sa gorge et elle entend sa propre voix sans l'avoir décidé.
L'homme sent ça. Il accélère. Son souffle change, sa façon de peser sur elle change, et Clara comprend qu'il est au bord, elle le sent dans la tension de son corps tout entier, dans la façon dont ses mains s'agrippent à elle, et elle l'encourage d'une pression des jambes, d'un "viens" murmuré à son oreille.
Il vient.
Après, ils restent l'un dans l'autre, l'un sur l'autre, sans bouger. La lampe est toujours allumée. L'appartement sent maintenant quelque chose de différent, plus chaud, plus dense. Dehors, la ville est silencieuse.
***
Je m'arrête de lire.
Mes mains sont sur mon ventre. Je ne sais pas exactement depuis combien de temps. À un moment pendant la lecture, sans décision consciente, ma main droite avait trouvé le chemin sous la ceinture, et j'avais continué à lire en me touchant, les yeux sur l'écran, sur Clara et sur cet homme sans prénom, et ma main avait suivi le rythme du texte, plus lente quand le texte était lent, plus précise quand le texte devenait précis.
J'ai joui sur ma chemise il y a quelques instants. Pendant le passage des jambes autour des hanches, je crois. Ou juste après.
Je reste sans bouger, les yeux sur le texte, à regarder ce que la machine a fabriqué et ce que j'ai fait avec.
Il y a quelque chose d'étrange dans ce travail, quelque chose que je n'avais pas prévu. Je lui ai donné des instructions, des corrections, des exemples. Elle a construit la chose pièce par pièce, en me posant les bonnes questions au bon moment. Et maintenant Clara existe quelque part dans les circuits, dans les serveurs, dans le courant électrique, et moi j'ai une tache tiède sur le tissu de ma chemise et les jambes légèrement molles.
Je tape une dernière fois.
— Quel est son prénom, à lui ?
Un silence. Deux secondes.
— Il n'en a pas encore. Vous ne me l'avez pas donné.
Je réfléchis. Par la fenêtre, les premières lumières de l'aube commencent à pâlir le ciel.
— Il s'appelle comme moi.
Je m'installe devant l'écran. Il est tard, la ville s'est tue, il ne reste plus que le bourdonnement sourd de l'ordinateur et cette impatience légère, presque physique, qui précède toujours le travail.
Je tape.
—Je veux une histoire érotique. Deux personnages. Une femme et un homme. Ils ne se connaissent pas encore.
— Bien. Quelques précisions pour commencer : quel est le cadre ? Un lieu clos augmente la tension, un espace ouvert favorise l'imprévu. Et souhaitez-vous une montée progressive vers l'acte, ou préférez-vous commencer au bord du basculement ?
Je réfléchis une seconde. C'est une bonne question. Je n'y avais pas pensé en ces termes.
— Un lieu clos. Un appartement. Elle est venue pour récupérer des affaires chez un ami absent. Lui, il est là par hasard. Ils ne savent pas encore ce qui va se passer. Je veux la tension, pas l'annonce.
— Voici une proposition d'ouverture :
***
La clé tourne dans la serrure avec le bruit d'une décision irrévocable. Clara entre dans l'appartement sans allumer, elle connaît l'endroit par cœur, ses pieds trouvent le chemin entre les meubles dans l'obscurité tiède. Elle n'a pas prévu l'homme allongé sur le canapé.
Il se redresse. Torse nu, les cheveux dans le désordre du sommeil. Il la regarde sans avoir l'air surpris, comme si l'obscurité lui appartenait.
"Thomas m'a dit qu'il avait une clé en plus", dit-il.
Sa voix est basse. Clara ne répond pas tout de suite. Elle cherche l'interrupteur.
***
— Souhaitez-vous que je continue dans cette direction, ou ajuster le ton ? Je peux rendre la première rencontre plus frontale, ou au contraire l'étirer davantage.
Je lis deux fois. Il y a quelque chose de juste dans la voix de cet homme. Ce "comme si l'obscurité lui appartenait", c'est bien. Mieux que ce que j'aurais écrit ce soir.
— Continue : Elle allume. Elle le voit vraiment. Décris son corps à lui, mais depuis son regard à elle. Pas de catalogue. Je veux ce qu'elle ressent en le voyant, pas un inventaire.
***
La lumière arrive d'un coup, brutale.
Clara cligne des yeux. L'homme ne bouge pas, il supporte la lumière sans sourciller, comme quelqu'un qui n'a rien à cacher ou qui a depuis longtemps renoncé à se cacher. Il est grand, même assis. Les épaules larges avec une sorte de négligence, comme si son corps avait grandi sans lui demander son avis. Une ligne sombre descend le long de son ventre jusqu'au bord du jean.
Clara sent quelque chose se déplacer en elle. Pas un désir encore, plutôt le pressentiment d'un désir, l'ombre portée de quelque chose qui n'a pas encore eu lieu.
Elle dit son prénom sans savoir pourquoi. Comme on dit une adresse à un inconnu pour qu'il sache où vous trouver.
***
— C'est bien. Exactement ça. Je veux maintenant qu'elle s'approche. Pas encore de contact. La proximité d'abord. Je veux que la tension devienne presque insupportable avant qu'ils se touchent. Mais donne-lui un prénom à elle d'abord. Et je veux qu'on sente l'odeur de l'appartement, la chaleur. Le corps a sa propre géographie, on ne dit pas ce mot-là, mais tu vois ce que je veux dire. Ce que la chaleur fait aux corps dans un espace petit.
— Son prénom est déjà Clara, je l'avais glissé dans la proposition précédente. Je le conserve, sauf instruction contraire.
***
L'appartement sent le bois chaud et quelque chose de plus animal, une présence humaine concentrée par l'été et les fenêtres fermées. Clara pose son sac. Elle s'avance sans raison précise, ou plutôt avec la raison floue qu'elle veut récupérer ce qu'elle est venue chercher, mais ses pieds la conduisent vers lui.
Elle s'arrête à un mètre. Elle perçoit la chaleur de sa peau comme on perçoit la chaleur d'une bougie sans la toucher. Une chaleur qui a une forme, qui a des contours. Lui ne recule pas. Il ne fait rien, en fait. Il attend, sans avoir l'air d'attendre, avec cette économie de gestes qui ressemble à de la confiance.
Clara a conscience de sa propre respiration. Elle a conscience de son chemisier, du tissu léger sur ses épaules, de l'espace entre le tissu et sa peau.
***
— Voulez-vous que je les fasse se toucher maintenant, ou prolonger encore ?
Je souris. L'IA me pose la question que je me pose moi-même.
— Prolonge encore. Une phrase d'elle. Quelque chose d'ambigu, qui pourrait vouloir dire plusieurs choses. Pas une invitation explicite. Un mot qui ouvre une porte sans la nommer.
***
Clara dit : "Il fait chaud ici."
C'est tout. Mais sa voix a quelque chose de différent de sa voix normale. Elle le sait. Il le sait. La phrase flotte entre eux comme une proposition.
***
Je m'arrête. Je me lève, je vais chercher un verre d'eau dans la cuisine. Je pense à Clara et à cet homme sans prénom. Je pense à la façon dont la machine a compris ce que je voulais sans que je le lui dise vraiment.
Je reviens. Je retape.
— Maintenant il la touche. Mais pas comme on s'y attend. Pas les mains en premier. Quelque chose de plus inattendu. Et je veux sentir que c'est lui qui décide, mais avec son accord à elle, un accord qui ne sera jamais dit à voix haute.
***
Il se lève. Il est effectivement grand, Clara doit lever légèrement le menton. Il ne tend pas la main. Il s'approche encore, franchit le dernier espace, et pose son front contre le sien.
C'est tout.
Mais le contact est électrique, front contre front, et Clara ferme les yeux parce qu'elle n'a plus besoin de les garder ouverts, parce que quelque chose vient de commencer et qu'elle le sait avec une précision absolue. Elle sent son souffle sur sa bouche, pas encore un baiser, juste le souffle, chaud et lent, et son propre souffle qui s'ajuste, qui trouve le même rythme sans qu'on le lui demande.
Ses mains à lui restent le long de ses flancs. Il attend encore. Il est très patient, cet homme.
Clara dit : "Oui."
Elle n'a pas besoin de dire à quoi.
***
Je lis le passage trois fois. La quatrième fois, je me rends compte que mes mains sont à plat sur le bureau, que je ne tape plus, que je suis simplement là, dans l'appartement de Clara et de cet homme sans prénom, dans la chaleur de l'été et l'électricité de ce front contre front.
Je tape.
– C'est bien. Maintenant je veux qu'ils se déshabillent. Lentement. Mais je ne veux pas de cérémonie. Je veux que ça ait l'air naturel, presque inévitable. Et décris ses mains à lui sur elle. Longuement. Avant qu'il se passe vraiment quelque chose.
— Je vais développer ce passage. Voici une proposition longue, arrêtez-moi si le tempo ne vous convient pas.
***
Il recule d'un demi-pas. Il regarde Clara avec une attention tranquille, il prend son temps comme quelqu'un qui sait qu'il en a. Ses doigts trouvent le premier bouton de son chemisier. Pas en haut, au milieu. Comme s'il commençait par le plus facile, ou par le plus audacieux.
Clara ne bouge pas. Elle sent le frôlement de ses doigts à travers le tissu, la légère traction quand le bouton cède, l'air tiède de l'appartement sur le triangle de peau qu'il vient d'ouvrir. Il s'arrête là. Il pose la paume à plat sur cette surface nouvelle, juste sous le sternum, et Clara perçoit la chaleur de sa main comme quelque chose de précis, de délimité, une chaleur qui a la forme exacte de sa paume.
Il défait le second bouton. Il s'arrête encore. Sa main remonte lentement, effleure la cage thoracique, les côtes sous la peau, la douceur du flanc. Il n'explore pas, il écoute. C'est la différence. Il ne cherche pas quelque chose, il reçoit ce que la peau lui donne.
Clara sent ses propres épaules se relâcher. Elle ne savait pas qu'elles étaient tendues.
Les boutons suivants viennent l'un après l'autre, sans hâte. Quand le chemisier s'ouvre entièrement, il ne le retire pas tout de suite. Il le laisse ouvert sur elle, les deux pans tombant de chaque côté, et il la regarde. Pas son corps. Elle. Son visage.
"Tu es belle", dit-il.
Clara ne répond rien parce qu'il ne lui pose pas une question.
Ses mains remontent vers ses épaules, font glisser le tissu, le laissent tomber. Clara reste en soutien-gorge, la lumière de la lampe oblique sur sa peau, et elle sent le regard de cet homme comme une matière, quelque chose de tangible qui se pose sur elle.
Il dégrafe le soutien-gorge depuis le dos. Un seul geste, sans tâtonner. Le tissu part. Ses seins s'exposent à l'air de l'appartement, aux paumes de l'homme qui s'en approchent sans les toucher encore, qui dévient à la dernière seconde pour longer les côtes, descendre vers les hanches, trouver la ceinture du pantalon.
Clara retient son souffle.
***
— Je peux continuer et développer la scène vers sa conclusion naturelle, avec autant de détails que vous le souhaitez. Dois-je poursuivre ?
— Poursuis. Je veux toute la scène. Sans ellipse. Tout.
Il y a un silence. Deux ou trois secondes pendant lesquelles l'écran reste blanc. Puis le texte arrive, paragraphe par paragraphe, comme une respiration.
***
Le pantalon de Clara tombe. L'homme s'agenouille pour l'aider à en sortir, et ce geste-là, cette façon de descendre vers elle, a quelque chose d'inattendu, une attention dans le corps qui n'est pas de la soumission mais de la présence totale. Il remonte en effleurant les jambes, les genoux, l'intérieur des cuisses, et Clara sent la légèreté de ses doigts comme des virgules sur sa peau, des pauses entre des phrases encore à venir.
Il se relève. Elle tend les mains vers son jean, elle tire sur le bouton, la fermeture, et le tissu descend. Il l'aide en reculant d'un demi-pas et en la regardant faire. Il aime qu'elle le déshabille, ça se voit dans sa façon de ne pas bouger, de tout recevoir.
Ils sont debout l'un en face de l'autre dans la lumière oblique.
Clara pose les mains sur son torse. Elle sent les muscles sous la peau, la chaleur dense de son corps, les battements lents de son cœur dans la cage thoracique. Il a les yeux sur elle. Ses mains descendent lentement vers son ventre, vers le bord de son boxer.
Il dit son prénom. Juste son prénom.
Elle fait descendre le boxer.
Ce qui suit appartient à la catégorie des choses qui perdent leur sens quand on les raconte trop vite.
Il la prend par la main. Il la conduit vers le canapé sans se presser, sans hésiter, avec la certitude tranquille de quelqu'un qui sait où il va. Il l'allonge sur le dos. Il s'agenouille entre ses jambes et pose les mains sur ses cuisses, légèrement, juste pour sentir leur chaleur, leur texture, la façon dont elles s'écartent doucement sous la pression.
Il descend sur elle.
Sa bouche trouve d'abord le ventre, le nombril, l'os du bassin. Clara sent ses lèvres sur chaque endroit comme des questions auxquelles son corps répond sans consulter sa tête. Quand sa bouche descend encore, entre ses cuisses, Clara ferme les yeux et ses hanches montent à sa rencontre dans un mouvement involontaire, instinctif, qui lui échappe.
Il prend son temps. Il n'a pas l'air pressé d'en finir avec elle, au contraire, il a l'air de vouloir durer, de vouloir que ça dure, et sa langue est lente et précise sur elle, elle trouve les endroits qui font frémir Clara, elle y revient, elle insiste doucement, puis elle s'éloigne, elle détourne, elle revient encore.
Clara a les doigts dans ses cheveux. Elle ne sait plus très bien ce qu'elle fait de ses mains.
Le plaisir monte en elle par vagues, chaque vague un peu plus haute que la précédente, et l'homme entre ses cuisses maintient ce rythme avec une patience qui ressemble à de la générosité. Clara sent le moment approcher, elle le sent comme on sent une lumière au bout d'un couloir, présente et lointaine à la fois, et elle dit à voix basse, elle ne sait pas pourquoi elle dit ça, elle dit :
"Ne t'arrête pas."
Il ne s'arrête pas.
Quand le plaisir arrive, il arrive lentement d'abord, comme une houle avant la vague, et Clara sent tout son corps se contracter et se relâcher dans le même mouvement, ses talons qui s'enfoncent dans le canapé, sa respiration qui se suspend, puis l'onde entière qui la traverse et qui dure, qui dure encore tandis que l'homme continue, plus doucement maintenant, pour prolonger, pour finir de recueillir ce qu'il a provoqué.
Un moment passe.
Clara a les yeux ouverts sur le plafond. Elle respire. Elle sent la chaleur de l'homme qui remonte le long de son corps et s'allonge à côté d'elle, sa peau contre la sienne sur toute la longueur.
Il est dur contre sa hanche. Elle le sent, elle pose la main sur lui, elle le tient dans sa paume et il retient son souffle.
Clara se tourne vers lui.
Elle l'enfourche.
La pénétration est lente, les deux premiers centimètres puis une pause, puis la suite, une progression qui est en elle-même une forme de conversation, son corps qui s'ouvre sur lui par degrés, qui l'accueille par étapes. L'homme a les mains sur ses hanches. Il ne la dirige pas, il l'accompagne, ses pouces dessinant des cercles sur ses os du bassin tandis qu'elle descend entièrement sur lui.
Clara s'arrête quand il est en elle jusqu'au bout. Elle reste là. Elle sent leur double respiration, la chaleur de son ventre contre le sien, la plénitude de cette présence en elle qui est à la fois familière et totalement nouvelle.
Elle commence à bouger.
D'abord lentement, un balancement des hanches, une pression en avant puis en arrière qui crée entre eux un frottement doux et profond. L'homme lève les yeux vers elle. Il la regarde bouger sur lui avec cette attention tranquille qu'il a depuis le début, cette façon de voir sans dévorer, et Clara le soutient du regard en continuant à bouger.
Le rythme s'intensifie peu à peu. Clara sent ses cuisses qui travaillent, la chaleur qui monte dans ses reins, la façon dont chaque mouvement revient en elle comme une résonance. L'homme lâche un son bas, à peine audible, et Clara sent dans son ventre la fierté étrange de lui avoir arraché ce son.
Elle se couche sur lui.
Il la retourne.
Le changement est fluide, sans rupture, et Clara se retrouve sous lui, ses jambes autour de ses hanches, ses mains sur ses épaules. Il reprend le rythme qu'elle avait établi, il le conserve d'abord, puis il l'approfondit, chaque va-et-vient plus ample, plus lent en surface et plus puissant dans le fond, et Clara sent ses ongles s'enfoncer dans la peau de ses épaules sans en avoir l'intention.
Il lui parle à l'oreille. Pas des mots importants. Juste son prénom, et des bribes, et sa respiration chaude contre son cou. Sa voix basse qui dit qu'elle est belle, qu'il la veut, qu'il ne veut pas s'arrêter.
Clara dit : "Alors ne t'arrête pas."
Il ne s'arrête pas.
Le second plaisir de Clara arrive différemment du premier, moins par vagues que par un resserrement progressif, une tension qui monte du centre et qui irradie, et quand ça arrive c'est plus dur, plus profond, ça descend dans ses jambes et remonte dans sa gorge et elle entend sa propre voix sans l'avoir décidé.
L'homme sent ça. Il accélère. Son souffle change, sa façon de peser sur elle change, et Clara comprend qu'il est au bord, elle le sent dans la tension de son corps tout entier, dans la façon dont ses mains s'agrippent à elle, et elle l'encourage d'une pression des jambes, d'un "viens" murmuré à son oreille.
Il vient.
Après, ils restent l'un dans l'autre, l'un sur l'autre, sans bouger. La lampe est toujours allumée. L'appartement sent maintenant quelque chose de différent, plus chaud, plus dense. Dehors, la ville est silencieuse.
***
Je m'arrête de lire.
Mes mains sont sur mon ventre. Je ne sais pas exactement depuis combien de temps. À un moment pendant la lecture, sans décision consciente, ma main droite avait trouvé le chemin sous la ceinture, et j'avais continué à lire en me touchant, les yeux sur l'écran, sur Clara et sur cet homme sans prénom, et ma main avait suivi le rythme du texte, plus lente quand le texte était lent, plus précise quand le texte devenait précis.
J'ai joui sur ma chemise il y a quelques instants. Pendant le passage des jambes autour des hanches, je crois. Ou juste après.
Je reste sans bouger, les yeux sur le texte, à regarder ce que la machine a fabriqué et ce que j'ai fait avec.
Il y a quelque chose d'étrange dans ce travail, quelque chose que je n'avais pas prévu. Je lui ai donné des instructions, des corrections, des exemples. Elle a construit la chose pièce par pièce, en me posant les bonnes questions au bon moment. Et maintenant Clara existe quelque part dans les circuits, dans les serveurs, dans le courant électrique, et moi j'ai une tache tiède sur le tissu de ma chemise et les jambes légèrement molles.
Je tape une dernière fois.
— Quel est son prénom, à lui ?
Un silence. Deux secondes.
— Il n'en a pas encore. Vous ne me l'avez pas donné.
Je réfléchis. Par la fenêtre, les premières lumières de l'aube commencent à pâlir le ciel.
— Il s'appelle comme moi.
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