Le libraire et le gendarme (6 et fin)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le libraire et le gendarme (6 et fin)
Chapitre 6
J'ai regardé Jean-Charles s'éloigner dans la rue sombre. Au moment où il s'apprêtait à tourner le coin, je me suis retourné pour rentrer. Et là, au loin, j'ai vu une silhouette immobile.
Elle était postée dans l'ombre, à une trentaine de mètres de chez moi, clairement à l'affût. Malgré la distance et l'obscurité, je n'ai eu besoin que d'une fraction de seconde pour reconnaître la carrure et la tenue sombre.
C'était Benjamin.
Mon cœur a bondi. La vision de Benjamin, posté dans l'ombre comme un fantôme à l'affût, était à la fois rageante et désespérée. Il avait vu Jean-Charles sortir, il avait la preuve de ma tentative ratée de passer à autre chose, et il était là. Je suis resté immobile sur le pas de la porte. Je ne bougeais pas, mais je savais qu'il me voyait. Le jeu de la dissimulation était terminé. Il était là, l'incarnation de ma souffrance et de mon désir.
J'ai attendu. Après quelques longues secondes, la silhouette sombre a bougé. Benjamin a commencé à marcher lentement dans ma direction.
Il s'est arrêté à quelques mètres de moi, la lumière du lampadaire éclairant juste assez son visage pour révéler la fatigue et la douleur qui y étaient gravées. Il a attendu encore, respectant cette dernière distance, laissant la tension s'accumuler dans le silence de la nuit.
Enfin, il a fait le dernier pas, brisant l'espace qui nous séparait. Il a levé la main, et a effleuré doucement ma joue. Le contact, si tendre après tant de cruauté, m'a coupé le souffle.
-Pourquoi tu fais ça, Benjamin ? ai-je demandé, ma voix était rauque.
Il n'a pas détourné le regard. Il a intensifié le contact, sa chaleur se propageant immédiatement en moi.
-Parce que... je ne fais que penser à toi, Léopold. C'est tout ce que je fais.
Il a rouvert les yeux, et l'intensité de son regard m'a cloué sur place. Il a laissé échapper un soupir tremblant.
-Ce soir, le dîner... c'était pour tout lui avouer.
Le choc a été violent. Il avait été sur le point de tout sacrifier.
-J'allais le faire, a-t-il insisté, ses doigts frôlant ma mâchoire. Mais je t'ai vu. Je t'ai vu avec lui, et je n'y suis pas arrivé. J'ai eu peur de perdre ma vie pour... ne pas te retrouver.
Il était désespéré, déchiré. La culpabilité, l'attirance irrépressible, et la passion mise en attente ont fait exploser la digue. Je n'ai plus pu me battre.
Il m'a attiré violemment contre lui, nos bouches se rencontrant dans un baiser de l'aveu et du désespoir. Un baiser fiévreux, humide, dans cette rue sombre et vide, sous la lumière froide du lampadaire. C'était un acte de possession et de pardon. Il a passé ses mains derrière ma nuque, m'ancrant à lui. J'ai répondu avec toute la rage et la faim accumulées.
Il a rompu le baiser, son visage pressé contre mon cou.
-Laisse-moi entrer, a-t-il supplié, sa voix une promesse.
Le baiser était sur le point de dégénérer en quelque chose de plus profond et de plus désespéré. Benjamin murmurait son désir contre ma gorge, lorsque, soudain, un bruit sec et proche nous a fait sursauter. C'était le claquement d'une poubelle heurtée violemment à l'angle de la rue, suivi par l'éclairage de phares de voiture. L'irruption de la réalité nous a séparés brusquement. Nous étions là, en pleine rue, vulnérables et exposés.
Benjamin a reculé d'un pas, son visage reprenant la vigilance et la panique du Gendarme acculé. Je n'ai pas eu besoin de réfléchir. L'idée de le voir s'en aller et de me retrouver seul était insupportable après cet aveu.
-Viens, ai-je ordonné, attrapant sa main.
J'ai déverrouillé la porte de l'immeuble. J'ai entraîné Benjamin à l'intérieur, montant les escaliers quatre à quatre, sans un mot, mus par l'urgence du secret et de l'attirance. Nous sommes arrivés essoufflés dans le salon de mon appartement. La lumière tamisée contrastait avec la froideur de la rue, offrant un refuge immédiat.
Mais cette fois, c'était moi qui prenais les devants. Je n'étais plus la victime manipulée ou le spectateur blessé. La confession de Benjamin et le risque qu'il avait pris m'avaient donné une audace nouvelle. J'ai posé mes mains de chaque côté de son visage et j'ai embrassé Benjamin. Ce baiser n'était pas une demande, mais une affirmation, une réclamation. Benjamin a répondu sans attendre. Il a ouvert la bouche, et nos langues se sont immédiatement trouvées, la familiarité et l'intensité de leur danse étant le seul langage que nous reconnaissions encore.
Alors que nous nous embrassions, Benjamin a glissé ses mains sous mon pull. Il l'a remonté, me libérant du vêtement. Il a reculé d'un pas et m'a regardé, me dévorant des yeux. Nos torses n'étaient plus séparés que par l'air, et son regard, mêlé de désir et de culpabilité, brûlait ma peau. Sans rompre ce contact visuel électrique, j'ai fait de même. Mes mains ont attrapé l'ourlet de son pull. Avec une concentration presque rituelle, j'ai tiré le vêtement sur sa tête. Benjamin est apparu, torse nu, sa carrure solide et familière. Le silence est retombé, lourd de sens. Nos regards ont échangé la question et la réponse : il n'y avait plus d'échappatoire.
L'urgence était devenue absolue. Nous étions torses nus, nos peaux se frôlant. L'air dans le salon était saturé de désir et de non-dits. L'étreinte a repris, un baiser profond et sans fin. C'est moi qui ai pris l'initiative suivante : j'ai attrapé la main de Benjamin pour l'emmener dans la chambre.
La pièce était plongée dans la pénombre. Nous n'avons fait que quelques pas avant de nous laisser tomber sur le lit. Le contact des draps a intensifié la réalité du moment.
Je me suis retrouvé sur le dos, Benjamin s'est placé au-dessus de moi, son poids réconfortant. Nos lèvres ne se sont pas quittées. J'ai passé mes jambes autour de sa taille, le pressant plus fort contre moi, prolongeant le baiser tout en lui signifiant mon besoin.
Benjamin s'est redressé, se détachant pour la première fois. Il a pris un instant pour m'admirer. Son regard, brûlant de passion, a balayé mon visage et mon corps exposé, cherchant une dernière confirmation.
-Tu en as envie ? a-t-il demandé, sa voix était rauque et pleine d'une gravité qui rendait la question bien plus importante que le simple désir.
Je n'ai pas répondu par des mots. J'ai attiré son visage vers le mien et j'ai répondu par un baiser torride, un baiser qui annulait toutes les semaines de silence et de fausse rupture. Nos mains sont devenues des boussoles. Les derniers vêtements sont tombés rapidement, sans cérémonie. Nous nous sommes retrouvés, peaux contre peaux. L'attirance physique était irrépressible, et l'abandon était mutuel.
Benjamin a pris le contrôle, me faisant basculer sur le ventre et me faisant cambrer mes fesses. C’est à ce moment que j’ai senti sa bouche sur moi. Il me léchait au niveau de la raie puis il a commencé à faire des allers retours avec sa langue pour commencer à me préparer à ce que l’on voulait tous les deux. Il commençait ensuite à jouer avec ses doigts ce qui me faisait gémir de plus en plus en tournant la tête pour voir ce qu’il me faisait. Ses deux mains écartaient bien mes fesses pour qu’il continue de me manger.
Benjamin se redressa en me caressant les fesses puis en s’appuyant contre moi pour attraper mon visage et m’embrasser en même temps. Pendant ce baiser, je le sentais commencer à présenter son gland contre mon cul déjà bien ouvert. J’en avais des frissons dans tout le corps. Son gland rentra en moi puis il se stoppa mais je voulais qu’il me possède rapidement. J’ai appuyé et j’ai entendu le grognement de Benjamin lorsque sa queue était toute entière en moi. Je pouvais enfin le sentir. Enfin retrouver cette sensation de pur bonheur. Il a commencé par donner des coups de reins avec douceur puis de plus en plus rapide. Ses deux mains me tenant toujours par les hanches. Je hurlais de plaisir et cambrais de plus en plus. Je me suis même tordu pour arriver à caresser les couilles pendant qu’il me pilonnait ce qui le surpris aussitôt mais accentua son pilonnage. Il se pencha pour prendre ma bouche contre la mienne et me dit :
-Je veux te voir les yeux dans les yeux.
Benjamin m’a retourné sur le dos puis s’est allongé sur moi pour venir poser sa bouche sur la mienne. Nos langues se sont encore rencontrées et ont tournée l’une autour de l’autre. Benjamin a pris son sexe bien dur avec sa main et l’a présenté devant mon petit trou tout humide. Il m’a pénétré d’un coup en me regardant bien droit dans les yeux avec un sourire qui en disant long.
La lueur de la lune traverse les stores, éclairant leurs corps enlacés et ruisselants de sueur.
-Je veux voir chaque frisson dans tes yeux quand tu jouis, murmure Benjamin en accélérant le rythme de ses poussées.
Sa main s’est refermée sur ma gorge tandis que l'autre maintenait ma hanche. Ses couilles claquaient contre mon cul à chaque mouvement, le bruit humide de la pénétration résonnant dans la chambre. Je sentais le gland de Benjamin racler ma prostate avec une précision diabolique, déclenchant des vagues de plaisir qui m’ont fait crier.
Il me souleva soudain contre le mur sans jamais interrompre son va-et-vient. Maintenant empalé sur sa bite, je me suis vidé contre son ventre en mordant l'épaule de Benjamin.
-C'est à moi, ce cul, dit Benjamin en remplissant les entrailles de Léopold dans un cri bestial.
Une fois que Benjamin eu éjaculé dans mon cul, nos corps se sont affaissés sur le matelas trempé, encore frissonnants de plaisir.
-Ton corps... je pourrais te toucher pendant des heures, murmurais-je entre deux baisers profonds.
Mes doigts ont tracé des cercles lents sur les hanches marquées de rouge du gendarme.
Benjamin a répondu en glissant une main entre mes cuisses, caressant la chair sensible encore palpitante de notre union. Nos langues se sont mêlées paresseusement tandis que nos sexes épuisés se sont pressés l'un contre l'autre dans une étreinte tendre.
L'urgence s'est estompée, laissant place à une douceur profonde et inattendue. Nos corps, enchevêtrés sous les draps, respiraient à l'unisson. La tension de la nuit, de la rue, du restaurant, tout s'était dissipé dans le réconfort de cette étreinte retrouvée. Nous sommes restés enlacés une grande partie de la nuit. La parole est revenue lentement, douce et nécessaire.
Nous avons parlé à voix basse, partageant ce qui n'avait pu être dit pendant les semaines de silence. J'ai exprimé ma douleur face à son rejet devant Éloïse ; il a confessé sa panique et la lâcheté de sa manœuvre, avouant que me voir avec Jean-Charles avait été le point de rupture.
Il a parlé de sa vie, des attentes de sa famille et de sa carrière, qui rendaient la perspective de l'aveu terrifiante. J'ai parlé de ma solitude et de mon besoin de vérité.
Le silence s'est fait, plus profond, à mesure que l'aube pointait. Benjamin a embrassé mon épaule. Il s'est redressé légèrement, me regardant dans les yeux, son visage grave.
-Je ne peux plus. Je ne peux pas vivre une double vie, et je ne peux pas te perdre, a-t-il dit.
Il a serré ma main, ses doigts s'entrelaçant avec les miens, un geste de solennité et d'engagement.
-Je vais tout dire à Camille, Léopold. Je te le promets.
Il n'a pas fixé de date, mais le poids de ces mots suffisait. C'était la première fois qu'il faisait une promesse aussi claire et définitive concernant sa vie. Il choisissait enfin, ou du moins, il s'engageait à choisir.
Nous nous sommes rendormis un moment, bercés par le soulagement et le poids de cette décision.
Je me suis réveillé avec le poids familier du bras de Benjamin sur ma poitrine. Le soleil, filtrant à travers les rideaux, peignait des motifs dorés dans la chambre. C'était la première fois depuis des mois que je me réveillais sans le poids de la culpabilité ou de la solitude.
Benjamin était déjà éveillé. Il me regardait, son expression était un mélange de sérénité et d'une détermination nouvelle et effrayante.
-Je ne peux pas rester ici, a-t-il murmuré, sans bouger. Mais je ne travaille pas aujourd'hui. Je dois le faire maintenant.
Il a levé sa main pour caresser ma joue.
La promesse tient, Léopold. Je vais lui dire la vérité.
Il s'est redressé, l'air résolu. Il s'est rhabillé rapidement, chaque mouvement étant précis et militaire. Il s'est approché du lit, s'asseyant sur le bord.
-Il faut que tu viennes avec moi, a-t-il dit, fixant le tapis.
-Quoi ? J'ai cru mal entendre.
-J'ai besoin de toi. Je dois lui dire la vérité, mais j'ai besoin de savoir que tu es là. Pas dans la pièce, non. Mais je ne peux pas y aller seul, me faire démolir, puis revenir vers toi. Si tu es là, si tu attends, cela rend la chose réelle.
Il a levé les yeux vers moi, ses mains tremblantes légèrement. C'était une demande égoïste, mais désespérée. Il avait besoin d'un point d'ancrage dans la réalité qu'il était sur le point de créer.
-S'il te plaît. Accompagne-moi. Tu n'auras qu'à m'attendre.
L'idée était folle et cruelle pour Camille, mais l'idée de le laisser affronter ce moment seul, après le pacte de la nuit, était plus cruelle encore pour lui.
-Je m'habille, ai-je répondu. Où est-ce que je t'attends ?
-Sur le parking souterrain. Je t'enverrai un message quand ce sera fini.
Nous sommes partis ensemble. Le trajet en voiture était silencieux et lourd de l'atmosphère d'une exécution imminente. Nous sommes arrivés à l'immeuble de Camille. Benjamin a coupé le moteur et s'est tourné vers moi.
-Merci d'être là. Sa voix était à peine audible.
Il est sorti, laissant la voiture et la peur derrière lui. Mon attente a été une torture. Chaque minute qui passait était un supplice pour Camille, pour Benjamin, et pour moi. J'imaginais la scène : la surprise de Camille, la froideur de l'aveu, la destruction de leur monde. Après ce qui a semblé être une éternité – en réalité trente-cinq minutes – mon téléphone a vibré.
De : Benjamin
À : Léopold
Message : C'est fait. J'ai tout dit. Sors du parking, je t'attends à l'entrée.
J'ai démarré, mes mains tremblaient sur le volant. Je l'ai trouvé à l'entrée de l'immeuble, le visage livide, mais étrangement délivré. Il tenait ses clés et son porte-feuille. Il avait laissé son bracelet derrière lui – peut-être un geste pour Camille. Je me suis arrêté devant lui. Il est monté dans la voiture, s'est assis lourdement, et a fermé la porte.
-Elle sait tout, a-t-il murmuré, les yeux fixés droit devant lui. Je lui ai dit que je t'aimais. Je lui ai dit que ça n'avait rien à voir avec toi, que ça venait de moi, mais... elle sait qui tu es.
Il s'est tourné vers moi.
-C'est fini avec elle, Léopold. Vraiment.
Des semaines plus tard, la poussière de la confrontation avec Camille avait eu le temps de retomber, bien qu'elle n'ait pas disparu. La rupture avait été douloureuse pour elle, comme pour Benjamin. Il avait déménagé, s'installant temporairement dans un petit appartement le temps de se reconstruire.
Pour moi et Benjamin, les premières semaines avaient été intenses, remplies de la joie de ne plus se cacher, mais aussi du stress de la transition. Notre relation, désormais au grand jour, était mise à l'épreuve par le monde extérieur. Le plus grand défi fut le travail de Benjamin. Fidèle à sa promesse d'authenticité, il avait fait son coming-out à son travail au sein de la Gendarmerie.
-Cela a été compliqué au début, m'a-t-il confié un soir.
L'environnement était rigide, certaines réactions étaient froides. Sa carrière, jadis tracée, est devenue incertaine. Il a dû faire face à des regards lourds, à des silences embarrassants et à la réorganisation de certaines de ses affectations. Sa vie "stricte" était en train de se briser, mais il la reconstruisait, pièce par pièce, avec honnêteté.
J'ai été son roc pendant cette période.
Un soir, alors qu'il était particulièrement épuisé et découragé par une journée difficile, il est venu me rejoindre à la librairie après la fermeture. Il s'est effondré sur le canapé, le même sofa témoin de notre première nuit secrète.
-Je suis fatigué, Léopold, a-t-il murmuré. Fatigué de me battre contre le jugement. Fatigué de cet appartement temporaire.
J'ai posé ma pile de livres et je me suis assis à côté de lui, prenant sa main. J'avais pris ma décision depuis longtemps. Cet homme était ma vérité, le chaos qui avait donné un sens à ma vie ordonnée. J'ai regardé autour de la librairie, puis de l'escalier menant à mon appartement au-dessus. C'était chez nous.
-Benjamin, ai-je commencé, ma voix était douce mais ferme. Nous n'avons plus besoin de temporaire.
J'ai serré sa main.
-Viens vivre ici. Avec moi.
L'idée l'a frappé, visiblement. Ses yeux, d'abord embués de fatigue, se sont éclairés d'une lumière d'espoir. Il n'y avait pas de bague, pas de grande cérémonie, juste le besoin d'être ensemble, sans murs ni secrets. Il n'a pas répondu immédiatement, mais son silence était une acceptation totale. Il m'a attiré contre lui, et son étreinte était une promesse de foyer.
Quelques jours plus tard, il apportait ses premières affaires, et le bruit de son rire a commencé à remplir l'appartement au-dessus de la librairie.
Epilogue
Cinq années s'étaient écoulées. Les jours de travail et les nuits d'amour avaient tissé une tapisserie solide et colorée. Benjamin, mon associé, avait échangé l'uniforme contre des chemises douces, et il n'y avait plus dans son regard aucune trace du conflit qui l'avait autrefois dévoré.
Ce soir-là, les lumières de la librairie étaient tamisées. L'air sentait le vieux papier et l'infusion à la cannelle. Benjamin était particulièrement nerveux et venait de se glisser derrière le comptoir, prétendant chercher un reçu, avant de revenir s'asseoir.
Je n'ai pas prêté attention à son agitation. J'étais concentré sur le vieux sofa, celui-là même qui avait abrité tant de secrets. Je me suis approché pour le tapoter, voulant le remettre en place. C'est là que j'ai senti quelque chose de dur sous le vieux coussin en velours. Intrigué, j'ai soulevé le coussin. Il y avait une petite boîte en bois sombre, polie, que Benjamin venait visiblement de dissimuler maladroitement.
Benjamin, qui nous regardait, s'est figé. Toute sa façade de calme s'est effondrée. J'ai regardé la boîte, puis lui.
-Qu'est-ce que c'est, Benjamin ? ai-je demandé, un sourire naissant malgré le sérieux de l'instant.
Il a soupiré, la déception d'avoir vu son plan tomber à l'eau masquée par l'émotion. Il s'est approché, prenant ma main.
-Je voulais faire ça de manière romantique, pas comme une enquête, a-t-il murmuré.
Il a pris ma main et nous nous sommes assis sur le sofa.
-Je pensais... à notre première nuit. À la peur. À l'absurdité de tout ça, a-t-il dit, reprenant le fil de sa pensée initiale. Et à la chance qu'on a eue d'avoir le courage d'affronter le monde.
Il a pris la boîte de mes mains, ses doigts tremblants légèrement.
-Mon ancre, c'est toi. Ma maison, c'est cette librairie. Ma seule règle, c'est nous.
Il a ouvert la boîte. À l'intérieur reposait une bague simple et élégante. Benjamin a posé sa main sur mon cœur, qui battait fort.
-Léopold, je n'ai plus besoin de promesse. J'ai besoin de permanence. Veux-tu faire de cette librairie l'endroit où nous serons mariés, pour de vrai, pour toujours ?
Les larmes m'ont monté aux yeux. Il n'y avait plus de stratégies, plus de manœuvres, plus de secrets. Juste le cœur de l'homme que j'aimais, offert sans aucune réserve.
-Oui, ai-je répondu, ma voix était un sanglot joyeux. Oui, Benjamin, plus que tout. Même si tu es un très mauvais cacheur de boîtes.
Il a éclaté de rire, un rire de soulagement et d'amour. Il a glissé la bague à mon doigt. Nous nous sommes embrassés, un baiser qui contenait la ferveur de la passion, la douleur surmontée, et la magnifique certitude d'un avenir enfin construit sur la vérité. C'était le dernier et le plus beau livre de notre histoire.
Fin.
J'ai regardé Jean-Charles s'éloigner dans la rue sombre. Au moment où il s'apprêtait à tourner le coin, je me suis retourné pour rentrer. Et là, au loin, j'ai vu une silhouette immobile.
Elle était postée dans l'ombre, à une trentaine de mètres de chez moi, clairement à l'affût. Malgré la distance et l'obscurité, je n'ai eu besoin que d'une fraction de seconde pour reconnaître la carrure et la tenue sombre.
C'était Benjamin.
Mon cœur a bondi. La vision de Benjamin, posté dans l'ombre comme un fantôme à l'affût, était à la fois rageante et désespérée. Il avait vu Jean-Charles sortir, il avait la preuve de ma tentative ratée de passer à autre chose, et il était là. Je suis resté immobile sur le pas de la porte. Je ne bougeais pas, mais je savais qu'il me voyait. Le jeu de la dissimulation était terminé. Il était là, l'incarnation de ma souffrance et de mon désir.
J'ai attendu. Après quelques longues secondes, la silhouette sombre a bougé. Benjamin a commencé à marcher lentement dans ma direction.
Il s'est arrêté à quelques mètres de moi, la lumière du lampadaire éclairant juste assez son visage pour révéler la fatigue et la douleur qui y étaient gravées. Il a attendu encore, respectant cette dernière distance, laissant la tension s'accumuler dans le silence de la nuit.
Enfin, il a fait le dernier pas, brisant l'espace qui nous séparait. Il a levé la main, et a effleuré doucement ma joue. Le contact, si tendre après tant de cruauté, m'a coupé le souffle.
-Pourquoi tu fais ça, Benjamin ? ai-je demandé, ma voix était rauque.
Il n'a pas détourné le regard. Il a intensifié le contact, sa chaleur se propageant immédiatement en moi.
-Parce que... je ne fais que penser à toi, Léopold. C'est tout ce que je fais.
Il a rouvert les yeux, et l'intensité de son regard m'a cloué sur place. Il a laissé échapper un soupir tremblant.
-Ce soir, le dîner... c'était pour tout lui avouer.
Le choc a été violent. Il avait été sur le point de tout sacrifier.
-J'allais le faire, a-t-il insisté, ses doigts frôlant ma mâchoire. Mais je t'ai vu. Je t'ai vu avec lui, et je n'y suis pas arrivé. J'ai eu peur de perdre ma vie pour... ne pas te retrouver.
Il était désespéré, déchiré. La culpabilité, l'attirance irrépressible, et la passion mise en attente ont fait exploser la digue. Je n'ai plus pu me battre.
Il m'a attiré violemment contre lui, nos bouches se rencontrant dans un baiser de l'aveu et du désespoir. Un baiser fiévreux, humide, dans cette rue sombre et vide, sous la lumière froide du lampadaire. C'était un acte de possession et de pardon. Il a passé ses mains derrière ma nuque, m'ancrant à lui. J'ai répondu avec toute la rage et la faim accumulées.
Il a rompu le baiser, son visage pressé contre mon cou.
-Laisse-moi entrer, a-t-il supplié, sa voix une promesse.
Le baiser était sur le point de dégénérer en quelque chose de plus profond et de plus désespéré. Benjamin murmurait son désir contre ma gorge, lorsque, soudain, un bruit sec et proche nous a fait sursauter. C'était le claquement d'une poubelle heurtée violemment à l'angle de la rue, suivi par l'éclairage de phares de voiture. L'irruption de la réalité nous a séparés brusquement. Nous étions là, en pleine rue, vulnérables et exposés.
Benjamin a reculé d'un pas, son visage reprenant la vigilance et la panique du Gendarme acculé. Je n'ai pas eu besoin de réfléchir. L'idée de le voir s'en aller et de me retrouver seul était insupportable après cet aveu.
-Viens, ai-je ordonné, attrapant sa main.
J'ai déverrouillé la porte de l'immeuble. J'ai entraîné Benjamin à l'intérieur, montant les escaliers quatre à quatre, sans un mot, mus par l'urgence du secret et de l'attirance. Nous sommes arrivés essoufflés dans le salon de mon appartement. La lumière tamisée contrastait avec la froideur de la rue, offrant un refuge immédiat.
Mais cette fois, c'était moi qui prenais les devants. Je n'étais plus la victime manipulée ou le spectateur blessé. La confession de Benjamin et le risque qu'il avait pris m'avaient donné une audace nouvelle. J'ai posé mes mains de chaque côté de son visage et j'ai embrassé Benjamin. Ce baiser n'était pas une demande, mais une affirmation, une réclamation. Benjamin a répondu sans attendre. Il a ouvert la bouche, et nos langues se sont immédiatement trouvées, la familiarité et l'intensité de leur danse étant le seul langage que nous reconnaissions encore.
Alors que nous nous embrassions, Benjamin a glissé ses mains sous mon pull. Il l'a remonté, me libérant du vêtement. Il a reculé d'un pas et m'a regardé, me dévorant des yeux. Nos torses n'étaient plus séparés que par l'air, et son regard, mêlé de désir et de culpabilité, brûlait ma peau. Sans rompre ce contact visuel électrique, j'ai fait de même. Mes mains ont attrapé l'ourlet de son pull. Avec une concentration presque rituelle, j'ai tiré le vêtement sur sa tête. Benjamin est apparu, torse nu, sa carrure solide et familière. Le silence est retombé, lourd de sens. Nos regards ont échangé la question et la réponse : il n'y avait plus d'échappatoire.
L'urgence était devenue absolue. Nous étions torses nus, nos peaux se frôlant. L'air dans le salon était saturé de désir et de non-dits. L'étreinte a repris, un baiser profond et sans fin. C'est moi qui ai pris l'initiative suivante : j'ai attrapé la main de Benjamin pour l'emmener dans la chambre.
La pièce était plongée dans la pénombre. Nous n'avons fait que quelques pas avant de nous laisser tomber sur le lit. Le contact des draps a intensifié la réalité du moment.
Je me suis retrouvé sur le dos, Benjamin s'est placé au-dessus de moi, son poids réconfortant. Nos lèvres ne se sont pas quittées. J'ai passé mes jambes autour de sa taille, le pressant plus fort contre moi, prolongeant le baiser tout en lui signifiant mon besoin.
Benjamin s'est redressé, se détachant pour la première fois. Il a pris un instant pour m'admirer. Son regard, brûlant de passion, a balayé mon visage et mon corps exposé, cherchant une dernière confirmation.
-Tu en as envie ? a-t-il demandé, sa voix était rauque et pleine d'une gravité qui rendait la question bien plus importante que le simple désir.
Je n'ai pas répondu par des mots. J'ai attiré son visage vers le mien et j'ai répondu par un baiser torride, un baiser qui annulait toutes les semaines de silence et de fausse rupture. Nos mains sont devenues des boussoles. Les derniers vêtements sont tombés rapidement, sans cérémonie. Nous nous sommes retrouvés, peaux contre peaux. L'attirance physique était irrépressible, et l'abandon était mutuel.
Benjamin a pris le contrôle, me faisant basculer sur le ventre et me faisant cambrer mes fesses. C’est à ce moment que j’ai senti sa bouche sur moi. Il me léchait au niveau de la raie puis il a commencé à faire des allers retours avec sa langue pour commencer à me préparer à ce que l’on voulait tous les deux. Il commençait ensuite à jouer avec ses doigts ce qui me faisait gémir de plus en plus en tournant la tête pour voir ce qu’il me faisait. Ses deux mains écartaient bien mes fesses pour qu’il continue de me manger.
Benjamin se redressa en me caressant les fesses puis en s’appuyant contre moi pour attraper mon visage et m’embrasser en même temps. Pendant ce baiser, je le sentais commencer à présenter son gland contre mon cul déjà bien ouvert. J’en avais des frissons dans tout le corps. Son gland rentra en moi puis il se stoppa mais je voulais qu’il me possède rapidement. J’ai appuyé et j’ai entendu le grognement de Benjamin lorsque sa queue était toute entière en moi. Je pouvais enfin le sentir. Enfin retrouver cette sensation de pur bonheur. Il a commencé par donner des coups de reins avec douceur puis de plus en plus rapide. Ses deux mains me tenant toujours par les hanches. Je hurlais de plaisir et cambrais de plus en plus. Je me suis même tordu pour arriver à caresser les couilles pendant qu’il me pilonnait ce qui le surpris aussitôt mais accentua son pilonnage. Il se pencha pour prendre ma bouche contre la mienne et me dit :
-Je veux te voir les yeux dans les yeux.
Benjamin m’a retourné sur le dos puis s’est allongé sur moi pour venir poser sa bouche sur la mienne. Nos langues se sont encore rencontrées et ont tournée l’une autour de l’autre. Benjamin a pris son sexe bien dur avec sa main et l’a présenté devant mon petit trou tout humide. Il m’a pénétré d’un coup en me regardant bien droit dans les yeux avec un sourire qui en disant long.
La lueur de la lune traverse les stores, éclairant leurs corps enlacés et ruisselants de sueur.
-Je veux voir chaque frisson dans tes yeux quand tu jouis, murmure Benjamin en accélérant le rythme de ses poussées.
Sa main s’est refermée sur ma gorge tandis que l'autre maintenait ma hanche. Ses couilles claquaient contre mon cul à chaque mouvement, le bruit humide de la pénétration résonnant dans la chambre. Je sentais le gland de Benjamin racler ma prostate avec une précision diabolique, déclenchant des vagues de plaisir qui m’ont fait crier.
Il me souleva soudain contre le mur sans jamais interrompre son va-et-vient. Maintenant empalé sur sa bite, je me suis vidé contre son ventre en mordant l'épaule de Benjamin.
-C'est à moi, ce cul, dit Benjamin en remplissant les entrailles de Léopold dans un cri bestial.
Une fois que Benjamin eu éjaculé dans mon cul, nos corps se sont affaissés sur le matelas trempé, encore frissonnants de plaisir.
-Ton corps... je pourrais te toucher pendant des heures, murmurais-je entre deux baisers profonds.
Mes doigts ont tracé des cercles lents sur les hanches marquées de rouge du gendarme.
Benjamin a répondu en glissant une main entre mes cuisses, caressant la chair sensible encore palpitante de notre union. Nos langues se sont mêlées paresseusement tandis que nos sexes épuisés se sont pressés l'un contre l'autre dans une étreinte tendre.
L'urgence s'est estompée, laissant place à une douceur profonde et inattendue. Nos corps, enchevêtrés sous les draps, respiraient à l'unisson. La tension de la nuit, de la rue, du restaurant, tout s'était dissipé dans le réconfort de cette étreinte retrouvée. Nous sommes restés enlacés une grande partie de la nuit. La parole est revenue lentement, douce et nécessaire.
Nous avons parlé à voix basse, partageant ce qui n'avait pu être dit pendant les semaines de silence. J'ai exprimé ma douleur face à son rejet devant Éloïse ; il a confessé sa panique et la lâcheté de sa manœuvre, avouant que me voir avec Jean-Charles avait été le point de rupture.
Il a parlé de sa vie, des attentes de sa famille et de sa carrière, qui rendaient la perspective de l'aveu terrifiante. J'ai parlé de ma solitude et de mon besoin de vérité.
Le silence s'est fait, plus profond, à mesure que l'aube pointait. Benjamin a embrassé mon épaule. Il s'est redressé légèrement, me regardant dans les yeux, son visage grave.
-Je ne peux plus. Je ne peux pas vivre une double vie, et je ne peux pas te perdre, a-t-il dit.
Il a serré ma main, ses doigts s'entrelaçant avec les miens, un geste de solennité et d'engagement.
-Je vais tout dire à Camille, Léopold. Je te le promets.
Il n'a pas fixé de date, mais le poids de ces mots suffisait. C'était la première fois qu'il faisait une promesse aussi claire et définitive concernant sa vie. Il choisissait enfin, ou du moins, il s'engageait à choisir.
Nous nous sommes rendormis un moment, bercés par le soulagement et le poids de cette décision.
Je me suis réveillé avec le poids familier du bras de Benjamin sur ma poitrine. Le soleil, filtrant à travers les rideaux, peignait des motifs dorés dans la chambre. C'était la première fois depuis des mois que je me réveillais sans le poids de la culpabilité ou de la solitude.
Benjamin était déjà éveillé. Il me regardait, son expression était un mélange de sérénité et d'une détermination nouvelle et effrayante.
-Je ne peux pas rester ici, a-t-il murmuré, sans bouger. Mais je ne travaille pas aujourd'hui. Je dois le faire maintenant.
Il a levé sa main pour caresser ma joue.
La promesse tient, Léopold. Je vais lui dire la vérité.
Il s'est redressé, l'air résolu. Il s'est rhabillé rapidement, chaque mouvement étant précis et militaire. Il s'est approché du lit, s'asseyant sur le bord.
-Il faut que tu viennes avec moi, a-t-il dit, fixant le tapis.
-Quoi ? J'ai cru mal entendre.
-J'ai besoin de toi. Je dois lui dire la vérité, mais j'ai besoin de savoir que tu es là. Pas dans la pièce, non. Mais je ne peux pas y aller seul, me faire démolir, puis revenir vers toi. Si tu es là, si tu attends, cela rend la chose réelle.
Il a levé les yeux vers moi, ses mains tremblantes légèrement. C'était une demande égoïste, mais désespérée. Il avait besoin d'un point d'ancrage dans la réalité qu'il était sur le point de créer.
-S'il te plaît. Accompagne-moi. Tu n'auras qu'à m'attendre.
L'idée était folle et cruelle pour Camille, mais l'idée de le laisser affronter ce moment seul, après le pacte de la nuit, était plus cruelle encore pour lui.
-Je m'habille, ai-je répondu. Où est-ce que je t'attends ?
-Sur le parking souterrain. Je t'enverrai un message quand ce sera fini.
Nous sommes partis ensemble. Le trajet en voiture était silencieux et lourd de l'atmosphère d'une exécution imminente. Nous sommes arrivés à l'immeuble de Camille. Benjamin a coupé le moteur et s'est tourné vers moi.
-Merci d'être là. Sa voix était à peine audible.
Il est sorti, laissant la voiture et la peur derrière lui. Mon attente a été une torture. Chaque minute qui passait était un supplice pour Camille, pour Benjamin, et pour moi. J'imaginais la scène : la surprise de Camille, la froideur de l'aveu, la destruction de leur monde. Après ce qui a semblé être une éternité – en réalité trente-cinq minutes – mon téléphone a vibré.
De : Benjamin
À : Léopold
Message : C'est fait. J'ai tout dit. Sors du parking, je t'attends à l'entrée.
J'ai démarré, mes mains tremblaient sur le volant. Je l'ai trouvé à l'entrée de l'immeuble, le visage livide, mais étrangement délivré. Il tenait ses clés et son porte-feuille. Il avait laissé son bracelet derrière lui – peut-être un geste pour Camille. Je me suis arrêté devant lui. Il est monté dans la voiture, s'est assis lourdement, et a fermé la porte.
-Elle sait tout, a-t-il murmuré, les yeux fixés droit devant lui. Je lui ai dit que je t'aimais. Je lui ai dit que ça n'avait rien à voir avec toi, que ça venait de moi, mais... elle sait qui tu es.
Il s'est tourné vers moi.
-C'est fini avec elle, Léopold. Vraiment.
Des semaines plus tard, la poussière de la confrontation avec Camille avait eu le temps de retomber, bien qu'elle n'ait pas disparu. La rupture avait été douloureuse pour elle, comme pour Benjamin. Il avait déménagé, s'installant temporairement dans un petit appartement le temps de se reconstruire.
Pour moi et Benjamin, les premières semaines avaient été intenses, remplies de la joie de ne plus se cacher, mais aussi du stress de la transition. Notre relation, désormais au grand jour, était mise à l'épreuve par le monde extérieur. Le plus grand défi fut le travail de Benjamin. Fidèle à sa promesse d'authenticité, il avait fait son coming-out à son travail au sein de la Gendarmerie.
-Cela a été compliqué au début, m'a-t-il confié un soir.
L'environnement était rigide, certaines réactions étaient froides. Sa carrière, jadis tracée, est devenue incertaine. Il a dû faire face à des regards lourds, à des silences embarrassants et à la réorganisation de certaines de ses affectations. Sa vie "stricte" était en train de se briser, mais il la reconstruisait, pièce par pièce, avec honnêteté.
J'ai été son roc pendant cette période.
Un soir, alors qu'il était particulièrement épuisé et découragé par une journée difficile, il est venu me rejoindre à la librairie après la fermeture. Il s'est effondré sur le canapé, le même sofa témoin de notre première nuit secrète.
-Je suis fatigué, Léopold, a-t-il murmuré. Fatigué de me battre contre le jugement. Fatigué de cet appartement temporaire.
J'ai posé ma pile de livres et je me suis assis à côté de lui, prenant sa main. J'avais pris ma décision depuis longtemps. Cet homme était ma vérité, le chaos qui avait donné un sens à ma vie ordonnée. J'ai regardé autour de la librairie, puis de l'escalier menant à mon appartement au-dessus. C'était chez nous.
-Benjamin, ai-je commencé, ma voix était douce mais ferme. Nous n'avons plus besoin de temporaire.
J'ai serré sa main.
-Viens vivre ici. Avec moi.
L'idée l'a frappé, visiblement. Ses yeux, d'abord embués de fatigue, se sont éclairés d'une lumière d'espoir. Il n'y avait pas de bague, pas de grande cérémonie, juste le besoin d'être ensemble, sans murs ni secrets. Il n'a pas répondu immédiatement, mais son silence était une acceptation totale. Il m'a attiré contre lui, et son étreinte était une promesse de foyer.
Quelques jours plus tard, il apportait ses premières affaires, et le bruit de son rire a commencé à remplir l'appartement au-dessus de la librairie.
Epilogue
Cinq années s'étaient écoulées. Les jours de travail et les nuits d'amour avaient tissé une tapisserie solide et colorée. Benjamin, mon associé, avait échangé l'uniforme contre des chemises douces, et il n'y avait plus dans son regard aucune trace du conflit qui l'avait autrefois dévoré.
Ce soir-là, les lumières de la librairie étaient tamisées. L'air sentait le vieux papier et l'infusion à la cannelle. Benjamin était particulièrement nerveux et venait de se glisser derrière le comptoir, prétendant chercher un reçu, avant de revenir s'asseoir.
Je n'ai pas prêté attention à son agitation. J'étais concentré sur le vieux sofa, celui-là même qui avait abrité tant de secrets. Je me suis approché pour le tapoter, voulant le remettre en place. C'est là que j'ai senti quelque chose de dur sous le vieux coussin en velours. Intrigué, j'ai soulevé le coussin. Il y avait une petite boîte en bois sombre, polie, que Benjamin venait visiblement de dissimuler maladroitement.
Benjamin, qui nous regardait, s'est figé. Toute sa façade de calme s'est effondrée. J'ai regardé la boîte, puis lui.
-Qu'est-ce que c'est, Benjamin ? ai-je demandé, un sourire naissant malgré le sérieux de l'instant.
Il a soupiré, la déception d'avoir vu son plan tomber à l'eau masquée par l'émotion. Il s'est approché, prenant ma main.
-Je voulais faire ça de manière romantique, pas comme une enquête, a-t-il murmuré.
Il a pris ma main et nous nous sommes assis sur le sofa.
-Je pensais... à notre première nuit. À la peur. À l'absurdité de tout ça, a-t-il dit, reprenant le fil de sa pensée initiale. Et à la chance qu'on a eue d'avoir le courage d'affronter le monde.
Il a pris la boîte de mes mains, ses doigts tremblants légèrement.
-Mon ancre, c'est toi. Ma maison, c'est cette librairie. Ma seule règle, c'est nous.
Il a ouvert la boîte. À l'intérieur reposait une bague simple et élégante. Benjamin a posé sa main sur mon cœur, qui battait fort.
-Léopold, je n'ai plus besoin de promesse. J'ai besoin de permanence. Veux-tu faire de cette librairie l'endroit où nous serons mariés, pour de vrai, pour toujours ?
Les larmes m'ont monté aux yeux. Il n'y avait plus de stratégies, plus de manœuvres, plus de secrets. Juste le cœur de l'homme que j'aimais, offert sans aucune réserve.
-Oui, ai-je répondu, ma voix était un sanglot joyeux. Oui, Benjamin, plus que tout. Même si tu es un très mauvais cacheur de boîtes.
Il a éclaté de rire, un rire de soulagement et d'amour. Il a glissé la bague à mon doigt. Nous nous sommes embrassés, un baiser qui contenait la ferveur de la passion, la douleur surmontée, et la magnifique certitude d'un avenir enfin construit sur la vérité. C'était le dernier et le plus beau livre de notre histoire.
Fin.
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2 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
merci à l'auteur pour cette belle histoire qui finie fort bien, je n'en doutais pas. très agréable à lire, pas de vulgarité et çà fait du bien parmi les autres récits souvent trop vulgaires.
Magnifique histoire, magnifique fin : BRAVO !!!
