Putain d'homophobe (23)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 10-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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Chapitre 23
Le trajet du retour se fait dans une sorte de brouillard électrique. Je conduis machinalement, les mains crispées sur le volant, sentant contre le cuir du siège la trace encore fraîche et collante de Dimitry sur ma peau. Une fois la porte de mon appartement franchie, le silence me tombe dessus comme une chape de plomb. Je me déshabille avec des gestes mécaniques, abandonnant mon jean bleu marine au sol, et je file sous la douche.
L’eau brûlante ruisselle sur mon corps, lavant le vin blanc, la sueur et le sperme séché. Je passe mes mains sur mon tatouage ; la douleur a totalement disparu, laissant place à une sensation de possession intégrale, comme si l'encre s'était enfin fondue dans mes nerfs. Je frotte ma peau, mais l’odeur de Dimitry semble incrustée jusque dans mes pores, persistante malgré le savon. Je finis par sortir, je me glisse dans mon lit sans même m'essuyer complètement, la peau encore humide, et je fixe le plafond dans l'obscurité totale.
C’est là, dans le calme oppressant de ma chambre, que le vertige me prend. Je repense à la force de ses bras, à sa manière brutale de me plaquer au sol, à son regard de propriétaire qui m'a déshabillé l'âme. Et soudain, au milieu de ce silence, je réalise que ce n'est plus seulement de l'excitation, du vice ou de la simple soumission.
Un poids immense m'écrase la poitrine, m'empêchant presque de respirer. Je m'aperçois que j'ai des sentiments sincères envers lui. Je ne suis pas seulement sa petite chienne marquée ; je suis éperdument amoureux de l'homme qui me traite comme un objet. Et cette réalisation me fait plus mal en y réfléchissant que n'importe laquelle de ses exigences physiques.
Je me tourne et me retourne dans mes draps, tourmenté par une lucidité nouvelle et cruelle. Chaque souvenir de la soirée devient un poignard que je m'enfonce moi-même. Je l’aime, et cet amour me rend vulnérable d’une manière que je n’avais pas prévue. La jalousie, une jalousie féroce, sombre et empoisonnée, commence à me ronger les entrailles.
Je pense à ma sœur. En ce moment même, elle est peut-être couchée à ses côtés dans ce lit que j'ai trahi. Il lui parle sans doute avec cette voix calme qu'il utilise devant le reste du monde, il la touche peut-être avec cette même autorité qui m'a brisé les hanches il y a une heure. Elle a son nom sur ses papiers, elle a sa vie publique, elle a le droit de l'aimer au grand jour sans avoir à se cacher. Moi, je n'ai que l'ombre, les insultes, le secret et une marque cachée sous mes vêtements.
Je me sens perdu, au bord du gouffre. Je ne sais plus du tout ce que je dois faire. Dois-je continuer ce jeu dangereux qui me détruit le cœur autant qu'il m'électrise les sens ? Comment vais-je pouvoir regarder ma sœur dans les yeux sans hurler que je veux lui voler son mari, non plus seulement pour le plaisir de la chair, mais pour tout ce qu'il est ? Je suis enchaîné à lui par ce tatouage, mais mon esprit est devenu un prisonnier bien plus étroitement lié que ma peau. Je ferme les yeux, la gorge nouée, avec pour seule compagnie l'écho de sa voix et cette douleur lancinante au fond de mon cœur.
Le lendemain matin, le soleil traverse cruellement les rideaux de ma chambre, mais je reste prostré sous mes draps, le corps lourd et l'esprit embrumé par les révélations de la veille. Chaque mouvement de mon torse contre le matelas me rappelle le contact de Dimitry, et cette douleur morale, cette réalisation de mes sentiments pour lui, ne cesse de s'amplifier. Soudain, le vibreur de mon téléphone sur la table de chevet déchire le silence. Mon cœur manque un battement. Un message. Sans texte. Juste une image.
Je déverrouille l'écran d'une main tremblante et je reste pétrifié. C'est une photo prise dans leur chambre, celle qu'il partage avec ma sœur. Dimitry est debout devant le grand miroir de l'armoire, le même miroir où elle s'apprête chaque matin. Il est entièrement nu, sa carrure imposante occupant presque tout le cadre. On voit ses muscles saillants, son torse puissant encore brillant de la douche, et surtout, sa virilité arrogante, celle qui m'a possédé quelques heures plus tôt.
Mais ce qui me foudroie, c'est l'arrière-plan : sur le lit défait derrière lui, on aperçoit le peignoir de soie de ma sœur, négligemment jeté. C'est une provocation pure, un rappel brutal de sa double vie. Il s'exhibe à moi dans leur intimité conjugale, marquant son territoire de la manière la plus crue possible. La photo est d'une chaleur étouffante, transpirant le sexe et le mépris. Je sens mon corps réagir instantanément, une chaleur familière et honteuse m'envahissant, mais elle est immédiatement suivie d'une brûlure à l'âme.
Je contemple ce cliché pendant de longues minutes, zoomant sur ses traits durs, sur ses mains larges, sur ce regard qu'il semble adresser directement à mon objectif, comme s'il lisait en moi. La jalousie me submerge. Cette photo me dit : « Regarde ce que je suis, regarde où je suis, et rappelle-toi que tu n'es rien d'autre qu'un secret. »
Je réalise à quel point je suis tombé bas. J'aime cet homme qui me traite comme un déchet, qui utilise l'image de son propre foyer pour m'exciter et m'humilier simultanément. Je devrais le haïr, je devrais effacer cette photo et bloquer son numéro, mais je suis incapable de détacher mes yeux de son corps. Je me demande s'il a pris cette photo juste après avoir embrassé ma sœur pour lui souhaiter une bonne journée. Cette pensée me donne envie de hurler de douleur. Je suis jaloux de chaque seconde qu'elle passe avec lui, jaloux de la légitimité de son amour, alors que le mien est une pathologie, une blessure que je cultive dans le noir.
Je me lève enfin, les jambes instables, et je me regarde dans la glace. Je cherche sur mon propre corps les traces invisibles de sa possession. Le tatouage dans mon dos ne me fait plus mal physiquement, mais il semble peser des tonnes, comme une chaîne qui me relie directement à la photo sur mon écran. Je ne sais plus ce que je dois faire. Est-ce que je dois lui répondre ? Lui avouer que je crève d'amour pour lui ? Non, il s'en servirait pour m'écraser davantage. Il n'aime pas le Pierrick sentimental, il aime la petite chienne qui rampe sur son tapis.
Je me rhabille mécaniquement, mais mon esprit reste bloqué dans cette chambre, sur ce lit, avec lui. Je me sens comme un intrus dans ma propre vie, un figurant dans le scénario pervers qu'il a écrit. La jalousie envers ma sœur devient un poison qui colore toutes mes pensées. Je commence à la détester pour cette normalité qu'elle possède sans même s'en rendre compte. Elle a l'homme, j'ai la marque et le mépris. Elle a les sentiments, j'ai la honte et l'obsession. Je m'assois sur le bord de mon lit, la tête entre les mains, terrassé par la longueur de la journée qui m'attend, une journée où je vais devoir faire semblant d'exister alors que je ne suis plus qu'une extension de son désir brutal.
Le lendemain matin, le réveil est un calvaire absolu. Je me lève avec la sensation d'avoir été passé sous un rouleau compresseur. Mon esprit est un champ de bataille où se percutent la violence de la nuit passée et cette découverte terrifiante qui a germé dans l'obscurité de ma chambre : je l'aime. J'aime cet homme qui me brise, j'aime mon bourreau, j'aime le mari de ma sœur. Cette réalisation n'est pas une libération, c'est une condamnation à mort pour ma tranquillité d'esprit.
Je me rends à mon travail de bureau par pur automatisme, mais je ne suis plus qu'une ombre parmi les vivants. Derrière mon écran, mes yeux fixent des chiffres et des graphiques sans rien imprimer. Les voix de mes collègues me parviennent comme un brouhaha lointain et insupportable. Chaque fois que je bouge sur ma chaise, le frottement du tissu contre mon dos me rappelle le contact de sa main, et mon esprit s'échappe instantanément vers le salon de la veille, vers l'odeur du vin blanc et le poids de Dimitry sur moi. Je suis incapable de me concentrer, incapable de répondre au téléphone, incapable de faire semblant d'appartenir à ce monde normal.
À la fin de la matinée, je craque. La pression est trop forte. Je ne peux pas continuer à jouer ce rôle de citoyen sans histoire alors que je suis une épave émotionnelle, totalement dévastée par un amour interdit. Je vais voir mon responsable et, prétextant un malaise ou une urgence personnelle, je pose immédiatement plusieurs jours de congé. J'ai besoin de temps. J'ai besoin de m'enfermer avec ce poison qui me dévore le cœur et les entrailles.
Le premier jour de mon congé commence dans un silence de mort qui me rend fou. Je reste cloîtré dans mon appartement, tournant en rond comme un animal en cage. Mon téléphone est posé sur la table, et mon regard ne le quitte pas plus de quelques secondes. J'attends. J'espère un signe, une insulte, une photo, n'importe quoi qui prouverait que je ne suis pas qu'un simple souvenir de passage dans son esprit. Mais rien. Pas un message de Dimitry, pas un appel.
Ce silence est une torture bien plus raffinée que n'importe quelle douleur physique. Il me laisse seul avec ma jalousie maladive. Je l'imagine en train de vider une maison, soulevant des armoires et des pianos avec cette force qui me fascine, les muscles de ses bras tendus sous l'effort, puis rentrant chez lui, épuisé par sa journée de déménageur, pour retrouver ma sœur. La pensée qu'il puisse lui sourire, lui parler de ses clients de la journée, ou simplement l'effleurer avec les mêmes mains qui m'ont marqué, me donne envie de hurler de rage. Je l'aime d'un amour sincère, profond, et c'est ce qui rend la situation insupportable : je suis jaloux de la vie simple et légitime qu'elle mène à ses côtés. Elle a le droit de l'aimer sans honte, alors que moi, je suis réduit à attendre une miette d'attention dans le noir.
L'absence de nouvelles me pousse au bord de la folie. Vers le milieu de l'après-midi, alors que la lumière décline et que mon appartement s'assombrit, ma volonté s'effondre totalement. Ma résolution de rester distant pour me protéger vole en éclats. Je saisis mon téléphone, les doigts tremblants de honte, conscient que je suis en train de lui livrer les dernières clés de ma dignité. Je commence à écrire, j'efface, je recommence, mon cœur battant si fort qu'il résonne dans mes oreilles.
Je finis par envoyer ce message, une bouteille à la mer lancée avec l'espoir désespéré d'un condamné qui cherche son bourreau :
« Je n'en peux plus du silence. J'ai besoin de te voir, Dimitry. J'ai posé des jours de congé, je suis seul chez moi et je ne pense qu'à toi... j'ai envie de toi, je t'attends si tu veux encore de ta petite chienne. »
Dès que le message est envoyé, un mélange de dégoût de moi-même et d'excitation morbide m'envahit. Je viens de lui avouer ma dépendance, de lui confirmer que je suis à sa merci. La douleur de mes sentiments sincères me broie : je me sens pathétique de mendier l'attention d'un homme qui me traite comme un objet, alors que ma sœur, elle, n'a même pas à y penser. Je reste là, prostré sur mon canapé, fixant l'écran avec une angoisse qui me tord les boyaux, terrifié par l'idée qu'il puisse ignorer cet appel ou s'en servir pour m'humilier davantage.
Chaque seconde qui s'écoule sans réponse est une agonie. Je réalise que je suis prêt à tout subir, à endurer toutes les humiliations, juste pour qu'il franchisse ma porte et me rappelle, par sa violence ou son mépris, que je lui appartiens corps et âme.
Le silence de l'appartement est soudainement brisé par le bruit sourd et autoritaire de quelqu'un qui frappe à la porte. Mon cœur manque un battement, puis s'emballe comme une machine folle. Je n'ai pas eu le temps de me préparer, je suis encore en jogging informe, les yeux rougis par l'attente et la confusion de mes sentiments. Je me précipite pour ouvrir, et il est là.
Dimitry se tient sur le palier, massif, barrant tout l'horizon de ma porte. Il porte ses vêtements de travail, un débardeur noir qui laisse voir ses bras congestionnés par sa journée de déménageur. Il dégage une odeur de bois, de poussière de vieux meubles et de sueur masculine. Il ne dit pas un mot, il me pousse à l'intérieur et referme la porte d'un coup de talon sec.
Il remarque immédiatement mes yeux humides et mon air défait. Un sourire cruel s'étire sur ses lèvres. Il n'a pas besoin de parler pour que je comprenne qu'il va utiliser ma détresse contre moi.
— Regarde-toi, petite traînée... Tu as passé ta journée à pleurnicher en m'attendant ? siffle-t-il en me saisissant les cheveux pour me forcer à basculer la tête en arrière.
D'un geste brusque, il me plaque contre le mur du couloir. Ses mains calleuses, marquées par le port de charges lourdes, s'enfoncent dans mes épaules avec une force qui me fait gémir. Sans aucun préambule, il arrache mon jogging, me laissant nu et exposé sous la lumière crue de l'entrée. Il ne prend même pas la peine de retirer ses vêtements de travail ; il baisse simplement son jean, révélant sa virilité déjà impatiente et menaçante.
Il me retourne violemment pour me plaquer face contre le mur. Je sens le froid de la cloison sur mon torse alors qu'il s'appuie de tout son poids sur moi. Il n'y a aucune douceur, aucune préparation. Dimitry s'empare de moi avec la même brutalité qu'il mettrait à déplacer un meuble encombrant, pénétrant ma chair d'un coup sec qui m'arrache un cri de douleur et de surprise.
Il commence ses va-et-vient, rapides et saccadés, chaque poussée me projetant contre le mur. Ses mains ne me lâchent pas : l'une me maintient la gorge, l'autre est plaquée au milieu de mon dos, juste sur le tatouage qu'il a marqué hier. Je sens la sueur de son front couler sur ma nuque, l'odeur de son effort de déménageur m'envelopper totalement. Je suis broyé entre sa force brute et la cloison, mon corps ne m'appartient plus. Il me possède avec une rage sourde, comme s'il voulait évacuer toute la fatigue de ses livraisons à l'intérieur de moi. Je gémis, je supplie presque, mais cela ne fait qu'accentuer sa cadence. Lorsqu'il arrive au bout, il se vide en moi avec une violence qui me fait trembler les jambes, m'écrasant une dernière fois contre la paroi avant de se retirer brusquement.
Une fois ses nerfs calmés, Dimitry remonte son jean avec cette désinvolture qui me tue à chaque fois. Il se prépare à repartir, sans doute pour finir sa tournée ou pour rentrer retrouver ma sœur dans leur foyer. C'est là que, poussé par une pulsion incontrôlable, je l'arrête en posant une main tremblante sur son bras musclé.
— Dimitry... attends, je souffle, la voix brisée par l'effort et l'émotion.
Il se retourne, un sourcil levé, l'air agacé par cette interruption.
— Quoi encore ? J'ai du boulot, Pierrick. On ne va pas y passer la nuit.
Je cherche mes mots, le cœur battant la chamade. Je ne peux pas lui dire « je t'aime », ce serait provoquer son mépris ou son rire. Je dois rester évasif, mais je ne peux plus tout garder pour moi.
— Ce n'est pas... ce n'est pas juste ce qu'on vient de faire, tu sais, je commence, en baissant les yeux. Quand tu n'es pas là, quand je suis seul pendant mes congés... j'ai l'impression d'exister d'une manière qui me fait mal dès que tu franchis cette porte. Ce que je ressens ici, quand j'attends tes messages... c'est plus profond que ce que tu crois. C'est une présence qui me hante, une douleur qui ne part pas, même quand je me lave.
Je le regarde, cherchant désespérément une lueur de compréhension dans ses yeux sombres. Je lui avoue à demi-mot que mon âme est engagée, que je suis dévoré par une attente qui dépasse le simple plaisir physique.
Dimitry me fixe un instant, mais son regard reste froid, presque vide de toute empathie. Pour lui, la scène qui vient de se dérouler était une simple décharge, une parenthèse nécessaire. Il ne voit pas l'homme amoureux derrière l'objet qu'il vient de malmener.
— Tu te fais des films, Pierrick, répond-il avec un petit rire méprisant en ouvrant la porte de l'appartement. C'est l'adrénaline et le fait que tu sois une petite pute née pour être dressée. Ne commence pas à me faire des scènes de sentiments, j'ai déjà tout ce qu'il me faut à la maison.
Il claque la porte derrière lui, me laissant seul, nu et tremblant dans mon couloir. Il n'a rien compris. Il pense que je parle de mon excitation, alors que je lui parlais de mon cœur qui saigne de jalousie pour celle qui partage sa vie officielle.
Fin du chapitre 23.
Le trajet du retour se fait dans une sorte de brouillard électrique. Je conduis machinalement, les mains crispées sur le volant, sentant contre le cuir du siège la trace encore fraîche et collante de Dimitry sur ma peau. Une fois la porte de mon appartement franchie, le silence me tombe dessus comme une chape de plomb. Je me déshabille avec des gestes mécaniques, abandonnant mon jean bleu marine au sol, et je file sous la douche.
L’eau brûlante ruisselle sur mon corps, lavant le vin blanc, la sueur et le sperme séché. Je passe mes mains sur mon tatouage ; la douleur a totalement disparu, laissant place à une sensation de possession intégrale, comme si l'encre s'était enfin fondue dans mes nerfs. Je frotte ma peau, mais l’odeur de Dimitry semble incrustée jusque dans mes pores, persistante malgré le savon. Je finis par sortir, je me glisse dans mon lit sans même m'essuyer complètement, la peau encore humide, et je fixe le plafond dans l'obscurité totale.
C’est là, dans le calme oppressant de ma chambre, que le vertige me prend. Je repense à la force de ses bras, à sa manière brutale de me plaquer au sol, à son regard de propriétaire qui m'a déshabillé l'âme. Et soudain, au milieu de ce silence, je réalise que ce n'est plus seulement de l'excitation, du vice ou de la simple soumission.
Un poids immense m'écrase la poitrine, m'empêchant presque de respirer. Je m'aperçois que j'ai des sentiments sincères envers lui. Je ne suis pas seulement sa petite chienne marquée ; je suis éperdument amoureux de l'homme qui me traite comme un objet. Et cette réalisation me fait plus mal en y réfléchissant que n'importe laquelle de ses exigences physiques.
Je me tourne et me retourne dans mes draps, tourmenté par une lucidité nouvelle et cruelle. Chaque souvenir de la soirée devient un poignard que je m'enfonce moi-même. Je l’aime, et cet amour me rend vulnérable d’une manière que je n’avais pas prévue. La jalousie, une jalousie féroce, sombre et empoisonnée, commence à me ronger les entrailles.
Je pense à ma sœur. En ce moment même, elle est peut-être couchée à ses côtés dans ce lit que j'ai trahi. Il lui parle sans doute avec cette voix calme qu'il utilise devant le reste du monde, il la touche peut-être avec cette même autorité qui m'a brisé les hanches il y a une heure. Elle a son nom sur ses papiers, elle a sa vie publique, elle a le droit de l'aimer au grand jour sans avoir à se cacher. Moi, je n'ai que l'ombre, les insultes, le secret et une marque cachée sous mes vêtements.
Je me sens perdu, au bord du gouffre. Je ne sais plus du tout ce que je dois faire. Dois-je continuer ce jeu dangereux qui me détruit le cœur autant qu'il m'électrise les sens ? Comment vais-je pouvoir regarder ma sœur dans les yeux sans hurler que je veux lui voler son mari, non plus seulement pour le plaisir de la chair, mais pour tout ce qu'il est ? Je suis enchaîné à lui par ce tatouage, mais mon esprit est devenu un prisonnier bien plus étroitement lié que ma peau. Je ferme les yeux, la gorge nouée, avec pour seule compagnie l'écho de sa voix et cette douleur lancinante au fond de mon cœur.
Le lendemain matin, le soleil traverse cruellement les rideaux de ma chambre, mais je reste prostré sous mes draps, le corps lourd et l'esprit embrumé par les révélations de la veille. Chaque mouvement de mon torse contre le matelas me rappelle le contact de Dimitry, et cette douleur morale, cette réalisation de mes sentiments pour lui, ne cesse de s'amplifier. Soudain, le vibreur de mon téléphone sur la table de chevet déchire le silence. Mon cœur manque un battement. Un message. Sans texte. Juste une image.
Je déverrouille l'écran d'une main tremblante et je reste pétrifié. C'est une photo prise dans leur chambre, celle qu'il partage avec ma sœur. Dimitry est debout devant le grand miroir de l'armoire, le même miroir où elle s'apprête chaque matin. Il est entièrement nu, sa carrure imposante occupant presque tout le cadre. On voit ses muscles saillants, son torse puissant encore brillant de la douche, et surtout, sa virilité arrogante, celle qui m'a possédé quelques heures plus tôt.
Mais ce qui me foudroie, c'est l'arrière-plan : sur le lit défait derrière lui, on aperçoit le peignoir de soie de ma sœur, négligemment jeté. C'est une provocation pure, un rappel brutal de sa double vie. Il s'exhibe à moi dans leur intimité conjugale, marquant son territoire de la manière la plus crue possible. La photo est d'une chaleur étouffante, transpirant le sexe et le mépris. Je sens mon corps réagir instantanément, une chaleur familière et honteuse m'envahissant, mais elle est immédiatement suivie d'une brûlure à l'âme.
Je contemple ce cliché pendant de longues minutes, zoomant sur ses traits durs, sur ses mains larges, sur ce regard qu'il semble adresser directement à mon objectif, comme s'il lisait en moi. La jalousie me submerge. Cette photo me dit : « Regarde ce que je suis, regarde où je suis, et rappelle-toi que tu n'es rien d'autre qu'un secret. »
Je réalise à quel point je suis tombé bas. J'aime cet homme qui me traite comme un déchet, qui utilise l'image de son propre foyer pour m'exciter et m'humilier simultanément. Je devrais le haïr, je devrais effacer cette photo et bloquer son numéro, mais je suis incapable de détacher mes yeux de son corps. Je me demande s'il a pris cette photo juste après avoir embrassé ma sœur pour lui souhaiter une bonne journée. Cette pensée me donne envie de hurler de douleur. Je suis jaloux de chaque seconde qu'elle passe avec lui, jaloux de la légitimité de son amour, alors que le mien est une pathologie, une blessure que je cultive dans le noir.
Je me lève enfin, les jambes instables, et je me regarde dans la glace. Je cherche sur mon propre corps les traces invisibles de sa possession. Le tatouage dans mon dos ne me fait plus mal physiquement, mais il semble peser des tonnes, comme une chaîne qui me relie directement à la photo sur mon écran. Je ne sais plus ce que je dois faire. Est-ce que je dois lui répondre ? Lui avouer que je crève d'amour pour lui ? Non, il s'en servirait pour m'écraser davantage. Il n'aime pas le Pierrick sentimental, il aime la petite chienne qui rampe sur son tapis.
Je me rhabille mécaniquement, mais mon esprit reste bloqué dans cette chambre, sur ce lit, avec lui. Je me sens comme un intrus dans ma propre vie, un figurant dans le scénario pervers qu'il a écrit. La jalousie envers ma sœur devient un poison qui colore toutes mes pensées. Je commence à la détester pour cette normalité qu'elle possède sans même s'en rendre compte. Elle a l'homme, j'ai la marque et le mépris. Elle a les sentiments, j'ai la honte et l'obsession. Je m'assois sur le bord de mon lit, la tête entre les mains, terrassé par la longueur de la journée qui m'attend, une journée où je vais devoir faire semblant d'exister alors que je ne suis plus qu'une extension de son désir brutal.
Le lendemain matin, le réveil est un calvaire absolu. Je me lève avec la sensation d'avoir été passé sous un rouleau compresseur. Mon esprit est un champ de bataille où se percutent la violence de la nuit passée et cette découverte terrifiante qui a germé dans l'obscurité de ma chambre : je l'aime. J'aime cet homme qui me brise, j'aime mon bourreau, j'aime le mari de ma sœur. Cette réalisation n'est pas une libération, c'est une condamnation à mort pour ma tranquillité d'esprit.
Je me rends à mon travail de bureau par pur automatisme, mais je ne suis plus qu'une ombre parmi les vivants. Derrière mon écran, mes yeux fixent des chiffres et des graphiques sans rien imprimer. Les voix de mes collègues me parviennent comme un brouhaha lointain et insupportable. Chaque fois que je bouge sur ma chaise, le frottement du tissu contre mon dos me rappelle le contact de sa main, et mon esprit s'échappe instantanément vers le salon de la veille, vers l'odeur du vin blanc et le poids de Dimitry sur moi. Je suis incapable de me concentrer, incapable de répondre au téléphone, incapable de faire semblant d'appartenir à ce monde normal.
À la fin de la matinée, je craque. La pression est trop forte. Je ne peux pas continuer à jouer ce rôle de citoyen sans histoire alors que je suis une épave émotionnelle, totalement dévastée par un amour interdit. Je vais voir mon responsable et, prétextant un malaise ou une urgence personnelle, je pose immédiatement plusieurs jours de congé. J'ai besoin de temps. J'ai besoin de m'enfermer avec ce poison qui me dévore le cœur et les entrailles.
Le premier jour de mon congé commence dans un silence de mort qui me rend fou. Je reste cloîtré dans mon appartement, tournant en rond comme un animal en cage. Mon téléphone est posé sur la table, et mon regard ne le quitte pas plus de quelques secondes. J'attends. J'espère un signe, une insulte, une photo, n'importe quoi qui prouverait que je ne suis pas qu'un simple souvenir de passage dans son esprit. Mais rien. Pas un message de Dimitry, pas un appel.
Ce silence est une torture bien plus raffinée que n'importe quelle douleur physique. Il me laisse seul avec ma jalousie maladive. Je l'imagine en train de vider une maison, soulevant des armoires et des pianos avec cette force qui me fascine, les muscles de ses bras tendus sous l'effort, puis rentrant chez lui, épuisé par sa journée de déménageur, pour retrouver ma sœur. La pensée qu'il puisse lui sourire, lui parler de ses clients de la journée, ou simplement l'effleurer avec les mêmes mains qui m'ont marqué, me donne envie de hurler de rage. Je l'aime d'un amour sincère, profond, et c'est ce qui rend la situation insupportable : je suis jaloux de la vie simple et légitime qu'elle mène à ses côtés. Elle a le droit de l'aimer sans honte, alors que moi, je suis réduit à attendre une miette d'attention dans le noir.
L'absence de nouvelles me pousse au bord de la folie. Vers le milieu de l'après-midi, alors que la lumière décline et que mon appartement s'assombrit, ma volonté s'effondre totalement. Ma résolution de rester distant pour me protéger vole en éclats. Je saisis mon téléphone, les doigts tremblants de honte, conscient que je suis en train de lui livrer les dernières clés de ma dignité. Je commence à écrire, j'efface, je recommence, mon cœur battant si fort qu'il résonne dans mes oreilles.
Je finis par envoyer ce message, une bouteille à la mer lancée avec l'espoir désespéré d'un condamné qui cherche son bourreau :
« Je n'en peux plus du silence. J'ai besoin de te voir, Dimitry. J'ai posé des jours de congé, je suis seul chez moi et je ne pense qu'à toi... j'ai envie de toi, je t'attends si tu veux encore de ta petite chienne. »
Dès que le message est envoyé, un mélange de dégoût de moi-même et d'excitation morbide m'envahit. Je viens de lui avouer ma dépendance, de lui confirmer que je suis à sa merci. La douleur de mes sentiments sincères me broie : je me sens pathétique de mendier l'attention d'un homme qui me traite comme un objet, alors que ma sœur, elle, n'a même pas à y penser. Je reste là, prostré sur mon canapé, fixant l'écran avec une angoisse qui me tord les boyaux, terrifié par l'idée qu'il puisse ignorer cet appel ou s'en servir pour m'humilier davantage.
Chaque seconde qui s'écoule sans réponse est une agonie. Je réalise que je suis prêt à tout subir, à endurer toutes les humiliations, juste pour qu'il franchisse ma porte et me rappelle, par sa violence ou son mépris, que je lui appartiens corps et âme.
Le silence de l'appartement est soudainement brisé par le bruit sourd et autoritaire de quelqu'un qui frappe à la porte. Mon cœur manque un battement, puis s'emballe comme une machine folle. Je n'ai pas eu le temps de me préparer, je suis encore en jogging informe, les yeux rougis par l'attente et la confusion de mes sentiments. Je me précipite pour ouvrir, et il est là.
Dimitry se tient sur le palier, massif, barrant tout l'horizon de ma porte. Il porte ses vêtements de travail, un débardeur noir qui laisse voir ses bras congestionnés par sa journée de déménageur. Il dégage une odeur de bois, de poussière de vieux meubles et de sueur masculine. Il ne dit pas un mot, il me pousse à l'intérieur et referme la porte d'un coup de talon sec.
Il remarque immédiatement mes yeux humides et mon air défait. Un sourire cruel s'étire sur ses lèvres. Il n'a pas besoin de parler pour que je comprenne qu'il va utiliser ma détresse contre moi.
— Regarde-toi, petite traînée... Tu as passé ta journée à pleurnicher en m'attendant ? siffle-t-il en me saisissant les cheveux pour me forcer à basculer la tête en arrière.
D'un geste brusque, il me plaque contre le mur du couloir. Ses mains calleuses, marquées par le port de charges lourdes, s'enfoncent dans mes épaules avec une force qui me fait gémir. Sans aucun préambule, il arrache mon jogging, me laissant nu et exposé sous la lumière crue de l'entrée. Il ne prend même pas la peine de retirer ses vêtements de travail ; il baisse simplement son jean, révélant sa virilité déjà impatiente et menaçante.
Il me retourne violemment pour me plaquer face contre le mur. Je sens le froid de la cloison sur mon torse alors qu'il s'appuie de tout son poids sur moi. Il n'y a aucune douceur, aucune préparation. Dimitry s'empare de moi avec la même brutalité qu'il mettrait à déplacer un meuble encombrant, pénétrant ma chair d'un coup sec qui m'arrache un cri de douleur et de surprise.
Il commence ses va-et-vient, rapides et saccadés, chaque poussée me projetant contre le mur. Ses mains ne me lâchent pas : l'une me maintient la gorge, l'autre est plaquée au milieu de mon dos, juste sur le tatouage qu'il a marqué hier. Je sens la sueur de son front couler sur ma nuque, l'odeur de son effort de déménageur m'envelopper totalement. Je suis broyé entre sa force brute et la cloison, mon corps ne m'appartient plus. Il me possède avec une rage sourde, comme s'il voulait évacuer toute la fatigue de ses livraisons à l'intérieur de moi. Je gémis, je supplie presque, mais cela ne fait qu'accentuer sa cadence. Lorsqu'il arrive au bout, il se vide en moi avec une violence qui me fait trembler les jambes, m'écrasant une dernière fois contre la paroi avant de se retirer brusquement.
Une fois ses nerfs calmés, Dimitry remonte son jean avec cette désinvolture qui me tue à chaque fois. Il se prépare à repartir, sans doute pour finir sa tournée ou pour rentrer retrouver ma sœur dans leur foyer. C'est là que, poussé par une pulsion incontrôlable, je l'arrête en posant une main tremblante sur son bras musclé.
— Dimitry... attends, je souffle, la voix brisée par l'effort et l'émotion.
Il se retourne, un sourcil levé, l'air agacé par cette interruption.
— Quoi encore ? J'ai du boulot, Pierrick. On ne va pas y passer la nuit.
Je cherche mes mots, le cœur battant la chamade. Je ne peux pas lui dire « je t'aime », ce serait provoquer son mépris ou son rire. Je dois rester évasif, mais je ne peux plus tout garder pour moi.
— Ce n'est pas... ce n'est pas juste ce qu'on vient de faire, tu sais, je commence, en baissant les yeux. Quand tu n'es pas là, quand je suis seul pendant mes congés... j'ai l'impression d'exister d'une manière qui me fait mal dès que tu franchis cette porte. Ce que je ressens ici, quand j'attends tes messages... c'est plus profond que ce que tu crois. C'est une présence qui me hante, une douleur qui ne part pas, même quand je me lave.
Je le regarde, cherchant désespérément une lueur de compréhension dans ses yeux sombres. Je lui avoue à demi-mot que mon âme est engagée, que je suis dévoré par une attente qui dépasse le simple plaisir physique.
Dimitry me fixe un instant, mais son regard reste froid, presque vide de toute empathie. Pour lui, la scène qui vient de se dérouler était une simple décharge, une parenthèse nécessaire. Il ne voit pas l'homme amoureux derrière l'objet qu'il vient de malmener.
— Tu te fais des films, Pierrick, répond-il avec un petit rire méprisant en ouvrant la porte de l'appartement. C'est l'adrénaline et le fait que tu sois une petite pute née pour être dressée. Ne commence pas à me faire des scènes de sentiments, j'ai déjà tout ce qu'il me faut à la maison.
Il claque la porte derrière lui, me laissant seul, nu et tremblant dans mon couloir. Il n'a rien compris. Il pense que je parle de mon excitation, alors que je lui parlais de mon cœur qui saigne de jalousie pour celle qui partage sa vie officielle.
Fin du chapitre 23.
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