L'escalier
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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L'escalier
Temps de lecture ~ 10 min
L'escalier montait sans interruption et ne semblait jamais devoir s'arrêter.
Léa comptait les marches sans le vouloir, une habitude d'enfant qui lui était restée, et elle avait depuis longtemps perdu le compte. Ses talons claquaient sur la pierre. L'immeuble sentait l'encaustique et quelque chose de plus ancien, une odeur de laine et de bois chauffé, le genre d'odeur qui ne s'invente pas et qui dit qu'on a vécu là, beaucoup, pendant longtemps.
Au quatrième, une porte entrouverte laissait filtrer de la musique. Du jazz, très bas, presque inaudible, la ligne de contrebasse plus sensible à la poitrine qu'à l'oreille.
Elle s'arrêta.
Elle n'avait pas prévu de s'arrêter. Elle avait prévu de monter jusqu'au sixième, de sonner chez sa sœur, de déposer les clés qu'elle lui gardait depuis quinze jours et de repartir. Mais la porte était ouverte et la musique était là, et derrière la musique il y avait une lumière chaude qui tombait sur le palier comme une invitation formulée sans mots.
Un homme apparut dans l'encadrement. La trentaine, grand, en chemise blanche aux manches retroussées. Il la regardait sans surprise, comme si elle avait été attendue.
"Vous cherchez quelqu'un?"
"Ma sœur. Sixième."
"Elle est partie ce matin avec une valise. Week-end, j'imagine."
Léa ferma les yeux une seconde. Évidemment. Sa sœur et ses week-ends improvisés, ses textos envoyés à des heures où personne ne les lit.
"Je suis Marc."
"Léa."
Il ouvrit la porte un peu plus. Pas un geste d'invitation explicite, plutôt un effacement, une façon de laisser de l'espace. Elle entra parce qu'elle était fatiguée et qu'il faisait chaud dans l'appartement et que la lumière était vraiment belle, une lumière de fin d'après-midi qui prenait les objets par le flanc et les rendait presque émouvants.
***
L'appartement était encombré de livres et ordonné malgré tout. Des étagères du sol au plafond, une table de travail couverte de papiers, un canapé en cuir fauve où elle s'assit sans qu'on le lui propose. Marc lui apporta un verre de vin sans lui demander si elle en voulait. Elle apprécia.
Ils parlèrent. De la sœur, de l'immeuble, du quartier. De rien, en réalité. Léa regardait ses mains quand il parlait. Des mains larges, nerveuses, qui ne gesticulaient pas mais qui semblaient contenir quelque chose, une énergie au repos.
Le vin était bon. La lumière baissait lentement.
À un moment, il y eut un silence qui dura plus longtemps que les autres. Pas un silence gênant. Un silence qui prenait de la place délibérément, qui signifiait quelque chose.
Marc posa son verre. Il la regardait avec une attention tranquille, sans agressivité, sans détour non plus.
"Vous n'êtes pas vraiment pressée de repartir."
Ce n'était pas une question. Léa le sut reconnaître.
"Non", dit-elle.
Il s'approcha lentement. S'assit sur l'accoudoir du canapé, assez près pour qu'elle sente sa chaleur à lui, assez loin encore pour que rien ne soit décidé. Sa main vint se poser sur sa nuque, légèrement, trois doigts seulement sur la peau au-dessus du col.
Léa ne bougea pas.
La main remonta le long de sa nuque, s'arrêta dans ses cheveux. Une pression douce, presque rien. Elle ferma les yeux.
Ce fut elle qui tourna la tête vers lui. Ce fut elle qui chercha sa bouche.
Il embrassa lentement. Pas comme quelqu'un qui se retient, mais comme quelqu'un qui sait que le temps est là, entier, disponible, qu'il n'y a aucune raison d'aller vite. Sa bouche était ferme et précise. Il prenait sa lèvre inférieure, la relâchait, revenait. Léa sentit quelque chose se défaire dans sa poitrine, une tension qu'elle n'avait pas remarqué porter et qui lâchait d'un coup.
Sa main à elle était venue se poser à plat sur son torse. Elle sentait son cœur battre sous la chemise.
***
Il la fit lever. Debout l'un contre l'autre, il la tenait par la taille et elle mesurait la différence entre leurs corps, lui plus grand d'une tête, elle obligée de lever le menton pour continuer à l'embrasser. Il défit les boutons de son manteau avec une lenteur appliquée, l'un après l'autre, sans quitter sa bouche. Le manteau tomba sur le canapé.
Ses mains remontèrent sous son pull, à plat sur sa peau. La chaleur de ses paumes sur ses côtes. Léa inspira.
Il l'emmena dans la chambre sans se presser, à reculons elle, guidée par lui, les yeux dans les siens pendant tout le trajet.
La chambre sentait le bois et quelque chose de discret, de masculin. Une fenêtre donnait sur des toits. La lumière du soir entrait encore, orange et latérale, et faisait de l'ombre sur les draps blancs.
Il l'assit sur le bord du lit et s'agenouilla devant elle pour enlever ses chaussures. Pas de façon servile. Une façon de la regarder d'en bas, les yeux levés vers elle, qui avait quelque chose de précis dans l'intention. Elle posa sa main sur sa tête pendant qu'il défaisait le premier talon.
***
Il la déshabilla lentement. Le pull par-dessus la tête. Les mains qui reviennent aussitôt sur ses épaules, qui descendent le long de ses bras. Il se plaça derrière elle pour défaire l'agrafe de son soutien-gorge, écarta les bretelles, fit glisser le tissu. Ses lèvres sur l'épaule gauche, dans le creux du cou, un baiser appuyé qui faisait baisser la température ambiante d'un coup.
Elle était debout maintenant, dos à lui, et il avait passé les bras autour d'elle. Ses paumes vinrent couvrir ses seins. Elle laissa aller sa tête en arrière contre son épaule. Ses pouces tournaient lentement sur ses tétons et elle sentait chaque rotation descendre jusqu'au bas de son ventre, comme un fil tendu entre deux points.
Sa bouche dans son cou. Ses dents, doucement.
Elle se retourna pour l'embrasser et ses mains allèrent à la ceinture de son pantalon, au bouton, à la fermeture. Il la laissa faire. Il enleva sa chemise pendant qu'elle défaisait le pantalon. Son torse était lisse, le ventre plat et dur. Elle posa les deux paumes dessus et le sentit respirer.
Ils s'allongèrent. Il prit le temps de parcourir son corps avec une attention qui n'avait rien de méthodique, mais quelque chose d'affamé et de contenu. Sa bouche sur ses seins, longtemps, la langue sur le téton, la chaleur humide qui contrastait avec l'air de la chambre. Ses mains sur ses hanches, sur ses cuisses, qui ne cherchaient pas encore à aller plus loin mais qui délimitaient, qui prenaient possession tranquillement.
Léa avait les yeux fermés. Elle respirait fort.
Il descendit le long de son ventre. Un baiser sous le nombril. Un autre plus bas. Les doigts dans l'élastique de sa culotte, qu'il fit glisser lentement le long de ses jambes.
Elle était nue. Il était encore en boxer et elle le sentait, dur contre sa cuisse, quand il remonta pour l'embrasser dans le cou.
"Tu veux?" dit-il contre son oreille.
"Oui."
***
Il s'installa entre ses cuisses et prit son temps encore. Sa bouche sur l'intérieur de sa cuisse gauche, un centimètre après l'autre, montant vers elle sans y arriver. Léa avait posé les mains à plat sur les draps. Elle ne le toucha pas. Elle attendit.
Quand sa bouche atteignit son sexe, elle exhala lentement.
Il travaillait avec la langue, d'abord légèrement, effleurant seulement, apprenant le rythme de sa réaction, ce qui faisait retenir son souffle et ce qui lui faisait écarter davantage les cuisses. Son clitoris sous la pointe de la langue, un mouvement circulaire, régulier, qui ne variait pas dans son intensité mais qui creusait sa voie par la répétition seule. Deux doigts vinrent se poser à son entrée sans entrer encore, juste une pression, une présence.
Léa gémit. Un son bref, presque surpris.
Les doigts entrèrent doucement, un seul d'abord, qui remonta vers l'avant et trouva l'endroit qui fit contracter ses muscles. La langue continuait. Sa main libre à lui posée à plat sur son ventre pour le sentir se lever et retomber à chaque respiration.
Elle sentait la tension monter avec une précision remarquable, comme une note qu'on tient et qu'on tient encore et qui commence à vibrer dans ses harmoniques. Ses hanches bougèrent malgré elle, cherchant plus, cherchant le rythme de sa bouche.
Il ajouta un doigt. Elle fit un son.
La langue s'accéléra légèrement. Ses doigts à l'intérieur d'elle, constants, précis, le pouce venu rejoindre son clitoris pendant que la bouche remontait embrasser l'intérieur de sa cuisse. Elle tendit tout son corps comme une corde et la vague arriva proprement, longue, profonde, qui la laissa les jambes écartées et la respiration brisée.
***
Il remonta le long de son corps. Elle le sentait partout, sa chaleur, son poids léger sur elle. Elle prit son visage entre ses mains et l'embrassa avec une attention nouvelle.
Elle le fit basculer sur le dos. S'assit à califourchon sur lui et l'embrassa dans le cou, sur le torse, descendit lentement. Elle le sentait dur sous le tissu du boxer. Elle le libéra.
Le prit dans la main, lentement, une pression ferme de la base à la tête. Il avait posé un bras sur les yeux. Elle recommença. Sa bouche vint se poser sur la pointe, la langue sur le frein, et elle sentit ses abdominaux se contracter.
Elle le prit dans sa bouche progressivement, pas tout, mais assez pour qu'il relève légèrement les hanches. Sa main à la base, sa bouche au-dessus, un mouvement d'ensemble lent et régulier. Il avait la main dans ses cheveux, sans forcer, juste pour avoir quelque chose à tenir.
Elle continua assez longtemps pour l'entendre changer de respiration, pour sentir l'urgence monter en lui.
Il l'arrêta. La ramena vers lui.
Elle était à genoux sur le lit. Il était debout derrière elle et sa main courait le long de sa colonne vertébrale, de la nuque au creux des reins, une pression lente et continue. Elle courba le dos.
Il prit un préservatif sur la table de nuit. Elle l'entendit, attendit.
Sa main sur sa hanche, l'autre sur son épaule. La tête de son sexe contre elle, une pression, pas encore entré.
"Vas-y."
Il entra lentement. Elle sentit l'étirement, la chaleur, la plénitude. S'arrêta quand il fut entièrement là. Ni l'un ni l'autre ne bougèrent pendant un moment, juste la sensation d'être là, joints, dans le silence de la chambre que traversait encore la ligne de contrebasse depuis le salon.
Puis il commença à bouger.
Lent d'abord, retirant presque tout avant de revenir, une cadence qui permettait de sentir chaque détail. Sa main gauche à lui remonta le long de son dos et se posa sur son épaule pour avoir un appui. Sa main droite vint se glisser sous elle, trouva son clitoris, recommença le mouvement circulaire.
Léa baissa la tête. Un son continu et bas qui échappait à chaque poussée.
Il accéléra graduellement. Ses deux mains sur ses hanches maintenant, tirant vers lui à chaque va-et-vient, la chair de ses hanches contre ses paumes. Le bruit de leurs corps l'un contre l'autre, régulier, charnel, qui occupait l'espace. Sa respiration à lui aussi qui changeait, plus rapide, plus courte.
Elle posa une main sur le mur au-dessus du lit pour mieux tenir.
Il allait fort maintenant, un rythme profond qui secouait tout et qu'elle recevait avec le même appétit qu'elle avait mis à venir dans cet appartement inconnu, à boire ce vin, à laisser ces mains se poser sur sa nuque. Quelque chose en elle avait su depuis le palier.
La tension remontait. Différente de la première fois, plus diffuse, plus profonde, logée quelque part à l'intérieur d'elle que les coups de rein atteignaient à chaque fois.
"Continue", dit-elle.
Sa main revint sur son clitoris. La double pression, intérieure et extérieure, simultanée et rythmée. Elle sentit les larmes venir sans tristesse aucune, juste le corps qui débordait de quelque chose de trop grand pour lui.
Elle jouit une deuxième fois, plus fort, en faisant un bruit qu'elle ne reconnut pas comme le sien.
Il finit peu après, avec un soupir profond et une dernière poussée qu'il maintint, les doigts serrés sur ses hanches, la tête inclinée vers son dos.
Ils restèrent immobiles un moment. Dehors, la lumière avait tourné au gris. La contrebasse continuait, imperceptible.
Il se retira doucement. Elle s'allongea sur le côté, face à la fenêtre et aux toits. Il vint s'allonger dans son dos, un bras sur sa taille, le front contre sa nuque.
Aucun des deux ne parla.
Les clés de sa sœur étaient encore dans sa poche. Elle les avait complètement oubliées.
Elle reprenait son souffle.
L'escalier montait sans interruption et ne semblait jamais devoir s'arrêter.
Léa comptait les marches sans le vouloir, une habitude d'enfant qui lui était restée, et elle avait depuis longtemps perdu le compte. Ses talons claquaient sur la pierre. L'immeuble sentait l'encaustique et quelque chose de plus ancien, une odeur de laine et de bois chauffé, le genre d'odeur qui ne s'invente pas et qui dit qu'on a vécu là, beaucoup, pendant longtemps.
Au quatrième, une porte entrouverte laissait filtrer de la musique. Du jazz, très bas, presque inaudible, la ligne de contrebasse plus sensible à la poitrine qu'à l'oreille.
Elle s'arrêta.
Elle n'avait pas prévu de s'arrêter. Elle avait prévu de monter jusqu'au sixième, de sonner chez sa sœur, de déposer les clés qu'elle lui gardait depuis quinze jours et de repartir. Mais la porte était ouverte et la musique était là, et derrière la musique il y avait une lumière chaude qui tombait sur le palier comme une invitation formulée sans mots.
Un homme apparut dans l'encadrement. La trentaine, grand, en chemise blanche aux manches retroussées. Il la regardait sans surprise, comme si elle avait été attendue.
"Vous cherchez quelqu'un?"
"Ma sœur. Sixième."
"Elle est partie ce matin avec une valise. Week-end, j'imagine."
Léa ferma les yeux une seconde. Évidemment. Sa sœur et ses week-ends improvisés, ses textos envoyés à des heures où personne ne les lit.
"Je suis Marc."
"Léa."
Il ouvrit la porte un peu plus. Pas un geste d'invitation explicite, plutôt un effacement, une façon de laisser de l'espace. Elle entra parce qu'elle était fatiguée et qu'il faisait chaud dans l'appartement et que la lumière était vraiment belle, une lumière de fin d'après-midi qui prenait les objets par le flanc et les rendait presque émouvants.
***
L'appartement était encombré de livres et ordonné malgré tout. Des étagères du sol au plafond, une table de travail couverte de papiers, un canapé en cuir fauve où elle s'assit sans qu'on le lui propose. Marc lui apporta un verre de vin sans lui demander si elle en voulait. Elle apprécia.
Ils parlèrent. De la sœur, de l'immeuble, du quartier. De rien, en réalité. Léa regardait ses mains quand il parlait. Des mains larges, nerveuses, qui ne gesticulaient pas mais qui semblaient contenir quelque chose, une énergie au repos.
Le vin était bon. La lumière baissait lentement.
À un moment, il y eut un silence qui dura plus longtemps que les autres. Pas un silence gênant. Un silence qui prenait de la place délibérément, qui signifiait quelque chose.
Marc posa son verre. Il la regardait avec une attention tranquille, sans agressivité, sans détour non plus.
"Vous n'êtes pas vraiment pressée de repartir."
Ce n'était pas une question. Léa le sut reconnaître.
"Non", dit-elle.
Il s'approcha lentement. S'assit sur l'accoudoir du canapé, assez près pour qu'elle sente sa chaleur à lui, assez loin encore pour que rien ne soit décidé. Sa main vint se poser sur sa nuque, légèrement, trois doigts seulement sur la peau au-dessus du col.
Léa ne bougea pas.
La main remonta le long de sa nuque, s'arrêta dans ses cheveux. Une pression douce, presque rien. Elle ferma les yeux.
Ce fut elle qui tourna la tête vers lui. Ce fut elle qui chercha sa bouche.
Il embrassa lentement. Pas comme quelqu'un qui se retient, mais comme quelqu'un qui sait que le temps est là, entier, disponible, qu'il n'y a aucune raison d'aller vite. Sa bouche était ferme et précise. Il prenait sa lèvre inférieure, la relâchait, revenait. Léa sentit quelque chose se défaire dans sa poitrine, une tension qu'elle n'avait pas remarqué porter et qui lâchait d'un coup.
Sa main à elle était venue se poser à plat sur son torse. Elle sentait son cœur battre sous la chemise.
***
Il la fit lever. Debout l'un contre l'autre, il la tenait par la taille et elle mesurait la différence entre leurs corps, lui plus grand d'une tête, elle obligée de lever le menton pour continuer à l'embrasser. Il défit les boutons de son manteau avec une lenteur appliquée, l'un après l'autre, sans quitter sa bouche. Le manteau tomba sur le canapé.
Ses mains remontèrent sous son pull, à plat sur sa peau. La chaleur de ses paumes sur ses côtes. Léa inspira.
Il l'emmena dans la chambre sans se presser, à reculons elle, guidée par lui, les yeux dans les siens pendant tout le trajet.
La chambre sentait le bois et quelque chose de discret, de masculin. Une fenêtre donnait sur des toits. La lumière du soir entrait encore, orange et latérale, et faisait de l'ombre sur les draps blancs.
Il l'assit sur le bord du lit et s'agenouilla devant elle pour enlever ses chaussures. Pas de façon servile. Une façon de la regarder d'en bas, les yeux levés vers elle, qui avait quelque chose de précis dans l'intention. Elle posa sa main sur sa tête pendant qu'il défaisait le premier talon.
***
Il la déshabilla lentement. Le pull par-dessus la tête. Les mains qui reviennent aussitôt sur ses épaules, qui descendent le long de ses bras. Il se plaça derrière elle pour défaire l'agrafe de son soutien-gorge, écarta les bretelles, fit glisser le tissu. Ses lèvres sur l'épaule gauche, dans le creux du cou, un baiser appuyé qui faisait baisser la température ambiante d'un coup.
Elle était debout maintenant, dos à lui, et il avait passé les bras autour d'elle. Ses paumes vinrent couvrir ses seins. Elle laissa aller sa tête en arrière contre son épaule. Ses pouces tournaient lentement sur ses tétons et elle sentait chaque rotation descendre jusqu'au bas de son ventre, comme un fil tendu entre deux points.
Sa bouche dans son cou. Ses dents, doucement.
Elle se retourna pour l'embrasser et ses mains allèrent à la ceinture de son pantalon, au bouton, à la fermeture. Il la laissa faire. Il enleva sa chemise pendant qu'elle défaisait le pantalon. Son torse était lisse, le ventre plat et dur. Elle posa les deux paumes dessus et le sentit respirer.
Ils s'allongèrent. Il prit le temps de parcourir son corps avec une attention qui n'avait rien de méthodique, mais quelque chose d'affamé et de contenu. Sa bouche sur ses seins, longtemps, la langue sur le téton, la chaleur humide qui contrastait avec l'air de la chambre. Ses mains sur ses hanches, sur ses cuisses, qui ne cherchaient pas encore à aller plus loin mais qui délimitaient, qui prenaient possession tranquillement.
Léa avait les yeux fermés. Elle respirait fort.
Il descendit le long de son ventre. Un baiser sous le nombril. Un autre plus bas. Les doigts dans l'élastique de sa culotte, qu'il fit glisser lentement le long de ses jambes.
Elle était nue. Il était encore en boxer et elle le sentait, dur contre sa cuisse, quand il remonta pour l'embrasser dans le cou.
"Tu veux?" dit-il contre son oreille.
"Oui."
***
Il s'installa entre ses cuisses et prit son temps encore. Sa bouche sur l'intérieur de sa cuisse gauche, un centimètre après l'autre, montant vers elle sans y arriver. Léa avait posé les mains à plat sur les draps. Elle ne le toucha pas. Elle attendit.
Quand sa bouche atteignit son sexe, elle exhala lentement.
Il travaillait avec la langue, d'abord légèrement, effleurant seulement, apprenant le rythme de sa réaction, ce qui faisait retenir son souffle et ce qui lui faisait écarter davantage les cuisses. Son clitoris sous la pointe de la langue, un mouvement circulaire, régulier, qui ne variait pas dans son intensité mais qui creusait sa voie par la répétition seule. Deux doigts vinrent se poser à son entrée sans entrer encore, juste une pression, une présence.
Léa gémit. Un son bref, presque surpris.
Les doigts entrèrent doucement, un seul d'abord, qui remonta vers l'avant et trouva l'endroit qui fit contracter ses muscles. La langue continuait. Sa main libre à lui posée à plat sur son ventre pour le sentir se lever et retomber à chaque respiration.
Elle sentait la tension monter avec une précision remarquable, comme une note qu'on tient et qu'on tient encore et qui commence à vibrer dans ses harmoniques. Ses hanches bougèrent malgré elle, cherchant plus, cherchant le rythme de sa bouche.
Il ajouta un doigt. Elle fit un son.
La langue s'accéléra légèrement. Ses doigts à l'intérieur d'elle, constants, précis, le pouce venu rejoindre son clitoris pendant que la bouche remontait embrasser l'intérieur de sa cuisse. Elle tendit tout son corps comme une corde et la vague arriva proprement, longue, profonde, qui la laissa les jambes écartées et la respiration brisée.
***
Il remonta le long de son corps. Elle le sentait partout, sa chaleur, son poids léger sur elle. Elle prit son visage entre ses mains et l'embrassa avec une attention nouvelle.
Elle le fit basculer sur le dos. S'assit à califourchon sur lui et l'embrassa dans le cou, sur le torse, descendit lentement. Elle le sentait dur sous le tissu du boxer. Elle le libéra.
Le prit dans la main, lentement, une pression ferme de la base à la tête. Il avait posé un bras sur les yeux. Elle recommença. Sa bouche vint se poser sur la pointe, la langue sur le frein, et elle sentit ses abdominaux se contracter.
Elle le prit dans sa bouche progressivement, pas tout, mais assez pour qu'il relève légèrement les hanches. Sa main à la base, sa bouche au-dessus, un mouvement d'ensemble lent et régulier. Il avait la main dans ses cheveux, sans forcer, juste pour avoir quelque chose à tenir.
Elle continua assez longtemps pour l'entendre changer de respiration, pour sentir l'urgence monter en lui.
Il l'arrêta. La ramena vers lui.
Elle était à genoux sur le lit. Il était debout derrière elle et sa main courait le long de sa colonne vertébrale, de la nuque au creux des reins, une pression lente et continue. Elle courba le dos.
Il prit un préservatif sur la table de nuit. Elle l'entendit, attendit.
Sa main sur sa hanche, l'autre sur son épaule. La tête de son sexe contre elle, une pression, pas encore entré.
"Vas-y."
Il entra lentement. Elle sentit l'étirement, la chaleur, la plénitude. S'arrêta quand il fut entièrement là. Ni l'un ni l'autre ne bougèrent pendant un moment, juste la sensation d'être là, joints, dans le silence de la chambre que traversait encore la ligne de contrebasse depuis le salon.
Puis il commença à bouger.
Lent d'abord, retirant presque tout avant de revenir, une cadence qui permettait de sentir chaque détail. Sa main gauche à lui remonta le long de son dos et se posa sur son épaule pour avoir un appui. Sa main droite vint se glisser sous elle, trouva son clitoris, recommença le mouvement circulaire.
Léa baissa la tête. Un son continu et bas qui échappait à chaque poussée.
Il accéléra graduellement. Ses deux mains sur ses hanches maintenant, tirant vers lui à chaque va-et-vient, la chair de ses hanches contre ses paumes. Le bruit de leurs corps l'un contre l'autre, régulier, charnel, qui occupait l'espace. Sa respiration à lui aussi qui changeait, plus rapide, plus courte.
Elle posa une main sur le mur au-dessus du lit pour mieux tenir.
Il allait fort maintenant, un rythme profond qui secouait tout et qu'elle recevait avec le même appétit qu'elle avait mis à venir dans cet appartement inconnu, à boire ce vin, à laisser ces mains se poser sur sa nuque. Quelque chose en elle avait su depuis le palier.
La tension remontait. Différente de la première fois, plus diffuse, plus profonde, logée quelque part à l'intérieur d'elle que les coups de rein atteignaient à chaque fois.
"Continue", dit-elle.
Sa main revint sur son clitoris. La double pression, intérieure et extérieure, simultanée et rythmée. Elle sentit les larmes venir sans tristesse aucune, juste le corps qui débordait de quelque chose de trop grand pour lui.
Elle jouit une deuxième fois, plus fort, en faisant un bruit qu'elle ne reconnut pas comme le sien.
Il finit peu après, avec un soupir profond et une dernière poussée qu'il maintint, les doigts serrés sur ses hanches, la tête inclinée vers son dos.
Ils restèrent immobiles un moment. Dehors, la lumière avait tourné au gris. La contrebasse continuait, imperceptible.
Il se retira doucement. Elle s'allongea sur le côté, face à la fenêtre et aux toits. Il vint s'allonger dans son dos, un bras sur sa taille, le front contre sa nuque.
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