Le voisin de palier (6)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le voisin de palier (6)
Chapitre 6
Un. Deux. Trois…
J’ai ouvert la porte coulissante d’un coup, sauté hors de l’armoire, mon t-shirt à la main, pieds nus, et j’ai couru comme un fou vers la sortie. Claire a éclaté de rire derrière moi, un rire franc, joyeux, presque complice. Je suis sorti en trombe dans le couloir, j’ai claqué ma porte chez moi, je me suis adossé contre elle, le cœur au bord des lèvres.
Et j’ai reçu un SMS, trente secondes plus tard. De Claire.
« T’es mignon quand t’as peur. On en reparlera. Tous les deux. Promis. »
Je suis resté là, à moitié nu, le corps encore tremblant de Gabriel et de terreur. Et j’ai compris que la vraie surprise… venait seulement de commencer.
Quinze jours. Je vis cloîtré. Gabriel a fini par ne plus frapper ; je l’entendais juste s’arrêter devant ma porte, rester là cinq minutes, puis repartir en traînant les pieds.
Le quinzième jour, 14h17. On sonne. Deux coups très doux.
J’ouvre. Claire est là, jean et gros pull beige, deux mugs de thé fumant dans les mains. Elle me sourit comme si de rien n’était, me tend un mug, entre et s’assoit en tailleur sur mon canapé.
Elle boit une gorgée, me regarde longuement, puis parle, calme et directe :
-Je ne suis plus amoureuse de Gabriel. Je l’ai été, follement, pendant des années. Mais depuis Louis, c’est devenu autre chose : une amitié immense, profonde, presque fraternelle. On est toujours une famille, mais plus un couple amoureux.
Elle pose le mug, hausse légèrement les épaules.
-Je croyais qu’il resterait hétéro toute sa vie, un peu rigide, fidèle par habitude. Et puis tu es arrivé. Et en deux mois tu as réussi l’impossible : tu l’as réveillé. Je l’ai vu revenir le soir les yeux qui brillent, la peau qui sent ton parfum, le cœur à cent à l’heure. Je l’ai vu heureux comme il ne l’avait plus été depuis longtemps.
Elle sourit, un vrai sourire, lumineux, sans jalousie.
-Et ça me rend heureuse. Vraiment. Je préfère le voir amoureux de toi que de continuer à jouer la comédie alors que la flamme s’est éteinte entre nous.
Elle se penche un peu vers moi, la voix plus basse, plus sérieuse.
-Mais il est perdu, Nathan. Il se hait, il a honte, il pense qu’il détruit tout. Il ne sait pas encore qui il est vraiment. Il a besoin de temps… et surtout de quelqu’un qui ne le lâche pas quand il aura peur de tomber.
Elle serre doucement ma main.
-Je ne vais rien lui dire pour l’instant. Je vais juste lui laisser respirer, lui dire que j’ai besoin d’espace, qu’on reste parents avant tout. Et toi… j’ai besoin que tu sois là pour lui. Pas pour le voler. Pour le tenir debout. Pour l’aider à comprendre qu’aimer un homme, ce n’est pas une faute. C’est juste lui, enfin.
Elle se lève, pose son mug vide dans l’évier, revient vers moi.
-Quand il reviendra frapper à ta porte et je sais qu’il reviendra, ouvre-lui. Prends-le dans tes bras. Laisse-le parler, pleurer, trembler, ce qu’il voudra. Sois juste là. C’est tout ce que je te demande.
Elle arrive à la porte, se retourne une dernière fois.
-Ne le laisse pas sombrer, Nathan. Il t’aime déjà plus qu’il ne s’est jamais aimé lui-même. Et moi… je vous aime assez tous les deux pour accepter que vous soyez ensemble.
Elle sort. La porte se referme doucement.
Je reste seul avec mon thé qui refroidit et la certitude, brûlante, que ce soir, quand il frappera, j’ouvrirai.
Et je le laisserai entrer. Pour de bon.
Je regarde l’heure : 14h47. J’avais un call client à 15h30, une visio à 17h, un dossier à rendre demain matin. Je prends mon téléphone, j’annule tout. « Urgence familiale », je tape. Je coupe les notifs, je pose le portable face contre table.
Et puis je me mets en mouvement, comme si mon corps savait avant ma tête ce qui allait se passer ce soir.
Je commence par l’appartement. J’ouvre les fenêtres en grand, je fais entrer l’air froid de novembre. Je range, je frotte, j’aspire, je lave. Les draps passent à la machine, je change même la housse de couette pour la blanche, celle qui sent la lavande et que je garde pour les grandes occasions. Je vide le frigo, je jette tout ce qui traîne depuis quinze jours. Je passe la serpillière deux fois, jusqu’à ce que le parquet brille.
16h30. Je sors. Je descends la rue à pied, je vais jusqu’à la petite boutique de la place des Vosges, celle qui sent la cire et les épices. Je choisis six bougies épaisses : deux à la figue, deux au bois de santal, deux à la vanille bourbon. Je prends aussi un diffuseur d’huile essentielle de cèdre, parce que je sais qu’il adore cette odeur. Je paye, je rentre, les sacs contre moi comme si je portais quelque chose de précieux.
De retour chez moi, je dispose les bougies : deux sur la table basse, deux sur la commode de l’entrée, deux sur la table de nuit. Je teste l’allumage : lumière douce, dorée, parfaite. Je baisse les stores pour que la pièce soit dans une pénombre chaude quand il entrera. Je mets une playlist très basse : du Bon Iver, du James Blake, des chansons qui ne disent rien mais qui disent tout.
18h40. Je prends une douche longue, brûlante. Je me rase soigneusement. Je mets le parfum qu’il aime, celui qu’il m’a dit une fois « ça me rend fou » en enfouissant son visage dans mon cou. Je choisis le jean gris qu’il aime toucher, le pull noir un peu trop doux. Pas de sous-vêtements. Je veux qu’il n’y ait aucun obstacle ce soir.
19h12. Je n’allume pas encore les bougies. Je m’assois sur le canapé, les mains sur les genoux, et j’attends. Je n’ai rien à lui dire que Claire ne lui dira pas elle-même, quand elle sera prête. Mon rôle n’est pas de parler. Mon rôle est d’être là. D’ouvrir la porte. De le laisser entrer. De le laisser respirer enfin.
Je regarde la flamme du briquet que je tiens entre mes doigts. Je sais qu’il va frapper. Je sais que ce soir, tout va changer. Et je veux que ce soit beau. Que ce soit doux. Que ce soit à nous.
Je souffle lentement, je pose le briquet sur la table. Et j’attends. Le cœur battant, mais calme. Prêt. Enfin prêt.
23h03.
Deux petits coups, presque timides, comme s’il avait peur de déranger le silence.
Je me lève, le cœur qui cogne si fort que j’ai l’impression qu’on l’entend dans tout l’immeuble. J’ouvre.
Gabriel est là, dans l’ombre du palier, les épaules rentrées, les mains dans les poches de son sweat. Quand il lève les yeux et qu’il voit que c’est vraiment moi, que la porte est vraiment ouverte, son visage s’illumine d’un seul coup : un sourire immense, enfantin, incrédule, les yeux brillants de larmes qu’il retient à peine.
-Je… je peux entrer ? murmure-t-il, la voix rauque.
Je ne réponds pas avec des mots. J’ouvre la porte en grand, je recule d’un pas. Il entre, referme doucement derrière lui, comme s’il avait peur de faire du bruit. Il regarde autour de lui. Les bougies allumées partout, la lumière dorée et tremblante, la musique toute basse. Il reste figé une seconde, puis tourne lentement la tête vers moi.
Je le devance avant qu’il pose la question :
-C’est pour toi. Tout ça… c’est pour toi. Je suis désolé de t’avoir laissé dehors quinze jours. J’avais peur. Mais je n’ai plus peur.
Il fait un pas vers moi, hésite, les bras à moitié levés, comme s’il n’osait pas y croire. Je fais le dernier pas. Il m’attrape enfin, m’enlace si fort que j’en perds le souffle, enfouit son visage dans mon cou. Je sens ses larmes chaudes sur ma peau, ses épaules qui tremblent.
-J’ai cru que je t’avais perdu… souffle-t-il, la voix brisée.
Je le serre plus fort, je caresse ses cheveux, je murmure contre son oreille :
-Tu ne me perdras jamais. Je suis là. Je suis là pour de bon.
Il relève la tête, me regarde, les yeux rougis, le souffle court. Il ouvre la bouche, veut parler, mais je pose un doigt sur ses lèvres.
-Pas besoin de mots ce soir. Viens.
Je le prends par la main, je l’emmène jusqu’au canapé. Je le fais asseoir, je m’agenouille entre ses jambes, je pose ma tête contre son ventre. Il passe ses doigts dans mes cheveux, tremblant encore. On reste comme ça un long moment, juste à respirer ensemble.
Puis il murmure, tout bas :
Claire dort… je lui ai dit que j’allais prendre l’air… je savais pas si tu…
Je relève la tête, je lui souris doucement.
-Tu n’as plus besoin de te cacher. Pas avec moi. Jamais.
Il ferme les yeux, une larme coule sur sa joue. Je l’essuie avec mon pouce, je me redresse, je m’assois à califourchon sur lui. Je prends son visage entre mes mains, je l’embrasse. Lentement. Longuement. Comme on se retrouve après des années. Il gémit doucement contre ma bouche, ses mains glissent sous mon pull, retrouvent ma peau comme s’il avait peur que je disparaisse.
Je me lève, je le tire doucement par la main vers la chambre. Les bougies y brûlent aussi, la lumière est encore plus douce. Je le déshabille lentement, morceau par morceau, en embrassant chaque parcelle de peau que je découvre. Il tremble, il rit, il pleure un peu, tout en même temps.
Quand il est nu devant moi, je le pousse doucement sur le lit, je m’allonge sur lui, peau contre peau.
-Ce soir, on ne parle pas du reste, je murmure contre son cou. -Ce soir, il n’y a que toi et moi. Et demain… on verra. Mais ce soir, tu es à moi.
Il hoche la tête, m’attire contre lui, m’embrasse comme un noyé.
Et pendant des heures, dans la lumière tremblante des bougies, on se retrouve.
Ils restent longtemps allongés l’un contre l’autre, à s’embrasser comme s’ils avaient tout le temps du monde. Les bougies brûlent doucement, la lumière danse sur leurs visages, sur leurs mains qui se cherchent, se retrouvent, se reconnaissent.
Gabriel finit par glisser derrière moi, m’attire contre son torse, mon dos contre lui. Il m’enlace, un bras sous ma nuque, l’autre passé autour de ma taille. Ses lèvres effleurent ma nuque, mon épaule, le creux derrière mon oreille. Je sens son sexe dur, chaud, posé contre la raie de mes fesses, mais il ne presse pas, il ne force rien. Il respire simplement contre ma peau, comme s’il voulait mémoriser mon odeur.
-J’ai rêvé de ça tous les soirs, murmure-t-il, la voix basse, presque cassée. -De te tenir comme ça… sans fuir après.
Je tourne légèrement la tête, je trouve sa bouche, je l’embrasse doucement.
-On n’a plus besoin de fuir.
Il me serre un peu plus fort, dépose une ligne de baisers lents le long de mon épaule, puis descend le long de mon dos. Je frissonne. Il me fait pivoter doucement, jusqu’à ce que je sois sur le dos, lui au-dessus de moi, soutenu sur ses avant-bras. Nos regards se croisent, ne se lâchent plus.
Il entre en moi très lentement, sans jamais détourner les yeux. Un centimètre après l’autre, comme s’il voulait que je sente chaque seconde. Je pousse un soupir long, presque un sanglot de soulagement quand il est enfin tout au fond. Il reste immobile un moment, juste à me regarder.
-Regarde-moi, souffle-t-il.
Je le regarde. Je vois ses yeux brillants, ses lèvres entrouvertes, la petite ride entre ses sourcils quand il se retient de bouger trop vite. Il commence à bouger, doucement, profondément, des mouvements longs et lents, presque des caresses. Chaque fois qu’il revient en moi, il m’embrasse : sur la bouche, sur le front, sur les paupières. Je passe mes mains dans ses cheveux, sur sa nuque, sur ses épaules, comme pour m’assurer qu’il est bien là.
On change de position sans se séparer. Je m’assois sur lui, à califourchon, mes mains posées sur son torse. Je bouge lentement, en cercle, en avant, en arrière. Il a les mains sur mes hanches, pas pour guider, juste pour sentir. On se regarde. Tout le temps.
-Je t’aime, dit-il soudain, la voix tremblante. Je t’aime tellement que ça me fait peur.
Je me penche, je l’embrasse, je murmure contre ses lèvres :
-Moi aussi. Et je n’ai plus peur.
Il me fait basculer doucement sur le côté, passe ma jambe sur sa hanche, reste en moi. On est face à face, presque nez contre nez. Il bouge à peine maintenant, juste de petits mouvements profonds, comme une vague. Nos fronts se touchent. On respire le même air.
Je sens le plaisir monter, lent, profond, presque douloureux de douceur. Je ferme les yeux une seconde. Il pose sa main sur ma joue.
-Regarde-moi quand tu jouis. Je veux voir.
Je rouvre les yeux. Il accélère juste un peu, toujours tendre, toujours profond. Je jouis en le regardant, en silence, juste un long frisson qui me traverse, les larmes qui montent. Il me suit quelques secondes après, enfouit son visage dans mon cou, pousse un soupir rauque contre ma peau, et reste là, tremblant, en moi.
On ne bouge plus. Il reste en moi, mou, encore à moitié dur. Je le serre contre moi, je caresse son dos, ses cheveux trempés de sueur.
-Reste dormir, je murmure.
Il serre ma main, dépose un baiser sur mon épaule, et répond tout bas :
-Je peux pas… pas encore. Vis-à-vis de Claire… je peux pas lui faire ça. Pas comme ça, pas cette nuit.
Je sens mon cœur se serrer, pas de colère, juste une pointe de douleur douce. Je hoche la tête contre son front. Je ne peux rien dire. Claire m’a demandé de ne rien révéler, pas avant qu’elle soit prête. Alors je me tais. Il se redresse un peu, pose sa paume sur ma joue, me regarde longuement dans la lumière mourante des dernières bougies.
-Mais je reviendrai demain soir. Et tous les soirs d’après. Je te le promets. Je vais tout arranger. Je te jure que je vais tout arranger.
Je caresse ses lèvres du bout des doigts, je murmure simplement :
-Je t’attendrai. Aussi longtemps qu’il faudra.
Il m’embrasse une dernière fois, lentement, tendrement, comme on scelle un pacte. Puis il se lève, se rhabille en silence, chaque geste lent, presque douloureux. Avant de sortir, il se retourne une dernière fois, debout dans l’encadrement de la porte de la chambre.
-Je t’aime, dit-il, la voix ferme, sans hésitation. -Et je vais trouver le moyen qu’on n’ait plus jamais à se cacher.
Je lui souris, les larmes au bord des yeux.
-Je sais. Va dormir, mon cœur. Je serai là demain.
Il referme la porte derrière lui sans bruit. Je reste allongé dans les draps encore chauds de nous, l’odeur de sa peau partout, le cœur battant d’un espoir tout neuf.
Je sais que le chemin sera long. Mais pour la première fois, je sais aussi qu’on va le faire ensemble.
Fin du chapitre 6.
Un. Deux. Trois…
J’ai ouvert la porte coulissante d’un coup, sauté hors de l’armoire, mon t-shirt à la main, pieds nus, et j’ai couru comme un fou vers la sortie. Claire a éclaté de rire derrière moi, un rire franc, joyeux, presque complice. Je suis sorti en trombe dans le couloir, j’ai claqué ma porte chez moi, je me suis adossé contre elle, le cœur au bord des lèvres.
Et j’ai reçu un SMS, trente secondes plus tard. De Claire.
« T’es mignon quand t’as peur. On en reparlera. Tous les deux. Promis. »
Je suis resté là, à moitié nu, le corps encore tremblant de Gabriel et de terreur. Et j’ai compris que la vraie surprise… venait seulement de commencer.
Quinze jours. Je vis cloîtré. Gabriel a fini par ne plus frapper ; je l’entendais juste s’arrêter devant ma porte, rester là cinq minutes, puis repartir en traînant les pieds.
Le quinzième jour, 14h17. On sonne. Deux coups très doux.
J’ouvre. Claire est là, jean et gros pull beige, deux mugs de thé fumant dans les mains. Elle me sourit comme si de rien n’était, me tend un mug, entre et s’assoit en tailleur sur mon canapé.
Elle boit une gorgée, me regarde longuement, puis parle, calme et directe :
-Je ne suis plus amoureuse de Gabriel. Je l’ai été, follement, pendant des années. Mais depuis Louis, c’est devenu autre chose : une amitié immense, profonde, presque fraternelle. On est toujours une famille, mais plus un couple amoureux.
Elle pose le mug, hausse légèrement les épaules.
-Je croyais qu’il resterait hétéro toute sa vie, un peu rigide, fidèle par habitude. Et puis tu es arrivé. Et en deux mois tu as réussi l’impossible : tu l’as réveillé. Je l’ai vu revenir le soir les yeux qui brillent, la peau qui sent ton parfum, le cœur à cent à l’heure. Je l’ai vu heureux comme il ne l’avait plus été depuis longtemps.
Elle sourit, un vrai sourire, lumineux, sans jalousie.
-Et ça me rend heureuse. Vraiment. Je préfère le voir amoureux de toi que de continuer à jouer la comédie alors que la flamme s’est éteinte entre nous.
Elle se penche un peu vers moi, la voix plus basse, plus sérieuse.
-Mais il est perdu, Nathan. Il se hait, il a honte, il pense qu’il détruit tout. Il ne sait pas encore qui il est vraiment. Il a besoin de temps… et surtout de quelqu’un qui ne le lâche pas quand il aura peur de tomber.
Elle serre doucement ma main.
-Je ne vais rien lui dire pour l’instant. Je vais juste lui laisser respirer, lui dire que j’ai besoin d’espace, qu’on reste parents avant tout. Et toi… j’ai besoin que tu sois là pour lui. Pas pour le voler. Pour le tenir debout. Pour l’aider à comprendre qu’aimer un homme, ce n’est pas une faute. C’est juste lui, enfin.
Elle se lève, pose son mug vide dans l’évier, revient vers moi.
-Quand il reviendra frapper à ta porte et je sais qu’il reviendra, ouvre-lui. Prends-le dans tes bras. Laisse-le parler, pleurer, trembler, ce qu’il voudra. Sois juste là. C’est tout ce que je te demande.
Elle arrive à la porte, se retourne une dernière fois.
-Ne le laisse pas sombrer, Nathan. Il t’aime déjà plus qu’il ne s’est jamais aimé lui-même. Et moi… je vous aime assez tous les deux pour accepter que vous soyez ensemble.
Elle sort. La porte se referme doucement.
Je reste seul avec mon thé qui refroidit et la certitude, brûlante, que ce soir, quand il frappera, j’ouvrirai.
Et je le laisserai entrer. Pour de bon.
Je regarde l’heure : 14h47. J’avais un call client à 15h30, une visio à 17h, un dossier à rendre demain matin. Je prends mon téléphone, j’annule tout. « Urgence familiale », je tape. Je coupe les notifs, je pose le portable face contre table.
Et puis je me mets en mouvement, comme si mon corps savait avant ma tête ce qui allait se passer ce soir.
Je commence par l’appartement. J’ouvre les fenêtres en grand, je fais entrer l’air froid de novembre. Je range, je frotte, j’aspire, je lave. Les draps passent à la machine, je change même la housse de couette pour la blanche, celle qui sent la lavande et que je garde pour les grandes occasions. Je vide le frigo, je jette tout ce qui traîne depuis quinze jours. Je passe la serpillière deux fois, jusqu’à ce que le parquet brille.
16h30. Je sors. Je descends la rue à pied, je vais jusqu’à la petite boutique de la place des Vosges, celle qui sent la cire et les épices. Je choisis six bougies épaisses : deux à la figue, deux au bois de santal, deux à la vanille bourbon. Je prends aussi un diffuseur d’huile essentielle de cèdre, parce que je sais qu’il adore cette odeur. Je paye, je rentre, les sacs contre moi comme si je portais quelque chose de précieux.
De retour chez moi, je dispose les bougies : deux sur la table basse, deux sur la commode de l’entrée, deux sur la table de nuit. Je teste l’allumage : lumière douce, dorée, parfaite. Je baisse les stores pour que la pièce soit dans une pénombre chaude quand il entrera. Je mets une playlist très basse : du Bon Iver, du James Blake, des chansons qui ne disent rien mais qui disent tout.
18h40. Je prends une douche longue, brûlante. Je me rase soigneusement. Je mets le parfum qu’il aime, celui qu’il m’a dit une fois « ça me rend fou » en enfouissant son visage dans mon cou. Je choisis le jean gris qu’il aime toucher, le pull noir un peu trop doux. Pas de sous-vêtements. Je veux qu’il n’y ait aucun obstacle ce soir.
19h12. Je n’allume pas encore les bougies. Je m’assois sur le canapé, les mains sur les genoux, et j’attends. Je n’ai rien à lui dire que Claire ne lui dira pas elle-même, quand elle sera prête. Mon rôle n’est pas de parler. Mon rôle est d’être là. D’ouvrir la porte. De le laisser entrer. De le laisser respirer enfin.
Je regarde la flamme du briquet que je tiens entre mes doigts. Je sais qu’il va frapper. Je sais que ce soir, tout va changer. Et je veux que ce soit beau. Que ce soit doux. Que ce soit à nous.
Je souffle lentement, je pose le briquet sur la table. Et j’attends. Le cœur battant, mais calme. Prêt. Enfin prêt.
23h03.
Deux petits coups, presque timides, comme s’il avait peur de déranger le silence.
Je me lève, le cœur qui cogne si fort que j’ai l’impression qu’on l’entend dans tout l’immeuble. J’ouvre.
Gabriel est là, dans l’ombre du palier, les épaules rentrées, les mains dans les poches de son sweat. Quand il lève les yeux et qu’il voit que c’est vraiment moi, que la porte est vraiment ouverte, son visage s’illumine d’un seul coup : un sourire immense, enfantin, incrédule, les yeux brillants de larmes qu’il retient à peine.
-Je… je peux entrer ? murmure-t-il, la voix rauque.
Je ne réponds pas avec des mots. J’ouvre la porte en grand, je recule d’un pas. Il entre, referme doucement derrière lui, comme s’il avait peur de faire du bruit. Il regarde autour de lui. Les bougies allumées partout, la lumière dorée et tremblante, la musique toute basse. Il reste figé une seconde, puis tourne lentement la tête vers moi.
Je le devance avant qu’il pose la question :
-C’est pour toi. Tout ça… c’est pour toi. Je suis désolé de t’avoir laissé dehors quinze jours. J’avais peur. Mais je n’ai plus peur.
Il fait un pas vers moi, hésite, les bras à moitié levés, comme s’il n’osait pas y croire. Je fais le dernier pas. Il m’attrape enfin, m’enlace si fort que j’en perds le souffle, enfouit son visage dans mon cou. Je sens ses larmes chaudes sur ma peau, ses épaules qui tremblent.
-J’ai cru que je t’avais perdu… souffle-t-il, la voix brisée.
Je le serre plus fort, je caresse ses cheveux, je murmure contre son oreille :
-Tu ne me perdras jamais. Je suis là. Je suis là pour de bon.
Il relève la tête, me regarde, les yeux rougis, le souffle court. Il ouvre la bouche, veut parler, mais je pose un doigt sur ses lèvres.
-Pas besoin de mots ce soir. Viens.
Je le prends par la main, je l’emmène jusqu’au canapé. Je le fais asseoir, je m’agenouille entre ses jambes, je pose ma tête contre son ventre. Il passe ses doigts dans mes cheveux, tremblant encore. On reste comme ça un long moment, juste à respirer ensemble.
Puis il murmure, tout bas :
Claire dort… je lui ai dit que j’allais prendre l’air… je savais pas si tu…
Je relève la tête, je lui souris doucement.
-Tu n’as plus besoin de te cacher. Pas avec moi. Jamais.
Il ferme les yeux, une larme coule sur sa joue. Je l’essuie avec mon pouce, je me redresse, je m’assois à califourchon sur lui. Je prends son visage entre mes mains, je l’embrasse. Lentement. Longuement. Comme on se retrouve après des années. Il gémit doucement contre ma bouche, ses mains glissent sous mon pull, retrouvent ma peau comme s’il avait peur que je disparaisse.
Je me lève, je le tire doucement par la main vers la chambre. Les bougies y brûlent aussi, la lumière est encore plus douce. Je le déshabille lentement, morceau par morceau, en embrassant chaque parcelle de peau que je découvre. Il tremble, il rit, il pleure un peu, tout en même temps.
Quand il est nu devant moi, je le pousse doucement sur le lit, je m’allonge sur lui, peau contre peau.
-Ce soir, on ne parle pas du reste, je murmure contre son cou. -Ce soir, il n’y a que toi et moi. Et demain… on verra. Mais ce soir, tu es à moi.
Il hoche la tête, m’attire contre lui, m’embrasse comme un noyé.
Et pendant des heures, dans la lumière tremblante des bougies, on se retrouve.
Ils restent longtemps allongés l’un contre l’autre, à s’embrasser comme s’ils avaient tout le temps du monde. Les bougies brûlent doucement, la lumière danse sur leurs visages, sur leurs mains qui se cherchent, se retrouvent, se reconnaissent.
Gabriel finit par glisser derrière moi, m’attire contre son torse, mon dos contre lui. Il m’enlace, un bras sous ma nuque, l’autre passé autour de ma taille. Ses lèvres effleurent ma nuque, mon épaule, le creux derrière mon oreille. Je sens son sexe dur, chaud, posé contre la raie de mes fesses, mais il ne presse pas, il ne force rien. Il respire simplement contre ma peau, comme s’il voulait mémoriser mon odeur.
-J’ai rêvé de ça tous les soirs, murmure-t-il, la voix basse, presque cassée. -De te tenir comme ça… sans fuir après.
Je tourne légèrement la tête, je trouve sa bouche, je l’embrasse doucement.
-On n’a plus besoin de fuir.
Il me serre un peu plus fort, dépose une ligne de baisers lents le long de mon épaule, puis descend le long de mon dos. Je frissonne. Il me fait pivoter doucement, jusqu’à ce que je sois sur le dos, lui au-dessus de moi, soutenu sur ses avant-bras. Nos regards se croisent, ne se lâchent plus.
Il entre en moi très lentement, sans jamais détourner les yeux. Un centimètre après l’autre, comme s’il voulait que je sente chaque seconde. Je pousse un soupir long, presque un sanglot de soulagement quand il est enfin tout au fond. Il reste immobile un moment, juste à me regarder.
-Regarde-moi, souffle-t-il.
Je le regarde. Je vois ses yeux brillants, ses lèvres entrouvertes, la petite ride entre ses sourcils quand il se retient de bouger trop vite. Il commence à bouger, doucement, profondément, des mouvements longs et lents, presque des caresses. Chaque fois qu’il revient en moi, il m’embrasse : sur la bouche, sur le front, sur les paupières. Je passe mes mains dans ses cheveux, sur sa nuque, sur ses épaules, comme pour m’assurer qu’il est bien là.
On change de position sans se séparer. Je m’assois sur lui, à califourchon, mes mains posées sur son torse. Je bouge lentement, en cercle, en avant, en arrière. Il a les mains sur mes hanches, pas pour guider, juste pour sentir. On se regarde. Tout le temps.
-Je t’aime, dit-il soudain, la voix tremblante. Je t’aime tellement que ça me fait peur.
Je me penche, je l’embrasse, je murmure contre ses lèvres :
-Moi aussi. Et je n’ai plus peur.
Il me fait basculer doucement sur le côté, passe ma jambe sur sa hanche, reste en moi. On est face à face, presque nez contre nez. Il bouge à peine maintenant, juste de petits mouvements profonds, comme une vague. Nos fronts se touchent. On respire le même air.
Je sens le plaisir monter, lent, profond, presque douloureux de douceur. Je ferme les yeux une seconde. Il pose sa main sur ma joue.
-Regarde-moi quand tu jouis. Je veux voir.
Je rouvre les yeux. Il accélère juste un peu, toujours tendre, toujours profond. Je jouis en le regardant, en silence, juste un long frisson qui me traverse, les larmes qui montent. Il me suit quelques secondes après, enfouit son visage dans mon cou, pousse un soupir rauque contre ma peau, et reste là, tremblant, en moi.
On ne bouge plus. Il reste en moi, mou, encore à moitié dur. Je le serre contre moi, je caresse son dos, ses cheveux trempés de sueur.
-Reste dormir, je murmure.
Il serre ma main, dépose un baiser sur mon épaule, et répond tout bas :
-Je peux pas… pas encore. Vis-à-vis de Claire… je peux pas lui faire ça. Pas comme ça, pas cette nuit.
Je sens mon cœur se serrer, pas de colère, juste une pointe de douleur douce. Je hoche la tête contre son front. Je ne peux rien dire. Claire m’a demandé de ne rien révéler, pas avant qu’elle soit prête. Alors je me tais. Il se redresse un peu, pose sa paume sur ma joue, me regarde longuement dans la lumière mourante des dernières bougies.
-Mais je reviendrai demain soir. Et tous les soirs d’après. Je te le promets. Je vais tout arranger. Je te jure que je vais tout arranger.
Je caresse ses lèvres du bout des doigts, je murmure simplement :
-Je t’attendrai. Aussi longtemps qu’il faudra.
Il m’embrasse une dernière fois, lentement, tendrement, comme on scelle un pacte. Puis il se lève, se rhabille en silence, chaque geste lent, presque douloureux. Avant de sortir, il se retourne une dernière fois, debout dans l’encadrement de la porte de la chambre.
-Je t’aime, dit-il, la voix ferme, sans hésitation. -Et je vais trouver le moyen qu’on n’ait plus jamais à se cacher.
Je lui souris, les larmes au bord des yeux.
-Je sais. Va dormir, mon cœur. Je serai là demain.
Il referme la porte derrière lui sans bruit. Je reste allongé dans les draps encore chauds de nous, l’odeur de sa peau partout, le cœur battant d’un espoir tout neuf.
Je sais que le chemin sera long. Mais pour la première fois, je sais aussi qu’on va le faire ensemble.
Fin du chapitre 6.
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Les avis des lecteurs
Une très belle histoire, très très bien écrite, de deux hommes s’aimant passionnément. Un vrai plaisir de lire une telle romance, un immense merci à l’auteur.
