Le goût de l'effondrement - chapitre 26

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 10-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Le cours d’anglais avait lieu en fin d’après-midi. C’était probablement celui que nous aimions le moins. Non pas à cause de la matière, mais de l’enseignant. Il parlait un anglais impeccable, précis, presque trop parfait, et semblait considérer toute interruption comme une atteinte personnelle à la continuité de sa pensée. Les questions l’agaçaient, les hésitations l’impatientaient et les notes qu’il distribuait avec une parcimonie presque méthodique avaient fini par le rendre unanimement impopulaire.

Ce jour-là, il consacra une grande partie du cours au fonctionnement des institutions politiques en Europe. Il parla longtemps, écrivit quelques références au tableau, puis, à quelques minutes de la fin, annonça le travail que nous devions lui rendre. Il inscrivit lentement :

How do political institutions shape the exercise of power in European democracies?

Nous devions comparer deux pays européens en étudiant notamment le rôle du chef de l’État, celui du Premier ministre ou du gouvernement, les rapports avec le Parlement et les mécanismes de contrôle de l’exécutif.

Mille mots. En anglais. À rendre après-demain. Et en binôme, librement constitué.

Claire leva la main.

— Monsieur, est-ce que vous pourriez préciser ce que vous attendez exactement sur les mécanismes de contrôle ?

Il regarda le tableau. Puis Claire.

— Everything you need to know is on the board.

Il ramassa ses affaires et quitta la salle. Paul attendit que la porte se referme.

— Il est vraiment insupportable.

Quelques rires éclatèrent. Je rangeais mes notes lorsque Thomas se pencha vers moi.

— On le fait ensemble ?

Je relevai la tête.

— Le devoir ?

— Non, Alex, notre demande d’adoption... Oui, le devoir.

Je souris.

— Il faut que je demande.

Son sourire disparut légèrement.

— À Monsieur ?

— Oui.

Thomas connaissait déjà son existence. Il savait que j’avais fait le choix de vivre sous son autorité et que certaines règles structuraient désormais ma vie. Mais il n’en connaissait encore que les contours.

— Même pour choisir ton binôme ?

— Ce n’est pas le binôme le problème. Il faudra qu’on travaille ensemble en dehors de l’université.

Il hocha lentement la tête.

— D’accord.

Puis, après un silence :

— Je commence à la connaître, ta nouvelle vie.

Je refermai mon ordinateur.

— Tu commences seulement.

Je ne savais pas encore à quel point cette phrase était exacte.

Le soir même, j’expliquai la situation à Monsieur. Il m’écouta jusqu’au bout.

— Avec qui souhaites-tu travailler ?

— Thomas.

— Pourquoi ?

Je m’attendais à la question.

— Parce qu’il travaille sérieusement. On n’a pas exactement la même manière d’analyser les institutions et je pense que la comparaison peut être intéressante.

Monsieur me regarda.

— Ce n’est pas la seule raison.

Je baissai légèrement les yeux.

— Non.

— Laquelle manque ?

— C’est mon ami.

— Voilà.

Il laissa passer quelques secondes.

— Vous travaillerez ici.

Je relevai les yeux.

— Ici ?

— Oui.

Cette réponse me troubla davantage qu’un refus. Faire venir Thomas signifiait lui montrer ce que, jusque-là, je pouvais encore lui raconter à ma manière. Monsieur le comprit immédiatement.

— Cela te gêne.

— Oui.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il va voir.

— Il sait déjà que tu es soumis.

— Le savoir et le voir ne sont pas la même chose.

Monsieur eut un très léger sourire.

— Précisément.

Je gardai le silence.

— Thomas sera mon invité. Il sera libre de ses mouvements, de ses paroles et, bien entendu, de sa tenue. Les règles de cette maison ne le concernent pas.

Il marqua une pause.

— Toi, en revanche, elles continueront à te concerner exactement de la même manière.

— Oui.

— Tu le préviendras simplement que sa présence ne modifiera rien.

— Oui.

— Vous terminerez à dix-sept heures demain et vous rentrerez directement.

J’acquiesçai.

Le lendemain, j’annonçai à Thomas que l’autorisation était accordée.

— Chez toi ?

— Chez lui.

Il me regarda.

— D’accord…

— Je préfère te prévenir : certaines choses risquent de te surprendre.

— Quel genre de choses ?

— Des règles.

— Je sais qu’il y a des règles.

— Tu sais qu’elles existent. Ce n’est pas forcément pareil.

Il m’observa quelques secondes.

— Elles me concernent ?

— Non. Tu es invité. Tu fais ce que tu veux. Elles ne concernent que moi.

— Très bien.

Puis il ajouta avec un sourire :

— Je tâcherai de ne pas faire une syncope.

Sur le chemin, nous parlâmes presque uniquement du devoir. Thomas proposait la France et l’Allemagne. Je trouvais la comparaison trop attendue et préférais le Royaume-Uni et l’Allemagne : d’un côté un système largement structuré par les conventions, de l’autre un fédéralisme fortement juridicisé. Nous débattîmes jusque dans l’escalier.

Lorsque nous atteignîmes le palier, je cessai de parler. Je posai mon sac à l’endroit habituel. Thomas fit encore deux pas avant de constater que je ne le suivais plus.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Rien.

J’enlevai ma veste. Il attendit. Puis mes chaussures. Lorsque je commençai à déboutonner ma chemise, il fronça les sourcils.

— Alex ?

Je continuai.

— Mais qu’est-ce que tu fous ?

— Je me prépare à entrer.

— En te déshabillant ?

— Oui.

— Ici ?

— Toujours.

Il resta un instant sans réaction. Sur le chemin, je l’avais pourtant prévenu. Je lui avais dit que certaines règles risquaient de le surprendre, peut-être même de le choquer. Il avait répondu qu’il avait compris, qu’il ferait avec, qu’il n’était pas là pour juger. À présent, je voyais bien qu’il n’avait rien compris du tout. Ou plutôt qu’il avait compris des mots. Pas ce qu’ils recouvraient.

— Attends. Quand tu m’as parlé de règles tout à l’heure… tu parlais de ça ?

— Entre autres.

— Entre autres ?

Je retirai ma chemise et la pliai. Thomas me regarda faire, incrédule.

— Alex, on est sur un palier.

— Je sais.

— N’importe qui peut sortir d’un appartement.

— Je sais.

— Quelqu’un peut monter l’escalier.

— Oui.

Il regarda aussitôt vers celui-ci.

— Et malgré ça, tu te déshabilles ici ?

— C’est la règle.

Il passa une main sur son visage.

— Putain…

Je poursuivis. Cette fois, il me regardait surtout comme s’il attendait encore le moment où j’allais m’arrêter. Je ne m’arrêtai pas.

— Alex, sérieusement… Tu vas vraiment te foutre à poil ?

— Oui.

— Complètement ?

— Oui.

Il secoua la tête.

— Je croyais que tu voulais dire des horaires, des façons de parler, des trucs imposés dans l’appartement. Je ne pensais pas à ça.

— Je t’avais dit que certaines règles te choqueraient.

— Oui, mais prévenir quelqu’un que quelque chose va le choquer, ce n’est pas la même chose que le mettre devant !

Sa voix était montée. Je m’arrêtai.

— Tu veux partir ?

La question sembla presque l’offenser.

— Ne fais pas ça.

— Quoi ?

— Ne transforme pas ma réaction en choix entre tout accepter ou partir. Je suis venu travailler avec toi. Je reste. Mais laisse-moi au moins le droit de trouver ça complètement dingue.

Je repris mon défeuillage, il se détourna brusquement.

— Putain, Alex…

Cette fois, ce n’était plus seulement de la gêne. Il y avait de la colère dans sa voix. Puis il se retourna.

— Tu fais vraiment ça chaque fois que tu rentres ?

— Oui.

Il resta silencieux.

— C’est ça que je n’avais pas compris.

— Quoi ?

Son regard descendit vers mes vêtements soigneusement pliés.

— Je pensais que j’allais voir les règles qu’on t’impose. Je n’avais pas compris que j’allais te voir à poil devant moi.

Puis son regard descendit malgré lui. Il s’immobilisa. Je vis exactement le moment où il remarqua la cage de chasteté. Son visage changea.

— C’est quoi, ça ?

Je ne répondis pas immédiatement.

— Alex… c’est quoi, ce truc sur ta bite ?

— Une cage de chasteté.

— Une quoi ?

— Une cage de chasteté.

Il eut un mouvement de recul.

— Putain…

Il me regarda de nouveau.

— Tu portes vraiment ça ?

— Oui.

— Depuis quand ?

— Depuis que je suis ici.

— Et tu la gardes combien de temps ?

— C’est Monsieur qui décide.

Il resta bouche entrouverte.

— Attends… Tu es en train de me dire que ce type décide même de ta sexualité ?

— Oui.

— Mais c’est un malade !

— Thomas…

— Non ! Ton Monsieur, je ne le connais même pas encore, mais si c’est lui qui t’impose de te foutre à poil devant sa porte et de porter ce machin sur ta queue, c’est quoi ? Un pervers ? Un sadique ?

— Ne parle pas de lui comme ça.

Ma réponse fut immédiate. Thomas me regarda, abasourdi.

— Pardon ?

— Tu ne le connais pas.

— Justement ! Et ce que j’en découvre en cinq minutes me suffit déjà largement !

— Tu ne sais pas ce qu’il y a entre nous.

— Parce qu’il existe une explication qui rend ça normal ?

— Je n’ai pas dit que c’était normal.

— Alors quoi ?

— Je l’ai accepté.

Il s’arrêta.

— Ça aussi ?

— Oui.

— Volontairement ?

— Oui.

Son expression devint presque incrédule.

— Mais alors…

— Alors quoi ?

Il hésita, puis lâcha :

— Alors tu es aussi pervers que lui !

Le silence tomba brutalement. Thomas comprit aussitôt qu’il était allé trop loin.

— Alex…

— Non.

— Je voulais pas dire…

— Si. Tu l’as dit.

Il passa une main dans ses cheveux.

— Parce que je ne comprends pas !

— Ce n’est pas une raison pour m’insulter.

— Je sais.

Il fit quelques pas sur le palier.

— Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse de ça ? Il y a dix minutes, on discutait de notre devoir. Je te connais depuis des années. Et là, je te retrouve nu devant une porte avec ça, en train de m’expliquer tranquillement qu’un homme décide de choses pareilles pour toi.

Sa colère commençait à céder la place à de l’inquiétude.

— Est-ce qu’il te force ?

— Non.

— Est-ce que tu as peur de lui ?

J’hésitai.

— Parfois.

Thomas pâlit.

— Putain, Alex…

— Ce n’est pas ce que tu crois.

— Mais justement, je ne sais plus quoi croire !

Il me regarda longuement.

— Tu peux l’enlever ?

— Non. Je n’ai pas la clé.

Thomas resta parfaitement immobile.

— Comment ça, tu n’as pas la clé ?

— C’est Monsieur qui l’a.

Il ferma les yeux une seconde.

— Donc tu ne peux vraiment pas l’enlever tout seul.

— Non.

— Même si tu en as envie ?

— Non.

Il me fixa.

— Ça veut dire que tu ne peux même pas te branler lorsque tu le souhaites ?

— Exact.

— C’est lui qui décide ?

— Oui.

— Quand tu peux jouir ?

— Il décide quand cette possibilité m’est accordée.

Thomas recula légèrement.

— Mais ils n’ont pas le droit…

— Qui, « ils » ?

— Lui ! Et Etienne

— Oui Etienne aussi.

— Alex, personne n’a le droit de décider ça à ta place. Personne. Ton corps t’appartient. Ta sexualité t’appartient. C’est quand même la base !

— Justement.

— Justement quoi ?

— Mon corps m’appartient.

— Alors enlève cette cage.

— Je viens de te dire que je ne peux pas.

— Tu vois bien que c’est contradictoire !

— Non.

Il me regarda comme si je venais de prononcer une absurdité.

— Explique-moi.

— Si mon corps m’appartient réellement, alors j’ai aussi le droit de décider ce que j’en fais. Y compris de confier volontairement certaines décisions à quelqu’un d’autre.

— Non. Là, tu joues sur les mots.

— Je ne crois pas.

— Disposer librement de son corps, ce n’est pas donner à quelqu’un le moyen de t’empêcher d’en disposer !

— Ça peut l’être si c’est précisément ce que j’ai choisi.

Thomas secoua la tête.

— Tu transformes une privation de liberté en exercice de liberté.

— Peut-être parce que les deux ne sont pas toujours incompatibles.

Il me fixa.

— Écoute-toi parler.

— Je m’écoute très bien.

— On dirait ton mémoire !

Malgré la tension, je faillis sourire.

— Ce n’est pas complètement étranger à ce que j’étudie.

— Ne me fais surtout pas du Weber sur ta cage de chasteté.

Cette fois, un sourire m’échappa.

Thomas, lui, ne sourit pas.

— Je suis sérieux, Alex.

— Moi aussi.

Il se rapprocha légèrement.

— Il y a quand même une différence énorme entre choisir une contrainte et ne plus avoir matériellement le moyen d’y mettre fin.

Je ne répondis pas immédiatement.

— Voilà.

— Voilà quoi ?

— Tu hésites.

— Parce que ta question mérite mieux qu’une réponse automatique.

— Alors réponds-moi vraiment.

— Je pourrais lui demander de l’enlever.

— Et il le ferait ?

— Si je lui disais que je retire réellement mon consentement, oui.

— Tu en es certain ?

— Oui.

Thomas resta silencieux.

— Et si tu lui disais simplement que tu en as envie ce soir ?

— Ce n’est pas la même chose.

— Pourquoi ?

— Parce que le désir n’annule pas la règle.

Il eut un rire incrédule.

— Mais c’est précisément ça, une sexualité libre ! Pouvoir éprouver un désir et décider soi-même ce qu’on en fait !

— C’est ta définition.

— Ce n’est pas ma définition ! C’est un droit fondamental de disposer de soi !

— Et j’en dispose.

— Non ! Tu as disposé de toi à un moment donné pour décider qu’ensuite quelqu’un d’autre disposerait de toi !

La phrase resta entre nous. Thomas reprit plus lentement :

— Je peux comprendre que tu choisisses une pratique, une règle, même quelque chose que je ne partagerais jamais. Mais là, tu me dis que la règle est justement que ton envie ne suffit plus. Que ta décision du moment ne suffit plus.

— Oui.

— Et tu ne vois pas le problème ?

— Je vois le problème.

Ma réponse le surprit.

— Alors pourquoi tu continues ?

— Parce que ce problème fait partie de ce que j’ai choisi d’explorer.

— Moi, j’appelle ça abandonner à quelqu’un d’autre une part essentielle de ton autonomie.

— Les deux peuvent être vrais.

Thomas passa une main dans ses cheveux.

— Il y a une chose sur laquelle je ne céderai pas. Tu peux choisir de lui confier ce que tu veux. Mais le jour où tu dis stop, tout doit s’arrêter. Immédiatement. Sinon ce n’est plus un choix.

Je ne trouvai rien à contester.

— Oui.

— Oui quoi ?

— Là-dessus, je suis d’accord avec toi.

Il sembla presque soulagé.

— Enfin.

— Mais je n’ai pas dit stop.

Son soulagement disparut.

— Évidemment.

Il regarda la porte derrière moi, puis revint à mon visage.

— Tu sais ce qui me fout le plus mal à l’aise ?

— Quoi ?

— Ce n’est même plus de savoir qu’un homme possède la clé. C’est de comprendre que tu la lui as donnée toi-même.

— Oui.

Thomas secoua lentement la tête.

— Et je crois que c’est ça que je vais avoir le plus de mal à accepter.

— Je ne te demande pas de l’accepter.

— Heureusement.

Puis il reprit :

— Et si je t’ai traité de pervers… c’était dégueulasse. Je suis désolé.

Je ne répondis pas immédiatement.

— Mais pour lui, je ne retire encore rien.

— Tu ne le connais pas.

Thomas fixa la porte.

— Non. Et je dois reconnaître que je suis maintenant très curieux de rencontrer le pervers sadique à qui tu as donné cette foutue clé.

— Thomas…

— Quoi ? Tu veux encore me dire que je vais être surpris ?

Je pris ma position devant l’entrée.

Il me regarda faire.

— Qu’est-ce que tu fais maintenant ?

— J’attends.

— Quoi ?

— Qu’on m’autorise à entrer.

Il me fixa, abasourdi.

— Tu plaisantes.

— Non.

— Tu es nu sur un palier, tu n’as pas la clé de cette cage et maintenant tu m’expliques que tu dois attendre devant la porte qu’on t’autorise à rentrer ?

— Oui.

Thomas resta quelques secondes sans voix.

— Alex, je te jure que si tu m’avais raconté tout ça sur le chemin, je ne t’aurais pas cru.

— C’est pour ça que je ne te l’ai pas raconté.

Il regarda la porte, puis moi.

— Et on n’est toujours pas entrés…

— Non.

Je sonnai.

La porte s’ouvrit. Monsieur apparut. Thomas entra presque par réflexe. Moi, je restai sur le palier. Il fit deux pas dans l’appartement avant de se retourner.

— Alex ?

Je ne bougeai pas. Monsieur non plus. Thomas regarda alternativement l’un et l’autre.

— Tu attends quoi, encore ?

— L’autorisation.

Son visage se crispa. Monsieur me regarda.

— Entre.

J’entrai. Thomas resta silencieux quelques secondes.

— Vous faites ça tous les jours ?

Monsieur referma la porte.

— Les règles sont les mêmes chaque jour.

— Même quand vous n’êtes pas là ?

— Surtout lorsqu’une surveillance n’est pas nécessaire.

Thomas me regarda.

— Oui. J’avais remarqué.

Monsieur se tourna vers lui.

— Vous êtes ici comme invité. Vous êtes libre de vos mouvements et de vos paroles. Les règles d’Alex ne vous concernent pas. Thomas répondit aussitôt :

— Peut-être. Mais elles concernent mon ami.

Monsieur le regarda.

— Donc elles me concernent un peu quand même.

Un silence passa. Puis Monsieur se tourna vers moi.

— Alex. Ta place.

J’obéis. Thomas me regarda m’installer à l’endroit qui m’était assigné. Il posa lentement son sac.

— Je savais qu’il y avait des règles.

Personne ne répondit.

— Je ne savais pas qu’elles remplissaient chaque silence.

Nous finîmes pourtant par ouvrir nos ordinateurs. Au début, Thomas eut beaucoup de mal à se concentrer. Je le surprenais régulièrement en train de m’observer et surtout cette cage privant mon sexe de liberté. Peu à peu, le devoir reprit néanmoins ses droits. Nous revînmes à l’Allemagne, au Royaume-Uni, au Bundestag, à la responsabilité gouvernementale et au rôle des conventions constitutionnelles britanniques. Pendant quelques minutes, nous redevînmes presque simplement deux étudiants.

Puis Étienne entra dans le salon.

Thomas leva la tête.

— Bonsoir, professeur.

Étienne s’arrêta.

— Bonsoir, Thomas.

Il me regarda.

— Alors ? Alex vous contredit il autant ici qu’à l’université ?

Thomas eut un léger sourire.

— Plus souvent qu’il ne devrait.

— Cela ne m’étonne pas.

Puis le ton d’Étienne changea.

— Alex. Approche.

Je me levai. Thomas cessa immédiatement de sourire.

— Les yeux.

Je baissai le regard.

— Les jambes.

Je corrigeai ma position.

— Les mains derrière le dos.

J’obéis. Thomas referma lentement son ordinateur.

— Vous faites toujours ça en rentrant ?

Étienne le regarda.

— Faire quoi ?

— Donner des ordres dès que vous arrivez.

Étienne eut un léger sourire.

— Lorsqu’ils sont nécessaires.

— Et tout le monde doit s’arrêter pour regarder ?

Monsieur, qui se tenait à quelques mètres, intervint :

— Personne ne vous oblige à regarder.

Thomas se tourna vers lui.

— Vous pourriez au moins éviter de faire ça devant moi.

— Pourquoi ?

— Parce que je suis son ami.

— Cela ne vous donne aucun droit de regard sur les règles d’Alex.

Thomas serra les mâchoires.

— Non. Mais ça me donne le droit de trouver ça difficile à regarder.

Étienne m’observa.

— À genoux.

J’obéis.

— Putain Alex…

Le mot avait échappé à Thomas.

Étienne poursuivit :

— Plus bas.

Je me prosternai.

— Vous pourriez vous arrêter là, dit Thomas.

Étienne tourna la tête vers lui.

— Pourquoi ?

— Parce que j’ai compris.

— Qu’avez-vous compris ?

— Que vous pouvez le faire obéir.

Étienne eut un léger sourire.

— Ce n’était pas une démonstration.

— Bien sûr que si.

Thomas s’était levé.

— Vous arrivez et, immédiatement, il faut que tout le monde se souvienne de sa place.

— Thomas, dit Monsieur, vous êtes libre de partir.

— Voilà.

— Voilà quoi ?

— Chaque fois que quelque chose me dérange, vous me rappelez que je peux partir.

— C’est un fait.

— Vous dites ça comme si les deux options étaient équivalentes.

— Elles le sont.

Thomas secoua la tête.

— Pour vous, peut-être.

Étienne reporta son attention sur moi.

— Debout, Alex.

Je me relevai trop rapidement. La gifle partit sèchement. Pas assez forte pour me faire chanceler. Assez pour me rappeler immédiatement ma faute.

Thomas resta figé.

Puis :

— Non.

Étienne me regardait toujours.

— Recommence.

Je repris ma position. Thomas se tourna vers Monsieur.

— Vous saviez qu’il allait faire ça ?

— Alex connaissait la règle.

— Ce n’est pas ce que je vous demande.

Étienne répondit :

— Il s’est relevé incorrectement.

Thomas me regarda.

— Alex, ne m’explique surtout pas maintenant pourquoi c’était normal.

— Ce n’est pas normal.

Il sembla surpris.

— Alors quoi ?

— J’avais accepté la règle.

Monsieur intervint :

— Étienne exerce sur Alex une autorité que je lui ai accordée et qu’Alex a acceptée.

Thomas eut un rire incrédule.

— Vous parlez de lui comme d’un objet qu’on se prête.

— Ce n’est pas ce que j’ai dit.

— C’est pourtant ce que j’entends.

Étienne me regarda.

— Recommence.

Je m’agenouillai de nouveau. Puis me prosternai correctement.

— Alex, regarde-moi, dit Thomas.

Je ne bougeai pas. Étienne répondit :

— Je ne lui ai pas permis de relever la tête.

Thomas le fixa.

— Vous prenez plaisir à ça.

— À quoi ?

— À l’humilier devant moi.

Étienne ne chercha pas à éluder.

— Oui.

Thomas resta un instant sans voix. Puis il se tourna vers Monsieur.

— Et vous trouvez ça acceptable parce qu’il a accepté ?

— Je considère que sa volonté doit être respectée.

Thomas eut un rire sans joie.

— Même quand elle vous arrange ?

Monsieur se raidit légèrement.

— Vous dépassez votre rôle.

— Je ne savais pas que j’en avais un.

— Vous êtes mon invité.

— Voilà. Encore cette phrase.

Thomas se tourna vers moi.

— Alex, est-ce que tu veux vraiment continuer ?

Je relevai légèrement la tête.

— Oui.

Il ferma les yeux.

— D’accord.

Puis il ajouta :

— Je ne vais pas faire semblant de pouvoir t’en empêcher. Mais ne prends surtout pas mon silence pour une approbation. Étienne attendit quelques secondes.

Puis :

— Thomas a remarqué ta cage ?

Je me figeai.

Thomas répondit à ma place.

— Oui.

— Elle vous intrigue ?

— Non.

— Vraiment ?

— Elle est difficile à ne pas voir. Ce n’est pas la même chose qu’être curieux.

Étienne me regarda.

— Montre-lui.

Thomas réagit immédiatement.

— Non.

Étienne tourna lentement la tête.

— L’ordre ne vous était pas destiné.

— Je sais très bien à qui il était destiné.

Monsieur intervint calmement :

— Alex peut refuser.

Thomas me regarda.

— Tu peux vraiment refuser ?

— Oui.

— Et tu ne vas pas le faire.

Ce n’était pas une question. Je gardai le silence. Thomas comprit.

— Évidemment.

Étienne attendait. Je pris la position qu’il exigeait de moi, écartant les cuisses largement, m'exhibait suffisamment pour rendre visible ce que Thomas avait déjà aperçu sur le palier.

Thomas détourna immédiatement la tête.

— C’est dégueulasse.

Je me raidis. Il se retourna aussitôt vers moi.

— Pas toi. Je ne parle pas de toi. Je parle de ce qu’ils sont en train de te faire faire.

Étienne répondit :

— Regarde ton ami, Alex.

J’obéis. Thomas soutint mon regard.

— Est-ce que tu voulais que je voie ça ?

— Non.

— Alors arrêtez ! lança-t-il à Étienne. Vous savez très bien qu’il a honte.

— Évidemment.

Thomas le fixa.

— Et ça vous plaît.

— Oui.

Thomas secoua lentement la tête.

— Je n’ai aucune envie de vous comprendre.

Étienne m’ordonna ensuite de le suivre. Thomas se redressa.

— Où est-ce que vous l’emmenez ?

— Je vous le rends dans quelques minutes.

— Je ne vous ai pas demandé de me le rendre.

Étienne s’arrêta. Thomas poursuivit :

— J’aimerais seulement qu’il puisse décider quelque chose sans que chaque refus devienne immédiatement un test de son obéissance.

Puis il me regarda.

— Et je suppose qu’il ne sait même plus toujours ce qu’il veut quand vous êtes là.

Monsieur intervint :

— Thomas.

— Quoi ?

— Vous dépassez encore votre rôle.

Thomas le regarda.

— Alors dites-moi quel est mon rôle.

Monsieur ne répondit pas. Je suivis Étienne. Derrière moi, j’entendis Thomas murmurer :

— Je ne comprends vraiment plus rien.

Lorsque je revins quelques minutes plus tard, Thomas était toujours là. Je me rassis avec précaution. Il le remarqua immédiatement.

— Qu’est-ce qu’il t’a fait ?

Étienne répondit avant moi :

— Alex poursuivra son travail avec une contrainte supplémentaire.

Thomas le regarda.

— Évidemment.

Étienne s’adressa à moi.

— Debout.

J’obéis.

— Montre-lui.

Thomas se leva brusquement et attrapa son sac.

— Je me casse.

— Vous êtes libre de partir, répondit Étienne.

Thomas se retourna.

— Ne me donnez pas la permission. Je n’ai pas besoin de votre autorisation.

— Et heureusement.

— Thomas, attends.

Il me regarda.

— Est-ce que tu veux que je reste ?

— Oui.

Il resta immobile quelques secondes. Puis laissa retomber son sac.

— Alors je reste pour toi.

Son regard passa sur Étienne. Puis Monsieur.

— Pas pour vous. Pas pour vous non plus.

Je me retournai, me cambrai, attrapai mes fesses de mes deux mains, suffisamment pour qu’il puisse voir le plug qu'Etienne m'avait imposé, logé au plus profond de mes entrailles. .

Thomas détourna les yeux.

— Je ne regarderai pas.

Étienne sourit légèrement.

— Pourtant vous restez.

— Je reste avec mon ami. Je ne participerai pas à votre jeu.

Monsieur intervint :

— Vous y participez déjà.

Thomas se tourna vers lui.

— Pardon ?

— Vous êtes resté. Votre présence donne un public à Étienne et à Alex évidemment.

Thomas le fixa.

— Alors peut-être que vous devriez vous demander pourquoi vous continuez à lui donner ce public.

Un silence suivit.

Monsieur l’observa.

— Vous êtes plus perspicace que je ne le pensais.

— Ne prenez surtout pas ça pour un compliment réciproque.

Plus tard, lorsque nous nous retrouvâmes enfin seuls devant nos ordinateurs, Thomas resta longtemps silencieux.

Puis il dit :

— Je ne vais pas te demander de partir d’ici.

Je relevai la tête.

— Je sais déjà ce que tu répondrais.

Je ne dis rien.

— Et je ne vais pas non plus te dire que tu es manipulé, que tu ne sais plus ce que tu fais ou que tu es incapable de décider. Ce serait te manquer de respect. Il marqua une pause.

— Mais ne me demande pas d’accepter ce que je viens de voir.

— Je ne te le demande pas.

— Tant mieux.

Il regarda son écran sans vraiment le voir.

— Parce que ça me fait mal, Alex.

Je restai silencieux.

— Voir Delmas te gifler et t’entendre ensuite m’expliquer pourquoi tu avais accepté la règle… ça me fait mal.

— Thomas…

— Non. Laisse-moi finir.

Je me tus.

— Je crois que j’avais encore une excuse tout à l’heure. Je pouvais me dire que tu étais pris dans quelque chose qui te dépassait. Que tu ne pouvais peut-être plus vraiment dire non.

Il me regarda.

— Maintenant, je sais que tu peux.

— Oui.

— Et ça ne me rassure pas.

Je fronçai légèrement les sourcils.

— Pourquoi ?

Il prit quelques secondes.

— Parce que le problème n’est peut-être pas que tu ne puisses plus dire non.

Il me regarda droit dans les yeux.

— C’est que tu peux encore le dire parfaitement.

Un silence.

— Et que tu choisis quand même de rester.

Je ne trouvai rien à répondre.

Thomas rouvrit son ordinateur.

— Bon.

— Bon ?

— On a un devoir à terminer.

Je le regardai.

— Après tout ça ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Il leva les yeux.

— Parce que tu es toujours mon ami, même si je déteste une partie de ce que je viens de voir.

Je rouvris mon document.

— Et parce que j’ai raison sur le choix de l’Allemagne et du Royaume-Uni.

Thomas me regarda.

— Ça, au moins, ça n’a pas changé.

Et pour la première fois depuis l’arrivée d’Étienne, nous recommençâmes à travailler. Pendant plus de deux heures, quelque chose qui ressemblait à la normalité revint entre nous. Nous discutâmes du Bundestag, du contrôle de constitutionnalité allemand, des conventions britanniques. Thomas recommença même à contester certaines de mes formulations.

Puis Monsieur entra dans le salon, suivi d’Étienne. Thomas regarda l’heure.

— Merde. Vingt-deux heures.

Monsieur tenait une laisse. Il s’approcha de moi et fixa tranquillement le mousqueton à l’anneau de mon collier. Thomas cessa de ranger ses affaires.

— Vous êtes sérieux ?

Monsieur exerça une légère traction. Je quittai immédiatement ma chaise.

— Vous ne pouviez pas simplement lui demander de se lever ?

— Si.

— Alors pourquoi ça ?

Monsieur me fit venir près de lui. Puis seulement à cet instant, sa main se posa dans mon dos.

— Parce que la journée universitaire d’Alex est terminée.

Sa paume descendit lentement le long de ma colonne.

Thomas se raidit. Monsieur poursuivit avec un calme absolu :

— Jusqu’à présent, Alex était avec vous. Il travaillait. Il réfléchissait. Il discutait. Il défendait ses idées.

Sa main atteignit le creux de mes reins.

— Cette partie de sa journée s’achève ici.

Puis elle descendit sur mes fesses, ses doigts glissèrent dans ma raie jusqu'à aller titiller le plug.

Thomas se leva.

— Vous êtes obligé de faire ça maintenant ?

Monsieur le regarda.

— Oui.

— Pourquoi ?

Monsieur reprit lentement sa caresse.

— Parce que vous avez encore du mal à comprendre qu’Alex n’est pas uniquement l'homme que vous connaissez à l’université.

— Je crois que j’avais compris.

— Non. Vous l’avez admis intellectuellement. Ce n’est pas la même chose.

— Et donc vous allez encore me faire une démonstration ?

Monsieur eut un léger sourire.

— Si vous souhaitez l’appeler ainsi.

Il me rapprocha de lui. Son geste se fit plus intime, il empoigna mes testicules, les soupesa, les étira. Thomas détourna brusquement les yeux.

— Putain…

Etienne passa doucement la main sur ma nuque.

— Regarde Thomas.

J’obéis. Thomas releva les yeux. Il vit mon malaise.

— Arrêtez.

Monsieur ne bougea pas.

— Vous vous adressez à qui ?

— À vous.

— Alors dites-le correctement.

Thomas serra les mâchoires.

— Arrêtez de le toucher comme ça devant moi.

Monsieur continua à caresser mes couilles.

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce que votre présence ne suspend pas la vie d’Alex.

Sa main ne me lâcha pas.

— Et parce qu’il est temps que vous compreniez quelque chose.

Thomas eut un rire nerveux.

— Encore une leçon ?

— Une réalité.

Monsieur me rapprocha légèrement de lui par la laisse.

— À vingt-deux heures, votre camarade de travail ne disparaît pas. Il change de rôle.

Son regard passa vers Étienne.

— Il est maintenant temps qu’Alex s’occupe d’Étienne et de moi.

Le silence fut immédiat. Thomas me regarda. Puis Étienne. Puis Monsieur.

— S’occupe de vous…

— Oui.

Monsieur laissa volontairement quelques secondes s’écouler.

— Alex n’a pas seulement ici des obligations de travail ou de discipline. Il a également ce rôle à tenir auprès de nous.

Thomas secoua la tête.

— Vous êtes obligé de me dire ça ?

— Vous vouliez comprendre.

— Pas ça.

— Pourtant, cela fait aussi partie de lui.

Thomas attrapa son sac.

— D’accord. Ça suffit pour ce soir.

Puis il se tourna vers moi.

— Tu pourrais au moins venir jusqu’à la porte ?

Je fis instinctivement un mouvement.

La laisse se tendit.

Je m’arrêtai.

Thomas fixa Monsieur.

— Sérieusement ?

Monsieur répondit simplement :

— Alex reste avec nous maintenant.

Thomas eut un rire bref, amer.

— Évidemment.

Il se dirigea vers la porte, puis se retourna.

— Bonne nuit, Alex.

— Bonne nuit, Thomas.

Il hésita.

— Demain, tu seras là ?

La question me surprit.

— Oui.

— À l'université ?

— Oui.

— Avec nous ?

Je compris ce qu’il demandait réellement.

— Oui, Thomas.

Il hocha lentement la tête.

— D’accord.

Puis, après un silence :

— Parce que là, j’ai vraiment l’impression de laisser quelqu’un d’autre derrière cette porte.

Je ne trouvai rien à répondre.

Thomas sortit.

La porte se referma.

Je restai quelques secondes à la regarder.

Monsieur resserra doucement ses doigts autour de la laisse.

— Alex.

Je me tournai vers lui.

Étienne attendait derrière nous.

— Ta journée d’étudiant est terminée.

Son regard passa vers Étienne avant de revenir à moi.

— Maintenant, tu es à nous.

Et je les suivis.

Le dîner se déroula dans un silence relatif. Je servis à quatre pattes, le plateau posé sur mon dos. Monsieur mangeait calmement. Etienne, lui, me regardait par moments avec cette attention froide que je commençais à reconnaitre : celle qui précédait généralement une décision dont je ne saurais rien avant qu'elle ne me concerne directement.

Je pensais encore à Thomas, à son visage au moment de partir. A cette dernière phrase surtout :

J'ai vraiment l'impression de laisser quelqu'un d'autre derrière cette porte.

Elle ne me quittait pas.

Lorsque le repas fut terminé, Monsieur posa sa serviette.

Approche.

Je me déplaçais à quatre pattes jusqu'à lui et vins entre ses jambes. Il passa distraitement les doigts dans mes cheveux. Le geste aurait presque pu être tendre s'il n'avait pas été accompagné de ce silence qui, chez lui, annonçait toujours autre chose. Sa main descendit jusqu'à ma nuque. Elle s'y referma.

— Thomas t'a beaucoup préoccupé ce soir.

— Oui, Monsieur.

— Son regard compte pour toi.

— Oui, Monsieur

— Son jugement aussi.

j'hésitai.

— oui, Monsieur.

Il caressa lentement ma nuque.

— Pourtant tu as obéis devant lui.

Je ne répondis pas

— Tu lui as montré ce que tu ne voulais pas qu'il voie. Tu es resté dans les positions qu'Etienne t'imposait. Tu l'as laissé partir avec une image de toi qui que tu aurais préféré lui épargner.

— Oui, Monsieur.

— Et malgré tout cela, tu voudrais encore préserver une frontière entre ce qu'il à vu et ce qu'il ignore.

Je compris que nous n'étions plus en train de parler du dîner. Je levai légèrement les yeux. Monsieur le remarqua.

— Cette frontière m'intéresse.

Mon ventre se noua. Etienne se leva sans un mot et quitta la pièce. Lorsqu'il revint, il tenait quelque chose à la main.

Mon téléphone.

Celui que Monsieur avait pris le jour de mon installation et auquel je n'avais plus librement accès depuis. Je regardai Etienne, puis Monsieur.

— Tu vas appeler Thomas, dit Etienne.

Je crus d'abord avoir mal entendu.

— Maintenant ?

Monsieur resserra légèrement sa main sur ma nuque.

— Oui.

— Monsieur...

— Tu as entendu.

Mon regard revint vers mon téléphone.

— Qu'est-ce que je dois lui dire ?

— La vérité.

Je sentis mon cœur accélérer. Monsieur poursuivit :

— Tu lui diras où tu es. Dans quelle position. Ce qu'on te fait et pourquoi tu l'appelles

— Parce que vous me l'ordonnez.

— Exactement.

Il marqua une pause. Je restai immobile. Thomas venait à peine de partir. Il avait passé une partie de la soirée à me dire qu'il ne voulait pas devenir le spectateur de cette vie. Il avait détourné les yeux. Il avait refuser de regarder. Il avait finalement quitté l'appartement avec cette colère qui dissimulait de moins en moins sa peur de me perdre. Et maintenant je devais le rappeler pour le ramener exactement là où il avait refuser de rester.

Etienne me tendit le téléphone.

— Prends-le.

J'obéis. Mes doigts tremblaient légèrement lorsque je composai le numéro. Thomas décrocha à la troisième sonnerie.

— Alex ?

Entendre sa voix me fit presque regretter immédiatement d'avoir appelé.

— C'est moi .

— Pourquoi tu m'appelles. Tu es où ? Tu as une voix bizarre.

Je regardai Monsieur. Un infime mouvement de tête m'ordonna de poursuivre.

— Je suis chez eux.

Un silence.

— Je m'en doute

— Je suis à genoux entre les jambes de Monsieur.

— Pourquoi tu m'appelles ?

— Parce que Monsieur me l'a ordonné. Il veut que tu écoutes.

— Putain, merde Alex... Pourquoi tu me racontes ça ?

Je serrai le téléphone.

— Parce qu'on me l'a ordonné.

— Evidemment.

Sa voie s'était durcie.

— Et parce qu'ils veulent que tu écoutes.

— Que j'écoute quoi ?

— La suite.

Thomas expira longuement.

— Putain Alex...

Etienne s'était rapproché derrière moi. Je sentis sa présence avant même qu'il me touche, puis ses mains écartèrent mes fesses, son majeur s'enfonça en moi, sans préambule. Mon corps se tendit. Thomas l'entendis peut-être dans ma respiration. C'est alors qu'un gémissement m'échappa.

— C'est quoi ce bruit ? Qu'est-ce qu'il te font ? demanda Thomas.

Etienne prit le téléphone, activa le haut parleur et répondit à ma place.

— Je lui doigte le cul pendant qu'il vous parle.

Thomas resta silencieux un moment, puis sa voix claqua :

— Vous êtes vraiment un putain de pervers.

Etienne sourit.

— Vous me l'aviez déjà fait comprendre.

— Et vous trouvez ça drôle ?

— Votre opinion sur moi m'intéresse beaucoup moins que votre présence au bout de cette ligne.

— Je peux raccrocher.

— Bien sûr.

Etienne marqua une pause.

— Pourtant vous ne le faites pas.

Thomas se tut

— Cette petite chienne d'Alex va vous expliquer lui-même, tant qu'il le peut encore, ce qu'il subit.

Etienne me redonna le téléphone.

— J'ai... trois de ses doigts en moi. C'est douloureux mais je bande dans ma cage. J'ai mal.

Thomas au bout du fil ne parlait plus il écoutait ma respiration haletante et mes gémissements.

— Pourquoi tu me fais écouter ça Alex ?

— Parce que... je veux que tu connaisses mon histoire, que tu saches tout de ma nouvelle vie. J'ai besoin que tu saches.

Etienne retira ses doigts brutalement. Je laissai échapper une plainte. Il remplaça ses doigts par son sexe. Il me pénétra d'un seul coup, profondément. Un cri rauque s'échappa de ma gorge, que le haut parleur transmit intégralement.

— Etienne me ... sodomise maintenant Thomas. Il me... ah... me prend sauvagement...

— Tu te fais baiser pendant que tu me parles.

Etienne reprit le combiné.

— La petite chienne d'Alex ne peut plus vous parler désormais. Monsieur vient de lui mettre sa queue au fond de la gorge, pendant que moi je lui baise le cul.

Monsieur se dégagea de ma bouche et souffla dans mon oreille.

— Dis lui que tu aimes ça.

Thomas l'entendit, sa voix était redevenue ferme.

— Ca, Alex, je ne veux pas l'entendre.

Monsieur me regarda, alors qu'Etienne accéléraient la cadence. Il me pilonnait, me limait, me projetait contre Monsieur. Thomas poursuivit ;

— Mais je ne raccroche pas contre toi. Tu comprends.

Un oui sortit de ma gorge entre deux gémissements;

— Je raccroche parce que cette limite-là, c'est la mienne.

Monsieur me fit de nouveau avaler son sexe et le plaça en fond de gorge.

Malgré cette double possession, la phrase de Thomas me frappa avec une force inattendue. Il venait de faire exactement ce qu'il me demandait depuis le début de la soirée.

Dire non.

Simplement, sans justification.

Thomas compris que je ne pouvais pas lui répondre il raccrocha en me souhaitant une bonne nuit et en espérant me voir le lendemain.

Peu après, Monsieur et Etienne se vidèrent en moi.

Monsieur récupéra lentement. Me regarda longuement.

— Intéressant.

Je ne savais pas s'il parlait de Thomas. De moi. ou de nous deux. Etienne passa une main dans mes cheveux.

— Il apprend vite.

Monsieur eut un léger sourire.

— Alex aussi.

Je restai à genoux entre eux, encore bouleversé par cette conversation. Pour la première fois de la soirée, je compris peut-être ce qui séparait réellement Thomas de moi.

Nous revendiquions tous les deux le droit de choisir. Seulement, lorsque Thomas rencontrait sa limite, il disait non.

Moi, je cherchais encore jusqu'où je pouvais aller avant de prononcer ce mot.

Les avis des lecteurs

L'avis de Alexsoumis
Merci à vous pour ce retour enthousiaste ! Savoir que le récit continue à vous surprendre et que vous prenez plaisir à le suivre me donne envie de poursuivre et de soigner chaque nouvel épisode. J’aime que les personnages révèlent peu à peu des facettes que l’on n’attendait pas, et vos réactions m’aident à voir ce qui vous touche ou vous intrigue.

Et rassurez-vous, je n’avais pas pris votre proposition pour un « ordre » ! Je l’ai accueillie avec le sourire, comme une envie de lecteur que vous aviez plaisir à partager. Ces suggestions nourrissent aussi ma réflexion, même lorsque l’histoire emprunte finalement un autre chemin. Merci pour votre présence au fil des épisodes et pour ces échanges que j’apprécie beaucoup.

L'avis de Alexsoumis
Je comprends très bien votre besoin de cloisonner. Ce qui peut sembler facile dans le récit l’a beaucoup moins été à vivre : la gêne, les hésitations et la peur du regard des proches ont aussi leur place.

Même si cette histoire s’inspire de mon parcours, elle comporte une part romancée. Tout n’est donc pas à lire comme une retranscription fidèle de ma vie : l’écriture transforme certaines situations et leur donne parfois une fluidité qu’elles n’avaient pas dans la réalité.

Chacun trouve son équilibre entre ce qu’il souhaite partager et ce qu’il préfère préserver. Merci pour votre remarque et pour la sincérité avec laquelle vous évoquez votre propre façon de vivre les choses.

L'avis d'un lecteur :
Un récit qui a chaque fois me surprend! J adore. Et merci / ce n était pas un “ordre” cette proposition.

L'avis d'un lecteur :
Ce qui est étrange dans votre récit, car vous avez expliqué qu'il retraçait votre parcours, c'est votre facilité à montrer à vos proches votre intimité particulière. Je cloisonne beaucoup, beaucoup plus !!!


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