Le feu sur la glace (4)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le feu sur la glace (4)
Chapitre 4
Nous sommes restés là, haletants, collés par la sueur. Connor s'est penché à mon oreille, sa voix encore brisée, plus intense que jamais :
— Maintenant, tu sais exactement ce que tu possèdes sur la glace, Herwann... Ne t'avise plus jamais de me lâcher, parce que je suis le seul capable de te briser comme ça.
Il s'est redressé, a ramassé son caleçon sans un regard en arrière et est parti se coucher, me laissant seul, tremblant et marqué, sur le sol de la cuisine.
Je referme doucement la porte du salon derrière moi, le cœur encore tambourinant comme après un quadruple lutz raté. Le couloir de l’appartement du club est désert, éclairé seulement par les veilleuses rouges des issues de secours. Mes jambes tremblent un peu, pas seulement de fatigue. Ce qui vient de se passer sur le canapé du salon commun – cette explosion de désir brut, nos corps qui se sont enfin libérés après des mois de tension refoulée – me laisse à la fois euphorique et complètement perdu.
Connor est passé devant moi il y a cinq minutes, sans un mot, juste un regard en coin et ce petit sourire en coin qui veut tout dire. Il a ramassé son caleçon par terre, l’a enfilé rapidement, et s’est dirigé vers la chambre qu’on partage, laissant la porte entrouverte. Un message silencieux : viens, si tu oses.
Je reste planté là une minute, le dos contre le mur froid. Je devrais aller me doucher dans l’autre salle de bain, faire comme si de rien n’était, dormir sur le canapé, n’importe quoi sauf franchir cette porte. Mais mes pieds avancent tout seuls. Je pousse la porte de la chambre.
La pièce est faiblement éclairée par la lampe de chevet de Connor. Il est assis sur son lit, torse nu, seulement vêtu de son caleçon noir qui moule parfaitement ses cuisses musclées. Ses cheveux sont encore en désordre, humides de sueur, et il me regarde avec ce mélange d’arrogance et d’attente qui me désarme.
— T’as l’air d’un mec qui vient de voir un fantôme, Delcourt.
Je referme la porte derrière moi, le clic résonnant comme un point de non-retour. Il est magnifique comme ça – la peau luisante, les muscles détendus après l’effort, cette assurance nonchalante qui me rend dingue depuis le premier jour.
— Faut qu’on parle, Connor. Sérieusement. Ce qui vient de se passer dans le salon…
Il s’adosse contre la tête de lit, croise les bras derrière la tête, faisant saillir ses biceps. Son caleçon remonte légèrement sur ses cuisses, et je force mon regard à rester sur son visage.
— Ouais, on a baisé comme des fous sur le canapé du salon commun. Et alors ?
Je soupire, passant une main dans mes cheveux courts encore en désordre, et m’assois sur le bord de mon lit, en face de lui.
— Et alors ? On partage une chambre, on est censés devenir partenaires en duo, et là… on vient de franchir une ligne énorme. Je sais même pas si je te déteste toujours ou si… si c’est autre chose.
Il penche la tête, son regard direct et sans détour.
— Écoute, Herwann. On va mettre les choses au clair tout de suite. Ce qui s’est passé, c’était du sexe. Du très bon sexe, même. J’ai remarqué tes regards depuis longtemps – dans les vestiaires, pendant les entraînements, aux compétitions. Tu me matais une seconde de trop, je le captais à chaque fois. Et moi, je te trouvais bandant aussi. Ton corps, ta rage contenue, ta puissance sur la glace… ça m’excitait depuis le début.
Je le fixe, un peu sonné.
— Tu… tu les avais vraiment remarqués ?
— Évidemment. Et aux JO, quand je t’ai balancé cette phrase sur le fait d’être « spécial »… c’était pas innocent. Je voulais tester ta réaction. Voir si tu allais juste m’insulter ou si y avait autre chose. Et quand tu m’as sauté dessus… putain, j’ai jamais été aussi excité de ma vie. Même en prenant des coups. C’était comme si toute cette tension sortait enfin, mais d’une façon tordue.
Je ris nerveusement, malgré moi.
— T’es complètement taré.
— Peut-être. Mais aujourd’hui, sur la glace, quand tu m’as porté… j’ai senti que c’était plus juste de la haine. Tes mains fermes, ton souffle… j’ai compris que t’en avais envie autant que moi. Et ce soir, dans le salon, l’occasion était là. Je l’ai prise.
Je baisse les yeux un instant, repensant à tout ça.
— Moi non plus, je n’ai plus pu me retenir. Mais maintenant… on fait quoi ?
Il se redresse légèrement, son ton devenant plus ferme, presque froid.
— On fait rien de plus. Juste du sexe. Pas de sentiments, pas de complications. Dans ce milieu, y a pas la place pour ça. On est déjà assez dans la merde avec les JO ratés, les sanctions, Viktor qui nous surveille, et ce duo forcé qui doit marcher si on veut une seconde chance. On cohabite, on bosse ensemble tous les jours, on se supporte sur la glace. Mais c’est tout. La nuit, si la tension monte et qu’on a envie, on baise. Ça évacue, ça garde les choses simples. Mais rien au-delà. Pas de couple, pas d’attachement, pas de drama émotionnel. Je veux pas ça. Et franchement, toi non plus, tu devrais pas.
Ses mots tombent comme une barrière de glace. Je sens une pointe aiguë dans la poitrine, une déception que je n’attendais pas si fort. Pour moi, ce n’était pas juste du sexe. Il y avait cette connexion, cette haine transformée en quelque chose de plus intense, de plus profond. Je le regarde, ce corps que je viens d’explorer, et je sais déjà que je veux plus – sa présence, ses provocations, même ses silences.
Mais je ne peux pas le lui dire. Pas quand il trace la ligne si nettement. Ça ruinerait tout : le duo, la cohabitation, ma carrière fragile.
— Ouais… d’accord, je réponds, en forçant ma voix à rester neutre. Juste du sexe. Pas de sentiments. On cohabite, on bosse, et si l’envie prend, on remet ça. Simple.
Il me dévisage un instant, comme pour vérifier que je suis sincère, puis se lève lentement de son lit. Il traverse les deux mètres qui nous séparent en deux pas assurés, se plante devant moi, dominant de sa hauteur. Avant que je puisse réagir, il encadre mon visage de ses mains chaudes, se penche et m’embrasse. Fougueusement. Ses lèvres écrasent les miennes avec une urgence brute, sa langue force le passage, et je réponds malgré moi, les mains agrippant ses hanches. Le baiser est intense, possessif, comme s’il voulait marquer ce pacte qu’on vient de sceller. Il mordille ma lèvre inférieure, grogne doucement contre ma bouche.
Puis il s’écarte à peine, le souffle court, les yeux brillants.
— C’est pour sceller ce qu’on vient de se dire, murmure-t-il, la voix rauque. Juste du sexe. Rien d’autre. Compris ?
Je hoche la tête, encore étourdi par le baiser, le goût de lui sur mes lèvres.
— Compris.
Il retourne s’asseoir sur son lit, comme si de rien n’était, un sourire en coin aux lèvres.
— Parfait. Tant qu’on reste sur la même page, y aura pas de problème. Demain, Viktor va nous faire crever à l’entraînement, alors repose-toi. Et si t’as encore envie plus tard… tu sais où je suis.
Je hoche la tête, me levant pour prendre un t-shirt propre dans mon sac. Je l’enfile lentement, le dos tourné, pour masquer ce que je ressens vraiment. À l’intérieur, ça bouillonne. Je mens. Je veux plus. Bien plus. Mais je vais jouer le jeu, cacher ce feu qui grandit malgré moi, parce que je n’ai pas le choix.
Je me recouche sur mon lit, éteignant ma lampe de chevet. La chambre plonge dans une pénombre presque totale.
— Bonne nuit, Connor.
— Bonne nuit, champion, répond-il avec ce ton sarcastique habituel. Et essaie de pas rêver trop fort de moi, hein. J’entends tout.
Je ferme les yeux, un sourire amer aux lèvres. Je sais déjà que je vais rêver de lui. Et que ce « juste du sexe » va me consumer bien plus que n’importe quelle chute sur la glace.
La glace nous attendra demain. Froide, exigeante, impitoyable. Et moi, je vais devoir étouffer ce feu qui brûle déjà trop fort.
Le lendemain matin arrive trop vite. Mon réveil sonne à 5 heures, et je me redresse dans le lit, le corps encore lourd des événements de la veille. Connor est déjà levé, je l'entends dans la salle de bain, l'eau coulant brièvement. Je fixe le plafond un instant, repensant à notre conversation, à ce pacte froid : juste du sexe, rien de plus. Mais mon cœur sait que c'est un mensonge pour moi. Je veux plus que ces ébats volés, plus que ces touches furtives. Je veux lui, entièrement. Je secoue la tête, enfile mon survêtement, et me prépare mentalement pour l'entraînement. Viktor ne va pas nous ménager.
On arrive à la patinoire de Bercy à 6 heures précises. L'air est glacial, la glace lisse et immaculée comme un miroir accusateur. Viktor est déjà là, au bord, les bras croisés, son éternel manteau usé sur les épaules. Ses yeux nous scrutent comme des lasers quand on lace nos patins.
— Prêts ? grogne-t-il. Aujourd'hui, on passe aux choses sérieuses. Pas de chichis, pas d'excuses. Vous êtes un duo maintenant. Synchronisez-vous ou cassez-vous.
Connor et moi hochons la tête, évitant de nous regarder trop longtemps. Sur la glace, on commence par des échauffements basiques : glissades parallèles, pirouettes synchronisées. Mais Viktor monte vite la barre. "Plus vite ! Plus haut !" crie-t-il, sa voix résonnant dans la patinoire vide. On enchaîne les éléments : triples sauts côte à côte, puis les portés. Je soulève Connor, mes mains fermes sur ses hanches, sentant ses muscles se contracter sous mes paumes. Il est léger, agile, mais l'effort me fait suer. Viktor nous pousse : "Herwann, tends les bras ! Connor, allonge-toi plus ! Vous patinez comme des amateurs !"
Les heures passent en un tourbillon de douleur. Mes cuisses brûlent, mes épaules hurlent à chaque porté. Connor atterrit mal sur un saut, glisse légèrement, et Viktor explose : "Qu'est-ce que c'est que ça ? Recommencez ! Cinquante fois s’il faut !" On recommence, encore et encore. La sueur coule dans mes yeux, mes cheveux bruns collés sur mon front. Connor halète à côté de moi, son corps luisant sous sa tenue d'entraînement moulante, qui met en valeur chaque courbe de ses muscles – ses épaules larges, son torse sculpté, ses jambes puissantes. Je dois me concentrer pour ne pas laisser mon regard s'attarder.
Mais Connor ne me facilite pas la tâche. Pendant un bref moment de pause, alors qu'on reprend notre souffle au bord de la glace, il se penche vers moi, assez près pour que je sente son haleine chaude contre mon oreille.
— T'es dur avec moi aujourd'hui, Delcourt, murmure-t-il avec ce ton provocant. Tes mains sur mes hanches... on dirait que tu veux me briser. Ou que tu veux que je te brise.
Je sens un frisson me parcourir, mon corps réagissant instantanément. Je serre les dents, jetant un regard furtif à Viktor qui note quelque chose sur son carnet.
— Ferme-la, Connor. Concentre-toi.
Il ricane doucement, ses yeux pétillants de malice.
— Oh, je me concentre. Sur la façon dont tes doigts s'enfoncent dans ma peau. Ça me donne des idées pour plus tard. Imagine si on était seuls... moi qui te plaque contre le mur, qui te fais plier, qui te prends fort jusqu'à ce que tu gémisses mon nom.
Ses mots me font durcir, une chaleur traîtresse montant dans mon bas-ventre. Je m'ajuste discrètement, priant pour que Viktor ne remarque rien. "Reprenez !" crie l'entraîneur, et on replonge dans l'enfer.
L'entraînement s'intensifie. Viktor nous fait travailler les transitions : je porte Connor en l'air, le fais tourner, puis le repose pour une pirouette synchronisée. À chaque contact, Connor trouve un moyen de me déstabiliser. Pendant un porté, ses lèvres effleurent presque mon oreille : "T'aimes me sentir contre toi, hein ? Mais c'est moi qui vais te dominer ce soir. Te faire supplier, te remplir jusqu'à ce que tu trembles sous moi."
Je manque de le lâcher, mes bras tremblant non pas de fatigue, mais d'excitation refoulée. "Concentre-toi, bordel !" je grogne entre mes dents. Viktor fronce les sourcils : "Qu'est-ce qui se passe, Herwann ? T'es distrait ? Recommencez !"
Pendant la pause suivante, Viktor nous accorde cinq minutes pour boire. Connor et moi nous dirigeons vers les vestiaires adjacents. À peine à l'abri des regards, il me plaque contre le mur froid, son corps pressé contre le mien. Ses mains glissent sur mes épaules, descendant le long de mes bras, ses doigts effleurant ma peau sous le tissu mouillé de sueur. Il se rapproche dangereusement, son visage à quelques centimètres du mien, ses lèvres frôlant presque les miennes.
— Cet entraînement me rend fou, Herwann, souffle-t-il, sa voix basse et rauque, chargée de désir. Tes mains sur moi... partout. Sur mes hanches, mes cuisses, mon dos. À chaque porté, je sens ta force, mais ça me donne envie de te retourner la situation. De te plaquer, de t'ouvrir lentement avec mes doigts, de te préparer jusqu'à ce que tu sois prêt pour moi. Puis de te prendre, profond, fort, te faisant cambrer pendant que je te domine complètement.
Après cette phrase, il passe lentement sa langue sur mes lèvres, un geste lent, humide, provocant, qui me fait frissonner de la tête aux pieds. Incapable de résister, je prends sa bouche d'assaut, l'embrassant avec la langue, profondément, désespérément, nos langues se battant dans une danse fiévreuse. Il répond avec la même intensité, mais quand on s'écarte enfin, haletants, un sourire diabolique étire ses lèvres – malicieux, victorieux, comme s'il avait gagné une bataille que je n'avais même pas vue venir.
Ses mots sont comme un feu liquide, et je sens mon érection pousser contre mon pantalon, douloureuse, impossible à ignorer. Son bassin appuie légèrement contre le mien, et je sens sa propre excitation, dure et insistante, me dominant déjà. Je halète, mes mains agrippant ses hanches instinctivement, mais je me force à le repousser doucement.
— Arrête, Connor. Viktor est juste à côté. On... on ne peut pas.
Il rit doucement, ses lèvres effleurant le lobe de mon oreille, mordillant légèrement.
— Oh, mais j'adore te voir comme ça. Bandant pour moi, prêt à te soumettre. Pense à ça pendant le reste de l'entraînement : moi en toi, te pilonnant sans relâche, te faisant jouir pendant que tu cries mon nom, complètement à ma merci.
Je tremble, mon corps en feu, mais je me dégage, ajustant mon survêtement pour cacher l'évidence. "On y retourne," je marmonne, le cœur battant.
De retour sur la glace, Viktor nous observe avec un œil perçant. On reprend les exercices, mais il y a quelque chose de changé. Nos mouvements sont plus fluides, nos regards se croisent avec une complicité nouvelle – même si pour Connor, c'est juste du jeu. Viktor s'arrête à un moment, les bras croisés.
— Attendez. Y a un truc différent aujourd'hui. Vous êtes... complices. Plus synchros. C'est bien. Continuez comme ça. Mais gardez la tête froide. Pas de distractions.
Connor et moi échangeons un regard furtif, et je sens une bouffée de chaleur. Viktor ne sait rien, mais il sent l'alchimie.
Les pauses se succèdent, et à chaque fois, Connor trouve un moyen de me tourmenter. Dans un coin sombre des vestiaires, il me coince à nouveau, sa main glissant sous mon t-shirt, caressant mes abdominaux, descendant dangereusement bas.
— Tes mains sur mon corps pendant les portés... ça me fait bander, Herwann. Imagine si on était nus : moi qui te domine, qui te fais plier, qui te prends par derrière pendant que tu gémis sous mes coups de reins. Te remplissant complètement, te faisant mien jusqu'à ce que tu jouisses sans que je te touche.
Je gémis doucement, mon érection pulsante, mais je le repousse. "Arrête... on doit y retourner." Il rit, ajustant son propre caleçon visiblement tendu.
L'entraînement dure jusqu'au soir, huit heures de torture physique. Mes muscles sont en feu, mes chevilles enflées, mais on progresse. Nos sauts sont plus nets, nos portés plus stables. Viktor nous pousse sans relâche : "Plus ! Encore ! Vous voulez les JO ou pas ?"
Enfin, à 18 heures, il siffle la fin. On s'effondre au bord de la glace, haletants, épuisés.
— Bien bossé, les gars, dit Viktor, une rare lueur d'approbation dans les yeux. Vous avez du potentiel. Rentrez à l'appart, reposez-vous. Demain, on recommence.
On hoche la tête, se relevant péniblement. Connor me jette un regard en coin, chargé de promesses dominantes, et je sais que la nuit va être tout sauf reposante – avec lui aux commandes, comme toujours. Mais pour l'instant, la glace a gagné – froide, impitoyable, mais porteuse d'un feu que je ne peux plus ignorer.
Fin du chapitre 4.
Nous sommes restés là, haletants, collés par la sueur. Connor s'est penché à mon oreille, sa voix encore brisée, plus intense que jamais :
— Maintenant, tu sais exactement ce que tu possèdes sur la glace, Herwann... Ne t'avise plus jamais de me lâcher, parce que je suis le seul capable de te briser comme ça.
Il s'est redressé, a ramassé son caleçon sans un regard en arrière et est parti se coucher, me laissant seul, tremblant et marqué, sur le sol de la cuisine.
Je referme doucement la porte du salon derrière moi, le cœur encore tambourinant comme après un quadruple lutz raté. Le couloir de l’appartement du club est désert, éclairé seulement par les veilleuses rouges des issues de secours. Mes jambes tremblent un peu, pas seulement de fatigue. Ce qui vient de se passer sur le canapé du salon commun – cette explosion de désir brut, nos corps qui se sont enfin libérés après des mois de tension refoulée – me laisse à la fois euphorique et complètement perdu.
Connor est passé devant moi il y a cinq minutes, sans un mot, juste un regard en coin et ce petit sourire en coin qui veut tout dire. Il a ramassé son caleçon par terre, l’a enfilé rapidement, et s’est dirigé vers la chambre qu’on partage, laissant la porte entrouverte. Un message silencieux : viens, si tu oses.
Je reste planté là une minute, le dos contre le mur froid. Je devrais aller me doucher dans l’autre salle de bain, faire comme si de rien n’était, dormir sur le canapé, n’importe quoi sauf franchir cette porte. Mais mes pieds avancent tout seuls. Je pousse la porte de la chambre.
La pièce est faiblement éclairée par la lampe de chevet de Connor. Il est assis sur son lit, torse nu, seulement vêtu de son caleçon noir qui moule parfaitement ses cuisses musclées. Ses cheveux sont encore en désordre, humides de sueur, et il me regarde avec ce mélange d’arrogance et d’attente qui me désarme.
— T’as l’air d’un mec qui vient de voir un fantôme, Delcourt.
Je referme la porte derrière moi, le clic résonnant comme un point de non-retour. Il est magnifique comme ça – la peau luisante, les muscles détendus après l’effort, cette assurance nonchalante qui me rend dingue depuis le premier jour.
— Faut qu’on parle, Connor. Sérieusement. Ce qui vient de se passer dans le salon…
Il s’adosse contre la tête de lit, croise les bras derrière la tête, faisant saillir ses biceps. Son caleçon remonte légèrement sur ses cuisses, et je force mon regard à rester sur son visage.
— Ouais, on a baisé comme des fous sur le canapé du salon commun. Et alors ?
Je soupire, passant une main dans mes cheveux courts encore en désordre, et m’assois sur le bord de mon lit, en face de lui.
— Et alors ? On partage une chambre, on est censés devenir partenaires en duo, et là… on vient de franchir une ligne énorme. Je sais même pas si je te déteste toujours ou si… si c’est autre chose.
Il penche la tête, son regard direct et sans détour.
— Écoute, Herwann. On va mettre les choses au clair tout de suite. Ce qui s’est passé, c’était du sexe. Du très bon sexe, même. J’ai remarqué tes regards depuis longtemps – dans les vestiaires, pendant les entraînements, aux compétitions. Tu me matais une seconde de trop, je le captais à chaque fois. Et moi, je te trouvais bandant aussi. Ton corps, ta rage contenue, ta puissance sur la glace… ça m’excitait depuis le début.
Je le fixe, un peu sonné.
— Tu… tu les avais vraiment remarqués ?
— Évidemment. Et aux JO, quand je t’ai balancé cette phrase sur le fait d’être « spécial »… c’était pas innocent. Je voulais tester ta réaction. Voir si tu allais juste m’insulter ou si y avait autre chose. Et quand tu m’as sauté dessus… putain, j’ai jamais été aussi excité de ma vie. Même en prenant des coups. C’était comme si toute cette tension sortait enfin, mais d’une façon tordue.
Je ris nerveusement, malgré moi.
— T’es complètement taré.
— Peut-être. Mais aujourd’hui, sur la glace, quand tu m’as porté… j’ai senti que c’était plus juste de la haine. Tes mains fermes, ton souffle… j’ai compris que t’en avais envie autant que moi. Et ce soir, dans le salon, l’occasion était là. Je l’ai prise.
Je baisse les yeux un instant, repensant à tout ça.
— Moi non plus, je n’ai plus pu me retenir. Mais maintenant… on fait quoi ?
Il se redresse légèrement, son ton devenant plus ferme, presque froid.
— On fait rien de plus. Juste du sexe. Pas de sentiments, pas de complications. Dans ce milieu, y a pas la place pour ça. On est déjà assez dans la merde avec les JO ratés, les sanctions, Viktor qui nous surveille, et ce duo forcé qui doit marcher si on veut une seconde chance. On cohabite, on bosse ensemble tous les jours, on se supporte sur la glace. Mais c’est tout. La nuit, si la tension monte et qu’on a envie, on baise. Ça évacue, ça garde les choses simples. Mais rien au-delà. Pas de couple, pas d’attachement, pas de drama émotionnel. Je veux pas ça. Et franchement, toi non plus, tu devrais pas.
Ses mots tombent comme une barrière de glace. Je sens une pointe aiguë dans la poitrine, une déception que je n’attendais pas si fort. Pour moi, ce n’était pas juste du sexe. Il y avait cette connexion, cette haine transformée en quelque chose de plus intense, de plus profond. Je le regarde, ce corps que je viens d’explorer, et je sais déjà que je veux plus – sa présence, ses provocations, même ses silences.
Mais je ne peux pas le lui dire. Pas quand il trace la ligne si nettement. Ça ruinerait tout : le duo, la cohabitation, ma carrière fragile.
— Ouais… d’accord, je réponds, en forçant ma voix à rester neutre. Juste du sexe. Pas de sentiments. On cohabite, on bosse, et si l’envie prend, on remet ça. Simple.
Il me dévisage un instant, comme pour vérifier que je suis sincère, puis se lève lentement de son lit. Il traverse les deux mètres qui nous séparent en deux pas assurés, se plante devant moi, dominant de sa hauteur. Avant que je puisse réagir, il encadre mon visage de ses mains chaudes, se penche et m’embrasse. Fougueusement. Ses lèvres écrasent les miennes avec une urgence brute, sa langue force le passage, et je réponds malgré moi, les mains agrippant ses hanches. Le baiser est intense, possessif, comme s’il voulait marquer ce pacte qu’on vient de sceller. Il mordille ma lèvre inférieure, grogne doucement contre ma bouche.
Puis il s’écarte à peine, le souffle court, les yeux brillants.
— C’est pour sceller ce qu’on vient de se dire, murmure-t-il, la voix rauque. Juste du sexe. Rien d’autre. Compris ?
Je hoche la tête, encore étourdi par le baiser, le goût de lui sur mes lèvres.
— Compris.
Il retourne s’asseoir sur son lit, comme si de rien n’était, un sourire en coin aux lèvres.
— Parfait. Tant qu’on reste sur la même page, y aura pas de problème. Demain, Viktor va nous faire crever à l’entraînement, alors repose-toi. Et si t’as encore envie plus tard… tu sais où je suis.
Je hoche la tête, me levant pour prendre un t-shirt propre dans mon sac. Je l’enfile lentement, le dos tourné, pour masquer ce que je ressens vraiment. À l’intérieur, ça bouillonne. Je mens. Je veux plus. Bien plus. Mais je vais jouer le jeu, cacher ce feu qui grandit malgré moi, parce que je n’ai pas le choix.
Je me recouche sur mon lit, éteignant ma lampe de chevet. La chambre plonge dans une pénombre presque totale.
— Bonne nuit, Connor.
— Bonne nuit, champion, répond-il avec ce ton sarcastique habituel. Et essaie de pas rêver trop fort de moi, hein. J’entends tout.
Je ferme les yeux, un sourire amer aux lèvres. Je sais déjà que je vais rêver de lui. Et que ce « juste du sexe » va me consumer bien plus que n’importe quelle chute sur la glace.
La glace nous attendra demain. Froide, exigeante, impitoyable. Et moi, je vais devoir étouffer ce feu qui brûle déjà trop fort.
Le lendemain matin arrive trop vite. Mon réveil sonne à 5 heures, et je me redresse dans le lit, le corps encore lourd des événements de la veille. Connor est déjà levé, je l'entends dans la salle de bain, l'eau coulant brièvement. Je fixe le plafond un instant, repensant à notre conversation, à ce pacte froid : juste du sexe, rien de plus. Mais mon cœur sait que c'est un mensonge pour moi. Je veux plus que ces ébats volés, plus que ces touches furtives. Je veux lui, entièrement. Je secoue la tête, enfile mon survêtement, et me prépare mentalement pour l'entraînement. Viktor ne va pas nous ménager.
On arrive à la patinoire de Bercy à 6 heures précises. L'air est glacial, la glace lisse et immaculée comme un miroir accusateur. Viktor est déjà là, au bord, les bras croisés, son éternel manteau usé sur les épaules. Ses yeux nous scrutent comme des lasers quand on lace nos patins.
— Prêts ? grogne-t-il. Aujourd'hui, on passe aux choses sérieuses. Pas de chichis, pas d'excuses. Vous êtes un duo maintenant. Synchronisez-vous ou cassez-vous.
Connor et moi hochons la tête, évitant de nous regarder trop longtemps. Sur la glace, on commence par des échauffements basiques : glissades parallèles, pirouettes synchronisées. Mais Viktor monte vite la barre. "Plus vite ! Plus haut !" crie-t-il, sa voix résonnant dans la patinoire vide. On enchaîne les éléments : triples sauts côte à côte, puis les portés. Je soulève Connor, mes mains fermes sur ses hanches, sentant ses muscles se contracter sous mes paumes. Il est léger, agile, mais l'effort me fait suer. Viktor nous pousse : "Herwann, tends les bras ! Connor, allonge-toi plus ! Vous patinez comme des amateurs !"
Les heures passent en un tourbillon de douleur. Mes cuisses brûlent, mes épaules hurlent à chaque porté. Connor atterrit mal sur un saut, glisse légèrement, et Viktor explose : "Qu'est-ce que c'est que ça ? Recommencez ! Cinquante fois s’il faut !" On recommence, encore et encore. La sueur coule dans mes yeux, mes cheveux bruns collés sur mon front. Connor halète à côté de moi, son corps luisant sous sa tenue d'entraînement moulante, qui met en valeur chaque courbe de ses muscles – ses épaules larges, son torse sculpté, ses jambes puissantes. Je dois me concentrer pour ne pas laisser mon regard s'attarder.
Mais Connor ne me facilite pas la tâche. Pendant un bref moment de pause, alors qu'on reprend notre souffle au bord de la glace, il se penche vers moi, assez près pour que je sente son haleine chaude contre mon oreille.
— T'es dur avec moi aujourd'hui, Delcourt, murmure-t-il avec ce ton provocant. Tes mains sur mes hanches... on dirait que tu veux me briser. Ou que tu veux que je te brise.
Je sens un frisson me parcourir, mon corps réagissant instantanément. Je serre les dents, jetant un regard furtif à Viktor qui note quelque chose sur son carnet.
— Ferme-la, Connor. Concentre-toi.
Il ricane doucement, ses yeux pétillants de malice.
— Oh, je me concentre. Sur la façon dont tes doigts s'enfoncent dans ma peau. Ça me donne des idées pour plus tard. Imagine si on était seuls... moi qui te plaque contre le mur, qui te fais plier, qui te prends fort jusqu'à ce que tu gémisses mon nom.
Ses mots me font durcir, une chaleur traîtresse montant dans mon bas-ventre. Je m'ajuste discrètement, priant pour que Viktor ne remarque rien. "Reprenez !" crie l'entraîneur, et on replonge dans l'enfer.
L'entraînement s'intensifie. Viktor nous fait travailler les transitions : je porte Connor en l'air, le fais tourner, puis le repose pour une pirouette synchronisée. À chaque contact, Connor trouve un moyen de me déstabiliser. Pendant un porté, ses lèvres effleurent presque mon oreille : "T'aimes me sentir contre toi, hein ? Mais c'est moi qui vais te dominer ce soir. Te faire supplier, te remplir jusqu'à ce que tu trembles sous moi."
Je manque de le lâcher, mes bras tremblant non pas de fatigue, mais d'excitation refoulée. "Concentre-toi, bordel !" je grogne entre mes dents. Viktor fronce les sourcils : "Qu'est-ce qui se passe, Herwann ? T'es distrait ? Recommencez !"
Pendant la pause suivante, Viktor nous accorde cinq minutes pour boire. Connor et moi nous dirigeons vers les vestiaires adjacents. À peine à l'abri des regards, il me plaque contre le mur froid, son corps pressé contre le mien. Ses mains glissent sur mes épaules, descendant le long de mes bras, ses doigts effleurant ma peau sous le tissu mouillé de sueur. Il se rapproche dangereusement, son visage à quelques centimètres du mien, ses lèvres frôlant presque les miennes.
— Cet entraînement me rend fou, Herwann, souffle-t-il, sa voix basse et rauque, chargée de désir. Tes mains sur moi... partout. Sur mes hanches, mes cuisses, mon dos. À chaque porté, je sens ta force, mais ça me donne envie de te retourner la situation. De te plaquer, de t'ouvrir lentement avec mes doigts, de te préparer jusqu'à ce que tu sois prêt pour moi. Puis de te prendre, profond, fort, te faisant cambrer pendant que je te domine complètement.
Après cette phrase, il passe lentement sa langue sur mes lèvres, un geste lent, humide, provocant, qui me fait frissonner de la tête aux pieds. Incapable de résister, je prends sa bouche d'assaut, l'embrassant avec la langue, profondément, désespérément, nos langues se battant dans une danse fiévreuse. Il répond avec la même intensité, mais quand on s'écarte enfin, haletants, un sourire diabolique étire ses lèvres – malicieux, victorieux, comme s'il avait gagné une bataille que je n'avais même pas vue venir.
Ses mots sont comme un feu liquide, et je sens mon érection pousser contre mon pantalon, douloureuse, impossible à ignorer. Son bassin appuie légèrement contre le mien, et je sens sa propre excitation, dure et insistante, me dominant déjà. Je halète, mes mains agrippant ses hanches instinctivement, mais je me force à le repousser doucement.
— Arrête, Connor. Viktor est juste à côté. On... on ne peut pas.
Il rit doucement, ses lèvres effleurant le lobe de mon oreille, mordillant légèrement.
— Oh, mais j'adore te voir comme ça. Bandant pour moi, prêt à te soumettre. Pense à ça pendant le reste de l'entraînement : moi en toi, te pilonnant sans relâche, te faisant jouir pendant que tu cries mon nom, complètement à ma merci.
Je tremble, mon corps en feu, mais je me dégage, ajustant mon survêtement pour cacher l'évidence. "On y retourne," je marmonne, le cœur battant.
De retour sur la glace, Viktor nous observe avec un œil perçant. On reprend les exercices, mais il y a quelque chose de changé. Nos mouvements sont plus fluides, nos regards se croisent avec une complicité nouvelle – même si pour Connor, c'est juste du jeu. Viktor s'arrête à un moment, les bras croisés.
— Attendez. Y a un truc différent aujourd'hui. Vous êtes... complices. Plus synchros. C'est bien. Continuez comme ça. Mais gardez la tête froide. Pas de distractions.
Connor et moi échangeons un regard furtif, et je sens une bouffée de chaleur. Viktor ne sait rien, mais il sent l'alchimie.
Les pauses se succèdent, et à chaque fois, Connor trouve un moyen de me tourmenter. Dans un coin sombre des vestiaires, il me coince à nouveau, sa main glissant sous mon t-shirt, caressant mes abdominaux, descendant dangereusement bas.
— Tes mains sur mon corps pendant les portés... ça me fait bander, Herwann. Imagine si on était nus : moi qui te domine, qui te fais plier, qui te prends par derrière pendant que tu gémis sous mes coups de reins. Te remplissant complètement, te faisant mien jusqu'à ce que tu jouisses sans que je te touche.
Je gémis doucement, mon érection pulsante, mais je le repousse. "Arrête... on doit y retourner." Il rit, ajustant son propre caleçon visiblement tendu.
L'entraînement dure jusqu'au soir, huit heures de torture physique. Mes muscles sont en feu, mes chevilles enflées, mais on progresse. Nos sauts sont plus nets, nos portés plus stables. Viktor nous pousse sans relâche : "Plus ! Encore ! Vous voulez les JO ou pas ?"
Enfin, à 18 heures, il siffle la fin. On s'effondre au bord de la glace, haletants, épuisés.
— Bien bossé, les gars, dit Viktor, une rare lueur d'approbation dans les yeux. Vous avez du potentiel. Rentrez à l'appart, reposez-vous. Demain, on recommence.
On hoche la tête, se relevant péniblement. Connor me jette un regard en coin, chargé de promesses dominantes, et je sais que la nuit va être tout sauf reposante – avec lui aux commandes, comme toujours. Mais pour l'instant, la glace a gagné – froide, impitoyable, mais porteuse d'un feu que je ne peux plus ignorer.
Fin du chapitre 4.
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