Le feu sur la glace (17)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le feu sur la glace (17)
Chapitre 17
Les mois qui ont suivi Cortina n'ont été qu'un long tunnel de douleur et d'extase. À Paris, sous la verrière de Bercy, Viktor nous a poussés dans nos derniers retranchements. Chaque matin, le froid de la glace nous rappelait que l'argent de nos médailles passées ne comptait plus. Seul l'or olympique importait.
Nous sommes arrivés à Tallinn pour les Championnats d’Europe avec une aura de prédateurs. La veille de la compétition, lors de l’entraînement officiel, la patinoire était plongée dans une semi-pénombre. Connor était tendu, je sentais ses muscles vibrer contre les miens lors de notre porté signature. Viktor, au bord de la balustrade, nous fixait comme un juge suprême.
— « Ne cherchez pas la perfection technique ce soir, » nous a-t-il lancé, sa voix résonnant dans l'arène vide. — « Cherchez la rupture. Je veux que demain, quand la musique s'arrêtera, le public ait l'impression d'avoir été percuté par un train. »
Nous avons quitté la glace sans un mot, conscients que l’heure de vérité approchait. Le lendemain, l’ambiance dans les vestiaires était électrique. Les rumeurs circulaient déjà sur notre choix de programme. Quand nous sommes sortis pour l’échauffement, le silence est tombé, brutal.
Nos costumes étaient une déclaration de guerre. Finis les voiles et les paillettes classiques. Nous étions moulés dans des combinaisons de cuir synthétique noir mat, ultra-légères, soulignées par des sangles architecturales qui mettaient en valeur chaque muscle de nos torses. Nous ressemblions à deux guerriers d’une autre époque, sombres, dangereux, d'une virilité provocante.
Le présentateur de la télévision internationale, dont j’entendais le murmure dans les haut-parleurs de l'arène, semblait totalement désarçonné : — « Mesdames et messieurs, nous assistons à une révolution visuelle. Herwann et Connor viennent de briser tous les codes du patinage artistique. Regardez ces tenues... c'est d'une audace folle. »
La musique a démarré. Les premières notes de "Personal Jesus" de Depeche Mode, réarrangées avec des cordes industrielles et des percussions lourdes, ont fait vibrer les tribunes. Le public était abasourdi. On ne patinait plus sur de la dentelle, on boxait avec la glace.
— « Regardez cette puissance ! » s'est exclamé le commentateur, la voix montant dans les aigus. — « Ils ne glissent pas, ils déchirent la surface ! La vitesse d'entrée sur le premier porté est absolument phénoménale ! »
Nous étions en transe. Chaque croisement, chaque regard était chargé de l'intensité de nos nuits passées. Nous étions si proches que l'odeur de nos peaux se mélangeait à celle de la glace vive.
Mais à mi-parcours, alors que nous lancions la séquence de sauts la plus complexe de l'histoire du patinage, le Triple Axel - Euler - Triple Salchow, la fatigue accumulée s'est invitée sans prévenir.
Connor a amorcé sa rotation avec un millième de seconde de retard. À la réception, son patin a mordu la glace un peu trop fort. J'ai vu son corps vaciller. Instinctivement, j'ai tendu le bras pour le stabiliser, un geste de protection qui nous a fait perdre notre synchronie parfaite pendant un battement de cœur.
— « Oh non ! Une petite hésitation sur la réception pour Connor ! » a crié le présentateur. — « Herwann a tenté de compenser, mais les juges vont forcément le voir. Quel dommage, c'était un sans-faute jusque-là ! »
Nous avons terminé le programme dans une explosion de percussions, nos corps haletants, debout au centre de la piste. Le public, malgré l'erreur, a explosé dans une ovation debout qui a duré des minutes entières. Les gens n'avaient jamais vu une telle passion, une telle bestialité artistique.
Pourtant, le verdict est tombé, implacable. Les notes techniques ont chuté à cause de ce léger déséquilibre.
— « Les résultats s'affichent... Les Français sont deuxièmes ! À seulement soixante-cinq centièmes de point derrière les Russes ! »
Sur le podium, l'ambiance était lourde. Ivanov, sur la première marche, affichait un sourire carnassier, mais ses yeux trahissaient sa peur. Il savait qu'il avait gagné sur un détail, pas sur le talent. En nous remettant la médaille d'argent, je sentais le poids de la déception chez Connor. Une fois dans l'intimité du vestiaire, il a laissé tomber sa tête contre mon épaule.
— « C'est ma faute, Herwann... J'ai glissé. Tout ce travail pour finir derrière lui. »
Je l'ai pris par le menton, le forçant à me regarder. Mes yeux ne reflétaient que de la fierté.
— « Regarde-moi, Connor. On ne finit pas derrière lui, on est juste en train de lui laisser un faux sentiment de sécurité. On a traumatisé tout le panel de juges avec ce programme. Le monde entier ne parle que de nous, pas de leur programme ennuyeux. »
Viktor est entré à ce moment-là, sa canne résonnant sur le carrelage. Il ne semblait pas déçu le moins du monde.
— « Bien, » a-t-il dit d'un ton sec. — « Vous avez fait une erreur de débutants. C'est la meilleure chose qui pouvait vous arriver. »
Connor l'a regardé, incrédule : — « La meilleure chose ? On a perdu l'or européen, Viktor. »
— « Vous avez gagné bien plus, » a répliqué le vieux lion. — « Vous avez prouvé que même avec une faute, vous êtes les seuls à pouvoir faire trembler les Russes. Si vous aviez gagné ici, vous vous seriez relâchés. Là, vous allez rentrer à Paris avec une rage que personne ne pourra éteindre. Les JO ne sont pas dans un mois, ils sont déjà là, dans vos têtes. »
Il a marqué une pause, nous fixant l'un après l'autre.
— « Habillez-vous. On a un avion à l'aube. Ivanov croit qu'il a repris la main. On va le laisser le croire jusqu'à ce qu'on arrive au village olympique. On ne va pas là-bas pour participer, on va là-bas pour les anéantir. Vous êtes qualifiés, c'est tout ce qui compte. »
Le retour à Paris fut plus brutal que prévu. La médaille d'argent de Tallinn avait agi comme un séisme dans le milieu du sport français. Les médias, qui nous encensaient la veille, commençaient déjà à douter. Pour répondre à la polémique, nous avions accepté l'invitation de la plus grande émission sportive du pays, un plateau de direct où chaque mot serait disséqué.
La lumière des projecteurs était aveuglante. Le présentateur, un homme au sourire carnassier, nous fixait avec une fausse empathie qui me donnait la nausée.
— « Alors, Herwann, Connor... Cette deuxième place à Tallinn. Pour beaucoup, c'est un signal d'alarme. Est-ce que le "couple d'or" a perdu de sa superbe au pire moment possible ? »
Je sentais Connor se crisper à mes côtés. Il fixait le moniteur qui repassait en boucle l'erreur technique du saut.
— « On parle d'une erreur de réception, une perte de synchronisation flagrante, » continuait le journaliste avec une allusion médiocre. « Est-ce que votre relation, si fusionnelle, ne deviendrait pas un poids ? On se demande si l'or olympique est encore un objectif réaliste ou si Ivanov a définitivement pris l'ascendant psychologique sur vous. »
— « Une médaille d'argent reste une médaille, » répondis-je d'un ton sec. « Et l'ascendant d'Ivanov n'existe que dans vos colonnes. Nous savons exactement ce qu'il nous reste à faire. »
Mais le mal était fait. Pendant trente minutes, ils nous ont cuisinés sur notre capacité à tenir la pression, remettant en cause chaque décision de Viktor.
Une fois l'émission terminée, nous avons regagné notre loge privée. Dès que la porte se referma, Connor s'effondra sur le canapé en cuir, la tête entre les mains.
— « Ils ont raison, Herwann... Tout le monde a vu que j'ai flanché. Si je rate encore aux JO, je vais détruire ta carrière. On ne gagnera jamais cet or si je suis aussi instable. »
Je m'approchai de lui, le cœur serré par son défaitisme. Je m'assis à ses côtés et je pris son visage entre mes mains, l'obligeant à me regarder.
— « Écoute-moi bien. On s'en fiche de ce qu'ils disent. Ce sont des vautours. Tu es le meilleur partenaire que j'aie jamais eu, et on va décrocher cet or ensemble. Tu m'entends ? Personne ne nous arrêtera. »
Je commençai à masser ses épaules, puis ma main descendit lentement, avec une intention claire, pour venir frotter fermement son entrejambe à travers son pantalon de costume. Je sentis son souffle se couper.
— « Herwann... qu'est-ce que tu fais ? On est dans une loge de télé, on pourrait nous entendre... » murmura-t-il, les yeux écarquillés.
Je ne répondis pas par des mots. J'écrasai mes lèvres contre les siennes dans un baiser sauvage, ma main continuant son massage insistant sur son érection naissante. D'un geste fluide, je dézippai sa braguette. Le bruit métallique de la fermeture éclair sembla résonner dans le silence de la pièce.
J'introduisis ma main à l'intérieur, sentant la chaleur brûlante de son sexe. Je commençai à malaxer sa queue, sentant les veines pulser sous mes doigts. Connor lâcha un gémissement étouffé, sa tête basculant en arrière contre le dossier du canapé.
— « Tu es fou... Herwann, on va se faire prendre... »
Je continuai de le branler doucement, faisant sortir son membre de son sous-vêtement. Il était magnifique, tendu par le désir et la frustration de la journée. Je me laissai glisser au sol, m'agenouillant entre ses jambes ouvertes. Je levai les yeux vers lui, le fixant droit dans les yeux avec un sourire de défi, avant de passer un coup de langue lent et humide sur son gland.
Connor sursauta, ses mains se crispant sur le cuir du canapé. Je fis mine de me relever, commençant à ranger son sexe dans son pantalon.
— « Tu veux que j'arrête ? » demandai-je d'un ton provocateur.
Connor fit non de la tête, la bouche ouverte, le regard voilé de luxure. Il posa ses mains sur mes épaules et appuya fermement pour me forcer à redescendre.
J'eus un grand sourire victorieux. Je repris sa queue en main et je l'engouffrai dans ma bouche, la prenant bien à fond. Je commençai à le sucer avec une intensité déchaînée, mes lèvres serrées, tout en utilisant ma main pour imprimer un rythme rapide à sa base.
Le bruit de succion se mêlait aux râles de plus en plus forts de Connor. Je voulais qu'il oublie les journalistes, Ivanov, la médaille d'argent. Je voulais qu'il ne sente que ma bouche. Je le suçais avec une vitesse monstrueuse, remontant et descendant sur toute sa longueur, ma langue jouant avec son frein.
Connor commença à se cambrer, ses doigts s'enfonçant dans mes épaules. — « Herwann... oh dieu... je vais... »
Je ne ralentis pas. Au contraire, j'aspirai plus fort. Quand il explosa, je restai là, la bouche collée à lui, avalant tout son jus brûlant, chaque goutte de sa semence, sans en perdre une seule. Je le nettoyai avec soin, avant de me redresser, essuyant le coin de ma bouche d'un air satisfait.
On se rhabilla en hâte, le silence étant revenu, mais cette fois chargé d'une complicité indestructible. Connor semblait transformé, la peur avait laissé place à une détermination calme.
On sortit par la porte arrière du studio pour éviter les derniers journalistes. Notre chauffeur nous attendait déjà, le moteur de la berline noire tournant silencieusement. On s'installa sur la banquette arrière, protégés par les vitres teintées. Tandis que la voiture glissait dans les rues de Paris vers notre appartement, Connor prit ma main et la serra fort.
— « Merci, Herwann. On va l'avoir, cet or. »
L'obscurité de la patinoire de Bercy, seulement percée par les projecteurs de service, offrait un contraste violent avec le chaos scintillant du plateau télé de la veille. Mes mains brûlaient encore du contact de la peau de Connor dans la loge, et mon esprit était verrouillé sur un seul objectif : transformer cette rage et ce désir en une arme de destruction massive sur la glace. Viktor nous attendait, silhouette immobile au milieu de la piste, sa canne frappant le sol avec un rythme métronomique.
Nous nous sommes avancés vers lui, nos lames crissant sur la glace vive. Viktor ne nous a pas salués. Il a planté son regard dans le nôtre, ignorant les cernes de fatigue qui marquaient nos visages.
— « J'ai vu votre passage à la télévision hier, » a-t-il commencé, sa voix résonnant comme un couperet dans l'immensité vide. « Les journalistes cherchent des failles. Ivanov cherche votre peur. Mais ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que votre défaite à Tallinn était nécessaire. Elle a tué le couple de porcelaine pour laisser place à deux prédateurs. »
Il a fait un geste vers la sono.
— « Pour Pékin, on change tout. On ne va pas chercher à plaire, on va chercher à terrasser. »
Viktor s'est approché de la balustrade pour lancer les premières pistes.
— « Pour le programme court, ce sera Bohemian Rhapsody de Queen. Pourquoi ? Parce que Freddie Mercury était l'incarnation de l'insolence face au jugement. C’est un opéra rock, complexe, changeant. Vous allez patiner avec cette même arrogance. Vous allez dire au monde : "Regardez-nous, jugez-nous, on s'en moque, on est des rois." »
Il a marqué une pause, laissant l'écho de ses mots s'évaporer avant de reprendre, plus bas, presque religieusement.
— « Et pour le libre... le moment où vous décrocherez l'Olympe, nous prendrons Never Enough, de la bande originale de The Greatest Showman. »
Connor a froncé les sourcils, cherchant le sens derrière ce choix. Viktor a anticipé sa question.
— « Cette chanson est chantée par une femme qui a tout : la gloire, le succès, l'adoration des foules. Mais elle crie au monde que tout l'éclat de mille projecteurs, toutes les étoiles volées au ciel nocturne, ne seront jamais assez. En anglais : All the shine of a thousand spotlights, all the stars we steal from the night sky, will never be enough. »
Il a posé sa main sur l'épaule de Connor.
— « Cela signifie que pour vous, même l'or olympique ne sera jamais suffisant s'il n'est pas le reflet de votre union. C'est un cri de manque et de dévotion. C'est dire : "Rien de tout cela ne compte si je n'ai pas l'autre". »
Mais Viktor n'était pas là uniquement pour la poésie. Son visage s'est durci, redevenant le stratège impitoyable.
— « Ivanov prépare un quadruple Lutz. C’est du classique. Pour l'anéantir, j'ai conçu une figure que la fédération internationale juge impossible. Je veux un Quadruple Twist immédiatement enchaîné, sans aucune reprise de carre ni de poussée, par un Triple Axel lancé. »
Le silence qui a suivi était pesant. C’était une folie technique. La force centrifuge du Twist risquait de désaxer Connor, et le relancer instantanément en Axel demandait une puissance et une confiance mutuelle surhumaines.
— « Si vous réussissez cela sur le crescendo de Never Enough, » a ajouté Viktor, « les juges n'auront même pas besoin de compter les points. Vous serez entrés dans la légende. »
Les heures qui ont suivi ont été un calvaire. Nous avons lancé la musique du court. Sur les accords de piano de Mercury, nous avons enchaîné des séquences de pas d'une rapidité démoniaque. On se frôlait, on se provoquait sur la glace, habités par l'esprit de Freddie.
Puis est venu le test du libre. La voix de Loren Allred a envahi Bercy, déchirante, puissante. Au moment du refrain, nous avons tenté la figure de Viktor. J'ai soulevé Connor, je l'ai projeté. Un, deux, trois, quatre tours. Je l'ai réceptionné avec une poigne de fer et, dans le même mouvement, sans même le laisser respirer, je l'ai catapulté vers l'avant.
Connor s'est envolé comme un oiseau blessé cherchant sa rédemption. Il a atterri lourdement, chutant sur le genou. Il s'est relevé immédiatement, la rage aux dents. On a recommencé. Dix fois. Vingt fois.
À la vingt-et-unième tentative, sur le dernier Never, never... de la chanson, tout s'est aligné. Le Twist fut d'une hauteur vertigineuse, et mon lancer pour l'Axel fut d'une précision chirurgicale. Connor a flotté dans l'air de Pékin avant l'heure et a planté sa lame dans la glace avec la solidité d'un roc.
Viktor a frappé la balustrade, un sourire rare et féroce aux lèvres. — « Voilà. C'est ça. Vous avez la clé. »
Nous nous sommes arrêtés au milieu de la piste, haletants, nos souffles formant des nuages de vapeur dans l'air froid. Je me suis approché de Connor et j'ai posé mon front contre le sien. Sa peau était brûlante malgré le froid.
— « Tu as entendu Viktor ? » lui ai-je murmuré. « Tout l'or du monde... » — « ... ne sera jamais assez, » a-t-il terminé, ses yeux brillant d'une détermination nouvelle.
Fin du chapitre 17.
Les mois qui ont suivi Cortina n'ont été qu'un long tunnel de douleur et d'extase. À Paris, sous la verrière de Bercy, Viktor nous a poussés dans nos derniers retranchements. Chaque matin, le froid de la glace nous rappelait que l'argent de nos médailles passées ne comptait plus. Seul l'or olympique importait.
Nous sommes arrivés à Tallinn pour les Championnats d’Europe avec une aura de prédateurs. La veille de la compétition, lors de l’entraînement officiel, la patinoire était plongée dans une semi-pénombre. Connor était tendu, je sentais ses muscles vibrer contre les miens lors de notre porté signature. Viktor, au bord de la balustrade, nous fixait comme un juge suprême.
— « Ne cherchez pas la perfection technique ce soir, » nous a-t-il lancé, sa voix résonnant dans l'arène vide. — « Cherchez la rupture. Je veux que demain, quand la musique s'arrêtera, le public ait l'impression d'avoir été percuté par un train. »
Nous avons quitté la glace sans un mot, conscients que l’heure de vérité approchait. Le lendemain, l’ambiance dans les vestiaires était électrique. Les rumeurs circulaient déjà sur notre choix de programme. Quand nous sommes sortis pour l’échauffement, le silence est tombé, brutal.
Nos costumes étaient une déclaration de guerre. Finis les voiles et les paillettes classiques. Nous étions moulés dans des combinaisons de cuir synthétique noir mat, ultra-légères, soulignées par des sangles architecturales qui mettaient en valeur chaque muscle de nos torses. Nous ressemblions à deux guerriers d’une autre époque, sombres, dangereux, d'une virilité provocante.
Le présentateur de la télévision internationale, dont j’entendais le murmure dans les haut-parleurs de l'arène, semblait totalement désarçonné : — « Mesdames et messieurs, nous assistons à une révolution visuelle. Herwann et Connor viennent de briser tous les codes du patinage artistique. Regardez ces tenues... c'est d'une audace folle. »
La musique a démarré. Les premières notes de "Personal Jesus" de Depeche Mode, réarrangées avec des cordes industrielles et des percussions lourdes, ont fait vibrer les tribunes. Le public était abasourdi. On ne patinait plus sur de la dentelle, on boxait avec la glace.
— « Regardez cette puissance ! » s'est exclamé le commentateur, la voix montant dans les aigus. — « Ils ne glissent pas, ils déchirent la surface ! La vitesse d'entrée sur le premier porté est absolument phénoménale ! »
Nous étions en transe. Chaque croisement, chaque regard était chargé de l'intensité de nos nuits passées. Nous étions si proches que l'odeur de nos peaux se mélangeait à celle de la glace vive.
Mais à mi-parcours, alors que nous lancions la séquence de sauts la plus complexe de l'histoire du patinage, le Triple Axel - Euler - Triple Salchow, la fatigue accumulée s'est invitée sans prévenir.
Connor a amorcé sa rotation avec un millième de seconde de retard. À la réception, son patin a mordu la glace un peu trop fort. J'ai vu son corps vaciller. Instinctivement, j'ai tendu le bras pour le stabiliser, un geste de protection qui nous a fait perdre notre synchronie parfaite pendant un battement de cœur.
— « Oh non ! Une petite hésitation sur la réception pour Connor ! » a crié le présentateur. — « Herwann a tenté de compenser, mais les juges vont forcément le voir. Quel dommage, c'était un sans-faute jusque-là ! »
Nous avons terminé le programme dans une explosion de percussions, nos corps haletants, debout au centre de la piste. Le public, malgré l'erreur, a explosé dans une ovation debout qui a duré des minutes entières. Les gens n'avaient jamais vu une telle passion, une telle bestialité artistique.
Pourtant, le verdict est tombé, implacable. Les notes techniques ont chuté à cause de ce léger déséquilibre.
— « Les résultats s'affichent... Les Français sont deuxièmes ! À seulement soixante-cinq centièmes de point derrière les Russes ! »
Sur le podium, l'ambiance était lourde. Ivanov, sur la première marche, affichait un sourire carnassier, mais ses yeux trahissaient sa peur. Il savait qu'il avait gagné sur un détail, pas sur le talent. En nous remettant la médaille d'argent, je sentais le poids de la déception chez Connor. Une fois dans l'intimité du vestiaire, il a laissé tomber sa tête contre mon épaule.
— « C'est ma faute, Herwann... J'ai glissé. Tout ce travail pour finir derrière lui. »
Je l'ai pris par le menton, le forçant à me regarder. Mes yeux ne reflétaient que de la fierté.
— « Regarde-moi, Connor. On ne finit pas derrière lui, on est juste en train de lui laisser un faux sentiment de sécurité. On a traumatisé tout le panel de juges avec ce programme. Le monde entier ne parle que de nous, pas de leur programme ennuyeux. »
Viktor est entré à ce moment-là, sa canne résonnant sur le carrelage. Il ne semblait pas déçu le moins du monde.
— « Bien, » a-t-il dit d'un ton sec. — « Vous avez fait une erreur de débutants. C'est la meilleure chose qui pouvait vous arriver. »
Connor l'a regardé, incrédule : — « La meilleure chose ? On a perdu l'or européen, Viktor. »
— « Vous avez gagné bien plus, » a répliqué le vieux lion. — « Vous avez prouvé que même avec une faute, vous êtes les seuls à pouvoir faire trembler les Russes. Si vous aviez gagné ici, vous vous seriez relâchés. Là, vous allez rentrer à Paris avec une rage que personne ne pourra éteindre. Les JO ne sont pas dans un mois, ils sont déjà là, dans vos têtes. »
Il a marqué une pause, nous fixant l'un après l'autre.
— « Habillez-vous. On a un avion à l'aube. Ivanov croit qu'il a repris la main. On va le laisser le croire jusqu'à ce qu'on arrive au village olympique. On ne va pas là-bas pour participer, on va là-bas pour les anéantir. Vous êtes qualifiés, c'est tout ce qui compte. »
Le retour à Paris fut plus brutal que prévu. La médaille d'argent de Tallinn avait agi comme un séisme dans le milieu du sport français. Les médias, qui nous encensaient la veille, commençaient déjà à douter. Pour répondre à la polémique, nous avions accepté l'invitation de la plus grande émission sportive du pays, un plateau de direct où chaque mot serait disséqué.
La lumière des projecteurs était aveuglante. Le présentateur, un homme au sourire carnassier, nous fixait avec une fausse empathie qui me donnait la nausée.
— « Alors, Herwann, Connor... Cette deuxième place à Tallinn. Pour beaucoup, c'est un signal d'alarme. Est-ce que le "couple d'or" a perdu de sa superbe au pire moment possible ? »
Je sentais Connor se crisper à mes côtés. Il fixait le moniteur qui repassait en boucle l'erreur technique du saut.
— « On parle d'une erreur de réception, une perte de synchronisation flagrante, » continuait le journaliste avec une allusion médiocre. « Est-ce que votre relation, si fusionnelle, ne deviendrait pas un poids ? On se demande si l'or olympique est encore un objectif réaliste ou si Ivanov a définitivement pris l'ascendant psychologique sur vous. »
— « Une médaille d'argent reste une médaille, » répondis-je d'un ton sec. « Et l'ascendant d'Ivanov n'existe que dans vos colonnes. Nous savons exactement ce qu'il nous reste à faire. »
Mais le mal était fait. Pendant trente minutes, ils nous ont cuisinés sur notre capacité à tenir la pression, remettant en cause chaque décision de Viktor.
Une fois l'émission terminée, nous avons regagné notre loge privée. Dès que la porte se referma, Connor s'effondra sur le canapé en cuir, la tête entre les mains.
— « Ils ont raison, Herwann... Tout le monde a vu que j'ai flanché. Si je rate encore aux JO, je vais détruire ta carrière. On ne gagnera jamais cet or si je suis aussi instable. »
Je m'approchai de lui, le cœur serré par son défaitisme. Je m'assis à ses côtés et je pris son visage entre mes mains, l'obligeant à me regarder.
— « Écoute-moi bien. On s'en fiche de ce qu'ils disent. Ce sont des vautours. Tu es le meilleur partenaire que j'aie jamais eu, et on va décrocher cet or ensemble. Tu m'entends ? Personne ne nous arrêtera. »
Je commençai à masser ses épaules, puis ma main descendit lentement, avec une intention claire, pour venir frotter fermement son entrejambe à travers son pantalon de costume. Je sentis son souffle se couper.
— « Herwann... qu'est-ce que tu fais ? On est dans une loge de télé, on pourrait nous entendre... » murmura-t-il, les yeux écarquillés.
Je ne répondis pas par des mots. J'écrasai mes lèvres contre les siennes dans un baiser sauvage, ma main continuant son massage insistant sur son érection naissante. D'un geste fluide, je dézippai sa braguette. Le bruit métallique de la fermeture éclair sembla résonner dans le silence de la pièce.
J'introduisis ma main à l'intérieur, sentant la chaleur brûlante de son sexe. Je commençai à malaxer sa queue, sentant les veines pulser sous mes doigts. Connor lâcha un gémissement étouffé, sa tête basculant en arrière contre le dossier du canapé.
— « Tu es fou... Herwann, on va se faire prendre... »
Je continuai de le branler doucement, faisant sortir son membre de son sous-vêtement. Il était magnifique, tendu par le désir et la frustration de la journée. Je me laissai glisser au sol, m'agenouillant entre ses jambes ouvertes. Je levai les yeux vers lui, le fixant droit dans les yeux avec un sourire de défi, avant de passer un coup de langue lent et humide sur son gland.
Connor sursauta, ses mains se crispant sur le cuir du canapé. Je fis mine de me relever, commençant à ranger son sexe dans son pantalon.
— « Tu veux que j'arrête ? » demandai-je d'un ton provocateur.
Connor fit non de la tête, la bouche ouverte, le regard voilé de luxure. Il posa ses mains sur mes épaules et appuya fermement pour me forcer à redescendre.
J'eus un grand sourire victorieux. Je repris sa queue en main et je l'engouffrai dans ma bouche, la prenant bien à fond. Je commençai à le sucer avec une intensité déchaînée, mes lèvres serrées, tout en utilisant ma main pour imprimer un rythme rapide à sa base.
Le bruit de succion se mêlait aux râles de plus en plus forts de Connor. Je voulais qu'il oublie les journalistes, Ivanov, la médaille d'argent. Je voulais qu'il ne sente que ma bouche. Je le suçais avec une vitesse monstrueuse, remontant et descendant sur toute sa longueur, ma langue jouant avec son frein.
Connor commença à se cambrer, ses doigts s'enfonçant dans mes épaules. — « Herwann... oh dieu... je vais... »
Je ne ralentis pas. Au contraire, j'aspirai plus fort. Quand il explosa, je restai là, la bouche collée à lui, avalant tout son jus brûlant, chaque goutte de sa semence, sans en perdre une seule. Je le nettoyai avec soin, avant de me redresser, essuyant le coin de ma bouche d'un air satisfait.
On se rhabilla en hâte, le silence étant revenu, mais cette fois chargé d'une complicité indestructible. Connor semblait transformé, la peur avait laissé place à une détermination calme.
On sortit par la porte arrière du studio pour éviter les derniers journalistes. Notre chauffeur nous attendait déjà, le moteur de la berline noire tournant silencieusement. On s'installa sur la banquette arrière, protégés par les vitres teintées. Tandis que la voiture glissait dans les rues de Paris vers notre appartement, Connor prit ma main et la serra fort.
— « Merci, Herwann. On va l'avoir, cet or. »
L'obscurité de la patinoire de Bercy, seulement percée par les projecteurs de service, offrait un contraste violent avec le chaos scintillant du plateau télé de la veille. Mes mains brûlaient encore du contact de la peau de Connor dans la loge, et mon esprit était verrouillé sur un seul objectif : transformer cette rage et ce désir en une arme de destruction massive sur la glace. Viktor nous attendait, silhouette immobile au milieu de la piste, sa canne frappant le sol avec un rythme métronomique.
Nous nous sommes avancés vers lui, nos lames crissant sur la glace vive. Viktor ne nous a pas salués. Il a planté son regard dans le nôtre, ignorant les cernes de fatigue qui marquaient nos visages.
— « J'ai vu votre passage à la télévision hier, » a-t-il commencé, sa voix résonnant comme un couperet dans l'immensité vide. « Les journalistes cherchent des failles. Ivanov cherche votre peur. Mais ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que votre défaite à Tallinn était nécessaire. Elle a tué le couple de porcelaine pour laisser place à deux prédateurs. »
Il a fait un geste vers la sono.
— « Pour Pékin, on change tout. On ne va pas chercher à plaire, on va chercher à terrasser. »
Viktor s'est approché de la balustrade pour lancer les premières pistes.
— « Pour le programme court, ce sera Bohemian Rhapsody de Queen. Pourquoi ? Parce que Freddie Mercury était l'incarnation de l'insolence face au jugement. C’est un opéra rock, complexe, changeant. Vous allez patiner avec cette même arrogance. Vous allez dire au monde : "Regardez-nous, jugez-nous, on s'en moque, on est des rois." »
Il a marqué une pause, laissant l'écho de ses mots s'évaporer avant de reprendre, plus bas, presque religieusement.
— « Et pour le libre... le moment où vous décrocherez l'Olympe, nous prendrons Never Enough, de la bande originale de The Greatest Showman. »
Connor a froncé les sourcils, cherchant le sens derrière ce choix. Viktor a anticipé sa question.
— « Cette chanson est chantée par une femme qui a tout : la gloire, le succès, l'adoration des foules. Mais elle crie au monde que tout l'éclat de mille projecteurs, toutes les étoiles volées au ciel nocturne, ne seront jamais assez. En anglais : All the shine of a thousand spotlights, all the stars we steal from the night sky, will never be enough. »
Il a posé sa main sur l'épaule de Connor.
— « Cela signifie que pour vous, même l'or olympique ne sera jamais suffisant s'il n'est pas le reflet de votre union. C'est un cri de manque et de dévotion. C'est dire : "Rien de tout cela ne compte si je n'ai pas l'autre". »
Mais Viktor n'était pas là uniquement pour la poésie. Son visage s'est durci, redevenant le stratège impitoyable.
— « Ivanov prépare un quadruple Lutz. C’est du classique. Pour l'anéantir, j'ai conçu une figure que la fédération internationale juge impossible. Je veux un Quadruple Twist immédiatement enchaîné, sans aucune reprise de carre ni de poussée, par un Triple Axel lancé. »
Le silence qui a suivi était pesant. C’était une folie technique. La force centrifuge du Twist risquait de désaxer Connor, et le relancer instantanément en Axel demandait une puissance et une confiance mutuelle surhumaines.
— « Si vous réussissez cela sur le crescendo de Never Enough, » a ajouté Viktor, « les juges n'auront même pas besoin de compter les points. Vous serez entrés dans la légende. »
Les heures qui ont suivi ont été un calvaire. Nous avons lancé la musique du court. Sur les accords de piano de Mercury, nous avons enchaîné des séquences de pas d'une rapidité démoniaque. On se frôlait, on se provoquait sur la glace, habités par l'esprit de Freddie.
Puis est venu le test du libre. La voix de Loren Allred a envahi Bercy, déchirante, puissante. Au moment du refrain, nous avons tenté la figure de Viktor. J'ai soulevé Connor, je l'ai projeté. Un, deux, trois, quatre tours. Je l'ai réceptionné avec une poigne de fer et, dans le même mouvement, sans même le laisser respirer, je l'ai catapulté vers l'avant.
Connor s'est envolé comme un oiseau blessé cherchant sa rédemption. Il a atterri lourdement, chutant sur le genou. Il s'est relevé immédiatement, la rage aux dents. On a recommencé. Dix fois. Vingt fois.
À la vingt-et-unième tentative, sur le dernier Never, never... de la chanson, tout s'est aligné. Le Twist fut d'une hauteur vertigineuse, et mon lancer pour l'Axel fut d'une précision chirurgicale. Connor a flotté dans l'air de Pékin avant l'heure et a planté sa lame dans la glace avec la solidité d'un roc.
Viktor a frappé la balustrade, un sourire rare et féroce aux lèvres. — « Voilà. C'est ça. Vous avez la clé. »
Nous nous sommes arrêtés au milieu de la piste, haletants, nos souffles formant des nuages de vapeur dans l'air froid. Je me suis approché de Connor et j'ai posé mon front contre le sien. Sa peau était brûlante malgré le froid.
— « Tu as entendu Viktor ? » lui ai-je murmuré. « Tout l'or du monde... » — « ... ne sera jamais assez, » a-t-il terminé, ses yeux brillant d'une détermination nouvelle.
Fin du chapitre 17.
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