Le Contrat - Chapitre 42: Julien

- Par l'auteur HDS Pelec -
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Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 31-08-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Je le cherchai tous les soirs.

Le lundi, en sortant du bâtiment, je remontai la rue jusqu’au bâtiment d’angle. Le lampadaire orange, le mur, le trottoir mouillé. Personne.

Le mardi, pareil. Le mercredi, je fis un détour de trois rues, au cas où il aurait changé d’endroit. Rien.

Le jeudi, je restai vingt minutes plantée sous le lampadaire, à faire semblant de consulter mon téléphone, en scrutant chaque silhouette qui approchait. Il faisait moins deux. Je rentrai avec les doigts gourds et la gorge nouée.

Anaïs le voyait bien.

— Il reviendra, disait-elle.

— Tu n’en sais rien.

— Non. Mais toi non plus.

Le vendredi, je commençai sérieusement à croire que je l’avais perdu. Qu’il avait changé de quartier, ou pire. Qu’il était mort de froid dans un parking, et que je resterais avec ce son incertain dans les oreilles et cette culpabilité sans objet pour le reste de ma vie.

Le lundi suivant, il était là.

Je le vis de loin, à cinquante mètres, et mon cœur cogna d’un coup.

La forme sombre contre le mur. Le carton. Le duvet, plus sale qu’avant. La bouteille en plastique posée à côté.

Je ralentis en approchant. Mes jambes voulaient continuer, par réflexe, par lâcheté, par cette mécanique du corps qui contourne les gens assis par terre.

Je m’arrêtai.

Je me plantai devant lui, à un mètre, et il ne leva pas la tête tout de suite. Il devait être habitué à ce que les gens s’arrêtent une seconde pour jeter une pièce et repartir.

Je m’accroupis.

Il releva les yeux.

Et je vis le moment exact où il comprit que je n’étais pas là pour donner une pièce.

Vu de près, c’était pire. Le visage était creusé, marqué de rougeurs sur les pommettes, cette peau abîmée par le froid et le manque. La barbe, longue, emmêlée, grise par endroits alors qu’il n’avait pas quarante ans. Les lèvres gercées. Une odeur, aussi, que je ne veux pas décrire.

Mais les yeux.

Les yeux étaient les mêmes. Bruns, directs, cette attention franche que je n’avais jamais oubliée. C’étaient les yeux de quelqu’un qui s’était arrêté près de mon poste un matin pour me demander si j’allais bien.

— Julien, dis-je.

Il ne répondit pas. Il me regarda, simplement, avec quelque chose qui ressemblait à du soulagement et à de la honte mélangés.

— Julien, c’est moi.

— Je sais, dit-il.

Sa voix était rauque, cassée, la voix de quelqu’un qui ne parle plus beaucoup.

— Ça fait trois semaines que je sais.

Ma gorge se serra.

— Je suis désolée, dis-je.

— Y a pas de quoi.

— Si. Je suis passée devant toi. Quatre fois. Quatre fois, Julien. Et je ne t’ai pas reconnu.

Il eut un mouvement de la main, comme pour balayer ça.

— Personne me reconnaît. C’est comme ça que ça marche. Tu t’assois par terre et tu deviens invisible. Même les gens qui te connaissent.

— C’est pas une excuse.

— C’est pas une accusation.

Il dit ça sans amertume, avec une douceur qui me fit mal bien plus qu’un reproche.

Je restai accroupie devant lui, sans savoir quoi dire ensuite. Le froid montait du trottoir dans mes chevilles.

— L’autre soir, dis-je enfin. Tu as dit quelque chose. Quand je suis passée.

Il baissa les yeux.

— J’ai essayé de t’appeler. J’ai dit ton nom. J’ai pas réfléchi.

Il eut un pauvre sourire.

— Et après j’ai eu peur que tu te retournes. Alors j’ai été content que tu t’arrêtes pas.

— Pourquoi ?

Il fit un geste vague vers lui-même. Le duvet, le carton, l’ensemble.

— Regarde-moi.

Il fallut vingt minutes pour le convaincre.

Il refusa d’abord catégoriquement. Il n’avait besoin de rien, il se débrouillait, il y avait des gens dans une situation pire que la sienne. Il utilisa tous les arguments que les gens utilisent quand ce qu’ils refusent vraiment, c’est d’être vus.

— Je pue, dit-il finalement. C’est ça le problème. Je peux pas rentrer chez quelqu’un.

— Tu peux prendre un bain.

— Éloi…

— Éloïse.

Il s’arrêta net. Me regarda.

— Éloïse ?

— Depuis quelques mois. Au bureau, partout. C’est officiel.

Il hocha lentement la tête, encaissa l’information, et je vis passer dans ses yeux quelque chose qui n’était ni de la surprise ni du jugement. Plutôt le constat de tout ce qu’il avait manqué.

— Éloïse, répéta-t-il, comme pour l’apprendre. Ça te va bien, d’ailleurs.

— Merci.

— Éloïse. J’ai pas de vêtements. J’ai pas de sac. J’ai rien. Je vais salir un appartement et repartir demain matin exactement là où j’en suis. À quoi ça sert ?

— À ce que tu dormes au chaud une nuit.

— Et après ?

— On verra après.

Il se tut.

— Il y a quelqu’un qui t’attend, ajoutai-je. Anaïs. Tu te souviens d’Anaïs ?

Quelque chose bougea dans son visage.

— Anaïs de la com ?

— Oui.

— Elle est au courant ?

— C’est elle qui a proposé.

Il resta silencieux longtemps. Puis il regarda ses mains, sales, gercées, avec un ongle noir.

— D’accord, dit-il.

Le trajet fut une épreuve.

Pas pour moi. Pour lui.

Dans le tram, les gens s’écartèrent. Pas ostensiblement. Juste ce mouvement fluide et automatique de la foule qui se réorganise autour d’une odeur. Une femme changea de wagon à l’arrêt suivant. Un homme remonta son écharpe sur son nez.

Julien restait debout près de la porte, le regard fixé sur ses chaussures, aussi petit que possible dans son manteau trop grand. Il tenait son duvet roulé sous le bras comme un bagage honteux.

Je me plaçai à côté de lui, très près, exprès. Je ne dis rien. Il ne dit rien non plus.

À un moment, il murmura :

— Tu devrais pas rester à côté de moi. Ils vont penser que tu es avec moi.

— Je suis avec toi.

Il ne répondit pas. Mais je vis sa mâchoire se contracter.

On descendit. On marcha jusque chez Anaïs. L’escalier en bois craqua sous nos pas, ce craquement de vieux bateau, et à mi-chemin Julien s’arrêta.

— Je peux pas.

— Julien.

— Je peux pas monter comme ça chez des gens.

La porte s’ouvrit au-dessus de nous.

— Vous êtes en train de débattre dans mon escalier ou vous montez ? dit Anaïs.

Elle fut parfaite.

C’est le seul mot. Elle ne le regarda pas avec pitié, ne prit pas cette voix douce et penchée qu’on prend pour parler aux gens diminués, ne fit aucun commentaire sur son état. Elle le traita exactement comme elle traitait tout le monde : avec cette franchise pratique qui ne laissait pas de place à la gêne.

— Salut Julien. Ça fait un bail.

— Salut.

— Bon. Le bain est en train de couler, il y a une serviette propre sur le radiateur, et j’ai sorti des vêtements. C’est à mon frère, il les a laissés ici, il fait à peu près ta taille. Prends ton temps, y a pas de limite d’eau chaude.

Julien ouvrit la bouche, probablement pour protester.

— Non, dit Anaïs. Salle de bains. Deuxième porte. Va.

Il y alla.

Il resta quarante minutes. On entendait l’eau couler, s’arrêter, recouler. À un moment, un long silence, et je crois qu’on pensa la même chose toutes les deux sans oser le dire.

Anaïs mit une casserole sur le feu.

— Il a l’air d’aller comment ? dit-elle à voix basse.

— Mal. Vraiment mal.

— Ouais. J’ai vu.

Elle remua ce qui cuisait.

— On lui demande rien ce soir, dit-elle. Il mange, il dort. S’il veut parler il parlera.

Il parla.

Il ressortit méconnaissable.

Rasé, en partie — il avait taillé la barbe avec les ciseaux qu’Anaïs avait laissés en évidence, sans la raser complètement. Les cheveux mouillés, peignés en arrière. Un jean et un pull en laine grise trop grands pour lui.

Et là, enfin, je le reconnus.

Complètement.

Le visage était creusé, vieilli de dix ans, mais c’était lui. C’était Julien.

Je dus me détourner une seconde.

Il mangea. Beaucoup, mais lentement, en s’arrêtant souvent, comme quelqu’un dont l’estomac a rétréci. Anaïs le resservit deux fois sans lui demander son avis.

Puis on s’installa dans le salon. Anaïs sortit une bouteille de vin, en versa trois verres, et personne ne parla pendant un moment.

C’est Julien qui commença.

— Tu veux savoir comment j’en suis arrivé là.

— Seulement si tu veux le dire.

Il regarda son verre. Le fit tourner entre ses doigts.

— Ça va te faire mal, dit-il.

— Dis-le quand même.

Il hocha la tête.

— C’est allé vite, dit-il. C’est ça que les gens comprennent pas. Tout le monde pense qu’on descend par étapes, qu’on a le temps de se rattraper. Non. Ça descend comme un ascenseur dont on a coupé le câble.

Il but une gorgée.

— D’abord, le licenciement. Tu sais que j’ai été viré, ça t’as compris. Mais tu sais pas comment.

— Non.

— Faute grave.

Je le regardai, sans comprendre.

— Faute grave, répéta-t-il. Pas licenciement économique, pas rupture conventionnelle, pas insuffisance professionnelle. Faute grave.

— Mais… pour quoi ?

Il eut un rire bref, sans joie.

— Comportement inapproprié sur le lieu de travail. Avec circonstances aggravantes, parce que c’était pendant les heures de bureau, dans des locaux de l’entreprise, avec un membre du personnel.

Le sang me quitta le visage.

— Les toilettes du troisième, dit-il doucement. Oui. C’est ça.

— Mais c’est moi qui…

— C’est ce que j’ai dit. J’ai dit que c’était consenti, que ça venait autant de toi que de moi, que personne n’avait forcé personne. On m’a répondu que ça ne changeait rien à la nature des faits, et que si je voulais contester, je pouvais toujours demander à l’autre personne concernée de venir témoigner devant le conseil de discipline.

Il me regarda.

— J’ai pas voulu. Je savais dans quelle situation tu étais. Enfin, je savais pas exactement, mais je voyais bien qu’il y avait un truc avec elle. J’allais pas te traîner là-dedans.

Je fermai les yeux.

— Julien.

— Arrête. J’ai fait un choix. C’était mon choix.

— Tu aurais dû…

— J’aurais dû quoi ? Te dénoncer ? Pour sauver quoi ? Mon poste, que j’avais déjà perdu de toute façon ?

Il vida son verre.

— La faute grave, ça veut dire pas de préavis, pas d’indemnité de licenciement. Tu sors le jour même avec un carton. Et pour le chômage, il y a un délai, des démarches, et surtout un dossier qui commence par ces deux mots.

Anaïs, en face, avait posé son verre.

— Le logement, dit-elle.

— Voilà. Le logement.

Il hocha la tête.

— J’avais un prêt. J’avais acheté un an et demi avant, avec ma compagne. Deux salaires. Sauf qu’on s’était séparés en juin et que j’avais racheté sa part, ce qui veut dire que j’assumais tout seul une mensualité calculée pour deux revenus. C’était tendu mais ça passait, avec mon salaire.

Il fit un geste.

— Sans salaire, ça passait plus. J’ai tenu trois mois avec mes économies. Après, deux impayés. Puis trois. La banque a lancé la procédure. Ça a été très rapide, en fait. Beaucoup plus rapide que je pensais.

— Et ta famille ? demandai-je.

— Mon père est mort il y a quatre ans. Ma mère est en maison de retraite et c’est moi qui payais une partie. J’ai un frère à Toulouse avec qui je parle une fois par an à Noël.

Il haussa les épaules.

— J’ai des amis. J’en avais. Mais quand tu leur dis que tu as été viré pour faute grave, comportement inapproprié, avec un collègue, il y a un truc qui se passe dans leur regard. Ils te croient pas complètement. Ou ils te croient, mais ça les met mal à l’aise. Deux ou trois m’ont hébergé une semaine ou deux. Après, tu sens que tu dérange. Alors tu pars avant qu’on te le demande.

Il se tut.

— Mais le pire, reprit-il au bout d’un moment, c’est pas ça. Le pire, c’est le travail. J’ai postulé partout. Vraiment partout. Le même secteur d’abord, parce que c’est là que j’ai quinze ans d’expérience. J’avais un bon CV. Un très bon CV.

Il eut ce rire bref, sans joie.

— Trois entretiens. Trois. Et à chaque fois, la même chose : entretien qui se passe bien, très bien même, on me dit qu’on me rappelle rapidement, et puis plus rien. Silence total. Une fois, j’ai insisté. J’ai rappelé la RH. Elle a été gênée. Elle m’a dit qu’ils avaient pris quelqu’un d’autre. J’ai demandé si c’était lié à mon dernier poste. Elle a hésité une seconde de trop avant de dire non.

Il posa son verre.

— La deuxième fois, c’était un cabinet de recrutement. Le type était direct. Il m’a dit : écoutez, entre nous, il y a un problème sur vos références. Je lui ai demandé lequel. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas en parler. J’ai insisté. Il a fini par lâcher : quand on appelle votre ancienne direction, on n’obtient pas ce qu’on obtient d’habitude.

— C’est-à-dire ?

— C’est-à-dire rien de faux. C’est ça qui est fort. Personne ne dit du mal de moi, personne ne raconte de mensonge, il n’y a rien d’attaquable. Juste… des silences aux bons endroits. Un ton. Quand on demande si on peut recommander Julien Vasseur, il y a une pause de deux secondes avant la réponse. Et cette pause vaut mille mots.

Anaïs et moi échangeâmes un regard.

— Alors j’ai élargi, continua-t-il. Autres secteurs, postes en dessous de mon niveau, intérim. Là, c’est le trou dans le CV qui pose problème. Et puis, à un moment, quand tu n’as plus d’adresse fixe, tu n’as plus de compte qui fonctionne normalement, plus de moyen de recevoir du courrier, plus d’endroit où repasser une chemise. Tu deviens inemployable mécaniquement. Pas parce que tu es incompétent. Parce que tu n’as plus l’infrastructure minimale pour travailler.

Il se passa une main sur le visage.

— Et le dernier truc, c’est le plus con. J’ai postulé dans un bar. Un bar, Éloïse. Serveur. Le patron était sympa, il m’a dit oui, on commence lundi. Le vendredi il m’a rappelé pour annuler. Il m’a dit qu’un de ses habitués lui avait dit un truc sur moi. Il a pas voulu préciser.

— Un habitué ?

— Un habitué. Dans un bar à trois kilomètres de mon ancien bureau.

Le silence tomba dans le salon.

C’est Anaïs qui posa la question.

— Tu penses que c’est elle.

Julien la regarda. Puis moi.

— Je pense que je n’ai aucune preuve, dit-il lentement. Aucune. Et je veux être précis là-dessus, parce que je me suis assez rendu fou tout seul.

Il compta sur ses doigts.

— Un : un licenciement pour faute grave pour un fait qui aurait pu être traité en avertissement. C’est légal, c’est discutable, ça arrive.

— Deux : des références détruites. Ça arrive aussi. Les entreprises se protègent.

— Trois : un patron de bar qui annule après avoir parlé à un client. Ça peut être une coïncidence. Un type qui m’a vu dormir dehors, qui a dit qu’il y avait un clochard qui postulait.

Il baissa la main.

— Chaque élément pris séparément est explicable. Mis bout à bout, dans cet ordre, en trois mois, sur quelqu’un qui a couché avec l’assistante de la directrice… je sais pas. Je sais vraiment pas.

Je pris la parole, et ma voix ne m’appartenait plus tout à fait.

— Julien. Le jour où tu es parti. Combien de temps après notre… après les toilettes ?

Il réfléchit.

— Cinq jours. Peut-être six.

Je fermai les yeux.

— Quoi ? dit Anaïs.

— Je le lui ai dit, murmurai-je. Je le lui ai avoué un soir chez elle. J’ai résisté une semaine et j’ai fini par lui dire. Et deux jours après, sa chaise était vide.

Julien ne dit rien.

— Deux jours, répétai-je.

— Ça veut dire qu’elle a agi vite, dit Anaïs. Ça veut pas dire qu’elle a agi.

— Non, dit Julien. Mais il y a autre chose.

On le regarda.

— Le conseil de discipline. Il y avait trois personnes. La DRH, un représentant du personnel, et un directeur. C’était elle.

— Madame Steiner présidait ton conseil de discipline ?

— Elle a demandé à y siéger. C’est ce que la DRH m’a dit. Elle a dit que vu la nature des faits, elle préférait s’impliquer personnellement.

Il eut un sourire épuisé.

— Elle m’a regardé pendant vingt minutes sans dire un mot. À la fin, elle a posé une seule question. Elle m’a demandé si je regrettais.

— Et tu as dit quoi ?

Il me regarda dans les yeux.

— J’ai dit non.

Je posai mon verre parce que ma main tremblait.

— Julien.

— Quoi ?

— Pourquoi tu as dit non ?

Il haussa les épaules, et sa voix se cassa un peu pour la première fois de la soirée.

— Parce que c’était vrai.

On but le reste de la bouteille en silence.

Anaïs alla préparer le canapé, sortit une couette, un oreiller, avec cette efficacité qui évitait les remerciements.

Julien se leva pour l’aider et elle lui dit de se rasseoir.

Avant qu’on aille se coucher, je m’accroupis devant lui comme je m’étais accroupie sous le lampadaire.

— Je suis désolée, dis-je. Pour tout. Pour ce qui t’est arrivé, pour ne pas t’avoir reconnu, pour t’avoir laissé porter ça tout seul pendant des mois.

Il posa sa main sur mon bras. Ses doigts étaient encore abîmés, mais propres maintenant.

— Écoute-moi bien, dit-il.

Il attendit que je le regarde.

— Tu ne m’as rien fait. Tu m’entends ? Rien. On était deux dans ces toilettes. J’y suis entré tout seul, personne m’a poussé. Et si c’est elle qui a fait ce qui a suivi, c’est elle qui l’a fait, pas toi.

— Si je ne lui avais rien dit…

— Alors tu vivrais avec un mensonge et elle aurait trouvé autre chose. Les gens comme elle trouvent toujours autre chose.

Il serra un peu mon bras.

— Je t’en veux pas. Je t’en ai jamais voulu. Pas une seconde, pas un jour.

Et c’est exactement ça qui était insupportable.

S’il m’avait hurlé dessus, si m’avait accusée, si m’avait dit qu’il avait tout perdu à cause de moi, j’aurais pu me défendre. Argumenter. Répartir la faute.

Là, il n’y avait rien à quoi s’opposer. Juste un homme épuisé, dans un pull qui n’était pas le sien, qui refusait de me faire porter ce qu’il portait.

Je pleurai. Il me laissa pleurer sans rien dire.

Plus tard, dans la chambre, à voix basse.

— Il faut qu’on l’aide, dit Anaïs.

— Je sais.

— Je veux dire vraiment. Pas une nuit. Il peut rester ici le temps qu’il faut. Il faut lui refaire une adresse, un compte, des papiers. Sans ça il ne s’en sortira jamais.

— Tu ferais ça ?

Elle me regarda dans le noir.

— C’est pas une question.

Je me tournai vers le plafond.

— Anaïs.

— Oui.

— Elle a démoli la vie d’un homme parce qu’il m’a touchée.

Anaïs ne répondit pas tout de suite.

— On n’en est pas sûres, dit-elle enfin. Il l’a dit lui-même.

— Non. On n’en est pas sûres.

Je fixai l’obscurité.

Et une pensée s’installa, très calme, très nette, celle qui allait tout changer :

Si elle a fait ça pour Julien, elle le fera pour toi.

Je tendis la main dans le noir et je trouvai celle d’Anaïs.

Je la serrai plus fort que nécessaire.

Les avis des lecteurs

L'avis d'un lecteur :
Épisode après épisode je suis émerveillé par la qualité de ce récit qui devient de plus en plus prenant. Impossible de ne pas s'attendrir devant
Éloïse et encore plus impossible de ne pas admirer Anaïs face à sa passion, son écoute, son dévouement, son abnégation.


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