Le passage Beaumont (1/3)
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le passage Beaumont (1/3)
Le froid la mord au visage dès la sortie du métro.
Lucie remonte le col de son manteau, les joues rouges, les doigts serrés autour des poignées d'un sac en plastique blanc. À l'intérieur, des barquettes achetées en fin de journée chez le traiteur asiatique du quartier, encore tièdes, qui sentent la citronnelle et le gingembre. Elle fait ça tous les jeudis soir depuis huit mois. Personne ne le sait autour d'elle, ni ses collègues, ni sa mère.
Le passage Beaumont s'ouvre entre deux immeubles haussmanniens, étroit comme un couloir, mal éclairé par une seule ampoule jaune fixée à mi-hauteur sur le mur de gauche. C'est là qu'ils se retrouvent, les quatre hommes qui ont élu domicile sous l'avancée en zinc qui les protège du vent.
Elle les connaît maintenant.
Fred, la cinquantaine, ancien cuisinier rattrapé par la boisson, avec ses grandes mains abîmées et son rire qui démarre lentement. Saïd, plus jeune, presque silencieux, qui la regarde toujours avec une politesse un peu formelle qui la touche. Le vieux René, ses yeux gris pâle, ses phrases courtes. Et Marco, arrivé parmi eux il y a trois semaines, la trentaine, brun, quelque chose de tendu dans le visage, quelque chose qui n'a pas encore lâché.
Lucie pose le sac, distribue les barquettes, s'accroupit sur un bout de carton que Fred a glissé sous ses pieds sans qu'elle ne demande rien.
Elle mange parfois avec eux, quand elle n'est pas pressée de rentrer. C’est le cas ce soir, également parce que manger seule lui semble pire que tout.
La conversation s'installe, lente, sans effort. Fred parle d'un restaurant où il a travaillé vingt ans plus tôt, une adresse disparue, une patronne qui criait mais qui payait bien. Saïd écoute, Lucie écoute. René somnole. Marco, lui, observe Lucie d'une façon qu'elle a appris à reconnaître ces dernières semaines, directe mais sans insolence, une façon de la regarder comme on regarde quelque chose de réel dans un monde qui a perdu l'habitude du réel.
Le vin circule dans un gobelet en plastique, elle en prend une gorgée.
La chaleur des corps dans l'espace réduit du passage fait monter une odeur mêlée de tabac froid, de laine mouillée, de nourriture épicée. Ce n'est pas désagréable. Il y a une intimité dans tout ça, une promiscuité sans prétention, qui chaque jeudi désarme quelque chose en elle.
***
Lucie a vingt-huit ans. Elle est graphiste dans une agence de communication propre et silencieuse où les gens parlent doucement et se sourient avec précaution. Elle vit seule depuis un an, depuis Matthieu, depuis la fin de quelque chose qu'elle ne nomme plus. Son appartement est bien rangé, bien chauffé, plein de livres et de lumière tamisée.
Et pourtant c'est ici, chaque jeudi, qu'elle respire vraiment.
Ce soir quelque chose est différent.
Elle le sent en posant son gobelet, en croisant le regard de Marco. Une conversation a dérivé, comme ça arrive, sur le corps, sur le froid, sur la façon dont le froid dépouille les gens de tout artifice. Fred a dit une chose drôle sur les femmes et les manteaux d'hiver, une métaphore un peu grossière sur ce qu'on cache quand on se protège. Saïd a souri. René a ouvert un œil.
Lucie a ri.
Puis elle a dit, à mi-voix, sans vraiment calculer le poids des mots avant qu'ils sortent : "Je me demande parfois ce que ça ferait de ne plus rien cacher du tout."
Le silence qui suit n'est pas gêné.
Il est plein.
Le gobelet tourne entre ses doigts.
Personne ne parle. Fred a posé sa barquette sur ses genoux, Saïd regarde le sol, Marco ne la quitte pas des yeux. René a relevé la tête sans qu'on sache très bien s'il a entendu ou s'il suit simplement un courant intérieur connu de lui seul.
Lucie sent le vin tiède au fond de la gorge. Elle sent le froid sur sa nuque et la chaleur du groupe contre ses bras.
Elle pose le gobelet.
Ses mains remontent lentement vers les boutons du manteau, les trois boutons noirs sur le lainage gris anthracite qu'elle a acheté l'hiver dernier. Le premier bouton glisse sans effort. Ses doigts ne tremblent pas, ce qui l'étonne un peu, comme on s'étonne de sa propre voix quand elle reste ferme au moment où on croyait qu'elle allait flancher.
Deuxième bouton.
Fred émet un son bref, pas un mot, plutôt un souffle retenu qui change de nature à mi-chemin. Saïd lève les yeux. Marco n'a pas bougé d'un millimètre mais quelque chose dans sa posture s'est redressé, une attention animale, précise.
Troisième bouton.
Le manteau s'ouvre sur une chemise blanche à fines rayures bleues, rentrée dans un jean noir. Rien d'extraordinaire. Et pourtant l'air dans le passage a changé de densité, comme si les murs s'étaient légèrement rapprochés.
Lucie fait glisser le manteau de ses épaules.
Elle le plie en deux sur ses genoux avec un geste tranquille, presque domestique, et le pose à côté d'elle sur le carton. Le froid arrive aussitôt sur ses bras, sur sa gorge, sur la ligne de ses clavicules que la chemise laisse apparaître jusqu'au deuxième bouton.
Elle ne dit rien.
Eux non plus.
***
C'est René qui rompt le silence, de sa voix de vieux bois : "T'as pas froid ?"
La question est sincère. Sans arrière-pensée, ou du moins sans arrière-pensée visible. Lucie sourit, un sourire qui part du coin des lèvres et prend son temps.
"Pas encore."
Sa voix est calme. Elle-même s'en étonne. Il y a en elle quelque chose qui s'est dénoué avec les boutons du manteau, un nœud qu'elle portait depuis longtemps sans lui avoir donné de nom, et le froid sur ses bras ne fait pas mal, il réveille, il la rend présente à sa propre peau d'une façon que le manteau, le bureau, l'appartement bien rangé ne permettent pas.
Marco pose ses coudes sur ses genoux et se penche légèrement en avant.
"Qu'est-ce que tu veux faire, Lucie ?"
La question est directe. Pas brusque. Il y a dans sa façon de prononcer son prénom une sorte de soin, comme s'il voulait s'assurer qu'il s'adresse bien à elle et à personne d'autre, qu'il n'invente pas une situation, qu'il reçoit vraiment ce qui se passe.
Lucie regarde ses propres mains à plat sur le lainage gris.
Puis elle regarde Marco.
"Je peux continuer..."
***
Fred est le premier à parler.
Il pose sa barquette par terre, s'essuie les mains sur son pantalon et secoue la tête avec une lenteur qui ressemble à de la fatigue.
"T'es gentille, Lucie. T'as toujours été gentille avec nous. Mais fais pas ça."
Elle le regarde sans comprendre tout de suite.
"Fais pas quoi ?"
"Ce que tu t'apprêtes à faire." Il cherche ses mots. "On n'est pas un public pour toi. On n'est pas un truc que tu fais pour te sentir libre ou je sais pas quoi."
Saïd acquiesce doucement, les yeux toujours baissés. "Il a raison. On te connaît, toi. On sait que t'es sérieuse. On t’aime, à notre façon, alors te fous pas de nous."
Lucie reste un moment sans répondre.
La mèche qui brûle dans le vieux seau en métal rouillé que Fred a fabriqué avec des lattes de palettes projette une lumière orange et mouvante sur les murs du passage. Lucie se lève, fait deux pas vers le feu, tend ses paumes vers la chaleur. Ses mains sont fines, les ongles courts, vernis d'un rose pâle presque invisible.
"Je ne me fous pas de vous."
Sa voix est posée. Elle tourne le dos au feu et leur fait face.
Dans la lumière du seau, on la voit mieux qu'avant.
De taille moyenne, elle a quelque chose de droit dans la façon de se tenir, pas de la raideur, plutôt une colonne vertébrale qui sait où elle est. Le jean noir moule des jambes longues et minces, des cuisses qui n'ont pas l'air d'y penser, des chevilles fines au-dessus de bottines à talon plat. La chemise rayée, légèrement entrouverte au col, dessine une silhouette sans excès, un ventre plat que l'on devine sous le tissu quand elle respire à fond, une taille étroite que le jean souligne sans effort.
Sa poitrine est petite, deux rondeurs discrètes sous la chemise, hautes et fermes, presque géométriques dans leur netteté, sans soutien-gorge à en juger par la façon dont le tissu en épouse les formes. Ses cheveux châtains sont attachés en arrière, quelques mèches libres le long des joues. Son visage est ordinaire au sens le plus précis du terme, le sens qui n'a rien d'une insulte, un visage honnête avec des yeux noisette un peu enfoncés et une bouche qui réfléchit avant de sourire.
Marco la regarde sans détourner les yeux.
"C'est pas une question de se foutre de nous," dit-il. "C'est que ça peut mal tourner." Il marque une pause. "On est quatre hommes dans un passage. La nuit. T'as pensé à ça ?"
"J'y ai pensé."
"Et ?"
"Et je suis là quand même."
***
René grogne quelque chose d'incompréhensible qui ressemble à une objection ou à une prière, difficile à dire.
Fred insiste, avec dans la voix une vraie douceur sous la résistance. "T'as bu trois gorgées de vin, t'as pas froid, tu te sens libre, je comprends tout ça. Mais demain matin tu te réveilles dans ton appartement et nous on est toujours là. Et si t'as des regrets, c'est pour toi toute seule."
Lucie baisse les yeux une seconde.
Le feu craque derrière elle. Une bouffée de chaleur lui arrive dans le dos, remonte le long de sa nuque, se glisse sous ses cheveux.
"Je n'aurai pas de regrets."
Elle dit ça simplement, sans défier personne, sans chercher à convaincre. Juste une affirmation tranquille, le genre de phrase qu'on reconnaît comme vraie au moment où elle sort, pas avant.
Saïd relève la tête. Il la regarde longtemps, avec ses yeux sombres qui ont l'habitude de peser les choses.
"Pourquoi nous ?" demande-t-il enfin.
Lucie réfléchit. La question mérite mieux qu'une réponse rapide.
"Parce que vous ne me demandez rien. Parce que vous ne me devez rien et je ne vous dois rien. Parce qu'ici personne ne va raconter quoi que ce soit à qui que ce soit." Elle marque un temps. "Et parce que depuis huit mois, jeudi après jeudi, vous êtes les seules personnes avec qui je me sens réelle."
Le silence qui suit a une texture différente des précédents.
Fred regarde le feu.
Marco regarde Lucie.
René a fermé les yeux mais son visage n'est plus pareil qu'avant, quelque chose s'y est déposé, une attention retenue, presque respectueuse.
C'est Saïd qui parle en dernier, à voix basse, avec la précision de quelqu'un qui choisit ses mots comme on choisit ses pas sur un terrain incertain.
"Si tu continues, tu continues pour toi. Pas pour nous."
Lucie hoche la tête.
"Je sais."
Marco se lève.
Il ne s'approche pas d'elle, il reste à deux mètres, les mains dans les poches de sa veste, et la regarde avec une attention qui n'a plus rien de social.
"Si c'est ton choix."
Il laisse la phrase exister seule un moment. attendant une réponse de Lucie.
"C’est mon choix, mais c'est toi qui donne le rythme."
Lucie n’a pas dit cela comme une demande, plutôt comme un signal de départ. Elle hoche la tête, un mouvement bref, presque imperceptible. Quelque chose en elle vient de changer de registre, comme un instrument qu'on accorde, une corde qu'on tend jusqu'au bon degré de tension.
Fred et Saïd échangent un regard. René ouvre les yeux.
Personne ne bouge.
***
"Approche-toi du feu," dit Marco. "Tourne-lui le dos. Face à la lampe. Comme ça on te voit."
Lucie obéit. La chaleur reprend sa place dans son dos, entre ses omoplates. Devant elle, les quatre hommes forment un demi-cercle improvisé, assis ou accroupis, dans la lumière orange et tremblante.
"Le premier bouton de ta chemise. Celui du haut."
La voix de Marco n'est pas dure. Elle est nette, simplement nette, débarrassée de toute hésitation.
Les mains de Lucie remontent vers le col. Le bouton est petit, nacré, tiède sous le bout des doigts. Elle le glisse hors de sa boutonnière avec lenteur. Le col s'écarte de deux centimètres, laisse apparaître le creux de la gorge, la naissance des clavicules, la peau blanche légèrement dorée par le feu.
Marco la regarde sans parler.
Fred regarde aussi. Il a posé les coudes sur les genoux, la mâchoire un peu basse, avec l'air d'un homme qui retient son souffle sans s'en rendre compte.
Le silence dure. Dix secondes. Vingt. Le feu craque.
"Le deuxième."
Lucie défait le second bouton. La chemise s'ouvre davantage, descend jusqu'au milieu du sternum. On voit maintenant la ligne centrale du buste, une ombre fine qui court vers le bas, et de chaque côté l'amorce de la rondeur des seins, juste l'amorce, le tissu encore retenu par les boutons du bas.
Marco ne sourit pas. Il observe avec une concentration qui n'a rien de froid, au contraire, quelque chose de brûlant dans la façon dont ses yeux bougent sur elle.
Lucie sent sa propre respiration changer. Pas de l'anxiété. Plutôt l'inverse, une dilatation intérieure, comme si sa cage thoracique gagnait un centimètre supplémentaire à chaque souffle.
Le froid commence à mordre sur la peau exposée. Pas désagréablement.
Nouveau silence. Long.
"Le troisième. Lentement."
Les doigts de Lucie descendent. Le troisième bouton est au niveau de la poitrine. Quand il cède, la chemise s'ouvre d'un coup plus généreux, les deux pans se séparent et les seins apparaissent presque entièrement, petits et ronds, hauts sur le buste, la peau très pâle avec des aréoles claires, à peine plus foncées qu'elle. Le feu les éclaire par en dessous, dessine une ombre courte sous chaque rondeur.
Saïd baisse les yeux puis les relève, comme s'il se reprenait.
René ne dit plus rien depuis longtemps.
Marco prend son temps. Il laisse le tableau exister. Lucie debout devant le feu, la chemise ouverte, les seins offerts à la lumière orange, les bras le long du corps, le visage tranquille.
"Le quatrième."
Le quatrième bouton est sous le nombril. Quand il lâche, la chemise s'écarte sur le ventre, un ventre plat avec un nombril petit et rentré, une légère ondulation musculaire sous la peau quand Lucie respire. La chemise tient encore par le pan rentré dans le jean.
"Sors-la du jean."
Lucie glisse les pouces dans sa ceinture, libère les pans de la chemise. Le tissu tombe de chaque côté de son corps, ouvert du col aux hanches, et le ventre entier apparaît dans la lumière, du sternum au bord du jean, cette ligne basse où la peau plonge sous le denim noir.
Fred passe une main sur sa bouche.
"Laisse-la ouverte," dit Marco. "Ne la retire pas encore."
Lucie baisse les bras. La chemise reste là, ouverte, inutile, un cadre autour d'elle plutôt qu'un vêtement.
Marco lui laisse le temps de sentir ça. L'exposition partielle, le froid sur la peau nue, les regards des quatre hommes qui ne se cachent plus.
Une minute passe. Peut-être plus.
"Maintenant retire-la. Les épaules d'abord. Un côté, puis l'autre."
L'épaule droite se dégage. Le tissu glisse le long du bras, s'arrête au coude. Puis l'épaule gauche. La chemise descend le long des deux bras à la fois et Lucie la retient une seconde dans ses mains avant de la lâcher sur le carton derrière elle.
Elle est nue jusqu'à la ceinture.
***
Le feu dans son dos réchauffe la peau entre ses omoplates. Devant elle, le froid de la nuit arrive en vagues douces, se pose sur les seins, sur le ventre, sur les épaules. L'ampoule éclaire ses aréoles pâles, ses tétons plus sombres, durcis par l’excitation, ou peut être juste par l'air frais, elle ne sait plus.
Elle ne croise pas les bras. Elle n'a pas envie de se couvrir.
Marco la regarde longuement, de haut en bas, sans ostentation, avec la même concentration méthodique.
"Les mains sur les hanches."
Elle obéit. La posture ouvre légèrement le buste, projette les épaules en arrière, les seins ronds pointés vers le froid.
"Bien."
Un seul mot. Mais dans sa façon de le dire, quelque chose qui ressemble à un compliment.
Lucie sent la chaleur monter dans ses joues, descendre le long de sa gorge, se poser quelque part au creux du ventre, plus bas encore.
Marco sort les mains de ses poches.
"La ceinture, maintenant. Défais la boucle. Doucement."
Les mains de Lucie descendent vers la ceinture.
La boucle est simple, métal brossé, le genre qui ne résiste pas. Ses doigts l'ouvrent sans précipitation, le claquement métallique résonne contre les murs du passage, bref et net comme un signal.
Fred se racle la gorge.
Ce n'est rien, un réflexe, mais dans le silence du passage ça prend une proportion inattendue. Il regarde ailleurs une demi-seconde, vers le mur, vers le feu, puis ses yeux reviennent sur Lucie comme attirés par quelque chose de plus fort que la politesse.
"Laisse la ceinture dans les passants," dit Marco. "Ne la retire pas."
Lucie s'arrête. Les deux extrémités de la ceinture pendent de chaque côté des hanches, la boucle ouverte brille dans la lumière orange. Le jean est toujours boutonné mais le geste a suffi à modifier quelque chose, à suggérer ce qui vient.
Saïd a les coudes sur les genoux et les mains jointes devant la bouche. Il ne prie pas. Il contient.
Marco tourne lentement autour de Lucie, pas un cercle complet, juste un demi-arc qui l'amène sur son côté gauche. Il la regarde de profil. La ligne du buste, les seins petits qui résistent au froid en se tendant légèrement, le ventre rentré, la courbe basse des reins au-dessus du jean.
Il revient à sa place sans la toucher.
"Le bouton du jean."
Un seul bouton, en haut de la braguette. Lucie le défait. Le denim s'écarte d'un centimètre, laisse apparaître le bord d'un slip blanc, la peau de l'abdomen bas, la naissance de cette zone que le jean couvrait encore.
René a cessé de faire semblant de somnoler depuis longtemps. Il est assis bien droit sur sa caisse en bois, les mains à plat sur les cuisses, le visage tendu vers Lucie avec une honnêteté totale. Il a l'âge de ne plus rien dissimuler. Il regarde comme on regarde une chose rare, avec une sorte de gratitude sérieuse.
Fred, lui, a bougé sans s'en apercevoir. Il s'est avancé de trente centimètres, les fesses à peine posées sur le bord de son seau retourné. Sa grande main droite serre et desserre son genou dans un mouvement lent, mécanique, qu'il ne contrôle probablement pas.
"La fermeture éclair," dit Marco. "Un cran. Un seul."
Le zip descend d'un cran. Le bruit est infime, presque rien, mais Saïd ferme les yeux une fraction de seconde comme si le son lui avait traversé la poitrine.
"Encore un."
Lucie tire. Le zip descend d'un second cran. Le jean s'ouvre en V sur le slip blanc, sur la peau de l'aine, sur ce creux de l'os iliaque qui apparaît de chaque côté quand le tissu se relâche.
Marco s'arrête de marcher.
Il reste immobile à deux mètres d'elle et Lucie sent son regard comme une pression physique, pas désagréable, plutôt l'inverse, quelque chose qui appuie aux bons endroits sans les mains.
"Encore."
Le zip arrive en bas. Le jean baille complètement sur le slip, sur le ventre bas, sur les cuisses qui commencent. Le denim tient encore aux hanches par sa propre résistance, par habitude de rester là.
***
Fred souffle entre ses dents, un son court et involontaire. Il pose la main sur sa nuque, regarde le sol, la relève presque aussitôt vers Lucie. Le mouvement de quelqu'un qui essaie de se reprendre et qui n'y arrive pas vraiment.
Saïd déplie les mains, les pose sur ses genoux, les referme. Il a la gorge qui bouge sur un mouvement de déglutition. Dans la lumière du feu son visage est concentré, les traits durcis par une attention qui n'a plus rien de détaché.
"Fais glisser le jean sur les hanches. Pas plus bas. Juste les hanches."
Lucie glisse les pouces dans le denim de chaque côté et tire doucement vers le bas. Le jean descend sur les hanches, s'arrête à mi-fesse, laisse apparaître la totalité du slip blanc, les hanches étroites, le creux au-dessus de chaque cuisse, la naissance des fesses derrière.
Elle sent le froid arriver là, sur la peau nouvelle, vif et précis.
René murmure quelque chose. On ne distingue pas les mots. Peut-être qu'il n'y a pas de mots.
"Maintenant tourne-toi. Lentement. Face au feu."
Lucie pivote.
Elle offre son dos au groupe, face aux flammes basses du seau. Les quatre hommes ont maintenant les fesses de Lucie dans la lumière, rondes et fermes sous le coton blanc tendu, le jean à mi-chemin qui découpe la peau avec précision.
Derrière elle, le silence a une qualité nouvelle.
C'est une respiration collective, retenue, quatre hommes qui respirent moins vite ou plus vite, difficile à dire, mais différemment qu'avant, avec quelque chose de physique dedans, de contracté, d'involontaire.
Marco parle, et sa voix a changé de texture, toujours nette mais plus basse d'un demi-ton.
"Le jean. Tu le fais descendre jusqu'aux genoux. Lentement. Sans te retourner."
Les pouces de Lucie s'enfoncent dans le denim des deux côtés.
Elle pousse vers le bas, lentement, comme Marco l'a demandé. Le jean résiste une seconde au niveau des cuisses, puis cède, glisse, découvre les fesses entièrement, la peau blanche qui contraste avec le coton du slip, puis les cuisses, longues et minces, légèrement musclées, la peau sans défaut dans la lumière orange.
Fred a arrêté de serrer son genou. Ses deux mains sont maintenant à plat sur ses cuisses, immobiles, comme s'il avait décidé de les surveiller.
Le jean descend jusqu'aux genoux et s'arrête là, coincé sur lui-même, un anneau de denim sombre autour des jambes de Lucie.
Elle attend, dos au groupe, face au feu.
***
"Les chaussures," dit Marco.
Lucie baisse les yeux vers ses pieds. Les bottines à lacets. Elle n'y avait pas pensé, ou plutôt si, elle y avait pensé, mais pas maintenant, pas dans cet ordre. Il y a quelque chose de légèrement comique dans la situation : se pencher en avant, délacer des bottines, les retirer une par une avec le jean coincé aux genoux.
Elle le fait quand même.
Elle se penche, un peu de biais, les mains vers le pied droit, incline son buste vers le sol, tend les fesses vers le groupe, creuse les reins d'une façon qu'elle ne calcule pas mais que les quatre hommes reçoivent pleinement. Saïd détourne les yeux puis les ramène. Fred passe la langue sur sa lèvre inférieure, un geste bref, presque animal.
Le lacet droit se défait. La bottine résiste un peu, Lucie tire, le pied se libère dans une chaussette blanche. Elle pose la bottine sur le côté, recommence avec le pied gauche, même posture, mais en miroir, même tension dans les cuisses, même exhibition involontaire.
La seconde bottine tombe.
Lucie se redresse, glisse les chaussettes, les pose en boule sur les bottines. Ses pieds nus sur le carton, les ongles vernis du même rose pâle que les mains.
"Le jean."
Elle le fait descendre le long des mollets, enjambe l'anneau de tissu, une jambe puis l'autre, et se relève.
Elle se retourne.
Face aux quatre hommes, en slip blanc, les bras le long du corps, les pieds nus sur le carton.
Le feu dans son dos, face à la lampe.
Marco ne dit rien pendant un long moment. Il la regarde de la tête aux pieds, sans détour, avec cette attention méticuleuse qui n'a plus rien de social depuis longtemps. Ses mains sont sorties des poches mais il ne les a pas levées. Elles pendent le long de ses cuisses, les doigts légèrement écartés.
***
Lucie tient la pose.
Elle est presque entièrement nue dans un passage de Paris, la nuit, devant quatre hommes qui la regardent, et la seule chose qu'elle ressent avec certitude c'est qu'elle ne veut pas que ça s'arrête.
Le coton blanc du slip est fin, très fin, le genre de tissu qui ne cache pas grand chose dès lors qu'il y a quelque chose à révéler. Et il y a quelque chose à révéler. Entre les cuisses de Lucie, le tissu épouse des formes précises, le renflement doux des lèvres, leur gonflement progressif depuis un moment déjà, depuis les boutons de la chemise. Peut-être depuis plus tôt. Une légère auréole sombre au centre du coton, à peine visible dans la lumière du feu, mais visible quand même pour qui regarde, et ils regardent tous.
Fred l'a vue. Il fixe ce point une seconde, se reprend, lève les yeux vers le visage de Lucie. Dans le sien, quelque chose a capitulé, une résistance qu'il maintenait depuis le début et qui vient de lâcher d'un coup.
Saïd l'a vue aussi. Il ne se reprend pas. Il continue de regarder, les mâchoires serrées, une veine légèrement saillante sur le côté du cou.
René sourit. Un sourire vieux et doux, sans urgence, le sourire de quelqu'un qui a vu beaucoup de choses et qui reconnaît la beauté quand elle se présente.
Marco la regarde dans les yeux.
"Tu sais ce que le tissu qui te reste dit en ce moment ?"
Lucie soutient son regard.
"Oui."
"Bien."
Il laisse le silence s'installer, le laisser travailler, laisser Lucie debout dans la lumière orange avec son secret rendu visible, ses cuisses légèrement froides, son ventre qui se soulève à chaque respiration un peu plus profonde que la précédente.
"Les mains derrière la tête."
Lucie lève les bras, croise les doigts derrière la nuque. La posture ouvre le buste, tend la peau sur les côtes, soulève les petits seins ronds d'un centimètre vers le haut, creuse légèrement le ventre.
Elle est offerte sans être touchée.
Et c'est exactement là que Marco veut la tenir encore, un peu, juste un peu.
"Jusqu'où tu es prête à aller ?"
La question arrive sans préambule, dans le silence qui s'était installé autour de Lucie et de ses bras levés. Marco ne hausse pas la voix. Il pose la question comme on pose un verre sur une table, avec précision, sans bruit inutile.
Lucie baisse lentement les bras.
Elle prend le temps de la question. Autour d'elle les quatre hommes attendent, Fred avec ses grandes mains qui ne savent plus quoi faire, Saïd le regard fixe, René le sourire effacé remplacé par quelque chose de plus attentif.
"Je peux enlever le bas."
***
Elle dit ça simplement, en regardant Marco. Une réponse honnête, pesée, le genre de phrase qu'on dit quand on a décidé de ne pas mentir.
"Et ensuite ?"
Lucie ouvre la bouche. La referme.
C'est une bonne question. C'est une question à laquelle son corps a déjà répondu depuis un moment, depuis les boutons de la chemise au moins, peut-être depuis plus tôt, peut-être depuis le premier jeudi soir dans le passage. Son corps dit quelque chose de clair, de précis, d'assez impérieux, une chaleur entre les cuisses qui n'a plus rien d'ambigu, un pouls qui s'est déplacé vers le bas et qui bat là avec une régularité têtue.
Sa raison dit autre chose.
Sa raison dit qu'elle est seule, que la nuit avance, qu'elle connaît ces hommes mais pas entièrement, que connaître quelqu'un et lui faire confiance dans la lumière d'un jeudi ordinaire ce n'est pas la même chose que lui faire confiance maintenant, dans le noir, avec le feu qui baisse et le froid qui attend de l'autre côté du passage.
Elle regarde le sol une seconde.
"Je ne sais pas."
Sa voix ne tremble pas mais elle a perdu de sa netteté. Quelque chose d'incertain s'y est glissé, pas de la peur, plutôt l'honnêteté d'une femme qui se trouve à la frontière exacte entre ce qu'elle contrôle et ce qu'elle ne contrôle plus.
"Mon corps me dit une chose," ajoute-t-elle. "Ma tête en dit une autre."
Fred intervient, doucement. "C'est normal."
Elle le regarde. Il hoche la tête avec une gravité simple, l'air de quelqu'un qui a lui-même navigué entre ces deux voix-là et qui sait ce que ça coûte.
Marco ne commente pas. Il attend que le silence fasse son travail.
Lucie relève les yeux vers lui.
***
"Le bas," dit-il enfin. "On commence par ça."
Une instruction, pas une question. Formulée avec la même netteté que tout le reste, sans pression dedans, juste une direction donnée dans un espace où Lucie a choisi qu'il soit celui qui dirige.
Elle glisse les pouces dans les côtés du slip.
Le geste est lent. Le coton descend sur les hanches, sur le haut des cuisses, révèle le pubis, un triangle de peau pâle avec un léger duvet brun, puis les lèvres, gonflées et lisses, leur renflement précis dans la lumière du feu, la fente luisante. Le tissu glisse le long des jambes et tombe sur le carton.
Lucie se redresse.
Entièrement nue dans le passage.
Le froid arrive partout à la fois, sur les cuisses, sur le ventre, entre les jambes, et elle sent simultanément la chaleur du feu dans son dos et l'humidité sur sa peau à l'endroit le plus exposé, une humidité que le froid rend plus perceptible encore, comme un aveu physique qu'on ne peut plus retirer.
Personne ne parle.
Saïd a les yeux fermés. Pas pour ne pas regarder, pour regarder autrement, pour contenir ce que regarder lui fait.
René a les deux mains jointes sur sa bouche, les coudes sur les genoux, le visage d'un homme qui assiste à quelque chose qu'il n'attendait plus.
Fred la regarde avec une franchise totale, sans sourire, sans gêne, avec juste une intensité dans les yeux qui dit tout ce qu'il ne dit pas.
Marco la regarde, elle, son visage, pas son corps.
Lucie soutient son regard une seconde. Deux. Sent le pouls entre ses cuisses, la chaleur qui monte du bas ventre, la raison qui s'est tue quelque part dans les trente dernières secondes sans qu'elle ait eu à la faire taire.
***
Elle prend une respiration.
"Dis-moi ce que je dois faire, maintenant."
Marco voit la chair de poule avant elle.
Il la voit courir sur les bras de Lucie, sur les cuisses, remonter le long des flancs en une vague fine. Il voit les petits seins se contracter légèrement sous le froid, les mamelons durcir, deux points sombres dans la lumière orange.
"Approche-toi du feu."
Lucie fait deux pas de côté vers le seau. La chaleur arrive sur ses mollets, sur l'arrière des cuisses, sur les fesses, mais le devant du corps reste exposé au froid du passage et la chair de poule ne disparaît pas.
Marco tourne la tête vers Fred.
"Fred. Réchauffe-la."
L'ordre est simple. L'ordre est équivoque. Les deux en même temps.
Fred ne bouge pas pendant deux secondes. Il regarde Marco, regarde Lucie, regarde ses propres mains comme s'il prenait leur mesure. Puis il se lève.
Il est grand. On l'oublie quand il est assis mais debout il occupe l'espace différemment, les épaules larges sous la vieille veste en laine, les mains qui dépassent des manches. Il s'approche de Lucie par derrière, lentement, avec une délicatesse qui ne ressemble pas à sa carrure.
Il s'arrête à quelques centimètres. Puis il est contre elle.
Lucie sent d'abord la chaleur de son corps avant de sentir le contact, une chaleur de grand corps qui a vécu, qui a travaillé, une chaleur dense et sérieuse. Puis le contact arrive, le torse de Fred contre son dos, le tissu rêche de la veste contre sa peau nue, et avec lui quelque chose d'autre, de précis, indiscutable, le renflement dur contre le haut des fesses, impossible à dissimuler, impossible à mal interpréter.
Fred passe les bras autour d'elle.
Ses mains se posent d'abord sur le ventre, à plat, les grandes paumes chaudes sur la peau froide de Lucie. Elle laisse échapper un souffle, juste un, bref, à la limite du son. La chaleur des mains de Fred sur son ventre après le froid du passage, c'est presque douloureux de bien-être.
Il reste là un moment. Les mains sur le ventre. Sans bouger.
Puis elles remontent.
Lentement, le long des côtes, en suivant la courbe du buste, jusqu'aux seins. Il les prend en coupe, les deux à la fois, une main sous chacun, et ses paumes les enveloppent entièrement tellement ils sont petits, tellement ses mains sont grandes. Un geste presque protecteur dans sa forme, mais la chaleur qui s'en dégage n'a plus rien de protecteur.
Fred ferme légèrement les doigts.
Il sent les mamelons durcis contre ses paumes, deux points de chaleur concentrée. Ses pouces remontent, effleurent, décrivent un arc lent sur la peau tendue. Lucie sent ça descendre directement, sans escale, du bout des seins jusqu'au creux du ventre.
Il recommence. Plus lentement encore.
Saïd a rouvert les yeux. Il ne détourne pas le regard. René s'est penché imperceptiblement en avant sur sa caisse en bois. Marco observe, les bras croisés, le visage fermé mais les yeux qui ne perdent rien.
Fred a le souffle un peu plus court. On l'entend dans le passage, ce souffle, légèrement modifié, le souffle d'un homme qui tient quelque chose de précieux et qui essaie de ne pas serrer trop fort. Son membre contre les fesses de Lucie a durci davantage, elle le sent à travers le tissu du pantalon, chaud et insistant.
Il caresse encore. Les pouces reviennent sur les mamelons, s'y attardent, les roulent très doucement entre le pouce et l'index, et Lucie laisse échapper un soupir cette fois, un gémissement court et involontaire qui part du fond de la gorge.
Elle tourne la tête.
Pas brusquement. Avec la lenteur d'une plante qui suit la lumière, une rotation naturelle du cou, la joue qui frôle la joue de Fred, le menton qui se lève légèrement. Sa bouche à quelques centimètres de la sienne.
Elle attend.
***
Fred baisse la tête.
Ses lèvres trouvent celles de Lucie dans un angle imparfait, le genre d'angle qu'on corrige tout de suite, et il le corrige, tourne légèrement la tête, et le baiser devient entier. Chaud. Lent. La bouche de Fred est plus douce qu'on ne l'attendrait d'un homme comme lui, ses lèvres sèches qui s'ouvrent doucement sur celles de Lucie, une langue qui s'avance sans brutalité.
Ses mains n'ont pas lâché les seins.
Lucie ferme les yeux.
Le baiser avec Fred n'a plus rien de prudent.
Lucie a tourné la tête autant que la posture le permet et sa bouche cherche celle de Fred avec une avidité qu'elle ne reconnaît pas tout de suite comme la sienne. Ses lèvres s'ouvrent, sa langue répond à la sienne, et le baiser devient profond, mouillé, urgent, le genre de baiser qui efface tout ce qui précède et pose ses propres règles.
Ses hanches ont commencé à bouger.
Elle ne l'a pas décidé. Elles ont commencé seules, un balancement lent d'arrière en avant, les fesses qui pressent contre le renflement de Fred, qui reculent, qui pressent encore. Fred répond sans le vouloir, ses hanches qui avancent légèrement pour aller à sa rencontre, son membre dur qui s'appuie contre elle à travers le tissu du pantalon, chaud et précis dans son insistance.
Ses mains sur les seins de Lucie se sont faites moins douces.
Pas brutales. Mais moins prudentes. Les doigts qui serrent davantage, les pouces qui reviennent sur les mamelons avec plus de fermeté, qui appuient, qui tournent, et Lucie laisse sortir un nouveau gémissement dans la bouche de Fred, un son qui se perd dans le baiser.
Elle ne voit pas Saïd se lever.
Elle ne le voit pas s'approcher, contourner le feu, s'arrêter devant elle. Elle ne voit pas grand chose d'ailleurs, les yeux fermés, la tête tournée vers Fred, les hanches qui continuent leur mouvement lent et têtu.
Elle le sent.
Des lèvres sur sa cuisse gauche, à mi-hauteur, un contact chaud et doux qui arrive sans prévenir dans le froid du passage. Elle sursaute légèrement, la bouche qui se détache de celle de Fred une demi-seconde, les yeux qui s'ouvrent.
Saïd est agenouillé devant elle.
Il lève les yeux vers elle. Pas pour demander la permission exactement, plutôt pour vérifier qu'elle est là, qu'elle est présente, que c'est bien elle et pas quelqu'un d'autre. Un regard bref, sérieux, avec dedans quelque chose de prévenant qui tranche avec la situation.
Lucie le regarde une seconde.
Puis elle écarte les jambes.
Pas largement, pas d'un geste théâtral, juste un déplacement du pied gauche de vingt centimètres sur le carton, un mouvement qui dit tout ce qu'il y a à dire.
Saïd baisse les yeux.
Ses lèvres reprennent leur travail sur la cuisse, remontent, s'attardent sur la peau tendre à l'intérieur, là où le froid n'a pas eu accès, là où la chaleur du corps de Lucie a tout gardé pour elle. Il embrasse la peau avec lenteur, sans précipitation, comme quelqu'un qui connaît la valeur de ce qu'il approche et qui n'a aucune raison de se dépêcher.
***
Fred a repris la bouche de Lucie.
Elle se donne aux deux à la fois sans se livrer de la même façon, la bouche abandonnée à Fred, les cuisses abandonnées à Saïd, le corps partagé entre deux attentions qui montent vers le même endroit par des chemins différents.
Les mains de Fred descendent du sein gauche, glissent sur les côtes, se posent sur les hanches de Lucie et les stabilisent dans leur balancement, pas pour les arrêter, pour les accompagner, pour donner à ce mouvement un appui contre lequel pousser.
Saïd est plus haut maintenant.
Ses lèvres sont à quelques centimètres du bord intime, dans la chaleur concentrée entre les cuisses de Lucie, et elle sent son souffle avant de sentir autre chose, un souffle chaud et régulier sur sa peau la plus exposée, sur l'humidité qu'elle ne peut plus dissimuler depuis longtemps.
Ses doigts cherchent quelque chose à tenir.
Ceux de la main gauche trouvent les cheveux de Saïd.
La main droite de Lucie descend derrière elle.
Elle tâtonne une seconde, trouve le tissu du pantalon de Fred, et sa paume se referme sur le renflement dur. Fred interrompt le baiser, pas longtemps, le temps d'un souffle rentré brusquement, les lèvres qui se séparent des siennes d'un millimètre.
Elle serre légèrement.
Fred appuie le front contre sa tempe, les yeux fermés, et laisse sortir une plainte sourde depuis le fond de la gorge.
Lucie commence à bouger la main, un mouvement lent le long du renflement, de la base vers le haut, en mesurant la longueur, la chaleur, la solidité à travers le tissu. Fred répond à chaque passage en serrant les doigts sur ses hanches, une pression involontaire, rythmée.
Alors elle cherche la ceinture.
Les doigts trouvent la boucle, déjà ouverte, glissent vers le bouton du pantalon, le défont sans regarder. La fermeture éclair descend. Sa main plonge à l'intérieur, traverse le coton du caleçon, et referme les doigts directement sur la peau.
Fred lâche tout.
Les mains qui tenaient les hanches de Lucie s'ouvrent, glissent le long de ses flancs, retombent. Sa bouche abandonne la sienne. Sa tête bascule en arrière, le cou tendu, les yeux au ciel du passage, et il a un long gémissement rauque, sans retenue, sans chercher à le contenir, le son d'un homme qui a résisté longtemps et qui ne tient plus.
Lucie referme les doigts.
Elle sent le membre de Fred dans sa main, chaud, dur, la peau fine qui glisse sur ce qui ne cède pas. Elle commence le mouvement, lent, du poignet, en essayant de lui donner ce que Saïd lui donne, en essayant de calibrer le rythme sur ce qu'elle ressent elle-même.
Saïd, en bas, continue.
Ses lèvres sont maintenant au cœur de l’intime, sur les lèvres de Lucie gonflées et humides, et il travaille avec une précision tranquille qui n'a rien d'improvisé. La langue qui s'attarde, qui revient, qui explore sans se presser. Il a posé les mains sur les cuisses de Lucie, non pour les écarter davantage mais pour les sentir, pour sentir les muscles qui frémissent sous ses paumes à chaque passage de sa langue.
Lucie a les doigts de la main gauche enfoncés dans les cheveux de Saïd.
Pas pour diriger. Pour tenir.
Sa main droite continue son mouvement sur Fred, un peu moins régulièrement maintenant parce que Saïd vient de trouver quelque chose, un point précis, un endroit qu'il effleure puis abandonne puis retrouve, et à chaque fois que sa langue y revient le reste s'efface, la main de Lucie ralentit, ses genoux fléchissent imperceptiblement, sa respiration perd son rythme.
Fred gémit contre sa tempe, un bruit sourd et continu.
René et Marco regardent depuis leur place. René avec les yeux grands ouverts dans son vieux visage, les mains toujours jointes, une immobilité de statue. Marco debout, les bras le long du corps maintenant, la mâchoire légèrement contractée, le regard qui enregistre tout.
Saïd insiste sur le point qu'il a trouvé.
Lucie laisse partir un cri long, involontaire, qui rebondit sur les murs du passage et revient vers elle comme une confirmation. Sa main sur Fred s'est arrêtée, les doigts serrés mais immobiles, parce qu'elle ne peut plus coordonner quoi que ce soit, parce que Saïd est en train de lui retirer toute capacité de mouvement conscient.
Fred prend sa main immobile dans la sienne et la guide, doucement, reprend le mouvement à sa place, sa grande main refermée sur les doigts de Lucie.
Et Saïd continue.
Méthodique, précis, sans varier le rythme maintenant qu'il l'a trouvé, la langue qui revient toujours au même endroit avec la même pression légère et constante, les mains qui tiennent les cuisses de Lucie pendant qu'elles commencent à trembler.
Fred part le premier.
Sa main qui guidait celle de Lucie se referme brusquement, écrase ses doigts dans un étau involontaire. Son souffle dans le cou de Lucie devient saccadé, trois inspirations courtes, puis plus rien, une apnée de deux secondes pendant lesquelles tout son corps se fige contre elle, le torse plaqué dans son dos, les hanches poussées en avant.
Puis il s’abandonne.
Un son arraché du ventre, grave et long, qui se casse à mi-chemin en quelque chose de plus vulnérable. Ses hanches pulsent contre les fesses de Lucie, une, deux, trois fois, irrégulièrement, pendant que sa main sur celle de Lucie tremble et finit par s'ouvrir. La semence chaude se répand sur les doigts de Lucie, sur sa main, sur le poignet, et Fred appuie le visage contre sa nuque en soufflant, les lèvres dans ses cheveux, les poumons qui se remettent à fonctionner par à-coups.
Il dit son prénom. Juste son prénom. Une seule fois, à voix très basse, dans ses cheveux.
Lucie n'a pas le temps de répondre.
***
Saïd a senti les jambes de Lucie se mettre à trembler sous ses paumes et il a fait une chose simple, il a légèrement augmenté la pression, pas le rythme, juste la pression, et maintenu le contact sans interruption, sans variation, sans lui laisser le moindre espace pour redescendre.
La main gauche de Lucie s'est refermée sur les cheveux de Saïd.
Pas doucement.
Le tremblement commence dans les cuisses et remonte. Lucie le sent arriver de loin, comme une chose qui s'est construite depuis le premier bouton de la chemise, depuis le carton sous ses pieds nus, depuis les regards des quatre hommes dans la lumière orange, tout ça qui converge maintenant vers un point unique, le point précis où la langue de Saïd ne cesse pas, ne s'arrête pas, ne change pas.
Elle essaie de dire quelque chose.
Ce qui sort n'est pas un mot.
Le tremblement des cuisses devient une secousse, les muscles qui se contractent sans qu'elle le décide, les genoux qui fléchissent d'un coup. Seul le corps de Fred dans son dos l’empêche de s'effondrer. Sa tête bascule en arrière sur l'épaule de Fred, la gorge exposée, les yeux fermés, la bouche ouverte sur un cri qui commence haut et descend, qui se répète, qui se transforme en quelque chose de continu et d'incontrôlable.
Saïd tient bon.
Ses mains maintiennent les cuisses de Lucie, fermes, stables, pendant qu'elles tentent de se refermer sur lui. Il continue, identique, implacable, pendant les longues secondes où Lucie se défait au-dessus de lui, les hanches qui pulsent contre sa bouche, les doigts dans ses cheveux qui tirent sans qu'elle s'en rende compte.
La vague passe.
Puis une seconde, plus courte, une réplique de la première, qui arrive alors que Lucie croyait avoir fini.
Puis le silence intérieur.
Saïd pose les lèvres une dernière fois, doucement, presque tendrement, sur la peau intérieure de la cuisse gauche. Puis il s'écarte et se relève lentement dans le froid du passage.
Fred tient encore Lucie debout, les bras refermés sur elle, plus pour la soutenir que pour autre chose maintenant. Elle sent ses bras qui tremblent légèrement, le contrecoup, la redescente.
Personne ne parle pendant un moment.
***
Le feu dans le seau a baissé. Il reste des braises orangées qui pulsent doucement dans le courant d'air du passage. La lumière est plus faible, plus rouge, et dans cette lumière Lucie debout et nue entre les bras de Fred ressemble à quelque chose que René, plus tard, cherchera les mots pour décrire sans les trouver.
Marco ramasse le manteau de Lucie.
Il s'approche, le tient ouvert derrière elle, attend. Un geste précis, sans ambiguïté, qui dit que c'est fini pour ce soir, que le reste attendra, qu'il y a une forme de respect dans le fait de savoir quand on s'arrête.
Fred desserre les bras.
Lucie glisse dans le manteau, les épaules d'abord, puis les bras, et le lainage chaud enveloppe d'un coup sa peau nue. Elle serre la ceinture autour d'elle sans boutonner.
Elle s'assoit sur le carton.
Saïd lui tend le gobelet avec un fond de vin. Elle le prend, boit, rend le gobelet. Leurs doigts se touchent une seconde.
Fred s'est rassis, la veste refermée, le visage encore défait mais les épaules qui retrouvent leur place progressive. Il regarde le feu sans parler. Il a l'air d'un homme qui a reçu quelque chose d'inattendu et qui ne sait pas encore dans quelle case le ranger.
René soupire, un long soupir de vieillard repu, et ferme les yeux.
Marco s'accroupit en face de Lucie.
Il la regarde, attend qu'elle lève les yeux vers lui.
"Tu vas bien ?"
La question est directe. Sans détour. La même netteté que tout ce qu'il a dit ce soir.
Lucie réfléchit honnêtement avant de répondre.
"Oui."
Une pause.
"Jeudi prochain ?" dit-elle.
Marco ne sourit pas. Mais quelque chose dans son visage se modifie, un relâchement imperceptible autour des yeux.
"Jeudi prochain."
***
A suivre…
Lucie remonte le col de son manteau, les joues rouges, les doigts serrés autour des poignées d'un sac en plastique blanc. À l'intérieur, des barquettes achetées en fin de journée chez le traiteur asiatique du quartier, encore tièdes, qui sentent la citronnelle et le gingembre. Elle fait ça tous les jeudis soir depuis huit mois. Personne ne le sait autour d'elle, ni ses collègues, ni sa mère.
Le passage Beaumont s'ouvre entre deux immeubles haussmanniens, étroit comme un couloir, mal éclairé par une seule ampoule jaune fixée à mi-hauteur sur le mur de gauche. C'est là qu'ils se retrouvent, les quatre hommes qui ont élu domicile sous l'avancée en zinc qui les protège du vent.
Elle les connaît maintenant.
Fred, la cinquantaine, ancien cuisinier rattrapé par la boisson, avec ses grandes mains abîmées et son rire qui démarre lentement. Saïd, plus jeune, presque silencieux, qui la regarde toujours avec une politesse un peu formelle qui la touche. Le vieux René, ses yeux gris pâle, ses phrases courtes. Et Marco, arrivé parmi eux il y a trois semaines, la trentaine, brun, quelque chose de tendu dans le visage, quelque chose qui n'a pas encore lâché.
Lucie pose le sac, distribue les barquettes, s'accroupit sur un bout de carton que Fred a glissé sous ses pieds sans qu'elle ne demande rien.
Elle mange parfois avec eux, quand elle n'est pas pressée de rentrer. C’est le cas ce soir, également parce que manger seule lui semble pire que tout.
La conversation s'installe, lente, sans effort. Fred parle d'un restaurant où il a travaillé vingt ans plus tôt, une adresse disparue, une patronne qui criait mais qui payait bien. Saïd écoute, Lucie écoute. René somnole. Marco, lui, observe Lucie d'une façon qu'elle a appris à reconnaître ces dernières semaines, directe mais sans insolence, une façon de la regarder comme on regarde quelque chose de réel dans un monde qui a perdu l'habitude du réel.
Le vin circule dans un gobelet en plastique, elle en prend une gorgée.
La chaleur des corps dans l'espace réduit du passage fait monter une odeur mêlée de tabac froid, de laine mouillée, de nourriture épicée. Ce n'est pas désagréable. Il y a une intimité dans tout ça, une promiscuité sans prétention, qui chaque jeudi désarme quelque chose en elle.
***
Lucie a vingt-huit ans. Elle est graphiste dans une agence de communication propre et silencieuse où les gens parlent doucement et se sourient avec précaution. Elle vit seule depuis un an, depuis Matthieu, depuis la fin de quelque chose qu'elle ne nomme plus. Son appartement est bien rangé, bien chauffé, plein de livres et de lumière tamisée.
Et pourtant c'est ici, chaque jeudi, qu'elle respire vraiment.
Ce soir quelque chose est différent.
Elle le sent en posant son gobelet, en croisant le regard de Marco. Une conversation a dérivé, comme ça arrive, sur le corps, sur le froid, sur la façon dont le froid dépouille les gens de tout artifice. Fred a dit une chose drôle sur les femmes et les manteaux d'hiver, une métaphore un peu grossière sur ce qu'on cache quand on se protège. Saïd a souri. René a ouvert un œil.
Lucie a ri.
Puis elle a dit, à mi-voix, sans vraiment calculer le poids des mots avant qu'ils sortent : "Je me demande parfois ce que ça ferait de ne plus rien cacher du tout."
Le silence qui suit n'est pas gêné.
Il est plein.
Le gobelet tourne entre ses doigts.
Personne ne parle. Fred a posé sa barquette sur ses genoux, Saïd regarde le sol, Marco ne la quitte pas des yeux. René a relevé la tête sans qu'on sache très bien s'il a entendu ou s'il suit simplement un courant intérieur connu de lui seul.
Lucie sent le vin tiède au fond de la gorge. Elle sent le froid sur sa nuque et la chaleur du groupe contre ses bras.
Elle pose le gobelet.
Ses mains remontent lentement vers les boutons du manteau, les trois boutons noirs sur le lainage gris anthracite qu'elle a acheté l'hiver dernier. Le premier bouton glisse sans effort. Ses doigts ne tremblent pas, ce qui l'étonne un peu, comme on s'étonne de sa propre voix quand elle reste ferme au moment où on croyait qu'elle allait flancher.
Deuxième bouton.
Fred émet un son bref, pas un mot, plutôt un souffle retenu qui change de nature à mi-chemin. Saïd lève les yeux. Marco n'a pas bougé d'un millimètre mais quelque chose dans sa posture s'est redressé, une attention animale, précise.
Troisième bouton.
Le manteau s'ouvre sur une chemise blanche à fines rayures bleues, rentrée dans un jean noir. Rien d'extraordinaire. Et pourtant l'air dans le passage a changé de densité, comme si les murs s'étaient légèrement rapprochés.
Lucie fait glisser le manteau de ses épaules.
Elle le plie en deux sur ses genoux avec un geste tranquille, presque domestique, et le pose à côté d'elle sur le carton. Le froid arrive aussitôt sur ses bras, sur sa gorge, sur la ligne de ses clavicules que la chemise laisse apparaître jusqu'au deuxième bouton.
Elle ne dit rien.
Eux non plus.
***
C'est René qui rompt le silence, de sa voix de vieux bois : "T'as pas froid ?"
La question est sincère. Sans arrière-pensée, ou du moins sans arrière-pensée visible. Lucie sourit, un sourire qui part du coin des lèvres et prend son temps.
"Pas encore."
Sa voix est calme. Elle-même s'en étonne. Il y a en elle quelque chose qui s'est dénoué avec les boutons du manteau, un nœud qu'elle portait depuis longtemps sans lui avoir donné de nom, et le froid sur ses bras ne fait pas mal, il réveille, il la rend présente à sa propre peau d'une façon que le manteau, le bureau, l'appartement bien rangé ne permettent pas.
Marco pose ses coudes sur ses genoux et se penche légèrement en avant.
"Qu'est-ce que tu veux faire, Lucie ?"
La question est directe. Pas brusque. Il y a dans sa façon de prononcer son prénom une sorte de soin, comme s'il voulait s'assurer qu'il s'adresse bien à elle et à personne d'autre, qu'il n'invente pas une situation, qu'il reçoit vraiment ce qui se passe.
Lucie regarde ses propres mains à plat sur le lainage gris.
Puis elle regarde Marco.
"Je peux continuer..."
***
Fred est le premier à parler.
Il pose sa barquette par terre, s'essuie les mains sur son pantalon et secoue la tête avec une lenteur qui ressemble à de la fatigue.
"T'es gentille, Lucie. T'as toujours été gentille avec nous. Mais fais pas ça."
Elle le regarde sans comprendre tout de suite.
"Fais pas quoi ?"
"Ce que tu t'apprêtes à faire." Il cherche ses mots. "On n'est pas un public pour toi. On n'est pas un truc que tu fais pour te sentir libre ou je sais pas quoi."
Saïd acquiesce doucement, les yeux toujours baissés. "Il a raison. On te connaît, toi. On sait que t'es sérieuse. On t’aime, à notre façon, alors te fous pas de nous."
Lucie reste un moment sans répondre.
La mèche qui brûle dans le vieux seau en métal rouillé que Fred a fabriqué avec des lattes de palettes projette une lumière orange et mouvante sur les murs du passage. Lucie se lève, fait deux pas vers le feu, tend ses paumes vers la chaleur. Ses mains sont fines, les ongles courts, vernis d'un rose pâle presque invisible.
"Je ne me fous pas de vous."
Sa voix est posée. Elle tourne le dos au feu et leur fait face.
Dans la lumière du seau, on la voit mieux qu'avant.
De taille moyenne, elle a quelque chose de droit dans la façon de se tenir, pas de la raideur, plutôt une colonne vertébrale qui sait où elle est. Le jean noir moule des jambes longues et minces, des cuisses qui n'ont pas l'air d'y penser, des chevilles fines au-dessus de bottines à talon plat. La chemise rayée, légèrement entrouverte au col, dessine une silhouette sans excès, un ventre plat que l'on devine sous le tissu quand elle respire à fond, une taille étroite que le jean souligne sans effort.
Sa poitrine est petite, deux rondeurs discrètes sous la chemise, hautes et fermes, presque géométriques dans leur netteté, sans soutien-gorge à en juger par la façon dont le tissu en épouse les formes. Ses cheveux châtains sont attachés en arrière, quelques mèches libres le long des joues. Son visage est ordinaire au sens le plus précis du terme, le sens qui n'a rien d'une insulte, un visage honnête avec des yeux noisette un peu enfoncés et une bouche qui réfléchit avant de sourire.
Marco la regarde sans détourner les yeux.
"C'est pas une question de se foutre de nous," dit-il. "C'est que ça peut mal tourner." Il marque une pause. "On est quatre hommes dans un passage. La nuit. T'as pensé à ça ?"
"J'y ai pensé."
"Et ?"
"Et je suis là quand même."
***
René grogne quelque chose d'incompréhensible qui ressemble à une objection ou à une prière, difficile à dire.
Fred insiste, avec dans la voix une vraie douceur sous la résistance. "T'as bu trois gorgées de vin, t'as pas froid, tu te sens libre, je comprends tout ça. Mais demain matin tu te réveilles dans ton appartement et nous on est toujours là. Et si t'as des regrets, c'est pour toi toute seule."
Lucie baisse les yeux une seconde.
Le feu craque derrière elle. Une bouffée de chaleur lui arrive dans le dos, remonte le long de sa nuque, se glisse sous ses cheveux.
"Je n'aurai pas de regrets."
Elle dit ça simplement, sans défier personne, sans chercher à convaincre. Juste une affirmation tranquille, le genre de phrase qu'on reconnaît comme vraie au moment où elle sort, pas avant.
Saïd relève la tête. Il la regarde longtemps, avec ses yeux sombres qui ont l'habitude de peser les choses.
"Pourquoi nous ?" demande-t-il enfin.
Lucie réfléchit. La question mérite mieux qu'une réponse rapide.
"Parce que vous ne me demandez rien. Parce que vous ne me devez rien et je ne vous dois rien. Parce qu'ici personne ne va raconter quoi que ce soit à qui que ce soit." Elle marque un temps. "Et parce que depuis huit mois, jeudi après jeudi, vous êtes les seules personnes avec qui je me sens réelle."
Le silence qui suit a une texture différente des précédents.
Fred regarde le feu.
Marco regarde Lucie.
René a fermé les yeux mais son visage n'est plus pareil qu'avant, quelque chose s'y est déposé, une attention retenue, presque respectueuse.
C'est Saïd qui parle en dernier, à voix basse, avec la précision de quelqu'un qui choisit ses mots comme on choisit ses pas sur un terrain incertain.
"Si tu continues, tu continues pour toi. Pas pour nous."
Lucie hoche la tête.
"Je sais."
Marco se lève.
Il ne s'approche pas d'elle, il reste à deux mètres, les mains dans les poches de sa veste, et la regarde avec une attention qui n'a plus rien de social.
"Si c'est ton choix."
Il laisse la phrase exister seule un moment. attendant une réponse de Lucie.
"C’est mon choix, mais c'est toi qui donne le rythme."
Lucie n’a pas dit cela comme une demande, plutôt comme un signal de départ. Elle hoche la tête, un mouvement bref, presque imperceptible. Quelque chose en elle vient de changer de registre, comme un instrument qu'on accorde, une corde qu'on tend jusqu'au bon degré de tension.
Fred et Saïd échangent un regard. René ouvre les yeux.
Personne ne bouge.
***
"Approche-toi du feu," dit Marco. "Tourne-lui le dos. Face à la lampe. Comme ça on te voit."
Lucie obéit. La chaleur reprend sa place dans son dos, entre ses omoplates. Devant elle, les quatre hommes forment un demi-cercle improvisé, assis ou accroupis, dans la lumière orange et tremblante.
"Le premier bouton de ta chemise. Celui du haut."
La voix de Marco n'est pas dure. Elle est nette, simplement nette, débarrassée de toute hésitation.
Les mains de Lucie remontent vers le col. Le bouton est petit, nacré, tiède sous le bout des doigts. Elle le glisse hors de sa boutonnière avec lenteur. Le col s'écarte de deux centimètres, laisse apparaître le creux de la gorge, la naissance des clavicules, la peau blanche légèrement dorée par le feu.
Marco la regarde sans parler.
Fred regarde aussi. Il a posé les coudes sur les genoux, la mâchoire un peu basse, avec l'air d'un homme qui retient son souffle sans s'en rendre compte.
Le silence dure. Dix secondes. Vingt. Le feu craque.
"Le deuxième."
Lucie défait le second bouton. La chemise s'ouvre davantage, descend jusqu'au milieu du sternum. On voit maintenant la ligne centrale du buste, une ombre fine qui court vers le bas, et de chaque côté l'amorce de la rondeur des seins, juste l'amorce, le tissu encore retenu par les boutons du bas.
Marco ne sourit pas. Il observe avec une concentration qui n'a rien de froid, au contraire, quelque chose de brûlant dans la façon dont ses yeux bougent sur elle.
Lucie sent sa propre respiration changer. Pas de l'anxiété. Plutôt l'inverse, une dilatation intérieure, comme si sa cage thoracique gagnait un centimètre supplémentaire à chaque souffle.
Le froid commence à mordre sur la peau exposée. Pas désagréablement.
Nouveau silence. Long.
"Le troisième. Lentement."
Les doigts de Lucie descendent. Le troisième bouton est au niveau de la poitrine. Quand il cède, la chemise s'ouvre d'un coup plus généreux, les deux pans se séparent et les seins apparaissent presque entièrement, petits et ronds, hauts sur le buste, la peau très pâle avec des aréoles claires, à peine plus foncées qu'elle. Le feu les éclaire par en dessous, dessine une ombre courte sous chaque rondeur.
Saïd baisse les yeux puis les relève, comme s'il se reprenait.
René ne dit plus rien depuis longtemps.
Marco prend son temps. Il laisse le tableau exister. Lucie debout devant le feu, la chemise ouverte, les seins offerts à la lumière orange, les bras le long du corps, le visage tranquille.
"Le quatrième."
Le quatrième bouton est sous le nombril. Quand il lâche, la chemise s'écarte sur le ventre, un ventre plat avec un nombril petit et rentré, une légère ondulation musculaire sous la peau quand Lucie respire. La chemise tient encore par le pan rentré dans le jean.
"Sors-la du jean."
Lucie glisse les pouces dans sa ceinture, libère les pans de la chemise. Le tissu tombe de chaque côté de son corps, ouvert du col aux hanches, et le ventre entier apparaît dans la lumière, du sternum au bord du jean, cette ligne basse où la peau plonge sous le denim noir.
Fred passe une main sur sa bouche.
"Laisse-la ouverte," dit Marco. "Ne la retire pas encore."
Lucie baisse les bras. La chemise reste là, ouverte, inutile, un cadre autour d'elle plutôt qu'un vêtement.
Marco lui laisse le temps de sentir ça. L'exposition partielle, le froid sur la peau nue, les regards des quatre hommes qui ne se cachent plus.
Une minute passe. Peut-être plus.
"Maintenant retire-la. Les épaules d'abord. Un côté, puis l'autre."
L'épaule droite se dégage. Le tissu glisse le long du bras, s'arrête au coude. Puis l'épaule gauche. La chemise descend le long des deux bras à la fois et Lucie la retient une seconde dans ses mains avant de la lâcher sur le carton derrière elle.
Elle est nue jusqu'à la ceinture.
***
Le feu dans son dos réchauffe la peau entre ses omoplates. Devant elle, le froid de la nuit arrive en vagues douces, se pose sur les seins, sur le ventre, sur les épaules. L'ampoule éclaire ses aréoles pâles, ses tétons plus sombres, durcis par l’excitation, ou peut être juste par l'air frais, elle ne sait plus.
Elle ne croise pas les bras. Elle n'a pas envie de se couvrir.
Marco la regarde longuement, de haut en bas, sans ostentation, avec la même concentration méthodique.
"Les mains sur les hanches."
Elle obéit. La posture ouvre légèrement le buste, projette les épaules en arrière, les seins ronds pointés vers le froid.
"Bien."
Un seul mot. Mais dans sa façon de le dire, quelque chose qui ressemble à un compliment.
Lucie sent la chaleur monter dans ses joues, descendre le long de sa gorge, se poser quelque part au creux du ventre, plus bas encore.
Marco sort les mains de ses poches.
"La ceinture, maintenant. Défais la boucle. Doucement."
Les mains de Lucie descendent vers la ceinture.
La boucle est simple, métal brossé, le genre qui ne résiste pas. Ses doigts l'ouvrent sans précipitation, le claquement métallique résonne contre les murs du passage, bref et net comme un signal.
Fred se racle la gorge.
Ce n'est rien, un réflexe, mais dans le silence du passage ça prend une proportion inattendue. Il regarde ailleurs une demi-seconde, vers le mur, vers le feu, puis ses yeux reviennent sur Lucie comme attirés par quelque chose de plus fort que la politesse.
"Laisse la ceinture dans les passants," dit Marco. "Ne la retire pas."
Lucie s'arrête. Les deux extrémités de la ceinture pendent de chaque côté des hanches, la boucle ouverte brille dans la lumière orange. Le jean est toujours boutonné mais le geste a suffi à modifier quelque chose, à suggérer ce qui vient.
Saïd a les coudes sur les genoux et les mains jointes devant la bouche. Il ne prie pas. Il contient.
Marco tourne lentement autour de Lucie, pas un cercle complet, juste un demi-arc qui l'amène sur son côté gauche. Il la regarde de profil. La ligne du buste, les seins petits qui résistent au froid en se tendant légèrement, le ventre rentré, la courbe basse des reins au-dessus du jean.
Il revient à sa place sans la toucher.
"Le bouton du jean."
Un seul bouton, en haut de la braguette. Lucie le défait. Le denim s'écarte d'un centimètre, laisse apparaître le bord d'un slip blanc, la peau de l'abdomen bas, la naissance de cette zone que le jean couvrait encore.
René a cessé de faire semblant de somnoler depuis longtemps. Il est assis bien droit sur sa caisse en bois, les mains à plat sur les cuisses, le visage tendu vers Lucie avec une honnêteté totale. Il a l'âge de ne plus rien dissimuler. Il regarde comme on regarde une chose rare, avec une sorte de gratitude sérieuse.
Fred, lui, a bougé sans s'en apercevoir. Il s'est avancé de trente centimètres, les fesses à peine posées sur le bord de son seau retourné. Sa grande main droite serre et desserre son genou dans un mouvement lent, mécanique, qu'il ne contrôle probablement pas.
"La fermeture éclair," dit Marco. "Un cran. Un seul."
Le zip descend d'un cran. Le bruit est infime, presque rien, mais Saïd ferme les yeux une fraction de seconde comme si le son lui avait traversé la poitrine.
"Encore un."
Lucie tire. Le zip descend d'un second cran. Le jean s'ouvre en V sur le slip blanc, sur la peau de l'aine, sur ce creux de l'os iliaque qui apparaît de chaque côté quand le tissu se relâche.
Marco s'arrête de marcher.
Il reste immobile à deux mètres d'elle et Lucie sent son regard comme une pression physique, pas désagréable, plutôt l'inverse, quelque chose qui appuie aux bons endroits sans les mains.
"Encore."
Le zip arrive en bas. Le jean baille complètement sur le slip, sur le ventre bas, sur les cuisses qui commencent. Le denim tient encore aux hanches par sa propre résistance, par habitude de rester là.
***
Fred souffle entre ses dents, un son court et involontaire. Il pose la main sur sa nuque, regarde le sol, la relève presque aussitôt vers Lucie. Le mouvement de quelqu'un qui essaie de se reprendre et qui n'y arrive pas vraiment.
Saïd déplie les mains, les pose sur ses genoux, les referme. Il a la gorge qui bouge sur un mouvement de déglutition. Dans la lumière du feu son visage est concentré, les traits durcis par une attention qui n'a plus rien de détaché.
"Fais glisser le jean sur les hanches. Pas plus bas. Juste les hanches."
Lucie glisse les pouces dans le denim de chaque côté et tire doucement vers le bas. Le jean descend sur les hanches, s'arrête à mi-fesse, laisse apparaître la totalité du slip blanc, les hanches étroites, le creux au-dessus de chaque cuisse, la naissance des fesses derrière.
Elle sent le froid arriver là, sur la peau nouvelle, vif et précis.
René murmure quelque chose. On ne distingue pas les mots. Peut-être qu'il n'y a pas de mots.
"Maintenant tourne-toi. Lentement. Face au feu."
Lucie pivote.
Elle offre son dos au groupe, face aux flammes basses du seau. Les quatre hommes ont maintenant les fesses de Lucie dans la lumière, rondes et fermes sous le coton blanc tendu, le jean à mi-chemin qui découpe la peau avec précision.
Derrière elle, le silence a une qualité nouvelle.
C'est une respiration collective, retenue, quatre hommes qui respirent moins vite ou plus vite, difficile à dire, mais différemment qu'avant, avec quelque chose de physique dedans, de contracté, d'involontaire.
Marco parle, et sa voix a changé de texture, toujours nette mais plus basse d'un demi-ton.
"Le jean. Tu le fais descendre jusqu'aux genoux. Lentement. Sans te retourner."
Les pouces de Lucie s'enfoncent dans le denim des deux côtés.
Elle pousse vers le bas, lentement, comme Marco l'a demandé. Le jean résiste une seconde au niveau des cuisses, puis cède, glisse, découvre les fesses entièrement, la peau blanche qui contraste avec le coton du slip, puis les cuisses, longues et minces, légèrement musclées, la peau sans défaut dans la lumière orange.
Fred a arrêté de serrer son genou. Ses deux mains sont maintenant à plat sur ses cuisses, immobiles, comme s'il avait décidé de les surveiller.
Le jean descend jusqu'aux genoux et s'arrête là, coincé sur lui-même, un anneau de denim sombre autour des jambes de Lucie.
Elle attend, dos au groupe, face au feu.
***
"Les chaussures," dit Marco.
Lucie baisse les yeux vers ses pieds. Les bottines à lacets. Elle n'y avait pas pensé, ou plutôt si, elle y avait pensé, mais pas maintenant, pas dans cet ordre. Il y a quelque chose de légèrement comique dans la situation : se pencher en avant, délacer des bottines, les retirer une par une avec le jean coincé aux genoux.
Elle le fait quand même.
Elle se penche, un peu de biais, les mains vers le pied droit, incline son buste vers le sol, tend les fesses vers le groupe, creuse les reins d'une façon qu'elle ne calcule pas mais que les quatre hommes reçoivent pleinement. Saïd détourne les yeux puis les ramène. Fred passe la langue sur sa lèvre inférieure, un geste bref, presque animal.
Le lacet droit se défait. La bottine résiste un peu, Lucie tire, le pied se libère dans une chaussette blanche. Elle pose la bottine sur le côté, recommence avec le pied gauche, même posture, mais en miroir, même tension dans les cuisses, même exhibition involontaire.
La seconde bottine tombe.
Lucie se redresse, glisse les chaussettes, les pose en boule sur les bottines. Ses pieds nus sur le carton, les ongles vernis du même rose pâle que les mains.
"Le jean."
Elle le fait descendre le long des mollets, enjambe l'anneau de tissu, une jambe puis l'autre, et se relève.
Elle se retourne.
Face aux quatre hommes, en slip blanc, les bras le long du corps, les pieds nus sur le carton.
Le feu dans son dos, face à la lampe.
Marco ne dit rien pendant un long moment. Il la regarde de la tête aux pieds, sans détour, avec cette attention méticuleuse qui n'a plus rien de social depuis longtemps. Ses mains sont sorties des poches mais il ne les a pas levées. Elles pendent le long de ses cuisses, les doigts légèrement écartés.
***
Lucie tient la pose.
Elle est presque entièrement nue dans un passage de Paris, la nuit, devant quatre hommes qui la regardent, et la seule chose qu'elle ressent avec certitude c'est qu'elle ne veut pas que ça s'arrête.
Le coton blanc du slip est fin, très fin, le genre de tissu qui ne cache pas grand chose dès lors qu'il y a quelque chose à révéler. Et il y a quelque chose à révéler. Entre les cuisses de Lucie, le tissu épouse des formes précises, le renflement doux des lèvres, leur gonflement progressif depuis un moment déjà, depuis les boutons de la chemise. Peut-être depuis plus tôt. Une légère auréole sombre au centre du coton, à peine visible dans la lumière du feu, mais visible quand même pour qui regarde, et ils regardent tous.
Fred l'a vue. Il fixe ce point une seconde, se reprend, lève les yeux vers le visage de Lucie. Dans le sien, quelque chose a capitulé, une résistance qu'il maintenait depuis le début et qui vient de lâcher d'un coup.
Saïd l'a vue aussi. Il ne se reprend pas. Il continue de regarder, les mâchoires serrées, une veine légèrement saillante sur le côté du cou.
René sourit. Un sourire vieux et doux, sans urgence, le sourire de quelqu'un qui a vu beaucoup de choses et qui reconnaît la beauté quand elle se présente.
Marco la regarde dans les yeux.
"Tu sais ce que le tissu qui te reste dit en ce moment ?"
Lucie soutient son regard.
"Oui."
"Bien."
Il laisse le silence s'installer, le laisser travailler, laisser Lucie debout dans la lumière orange avec son secret rendu visible, ses cuisses légèrement froides, son ventre qui se soulève à chaque respiration un peu plus profonde que la précédente.
"Les mains derrière la tête."
Lucie lève les bras, croise les doigts derrière la nuque. La posture ouvre le buste, tend la peau sur les côtes, soulève les petits seins ronds d'un centimètre vers le haut, creuse légèrement le ventre.
Elle est offerte sans être touchée.
Et c'est exactement là que Marco veut la tenir encore, un peu, juste un peu.
"Jusqu'où tu es prête à aller ?"
La question arrive sans préambule, dans le silence qui s'était installé autour de Lucie et de ses bras levés. Marco ne hausse pas la voix. Il pose la question comme on pose un verre sur une table, avec précision, sans bruit inutile.
Lucie baisse lentement les bras.
Elle prend le temps de la question. Autour d'elle les quatre hommes attendent, Fred avec ses grandes mains qui ne savent plus quoi faire, Saïd le regard fixe, René le sourire effacé remplacé par quelque chose de plus attentif.
"Je peux enlever le bas."
***
Elle dit ça simplement, en regardant Marco. Une réponse honnête, pesée, le genre de phrase qu'on dit quand on a décidé de ne pas mentir.
"Et ensuite ?"
Lucie ouvre la bouche. La referme.
C'est une bonne question. C'est une question à laquelle son corps a déjà répondu depuis un moment, depuis les boutons de la chemise au moins, peut-être depuis plus tôt, peut-être depuis le premier jeudi soir dans le passage. Son corps dit quelque chose de clair, de précis, d'assez impérieux, une chaleur entre les cuisses qui n'a plus rien d'ambigu, un pouls qui s'est déplacé vers le bas et qui bat là avec une régularité têtue.
Sa raison dit autre chose.
Sa raison dit qu'elle est seule, que la nuit avance, qu'elle connaît ces hommes mais pas entièrement, que connaître quelqu'un et lui faire confiance dans la lumière d'un jeudi ordinaire ce n'est pas la même chose que lui faire confiance maintenant, dans le noir, avec le feu qui baisse et le froid qui attend de l'autre côté du passage.
Elle regarde le sol une seconde.
"Je ne sais pas."
Sa voix ne tremble pas mais elle a perdu de sa netteté. Quelque chose d'incertain s'y est glissé, pas de la peur, plutôt l'honnêteté d'une femme qui se trouve à la frontière exacte entre ce qu'elle contrôle et ce qu'elle ne contrôle plus.
"Mon corps me dit une chose," ajoute-t-elle. "Ma tête en dit une autre."
Fred intervient, doucement. "C'est normal."
Elle le regarde. Il hoche la tête avec une gravité simple, l'air de quelqu'un qui a lui-même navigué entre ces deux voix-là et qui sait ce que ça coûte.
Marco ne commente pas. Il attend que le silence fasse son travail.
Lucie relève les yeux vers lui.
***
"Le bas," dit-il enfin. "On commence par ça."
Une instruction, pas une question. Formulée avec la même netteté que tout le reste, sans pression dedans, juste une direction donnée dans un espace où Lucie a choisi qu'il soit celui qui dirige.
Elle glisse les pouces dans les côtés du slip.
Le geste est lent. Le coton descend sur les hanches, sur le haut des cuisses, révèle le pubis, un triangle de peau pâle avec un léger duvet brun, puis les lèvres, gonflées et lisses, leur renflement précis dans la lumière du feu, la fente luisante. Le tissu glisse le long des jambes et tombe sur le carton.
Lucie se redresse.
Entièrement nue dans le passage.
Le froid arrive partout à la fois, sur les cuisses, sur le ventre, entre les jambes, et elle sent simultanément la chaleur du feu dans son dos et l'humidité sur sa peau à l'endroit le plus exposé, une humidité que le froid rend plus perceptible encore, comme un aveu physique qu'on ne peut plus retirer.
Personne ne parle.
Saïd a les yeux fermés. Pas pour ne pas regarder, pour regarder autrement, pour contenir ce que regarder lui fait.
René a les deux mains jointes sur sa bouche, les coudes sur les genoux, le visage d'un homme qui assiste à quelque chose qu'il n'attendait plus.
Fred la regarde avec une franchise totale, sans sourire, sans gêne, avec juste une intensité dans les yeux qui dit tout ce qu'il ne dit pas.
Marco la regarde, elle, son visage, pas son corps.
Lucie soutient son regard une seconde. Deux. Sent le pouls entre ses cuisses, la chaleur qui monte du bas ventre, la raison qui s'est tue quelque part dans les trente dernières secondes sans qu'elle ait eu à la faire taire.
***
Elle prend une respiration.
"Dis-moi ce que je dois faire, maintenant."
Marco voit la chair de poule avant elle.
Il la voit courir sur les bras de Lucie, sur les cuisses, remonter le long des flancs en une vague fine. Il voit les petits seins se contracter légèrement sous le froid, les mamelons durcir, deux points sombres dans la lumière orange.
"Approche-toi du feu."
Lucie fait deux pas de côté vers le seau. La chaleur arrive sur ses mollets, sur l'arrière des cuisses, sur les fesses, mais le devant du corps reste exposé au froid du passage et la chair de poule ne disparaît pas.
Marco tourne la tête vers Fred.
"Fred. Réchauffe-la."
L'ordre est simple. L'ordre est équivoque. Les deux en même temps.
Fred ne bouge pas pendant deux secondes. Il regarde Marco, regarde Lucie, regarde ses propres mains comme s'il prenait leur mesure. Puis il se lève.
Il est grand. On l'oublie quand il est assis mais debout il occupe l'espace différemment, les épaules larges sous la vieille veste en laine, les mains qui dépassent des manches. Il s'approche de Lucie par derrière, lentement, avec une délicatesse qui ne ressemble pas à sa carrure.
Il s'arrête à quelques centimètres. Puis il est contre elle.
Lucie sent d'abord la chaleur de son corps avant de sentir le contact, une chaleur de grand corps qui a vécu, qui a travaillé, une chaleur dense et sérieuse. Puis le contact arrive, le torse de Fred contre son dos, le tissu rêche de la veste contre sa peau nue, et avec lui quelque chose d'autre, de précis, indiscutable, le renflement dur contre le haut des fesses, impossible à dissimuler, impossible à mal interpréter.
Fred passe les bras autour d'elle.
Ses mains se posent d'abord sur le ventre, à plat, les grandes paumes chaudes sur la peau froide de Lucie. Elle laisse échapper un souffle, juste un, bref, à la limite du son. La chaleur des mains de Fred sur son ventre après le froid du passage, c'est presque douloureux de bien-être.
Il reste là un moment. Les mains sur le ventre. Sans bouger.
Puis elles remontent.
Lentement, le long des côtes, en suivant la courbe du buste, jusqu'aux seins. Il les prend en coupe, les deux à la fois, une main sous chacun, et ses paumes les enveloppent entièrement tellement ils sont petits, tellement ses mains sont grandes. Un geste presque protecteur dans sa forme, mais la chaleur qui s'en dégage n'a plus rien de protecteur.
Fred ferme légèrement les doigts.
Il sent les mamelons durcis contre ses paumes, deux points de chaleur concentrée. Ses pouces remontent, effleurent, décrivent un arc lent sur la peau tendue. Lucie sent ça descendre directement, sans escale, du bout des seins jusqu'au creux du ventre.
Il recommence. Plus lentement encore.
Saïd a rouvert les yeux. Il ne détourne pas le regard. René s'est penché imperceptiblement en avant sur sa caisse en bois. Marco observe, les bras croisés, le visage fermé mais les yeux qui ne perdent rien.
Fred a le souffle un peu plus court. On l'entend dans le passage, ce souffle, légèrement modifié, le souffle d'un homme qui tient quelque chose de précieux et qui essaie de ne pas serrer trop fort. Son membre contre les fesses de Lucie a durci davantage, elle le sent à travers le tissu du pantalon, chaud et insistant.
Il caresse encore. Les pouces reviennent sur les mamelons, s'y attardent, les roulent très doucement entre le pouce et l'index, et Lucie laisse échapper un soupir cette fois, un gémissement court et involontaire qui part du fond de la gorge.
Elle tourne la tête.
Pas brusquement. Avec la lenteur d'une plante qui suit la lumière, une rotation naturelle du cou, la joue qui frôle la joue de Fred, le menton qui se lève légèrement. Sa bouche à quelques centimètres de la sienne.
Elle attend.
***
Fred baisse la tête.
Ses lèvres trouvent celles de Lucie dans un angle imparfait, le genre d'angle qu'on corrige tout de suite, et il le corrige, tourne légèrement la tête, et le baiser devient entier. Chaud. Lent. La bouche de Fred est plus douce qu'on ne l'attendrait d'un homme comme lui, ses lèvres sèches qui s'ouvrent doucement sur celles de Lucie, une langue qui s'avance sans brutalité.
Ses mains n'ont pas lâché les seins.
Lucie ferme les yeux.
Le baiser avec Fred n'a plus rien de prudent.
Lucie a tourné la tête autant que la posture le permet et sa bouche cherche celle de Fred avec une avidité qu'elle ne reconnaît pas tout de suite comme la sienne. Ses lèvres s'ouvrent, sa langue répond à la sienne, et le baiser devient profond, mouillé, urgent, le genre de baiser qui efface tout ce qui précède et pose ses propres règles.
Ses hanches ont commencé à bouger.
Elle ne l'a pas décidé. Elles ont commencé seules, un balancement lent d'arrière en avant, les fesses qui pressent contre le renflement de Fred, qui reculent, qui pressent encore. Fred répond sans le vouloir, ses hanches qui avancent légèrement pour aller à sa rencontre, son membre dur qui s'appuie contre elle à travers le tissu du pantalon, chaud et précis dans son insistance.
Ses mains sur les seins de Lucie se sont faites moins douces.
Pas brutales. Mais moins prudentes. Les doigts qui serrent davantage, les pouces qui reviennent sur les mamelons avec plus de fermeté, qui appuient, qui tournent, et Lucie laisse sortir un nouveau gémissement dans la bouche de Fred, un son qui se perd dans le baiser.
Elle ne voit pas Saïd se lever.
Elle ne le voit pas s'approcher, contourner le feu, s'arrêter devant elle. Elle ne voit pas grand chose d'ailleurs, les yeux fermés, la tête tournée vers Fred, les hanches qui continuent leur mouvement lent et têtu.
Elle le sent.
Des lèvres sur sa cuisse gauche, à mi-hauteur, un contact chaud et doux qui arrive sans prévenir dans le froid du passage. Elle sursaute légèrement, la bouche qui se détache de celle de Fred une demi-seconde, les yeux qui s'ouvrent.
Saïd est agenouillé devant elle.
Il lève les yeux vers elle. Pas pour demander la permission exactement, plutôt pour vérifier qu'elle est là, qu'elle est présente, que c'est bien elle et pas quelqu'un d'autre. Un regard bref, sérieux, avec dedans quelque chose de prévenant qui tranche avec la situation.
Lucie le regarde une seconde.
Puis elle écarte les jambes.
Pas largement, pas d'un geste théâtral, juste un déplacement du pied gauche de vingt centimètres sur le carton, un mouvement qui dit tout ce qu'il y a à dire.
Saïd baisse les yeux.
Ses lèvres reprennent leur travail sur la cuisse, remontent, s'attardent sur la peau tendre à l'intérieur, là où le froid n'a pas eu accès, là où la chaleur du corps de Lucie a tout gardé pour elle. Il embrasse la peau avec lenteur, sans précipitation, comme quelqu'un qui connaît la valeur de ce qu'il approche et qui n'a aucune raison de se dépêcher.
***
Fred a repris la bouche de Lucie.
Elle se donne aux deux à la fois sans se livrer de la même façon, la bouche abandonnée à Fred, les cuisses abandonnées à Saïd, le corps partagé entre deux attentions qui montent vers le même endroit par des chemins différents.
Les mains de Fred descendent du sein gauche, glissent sur les côtes, se posent sur les hanches de Lucie et les stabilisent dans leur balancement, pas pour les arrêter, pour les accompagner, pour donner à ce mouvement un appui contre lequel pousser.
Saïd est plus haut maintenant.
Ses lèvres sont à quelques centimètres du bord intime, dans la chaleur concentrée entre les cuisses de Lucie, et elle sent son souffle avant de sentir autre chose, un souffle chaud et régulier sur sa peau la plus exposée, sur l'humidité qu'elle ne peut plus dissimuler depuis longtemps.
Ses doigts cherchent quelque chose à tenir.
Ceux de la main gauche trouvent les cheveux de Saïd.
La main droite de Lucie descend derrière elle.
Elle tâtonne une seconde, trouve le tissu du pantalon de Fred, et sa paume se referme sur le renflement dur. Fred interrompt le baiser, pas longtemps, le temps d'un souffle rentré brusquement, les lèvres qui se séparent des siennes d'un millimètre.
Elle serre légèrement.
Fred appuie le front contre sa tempe, les yeux fermés, et laisse sortir une plainte sourde depuis le fond de la gorge.
Lucie commence à bouger la main, un mouvement lent le long du renflement, de la base vers le haut, en mesurant la longueur, la chaleur, la solidité à travers le tissu. Fred répond à chaque passage en serrant les doigts sur ses hanches, une pression involontaire, rythmée.
Alors elle cherche la ceinture.
Les doigts trouvent la boucle, déjà ouverte, glissent vers le bouton du pantalon, le défont sans regarder. La fermeture éclair descend. Sa main plonge à l'intérieur, traverse le coton du caleçon, et referme les doigts directement sur la peau.
Fred lâche tout.
Les mains qui tenaient les hanches de Lucie s'ouvrent, glissent le long de ses flancs, retombent. Sa bouche abandonne la sienne. Sa tête bascule en arrière, le cou tendu, les yeux au ciel du passage, et il a un long gémissement rauque, sans retenue, sans chercher à le contenir, le son d'un homme qui a résisté longtemps et qui ne tient plus.
Lucie referme les doigts.
Elle sent le membre de Fred dans sa main, chaud, dur, la peau fine qui glisse sur ce qui ne cède pas. Elle commence le mouvement, lent, du poignet, en essayant de lui donner ce que Saïd lui donne, en essayant de calibrer le rythme sur ce qu'elle ressent elle-même.
Saïd, en bas, continue.
Ses lèvres sont maintenant au cœur de l’intime, sur les lèvres de Lucie gonflées et humides, et il travaille avec une précision tranquille qui n'a rien d'improvisé. La langue qui s'attarde, qui revient, qui explore sans se presser. Il a posé les mains sur les cuisses de Lucie, non pour les écarter davantage mais pour les sentir, pour sentir les muscles qui frémissent sous ses paumes à chaque passage de sa langue.
Lucie a les doigts de la main gauche enfoncés dans les cheveux de Saïd.
Pas pour diriger. Pour tenir.
Sa main droite continue son mouvement sur Fred, un peu moins régulièrement maintenant parce que Saïd vient de trouver quelque chose, un point précis, un endroit qu'il effleure puis abandonne puis retrouve, et à chaque fois que sa langue y revient le reste s'efface, la main de Lucie ralentit, ses genoux fléchissent imperceptiblement, sa respiration perd son rythme.
Fred gémit contre sa tempe, un bruit sourd et continu.
René et Marco regardent depuis leur place. René avec les yeux grands ouverts dans son vieux visage, les mains toujours jointes, une immobilité de statue. Marco debout, les bras le long du corps maintenant, la mâchoire légèrement contractée, le regard qui enregistre tout.
Saïd insiste sur le point qu'il a trouvé.
Lucie laisse partir un cri long, involontaire, qui rebondit sur les murs du passage et revient vers elle comme une confirmation. Sa main sur Fred s'est arrêtée, les doigts serrés mais immobiles, parce qu'elle ne peut plus coordonner quoi que ce soit, parce que Saïd est en train de lui retirer toute capacité de mouvement conscient.
Fred prend sa main immobile dans la sienne et la guide, doucement, reprend le mouvement à sa place, sa grande main refermée sur les doigts de Lucie.
Et Saïd continue.
Méthodique, précis, sans varier le rythme maintenant qu'il l'a trouvé, la langue qui revient toujours au même endroit avec la même pression légère et constante, les mains qui tiennent les cuisses de Lucie pendant qu'elles commencent à trembler.
Fred part le premier.
Sa main qui guidait celle de Lucie se referme brusquement, écrase ses doigts dans un étau involontaire. Son souffle dans le cou de Lucie devient saccadé, trois inspirations courtes, puis plus rien, une apnée de deux secondes pendant lesquelles tout son corps se fige contre elle, le torse plaqué dans son dos, les hanches poussées en avant.
Puis il s’abandonne.
Un son arraché du ventre, grave et long, qui se casse à mi-chemin en quelque chose de plus vulnérable. Ses hanches pulsent contre les fesses de Lucie, une, deux, trois fois, irrégulièrement, pendant que sa main sur celle de Lucie tremble et finit par s'ouvrir. La semence chaude se répand sur les doigts de Lucie, sur sa main, sur le poignet, et Fred appuie le visage contre sa nuque en soufflant, les lèvres dans ses cheveux, les poumons qui se remettent à fonctionner par à-coups.
Il dit son prénom. Juste son prénom. Une seule fois, à voix très basse, dans ses cheveux.
Lucie n'a pas le temps de répondre.
***
Saïd a senti les jambes de Lucie se mettre à trembler sous ses paumes et il a fait une chose simple, il a légèrement augmenté la pression, pas le rythme, juste la pression, et maintenu le contact sans interruption, sans variation, sans lui laisser le moindre espace pour redescendre.
La main gauche de Lucie s'est refermée sur les cheveux de Saïd.
Pas doucement.
Le tremblement commence dans les cuisses et remonte. Lucie le sent arriver de loin, comme une chose qui s'est construite depuis le premier bouton de la chemise, depuis le carton sous ses pieds nus, depuis les regards des quatre hommes dans la lumière orange, tout ça qui converge maintenant vers un point unique, le point précis où la langue de Saïd ne cesse pas, ne s'arrête pas, ne change pas.
Elle essaie de dire quelque chose.
Ce qui sort n'est pas un mot.
Le tremblement des cuisses devient une secousse, les muscles qui se contractent sans qu'elle le décide, les genoux qui fléchissent d'un coup. Seul le corps de Fred dans son dos l’empêche de s'effondrer. Sa tête bascule en arrière sur l'épaule de Fred, la gorge exposée, les yeux fermés, la bouche ouverte sur un cri qui commence haut et descend, qui se répète, qui se transforme en quelque chose de continu et d'incontrôlable.
Saïd tient bon.
Ses mains maintiennent les cuisses de Lucie, fermes, stables, pendant qu'elles tentent de se refermer sur lui. Il continue, identique, implacable, pendant les longues secondes où Lucie se défait au-dessus de lui, les hanches qui pulsent contre sa bouche, les doigts dans ses cheveux qui tirent sans qu'elle s'en rende compte.
La vague passe.
Puis une seconde, plus courte, une réplique de la première, qui arrive alors que Lucie croyait avoir fini.
Puis le silence intérieur.
Saïd pose les lèvres une dernière fois, doucement, presque tendrement, sur la peau intérieure de la cuisse gauche. Puis il s'écarte et se relève lentement dans le froid du passage.
Fred tient encore Lucie debout, les bras refermés sur elle, plus pour la soutenir que pour autre chose maintenant. Elle sent ses bras qui tremblent légèrement, le contrecoup, la redescente.
Personne ne parle pendant un moment.
***
Le feu dans le seau a baissé. Il reste des braises orangées qui pulsent doucement dans le courant d'air du passage. La lumière est plus faible, plus rouge, et dans cette lumière Lucie debout et nue entre les bras de Fred ressemble à quelque chose que René, plus tard, cherchera les mots pour décrire sans les trouver.
Marco ramasse le manteau de Lucie.
Il s'approche, le tient ouvert derrière elle, attend. Un geste précis, sans ambiguïté, qui dit que c'est fini pour ce soir, que le reste attendra, qu'il y a une forme de respect dans le fait de savoir quand on s'arrête.
Fred desserre les bras.
Lucie glisse dans le manteau, les épaules d'abord, puis les bras, et le lainage chaud enveloppe d'un coup sa peau nue. Elle serre la ceinture autour d'elle sans boutonner.
Elle s'assoit sur le carton.
Saïd lui tend le gobelet avec un fond de vin. Elle le prend, boit, rend le gobelet. Leurs doigts se touchent une seconde.
Fred s'est rassis, la veste refermée, le visage encore défait mais les épaules qui retrouvent leur place progressive. Il regarde le feu sans parler. Il a l'air d'un homme qui a reçu quelque chose d'inattendu et qui ne sait pas encore dans quelle case le ranger.
René soupire, un long soupir de vieillard repu, et ferme les yeux.
Marco s'accroupit en face de Lucie.
Il la regarde, attend qu'elle lève les yeux vers lui.
"Tu vas bien ?"
La question est directe. Sans détour. La même netteté que tout ce qu'il a dit ce soir.
Lucie réfléchit honnêtement avant de répondre.
"Oui."
Une pause.
"Jeudi prochain ?" dit-elle.
Marco ne sourit pas. Mais quelque chose dans son visage se modifie, un relâchement imperceptible autour des yeux.
"Jeudi prochain."
***
A suivre…
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