Mémoire d'Escorte E05
Récit érotique écrit par Miss_Sexcret [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur femme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 02-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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J’ai mis presque trente-six heures à décider.
Allongée sur mon lit, le carnet ouvert sur la poitrine, j’ai tenté de peser le pour et le contre comme on pèse des arguments dans une dissertation. Mais le corps refusait de rester neutre. Une chaleur sourde, laissée par la main de Valérie sur mon épaule et par ses mots, continuait de pulser bas dans mon ventre chaque fois que je fermais les yeux.
Pour : enfin comprendre de l’intérieur. Observer non plus depuis le bord, mais depuis le centre. Tester mes propres limites. Voir si le pouvoir que j’avais senti avec Morel se multipliait quand l’enjeu était plus grand. Et, je devais l’avouer, une curiosité presque scientifique mêlée d’une excitation que je n’arrivais plus à classer proprement.
Contre : le risque que ça me change. Que je ne sache plus revenir en arrière. Que mon mémoire devienne un prétexte. Que je prenne goût à quelque chose que je ne maîtriserais plus.
À 23 h 40, j’ai composé le numéro de Valérie. Elle a répondu à la première sonnerie.
— C’est Léna. Je suis d’accord. Je veux essayer.
Elle n’a pas eu l’air surprise.
— Demain, quatorze heures. Ne mange pas trop lourd. Et viens sans maquillage.
—
Le lendemain, l’agence sentait le même bois de santal. Valérie m’a fait asseoir dans le petit salon attenant au bureau. Cette fois, elle avait un dossier.
— Avant toute chose, sois honnête. Tu as quelle expérience, exactement ?
J’ai raconté. Les trois petits amis. Le premier, au lycée, maladroit, rapide, qui s’excusait après. Le deuxième, trop romantique, qui me caressait les cheveux en me regardant dans les yeux et qui mettait trois quarts d’heure à jouir. Le troisième, plus sûr de lui : c’est avec lui que j’avais découvert que j’aimais qu’on me tienne les poignets, qu’on me plaque un peu, que la voix devienne plus rude. Quelques coups d’un soir sans lendemain, où j’étais restée plus observatrice que participante. Rien de très varié. Aucune extravagance. Aucune sodomie. Aucun jeu de rôle. Aucun rapport à plusieurs. J’ai ajouté, un peu gênée, que je n’étais pas complètement ignorante non plus, et que je regardais parfois des vidéos.
Valérie notait mentalement, je le voyais.
— Qu’est-ce que tu refuserais catégoriquement, aujourd’hui ?
— La douleur trop forte. Les humiliations gratuites et méchantes. Les clients sales ou irrespectueux. Les films, les photos. Les drogues. Et… pour l’instant, tout ce qui implique d’autres filles ou d’autres hommes en même temps.
— Et ce que tu aimerais peut-être essayer ?
J’ai hésité. La chaleur dans mon bas-ventre a tressailli.
— Être dirigée. Qu’on me dise quoi faire. Jouer un rôle. Voir jusqu’où je peux aller sans paniquer. Et… ressentir vraiment quelque chose, pas seulement analyser. Me découvrir, peut-être.
Elle a souri.
— Bien. Je te confie à Élise.
La grande rousse que j’avais aperçue l’autre jour est entrée. Plus impressionnante de près : presque 1,80 m, cheveux cuivrés longs, peau très blanche, regard direct mais pas froid. Elle portait un simple jean et un pull fin. Elle m’a tendu la main.
— Élise. Je vais t’expliquer les bases. N’hésite pas à poser des questions, je ne juge pas.
Pendant une heure, elle m’a parlé calmement, en me montrant plutôt qu’en me donnant des cours. Elle m’a fait m’asseoir face à elle et m’a appris à poser mon regard juste un peu trop longtemps, puis à le baisser comme si j’avais été prise en faute. Elle m’a fait répéter une phrase simple — « Je ne suis pas à l’aise avec ça » — d’une voix douce mais ferme, sans sourire d’excuse. Elle m’a montré comment respirer par le ventre quand la panique monte, comment ouvrir légèrement la bouche pour avoir l’air plus jeune, comment croiser les jambes pour attirer le regard sans en avoir l’air. Elle a posé deux doigts sous mon menton et l’a relevé.
— Tu as un avantage énorme. Tu as l’air d’une vraie gamine, on te donne dix-huit ans à peine. Beaucoup d’hommes vont projeter sur toi. À toi de décider ce que tu fais de leurs intérêts. Tu peux les suivre… ou les mettre à tes genoux.
Sa voix était douce, précise, presque maternelle.
Valérie est revenue vers seize heures trente. Elle tenait une fiche.
— Voilà. Tu as rendez-vous demain soir. Vingt heures. Restaurant Le Cheval Blanc, juste au-dessus de la Samaritaine, table au nom de Monsieur T. Stéphane. C’est un chef d’entreprise dans l’agroalimentaire, quarante-trois ans, divorcé. Il aime les filles qui ont l’air jeunes et un peu timides. Il est expérimenté, jamais brutal. Les filles sont toujours contentes d’avoir un rendez-vous avec lui. Il paie trois cents euros l’heure, minimum deux heures. Tu dînes avec lui, tu le suis ensuite à l’hôtel juste à côté s’il le souhaite. Tu peux refuser n’importe quoi en disant simplement « je ne suis pas à l’aise avec ça ». Il comprendra.
Mon estomac s’est contracté.
— Et… la tenue ?
Valérie a échangé un regard avec Élise. Toutes les deux ont souri.
— Viens.
Dans une petite pièce attenante, il y avait plusieurs penderies. Elles ont choisi pour moi : une jupe plissée gris clair un peu trop courte, un chemisier blanc à boutonnage serré, un cardigan marine, des collants fins et des ballerines. Élise a défait ma queue-de-cheval, a brossé mes cheveux pour les laisser retomber sur mes épaules avec un air un peu négligé, presque adolescent. Valérie m’a retiré mes lunettes, puis les a reposées.
— Non. Garde-les. C’est parfait.
Devant le grand miroir, j’ai découvert une fille qui me ressemblait et qui ne me ressemblait plus. Seize ans, peut-être dix-sept. Visage encore rond, air sage, jupe trop courte pour une vraie collégienne mais assez pour faire naître le doute. La bonne élève qu’on a envie de salir.
Élise a posé les mains sur mes épaules.
— Respire. Tu n’es pas obligée de tout faire. Tu es là pour comprendre. Et pour tester. Rentre dans le rôle si tu veux, ou reste toi-même. Les deux marchent avec ton visage.
Valérie m’a glissé une petite enveloppe avec l’adresse de l’hôtel et un numéro d’urgence.
— Tu m’appelles dès que c’est fini. Ou avant, si tu changes d’avis. Bonne soirée, Léna.
Dans le taxi qui m’emmenait vers le Cheval Blanc, j’ai regardé mon reflet dans la vitre sombre. La jupe plissée, les collants, les lunettes, les cheveux lâches. Entre mes cuisses, une tension déjà présente, sourde, que le frottement du tissu ne faisait qu’entretenir.
Pour la première fois, je n’étais plus seulement en train d’observer.
J’allais être observée. Jugée sur mon physique, sur ma façon de parler, sur ce que je laisserais paraître. Est-ce que j’allais pouvoir aller jusqu’au bout avec un inconnu de plus de quarante ans ? Qu’est-ce qu’il allait attendre de moi ? Des questions se croisaient dans ma tête, trop vite. Et quelque part, très bas dans mon ventre, une petite voix curieuse et un peu effrayée murmurait déjà :
*On va bien voir.*
—
Le restaurant du Cheval Blanc occupait le dernier étage de la Samaritaine, avec une vue imprenable sur Paris. Les baies vitrées donnaient sur un océan de toits de zinc et de lumières dorées. Le maître d’hôtel m’a prise en charge dès l’entrée, m’a débarrassée de mon petit manteau, et m’a guidée entre les tables blanches parfaitement dressées.
Stéphane était déjà là, dos à la salle, face à la vitre. Large d’épaules sous un costume anthracite parfaitement coupé, cheveux bruns légèrement grisonnants aux tempes, nuque droite. Il regardait la ville comme on regarde quelque chose qu’on possède déjà un peu.
Le serveur s’est éclairci la voix :
— Monsieur S. ? Votre fille est arrivée.
Stéphane s’est retourné.
Il devait avoir quarante-trois ans comme on me l’avait dit, mais il les portait bien. Visage anguleux, yeux gris-vert, une bouche qui savait sourire sans effort. Une seconde de surprise pure a traversé son regard en me voyant vraiment — la jupe plissée, les collants, les lunettes, les cheveux lâches, l’air de bonne élève un peu perdue. Puis le sourire est venu, large, chaleureux, presque tendre.
Il s’est levé d’un mouvement fluide et m’a embrassée sur les deux joues, tout près de l’oreille.
— Ma chérie… comment vas-tu ?
J’ai senti mon cœur faire un bond bizarre. Devant le serveur qui attendait poliment, j’ai collé mon front une fraction de seconde contre son épaule et j’ai répondu d’une voix volontairement plus jeune, plus douce :
— Papa chéri… ça va. Désolée pour le retard.
Le serveur a hoché la tête avec un sourire compréhensif et s’est éclipsé. À peine avait-il tourné les talons que la réalité m’a rattrapée. Mes joues brûlaient. Un mélange confus de gêne, d’excitation et d’un étrange sentiment de pouvoir m’a traversée. J’avais dit « papa ». Et ça avait fonctionné. Stéphane a repris une voix normale, plus basse, teintée d’amusement.
— Mille excuses. Je n’avais pas anticipé la remarque. Mais… mon Dieu. Valérie m’avait dit « look étudiant ». Elle n’avait pas menti. Tu es… troublante. Merci de t’être déplacée.
Il m’a tiré la chaise. Je me suis assise en lissant ma jupe d’un geste instinctif. Il a repris sa place en face de moi et a fait signe au serveur.
— Une bouteille de Meursault, s’il vous plaît. Et deux verres.
Le serveur a jeté un regard très bref à mon visage, à ma jupe, puis a répondu avec un professionnalisme parfait :
— Tout de suite, Monsieur.
Quand il est reparti, Stéphane a penché légèrement la tête.
— Il se demande sûrement si je suis un père indigne ou un pervers élégant. Les deux options le dérangent un peu, je pense.
J’ai souri malgré moi, encore un peu chaude.
— Et laquelle êtes-vous ?
— Ce soir ? Un peu des deux, probablement. Mais surtout quelqu’un qui a très envie de passer un moment agréable avec toi.
Le vin est arrivé. Le serveur a servi Stéphane en premier, puis s’est tourné vers moi avec une hésitation d’une demi-seconde à peine. Stéphane a fait un petit geste de la main.
— Elle aussi, bien sûr.
Le serveur a versé, les yeux un peu trop fixés sur le col de la bouteille. Je l’ai remercié poliment. Dès qu’il a été hors de portée, Stéphane a levé son verre.
— À ta curiosité, Léna. Valérie m’a dit que tu étais là pour comprendre et découvrir ce milieu. J’espère ne pas te décevoir.
Nous avons trinqué. Le vin était excellent, frais, minéral. J’en ai bu une gorgée plus grande que nécessaire.
La conversation a glissé naturellement. Il m’a demandé ce que j’étudiais vraiment, pourquoi la psychologie, ce qui m’intéressait dans les mécanismes de défense. J’ai répondu sans trop mentir, en gardant juste la partie sur mon mémoire pour moi. Lui m’a parlé de son travail dans l’agroalimentaire, sans s’appesantir, de ses voyages, de sa passion pour la photographie argentique et les vieilles voitures italiennes. Il avait un vrai talent pour poser des questions et écouter réellement les réponses. Rare.
À un moment, il a posé son verre et m’a regardée avec un sourire en coin.
— Tu as l’air d’une fille qui observe et analyse beaucoup. Même maintenant. J’ai l’impression que tu enregistres tout, hein ?
— Peut-être.
— Et qu’est-ce que tu notes sur moi, ce soir ?
J’ai posé mon verre et, comme Élise me l’avait montré, j’ai passé très lentement la pointe de la langue sur ma lèvre inférieure avant de la rentrer. Ses yeux se sont accrochés à ma bouche une seconde de trop, puis sont redescendus vers l’échancrure de mon chemisier, là où le premier bouton tirait un peu. Il n’a pas détourné le regard tout de suite. Le simple fait d’être observée ainsi m’a arraché une petite décharge chaude entre les cuisses.
— Que vous êtes à l’aise. Que vous n’essayez pas de m’impressionner avec de l’argent ou des phrases toutes faites. Que vous me regardez comme si j’étais à la fois une adulte et quelque chose de plus fragile. Et que ça vous plaît, ce décalage.
Il a ri doucement.
— Diagnostique précis. Valérie a fait fort en t’envoyant.
Le dîner s’est déroulé sans aucune lourdeur. Saint-Jacques, pigeon, un dessert au chocolat que nous avons partagé avec deux cuillères. Il me versait à boire sans jamais insister. Il riait facilement. À plusieurs reprises, j’ai senti son genou effleurer le mien sous la table, sans que ce soit accidentel. Chaque fois, une chaleur plus nette remontait le long de ma cuisse et venait se loger plus bas. J’étais censée observer. Au lieu de ça, j’étais en train de me sentir regardée… et de commencer à aimer ça.
*Il est vraiment agréable. Trop agréable, peut-être. Si tous les clients étaient comme ça, je comprendrais mieux pourquoi certaines restent.*
Vers vingt-trois heures, les assiettes avaient disparu. Le restaurant s’était un peu vidé. Stéphane a posé sa serviette, m’a regardée droit dans les yeux, et a demandé d’une voix calme, presque tendre :
— Léna… ma chambre d’hôtel est trois étages plus bas, dans cet immeuble. J’ai une suite. Est-ce que tu voudrais prendre un dernier verre avec moi ? Sans obligation d’aller plus loin si tu changes d’avis. Juste… continuer à parler. Ou davantage, si tu en as envie.
Mon cœur battait trop vite. Entre mes cuisses, la chaleur était devenue insistante, presque gênante. Je pensais à la jupe plissée, aux collants, à mon air de petite fille sage assise en face d’un homme qui savait exactement ce qu’il achetait… et ce qu’il provoquait.
J’ai posé mon verre, j’ai soutenu son regard, et j’ai souri — un sourire un peu trop conscient pour une vraie collégienne.
— Oui. Je veux bien.
Il a signé l’addition sans même regarder le montant, s’est levé, et m’a tendu la main pour m’aider à quitter ma chaise. Ses doigts étaient chauds, secs, confiants. Quand ils se sont refermés sur les miens, j’ai senti mon pouls s’accélérer dans ma gorge.
En marchant vers l’ascenseur, une partie de moi notait déjà, presque malgré elle :
*Client Stéphane. Doux. Intelligent. Regard insistant mais jamais lourd. Plaisir anticipé : élevé. Risque de trop aimer la situation : à surveiller de très près.*
L’ascenseur a piqué vers le bas.
Trois étages.
Et tout le reste.
Allongée sur mon lit, le carnet ouvert sur la poitrine, j’ai tenté de peser le pour et le contre comme on pèse des arguments dans une dissertation. Mais le corps refusait de rester neutre. Une chaleur sourde, laissée par la main de Valérie sur mon épaule et par ses mots, continuait de pulser bas dans mon ventre chaque fois que je fermais les yeux.
Pour : enfin comprendre de l’intérieur. Observer non plus depuis le bord, mais depuis le centre. Tester mes propres limites. Voir si le pouvoir que j’avais senti avec Morel se multipliait quand l’enjeu était plus grand. Et, je devais l’avouer, une curiosité presque scientifique mêlée d’une excitation que je n’arrivais plus à classer proprement.
Contre : le risque que ça me change. Que je ne sache plus revenir en arrière. Que mon mémoire devienne un prétexte. Que je prenne goût à quelque chose que je ne maîtriserais plus.
À 23 h 40, j’ai composé le numéro de Valérie. Elle a répondu à la première sonnerie.
— C’est Léna. Je suis d’accord. Je veux essayer.
Elle n’a pas eu l’air surprise.
— Demain, quatorze heures. Ne mange pas trop lourd. Et viens sans maquillage.
—
Le lendemain, l’agence sentait le même bois de santal. Valérie m’a fait asseoir dans le petit salon attenant au bureau. Cette fois, elle avait un dossier.
— Avant toute chose, sois honnête. Tu as quelle expérience, exactement ?
J’ai raconté. Les trois petits amis. Le premier, au lycée, maladroit, rapide, qui s’excusait après. Le deuxième, trop romantique, qui me caressait les cheveux en me regardant dans les yeux et qui mettait trois quarts d’heure à jouir. Le troisième, plus sûr de lui : c’est avec lui que j’avais découvert que j’aimais qu’on me tienne les poignets, qu’on me plaque un peu, que la voix devienne plus rude. Quelques coups d’un soir sans lendemain, où j’étais restée plus observatrice que participante. Rien de très varié. Aucune extravagance. Aucune sodomie. Aucun jeu de rôle. Aucun rapport à plusieurs. J’ai ajouté, un peu gênée, que je n’étais pas complètement ignorante non plus, et que je regardais parfois des vidéos.
Valérie notait mentalement, je le voyais.
— Qu’est-ce que tu refuserais catégoriquement, aujourd’hui ?
— La douleur trop forte. Les humiliations gratuites et méchantes. Les clients sales ou irrespectueux. Les films, les photos. Les drogues. Et… pour l’instant, tout ce qui implique d’autres filles ou d’autres hommes en même temps.
— Et ce que tu aimerais peut-être essayer ?
J’ai hésité. La chaleur dans mon bas-ventre a tressailli.
— Être dirigée. Qu’on me dise quoi faire. Jouer un rôle. Voir jusqu’où je peux aller sans paniquer. Et… ressentir vraiment quelque chose, pas seulement analyser. Me découvrir, peut-être.
Elle a souri.
— Bien. Je te confie à Élise.
La grande rousse que j’avais aperçue l’autre jour est entrée. Plus impressionnante de près : presque 1,80 m, cheveux cuivrés longs, peau très blanche, regard direct mais pas froid. Elle portait un simple jean et un pull fin. Elle m’a tendu la main.
— Élise. Je vais t’expliquer les bases. N’hésite pas à poser des questions, je ne juge pas.
Pendant une heure, elle m’a parlé calmement, en me montrant plutôt qu’en me donnant des cours. Elle m’a fait m’asseoir face à elle et m’a appris à poser mon regard juste un peu trop longtemps, puis à le baisser comme si j’avais été prise en faute. Elle m’a fait répéter une phrase simple — « Je ne suis pas à l’aise avec ça » — d’une voix douce mais ferme, sans sourire d’excuse. Elle m’a montré comment respirer par le ventre quand la panique monte, comment ouvrir légèrement la bouche pour avoir l’air plus jeune, comment croiser les jambes pour attirer le regard sans en avoir l’air. Elle a posé deux doigts sous mon menton et l’a relevé.
— Tu as un avantage énorme. Tu as l’air d’une vraie gamine, on te donne dix-huit ans à peine. Beaucoup d’hommes vont projeter sur toi. À toi de décider ce que tu fais de leurs intérêts. Tu peux les suivre… ou les mettre à tes genoux.
Sa voix était douce, précise, presque maternelle.
Valérie est revenue vers seize heures trente. Elle tenait une fiche.
— Voilà. Tu as rendez-vous demain soir. Vingt heures. Restaurant Le Cheval Blanc, juste au-dessus de la Samaritaine, table au nom de Monsieur T. Stéphane. C’est un chef d’entreprise dans l’agroalimentaire, quarante-trois ans, divorcé. Il aime les filles qui ont l’air jeunes et un peu timides. Il est expérimenté, jamais brutal. Les filles sont toujours contentes d’avoir un rendez-vous avec lui. Il paie trois cents euros l’heure, minimum deux heures. Tu dînes avec lui, tu le suis ensuite à l’hôtel juste à côté s’il le souhaite. Tu peux refuser n’importe quoi en disant simplement « je ne suis pas à l’aise avec ça ». Il comprendra.
Mon estomac s’est contracté.
— Et… la tenue ?
Valérie a échangé un regard avec Élise. Toutes les deux ont souri.
— Viens.
Dans une petite pièce attenante, il y avait plusieurs penderies. Elles ont choisi pour moi : une jupe plissée gris clair un peu trop courte, un chemisier blanc à boutonnage serré, un cardigan marine, des collants fins et des ballerines. Élise a défait ma queue-de-cheval, a brossé mes cheveux pour les laisser retomber sur mes épaules avec un air un peu négligé, presque adolescent. Valérie m’a retiré mes lunettes, puis les a reposées.
— Non. Garde-les. C’est parfait.
Devant le grand miroir, j’ai découvert une fille qui me ressemblait et qui ne me ressemblait plus. Seize ans, peut-être dix-sept. Visage encore rond, air sage, jupe trop courte pour une vraie collégienne mais assez pour faire naître le doute. La bonne élève qu’on a envie de salir.
Élise a posé les mains sur mes épaules.
— Respire. Tu n’es pas obligée de tout faire. Tu es là pour comprendre. Et pour tester. Rentre dans le rôle si tu veux, ou reste toi-même. Les deux marchent avec ton visage.
Valérie m’a glissé une petite enveloppe avec l’adresse de l’hôtel et un numéro d’urgence.
— Tu m’appelles dès que c’est fini. Ou avant, si tu changes d’avis. Bonne soirée, Léna.
Dans le taxi qui m’emmenait vers le Cheval Blanc, j’ai regardé mon reflet dans la vitre sombre. La jupe plissée, les collants, les lunettes, les cheveux lâches. Entre mes cuisses, une tension déjà présente, sourde, que le frottement du tissu ne faisait qu’entretenir.
Pour la première fois, je n’étais plus seulement en train d’observer.
J’allais être observée. Jugée sur mon physique, sur ma façon de parler, sur ce que je laisserais paraître. Est-ce que j’allais pouvoir aller jusqu’au bout avec un inconnu de plus de quarante ans ? Qu’est-ce qu’il allait attendre de moi ? Des questions se croisaient dans ma tête, trop vite. Et quelque part, très bas dans mon ventre, une petite voix curieuse et un peu effrayée murmurait déjà :
*On va bien voir.*
—
Le restaurant du Cheval Blanc occupait le dernier étage de la Samaritaine, avec une vue imprenable sur Paris. Les baies vitrées donnaient sur un océan de toits de zinc et de lumières dorées. Le maître d’hôtel m’a prise en charge dès l’entrée, m’a débarrassée de mon petit manteau, et m’a guidée entre les tables blanches parfaitement dressées.
Stéphane était déjà là, dos à la salle, face à la vitre. Large d’épaules sous un costume anthracite parfaitement coupé, cheveux bruns légèrement grisonnants aux tempes, nuque droite. Il regardait la ville comme on regarde quelque chose qu’on possède déjà un peu.
Le serveur s’est éclairci la voix :
— Monsieur S. ? Votre fille est arrivée.
Stéphane s’est retourné.
Il devait avoir quarante-trois ans comme on me l’avait dit, mais il les portait bien. Visage anguleux, yeux gris-vert, une bouche qui savait sourire sans effort. Une seconde de surprise pure a traversé son regard en me voyant vraiment — la jupe plissée, les collants, les lunettes, les cheveux lâches, l’air de bonne élève un peu perdue. Puis le sourire est venu, large, chaleureux, presque tendre.
Il s’est levé d’un mouvement fluide et m’a embrassée sur les deux joues, tout près de l’oreille.
— Ma chérie… comment vas-tu ?
J’ai senti mon cœur faire un bond bizarre. Devant le serveur qui attendait poliment, j’ai collé mon front une fraction de seconde contre son épaule et j’ai répondu d’une voix volontairement plus jeune, plus douce :
— Papa chéri… ça va. Désolée pour le retard.
Le serveur a hoché la tête avec un sourire compréhensif et s’est éclipsé. À peine avait-il tourné les talons que la réalité m’a rattrapée. Mes joues brûlaient. Un mélange confus de gêne, d’excitation et d’un étrange sentiment de pouvoir m’a traversée. J’avais dit « papa ». Et ça avait fonctionné. Stéphane a repris une voix normale, plus basse, teintée d’amusement.
— Mille excuses. Je n’avais pas anticipé la remarque. Mais… mon Dieu. Valérie m’avait dit « look étudiant ». Elle n’avait pas menti. Tu es… troublante. Merci de t’être déplacée.
Il m’a tiré la chaise. Je me suis assise en lissant ma jupe d’un geste instinctif. Il a repris sa place en face de moi et a fait signe au serveur.
— Une bouteille de Meursault, s’il vous plaît. Et deux verres.
Le serveur a jeté un regard très bref à mon visage, à ma jupe, puis a répondu avec un professionnalisme parfait :
— Tout de suite, Monsieur.
Quand il est reparti, Stéphane a penché légèrement la tête.
— Il se demande sûrement si je suis un père indigne ou un pervers élégant. Les deux options le dérangent un peu, je pense.
J’ai souri malgré moi, encore un peu chaude.
— Et laquelle êtes-vous ?
— Ce soir ? Un peu des deux, probablement. Mais surtout quelqu’un qui a très envie de passer un moment agréable avec toi.
Le vin est arrivé. Le serveur a servi Stéphane en premier, puis s’est tourné vers moi avec une hésitation d’une demi-seconde à peine. Stéphane a fait un petit geste de la main.
— Elle aussi, bien sûr.
Le serveur a versé, les yeux un peu trop fixés sur le col de la bouteille. Je l’ai remercié poliment. Dès qu’il a été hors de portée, Stéphane a levé son verre.
— À ta curiosité, Léna. Valérie m’a dit que tu étais là pour comprendre et découvrir ce milieu. J’espère ne pas te décevoir.
Nous avons trinqué. Le vin était excellent, frais, minéral. J’en ai bu une gorgée plus grande que nécessaire.
La conversation a glissé naturellement. Il m’a demandé ce que j’étudiais vraiment, pourquoi la psychologie, ce qui m’intéressait dans les mécanismes de défense. J’ai répondu sans trop mentir, en gardant juste la partie sur mon mémoire pour moi. Lui m’a parlé de son travail dans l’agroalimentaire, sans s’appesantir, de ses voyages, de sa passion pour la photographie argentique et les vieilles voitures italiennes. Il avait un vrai talent pour poser des questions et écouter réellement les réponses. Rare.
À un moment, il a posé son verre et m’a regardée avec un sourire en coin.
— Tu as l’air d’une fille qui observe et analyse beaucoup. Même maintenant. J’ai l’impression que tu enregistres tout, hein ?
— Peut-être.
— Et qu’est-ce que tu notes sur moi, ce soir ?
J’ai posé mon verre et, comme Élise me l’avait montré, j’ai passé très lentement la pointe de la langue sur ma lèvre inférieure avant de la rentrer. Ses yeux se sont accrochés à ma bouche une seconde de trop, puis sont redescendus vers l’échancrure de mon chemisier, là où le premier bouton tirait un peu. Il n’a pas détourné le regard tout de suite. Le simple fait d’être observée ainsi m’a arraché une petite décharge chaude entre les cuisses.
— Que vous êtes à l’aise. Que vous n’essayez pas de m’impressionner avec de l’argent ou des phrases toutes faites. Que vous me regardez comme si j’étais à la fois une adulte et quelque chose de plus fragile. Et que ça vous plaît, ce décalage.
Il a ri doucement.
— Diagnostique précis. Valérie a fait fort en t’envoyant.
Le dîner s’est déroulé sans aucune lourdeur. Saint-Jacques, pigeon, un dessert au chocolat que nous avons partagé avec deux cuillères. Il me versait à boire sans jamais insister. Il riait facilement. À plusieurs reprises, j’ai senti son genou effleurer le mien sous la table, sans que ce soit accidentel. Chaque fois, une chaleur plus nette remontait le long de ma cuisse et venait se loger plus bas. J’étais censée observer. Au lieu de ça, j’étais en train de me sentir regardée… et de commencer à aimer ça.
*Il est vraiment agréable. Trop agréable, peut-être. Si tous les clients étaient comme ça, je comprendrais mieux pourquoi certaines restent.*
Vers vingt-trois heures, les assiettes avaient disparu. Le restaurant s’était un peu vidé. Stéphane a posé sa serviette, m’a regardée droit dans les yeux, et a demandé d’une voix calme, presque tendre :
— Léna… ma chambre d’hôtel est trois étages plus bas, dans cet immeuble. J’ai une suite. Est-ce que tu voudrais prendre un dernier verre avec moi ? Sans obligation d’aller plus loin si tu changes d’avis. Juste… continuer à parler. Ou davantage, si tu en as envie.
Mon cœur battait trop vite. Entre mes cuisses, la chaleur était devenue insistante, presque gênante. Je pensais à la jupe plissée, aux collants, à mon air de petite fille sage assise en face d’un homme qui savait exactement ce qu’il achetait… et ce qu’il provoquait.
J’ai posé mon verre, j’ai soutenu son regard, et j’ai souri — un sourire un peu trop conscient pour une vraie collégienne.
— Oui. Je veux bien.
Il a signé l’addition sans même regarder le montant, s’est levé, et m’a tendu la main pour m’aider à quitter ma chaise. Ses doigts étaient chauds, secs, confiants. Quand ils se sont refermés sur les miens, j’ai senti mon pouls s’accélérer dans ma gorge.
En marchant vers l’ascenseur, une partie de moi notait déjà, presque malgré elle :
*Client Stéphane. Doux. Intelligent. Regard insistant mais jamais lourd. Plaisir anticipé : élevé. Risque de trop aimer la situation : à surveiller de très près.*
L’ascenseur a piqué vers le bas.
Trois étages.
Et tout le reste.
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1 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
Je suis totalement bluffé par cette histoire, par le style, l'écriture, tout est si précis, si réel !
J'ai dévoré toute la série, et malgré la quantité impressionnante d'autres récits, je crois que je n'ai pas d'autres choix que de tous les lire !
Très belle découverte, merci Kristina pour toutes les émotions que je viens de ressentir, et celles a venir probablement avec les 60 autres récits ! ^_^
Sylvain
J'ai dévoré toute la série, et malgré la quantité impressionnante d'autres récits, je crois que je n'ai pas d'autres choix que de tous les lire !
Très belle découverte, merci Kristina pour toutes les émotions que je viens de ressentir, et celles a venir probablement avec les 60 autres récits ! ^_^
Sylvain
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