Mémoire d'Escorte E02
Récit érotique écrit par Miss_Sexcret [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur femme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 27-08-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Nous sommes mardi, et c’est avec un grand bonheur que je me retrouve en TD de psychopathologie à écouter la voix monocorde de M. Fournier. L’amphithéâtre Richelieu sent le café tiède et les vestes encore humides. Autour de moi, le spectacle habituel se joue en silence.
À ma gauche, Lucie annote son polycopié avec une application digne d’une moine copiste. Elle souligne d’un trait parfaitement régulier, numérote chaque idée dans la marge et replace chaque feuille avec une précision presque chirurgicale. Je suis presque certaine qu’elle note ses pensées même aux toilettes et qu’elle les range dans des classeurs étiquetés avant de s’endormir. Deux rangs plus bas, Kevin regarde ostensiblement par la fenêtre en mâchant un chewing-gum avec le rythme d’un métronome détraqué. Il a l’air de calculer combien de minutes il lui reste avant de pouvoir sortir fumer. Et juste devant moi, Camille prend des notes avec une énergie suspecte. Elle écrit trop. Beaucoup trop. Soit elle a une mémoire photographique, soit elle recopie purement et simplement les diapos pour se donner une contenance. Je mise sur la deuxième option.
Plus loin, dans les rangs du milieu, Thomas me regarde encore. Il le fait depuis le début du semestre, avec cette façon particulière de détourner les yeux dès que je croise son regard, comme s’il avait peur d’être pris en flagrant délit. Il est grand, un peu trop propre sur lui, le genre de garçon qui sent bon le déodorant frais et qui croit encore que les filles aiment les conversations sur les séries Netflix. La semaine dernière, il a tenté de me parler après le cours. Il a souri trop fort, a cherché un sujet quelconque, et j’ai senti très clairement qu’il cherchait autre chose qu’une discussion sur le partiel. J’ai répondu poliment, puis je me suis extriquée avec une excuse pathétique. Depuis, il insiste du regard, plus ouvertement. À sa droite, Adrien, lui, ne se cache pas. Il a le corps d’un sportif, les épaules larges, et il me sourit parfois d’un air trop confiant, le genre de sourire qui dit sans détour qu’il aimerait bien savoir ce que je cache sous mon pull. Je sais qu’il m’a repérée. La plupart des filles de la promo aussi.
Je n’ai rien contre eux. Vraiment. Il y a même quelque chose d’agréable à être regardée comme ça, à sentir que mon corps attire ce genre d’attention franche. Mais chaque fois que l’un d’eux s’approche un peu trop, je me retrouve à bafouiller, à inventer une excuse ou à fuir comme une idiote. Timide. Inexpérimentée. Je déteste ce décalage entre ce que je comprends parfaitement en théorie et ce que je suis capable de gérer en pratique.
M. Fournier terminait sa séance sur les troubles de la personnalité borderline quand il a sorti ses lunettes de sa poche et a annoncé :
— Pour le mémoire de fin d’année, vous choisirez un sujet libre en lien avec ce qu’on a vu. Sexualité, rapports de pouvoir, comportements déviants, addictions… Tant que vous restez dans une approche psychologique, je suis ouvert. Vous devrez le soutenir à l’oral devant un jury pendant vingt minutes et quinze minutes de questions, dossier écrit de 15 à 30 pages. Vous avez jusqu’à vendredi pour me donner votre thème. Et je veux un plan détaillé dans deux jours. On les regardera tous ensemble.
Autour de moi, les stylos se sont mis à gratter.
Je n’avais même pas besoin de lire par-dessus les épaules pour savoir ce qui allait sortir. Troubles alimentaires. Harcèlement scolaire. Addiction aux réseaux. Des sujets propres, défendables, qui ne feraient tiquer personne et qui permettraient de citer trois études sans jamais se salir les mains. Moi, je cherchais autre chose. Quelque chose de différent qui me force à sortir des articles trop sages. Quelque chose inattendu qui me fasse réellement *découvrir un nouveau monde*.
Quand le cours s’est terminé, j’ai rangé mes affaires sans me presser. Thomas s’est encore levé trop vite. Je l’ai évité dans le couloir en accélérant le pas. Dehors, le ciel était bas et gris. J’avais besoin de bouger. De vider ma tête. La fac, les regards, les sujets propres, les garçons qui tournaient autour de moi sans que je sache quoi en faire… tout ça me collait à la peau.
Je suis rentrée me changer et je suis partie directement à la salle. C’est l’un des seuls endroits où j’arrive vraiment à ne plus penser. Dès que je commence à suer, la fac disparaît. Les polycopiés, les plans détaillés, les sourires trop insistants de Thomas et d’Adrien, tout s’efface. Il ne reste que le brûlant dans les cuisses, le souffle court, le corps qui travaille. J’aime cette sensation brute. Parfois, en regardant mon reflet dans le miroir entre deux séries, je me trouve même mignonne. Les joues roses, les cheveux collés à la nuque, le legging qui dessine tout. Mignonne, oui. Mais toujours un peu maladroite. Comme si mon corps savait des choses que moi je ne savais pas encore gérer.
En descendant de la machine, une pensée m’a traversée, presque amusée : peut-être que je devrais me trouver un copain. Juste pour pouvoir suer autrement. Différemment. Plus chaud. Plus salement. L’idée m’a fait sourire toute seule sous la douche.
Un peu après vingt heures, je rentrais enfin. Les cheveux encore humides, le legging noir collé aux cuisses, le sac de cours en bandoulière. L’air sentait la pluie qui n’avait pas encore commencé. J’étais encore dans mon sujet, à chercher ce que je pourrais bien présenter d’original sans passer pour la fille bizarre de la promo, quand j’ai aperçu M. Morel de loin.
Il était dehors, près de sa boîte aux lettres, une cigarette entre les doigts. Comme souvent. Trop souvent pour que ce soit vraiment un hasard. Même de loin, j’ai vu la façon dont son regard a glissé sur moi dès qu’il m’a repérée. Lentement. Sans se cacher. Il me trouve bandante. C’est clair. Je suis même sûre qu’il se touche en pensant à moi. Le soir, dans son appart trop silencieux, en imaginant ce qu’il y a sous mon legging.
La pensée m’a fait hausser un sourcil, presque amusée. Je n’étais plus distraite. Pas du tout.
— Bonsoir, Léna.
Sa voix était un peu trop basse, un peu trop posée. Il avait les épaules légèrement rentrées, comme s’il tentait de se faire plus petit qu’il n’était. Quarante-cinq ans, peut-être un peu plus. Cheveux grisonnants, ventre qui commençait à s’installer, une trop grande timidité dans les gestes pour quelqu’un qui me mattait depuis des mois.
Note mentale : le type a l’air d’avoir répété cette conversation devant son miroir au moins quatre fois. Et il a quand même les mains qui tremblent.
— Bonsoir, Monsieur Morel.
J’ai continué mon chemin. Il a fait un pas en avant, puis un autre, comme s’il avait peur que je disparaisse derrière le portail avant qu’il ait le temps de parler.
— Je… je peux vous parler deux minutes ?
J’ai marqué un temps d’arrêt. Mon cœur n’accélérait pas vraiment. C’était plutôt une curiosité froide, presque clinique. Je l’ai regardé. La lumière jaune du réverbère dessinait des ombres sous ses yeux. Il a écrasé sa cigarette contre le pilier, maladroitement. Sa pomme d’Adam est montée et descendue.
— Oui ?
Il a inspiré, comme s’il cherchait son courage quelque part dans sa poitrine.
— C’est… un peu délicat. Je ne voudrais pas que vous le preniez mal.
J’ai attendu. En silence. J’avais appris que le silence faisait parler les gens plus vite que les questions.
Allez, Morel. Crache le morceau. Je n’ai pas toute la soirée et mon legging commence à sécher de façon inconfortable.
Il a passé une main sur sa nuque, puis a baissé les yeux un instant avant de les relever.
— Léna… je sais que c’est bizarre. Mais je voudrais vous faire une proposition. C’est une proposition honnête, en tout bien tout honneur. Mais je sais que vous êtes étudiante et peut-être qu’un peu d’argent peut vous intéresser.
J’ai posé mon sac au sol et je l’ai regardé. Attendue. Le silence entre nous était devenu presque dense. On entendait une voiture passer dans la rue d’à côté, puis plus rien.
— Je… je suis un collectionneur. Enfin, pas collectionneur dans le sens du terme. Je… je…
Il cherche ses mots comme un élève qui n’a pas révisé. Fascinant.
— Je suis fétichiste… voilà. Je suis fétichiste des culottes portées.
Ah. Bingo. Le pervers sort du bois. Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir me demander ?
Il a avalé sa salive. Sa voix avait un peu tremblé sur les derniers mots.
— Ma femme… avant qu’elle ne me quitte il y a deux ans, elle me laissait les siennes. Depuis deux ans, j’ai plus rien. Et vous… je vous regarde souvent. Trop, je sais. Alors je me suis dit… si jamais vous acceptiez de me vendre celle que vous portez, ou une autre, portée dans la journée… ou comme maintenant, après le sport. Cent euros. Peut-être cent cinquante si… si je peux vous voir l’enlever.
Le silence qui a suivi a duré trois secondes pleines. Lui n’osait plus me regarder dans les yeux. Moi, intérieurement, j’étais en train de prendre des notes.
Note mentale : proposition claire. Argent contre un bout de tissu imprégné de moi. Il est rouge. Il a peur. Il est excité. Il a répété cette phrase devant son miroir. Et il sent le tabac froid et le désespoir. Magnifique spécimen à oserver.
J’ai incliné légèrement la tête, comme je le faisais en cours quand un concept m’intéressait.
— Ma culotte ?
— Oui. Celle que vous avez sur vous. Ou une autre. Portée. Je… je paierais bien.
Sa voix s’était affaiblie sur la fin. Il avait l’air d’un homme qui vient de franchir une ligne qu’il ne pourra plus reculer. Ses doigts jouaient nerveusement avec le briquet dans sa poche. Je l’ai laissé attendre. Le legging collait un peu plus entre mes cuisses. Pas d’excitation réelle. Juste une sensation étrange, nouvelle. Quelqu’un mettait un prix sur un bout de tissu imprégné de moi. Exactement le genre de transaction que j’étais en train de chercher pour mon mémoire.
— Je vais y réfléchir, ai-je répondu calmement.
Il a hoché la tête trop vite, presque soulagé que je n’aie pas hurlé.
— Bien sûr. Bien sûr. Je… bonsoir, Léna.
— Bonsoir, Monsieur Morel.
J’ai poussé le portail et je suis rentrée sans me retourner. Une fois dans le jardin, j’ai senti mon cœur battre un peu plus fort. Pas de panique. Pas de dégoût. De l’intérêt.
En montant les escaliers vers ma chambre, une seule phrase tournait en boucle dans ma tête, nette et presque amusée :
Cent cinquante euros. C’est une sacrée somme pour un bout de tissu en coton à dix euros. Et il tremblait en le demandant.
J’ai imaginé un instant ce qui se passerait si j’acceptais d’aller un peu plus loin. Juste ouvrir mon haut. Lui montrer mes seins. Voir jusqu’où sa voix se briserait. L’idée m’a traversée sans me choquer. Seulement une curiosité froide, presque technique.
J’ai fermé la porte à clé. Adossée contre le bois, j’ai commencé à rire toute seule. Pas un rire nerveux. Un vrai rire, bas, incrédule.
Ce soir-là, je n’ai pas réussi à dormir. La proposition de Monsieur Morel tournait en boucle. Argent contre intimité. Plus j’y pensais, plus elle me semblait évidente. C’était exactement ce que je cherchais. Pas un sujet propre. Pas un sujet défendable. Quelque chose d’incarné.
J’avais trouvé mon sujet de mémoire.
—
Deux jours plus tard, toujours dans le même amphithéâtre.
M. Fournier avait demandé à chacun de venir avec un plan détaillé. Pas encore le dossier complet, juste la direction : problématique, axes, premières pistes. On allait tous les examiner ensemble, histoire de voir qui partait où et d’éviter les doublons.
Quand mon tour est arrivé, j’ai ouvert mon cahier.
— Mon sujet porte sur la prostitution vue sous l’angle des mécanismes psychiques. Pas sociologique ou économique. Ce qui se passe dans la tête. Côté vendeur : dissociation, construction d’un personnage, rapport au plaisir et à l’argent. Côté acheteur : fantasme de pouvoir, fétichisation, besoin de possession temporaire. Je voudrais explorer la frontière entre le fantasme et l’acte, et ce que l’échange monétaire modifie dans la relation.
M. Fournier a hoché la tête, intéressé.
— C’est clair. Et concrètement, quelles sources ?
— Articles académiques, témoignages publiés… et si possible des observations plus directes. Je verrai.
Un petit silence a parcouru les rangs autour de moi. Quelqu’un a étouffé un rire nerveux deux tables plus loin. M. Fournier m’a regardée par-dessus ses lunettes. Plus longtemps que d’habitude.
— C’est ambitieux, Léna. Et glissant. Vous pensez pouvoir rester objective ?
— Je vais essayer.
Il a marqué une pause, puis a hoché la tête.
— Très bien. Mais attention : je veux une vraie analyse, pas un témoignage moralisateur, ni un fantasme mal déguisé. Vous me donnez le titre exact vendredi.
— Oui, Monsieur.
J’ai noté sur mon cahier :
« Prostitution et mécanismes psychiques. »
En rangeant mes affaires, j’avais déjà le cœur qui battait un peu trop vite. Pas d’excitation sexuelle. Autre chose. Une forme d’impatience.
Les textes allaient me sembler trop propres. Trop filtrés. Trop loin.
Il me fallait du vrai.
Heureusement, je pouvais commencer avec Monsieur Morel.
À ma gauche, Lucie annote son polycopié avec une application digne d’une moine copiste. Elle souligne d’un trait parfaitement régulier, numérote chaque idée dans la marge et replace chaque feuille avec une précision presque chirurgicale. Je suis presque certaine qu’elle note ses pensées même aux toilettes et qu’elle les range dans des classeurs étiquetés avant de s’endormir. Deux rangs plus bas, Kevin regarde ostensiblement par la fenêtre en mâchant un chewing-gum avec le rythme d’un métronome détraqué. Il a l’air de calculer combien de minutes il lui reste avant de pouvoir sortir fumer. Et juste devant moi, Camille prend des notes avec une énergie suspecte. Elle écrit trop. Beaucoup trop. Soit elle a une mémoire photographique, soit elle recopie purement et simplement les diapos pour se donner une contenance. Je mise sur la deuxième option.
Plus loin, dans les rangs du milieu, Thomas me regarde encore. Il le fait depuis le début du semestre, avec cette façon particulière de détourner les yeux dès que je croise son regard, comme s’il avait peur d’être pris en flagrant délit. Il est grand, un peu trop propre sur lui, le genre de garçon qui sent bon le déodorant frais et qui croit encore que les filles aiment les conversations sur les séries Netflix. La semaine dernière, il a tenté de me parler après le cours. Il a souri trop fort, a cherché un sujet quelconque, et j’ai senti très clairement qu’il cherchait autre chose qu’une discussion sur le partiel. J’ai répondu poliment, puis je me suis extriquée avec une excuse pathétique. Depuis, il insiste du regard, plus ouvertement. À sa droite, Adrien, lui, ne se cache pas. Il a le corps d’un sportif, les épaules larges, et il me sourit parfois d’un air trop confiant, le genre de sourire qui dit sans détour qu’il aimerait bien savoir ce que je cache sous mon pull. Je sais qu’il m’a repérée. La plupart des filles de la promo aussi.
Je n’ai rien contre eux. Vraiment. Il y a même quelque chose d’agréable à être regardée comme ça, à sentir que mon corps attire ce genre d’attention franche. Mais chaque fois que l’un d’eux s’approche un peu trop, je me retrouve à bafouiller, à inventer une excuse ou à fuir comme une idiote. Timide. Inexpérimentée. Je déteste ce décalage entre ce que je comprends parfaitement en théorie et ce que je suis capable de gérer en pratique.
M. Fournier terminait sa séance sur les troubles de la personnalité borderline quand il a sorti ses lunettes de sa poche et a annoncé :
— Pour le mémoire de fin d’année, vous choisirez un sujet libre en lien avec ce qu’on a vu. Sexualité, rapports de pouvoir, comportements déviants, addictions… Tant que vous restez dans une approche psychologique, je suis ouvert. Vous devrez le soutenir à l’oral devant un jury pendant vingt minutes et quinze minutes de questions, dossier écrit de 15 à 30 pages. Vous avez jusqu’à vendredi pour me donner votre thème. Et je veux un plan détaillé dans deux jours. On les regardera tous ensemble.
Autour de moi, les stylos se sont mis à gratter.
Je n’avais même pas besoin de lire par-dessus les épaules pour savoir ce qui allait sortir. Troubles alimentaires. Harcèlement scolaire. Addiction aux réseaux. Des sujets propres, défendables, qui ne feraient tiquer personne et qui permettraient de citer trois études sans jamais se salir les mains. Moi, je cherchais autre chose. Quelque chose de différent qui me force à sortir des articles trop sages. Quelque chose inattendu qui me fasse réellement *découvrir un nouveau monde*.
Quand le cours s’est terminé, j’ai rangé mes affaires sans me presser. Thomas s’est encore levé trop vite. Je l’ai évité dans le couloir en accélérant le pas. Dehors, le ciel était bas et gris. J’avais besoin de bouger. De vider ma tête. La fac, les regards, les sujets propres, les garçons qui tournaient autour de moi sans que je sache quoi en faire… tout ça me collait à la peau.
Je suis rentrée me changer et je suis partie directement à la salle. C’est l’un des seuls endroits où j’arrive vraiment à ne plus penser. Dès que je commence à suer, la fac disparaît. Les polycopiés, les plans détaillés, les sourires trop insistants de Thomas et d’Adrien, tout s’efface. Il ne reste que le brûlant dans les cuisses, le souffle court, le corps qui travaille. J’aime cette sensation brute. Parfois, en regardant mon reflet dans le miroir entre deux séries, je me trouve même mignonne. Les joues roses, les cheveux collés à la nuque, le legging qui dessine tout. Mignonne, oui. Mais toujours un peu maladroite. Comme si mon corps savait des choses que moi je ne savais pas encore gérer.
En descendant de la machine, une pensée m’a traversée, presque amusée : peut-être que je devrais me trouver un copain. Juste pour pouvoir suer autrement. Différemment. Plus chaud. Plus salement. L’idée m’a fait sourire toute seule sous la douche.
Un peu après vingt heures, je rentrais enfin. Les cheveux encore humides, le legging noir collé aux cuisses, le sac de cours en bandoulière. L’air sentait la pluie qui n’avait pas encore commencé. J’étais encore dans mon sujet, à chercher ce que je pourrais bien présenter d’original sans passer pour la fille bizarre de la promo, quand j’ai aperçu M. Morel de loin.
Il était dehors, près de sa boîte aux lettres, une cigarette entre les doigts. Comme souvent. Trop souvent pour que ce soit vraiment un hasard. Même de loin, j’ai vu la façon dont son regard a glissé sur moi dès qu’il m’a repérée. Lentement. Sans se cacher. Il me trouve bandante. C’est clair. Je suis même sûre qu’il se touche en pensant à moi. Le soir, dans son appart trop silencieux, en imaginant ce qu’il y a sous mon legging.
La pensée m’a fait hausser un sourcil, presque amusée. Je n’étais plus distraite. Pas du tout.
— Bonsoir, Léna.
Sa voix était un peu trop basse, un peu trop posée. Il avait les épaules légèrement rentrées, comme s’il tentait de se faire plus petit qu’il n’était. Quarante-cinq ans, peut-être un peu plus. Cheveux grisonnants, ventre qui commençait à s’installer, une trop grande timidité dans les gestes pour quelqu’un qui me mattait depuis des mois.
Note mentale : le type a l’air d’avoir répété cette conversation devant son miroir au moins quatre fois. Et il a quand même les mains qui tremblent.
— Bonsoir, Monsieur Morel.
J’ai continué mon chemin. Il a fait un pas en avant, puis un autre, comme s’il avait peur que je disparaisse derrière le portail avant qu’il ait le temps de parler.
— Je… je peux vous parler deux minutes ?
J’ai marqué un temps d’arrêt. Mon cœur n’accélérait pas vraiment. C’était plutôt une curiosité froide, presque clinique. Je l’ai regardé. La lumière jaune du réverbère dessinait des ombres sous ses yeux. Il a écrasé sa cigarette contre le pilier, maladroitement. Sa pomme d’Adam est montée et descendue.
— Oui ?
Il a inspiré, comme s’il cherchait son courage quelque part dans sa poitrine.
— C’est… un peu délicat. Je ne voudrais pas que vous le preniez mal.
J’ai attendu. En silence. J’avais appris que le silence faisait parler les gens plus vite que les questions.
Allez, Morel. Crache le morceau. Je n’ai pas toute la soirée et mon legging commence à sécher de façon inconfortable.
Il a passé une main sur sa nuque, puis a baissé les yeux un instant avant de les relever.
— Léna… je sais que c’est bizarre. Mais je voudrais vous faire une proposition. C’est une proposition honnête, en tout bien tout honneur. Mais je sais que vous êtes étudiante et peut-être qu’un peu d’argent peut vous intéresser.
J’ai posé mon sac au sol et je l’ai regardé. Attendue. Le silence entre nous était devenu presque dense. On entendait une voiture passer dans la rue d’à côté, puis plus rien.
— Je… je suis un collectionneur. Enfin, pas collectionneur dans le sens du terme. Je… je…
Il cherche ses mots comme un élève qui n’a pas révisé. Fascinant.
— Je suis fétichiste… voilà. Je suis fétichiste des culottes portées.
Ah. Bingo. Le pervers sort du bois. Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir me demander ?
Il a avalé sa salive. Sa voix avait un peu tremblé sur les derniers mots.
— Ma femme… avant qu’elle ne me quitte il y a deux ans, elle me laissait les siennes. Depuis deux ans, j’ai plus rien. Et vous… je vous regarde souvent. Trop, je sais. Alors je me suis dit… si jamais vous acceptiez de me vendre celle que vous portez, ou une autre, portée dans la journée… ou comme maintenant, après le sport. Cent euros. Peut-être cent cinquante si… si je peux vous voir l’enlever.
Le silence qui a suivi a duré trois secondes pleines. Lui n’osait plus me regarder dans les yeux. Moi, intérieurement, j’étais en train de prendre des notes.
Note mentale : proposition claire. Argent contre un bout de tissu imprégné de moi. Il est rouge. Il a peur. Il est excité. Il a répété cette phrase devant son miroir. Et il sent le tabac froid et le désespoir. Magnifique spécimen à oserver.
J’ai incliné légèrement la tête, comme je le faisais en cours quand un concept m’intéressait.
— Ma culotte ?
— Oui. Celle que vous avez sur vous. Ou une autre. Portée. Je… je paierais bien.
Sa voix s’était affaiblie sur la fin. Il avait l’air d’un homme qui vient de franchir une ligne qu’il ne pourra plus reculer. Ses doigts jouaient nerveusement avec le briquet dans sa poche. Je l’ai laissé attendre. Le legging collait un peu plus entre mes cuisses. Pas d’excitation réelle. Juste une sensation étrange, nouvelle. Quelqu’un mettait un prix sur un bout de tissu imprégné de moi. Exactement le genre de transaction que j’étais en train de chercher pour mon mémoire.
— Je vais y réfléchir, ai-je répondu calmement.
Il a hoché la tête trop vite, presque soulagé que je n’aie pas hurlé.
— Bien sûr. Bien sûr. Je… bonsoir, Léna.
— Bonsoir, Monsieur Morel.
J’ai poussé le portail et je suis rentrée sans me retourner. Une fois dans le jardin, j’ai senti mon cœur battre un peu plus fort. Pas de panique. Pas de dégoût. De l’intérêt.
En montant les escaliers vers ma chambre, une seule phrase tournait en boucle dans ma tête, nette et presque amusée :
Cent cinquante euros. C’est une sacrée somme pour un bout de tissu en coton à dix euros. Et il tremblait en le demandant.
J’ai imaginé un instant ce qui se passerait si j’acceptais d’aller un peu plus loin. Juste ouvrir mon haut. Lui montrer mes seins. Voir jusqu’où sa voix se briserait. L’idée m’a traversée sans me choquer. Seulement une curiosité froide, presque technique.
J’ai fermé la porte à clé. Adossée contre le bois, j’ai commencé à rire toute seule. Pas un rire nerveux. Un vrai rire, bas, incrédule.
Ce soir-là, je n’ai pas réussi à dormir. La proposition de Monsieur Morel tournait en boucle. Argent contre intimité. Plus j’y pensais, plus elle me semblait évidente. C’était exactement ce que je cherchais. Pas un sujet propre. Pas un sujet défendable. Quelque chose d’incarné.
J’avais trouvé mon sujet de mémoire.
—
Deux jours plus tard, toujours dans le même amphithéâtre.
M. Fournier avait demandé à chacun de venir avec un plan détaillé. Pas encore le dossier complet, juste la direction : problématique, axes, premières pistes. On allait tous les examiner ensemble, histoire de voir qui partait où et d’éviter les doublons.
Quand mon tour est arrivé, j’ai ouvert mon cahier.
— Mon sujet porte sur la prostitution vue sous l’angle des mécanismes psychiques. Pas sociologique ou économique. Ce qui se passe dans la tête. Côté vendeur : dissociation, construction d’un personnage, rapport au plaisir et à l’argent. Côté acheteur : fantasme de pouvoir, fétichisation, besoin de possession temporaire. Je voudrais explorer la frontière entre le fantasme et l’acte, et ce que l’échange monétaire modifie dans la relation.
M. Fournier a hoché la tête, intéressé.
— C’est clair. Et concrètement, quelles sources ?
— Articles académiques, témoignages publiés… et si possible des observations plus directes. Je verrai.
Un petit silence a parcouru les rangs autour de moi. Quelqu’un a étouffé un rire nerveux deux tables plus loin. M. Fournier m’a regardée par-dessus ses lunettes. Plus longtemps que d’habitude.
— C’est ambitieux, Léna. Et glissant. Vous pensez pouvoir rester objective ?
— Je vais essayer.
Il a marqué une pause, puis a hoché la tête.
— Très bien. Mais attention : je veux une vraie analyse, pas un témoignage moralisateur, ni un fantasme mal déguisé. Vous me donnez le titre exact vendredi.
— Oui, Monsieur.
J’ai noté sur mon cahier :
« Prostitution et mécanismes psychiques. »
En rangeant mes affaires, j’avais déjà le cœur qui battait un peu trop vite. Pas d’excitation sexuelle. Autre chose. Une forme d’impatience.
Les textes allaient me sembler trop propres. Trop filtrés. Trop loin.
Il me fallait du vrai.
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