Le Contrat - Chapitre 36: Le quatrième territoire

- Par l'auteur HDS Pelec -
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Récit libertin : Le Contrat - Chapitre 36: Le quatrième territoire Histoire érotique Publiée sur HDS le 13-08-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Le Contrat - Chapitre 36: Le quatrième territoire
Quatre jours.

Quatre jours pendant lesquels rien ne changea en surface. Anaïs ne relança pas, ne fit aucune allusion, ne laissa rien filtrer dans les regards qu’on échangeait au-dessus des écrans. Elle avait dit à ton rythme et elle le pensait, avec cette droiture qui était sa manière d’être fidèle à sa parole même quand personne ne vérifiait.

Mais sous la surface, tout était chargé.

Chaque fois qu’elle passait près de mon poste, chaque fois qu’on déjeunait ensemble en parlant d’autre chose, chaque fois qu’on se croisait dans un couloir et qu’on se saluait avec la neutralité parfaite qu’on s’était imposée, il y avait cette chose entre nous qui existait sans être dite. Un accord. Une porte entrouverte que personne n’avait encore franchie.

Le vendredi, en fin d’après-midi, je lui écrivis.

Ce soir ?

La réponse arriva en moins d’une minute.

Chez moi. 20h. Je t’envoie l’adresse.

Son immeuble était modeste, du genre qu’on croise partout sans les remarquer. Troisième étage, pas d’ascenseur, un escalier en bois qui craquait. Je montai lentement, le cœur battant d’une façon que je ne contrôlais pas, avec cette conscience aiguë de franchir quelque chose.

Elle ouvrit avant que j’aie frappé.

— Je t’ai entendue dans l’escalier, dit-elle. Il craque comme un vieux bateau.

Son appartement était petit, chaleureux, encombré de façon organisée. Des livres partout, sur des étagères et en piles au sol. Une lumière basse. Des plantes qui avaient l’air d’être vivantes depuis longtemps. Une odeur de thé et de bois.

Je restai un instant dans l’entrée, à regarder.

Ce lieu n’appartenait à personne d’autre. Pas à Madame Stella, avec son marbre froid et son ordre chirurgical. Pas au bureau, avec ses moquettes grises et ses badges. Pas non plus à Naïma, dont l’appartement chaud avait été un refuge d’un soir, acheté, délimité par un tarif horaire.

Ici, c’était autre chose. Un quatrième territoire. Le premier qui soit vraiment partagé.

— Tu veux boire quelque chose ? dit Anaïs.

— Pas tout de suite.

Elle hocha la tête. Ne demanda pas d’explication. Elle referma la porte derrière moi, resta là, à un mètre, à me regarder avec cette attention franche qui ne réclamait rien.

Je fis le pas.

Je posai ma main sur sa joue, et je l’embrassai.

Ce fut simple.

C’est ce qui me frappa, dans la première seconde et dans toutes celles qui suivirent. Ce fut simple. Pas de cadre, pas d’ordre, pas de position à tenir, pas de respiration basse à trouver. Juste sa bouche sur la mienne, tiède, douce, patiente, et ses mains qui trouvèrent ma taille sans se presser.

Elle ne mena pas. Elle suivit, elle accompagna, elle me laissa décider du rythme. Et cette liberté-là, après tous ces mois où chaque geste avait été dicté, m’était si étrangère que j’en fus presque désorientée. Il fallut plusieurs secondes pour que mon corps comprenne qu’il pouvait choisir.

Alors il choisit. J’approfondis le baiser. Elle répondit, exactement à la mesure de ce que je donnais, ni plus ni moins.
On dériva vers la chambre sans que ce soit décidé. Les gestes se firent moins prudents. Elle retira son pull, je défis les boutons de ma blouse, et à un moment ses doigts trouvèrent la fermeture de ma jupe.

Je me raidis.

Elle s’arrêta immédiatement.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Je ne répondis pas tout de suite. La honte était montée d’un coup, chaude, envahissante, et je restai plantée là au milieu de sa chambre à chercher comment dire une chose que j’avais pourtant déjà dite.

— La cage, dis-je enfin.

— Je sais.

— Tu sais parce que je te l’ai dit dans un bar. C’est pas pareil.

Elle comprit. Je vis qu’elle comprenait exactement.

— Tu veux qu’on arrête ?

— Non.

— Tu veux garder la jupe ?

— Non, dis-je. Je veux juste… j’ai honte. C’est tout. J’ai honte et il faut que ça passe.

Elle hocha la tête. Puis elle s’assit sur le bord du lit, sans se rapprocher, en me laissant l’espace.

— Prends le temps qu’il faut, dit-elle. Je bouge pas.

Je restai debout une longue seconde. Puis je fis descendre la jupe, les collants, et je me redressai devant elle, exposée, avec ce métal sur moi qui appartenait à quelqu’un d’autre.

Anaïs regarda. Franchement, sans détourner les yeux, sans les écarquiller non plus. Elle regarda comme on regarde une réalité qu’on a besoin de comprendre.

— D’accord, dit-elle simplement.

Pas de commentaire. Pas de gêne. Pas de cette compassion humide qui aurait tout gâché.

— Viens là.

Je vins. Elle m’attira contre elle, m’embrassa à nouveau, et la honte se dissipa lentement, non pas parce qu’elle m’avait rassurée avec des mots mais parce qu’elle n’en avait pas fait un événement.

On s’allongea. Elle m’embrassa longtemps, le cou, l’épaule, la clavicule, avec une lenteur qui n’avait rien de technique.

Puis elle s’écarta légèrement et me regarda.

— Dis-moi ce qui marche, dit-elle. Pour toi. Avec ça.

Elle désigna la cage d’un mouvement du menton, sans détour, avec la même simplicité pratique qu’elle mettait à parler d’un dossier.

Je restai silencieuse un instant.

— Il y a des choses qui marchent, dis-je. Ce n’est pas comme si je ne ressentais rien. C’est même l’inverse. Mon corps a appris à ressentir autrement, ailleurs.

— Où ?

— L’intérieur. La prostate. Il y a un plaisir là qui n’a rien à voir avec le reste et qui peut être… énorme.

Elle m’écoutait, attentive, comme quelqu’un qui prend des notes mentalement.

— Comment ?

Je ne répondis pas tout de suite.

— Il y a plusieurs façons, dis-je. Les doigts, ça marche. Un gode, aussi. Ça dépend de l’angle, surtout. Et du temps qu’on y met.

— D’accord. Mais tu m’as dit énorme. Ça, c’est pas énorme. Ça, c’est correct.
Je détournai les yeux. Elle attendit, sans insister, avec cette patience qui obligeait plus sûrement qu’une question.

— Il y a autre chose, dis-je enfin. Mais je sais pas si…

— Dis-le.

— C’est pas quelque chose qu’on demande à quelqu’un la première fois.

— On n’est pas dans un manuel, dit-elle. Y a que nous deux ici. Dis-le.

Je respirai. Je pensai à Naïma. À cet appartement chaud, à cette main généreuse, à cette vague qui m’avait emportée jusqu’au bord de l’inconscience.

— Le poing, dis-je. Le fist. C’est ça qui est énorme.

Le mot resta un instant entre nous. Anaïs ne cilla pas, mais je vis quelque chose passer sur son visage, une hésitation honnête.

— J’ai jamais fait ça, dit-elle.

— Je sais.

— Je veux pas te faire mal.

— Alors je vais t’expliquer.

Et ce fut ça, le renversement. Ce moment précis où, allongée dans un lit qui n’était pas le mien, avec quelqu’un qui n’attendait aucun ordre de moi, je me mis à enseigner quelque chose au lieu de l’apprendre.

Je lui expliquai. Le lubrifiant, beaucoup, plus qu’elle ne pensait. La progression, doigt par doigt, sans jamais forcer. La façon de replier le pouce dans la paume au moment du passage. Et surtout : ne jamais avancer contre le corps, seulement avec lui. Attendre le moment où la résistance fond d’elle-même.

— Tu sauras, dis-je. Tu sentiras quand je m’ouvre. Si tu forces, ça ne marchera pas. Si tu attends, ça viendra tout seul.
— Et si je fais mal ?

— Je te le dirai. Et tu t’arrêteras.

— Promis ?

— Promis.

Elle prit le temps de tout entendre. Puis elle se pencha et m’embrassa encore, différemment cette fois, avec quelque chose de plus grave.

— D’abord toi, dit-elle. Après, moi.

— Non, dis-je. D’abord toi.

Elle me regarda, surprise.

— Pourquoi ?

— Parce que je veux. Parce que personne ne me l’a demandé et que je veux.

Elle comprit ce que ça signifiait. Elle ne discuta pas.

Elle s’allongea sur le dos, retira ce qui lui restait, et écarta les jambes avec une simplicité qui me bouleversa. Aucune mise en scène. Aucune performance. Juste une femme qui s’ouvrait à quelqu’un en qui elle avait décidé d’avoir confiance.

Je descendis entre ses cuisses.

Et ce que je fis là, je le fis pour elle. Pas sur ordre, pas pour prouver ma tenue, pas pour être évaluée par un regard vert qui compterait les fautes. Pour elle. Parce que je le voulais.

Je pris le temps de la regarder d’abord, ce que Madame Stella ne m’avait jamais autorisée à faire. Sa peau plus claire à l’intérieur des cuisses, la façon dont son ventre montait et descendait, cette impatience qu’elle ne cachait pas.

Je posai d’abord ma bouche sur l’intérieur de sa cuisse. Elle eut un sursaut minuscule.

— Tu me fais attendre, dit-elle, moitié rire moitié plainte.

— Oui.

Je remontai lentement. J’embrassai le pli de l’aine, l’os de la hanche, redescendis de l’autre côté. Elle bougea sous moi, chercha à orienter mon visage, et je résistai juste ce qu’il fallait pour que le désir monte encore.

Puis je posai ma bouche sur elle.

Son goût me traversa, différent de celui que je connaissais, moins salé, plus rond, plus doux, quelque chose de presque sucré au fond. Je fermai les yeux. Je m’y installai comme dans quelque chose qu’on a le droit d’aimer.

Je travaillai lentement d’abord. Langue plate, large, sans chercher le point précis, juste pour installer la chaleur. Elle soupira, laissa retomber sa tête sur l’oreiller. Je sentis son bassin se relâcher, s’ouvrir davantage.

Alors je remontai vers le clitoris. Un premier contact léger, à peine, qui la fit se cambrer.

— Oh, gémit-elle.

Je le pris entre mes lèvres, doucement, sans pression, et je le caressai du bout de la langue en cercles lents. Madame Stella m’avait appris ça, la précision, la lecture des réactions, l’art d’ajuster au millimètre. J’avais appris cette technique dans un cadre qui n’avait rien à voir avec de la tendresse, et je la détournais maintenant vers quelque chose qui était entièrement un don.

Je lus son corps. La façon dont sa respiration s’accrochait quand je remontais un peu à gauche. Le frémissement de ses cuisses quand j’alternais entre pointe et surface. Je trouvai son rythme et je m’y tins.

Elle gémit. Sans se contrôler, sans mesurer, sans cette maîtrise glacée que Madame Stella conservait jusque dans son plaisir. Anaïs, elle, lâchait tout. Elle disait des choses sans queue ni tête, des oui, des putain, mon prénom deux fois de suite.

Ses mains trouvèrent mes cheveux. Elles ne guidaient pas. Elles s’accrochaient.

J’accélérai à peine. Je glissai deux doigts en elle, chauds, doux, et je les recourbai vers l’avant pendant que ma bouche continuait. Elle poussa un son plus grave, plus profond.

— Là, dit-elle. Bouge pas. Comme ça.

Je ne bougeai pas. Je tins exactement ça, exactement à ce rythme, pendant que je sentais tout son corps se rassembler vers un point unique. Ses cuisses se refermèrent contre mes joues. Son ventre se creusa. Ses doigts se crispèrent dans mes cheveux jusqu’à tirer.

Elle jouit dans un cri qu’elle ne retint pas, bruyant, désordonné, la tête renversée, le dos décollé du lit, entièrement livrée à ce qui la traversait.

Je restai. Je ralentis, je l’accompagnai dans la descente, je sentis les dernières contractions contre ma langue, et je ne me retirai que lorsqu’elle me repoussa doucement, trop sensible.

Elle mit du temps à revenir. Un bras sur les yeux, la poitrine haletante.

— D’accord, dit-elle enfin. D’accord. Wow.

Je remontai près d’elle.

Elle ne me laissa pas m’installer. Elle attrapa mon visage à deux mains, et elle m’embrassa.

Un baiser affamé, sans retenue, dans lequel elle mit tout ce qu’elle ne savait pas dire. Elle se moquait complètement d’y retrouver son propre goût. Au contraire, elle vint le chercher, sa langue trouva la mienne pour le prendre, le partager, comme si ce goût entre nous était devenu quelque chose qui nous appartenait à toutes les deux.

Elle roula à moitié sur moi, ses mains dans mes cheveux, sa bouche qui ne lâchait pas. C’était un remerciement, mais pas poli, pas mesuré. Un remerciement du corps entier.

Quand elle s’écarta enfin, elle était essoufflée.

— À ton tour, dit-elle.

Elle prit son temps. Beaucoup de temps.

Elle suivit tout ce que j’avais dit, avec une application qui aurait pu être maladroite et qui ne l’était pas, parce qu’elle écoutait. Un doigt d’abord, longtemps, jusqu’à ce que mon corps s’installe. Puis deux. Elle me demandait, régulièrement, si ça allait, et le fait de pouvoir répondre, de pouvoir dire encore ou attends, changeait tout.

— Là, dis-je à un moment. Un peu plus haut. Voilà.

Elle trouva. Le plaisir monta, chaud, profond, et je m’entendis gémir sans retenue pour la première fois depuis très longtemps.

— Un troisième, dis-je.

Elle ajouta. La plénitude s’élargit.

Et je remarquai immédiatement la différence.

Sa main était plus petite. Plus fine que celle de Madame Stella, plus étroite que celle de Naïma. Les trois doigts d’Anaïs prenaient moins de place, s’installaient plus facilement, glissaient avec une aisance que je n’avais pas connue. Ce n’était pas moins bon. C’était différent : moins écartelant, plus mobile, plus précis. Une main qui pouvait bouger à l’intérieur de moi au lieu de simplement l’occuper.

— Ça va ? dit-elle.

— Oui. Beaucoup. Mets le quatrième.

Elle hésita une seconde.

— Vas-y. Doucement. Rentre-le contre les autres, pas à côté.

Elle rajouta du lubrifiant, aligna le quatrième doigt, et poussa avec cette lenteur appliquée de quelqu’un qui suit une consigne à la lettre. Je sentis le passage du bord, cette pression plus large, cette limite intérieure qui dit non par réflexe.

— Attends.

Elle s’immobilisa net.

Je respirai. Long. L’expiration qui lâche. Et sur cette expiration, le quatrième doigt trouva sa place.

— Voilà, soufflai-je. Voilà.

Mon corps s’ouvrait sans se battre, parce que rien ne le forçait, parce qu’il n’y avait aucune leçon à apprendre, aucune preuve à donner, aucune évaluation au bout.

— Je peux ? dit-elle enfin.

— Oui. Doucement. Replie le pouce dans la paume. Et attends que je lâche.

Elle attendit. Elle ne poussa pas.

La première tentative ne passa pas.

Elle appuya, régulièrement, mais quelque chose en moi se verrouilla et sa main resta bloquée au point le plus large. Elle recula immédiatement.

— Ça a pas marché.

— C’est normal. Recommence.

— T’es sûre ?

— Certaine. Remets du lubrifiant.

Elle en remit, généreusement. Le froid me fit frissonner. Elle revint, plus lentement encore.

Et à la deuxième tentative, elle poussa trop tôt.

Une douleur vive me traversa, sèche, aiguë, et je me contractai d’un coup.

— Attends, dis-je. Stop.

Elle s’arrêta net, la main immobile, le visage inquiet dans la pénombre.

— Je t’ai fait mal. Merde, je t’ai fait mal.

— Un peu. C’est rien. Écoute-moi.

— Éloïse, je crois que je devrais pas…

— Écoute-moi.

Elle se tut.

— Tu as poussé au moment où je me refermais. C’est ça l’erreur. Tu peux pas suivre ton rythme, tu dois suivre le mien. Quand je serre, tu attends. Tu attends même si ça dure trente secondes. Et au moment où je m’ouvre, tu le sens, et là seulement tu avances.

— Comment je sens ?

— Tu sentiras. Ça se relâche d’un coup. C’est très net.

Elle hocha la tête, lentement.

— D’accord.

— Et arrête d’avoir peur. C’est pas fragile, ce que tu touches. C’est juste vivant. Ça a besoin d’être respecté, pas ménagé.

Quelque chose changea dans son visage. Elle prit une inspiration, et je vis la nervosité tomber.

— D’accord, répéta-t-elle. On y va.

Cette fois, elle fit exactement ce que j’avais dit.

Elle avança par fractions minuscules, en s’arrêtant à chaque micro-résistance. Quand mon corps disait non, elle attendait. Elle ne bougeait pas d’un millimètre. Elle laissait passer le réflexe.

— Respire, dit-elle. Doucement.

Et c’est elle qui me guidait maintenant, avec ces mots simples, tandis que sa main patientait à la frontière.

Ça dura longtemps. Bien plus longtemps qu’avec Naïma, qui savait faire. Bien plus longtemps qu’avec Madame Stella, qui imposait. Anaïs, elle, apprenait, en direct, sur moi, et cette lenteur maladroite devint quelque chose que je n’avais jamais eu : une progression construite à deux.

Elle sentit le relâchement avant que je l’annonce.

— Là, dit-elle, à voix basse.

— Oui. Maintenant.

Sa main passa.

Sans déchirure. Sans forcer. Dans une bascule douce, presque silencieuse, une capitulation propre qui ne ressemblait à aucune des deux autres fois.

Je poussai un souffle trop plein.

Et la sensation qui monta n’était pas exactement celle de Naïma. Sa main plus fine occupait moins d’espace, laissait plus de place au mouvement, à l’intérieur. Ce n’était pas cette plénitude écrasante, totale, qui saturait tout. C’était plus mobile. Plus fin. Plus intime, presque.

Et il y avait dedans quelque chose que je n’avais eu avec personne : la conscience aiguë que la personne qui me tenait ainsi tenait aussi à moi.

Elle resta immobile d’abord, effrayée de sa propre réussite.

— Ça va ? dit-elle. Vraiment ?

— Vraiment.

— Qu’est-ce que je fais maintenant ?

— Rien. Reste. Laisse-moi m’installer.

Elle attendit. Une minute peut-être. Je sentis mon corps se réorganiser autour d’elle, la douleur résiduelle se dissoudre, la chaleur se répandre.

— Maintenant tourne. Très peu. Comme une aiguille de montre.

Elle tourna.

Le plaisir explosa.

Ce ne fut pas progressif. Ce fut immédiat, brutal, une onde qui partit du centre de moi et envahit tout en une seconde. Je criai. Elle s’arrêta.

— Non, dis-je. Non, continue. Continue.

Elle recommença. La même rotation minuscule, et la même onde, plus forte encore.

— Là, haletai-je. Exactement là. Encore.

Elle prit confiance. Elle trouva le geste, le répéta, l’ajusta d’elle-même en lisant mes réactions. Ses doigts, à l’intérieur, appuyèrent contre quelque chose et le monde se réduisit à ce point unique.

Le plaisir montait par paliers, chacun plus haut que le précédent, sans jamais redescendre. Je perdis le fil des mots. Je crois que je répétais son prénom.

— T’es magnifique, dit-elle quelque part au-dessus de moi. Sa voix tremblait.

Et ce fut peut-être ça, ces trois mots, plus que le geste, qui firent tout basculer.

La vague monta une dernière fois et ne s’arrêta plus. Elle m’emporta entièrement, malgré le métal, malgré la contrainte. Mon sperme coula, abondant, incontrôlable, s’échappant de la cage en un flot continu que rien ne retenait, tandis que l’orgasme prostatique déferlait dans tout mon corps en vagues successives.

Ma vision se brouilla. Le monde se rétracta. Je sentis mon esprit vaciller au bord de quelque chose.

Puis je revins, lentement, par morceaux, le souffle haché, les joues mouillées sans que je sache quand j’avais pleuré.

Anaïs retira sa main avec une douceur infinie, millimètre par millimètre, exactement comme je le lui avais expliqué.

Puis elle s’allongea contre moi, une paume sur mon ventre, en silence.

On resta longtemps sans parler.

La chambre était sombre, le lit chaud, et le corps encore vibrant de tout ce qui l’avait traversé. Anaïs jouait distraitement avec une mèche de mes cheveux, celles que Madame Stella avait choisies.

— Je peux te poser une question ? dit-elle.

— Oui.

— Tu te vois où, dans un an ?

Je ne répondis pas.

Pas par refus. Parce que je n’avais pas de réponse. Parce qu’en cherchant, honnêtement, dans ma tête, je m’aperçus que mon horizon s’arrêtait au prochain message. Vingt heures. Tenue. Deux invités. Mon avenir tenait dans l’intervalle entre deux convocations, et au-delà il n’y avait rien. Pas un projet, pas une image, pas même un désir formulé.

Un an. Je n’y avais jamais pensé.

— Je ne sais pas, dis-je enfin. Ma voix était plus faible que je ne l’aurais voulu.
Anaïs ne combla pas le silence. Elle continua à jouer avec ma mèche, doucement.

— Je te demande pas ça pour te pousser quelque part, dit-elle après un moment. C’est pas un test, et j’attends pas une réponse.

Elle se redressa légèrement, chercha mes yeux dans la pénombre.

— Je serai là, dit-elle. Quoi que tu décides. Y compris si tu décides que rien ne change.

Je la regardai.

— Tu comprends ce que je te dis ? C’est pas conditionnel. Je te propose pas un marché. Je suis pas en train de t’acheter avec de la gentillesse pour que tu la quittes.

— Je sais, dis-je.

Et je le savais. C’était bien ça le plus déstabilisant.

Je rentrai chez moi vers deux heures du matin.

Les rues étaient vides, le froid piquant, la ville dans ce silence particulier des nuits d’hiver. Je marchai jusqu’au tram, puis je regardai défiler les arrêts par la vitre.

Quelque chose avait changé et je le savais.

Naïma avait été une soirée. Une preuve, une découverte, mais une chose isolée, refermée sur elle-même. Ce qui venait de commencer avec Anaïs n’était pas une soirée. Ça allait durer. Se répéter. Prendre de la place. Il y aurait d’autres vendredis, d’autres escaliers qui craquent, d’autres conversations dans le noir.

Et ça, Madame Stella l’ignorait.

Je pensai à Julien. À la chaise vide. Au message court. Au risque que je faisais courir à quelqu’un qui ne m’avait rien demandé.

Puis je pensai à cette question qui n’avait pas de réponse.

Tu te vois où, dans un an ?

Le tram s’arrêta. Je descendis. Je marchai jusqu’à chez moi dans l’air glacé, et pour la première fois depuis très longtemps, je me surpris à essayer d’imaginer quelque chose au-delà du prochain message.

Je n’y arrivai pas.

Mais j’essayai. Et le fait d’essayer, ça, c’était nouveau.

Les avis des lecteurs

Histoire Erotique
Un régal !
Nico

Histoire Erotique
Eh bien voilà une relation qui commence très fort ...

Histoire Coquine
Magnifique toujours, merci



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