A cause d'un regard (5)

- Par l'auteur HDS Tounet39270 -
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Récit libertin : A cause d'un regard (5) Histoire érotique Publiée sur HDS le 29-07-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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A cause d'un regard (5)
Chapitre 5

Le dimanche soir est tombé sur Besançon avec une lourdeur étouffante, drapant la ville d'un linceul de brume glacée qui remonte du Doubs pour s'insinuer dans les moindres recoins des rues pavées. Je suis prostré dans mon salon, toutes lumières éteintes, comme si l'obscurité pouvait me rendre invisible aux yeux du monde et de mes propres démons qui hurlent en silence. Chaque minute qui s'affiche en chiffres rouges sur le cadran de mon four est une petite mort, un compte à rebours vers l'inévitable. J'ai décliné l'invitation de Julien pour une séance de ciné, prétextant une migraine foudroyante qui me clouait au lit. La vérité, c'est que je suis en train de me terrer chez moi, le cœur battant à tout rompre, attendant que l'orage passe sans m'atteindre.

À vingt heures pile, le premier coup retentit. Un coup sec sur la porte d'entrée, suivi immédiatement par la sonnerie qui déchire le silence de mon appartement avec une violence inouïe. Je ne bouge pas. Je retiens ma respiration, le corps tendu comme un arc, assis sur le rebord de mon canapé, les mains enfoncées dans mes genoux pour les empêcher de trembler.

— Luc ! Ouvre-moi. Je sais que tu es là. J’ai vu la lueur de ton téléphone à travers les rideaux quand je suis arrivé sur le trottoir d'en face.
La voix de Timéo traverse le bois de la porte, sourde mais impérieuse. Je reste immobile, les poings serrés, priant pour qu'il se lasse et disparaisse enfin dans la nuit. Mais il insiste. Il tambourine maintenant contre le battant, un rythme irrégulier et bruyant qui résonne dans tout le couloir de l'immeuble.

— Luc ! On ne partira pas là-dessus. Ouvre cette porte ou je reste ici toute la nuit ! Je m'en fous de réveiller tes voisins ou que la police vienne !
Le vacarme est tel que je crains une intervention ou un scandale qui finirait par remonter aux oreilles de Julien. Sous la pression de la peur et d'une exaspération qui menace de me faire exploser, je finis par me lever. Mes jambes sont lourdes, mon sang cogne violemment contre mes tempes. Je déverrouille le verrou d'un geste sec et tire la porte d'un coup.

— Arrête ce cirque, Timéo ! Tu vas alerter tout le quartier. Qu’est-ce que tu me veux encore ?
Il est là, debout sur le palier, les cheveux en bataille à cause du vent d'hiver, le souffle court et les joues rougies par le froid. Sans demander mon reste, il s'engouffre dans l'entrée, m'obligeant à reculer précipitamment pour ne pas être bousculé. Je referme la porte derrière lui et me plaque contre le mur, gardant une distance de sécurité, les bras croisés sur ma poitrine. Il semble fiévreux, ses yeux brillent d'un éclat sombre que je ne lui connais pas. Sans un mot, il fait un pas vers moi, ses mains s'élevant pour chercher mon visage avec une urgence qui me fait frémir. Lorsqu'il tente de m'embrasser, cherchant fébrilement à retrouver la chaleur interdite de la Saint-Sylvestre, je détourne brusquement la tête. Mes mains frappent son torse pour le repousser fermement.
— Non ! Ne fais pas ça. Ne m'approche pas, Timéo. C'est fini.
— Luc, s'il te plaît... Je n'arrive plus à réfléchir. Ce qui s'est passé à l'étage de la bâtisse... je n'arrive pas à l'effacer de ma tête.
— Ce qui s'est passé était une bêtise, une immense bêtise, je le coupe, la voix tremblante de colère retenue et de fatigue. Tu l'as écrit toi-même dans ton message, non ? Tu as dit que tu regrettais. Tu as dit que tu ne pouvais pas faire ça à David, qu'il ne méritait pas ça. Et que tu ne pouvais pas non plus le faire à Julien. Eh bien, tu avais raison sur toute la ligne. C'était une erreur de parcours et nous devons en rester là.

Je le contourne pour aller dans le salon, allumant une petite lampe dont la lumière tamisée souligne cruellement les cernes sous nos yeux. Il me suit comme une ombre, s'arrêtant au milieu de la pièce, les mains enfoncées dans les poches de son blouson, l'air égaré.
— Je suis venu parce que je ne comprends pas ton attitude, dit-il en fixant obstinément le tapis. On a toujours été... complices. Pourquoi ce silence de mort depuis quinze jours ? Pourquoi tu me fuis comme si j'étais un monstre ?
— Mon silence ? Je ris jaune, un rire amer qui me brûle la gorge comme de l'acide. Tu trouves que je suis silencieux ? C'est pourtant ce que tu demandais en disant qu'il fallait oublier, non ? Mais sache une chose : si je pouvais disparaître là, maintenant, pour ne plus jamais croiser ton regard, je le ferais à l'instant même. Tu m'as brisé le cœur, Timéo.

Il redresse brusquement la tête, l'air sincèrement déconcerté par la violence de mes mots. Il fronce les sourcils, cherchant à déchiffrer ce qui se cache derrière ma détresse évidente.
— Brisé le cœur ? Luc... je pensais qu'on se plaisait, qu'il y avait une attirance physique mutuelle qu'on avait fini par consommer cette nuit-là, mais... tu avais vraiment des sentiments pour moi ?

Je détourne les yeux, honteux d'en avoir trop dit, mais la blessure est trop béante pour rester silencieux plus longtemps.
— Je t'ai écrit une lettre, Timéo. Une lettre que j'ai déposée moi-même dans ta boîte le soir du 23 décembre, pour que tu puisses la lire le lendemain, le jour du réveillon. Je t'y disais ce que je ressentais, l'importance que tu avais prise à mes yeux. J'ai attendu une réponse tout le week-end de Noël, pendu à mon téléphone comme un imbécile. J'ai attendu un signe qui n'est jamais venu. Tu m'as laissé seul dans mon silence pendant que tu continuais ta vie parfaite avec lui.

Il s'immobilise, le visage devenant subitement blême sous la lumière de la lampe.
— Une lettre ? Je n'ai jamais reçu de lettre de toi, Luc. J'ai eu du courrier, des factures, des pubs de fin d'année, mais rien de personnel. Je te jure sur ce que j'ai de plus cher que je ne l'ai pas vue.
— Ça ne change rien ! je m'emporte en frappant violemment le dossier du canapé. Le fait est que je me suis exposé, que j'ai mis mes tripes sur ce papier et que ton silence a été la pire des réponses possibles. Et maintenant, tu viens ici pour me dire que tu regrettes notre nuit mais que tu veux quand même me toucher ? C'est cruel. Laisse-moi vivre ma vie avec Julien. Lui, au moins, il est là. Il est stable. Il ne joue pas avec mes nerfs.
— Mais Luc... qu'est-ce qu'il y avait écrit exactement dans cette lettre ? Dis-le-moi, maintenant.
— Ça n'a plus aucune importance, je réponds en fixant le vide de la fenêtre. C'est du passé. Je refuse de te dire ce qu'il y avait sur ce papier. Considère qu'elle s'est perdue et que mes sentiments avec. Je ne veux plus en parler.

On discute ainsi pendant des heures, une joute verbale épuisante où chaque mot semble peser une tonne dans le silence de la nuit. Il insiste pour comprendre, il jure qu'il n'a rien vu, mais je reste de marbre, verrouillé dans ma douleur protectrice. Je ne lui avoue pas que je l'aime en secret depuis deux ans, je garde cette vérité pour moi, de peur qu'il ne s'en serve comme d'une arme ou qu'il n'ait pitié. Lui, il semble profondément troublé, comme s'il réalisait pour la première fois que notre "attraction" n'était pas perçue de la même manière par nous deux. Il ne s'avoue pas encore que mon absence le ronge bien plus qu'une simple envie physique.

Vers deux heures du matin, l'épuisement nous terrasse enfin. Le silence retombe dans l'appartement, seulement troublé par le tic-tac monotone de l'horloge. Timéo s'approche lentement, ses pas étouffés par la moquette. Cette fois, je ne recule pas, mes forces m'ont totalement abandonné. Il pose ses mains sur mes épaules, puis glisse ses bras autour de moi pour m'attirer contre lui dans une étreinte longue, lourde de non-dits. Je laisse ma tête reposer contre son épaule, fermant les yeux pour oublier la trahison, Julien, et le reste du monde.

Il se recule très légèrement, ses mains remontant pour encadrer mon visage avec une infinie douceur. Il me regarde droit dans les yeux, un regard d'une intensité insoutenable, scrutant mes iris comme s'il y cherchait une vérité qu'il n'ose pas encore s'avouer à lui-même. Ses pouces caressent mes joues avec une lenteur qui ressemble à une torture. Mon visage est comme aimanté par le sien, nos souffles se mélangent dans l'air devenu trop rare de la pièce. Je suis à deux doigts de l'embrasser, de tout envoyer valser pour un instant de plus dans ses bras.


— On est en train de se détruire, murmure-t-il, ses yeux plongés dans les miens, ses lèvres frôlant presque les miennes.

Le silence qui suit sa confidence est plus lourd que toutes nos paroles précédentes. Nous restons là, suspendus dans l’air raréfié de mon salon, le visage de Timéo à quelques millimètres du mien. Je peux sentir la chaleur de son souffle, une caresse humide qui fait frissonner chaque pore de ma peau. Ses pouces continuent leur va-et-vient hypnotique sur mes pommettes, effaçant les traces invisibles de ma détresse.

L’espace entre nous se réduit encore. Ce n'est plus une décision, c'est une fatalité, une chute libre que rien ne peut plus arrêter. Timéo finit par combler le vide. Ses lèvres viennent se poser sur les miennes, d'abord avec une hésitation déchirante, comme s'il craignait de me briser, puis avec une ferveur désespérée qui me coupe les jambes.

Je devrais le repousser. Je devrais crier, penser à Julien qui dort à quelques rues de là, à la lettre perdue, à la trahison qui nous salit tous les deux. Mais je ne le fais pas. Je lâche prise. Mes mains remontent dans son cou, s'agrippant à ses cheveux, tandis que je réponds à son baiser avec toute la douleur de ces deux années de silence. C’est un baiser qui goûte le sel de mes larmes invisibles, un baiser de condamnés.

Sa langue cherche la mienne, et je retrouve ce goût de lui qui m'avait hanté durant quinze jours. C’est une agonie délicieuse. Je sens son corps se presser contre le mien, sa force, sa chaleur, tout ce que j'ai désiré jusqu'à en crever. On s'embrasse comme si on essayait de s'arracher l'âme mutuellement, pour ne plus avoir à souffrir, pour ne plus avoir à penser.

Mais soudain, une bouffée de réalité me frappe l'estomac. Je me rappelle l'image de Julien au café, sa main dans la mienne, sa bonté sans faille. Je me rappelle que Timéo appartient à un autre, et qu'il m'a déjà dit qu'il regrettait. Ce baiser n'est pas un début. C'est un enterrement.

Avec une force que je ne soupçonnais pas, je m'arrache à ses lèvres. Je pose mes mains sur ses épaules et je recule, le souffle court, les yeux brûlants.
— Arrête... Timéo, arrête.
— Luc, je...
— Non, tais-toi, je l'interromps, la voix brisée par un sanglot que je ne parviens plus à ravaler. Regarde-nous. Regarde ce qu'on fait.

Je me détourne pour cacher mon visage, mais mes épaules sont secouées de tremblements incontrôlables. La tristesse m'envahit, une vague noire, profonde, qui m'emporte tout entier. C'est le deuil de ce que nous n'aurons jamais.
— C’est la dernière fois, Timéo, je murmure sans me retourner. La toute dernière fois que tu me touches. La dernière fois que tes lèvres frôlent les miennes.
— Ne dis pas ça, Luc. On peut trouver une solution, on peut se parler...
Je me retourne brusquement, le visage baigné de larmes, le regard vide.
— Quelle solution ? Tu vas quitter David ? Non. Tu l'as dit, il est ta stabilité. Tu vas continuer à me voir en cachette pendant que je fais semblant d'aimer Julien ? Je ne peux plus, Timéo. Ça me fait trop mal. Chaque fois que je te vois, c'est comme si on ouvrait une plaie qui n'a jamais eu le temps de cicatriser. Te voir, c'est mourir un peu plus chaque jour.

Il tente de s'approcher, la main tendue, le visage décomposé par une tristesse que je n'aurais jamais cru lire chez lui.
— Luc, je t'en prie...
— Non ! Reste où tu es. C'est fini. On ne se reverra plus. Plus de cafés, plus de soirées entre amis, plus rien. Je vais demander ma mutation, ou je changerai d'agence s'il le faut. Je ne peux pas être dans la même ville que toi et savoir que je ne peux pas t'avoir. Je ne peux pas te regarder et voir l'homme qui n'a pas lu ma lettre.

Je marche vers la porte d'entrée et je l'ouvre en grand. Le froid du couloir s'engouffre dans mon appartement, cruel.
— Pars, Timéo. S'il te reste un peu de respect pour moi, pars maintenant et ne reviens jamais. Oublie mon adresse, oublie mon numéro. Laisse-moi essayer de devenir l'homme que Julien mérite, même si je sais qu'une partie de moi restera toujours coincée à cet étage, dans cette bâtisse, avec toi.

Timéo me regarde, ses yeux rouges de larmes retenues. Il semble vouloir dire quelque chose, crier sa propre détresse, mais il voit bien que je suis à bout. Il s'avance vers la porte, s'arrête un instant devant moi, son épaule frôlant la mienne une ultime fois.
— Je suis désolé, Luc. Pour tout.
— Je sais, je réponds dans un souffle à peine audible.

Il sort. Je ferme la porte. Je tourne la clé. Un tour. Deux tours. Le bruit métallique du verrou résonne dans le silence de mon appartement comme le couperet d'une guillotine.
Je m'effondre contre le bois de la porte, laissant glisser mon corps jusqu'au sol. Je ramène mes genoux contre ma poitrine et j'éclate en sanglots, de longs gémissements déchirants qui montent du plus profond de mes entrailles. Je pleure ma lettre perdue, je pleure cet amour mort-né, je pleure la trahison envers Julien. Je pleure parce que je viens de chasser la seule personne qui me faisait me sentir vivant, pour pouvoir continuer à vivre une vie qui me semble désormais n'être qu'un long désert de cendres.

Dehors, sous les fenêtres de Besançon, le silence est revenu. Mais en moi, tout n'est que ruines.

Le lundi matin, le réveil a sonné dans le vide, une stridence mécanique qui semblait provenir d'un autre monde. Je suis resté immobile, les yeux fixés sur les moulures du plafond de ma chambre, incapable d'extraire mon corps du matelas. Le poids de la veille, le goût des lèvres de Timéo et le fracas de nos adieux pesaient sur mes membres comme du plomb. Pour la première fois de ma carrière, j'ai appelé l'agence. Ma voix n'était qu'un débris de verre au téléphone, une suite de sons rauques pour annoncer que je ne viendrais pas. Je n'étais plus un architecte, je n'étais plus un amant, j'étais une plaie béante qui refusait de cicatriser.

J'ai passé la journée à errer dans mon appartement, chaque meuble me rappelant la silhouette de Timéo debout dans la pénombre, ses mains sur mon visage, ses yeux plongeant dans les miens. J'ai pesé le poids de ma vie, et le verdict était sans appel, cruel comme une sentence de mort : je ne pouvais pas continuer à mentir. Je ne pouvais pas offrir à Julien les restes d'un cœur que Timéo venait de piétiner, même par accident.

Le soir venu, je me suis rendu chez Julien. Mes pas étaient lourds sur les pavés de la rue des Granges. Je savais ce que je venais faire : je venais lui offrir un dernier souvenir, une dernière preuve de ma gratitude désespérée avant de briser irrémédiablement ce que nous avions construit.

Quand il m'a ouvert, son regard s'est immédiatement chargé d'une inquiétude poignante. Il a vu mes yeux gonflés, ma mine dévastée.
— Luc ? Mon Dieu, qu’est-ce qui se passe ? Tu n’étais pas au travail, j’étais mort d’inquiétude… J’ai essayé de t’appeler dix fois.


Je n'ai pas répondu par des mots. Je me suis jeté contre lui, mes lèvres cherchant les siennes avec une ferveur sauvage, presque violente. Je voulais me noyer dans lui, m'anesthésier une dernière fois sous la force de son désir. Il m'a porté jusqu'à la chambre, et là, sous la lumière tamisée des lampes de chevet qui dessinait des ombres mouvantes sur les murs, nous nous sommes déshabillés dans un silence lourd, étouffant de tout ce que je ne pouvais pas encore formuler.

Julien s'est installé entre mes jambes, son corps puissant, chaud et rassurant surplombant le mien. Ses yeux cherchaient les miens avec une dévotion qui me déchirait les entrailles. Il a pris ma verge dans sa main, la caressant avec une lenteur infinie, tandis que sa bouche parcourait mon cou, y déposant des baisers brûlants qui auraient dû m'apaiser.
— Je t'aime, Luc. Tu sais que je t'aime, murmura-t-il contre ma peau.

Cette phrase m'a transpercé plus sûrement qu'une lame. Pour masquer l'horreur de ma trahison, je l'ai attiré contre moi, mes jambes s'enroulant fermement autour de sa taille. Il s'est lubrifié, puis a guidé son sexe à l'entrée de mon être. Je me suis cambré violemment quand j'ai senti son gland forcer le passage, ouvrant mon corps à sa possession. Il est entré d'un coup sec, profond, remplissant chaque millimètre de mon vide intérieur. J'ai lâché un gémissement rauque, la tête jetée en arrière, les doigts se griffant dans les draps de coton.

Le rythme qu'il a instauré était intense, une quête de fusion totale. À chaque poussée, Julien me regardait droit dans les yeux, cherchant cette connexion d'âme à âme que je n'arrivais plus à lui donner. Je voyais sa propre jouissance monter, ses traits se crisper, la sueur perlant sur son front. Je sentais sa verge, dure, énorme et brûlante, percuter ma prostate avec une précision qui me faisait perdre la raison. Le bruit de nos corps, ce claquement humide et rythmé, résonnait comme un glas dans la pièce.

Je sentais ses testicules lourds battre contre mon périnée à chaque impact sauvage, une cadence qui m'emportait malgré moi. J'ai accéléré le mouvement, mes hanches remontant pour l'accueillir jusqu'à la garde, cherchant à atteindre ce point de rupture où la douleur et le plaisir se confondent. La tension est devenue insupportable. Julien a intensifié ses coups de reins, ses mains agrippant mes hanches pour m'ancrer au matelas.
— Regarde-moi... Luc, s'il te plaît, regarde-moi ! criait-il presque.

Je l'ai regardé, et j'ai vu l'homme merveilleux que j'étais en train de détruire. J'ai laissé mes larmes couler librement sur mes tempes tandis que nos bassins s'entrechoquaient une dernière fois. Il a poussé un cri sourd, s'enfonçant au plus profond de moi, et j'ai senti les jets de son sperme, brûlants, se répandre par vagues successives au fond de mes entrailles. J'ai joui au même instant, un spasme violent qui m'a laissé vidé, mon propre sexe libérant sa semence sur ma poitrine. Nous sommes restés ainsi, soudés par la sueur et le plaisir, tandis que sa chaleur m'inondait, me rappelant tout ce que j'allais perdre.

Le calme est revenu, un calme de mort. Julien, encore essoufflé, a tenté de se blottir contre moi, mais je me suis redressé brusquement. Je me suis assis sur le bord du lit, lui tournant le dos, incapable de soutenir son regard une seconde de plus. Mes épaules étaient voûtées, ma nudité me semblait soudain obscène.
— Luc ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il, la voix encore voilée par l'étreinte.

Je suis resté silencieux, fixant le papier peint rayé dans l'ombre. Le silence a duré des minutes qui m'ont paru des siècles.
— Julien... c'est terminé. Je m'en vais.

Il y a eu un mouvement de draps derrière moi. Je l'ai senti se redresser, s'approcher, mais je me suis raidi pour l'empêcher de me toucher.
— Quoi ? Mais de quoi tu parles ? On vient de... Luc, regarde-moi.

— Non, j'ai murmuré, la voix brisée. Je ne peux pas te regarder. Je n'y arrive plus. Je ne veux pas te faire souffrir davantage, tu es un homme bien, Julien. Trop bien pour moi. Tu mérites quelqu'un qui t'aime avec la même certitude que toi. Moi... je n'y arrive pas. Mon cœur est ailleurs, il est brisé, et je ne peux pas te donner ce qu'il reste.
— C'est à cause de lui ? Timéo ? demanda-t-il, sa voix commençant à trembler d'une détresse pure.
— Ça n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est que je pars. Je quitte Besançon. Je ne peux plus rester dans cette ville, je ne peux plus croiser ces regards. C'est fini, Julien. Je t'en supplie, ne rends pas ça plus difficile.

Je l'entendais pleurer derrière moi, de petits sanglots étouffés qui me déchiraient le dos comme des coups de poignard. Je suis resté là, assis, les mains tremblantes, sans me retourner, écoutant l'homme que j'avais aimé détruire sa dignité pour me retenir. C'était la scène la plus triste de mon existence. Je l'ai laissé là, nu et brisé sur ce lit encore chaud de notre plaisir, pour m'enfuir dans la nuit froide.


Le lendemain, je suis allé à l'agence. J'ai demandé un entretien immédiat avec le DRH. Nous nous sommes enfermés dans son bureau pendant plus d'une heure. J'ai tout déballé, ou presque. Mon besoin viscéral de partir, de changer d'air, de quitter cette ville qui m'étouffait.
— Nous avons une opportunité à Lons-le-Saunier, m'a-t-il expliqué en me regardant avec une certaine compassion. Notre antenne du Jura a besoin d'un architecte senior pour superviser les nouveaux projets de réhabilitation. C'est à une heure et demie d'ici. C'est une ville plus petite, plus calme.
— J'accepte, j'ai répondu sans hésiter. Je peux partir quand ?
— Posez vos congés. Prenez trois semaines pour organiser votre déménagement. On vous attend là-bas début février.

Les semaines qui ont suivi ont été un long calvaire de cartons et de solitude choisie. J'ai évité tout le monde. Mon téléphone, cependant, ne me laissait aucun répit. Timéo m'inondait de messages, chaque notification étant un rappel de mon échec.

« Luc, je sais que tu es là. Pourquoi tu ne réponds pas ? » « J'ai appris pour ta mutation. Tu ne peux pas partir comme ça, pas après ce baiser. » « Je n'arrête pas de penser à toi. Je crois que je fais une erreur avec David. Luc, s'il te plaît, une dernière chance. »

Je lisais chaque mot, les larmes aux yeux, le cœur serré dans un étau d'acier, mais je ne répondais jamais. Le jour du départ, j'ai chargé mes dernières affaires dans une camionnette. En quittant Besançon, j'ai vu la Citadelle s'effacer dans le rétroviseur. Je roulais vers le Jura, vers Lons-le-Saunier, emportant avec moi le silence et le souvenir de deux hommes dont j'avais dévasté la vie.

Arrivé dans mon petit appartement impersonnel à Lons, j'ai éteint mon téléphone. J'étais seul. Enfin. Seul avec ma douleur et le fantôme de la lettre que Timéo n'avait jamais lue.

Fin du chapitre 5.

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