Le goût de l’effondrement - chapitre 24

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 05-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
Cette histoire de sexe a été affichée 307 fois depuis sa publication.
Le lundi matin, pour la première fois, je partis à l’université avec Étienne. J’y étais retourné depuis mon installation chez Monsieur, bien sûr, mais toujours seul. Une fois franchie la porte de l’appartement, il m’avait jusque-là été possible de retrouver, au moins en apparence, celui que mes camarades connaissaient. Ce matin-là, cette frontière disparaissait.

Après le petit déjeuner, Monsieur me fit signe de le suivre jusqu’à l’entrée. Étienne était déjà prêt : pantalon sombre, chemise claire, veste légère, lunettes rectangulaires. Le printemps s’était installé depuis quelques jours et, avec cette élégance sobre qui lui était naturelle, il avait déjà retrouvé le professeur Delmas que l’on croisait dans les couloirs de l’université, celui dont le nom figurait sur des articles et des programmes de colloques.

Sa sacoche attendait près de la porte.

Moi, j’étais encore nu.

Monsieur ouvrit.

— Dehors.

Je franchis le seuil. Le sac-poubelle noir m’attendait sur le palier.
Je m’accroupis pour l’ouvrir. Un pantalon sombre, une chemise blanche, des chaussettes et mes chaussures de ville. Rien qui, pris séparément, pût attirer l’attention. Pourtant, en enfilant le pantalon, je compris immédiatement pourquoi Monsieur avait choisi celui-là. Sa coupe était particulièrement étroite et la cage que je portais dessous en modifiait légèrement la ligne.

Je tirai machinalement sur le tissu.

— Laisse, ordonna Monsieur.

Je retirai aussitôt mes mains.

— Oui, Monsieur.

Je passai la chemise et la boutonnai jusqu’en haut. Le résultat me rassura. Dans le reflet sombre de la porte voisine, je retrouvai l’image d’un étudiant correctement habillé, presque identique à celle que j’avais toujours donnée de moi.

— Non, intervint Étienne.

Il venait de sortir sur le palier. Il s’approcha sans se presser. Ses doigts défirent le premier bouton de ma chemise, puis le deuxième. Il arrangea le col afin que le collier soit entièrement dégagé.

Je baissai les yeux.

— Regarde-moi, Alex.

Je relevai la tête vers lui.

Étienne me détailla quelques secondes avant de reprendre :

— Je veux que tu t’affiches tel que nous voulons que tu sois. Un véritable soumis. Pas seulement lorsque tu es avec nous et que personne ne peut te voir. Je veux que ta soumission se voie aux yeux des autres.

— À l’université aussi, professeur ?

— Surtout là, répondit-il.

Il contempla le résultat.

— Et n’oublie pas que tu n’es qu’une petite chienne à mes yeux. Dans une heure, je serai le professeur Delmas pour tes camarades. Pour toi, cela ne changera rien.

Cette phrase m’humilia davantage que je ne voulais le montrer. À l’appartement, j’avais commencé à m’habituer à son vocabulaire. Ici, sur ce palier, habillé pour rejoindre des étudiants qui me connaissaient comme un garçon brillant, ambitieux, parfois trop sûr de lui, les mêmes mots prenaient une violence différente.

Monsieur, resté dans l’encadrement de la porte, intervint :

— Réponds à Étienne.

— Oui, professeur.

Étienne baissa les yeux vers mon pantalon. Je résistai à l’envie de ramener les pans de ma chemise devant moi.

— Très bien, dit-il. Tu apprends.

Je sentis la chaleur me monter au visage. Il avait raison : j’avais compris sans qu’il eût besoin de répéter l’ordre.

Et cette constatation me troubla. Car rien ne m’empêchait matériellement de refermer ma chemise dans l’escalier, de modifier ma tenue dans la rue ou de remettre de l’ordre dans mon apparence avant d’entrer à l’université. Monsieur n’allait pas me suivre. Étienne ne passerait pas son temps à me surveiller.

Pourtant, je savais déjà que je ne le ferais pas. Monsieur s’avança et recentra le col de ma chemise.

— Tu voulais savoir si mes règles s’arrêtaient à cette porte. Tu as ta réponse.

Puis Étienne désigna sa sacoche.

— Porte-la.

Je la pris.

— Oui, professeur.

— Maintenant, allons-y, conclut-il.

Il ouvrit la marche. Je le suivis.

Le trajet fut presque silencieux. Étienne avançait à côté de moi, les mains libres, avec l’indifférence tranquille de celui qui n’avait rien à redouter du regard des autres. Moi, j’avais conscience de tout.

De la sacoche qui n’était pas la mienne. De ma chemise ouverte. De la tenue choisie pour moi. De cette impression absurde que chaque passant pouvait deviner ce que tout cela signifiait. Personne, évidemment, ne faisait attention à nous. C’était presque pire. Le monde continuait normalement pendant que je vivais comme une épreuve le simple fait de marcher dans la rue.

À quelques centaines de mètres de l’université, j’aperçus notre reflet dans une vitrine.

Je ralentis. Étienne poursuivit quelques pas avant de remarquer mon absence.

— Alex.

Je le rejoignis.

— Oui, professeur.

— Redresse-toi, ordonna-t-il.

Je rectifiai ma posture. Étienne me regarda faire.

— Si tu dois avoir honte, aie honte correctement. Ne te recroqueville pas pour essayer de disparaître.

La formule me piqua. Je redressai davantage les épaules. Et quelque chose d’inattendu se produisit : l’humiliation ne diminua pas, mais je cessai de lutter contre elle.

J’étais gêné. Profondément. Je savais que mes camarades allaient me regarder, m’interroger, peut-être comprendre. Et néanmoins j’avançais. Personne ne me poussait. Cette pensée fut la plus difficile à accepter.

— Alex !

C’était Thomas. Il était avec Claire et plusieurs étudiants de notre promotion devant l’entrée. Je souris malgré moi.

— Salut.

Thomas commença :

— Alors, ton week-end…

Il s’interrompit. Son regard venait de s’arrêter sur moi. Claire suivit le mouvement.

— Eh ben…

Je sentis immédiatement la chaleur revenir dans mes joues. Thomas m’examina.

— Depuis quand tu portes ça ?

J’allais répondre lorsqu’Étienne prononça mon prénom :

— Alex.

Je me retournai.

— Oui, professeur ?

— Ma sacoche. Correctement.

Je rectifiai ma manière de la tenir.

— Oui, professeur.

Lorsque je revins vers mes camarades, Thomas ne souriait plus.

— C’était quoi, ça ? demanda-t-il.

— Quoi ?

— Ne fais pas semblant. Il prononce ton prénom et tu réagis comme…

Thomas s’arrêta, incapable de trouver une comparaison qui ne soit pas blessante. Claire s’approcha.

— C’est vraiment un collier ?

— Oui.

— Mais… pourquoi ?

Je regardai Étienne presque malgré moi.

Il surprit mon regard.

— Pourquoi me regardez-vous, Alex ?

Je baissai aussitôt les yeux.

— Pardon, professeur.

— Claire vous a posé une question. Répondez-lui.

Je sentis le silence se former autour de nous.

— Je dois le porter.

Thomas fronça les sourcils.

— Tu dois ?

— Oui.

— Qui t’oblige ? insista-t-il.

Cette fois, je ne répondis pas. Étienne coupa court :

— Cela ne vous regarde pas, Thomas.

Puis il se tourna vers moi.

— Alex, donnez-moi ma sacoche.

Je la lui présentai.

— Les deux mains, précisa-t-il.

Je m’exécutai. Le regard de Thomas devint presque incrédule.
Étienne prit son bien, puis m’observa.

— Reculez d’un pas.

Je reculai.

— Encore.

J’obéis.

— Droit. Les mains derrière le dos.

Je croisai les mains.

Claire murmura :

— Alex…

Je sentis alors toute la portée de la scène. Quelques jours auparavant, j’aurais été incapable d’imaginer rester ainsi devant eux. J’aurais plaisanté, protesté, exigé une explication. J’aurais surtout refusé qu’un professeur me traite de cette manière devant mes camarades.

Pourtant, je demeurais exactement où Étienne m’avait placé. Non parce que j’étais paralysé. Parce que j’avais choisi de ne pas rompre l’obéissance.

Thomas s’approcha.

— Alex, tu peux m’expliquer ce qui se passe ?

Je tournai la tête vers lui.

Étienne m’arrêta aussitôt :

— Je vous ai autorisé à parler ?

Je revins vers lui.

— Non, professeur.

Thomas ouvrit la bouche. Rien n’en sortit.

Après quelques secondes, Étienne reprit :

— Maintenant, vous pouvez lui répondre.

Je regardai Thomas.

— Qu’est-ce que tu veux savoir ?

— Tu attends réellement qu’il t’autorise à me parler ? demanda Thomas.

— Oui.

— Pourquoi ?

Je pris quelques secondes.

— Parce que j’accepte son autorité.

Claire me dévisagea.

— Tu as choisi ça ?

— Oui.

Ce fut sans doute le mot le plus humiliant de toute la matinée. Parce qu’il détruisait l’explication la plus facile. Je ne pouvais accuser personne. J’étais là de mon plein gré.

Claire m’observa encore quelques secondes, puis son regard descendit furtivement vers ma tenue avant de revenir à mon visage. Elle détourna les yeux, gênée. Thomas suivit son mouvement et fronça les sourcils.

Je compris qu’ils avaient remarqué cette bosse déformant ma braguette de pantalon. Mon corps voulut réagir avant moi : rapprocher les jambes, tirer sur ma chemise, placer les mains devant moi.

Je n’en fis rien. L’ordre reçu sur le palier demeurait intact. Thomas allait parler lorsqu’Étienne consulta sa montre.

— Je dois rejoindre le laboratoire.

Je tournai la tête vers lui.

— Professeur ?

Je regrettai immédiatement d’avoir laissé paraître mon inquiétude.
Étienne la remarqua.

— Vous avez cours, Alex. Moi, j’ai une réunion.

Il récupéra sa sacoche.

— Je viendrai vous chercher à midi.

— Oui, professeur.

— Vous serez prêt.

— Oui, professeur.

Puis il partit. Je suivis sa silhouette jusqu’à ce qu’elle disparaisse.
Lorsque je me retournai, Thomas et Claire me regardaient. Claire croisa les bras.

— Maintenant, tu expliques.

Ils m’interrogèrent pendant presque vingt minutes. Thomas voulait comprendre les règles. Claire cherchait surtout à savoir si j’allais bien.

— Personne ne te force ? demanda-t-elle.

— Non.

— Et Delmas ? reprit-elle.

— Il sait.

Thomas eut un rire incrédule.

— Il sait ? Il fait plus que savoir !

— Thomas… protesta Claire.

— Ce matin, il t’a placé devant nous comme il voulait, poursuivit-il. Il t’a interdit de répondre. Et toi, tu trouves ça normal.

— Je n’ai pas dit que c’était normal.

— Alors quoi ?

Je réfléchis.

— C’est accepté.

Claire me regarda attentivement.

— Ce n’est pas pareil.

— Non.

Thomas secoua la tête.

— Et ce « Monsieur » dont tu as parlé ? Ce n’est pas Delmas ?

Je ne répondis pas. Thomas écarquilla les yeux.

— Attends. Il y en a un autre ?

Claire lui lança un regard avant de se tourner vers moi.

— C’est ce Monsieur qui décide ?

Je baissai les yeux. Cela leur suffit. Thomas passa une main sur son visage.

— Je ne te reconnais plus.

Cette phrase me blessa davantage que ses autres questions.

— Je suis toujours le même.

— Non, répondit Thomas. Alex, tu es capable de nous emmerder pendant deux heures parce qu’on utilise mal un concept dans un exposé. Et là, Delmas te dit où mettre tes mains et tu obéis sans poser une seule question.

Claire réfléchit quelques secondes.

— Peut-être que justement, ce n’est pas contradictoire.

Thomas se tourna vers elle.

— Comment ça ?

Claire revint vers moi.

— Tu passes ton temps à réfléchir à tout. Peut-être que là, ce qui t’attire, c’est précisément de ne plus avoir à décider.

Je ne répondis pas. Elle lut quelque chose dans mon silence.

— C’est ça, Alex ?

Je détournai les yeux.

Thomas souffla :

— Bordel…

À midi, Étienne vint me chercher.

Thomas et Claire étaient avec moi lorsqu’il apparut au bout du couloir.

— Alex.

Je cessai immédiatement de parler.

— Oui, professeur ?

— Venez.

Je pris mon sac.

— Laissez-le, ordonna Étienne.

Je m’arrêtai. Je tendis mon sac à Thomas.

— Tu peux me le garder ?

Il le prit sans quitter Étienne des yeux. Je rejoignis ce dernier. Au moment de partir, je croisai le regard de Thomas. Le matin même, il m’avait demandé si j’abandonnerais réellement mes camarades pour suivre Delmas dès que celui-ci me l’ordonnerait.

Il avait sa réponse.

Le bureau d’Étienne se trouvait dans une partie plus calme de l’université, occupée principalement par les chercheurs et les doctorants. Nous entrâmes. La porte se referma.

Lorsque j’en ressortis en début d’après-midi, je mis quelques secondes à retrouver mes repères. Je venais d’être sodomisé, baisé longuement. J’avais les yeux rougis et le visage défait. Ma chemise avait perdu la netteté du matin. La tête basse, je remis maladroitement un pan de tissu en place avant de reboutonner mon pantalon.

— Alex ?

Je me figeai.Thomas était assis quelques mètres plus loin. Il se leva. Son regard passa de mon visage à mes mains, puis à la plaque portant le nom d’Étienne.

— Qu’est-ce que tu faisais là-dedans ?

— J’étais avec le professeur Delmas.

— Merci, j’avais compris.

Je voulus passer. Thomas me retint par la voix :

— Alex.

Je m’arrêtai.

— Tu as pleuré ?

— Non.

— Tes yeux sont rouges.

— Je suis fatigué.

Il regarda mon pantalon.

— Et tu viens de sortir de son bureau en reboutonnant ton pantalon.

Je ne répondis pas. Thomas baissa la voix.

— Est-ce qu’il t’a fait du mal ?

Je relevai immédiatement la tête.

— Non.

— Tu es sûr ?

— Oui.

— Tu voulais être là ?

Cette fois, la réponse fut moins simple.

— Ce n’est pas la bonne question.

— Alors donne-moi la bonne.

Je réfléchis.

— Est-ce que j’acceptais d’y être ? Oui.

Thomas resta silencieux.

— Même si tu ressors comme ça ?

— Oui.

— Tu pourrais lui dire non ?

Cette question me ramena brutalement à Monsieur. À ce qu’il exigeait précisément de moi : non pas l’incapacité de refuser, mais une obéissance qui conservait toute sa valeur parce que le refus demeurait possible.

— Oui.

Thomas parut soulagé.

— Alors pourquoi tu ne le fais pas ?

Je le regardai.

— Parce que pouvoir dire non ne signifie pas que je veux le dire.

À cet instant, la porte du bureau s’ouvrit. Étienne apparut. Je me redressai presque immédiatement.

— Alex.

— Oui, professeur ?

Son regard parcourut ma tenue.

— Vous êtes mal arrangé.

— Pardon, professeur.

Je remis correctement ma chemise.

Étienne ajouta :

— Et la tête.

Je compris et relevai le menton.

— Mieux.

Il me tendit un dossier.

— Vous avez oublié ceci.

— Merci, professeur.

— Passez un peu d’eau sur votre visage avant de retourner en cours.

— Oui, professeur.

Thomas observa toute la scène sans intervenir. Lorsque Étienne referma sa porte, il resta silencieux un moment.

Puis il me demanda :

— Tu sais ce qui me fout vraiment mal à l’aise ?

— Quoi ?

— Quand Delmas est sorti, tu étais complètement défait. Mais dès qu’il a prononcé ton prénom, tu t’es redressé.

Je baissai les yeux. Thomas poursuivit :

— Et tu avais presque l’air soulagé qu’il recommence à te dire quoi faire.

Je ne pouvais pas le contredire. Parce qu’au milieu du désordre intérieur dans lequel j’étais sorti de ce bureau, entendre de nouveau une consigne claire m’avait effectivement apaisé.

Thomas posa une main sur mon bras.

— Promets-moi seulement une chose. Si un jour tu veux que ça s’arrête, dis non.

— Je saurai dire non.

Il attendit.

J’ajoutai :

— Si je décide de le dire.

Thomas retira lentement sa main.

Plus tard dans l’après-midi, je traversais le département lorsque j’aperçus Étienne en conversation avec Laurent Vannier, mon directeur de mémoire. Vannier me connaissait depuis l’année précédente. Il connaissait mes qualités autant que mes défauts : ma facilité à défendre une idée, mon goût de la contradiction, mon obsession de la formulation exacte. Son opinion comptait énormément pour moi. J’espérai passer sans être remarqué.

Ce fut Étienne qui m’interpella :

— Alex.

Je m’arrêtai.

— Venez.

Je les rejoignis.

— Bonjour, professeur Vannier.

— Bonjour, Alex, répondit Vannier.

Son regard s’attarda une seconde sur mon apparence. Étienne m’expliqua :

— Nous parlions justement de votre travail.

Cette annonce m’aurait normalement passionné. Ce jour-là, elle m’inquiéta. Vannier désigna son bureau.

— Nous serons plus tranquilles à l’intérieur. Venez tous les deux.

Nous le suivîmes. À peine la porte refermée, Étienne se tourna vers moi.

— Alex. Votre position.

Je me redressai et plaçai les mains derrière le dos. Étienne observa mes jambes.

— Non.

Je compris et écartai davantage les pieds. Il secoua la tête.

— Toujours pas.

J’obéis encore. La présence de Vannier rendait chaque correction plus humiliante.

Étienne reprit :

— Depuis quelques jours, vous savez exactement comment vous devez vous tenir.

— Oui, professeur.

— Pourtant, je dois encore vous corriger.

— Oui, professeur.

— Monsieur sera informé de ce manquement.

Mon ventre se contracta.

— Oui, professeur.

Étienne ne me quitta pas des yeux.

— Vous lui rendrez compte vous-même de votre faute. Il décidera de la punition ce soir.

Je baissai les yeux.

— Oui, professeur.

J’aurais voulu que Vannier disparaisse. Ou qu’il intervienne. Qu’il dise à Étienne que tout cela n’avait rien à faire dans son bureau. Au lieu de cela, mon directeur de mémoire s’approcha. Vannier posa deux doigts sous mon menton et me releva doucement la tête.

— Regardez-moi, Alex.

J’obéis.

— Vous connaissiez la règle dont Étienne parle ? demanda-t-il.

— Oui, professeur.

— Et vous l’avez respectée ?

— Pas correctement, professeur.

Vannier retira ses doigts.

— Alors la situation me paraît assez simple. Lorsqu’une règle est librement acceptée et qu’elle n’est pas obéie, la punition doit tomber. Sinon, cette règle ne signifie plus rien.

Je le regardai, sidéré. Étienne, derrière lui, ne disait rien. Une question m’échappa :

— Vous saviez ?

Vannier haussa légèrement les sourcils.

— Ce n’est pas la question que je vous ai autorisé à poser, Alex.

Je ressentis un véritable vertige. Cette fois, Étienne sourit ouvertement. Vannier retourna derrière son bureau.

— Votre position, Alex.

Je la rectifiai immédiatement.

— Voilà, approuva Vannier.

Puis il ouvrit mon dossier.

— Maintenant, parlons de votre mémoire.

La brutalité de cette transition me désorienta. Quelques secondes plus tôt, Vannier venait d’accepter devant moi le principe même d’une punition décidée par Monsieur. À présent, il annotait tranquillement ma problématique.

— Votre travail est solide, commença-t-il. Mais vous restez encore trop extérieur à votre sujet.

Je relevai les yeux vers lui.

— C’est-à-dire ?

Vannier posa son stylo.

— Vous étudiez les conditions dans lesquelles un individu consent à l’autorité comme si l’obéissance était nécessairement le produit d’une contrainte extérieure.

Étienne prit place dans l’un des fauteuils. Moi, je restai debout.
Vannier poursuivit :

— Or votre problématique devient beaucoup plus intéressante si vous posez la question inverse : que signifie le consentement lorsqu’un individu conserve réellement la possibilité de refuser mais choisit néanmoins d’obéir ?

La coïncidence était trop évidente.

— Vous faites un rapprochement avec ma situation, professeur ?

— Je vous parle de votre mémoire, répondit Vannier. À vous de décider si votre expérience vous permet de mieux penser votre sujet.

Cette fois, quelque chose se réveilla en moi. Je discutai sa proposition. Je distinguai obéissance, consentement et légitimité. J’opposai Weber à certaines lectures plus contemporaines de la discipline. Je contestai Étienne lorsqu’il voulut rapprocher trop rapidement intériorisation de la norme et abandon volontaire de décision. Je revins sur Hobbes, puis sur Foucault, avant de défendre l’idée qu’une autorité consentie ne pouvait être analysée uniquement à travers l’alternative sommaire entre liberté et contrainte.

Ils m’écoutèrent. Et, progressivement, j’oubliai presque ma posture. Mes mains restaient derrière mon dos. Mes jambes demeuraient dans l’écartement imposé. Mais mon esprit, lui, retrouvait toute sa liberté.

À un moment, Étienne m’interrompit :

— Là, je ne suis pas d’accord avec vous.

Je répondis avant de mesurer l’audace de ma phrase :

— Alors vous avez tort, professeur.

Le silence tomba. Vannier leva les yeux de ses notes. Étienne me regarda longuement. Puis un sourire apparut sur son visage.

— Défendez-le.

Je le fis. Pendant plusieurs minutes. Lorsqu’enfin je terminai, Vannier posa son stylo.

— Voilà l’Alex que je connais.

Je ressentis une fierté presque enfantine.

Vannier poursuivit :

— Brillant, agaçant et parfaitement capable de défendre une idée face à deux enseignants qui ont quelques années de métier de plus que lui.

— Quelques-unes, corrigea Étienne avec amusement.

Vannier regarda alors ma posture.

— Et pourtant, ajouta-t-il, cela ne vous empêche manifestement pas d’obéir lorsque vous avez décidé de le faire.

La fierté et l’humiliation se rencontrèrent en moi d’une manière étrange. Je compris soudain qu’elles n’étaient peut-être pas contradictoires. Je pouvais tenir tête intellectuellement à Étienne Delmas. Je pouvais démonter son raisonnement, défendre le mien et lui dire qu’il avait tort. Et quelques secondes plus tard, s’il me demandait de rectifier ma posture, j’obéirais.

Non parce que mon intelligence avait disparu. Non parce que ma volonté avait été détruite. Mais précisément parce qu’elles étaient toujours là.

Vannier referma mon dossier.

— Nous allons retravailler votre problématique. Elle vient de devenir beaucoup plus intéressante.

Puis il me regarda.

— Vous pouvez disposer, Alex.

Je fis un pas vers la porte. La voix d’Étienne m’arrêta.

— Alex.

Je revins immédiatement vers lui.

— Oui, professeur ?

— Vous oubliez quelque chose.

Je cherchai. Puis je compris. Je me tournai vers Vannier.

— Merci de m’avoir reçu, professeur.

Étienne secoua la tête.

— Ce n’était pas cela.

Mon estomac se noua. Il baissa les yeux vers mes jambes. Je compris. Dans le mouvement pour partir, j’avais abandonné la position imposée avant d’en avoir reçu l’autorisation.

Étienne constata :

— Cela fait donc deux manquements.

Je fermai les yeux une seconde.

— Oui, professeur.

— Vous les rapporterez tous les deux à Monsieur ce soir.

— Oui, professeur.

Vannier me regardait. Je ressentis de nouveau cette brûlure de honte. Mais cette fois, je ne cherchai pas à lui échapper. Je repris volontairement la position correcte, les mains derrière le dos, et attendis.

Ce fut Étienne qui, après quelques secondes, m’en libéra :

— Maintenant, vous pouvez partir.

— Merci, professeur.

Je me tournai vers Vannier.

— Au revoir, professeur Vannier.

— À bientôt, Alex.

Je quittai le bureau.

Dans le couloir, je refermai doucement la porte derrière moi.

Je savais ce qui m’attendait le soir.

Je savais aussi que j’aurais pu protester dans ce bureau, refuser l’humiliation devant Vannier, remettre en cause les règles, refermer ma chemise ou simplement décider que tout cela était allé trop loin. Je n’avais rien fait de tout cela.

Je quittai le bureau et refermai doucement la porte derrière moi.

Je savais ce qui m’attendait le soir : deux manquements dont je devrais rendre compte moi-même à Monsieur. Pourtant, en descendant l’escalier, ce n’était pas la punition qui occupait mon esprit.

C’était Vannier.

Son absence de surprise me troublait. Étienne avait parlé de Monsieur, de règles et de punition devant lui sans provoquer la moindre question. Plus encore, Vannier avait relevé mon menton, vérifié que je connaissais la règle et affirmé tranquillement que, lorsqu’elle n’était pas respectée, la punition devait tomber.

Il ne découvrait manifestement pas tout.

Mais que savait-il exactement ?

Étienne lui avait-il seulement expliqué que j’étais soumis à l’autorité de Monsieur ? Connaissait-il certaines règles ? Savait-il ce qui se passait à l’appartement ? Depuis quand parlaient-ils de moi ?

Je repensai à ma question : Vous saviez ?

Vannier n’avait répondu ni oui ni non. Il m’avait simplement rappelé que je n’étais pas autorisé à la poser.

Cette esquive me paraissait maintenant beaucoup moins anodine.

Jusqu’alors, j’avais cru pouvoir maintenir une frontière entre ma vie chez Monsieur et l’université. En une seule journée, Thomas et Claire avaient découvert une partie de la vérité, et mon propre directeur de mémoire semblait en savoir davantage que je ne l’aurais imaginé.

Une dernière question m’accompagna jusqu’à la sortie du bâtiment :

Si Vannier savait, qui d’autre savait ?

Je retrouvai Thomas et Claire devant l’université. Paul les avait rejoints.

— Enfin ! lança Paul. On croyait que Vannier t’avait séquestré.

Thomas ne rit pas.

Claire non plus.

Après tout ce qu’ils avaient découvert depuis le matin, le mot avait perdu pour eux son innocence.

Les avis des lecteurs

L'avis de Alexsoumis
Scandaleux,

Votre message me touche, et je suis heureux du plaisir que vous prenez à nos échanges. De mon côté aussi, j’apprécie de vous lire et de découvrir vos réactions à mes textes.

J’aime ce lien qui se tisse au fil des mots, et je souhaite le conserver ici, dans nos échanges autour de mes récits. Je préfère garder ma vie personnelle pour moi, mais vos messages seront toujours les bienvenus et j’aurai plaisir à vous répondre.

L'avis de Scandaleux
Merci pour vos réponses toujours longues et construites.
Ainsi donc, vous espérez que mon intérêt pour vous va grandir.
Je me demande où vous vivez, quel est votre âge, votre situation matrimoniale et surtout comment se déroulerait une rencontre.
Vous avez mon mail, utilisez le si comme moi vous le souhaitez

L'avis de Alexsoumis
Merci beaucoup, Scandaleux, pour ce commentaire . Vous avez parfaitement saisi ce que représente ce passage : obéir dans l’intimité est une chose, assumer cette obéissance sous le regard de ceux qui vous connaissent en est une autre. Avec Thomas et Claire, Alex ne peut plus compartimenter aussi facilement les deux parties de sa vie. Un cap est effectivement franchi… et certaines possibilités s’ouvrent désormais. Vous avez bonne mémoire concernant ce qui peut se passer chez Monsieur ; je n’en dirai pas davantage pour l’instant. 😉

Quant à votre question plus personnelle, oui, il y a du vécu dans cette histoire. Et même davantage que certains lecteurs ne l’imaginent peut-être. J’ai connu la soumission de l’intérieur : la confiance accordée à un homme, l’obéissance, le lâcher-prise, certaines humiliations, mais aussi ce mélange parfois difficile à expliquer de peur, d’appréhension et d’envie d’aller plus loin.

Alex n’est pas moi et son histoire n’est pas la transcription exacte de la mienne. L’écriture transforme, rassemble et pousse parfois les situations plus loin. Mais certaines de ses émotions et certaines expériences ont des racines très réelles.

Avec qui et jusqu’où suis-je allé ? Je vais garder encore un peu de mystère… Peut-être que la suite vous permettra parfois de vous demander ce qui appartient à Alex et ce qui m’appartient davantage. 😉

Et votre dernière phrase me touche beaucoup. J’espère que votre intérêt continuera de grandir au fil des chapitres.

L'avis de Scandaleux
Un grand pas vient d’être fait!
Il est dure aux yeux des autres de montrer du respect à un maître, mais cela doit être encore bien plus aux yeux des proches.
Maintenant que ce cap est franchi, nous rentrons dans un nouveau monde, je me souviens qu’il peut recevoir chez son maître
Je me demande si cela arrivera.
D’une façon plus personnel je me demande, puisque vous expliquez qu’il y a du vécu, ce que vous avez pu vivre. De quel côté, avec qui…
Mon intérêt pour vous est grandissant !

L'avis de Alexsoumis
Merci beaucoup, Baïta 😊 Et oui… je vous le confirme : cette histoire est bien nourrie de mon expérience personnelle, et certaines des situations, sensations et émotions que je prête à Alex ont réellement été vécues.

Bien sûr, l’écriture me permet de reconstruire, de déplacer certaines choses et parfois de pousser plus loin certaines situations, mais le cœur de ce qu’Alex ressent — la confiance, le lâcher-prise, l’obéissance, la peur parfois, et surtout cette découverte progressive de soi dans la soumission — vient bien d’une expérience réelle.

Alors votre « Pourquoi ça n’arrive qu’aux autres ! » m’a fait sourire… Peut-être parce qu’il faut aussi rencontrer la personne à qui l’on accepte de confier les clés. Et cela, finalement, est peut-être la chose la plus rare. 😉

L'avis de Alexsoumis
Merci beaucoup ! 😊 Je dois avouer que j’attendais moi aussi avec impatience ce moment où la soumission d’Alex ne pourrait plus rester confinée derrière les murs de l’appartement et devrait se confronter au regard de ceux qui l’ont connu « avant ». Le regard de Thomas et de Claire est important, parce qu’il oblige Alex à se voir autrement, à travers leurs inquiétudes et leurs interrogations.

Pour la fin, j’ai une direction en tête, ainsi que quelques étapes importantes que je sais déjà vouloir faire vivre à Alex. Mais je ne connais pas encore chaque détour du chemin. L’histoire évolue aussi au fil de l’écriture : parfois un personnage, une réaction ou une situation prend davantage d’importance que je ne l’avais imaginé et m’entraîne ailleurs.

Alors oui, je sais globalement où je veux conduire Alex… mais je me laisse aussi la liberté d’être surpris par lui. Et peut-être que vos commentaires influencent parfois, eux aussi, certaines de mes envies pour la suite. 😉

L'avis d'un lecteur :
Vous avez mentionné que cette histoire était basée sur votre expérience... c'est démentiel ! !
Pourquoi ça n'arrive qu'aux autres ! !
Humblement,
baïta

L'avis de Js1984
Qu est ce que j attendais cette confrontation avec le regard de ses proches! Jouissif.
L auteur a t il déjà la fin de l histoire en tête? Ou celle ci évolue t elle au gré des episodes?


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Le goût de l’effondrement - chapitre 24 - Récit érotique publié le 05-10-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 23 - Récit érotique publié le 03-10-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 22 - Récit érotique publié le 01-10-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 21 - Récit érotique publié le 30-09-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 20 - Récit érotique publié le 28-09-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 19 - Récit érotique publié le 26-09-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 18 - Récit érotique publié le 25-09-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 17 - Récit érotique publié le 24-09-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 16 - Récit érotique publié le 19-09-2026
Le goût de l'effondrement - chapitre 15 - Récit érotique publié le 17-09-2026