Histoire des libertines (123) : Sarah Bernhardt, scandaleuse et indomptable.

- Par l'auteur HDS Olga T -
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Récit libertin : Histoire des libertines (123) : Sarah Bernhardt, scandaleuse et indomptable. Histoire érotique Publiée sur HDS le 14-01-2026 dans la catégorie A dormir debout
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Histoire des libertines (123) : Sarah Bernhardt, scandaleuse et indomptable.
Sarah Bernhardt (1844-1923) fut comédienne, peintre et sculptrice. Elle est considérée comme une des plus importantes actrices françaises du XIXe et du début du XXe siècle.

Appelée par Victor Hugo « la Voix d'or », mais aussi par d'autres « la Divine » ou encore « l'Impératrice du théâtre », elle est considérée comme l'une des plus grandes tragédiennes françaises.

Première « étoile » internationale, elle est la première comédienne à avoir fait des tournées triomphales sur les cinq continents, Jean Cocteau inventant pour elle l’expression de « monstre sacré ».

Elle fut aussi une « scandaleuse », qui figurait au fichier de la police des mœurs et qui vendait ses charmes pour des sommes colossales.

***

FILLE D’UNE COURTISANE

Sa mère, Judith-Julie Van Hard (1821-1876), surnommée « Youle », est une jeune Juive d’Amsterdam, fille d’un marchand de spectacles itinérant hollandais et d'une mère allemande. Elle exerce d’abord le métier de modiste au Havre, puis devient courtisane à Paris, adoptant finalement le nom de Julie Bernhardt.

Son père, Édouard Viel (1819-1857), est un avoué havrais, bel homme et grand séducteur, emprisonné en 1855 pour malversations financières, qui meurt peu après à Pise. Sarah a toujours caché l’identité de son père.

Pour prouver sa nationalité française et obtenir la Légion d’honneur en 1914, Sarah avait fait établir par décision de justice, le 23 janvier 1914, un acte de naissance rétrospectif basé sur son certificat de baptême, document aujourd’hui reconnu comme comportant plusieurs erreurs. Baptisée à Versailles en 1856, elle reçoit les prénoms de Sara Marie Henriette.

Délaissée par Youle qui choisit la vie mondaine à Paris, elle passe une petite enfance solitaire chez une nourrice à Quimperlé. Puis en 1853, elle est envoyée en pension au couvent du Grandchamp à Versailles, où elle étudie jusqu’en 1858. Elle y devient mystique catholique. Elle reçoit le baptême chrétien en 1856 et envisage de devenir religieuse.

Pendant son séjour au couvent, elle est atteinte d’une pleurésie qui la laisse entre la vie et la mort. Elle rentre en juin 1859 en convalescence à Paris.

L’amant de Youle, le célèbre duc de Morny, suggère lors d’un conseil de famille, de mettre Sarah au Conservatoire, malgré la volonté de l’adolescente de retourner au couvent et d’y prononcer ses vœux.

Le soir même de ce conseil, elle assiste à une pièce au Théâtre-Français dans la loge ducale. Elle découvre sa vocation de comédienne à cette occasion.


COMEDIENNE ET COURTISANE

Elle entre en 1859 au Conservatoire d’art dramatique de Paris sur la recommandation du duc de Morny. Sortie en 1862 avec un second prix de comédie, elle entre à la Comédie-Française mais en est renvoyée en 1866 pour avoir giflé une sociétaire.

À cette époque, la police des mœurs compte Sarah parmi les 415 « dames galantes » soupçonnées de prostitution clandestine. Mère célibataire d’un petit Maurice, né en 1864, elle devient en effet, encouragée par Youle, demi-mondaine et se laisse entretenir par des clients généreux pour pouvoir pour pouvoir élever son fils, mais aussi pour se payer les accessoires de théâtre, les tenues de ville ou les tenues de soirée pour les pièces contemporaines qui restent à cette époque à la charge des acteurs .

INFIRMIÈRE COURAGE

La guerre franco-allemande de 1870 met sa carrière en pause. Lorsque la Prusse assiège Paris, que la nourriture est rationnée et que le nombre de blessés augmente continuellement, elle obtient de transformer l'Odéon en hôpital de campagne. Durant l'hiver 1870-1871, elle demande en personne à pouvoir faire brûler les décors et les sièges afin de réchauffer les blessés.

Sarah Bernhardt sera infirmière pendant le siège de Paris, comme le furent d’autres courtisanes, comme Hortense Schneider, Blanche d’Antigny, Cora Pearl ou encore Céleste Mogador. Etrange similitude de l’engagement et de la générosité chez ces femmes pourtant qualifiées de légères !

Sarah y ajouta le courage. Apprenant au cours du siège que les Prussiens visent le drapeau français qui trône au sommet de l'Odéon avec leurs canons, Sarah Bernhardt prend tous les risques afin de le décrocher, se promettant de l'y raccrocher une fois la guerre achevée.

TRIOMPHE ET INDEPENDANCE

En 1872, elle triomphe dans le rôle de la Reine dans « Ruy Blas », ce qui la fait surnommer la « Voix d’or » par l’auteur de la pièce, Victor Hugo, à l’occasion d’un banquet organisé pour la centième représentation.

Ce succès lui vaut d’être rappelée par la Comédie-Française dont elle est nommée sociétaire en 1875. Les surnoms élogieux se multiplieront : « la Divine », « l’ Impératrice du théâtre » ;

En 1880, Sarah Bernhardt subit son premier échec avec la Comédie française, dans « L’Aventurière d’Augier », une pièce médiocre qu’elle ne veut pas jouer. Elle décide alors de remettre sa démission de l’institution le 18 avril 1880.

Elle doit payer cent mille francs-ors en dommages et intérêts pour rupture abusive de contrat avec le « Français ». Elle crée sa propre compagnie avec laquelle elle part en tournée dans le monde entier jusqu’en 1917, notamment en Angleterre et aux États-Unis où elle acquiert fortune et notoriété.

En 1899, elle prend la direction du théâtre des Nations qu’elle rebaptise « théâtre Sarah-Bernhardt » et où elle constitue une nouvelle troupe avec son partenaire de jeu, Max et de Marguerite Moreno qui partagent avec elle une vision « corporelle » du jeu d’acteur.

Vers 1874, alors qu’elle est une comédienne au talent reconnu, mais manquant d’emplois qui l’intéressent, Sarah Bernhardt apprend le modelage, puis la peinture.

En opposition à son fils, elle apporte son soutien à Émile Zola au moment de l’affaire Dreyfus, elle soutient Louise Michel et prend position contre la peine de mort.

Le 9 décembre 1896, une « journée Sarah Bernhardt » est organisée à la gloire de l’actrice par Catulle Mendès et d’autres sommités de l’art : Edmond Rostand, Antonio de La Gandara qui fit d’elle plusieurs portraits, Jean Dara, José-Maria de Heredia, Carolus-Duran. Le Tout-Paris s’y presse.

Après avoir joué dans plus de 120 spectacles, Sarah Bernhardt devient actrice de cinéma. Son premier film est « Le Duel d'Hamlet » réalisé en 1900. C’est un des premiers essais de cinéma parlant.

En 1914, le ministre René Viviani lui remet la croix de chevalier de la Légion d'honneur, pour avoir, en tant que comédienne, « répandu la langue française dans le monde entier » et pour ses services d’infirmière pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Sarah Bernhardt est amputée de la jambe droite en 1915, à l’âge de 70 ans, en raison d’une tuberculose osseuse du genou. Cela ne l’empêche pas de continuer à jouer assise — elle refuse de porter une jambe en bois ou une prothèse en celluloïd —, ni de rendre visite aux poilus au front.

Alors qu’elle est en train de tourner un film pour Sacha Guitry, La Voyante, elle meurt d’une insuffisance rénale aiguë, le 26 mars 1923.

UNE VIE PRIVÉE MOUVEMENTEE

La vie privée de Sarah Bernhardt fut assez mouvementée, collectionnant les amants, de préférence fortunés.

Sarah, nous dit Marc Lemonier, était « étonnamment belle. Son regard était limpide, sa silhouette élancée. Et quel joli corps ! Un photographe qui restera anonyme fera d’elle ce portrait où elle apparait le visage à demi dissimulé par un éventail, la poitrine menue mais ferme ». « Tragédienne jusque dans la nudité », nous dit-il encore.

Catherine Authier nous rappelle que, même au sommet de sa gloire, Sarah ne cessa jamais ses activités de courtisane. Pour financer son train de vie et notamment son magnifique hôtel particulier Avenue de Villiers, elle fréquentait de hommes très riches et très puissants, capables de payer 1.000 ou 1.500 francs la passe, en plus des bijoux et des présents offerts à la grande tragédienne.

C’est entre deux cours au Conservatoire qu’elle rencontre son premier amant, le comédien Paul Porel (1843-1917). En 1862, elle a une liaison avec un beau lieutenant de hussards, le comte Emile de Kératry (1832-1904), qu’elle retrouvera plus tard, lorsqu’il fut Préfet de police de Paris, au moment du siège.

À l’âge de vingt ans, elle donne naissance à son seul enfant qui deviendra écrivain, Maurice Bernhardt, fruit d’une liaison avec un prince belge, Henri de Ligne (1824-1871). Au sujet de la paternité de son fils, Sarah dira : « J’hésite entre Guillaume de Prusse, le chancelier Bismarck, Gambetta ou Thiers. »

Sa vie intime, dans le milieu des années 1860, est compliquée. Sarah multiplie les liaisons. Parmi ses amants, le maréchal Canrobert (1809-1895) ou encore Charles Haas (1832-1902), mondain très populaire à qui elle vouait une véritable passion alors qu’il la traitait en femme légère et la trompait sans états d’âme. Après leur rupture, ils demeurèrent cependant amis jusqu’à la mort de Haas.

On compte également des artistes tels que Gustave Doré (1832-1883) et Georges Clairin (1843-1919) et des acteurs tels que Mounet-Sully (1841-1916), Lucien Guitry (1860-1925) et Lou Tellegen (1883-1934) ou encore celui qu’elle surnommait « Docteur Dieu » Samuel Pozzi (1846-1918). On parle également de Victor Hugo et du prince de Galles, Bertie, le futur Edouard VII, à qui l’on prêta tant de liaisons.

Une source lui prête également des liaisons homosexuelles, notamment avec la peintre Louise Abbéma (1853-1927).

En 1874-1875, elle entretient des rapports intimes moyennant rétribution avec plusieurs députés dont Léon Gambetta ou le comte Paul de Rémusat (1831-1897).

En 1882, elle se marie à Londres avec un acteur grec, Aristides Damala (1855-1889), mais celui-ci est dépendant de la morphine et leur relation ne dure guère. Elle restera cependant son épouse légitime jusqu’à la mort de l’acteur.

***

REFERENCES

• Marc Lemonier : « La petite histoire des courtisanes » (Éditions Jourdan, 2018)
• Catherine Authier : « Femmes d’exception, femmes d’influence. Une histoire des courtisanes au XIXe siècle » (Armand Colin, 2015)
• André Castelot: “Sarah Bernhardt” (Pocket, 1973)
• Arthur Gold et Robert Fitzdale : « Sarah Bernhardt » (Gallimard, 1994)
• Hélène Tierchant : « Sarah Bernhardt, Scandaleuse et indomptable » (Éditions Tallandier, 2023)

Outre l’article Wikipédia, je renvoie aux références suivantes sur le net :
• https://www.petiteandsowhat.com/blogs/journal-mode-vetements-femme-petite-conseils-astuces/sarah-bernhardt-1m60-actrice-portrait-femme-petite-inspirante
• https://reflexscience.univ-gustave-eiffel.fr/lire/articles/sarah-bernhardt-lactrice-qui-sut-imposer-son-genre
• https://imagesdefense.gouv.fr/sarah-bernhardt-actrice-patriote-theatre-aux-armees
• https://histoireparlesfemmes.com/2012/12/11/sarah-bernhardt-le-monstre-sacre/
• https://www.geo.fr/histoire/qui-etait-artiste-francaise-sarah-bernhardt-petit-palais-210868
• https://www.nonfiction.fr/article-11655-sarah-bernhardt-virtuose-passionnee-engagee.htm
• https://leclaireur.fnac.com/article/265420-cent-ans-apres-sa-disparition-trois-choses-a-savoir-sur-sarah-bernhardt/

Les avis des lecteurs

Histoire Erotique
Pour ma part, je soulignerai le courage de Sarah et ses engagements. C'est plus important que sa vie privée.
Norbert

@ Henri, nous sommes d'accord!
@ lecteur anonyme, il n'y a pas de déterminisme, ni d'héritage en la matière. Mais, incontestablement, cela a pesé.

Histoire Erotique
Divine, dans tous les sens du terme!
Henri

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On comprend mieux quand on sait que la mère de Sarah Bernhardt était elle-même une courtisane. les chiens ne font pas des chats!

@ Didier, merci de souligner les deux faces de la grande Sarah Bernhardt!
@ Luc, @ Julie, merci!
@ Maurice, inépuisable non, mais il y en a encore d'autres, notamment pour cette seconde moitié du XIXe siècle

Histoire Libertine
Je connaissais la comédienne, j’ignorais l’autre facette de son histoire
Julie

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Ta liste de courtisanes est inépuisable !
Maurice

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Très intéressant, comme toujours !
Luc

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Avec cette magnifique présentation tout est dit, tout est écrit devrais-je plutôt dire, sur la vie de l’iconique, de l’emblématique comédienne que fut Sarah Bernhardt. Si je ne devais retenir qu’une chose de cette chronique, c’est que grâce à son immense talent d’artiste, engagée, passionnée, Sarah Bernhardt a réussi à occulter totalement aux yeux du monde la femme à la vie privée fort tumultueuse qu’elle était également et réellement.
Félicitations pour cet excellent écrit.
Didier



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