Petites culottes
Récit érotique écrit par Soumicaviar [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Petites culottes
L'écran de son téléphone projette une lueur blafarde dans le studio plongé dans la pénombre. Cest son jour de repos, Il est neuf heures du matin, un mardi de novembre, et Thomas n'a pas encore ouvert les volets. Le café fume dans une tasse ébréchée posée sur le bureau, à côté d'un chargeur enroulé sur lui-même et d'un cendrier plein. Il est en boxer gris, torse nu, les pieds nus sur le carrelage froid, et il scrolle.
Le réseau qu'il utilise n'a pas de nom officiel. Les habitués l'appellent « le Bon Coin du darkweb » — un forum sans fioritures, sans design soigné, sans logos. Des listes de texte, des pseudos, des prix en crypto ou en liquide. Des transactions entre gens qui ne se verront jamais, ou presque. Thomas connaît les sections par cœur : vêtements, accessoires, objets intimes. Il scrolle lentement, du pouce, avec la régularité d'un geste machinal. Son regard glisse sur les titres — la plupart identiques, variations sur un même thème, des vendeuses qui promettent douze heures de port, vingt-quatre heures, parfois deux jours. Rien qui le fasse ralentir.
Puis il s'arrête.
Le post est sobre, presque clinique. Pas de majuscules criardes, pas d'émojis, pas de photos aguicheuses en vignette. Juste un titre en gras, sur une ligne :
**« Vends petite culotte portée minimum 3 jours avec pets réguliers et mouille fraîche. »**
Thomas relit. Ses doigts restent immobiles sur l'écran. En dessous, le corps de l'annonce tient en trois lignes : portée du samedi au mardi matin, jamais retirée la nuit, contact privilégié pour détail. Prix : 250 euros. Paiement en liquide, remise en main propre, secteur Lyonnais.
Il clique. Son pouce appuie sur le bouton de contact avant même que son cerveau ait fini d'argumenter. Le curseur clignote dans la zone de message. Il écrit vite, sans se relire :
*« Bonjour. Je suis intéressé par votre annonce. Je peux venir chercher aujourd'hui ou demain, selon ce qui vous arrange. Paiement en liquide, 250 € comme demandé. Merci de me répondre. »*
Il appuie sur envoyer. Le message disparaît dans le monde sombre, et il pose le téléphone sur le bureau, écran vers le bas.
Thomas se lève. Il tire les volets, et la lumière grise de novembre entre d'un coup, plate et froide. Il récupère sa tasse, boit une gorgée de café tiède, et reste debout au milieu du studio, les yeux fixés sur le téléphone retourné. Il respire.
Il sait pourquoi il a répondu si vite. Ce n'est pas le prix — 250 euros, c'est cher. C'est même très cher pour un morceau de tissu. Mais il sait aussi que ce qu'il cherche ne se mesure pas au gramme. Ce qu'il cherche, c'est l'odeur. L'odeur vraie, dense, accumulée, celle qui se dépose dans le coton quand un corps le porte longtemps sans se soucier de le garder propre. Le genre d'odeur qu'on ne trouve pas dans les annonces standards, celles qui promettent des culottes « parfumées » avec un emoji fleur. Ce qu'il veut, c'est le contraire. Le cuir, le sel, l'acidité, la trace vivante. Les pets réguliers — ce détail l'a arrêté net. Il n'y a pas beaucoup de femmes qui l'écrivent noir sur blanc. La mouille fraîche, c'est la cerise, l'indice que la porteuse n'est pas une professionnelle du fetish qui fabrique du faux à la chaîne, mais une femme réelle qui s'est mouillée, qui a porté ce tissu contre sa chatte et son cul pendant trois jours complets.
Thomas a les mains moites. Il essuie sa paume droite sur son boxer, reprend le téléphone, vérifie l'écran. Pas de réponse. Il le repose.
Il s'assoit, rouvre un onglet, tente de se concentrer sur autre chose. Une vidéo, un article. Rien n'accroche. Son cerveau revient à l'annonce, aux mots. *Pets réguliers.* *Mouille fraîche.* *Trois jours.* Son cœur bat un peu plus vite. Il sent la chaleur monter dans son bas-ventre, ce picotement familier qui précède l'érection, et il ajuste son boxer sans y penser.
Une heure passe. Thomas a vidé sa tasse, rincé le café, ouvert la fenêtre pour faire circuler l'air. Il s'est assis puis relevé trois fois. Il a vérifié son téléphone sept fois. À la huitième, une notification apparaît.
Le message est court. Tonalité pratique, sans détours :
*« Ok. 250 € en liquide. Je peux aujourd'hui, vers 14h. Il y a un parking à l'entrée du parc de Parilly. Tu me reconnaîtras, je serai dans une Clio grise. Viens seul. »*
Une adresse, une heure, une voiture. Thomas relit le message deux fois. Son pouce tape la réponse :
*« Parfait. 14h, parking Parilly. Seul. À tout à l'heure. »*
Il pose le téléphone, cette fois écran vers le haut, et il se dirige vers la salle de bain. Il ouvre l'eau, chaude, et reste sous le jet le temps de se frotter vite, de se passer du savon sur le torse, les aisselles, le sexe. Il se séche, enfile un jean sombre, un sweat noir, des baskets. Il récupère son portefeuille dans l'entrée, compte les billets — deux cent cinquante euros, en coupures de dix et de cinquante, pliés en deux. Il les glisse dans la poche avant de son jean, assez profondément pour qu'ils ne dépassent pas.
Le trajet jusqu'à Parilly prend quinze minutes en voiture. Thomas conduit sans musique, les deux mains sur le volant, les yeux sur la route. Le ciel est bas, uniforme, et la lumière de novembre donne aux immeubles une teinte de ciment mouillé. Il prend le périphérique, sort à Bron, et suit les panneaux jusqu'au parc. Le parking d'entrée est à moitié vide — un mardi, en après-midi, c'est normal. Il se gare, coupe le moteur, et regarde l'heure sur le tableau de bord : 13h52.
Il attend.
À 13h56, une Clio grise se gare trois places plus loin, côté passager. Le moteur s'arrête. Thomas observe. La portière conducteur s'ouvre, et une jambe apparaît, fine, la peau claire. Puis l'autre. Une jeune femme se redresse et sort de la voiture.
Elle est blonde. Pas un blond cendré, un blond vrai, presque doré, attaché en un chignon lâche qui laisse des mèches pendre le long de son cou. Elle est petite, un mètre soixante-cinq, peut-être moins et plutôt bien faite. Ses hanches sont larges par rapport à sa taille, et ses cuisses, nues sous un short en jean très court, sont pleines, fermes. Le short est taille haute, boutonné, et laisse apparaître le bas de ses fesses. En haut, elle porte un crop top blanc, simple, qui s'arrête au-dessus de son nombril et qui moule une poitrine moyenne mais dont les pointes marquent à travers le tissu, pas de soutien-gorge. Elle a des tatouages, un mandala fin sur le côté gauche de ses côtes, visible sous le bord du crop top, et une ligne d'écriture cursive sur l'avant-bras droit, qu'il ne peut pas lire à cette distance. Elle porte des Converse noires, sans chaussettes.
Thomas sort de sa voiture. Il ferme la portière et marche vers elle, les mains dans les poches. Elle le voit arriver, ne bouge pas, le toise. Ses yeux sont bleus, ou gris, impossible à dire avec cette lumière. Elle a un piercing à la narine droite, un anneau fin en or, et un autre à l'oreille gauche, un petit stud noir.
« Thomas ? » dit-elle.
« Oui. »
Elle hoche la tête, se penche dans la Clio par la portière passager restée ouverte, et ressort avec un petit sac en papier kraft, fermé par un adhésif. Elle le tient entre deux doigts, comme on tient une enveloppe.
« C'est là, » dit-elle. « Je l'ai retirée ce matin. Portée depuis samedi matin. Donc ça fait un peu plus que trois jours. »
Thomas tend la main. Elle ne lui donne pas tout de suite. Elle le regarde, un instant, comme pour le jauger. Puis elle lâche le sac.
« 250. »
Thomas sort les billets de sa poche, les compte devant elle. Elle les prend, les plie, les glisse dans la poche arrière de son short. Son geste est naturel, rapide, sans hésitation. Ce n'est pas sa première transaction.
Thomas ouvre le sac. À l'intérieur, un zip-lock transparent. Et dans le zip-lock, une culotte. Noire. Un shorty en coton, pas grand-chose de spécial en apparence. Mais à travers le plastique, il voit les traces. Une croûte blanchâtre au niveau du gusset, épaisse, sèche, irrégulière. Et plus en arrière, vers la bande du dos, une tache jaunâtre, diffuse, qui s'étend sur plusieurs centimètres. Il sent l'odeur, même à travers le zip-lock, faible, mais présente. Âcre, salée, un peu sucrée, avec une pointe de fer. Son pouce caresse le plastique.
Elle le regarde faire. Elle ne dit rien. Elle appuie son dos contre la portière de la Clio et croise les bras sous sa poitrine, ce qui la soulève légèrement. Le mandala sur ses côtes se déforme avec sa respiration.
« C'est bien ? » demande-t-elle.
Thomas relève les yeux. « Ouais. C'est bien. »
Il glisse le sac dans la poche intérieure de son sweat et ferme la fermeture. Il reste debout devant elle, à un mètre et demi, les pieds légèrement écartés. Il hésite. Puis :
« Écoute. Est-ce que tu fais ça régulièrement ? Des ventes, je veux dire. »
Elle le fixe, un sourire minuscule au coin des lèvres. « Ça dépend. Pourquoi ? »
« Parce que je serais intéressé. Pas seulement une fois. Si tu as d'autres trucs à vendre — culottes, mais aussi autres choses, je suis preneur. »
Elle ne répond pas tout de suite. Elle sort un paquet de cigarettes de la Clio, en sort une, l'allume. La première bouffée est longue. Elle souffle la fumée sur le côté, loin de lui.
« J'ai eu deux ou trois autres mecs qui m'ont demandé, » dit-elle. « Mais la plupart sont des timides qui veulent que j'envoie par La Poste. Ils paient, je poste, fin de l'histoire. »
« Et tu préfères en main propre ? »
« Je préfère quand c'est simple. Et La Poste, c'est pas simple. »
Thomas hoche la tête. Il ne bouge pas. Elle tire sur sa cigarette, et il remarque que ses doigts sont fins, ses ongles courts, sans vernis. Le tatouage sur son avant-bras est une citation, en lettres noires, serrées : *« nothing heals me like you do »*. Il ne dit rien.
« Bon, » dit-elle. « Écoute. Je peux en refaire, oui. Mais pas dans la semaine — j'ai besoin de temps. Trois jours, c'est le minimum. Et je ne porte pas une culotte exprès pour toi si je ne sais pas si tu vas venir. »
« Je viendrai. »
Elle le regarde, longuement. Sa cigarette brûle entre ses doigts. « Tu veux que je la porte trois jours, comme celle-là ? »
« Oui. Pareil. Avec les mêmes… détails. »
Elle sourit, vraiment cette fois. Pas un sourire poli, un sourire qui montre ses dents, blanc, avec un léger décalage de la canine droite. « Tu aimes les trucs forts. »
Ce n'est pas une question. Thomas ne répond pas. Ses joues chauffent, et il détourne le regard vers le parking désert. Une femme promène un chien au loin, sur l'allée qui mène au parc.
« Écoute, » dit-elle. Elle jette son mégot par terre, l'écrase sous sa Converse. « Je peux te dire un truc. »
« Oui. »
« Au lieu que je la porte et qu'on se retrouve ici comme deux malades à faire l'échange dans un parking… Tu peux venir la chercher toi-même. Chez moi. Dans trois jours. Tu la retires toi-même, si tu vois ce que je veux dire. »
Thomas la regarde. Son pouls accélère, il le sent dans ses tempes. « Retirer moi-même. »
« Ouais. Tu viens, tu me la retires, tu repars avec. Comme ça t'es sûr que c'est frais, que c'est moi, que c'est pas un truc que j'ai mis dans un sac pendant deux semaines. »
Il avale sa salive. « Combien ? »
« Pareil. 250. »
Il hoche la tête, lentement. « Ok. Dans trois jours. C'est-à-dire vendredi ? »
« Vendredi. Je t'envoie l'adresse sur le forum. Tu viens, t'as ton liquide, je t'ouvre, tu me la retires, tu files. »
« Entendu. »
Elle ferme la portière. Le moteur démarre. Thomas reste debout sur le parking, les mains dans les poches, et la regarde reculer, tourner, et disparaître dans la rue qui longe le parc. La Converse noire a laissé une marque sur le mégot écrasé.
Il rentre chez lui. Le trajet dure quinze minutes, mais il a l'impression que ça fait une heure. Son esprit tourne. *Retirer moi-même.* Ses doigts qui accrochent la bande du shorty, qui la tirent le long de ses cuisses, qui la font glisser le long de ses chevilles. Le poids de ce tissu imbibé. L'odeur, pleine, cette fois, pas filtrée par un zip-lock.
Il se gare, monte chez lui, ferme la porte. Il sort le sachet de son sweat et le pose sur le bureau. Il s'assoit. Il regarde le zip-lock. À travers le plastique, le shorty noir est plié en deux, les traces vers l'extérieur. La tache blanche au centre est épaisse, presque craquelée par endroits, et la zone arrière, plus jaune, a un contour net, comme si l'humidité avait séché en cercles concentriques.
Thomas ouvre le zip-lock.
L'odeur le frappe. Dense, chaude, animale. D'abord le sel — le sel de la peau, de la sueur accumulée, le sel de la mouille qui a séché puis qui a recommencé. Puis l'acidité, plus basse, plus sourde, celle qui vient du sexe, des grandes lèvres, de l'entrejamme comprimé trois jours dans du coton. Et enfin, en arrière-plan, l'odeur de l'anus, celle qu'il cherche, celle qui le fait bander, celle qui est différente de tout le reste, âcre, profonde, intime, impossible à confondre. Les pets ont laissé leur marque : le tissu, à l'arrière, sent le soufre doux, le ferment, la fermentation digestive.
Thomas porte le shorty à son visage. Il le plaque contre son nez, ses lèvres, et il inspire. Lentement. Profondément. L'odeur remplit ses sinus, descend dans sa gorge, se diffuse dans ses poumons. Son sang afflue vers son bas-ventre, et il bande d'un coup, dur, tendu, son sexe qui se redresse contre sa cuisse et qui palpite. Il inspire encore, les yeux fermés, et il imagine — la jeune femme blonde, le short en jean, le crop top blanc, le mandala sur ses côtes, ses cuisses pleines, son sexe enfoncé dans ce coton noir, ses pets qui s'échappent quand elle marche, quand elle s'assoit, quand elle dort.
Il renifle le gusset, là où la tache est la plus épaisse. L'odeur de chatte est énorme, concentrée, dense, comme si tout le cyprine des trois jours avait imprégné les fibres. Il passe son nez sur le tissu, lentement, pour capter chaque nuance. Puis il retourne le shorty et met son nez dans la bande arrière. L'odeur de trou du cul est là, puissante, mêlée à la sueur des fesses, et il inspire si fort que ses narines frémissent.
Thomas baisse son boxer. Il prend son sexe dans sa main droite, le shorty plaqué contre son visage de la main gauche. Il commence à se caresser, lentement, sa bite rempli sa main, le pouce qui frotte le frein à chaque mouvement. Il inspire l'odeur de la chatte, puis celle de l'anus, en alternance, et chaque inspiration envoie un choc dans sa colonne vertébrale, un éclair qui descend jusqu'à ses couilles. Il accélère le rythme, sa main qui glisse le long de la hampe, sa peau qui brille de pré-semence au niveau du gland.
Il pense à vendredi. *Retirer moi-même.* Ses doigts qui accrochent l'élastique du shorty sur les hanches de la blonde. Le tissu qui se décolle de sa peau, qui se détache de son sexe avec ce bruit humide, ce suçotement mouillé. L'odeur qui explose, fraîche, pleine, non filtrée. Le shorty qui glisse le long de ses cuisses, qui passe ses genoux, ses chevilles, et qui atterrit dans sa main, tiède, mouillé, épais.
Thomas gémit. Il sent la pression monter dans ses couilles, cette tension familière, et il inspire encore, profondément, le visage enfoncé dans le coton noir, et il vient. Son sperme gicle en longs jets blancs qui retombent sur sa cuisse, sur le bureau, sur le carrelage. Il reste immobile, les yeux fermés, le souffle court, le shorty toujours plaqué contre son visage.
Quand il rouvre les yeux, la lumière de novembre a baissé. Il est 16h passées. Le shorty est humide là où il l'a pressé contre sa peau, et il y a une trace de sperme sur le bureau. Thomas se lève, nettoie, range le shorty dans le zip-lock, et le met dans le tiroir de son bureau, sous un carnet.
Il regarde son téléphone. Pas de message. Il attendra vendredi.
En attendant, il se rassoit, ouvre le forum, et relit l'annonce. *Pets réguliers. Mouille fraîche.* Il sourit. Ses doigts sentent encore le coton. Il ne les lave pas.
Le réseau qu'il utilise n'a pas de nom officiel. Les habitués l'appellent « le Bon Coin du darkweb » — un forum sans fioritures, sans design soigné, sans logos. Des listes de texte, des pseudos, des prix en crypto ou en liquide. Des transactions entre gens qui ne se verront jamais, ou presque. Thomas connaît les sections par cœur : vêtements, accessoires, objets intimes. Il scrolle lentement, du pouce, avec la régularité d'un geste machinal. Son regard glisse sur les titres — la plupart identiques, variations sur un même thème, des vendeuses qui promettent douze heures de port, vingt-quatre heures, parfois deux jours. Rien qui le fasse ralentir.
Puis il s'arrête.
Le post est sobre, presque clinique. Pas de majuscules criardes, pas d'émojis, pas de photos aguicheuses en vignette. Juste un titre en gras, sur une ligne :
**« Vends petite culotte portée minimum 3 jours avec pets réguliers et mouille fraîche. »**
Thomas relit. Ses doigts restent immobiles sur l'écran. En dessous, le corps de l'annonce tient en trois lignes : portée du samedi au mardi matin, jamais retirée la nuit, contact privilégié pour détail. Prix : 250 euros. Paiement en liquide, remise en main propre, secteur Lyonnais.
Il clique. Son pouce appuie sur le bouton de contact avant même que son cerveau ait fini d'argumenter. Le curseur clignote dans la zone de message. Il écrit vite, sans se relire :
*« Bonjour. Je suis intéressé par votre annonce. Je peux venir chercher aujourd'hui ou demain, selon ce qui vous arrange. Paiement en liquide, 250 € comme demandé. Merci de me répondre. »*
Il appuie sur envoyer. Le message disparaît dans le monde sombre, et il pose le téléphone sur le bureau, écran vers le bas.
Thomas se lève. Il tire les volets, et la lumière grise de novembre entre d'un coup, plate et froide. Il récupère sa tasse, boit une gorgée de café tiède, et reste debout au milieu du studio, les yeux fixés sur le téléphone retourné. Il respire.
Il sait pourquoi il a répondu si vite. Ce n'est pas le prix — 250 euros, c'est cher. C'est même très cher pour un morceau de tissu. Mais il sait aussi que ce qu'il cherche ne se mesure pas au gramme. Ce qu'il cherche, c'est l'odeur. L'odeur vraie, dense, accumulée, celle qui se dépose dans le coton quand un corps le porte longtemps sans se soucier de le garder propre. Le genre d'odeur qu'on ne trouve pas dans les annonces standards, celles qui promettent des culottes « parfumées » avec un emoji fleur. Ce qu'il veut, c'est le contraire. Le cuir, le sel, l'acidité, la trace vivante. Les pets réguliers — ce détail l'a arrêté net. Il n'y a pas beaucoup de femmes qui l'écrivent noir sur blanc. La mouille fraîche, c'est la cerise, l'indice que la porteuse n'est pas une professionnelle du fetish qui fabrique du faux à la chaîne, mais une femme réelle qui s'est mouillée, qui a porté ce tissu contre sa chatte et son cul pendant trois jours complets.
Thomas a les mains moites. Il essuie sa paume droite sur son boxer, reprend le téléphone, vérifie l'écran. Pas de réponse. Il le repose.
Il s'assoit, rouvre un onglet, tente de se concentrer sur autre chose. Une vidéo, un article. Rien n'accroche. Son cerveau revient à l'annonce, aux mots. *Pets réguliers.* *Mouille fraîche.* *Trois jours.* Son cœur bat un peu plus vite. Il sent la chaleur monter dans son bas-ventre, ce picotement familier qui précède l'érection, et il ajuste son boxer sans y penser.
Une heure passe. Thomas a vidé sa tasse, rincé le café, ouvert la fenêtre pour faire circuler l'air. Il s'est assis puis relevé trois fois. Il a vérifié son téléphone sept fois. À la huitième, une notification apparaît.
Le message est court. Tonalité pratique, sans détours :
*« Ok. 250 € en liquide. Je peux aujourd'hui, vers 14h. Il y a un parking à l'entrée du parc de Parilly. Tu me reconnaîtras, je serai dans une Clio grise. Viens seul. »*
Une adresse, une heure, une voiture. Thomas relit le message deux fois. Son pouce tape la réponse :
*« Parfait. 14h, parking Parilly. Seul. À tout à l'heure. »*
Il pose le téléphone, cette fois écran vers le haut, et il se dirige vers la salle de bain. Il ouvre l'eau, chaude, et reste sous le jet le temps de se frotter vite, de se passer du savon sur le torse, les aisselles, le sexe. Il se séche, enfile un jean sombre, un sweat noir, des baskets. Il récupère son portefeuille dans l'entrée, compte les billets — deux cent cinquante euros, en coupures de dix et de cinquante, pliés en deux. Il les glisse dans la poche avant de son jean, assez profondément pour qu'ils ne dépassent pas.
Le trajet jusqu'à Parilly prend quinze minutes en voiture. Thomas conduit sans musique, les deux mains sur le volant, les yeux sur la route. Le ciel est bas, uniforme, et la lumière de novembre donne aux immeubles une teinte de ciment mouillé. Il prend le périphérique, sort à Bron, et suit les panneaux jusqu'au parc. Le parking d'entrée est à moitié vide — un mardi, en après-midi, c'est normal. Il se gare, coupe le moteur, et regarde l'heure sur le tableau de bord : 13h52.
Il attend.
À 13h56, une Clio grise se gare trois places plus loin, côté passager. Le moteur s'arrête. Thomas observe. La portière conducteur s'ouvre, et une jambe apparaît, fine, la peau claire. Puis l'autre. Une jeune femme se redresse et sort de la voiture.
Elle est blonde. Pas un blond cendré, un blond vrai, presque doré, attaché en un chignon lâche qui laisse des mèches pendre le long de son cou. Elle est petite, un mètre soixante-cinq, peut-être moins et plutôt bien faite. Ses hanches sont larges par rapport à sa taille, et ses cuisses, nues sous un short en jean très court, sont pleines, fermes. Le short est taille haute, boutonné, et laisse apparaître le bas de ses fesses. En haut, elle porte un crop top blanc, simple, qui s'arrête au-dessus de son nombril et qui moule une poitrine moyenne mais dont les pointes marquent à travers le tissu, pas de soutien-gorge. Elle a des tatouages, un mandala fin sur le côté gauche de ses côtes, visible sous le bord du crop top, et une ligne d'écriture cursive sur l'avant-bras droit, qu'il ne peut pas lire à cette distance. Elle porte des Converse noires, sans chaussettes.
Thomas sort de sa voiture. Il ferme la portière et marche vers elle, les mains dans les poches. Elle le voit arriver, ne bouge pas, le toise. Ses yeux sont bleus, ou gris, impossible à dire avec cette lumière. Elle a un piercing à la narine droite, un anneau fin en or, et un autre à l'oreille gauche, un petit stud noir.
« Thomas ? » dit-elle.
« Oui. »
Elle hoche la tête, se penche dans la Clio par la portière passager restée ouverte, et ressort avec un petit sac en papier kraft, fermé par un adhésif. Elle le tient entre deux doigts, comme on tient une enveloppe.
« C'est là, » dit-elle. « Je l'ai retirée ce matin. Portée depuis samedi matin. Donc ça fait un peu plus que trois jours. »
Thomas tend la main. Elle ne lui donne pas tout de suite. Elle le regarde, un instant, comme pour le jauger. Puis elle lâche le sac.
« 250. »
Thomas sort les billets de sa poche, les compte devant elle. Elle les prend, les plie, les glisse dans la poche arrière de son short. Son geste est naturel, rapide, sans hésitation. Ce n'est pas sa première transaction.
Thomas ouvre le sac. À l'intérieur, un zip-lock transparent. Et dans le zip-lock, une culotte. Noire. Un shorty en coton, pas grand-chose de spécial en apparence. Mais à travers le plastique, il voit les traces. Une croûte blanchâtre au niveau du gusset, épaisse, sèche, irrégulière. Et plus en arrière, vers la bande du dos, une tache jaunâtre, diffuse, qui s'étend sur plusieurs centimètres. Il sent l'odeur, même à travers le zip-lock, faible, mais présente. Âcre, salée, un peu sucrée, avec une pointe de fer. Son pouce caresse le plastique.
Elle le regarde faire. Elle ne dit rien. Elle appuie son dos contre la portière de la Clio et croise les bras sous sa poitrine, ce qui la soulève légèrement. Le mandala sur ses côtes se déforme avec sa respiration.
« C'est bien ? » demande-t-elle.
Thomas relève les yeux. « Ouais. C'est bien. »
Il glisse le sac dans la poche intérieure de son sweat et ferme la fermeture. Il reste debout devant elle, à un mètre et demi, les pieds légèrement écartés. Il hésite. Puis :
« Écoute. Est-ce que tu fais ça régulièrement ? Des ventes, je veux dire. »
Elle le fixe, un sourire minuscule au coin des lèvres. « Ça dépend. Pourquoi ? »
« Parce que je serais intéressé. Pas seulement une fois. Si tu as d'autres trucs à vendre — culottes, mais aussi autres choses, je suis preneur. »
Elle ne répond pas tout de suite. Elle sort un paquet de cigarettes de la Clio, en sort une, l'allume. La première bouffée est longue. Elle souffle la fumée sur le côté, loin de lui.
« J'ai eu deux ou trois autres mecs qui m'ont demandé, » dit-elle. « Mais la plupart sont des timides qui veulent que j'envoie par La Poste. Ils paient, je poste, fin de l'histoire. »
« Et tu préfères en main propre ? »
« Je préfère quand c'est simple. Et La Poste, c'est pas simple. »
Thomas hoche la tête. Il ne bouge pas. Elle tire sur sa cigarette, et il remarque que ses doigts sont fins, ses ongles courts, sans vernis. Le tatouage sur son avant-bras est une citation, en lettres noires, serrées : *« nothing heals me like you do »*. Il ne dit rien.
« Bon, » dit-elle. « Écoute. Je peux en refaire, oui. Mais pas dans la semaine — j'ai besoin de temps. Trois jours, c'est le minimum. Et je ne porte pas une culotte exprès pour toi si je ne sais pas si tu vas venir. »
« Je viendrai. »
Elle le regarde, longuement. Sa cigarette brûle entre ses doigts. « Tu veux que je la porte trois jours, comme celle-là ? »
« Oui. Pareil. Avec les mêmes… détails. »
Elle sourit, vraiment cette fois. Pas un sourire poli, un sourire qui montre ses dents, blanc, avec un léger décalage de la canine droite. « Tu aimes les trucs forts. »
Ce n'est pas une question. Thomas ne répond pas. Ses joues chauffent, et il détourne le regard vers le parking désert. Une femme promène un chien au loin, sur l'allée qui mène au parc.
« Écoute, » dit-elle. Elle jette son mégot par terre, l'écrase sous sa Converse. « Je peux te dire un truc. »
« Oui. »
« Au lieu que je la porte et qu'on se retrouve ici comme deux malades à faire l'échange dans un parking… Tu peux venir la chercher toi-même. Chez moi. Dans trois jours. Tu la retires toi-même, si tu vois ce que je veux dire. »
Thomas la regarde. Son pouls accélère, il le sent dans ses tempes. « Retirer moi-même. »
« Ouais. Tu viens, tu me la retires, tu repars avec. Comme ça t'es sûr que c'est frais, que c'est moi, que c'est pas un truc que j'ai mis dans un sac pendant deux semaines. »
Il avale sa salive. « Combien ? »
« Pareil. 250. »
Il hoche la tête, lentement. « Ok. Dans trois jours. C'est-à-dire vendredi ? »
« Vendredi. Je t'envoie l'adresse sur le forum. Tu viens, t'as ton liquide, je t'ouvre, tu me la retires, tu files. »
« Entendu. »
Elle ferme la portière. Le moteur démarre. Thomas reste debout sur le parking, les mains dans les poches, et la regarde reculer, tourner, et disparaître dans la rue qui longe le parc. La Converse noire a laissé une marque sur le mégot écrasé.
Il rentre chez lui. Le trajet dure quinze minutes, mais il a l'impression que ça fait une heure. Son esprit tourne. *Retirer moi-même.* Ses doigts qui accrochent la bande du shorty, qui la tirent le long de ses cuisses, qui la font glisser le long de ses chevilles. Le poids de ce tissu imbibé. L'odeur, pleine, cette fois, pas filtrée par un zip-lock.
Il se gare, monte chez lui, ferme la porte. Il sort le sachet de son sweat et le pose sur le bureau. Il s'assoit. Il regarde le zip-lock. À travers le plastique, le shorty noir est plié en deux, les traces vers l'extérieur. La tache blanche au centre est épaisse, presque craquelée par endroits, et la zone arrière, plus jaune, a un contour net, comme si l'humidité avait séché en cercles concentriques.
Thomas ouvre le zip-lock.
L'odeur le frappe. Dense, chaude, animale. D'abord le sel — le sel de la peau, de la sueur accumulée, le sel de la mouille qui a séché puis qui a recommencé. Puis l'acidité, plus basse, plus sourde, celle qui vient du sexe, des grandes lèvres, de l'entrejamme comprimé trois jours dans du coton. Et enfin, en arrière-plan, l'odeur de l'anus, celle qu'il cherche, celle qui le fait bander, celle qui est différente de tout le reste, âcre, profonde, intime, impossible à confondre. Les pets ont laissé leur marque : le tissu, à l'arrière, sent le soufre doux, le ferment, la fermentation digestive.
Thomas porte le shorty à son visage. Il le plaque contre son nez, ses lèvres, et il inspire. Lentement. Profondément. L'odeur remplit ses sinus, descend dans sa gorge, se diffuse dans ses poumons. Son sang afflue vers son bas-ventre, et il bande d'un coup, dur, tendu, son sexe qui se redresse contre sa cuisse et qui palpite. Il inspire encore, les yeux fermés, et il imagine — la jeune femme blonde, le short en jean, le crop top blanc, le mandala sur ses côtes, ses cuisses pleines, son sexe enfoncé dans ce coton noir, ses pets qui s'échappent quand elle marche, quand elle s'assoit, quand elle dort.
Il renifle le gusset, là où la tache est la plus épaisse. L'odeur de chatte est énorme, concentrée, dense, comme si tout le cyprine des trois jours avait imprégné les fibres. Il passe son nez sur le tissu, lentement, pour capter chaque nuance. Puis il retourne le shorty et met son nez dans la bande arrière. L'odeur de trou du cul est là, puissante, mêlée à la sueur des fesses, et il inspire si fort que ses narines frémissent.
Thomas baisse son boxer. Il prend son sexe dans sa main droite, le shorty plaqué contre son visage de la main gauche. Il commence à se caresser, lentement, sa bite rempli sa main, le pouce qui frotte le frein à chaque mouvement. Il inspire l'odeur de la chatte, puis celle de l'anus, en alternance, et chaque inspiration envoie un choc dans sa colonne vertébrale, un éclair qui descend jusqu'à ses couilles. Il accélère le rythme, sa main qui glisse le long de la hampe, sa peau qui brille de pré-semence au niveau du gland.
Il pense à vendredi. *Retirer moi-même.* Ses doigts qui accrochent l'élastique du shorty sur les hanches de la blonde. Le tissu qui se décolle de sa peau, qui se détache de son sexe avec ce bruit humide, ce suçotement mouillé. L'odeur qui explose, fraîche, pleine, non filtrée. Le shorty qui glisse le long de ses cuisses, qui passe ses genoux, ses chevilles, et qui atterrit dans sa main, tiède, mouillé, épais.
Thomas gémit. Il sent la pression monter dans ses couilles, cette tension familière, et il inspire encore, profondément, le visage enfoncé dans le coton noir, et il vient. Son sperme gicle en longs jets blancs qui retombent sur sa cuisse, sur le bureau, sur le carrelage. Il reste immobile, les yeux fermés, le souffle court, le shorty toujours plaqué contre son visage.
Quand il rouvre les yeux, la lumière de novembre a baissé. Il est 16h passées. Le shorty est humide là où il l'a pressé contre sa peau, et il y a une trace de sperme sur le bureau. Thomas se lève, nettoie, range le shorty dans le zip-lock, et le met dans le tiroir de son bureau, sous un carnet.
Il regarde son téléphone. Pas de message. Il attendra vendredi.
En attendant, il se rassoit, ouvre le forum, et relit l'annonce. *Pets réguliers. Mouille fraîche.* Il sourit. Ses doigts sentent encore le coton. Il ne les lave pas.
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