Le Contrat - Chapitre 30: La faille

- Par l'auteur HDS Pelec -
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Récit libertin : Le Contrat - Chapitre 30: La faille Histoire érotique Publiée sur HDS le 01-06-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Le Contrat - Chapitre 30: La faille
Trois semaines.

Je pourrais les résumer par des faits : Cyril avait fini par obtempérer, non par conviction mais par calcul, avec cette prudence des gens qui savent jusqu'où ils peuvent aller avant que ça leur coûte quelque chose. Il utilisait Éloïse du bout des lèvres, comme on avale un médicament amer, sans y mettre de bonne volonté mais sans non plus risquer la sanction. C'était suffisant. Je n'avais pas besoin de sa bonne volonté.

Anaïs, elle, s'était installée dans ma vie avec la discrétion naturelle des présences qui ne font pas de bruit en arrivant. On déjeunait ensemble trois fois par semaine. On s'envoyait des messages le soir parfois, des choses anodines, un article, une remarque sur un dossier, rien qui demandait une réponse urgente. C'était léger et constant, et cette légèreté-là avait une valeur que je n'aurais pas su quantifier mais que je sentais chaque matin en arrivant au bureau.

Marc continuait à ne rien voir, ce qui était sa façon à lui d'accepter.

Nadia continuait à me sourire depuis son comptoir, sobre, régulier, le même sourire du lundi au vendredi.

Mon reflet dans le miroir du matin était devenu moins hostile. Pas familier encore, pas tout à fait. Mais moins hostile. Les mèches rousses cuivrées avaient perdu leur caractère de surprise. Elles étaient là, simplement, comme mes escarpins et ma guêpière et ma voix tenue : des éléments d'une réalité qui avait eu le temps de devenir la mienne.

Mais ce que je ne pourrais pas résumer par des faits, c'est ce qui s'était passé un mardi de la deuxième semaine, au téléphone avec un fournisseur que je n'avais jamais rencontré.

Il avait demandé à parler à Éloi Bertrand.

J'avais dit que c'était moi.

Il avait continué : monsieur Bertrand, donc, au sujet de la commande de septembre.

Et quelque chose s'était contracté en moi, immédiatement, avant que j'aie eu le temps de le décider. Pas de l'irritation à proprement parler. Plutôt une résistance, un réflexe de correction qui avait monté dans ma gorge et que j'avais ravalé, parce qu'expliquer à un fournisseur que je m'appelais désormais Éloïse n'était pas une conversation que j'avais envie d'avoir ce mardi-là, ni peut-être jamais avec lui.

J'avais raccroché. J'étais resté quelques secondes les mains posées à plat sur le bureau.

La contraction était encore là.

Ce n'est qu'en fin d'après-midi, en y repensant, que j'avais compris ce qu'elle signifiait. Pas que je rejetais Éloi. Pas que j'acceptais Éloïse. Quelque chose de plus précis et de plus difficile à formuler : que le mot monsieur, appliqué à moi, avait produit quelque chose d'inexact. Comme une fausse note. Comme un nom qu'on prononce mal et qui ne résonne pas tout à fait juste.

Je n'avais rien dit à personne. Pas à Anaïs, pas à Madame Stella. Je l'avais gardé, cette petite information, et je l'avais retournée dans ma tête pendant plusieurs jours, prudemment, comme on retourne un objet fragile pour voir s'il résiste.

Il résistait.

Le message arriva un jeudi soir, à dix-neuf heures douze.

Pas l'heure habituelle. Pas la formule habituelle : ce soir, vingt heures, tenue. Juste :

Demain soir. Venez.

Pas de tenue précisée. Pas d'heure exacte, juste le soir. Pas d'instruction. Ce vide-là dans un message de Madame Stella était lui-même une information, et je ne mis pas longtemps à comprendre que ce soir serait différent des autres sans pouvoir dire en quoi.

Je répondis : Oui, Madame.

Je dormis mal.

Le vendredi soir, je sonnai à dix-neuf heures trente.

Elle ouvrit. Tailleur sombre, comme toujours, la frange asymétrique impeccable, les yeux verts qui me traversèrent avec cette qualité d'attention particulière que j'avais appris à distinguer de son regard ordinaire. Quelque chose était différent ce soir dans la façon dont elle me regardait arriver. Pas dans ses traits, pas dans sa posture. Dans l'épaisseur de son attention.

— Entre, dit-elle.

Je posai mon manteau. Retirai mes escarpins. Elle m'avait laissé entrer sans me placer immédiatement, sans donner d'instruction, ce qui ne lui ressemblait pas. Je la suivis dans le salon.

Sur la table basse : la trousse noire, le gant plié, le lubrifiant. Et à côté, quelque chose que je n'avais pas vu depuis longtemps : une bouteille de vin, deux verres.

Je m'arrêtai.

Elle s'assit dans le fauteuil, croisa les jambes.

— Assieds-toi.

Je m'assis sur le canapé. Elle prit la bouteille, servit deux verres avec des gestes précis, m'en tendit un. Je le pris sans savoir quoi faire de ce geste, de cette bouteille, de ces deux verres dans son salon impeccable un vendredi soir.

— Trois semaines, dit-elle.
— Oui, Madame.
— Tu tiens.
— J'essaie.

Elle but une gorgée. Me regarda par-dessus le bord du verre avec cette fixité tranquille.

— Éloïse, dit-elle. Comment ça va ?

La question était simple. Dans sa bouche, posée ainsi, avec ce prénom devant, elle produisait quelque chose d'étrange, quelque chose qui n'avait pas la texture de ses questions habituelles. Ce n'était pas un débrief. Ce n'était pas une évaluation. C'était une vraie question.

— Je ne sais pas toujours qui je suis en me levant le matin, dis-je. Mais je sais comment je m'appelle.

Un silence. Quelque chose passa dans son regard, bref, que je n'aurais pas su nommer.

— C'est suffisant pour ce soir, dit-elle.

Elle posa son verre. Se leva. Et la soirée changea de nature, proprement, sans transition superflue.

— Déshabille-toi. Guêpière et collants. Tu sais.

Je me déshabillai. Elle alla chercher quelque chose dans la chambre, revint. Le harnais, ce soir, avec le gode le plus large, celui qu'elle ne sortait que lorsqu'elle avait décidé que j'étais prête pour quelque chose de plus. Elle le boucla à ses hanches avec ces gestes précis et économiques que je connaissais dans leur moindre détail maintenant, et cette familiarité-là avait quelque chose de presque doux.

— Face au miroir. Mains à plat.

Je me plaçai. Mes paumes sur la surface froide. Elle vint se positionner derrière moi, sa main au sacrum, l'autre à ma nuque.

Ce qui suivit fut long.

Elle commença par le dos, sa main à plat entre mes omoplates, une pression légère qui n'ordonnait rien mais qui disait : je suis là, je sais où tu es. Puis elle descendit lentement vers le sacrum, paume ouverte, comme on appose une main sur quelque chose qu'on s'apprête à prendre soin. Je sentis ma respiration changer avant même qu'elle ait commencé.

Elle entra par paliers, millimètre par millimètre, avec cette patience absolue qui était sa façon d'être dans tout ce qu'elle faisait. Pas d'à-coups, pas de précipitation. Juste une avancée régulière, mesurée à ma respiration, calée sur les micro-relâchements de mon corps. Quand je me tendais, elle s'arrêtait. Elle attendait, sans un mot, le temps que ma mâchoire se desserre, que mes épaules descendent, que mon ventre lâche le réflexe de protection. Puis elle reprenait, exactement là où elle s'était arrêtée, sans brusquer, sans chercher à rattraper le temps.

— Respire bas, dit-elle.

Je respirai. Long, ancré, le souffle que j'avais appris à trouver dans les moments où le corps veut fuir et où on lui dit non, reste.
Elle trouva la profondeur, cette zone particulière qui renvoyait une chaleur diffuse vers le ventre, et s'y installa. Pas de mouvement encore, juste la présence, pleine, ronde, dense, comme si mon corps devait d'abord apprendre à tenir ça avant d'apprendre à bouger avec.

— Décris, dit-elle.
— Plein, dis-je. Chaud. Profond. Stable.
— Bien.

Elle commença le mouvement. Lent d'abord, une cadence courte qui n'allait pas chercher la longueur mais qui approfondissait la sensation, qui l'élargissait, qui lui donnait une dimension que l'immobilité seule n'avait pas. Je sentis mes cuisses se contracter malgré moi. Sa main à ma hanche, ferme, me maintint dans l'axe.

— Immobile. Les jambes.

Je relâchai. La cadence reprit, légèrement plus ample, et la sensation changea de nature : ce n'était plus une présence statique mais quelque chose de vivant, de mouvant, qui avait son propre rythme et auquel mon corps commençait à répondre sans que j'aie besoin de décider quoi que ce soit.

Je laissai échapper un son. Pas un gémissement contrôlé, pas la voix tenue qu'elle m'avait appris à tenir. Quelque chose de plus brut, de moins surveillé, qui venait d'un endroit que la discipline n'atteignait pas.

Elle ne corrigea pas. Elle continua.

Sa main quitta ma hanche pour remonter dans mes cheveux, pas pour guider, pour tenir. Une prise ferme qui basculait légèrement ma tête en arrière, qui exposait ma nuque à l'air de la pièce, qui me maintenait dans une position où je ne pouvais ni avancer ni reculer, juste recevoir.

Elle augmenta le rythme d'un degré. Juste un degré, mais suffisant pour que la chaleur qui s'était accumulée dans mon ventre commence à irradier vers le haut, vers la poitrine, vers la gorge. Mes mains glissèrent légèrement sur le miroir, cherchant un appui qui tenait.

— Les mains, dit-elle.

Je les re-plaquai contre le miroir. Elle frappa ma hanche du plat de la main, sèchement, la brûlure utile qui ramenait tout dans l'axe. Je retrouvai l'alignement, la respiration basse, le rail régulier.

Elle reprit. Plus ample maintenant, presque toute la longueur, et à chaque entrée le point profond qui accrochait et renvoyait une onde vers l'avant, vers le bas, vers des endroits que je n'aurais pas su nommer avec précision mais que mon corps connaissait parfaitement. Je gémis à nouveau, plus fort cette fois, et je ne cherchai pas à le retenir.

— Voilà, dit-elle, à mi-voix.

Elle tint ce rythme longtemps. Suffisamment longtemps pour que je perde la notion du temps, pour que l'open space et Cyril et la carte de timbrage et le message de Julien et tout le reste deviennent des abstractions sans poids ni texture. Il n'y avait que ça : sa présence dans mon dos, ses mains, le miroir devant moi où je voyais mon visage défait, la bouche entrouverte, les yeux mi-clos, quelqu'un que je reconnaissais à peine et qui me ressemblait parfaitement.

Puis elle ralentit, progressivement, laissant la sensation descendre par paliers plutôt que de la couper net. C'était ça aussi qu'elle m'avait appris : la sortie était aussi importante que l'entrée. On ne brise pas ce qu'on a construit.

Elle se retira. Proprement, lentement, en maintenant sa main au sacrum jusqu'au bout.

Je restai appuyée au miroir, à reprendre mon souffle, les jambes légèrement tremblantes, la tête vide de tout ce qui n'était pas le moment présent. Puis sa main se posa sur mon épaule.

— Retourne-toi.

Je me retournai.

Elle était là, à quelques centimètres, le harnais encore à ses hanches, les yeux verts sur moi avec cette qualité d'attention que j'avais remarquée en arrivant et qui n'avait pas diminué. Elle me regardait d'une façon que je ne lui connaissais pas encore tout à fait, ou plutôt que je lui connaissais par fragments, par éclairs brefs dans des moments qui passaient trop vite pour qu'on les examine.

Elle leva la main. Posa deux doigts sous mon menton, comme toujours, pour régler l'angle.

Mais cette fois, elle ne régla pas l'angle.

Elle laissa sa main là, simplement, sous mon menton, et quelque chose dans ce geste qui n'allait nulle part, qui ne corrigeait rien, qui tenait juste mon visage dans sa main, était entièrement différent de tout ce qui avait précédé.

Puis elle se pencha.

Ses lèvres trouvèrent les miennes, et je ne bougeai pas, parce que mon corps avait cessé de savoir comment bouger.

Ce n'était pas un ordre. Ce n'était pas la mécanique précise d'un geste qui fait partie d'un programme. Ce n'était pas non plus la façon dont elle touchait mon menton pour régler l'angle, ni la façon dont elle posait sa main à mon sacrum pour maintenir l'axe. C'était autre chose. Quelque chose qui n'avait pas de procédure, pas de fonction assignée, pas de place dans le cadre qu'elle avait construit autour de nous depuis le début.

Je ne fermai pas les yeux immédiatement. Je la regardai, de trop près pour que son visage soit net, juste cette proximité inhabituelle, ses traits flous à quelques centimètres des miens, et ses lèvres sur les miennes, douces, réelles, sans la moindre trace de démonstration.

Puis quelque chose lâcha en moi.

Mes yeux se fermèrent. Je ne les fermai pas, ils se fermèrent, d'eux-mêmes, parce que le corps a ses propres décisions quand la tête a cessé de gouverner. Et dans ce noir-là, avec ses lèvres sur les miennes, tout ce que j'avais porté depuis des semaines, les moqueries de Cyril, la chaise vide de Julien, la carte de timbrage avec le nouveau prénom, les larmes devant le miroir, tout ça perdit soudainement son poids. Pas parce que ça disparaissait. Parce que quelque chose d'autre existait maintenant dans le même espace, quelque chose qui prenait plus de place que tout le reste.

Elle n'avait jamais fait ça.

En des mois de sessions, de règles, de postures et de précision, elle ne m'avait jamais embrassée. Pas comme ça. Pas avec cette qualité de geste qu'on fait parce qu'on le veut, sans autre raison, sans cadre pour le justifier. Elle m'avait touchée de mille façons, elle avait appris mon corps mieux que je ne le connaissais moi-même, elle avait poussé des limites que je n'avais pas su voir avant qu'elle les traverse. Mais elle ne m'avait jamais donné ça : quelque chose qui n'était pas de la domination, pas de l'apprentissage, pas de la précision clinique.

Quelque chose qui était simplement elle, qui voulait.

Le baiser s'approfondit légèrement. Sa main, qui tenait toujours mon menton, se déplaça, remonta le long de ma joue, se posa dans mes cheveux, dans mes vrais cheveux, les mèches rousses cuivrées que la coiffeuse avait faites et qu'elle avait choisies. Cette main-là, dans mes cheveux, avec une douceur que je ne lui connaissais pas, produisit quelque chose que je ne sus pas retenir : une chaleur qui montait depuis la poitrine, qui serrait la gorge, qui menaçait de déborder.

Je répondis au baiser.

Pas comme on obéit. Comme on cède à quelque chose qu'on retenait sans le savoir. Mes lèvres s'ouvrirent légèrement, et elle laissa faire, elle suivit, et sa langue trouva la mienne, doucement d'abord, avec cette prudence de quelque chose qu'on ne veut pas brusquer, puis avec plus de présence, plus de chaleur. Elle avait un goût de vin et de quelque chose de plus personnel, de plus intime, quelque chose que je n'aurais pas su décrire mais que je sus immédiatement reconnaître comme le sien. Et j'aimais ce goût. Je l'aimais d'une façon simple, immédiate, sans avoir besoin de le décider. Et pendant quelques secondes il n'y eut plus de Madame Stella et d'Éloïse, plus de cadre et de sujet, plus de règle et de contrat. Il y eut juste deux bouches mêlées, ce goût entre elles, la chaleur, et le silence de l'appartement autour.

Puis elle recula.

D'un demi-pas, lentement, sans brusquer. Sa main quitta mes cheveux. Elle me regarda, de près encore, et son visage était le même qu'avant, fermé, précis, les taches de rousseur sur la peau pâle, les yeux verts qui ne livraient rien de ce qui se passait derrière.

Sauf que quelque chose avait changé dans ces yeux-là. Quelque chose d'infime, que j'aurais peut-être manqué un autre soir, mais que je ne manquai pas ce soir parce que j'étais encore trop proche pour ne pas le voir.

Elle avait voulu ça.

Pas pour moi. Pas pour le cadre. Pour elle.

Et cette pensée-là, simple, brutale dans sa simplicité, me traversa de part en part comme quelque chose qu'on attendait sans savoir qu'on l'attendait.

Elle défit le harnais. Le rangea. Referma la trousse.

— Tu dors ici cette nuit, dit-elle. Sur le canapé.

Elle alla dans la cuisine, revint avec un verre d'eau qu'elle posa sur la table basse. Puis elle s'arrêta dans l'encadrement du couloir.

— Bonne nuit, Éloïse.
— Bonne nuit, Madame.

Elle disparut dans la chambre. La porte se referma doucement.

Je restai debout au milieu du salon un long moment, dans la lumière basse, avec ce baiser quelque part sur ma bouche que je n'essayai pas de comprendre. Puis je m'allongeai sur le canapé, tirai la couverture sur mes épaules, et regardai le plafond dans le silence de l'appartement.

Dehors, la ville existait à voix basse.

Je rentrai chez moi le lendemain matin, après qu'elle fut partie travailler sans que nous nous soyons dit grand-chose, juste le café dans des tasses posées sur le comptoir de la cuisine, nos présences parallèles dans l'appartement, sobres et presque ordinaires.

Dans mon couloir, je m'arrêtai devant le miroir.

La coupe, les mèches, le visage. Je le regardai, longtemps, avec cette habitude qui s'installait sans que je l'aie décidée, cette façon de me retrouver là, debout devant ce reflet, sans savoir exactement ce que je cherchais.

Mais ce matin, il n'y avait pas de question.

Pas de larmes, pas de vertige, pas cette sensation d'être face à quelqu'un qu'on reconnaît mal. Juste le reflet, là, avec ses mèches rousses et sa frange légèrement de côté et ses yeux qui regardaient en retour.

Éloïse.

Je ne sus pas si c'était une réconciliation ou simplement une coexistence. Je ne cherchai pas à trancher. Je posai mon sac, retirai mon manteau, et allai faire du café dans ma cuisine.

Dehors, le ciel était clair pour la première fois depuis longtemps.

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Texte coquin : Le Contrat - Chapitre 30: La faille
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