La tristesse de Rémy (5)

- Par l'auteur HDS Tounet39270 -
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Récit libertin : La tristesse de Rémy (5) Histoire érotique Publiée sur HDS le 13-06-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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La tristesse de Rémy (5)
Chapitre 5

Chez lui ou chez moi, les nuits sont passionnées : une fois, chez moi, on explore avec plus d'audace – il utilise un jouet, un plug qu'il insère doucement en moi pendant qu'il me caresse, me préparant pour une pénétration doublement intense, nos corps se mouvant en synchronie jusqu'à l'orgasme. Une autre, chez lui, c'est plus sensuel : bain partagé, nos corps glissants de savon, se caressant mutuellement, menant à un sexe dans la baignoire, l'eau éclaboussant tandis qu'il me prend assis sur lui, nos gémissements résonnants. Et toujours, ces discussions post-coïtales : sur l'avenir, sur Andrée qui nous encourage, sur comment ma tristesse s'est évaporée. Trois semaines complètes de pur bonheur.

Le mercredi soir de la quatrième semaine marque un tournant inattendu dans ma vie qui, jusqu'alors, s'était stabilisée dans une routine douce et passionnée avec Pierrick. La journée avait été longue à l'EHPAD : des résidents agités par une visite médicale collective, des conversations interminables avec Andrée qui, comme toujours, me faisait rire avec ses anecdotes d'antan, et Sophie qui n'arrêtait pas de me taquiner sur mon "nouveau épanouissement amoureux". "T'es transformé, Rémy ! Pierrick te fait du bien, hein ?" m'avait-elle lancé avec un clin d'œil complice pendant la pause. Et elle avait raison. Ces trois semaines passées avaient été un tourbillon de tendresse, de rires et de nuits enflammées qui avaient peu à peu effacé les cicatrices laissées par Laurent. Mais ce soir-là, alors que Pierrick me raccompagne chez moi après un dîner rapide dans un petit bistro du quartier – des moules-frites partagées avec des regards complices et des pieds qui se frôlaient sous la table –, je sens une pointe de déception quand il m'annonce qu'il ne peut pas rester.
— Désolé, mon cœur, mais j'ai ce projet à boucler pour demain matin. Le client est exigeant, et si je ne le termine pas ce soir, je vais le payer cher.
Sa voix est douce, et il gare la voiture juste devant mon immeuble, un bâtiment ancien aux façades un peu défraîchies mais que j'aime pour son charme discret. La nuit est tombée depuis longtemps, les lampadaires diffusant une lumière orangée qui danse sur le trottoir humide d'une pluie fine tombée plus tôt. Je hoche la tête, compréhensif, même si au fond de moi, j'aurais voulu qu'il monte, qu'on prolonge la soirée comme on le fait si souvent ces derniers temps – avec des baisers qui s'enflamment, des caresses qui mènent à des ébats tendres et intenses. "D'accord," murmuré-je en détachant ma ceinture, "mais appelle-moi demain matin, comme d'habitude." Il sourit, ce sourire qui me fait fondre à chaque fois, et se penche pour m'embrasser. Mais ce n'est pas un simple au revoir ; il me prend dans ses bras, ses mains fortes sur ma taille, me serrant contre lui comme si j'étais précieux. Nos lèvres se trouvent avec passion, sa langue glissant contre la mienne dans une danse familière et ardente, son souffle chaud m'envahissant. Je sens son corps contre le mien à travers nos vêtements, cette chaleur qui me rappelle nos nuits : la façon dont il me caresse, dont il entre en moi avec une douceur infinie, nos gémissements se mêlant dans l'obscurité. Le baiser dure, s'approfondit, et je gémis doucement contre sa bouche, mes mains dans ses cheveux. "Je t'adore," souffle-t-il en se reculant enfin, les yeux brillants de désir retenu. "À demain." Il monte dans sa voiture, me fait un dernier signe de la main, et s'éloigne dans la rue sombre.

Je reste là un moment, sur le trottoir, les lèvres qui picotent encore du baiser, le cœur gonflé d'un amour naissant qui me fait me sentir vivant, complet. Mais alors que je me tourne pour entrer dans l'immeuble, mon regard accroche une silhouette de l'autre côté de la route, assise sur une murette basse près d'un lampadaire. L'homme est immobile, les mains dans les poches de son manteau, et quand il relève la tête, mon cœur fait un bond violent. C'est Laurent. Laurent, avec ses cheveux châtains un peu trop longs, son regard bleu que je connaissais par cœur, ce même manteau qu'il portait lors de notre dernière dispute. Il me fixe, et je reste bouche bée, figé sur place, comme si le temps s'était arrêté. Qu'est-ce qu'il fait là ? Comment ? Pourquoi maintenant ? Les questions tourbillonnent dans ma tête, un mélange de surprise, de colère et d'une vieille douleur qui resurgit comme une vague inattendue. Il se lève lentement, traverse la route d'un pas hésitant, et s'approche de moi, les mains sorties des poches comme pour montrer qu'il n'est pas une menace.
— Rémy... salut.
Sa voix est rauque, chargée d'une émotion que je ne lui ai pas entendue depuis longtemps. Je recule d'un pas instinctivement, mon dos heurtant la porte de l'immeuble. "Laurent ? Qu'est-ce que tu fais ici ?" demandé-je, la voix tremblante. Il jette un regard vers la direction où la voiture de Pierrick a disparu, et son expression se durcit un peu, une pointe de jalousie dans les yeux.
— Je t'ai vu... avec lui. Vous vous embrassiez. T'as pas perdu de temps, dis donc.

Ses mots me piquent, comme une accusation injuste, et la colère monte en moi, effaçant momentanément la surprise. "Pas perdu de temps ? Ça fait six mois, Laurent ! Six mois que tu m'as largué par message, comme un lâche. 'Je pense qu'on devrait arrêter là.' C'est tout ce que j'ai eu après huit ans ! Et quand je t'ai contacté pour comprendre, tu m'as encore confirmé que c'était fini. 'On s'éloignait', tu disais. Et maintenant, tu viens me reprocher d'avoir tourné la page ?" Ma voix monte, tremblante d'émotion, et je sens les larmes monter aux yeux, un mélange de rage et de confusion. Pourquoi est-il là ? Qu'est-ce qu'il veut ? Est-ce que c'est un signe du destin, ou juste une cruelle coïncidence ?
Laurent baisse les yeux, les épaules voûtées, et passe une main nerveuse dans ses cheveux. "Je sais, Rémy. Je sais que j'ai merdé. Complètement. Ce message... c'était stupide, lâche. J'avais peur, je paniquais avec le boulot, avec tout. Mais ces six mois sans toi... c'ont été l'enfer. Tu me manques. Tes rires, tes dessins, la façon dont tu te blottis contre moi le soir. Je regrette tout. Je veux qu'on recommence, qu'on se remette ensemble. S'il te plaît, donne-moi une chance."

Ses mots me transpercent, ravivant des souvenirs que je croyais enfouis : nos promenades main dans la main, nos disputes réconciliées par un baiser, ces nuits où je me sentais invincible à ses côtés. Huit ans d'amour, de complicité, balayés par un message, et maintenant, il est là, à s'excuser ? "Pourquoi maintenant, Laurent ? Pourquoi pas avant ? J'ai souffert, tu sais. J'ai pleuré des nuits entières, je me suis plongé dans le travail pour ne pas sombrer. Et là, juste quand je commence à me sentir bien, à trouver quelqu'un qui me traite comme je le mérite... tu réapparais ?" Ma voix se brise, et je croise les bras pour me protéger, pour ne pas céder à l'envie de le toucher, de vérifier s'il est réel. L'amour que j'avais pour lui est toujours là, tapi au fond de moi, mais mêlé à la douleur, à la trahison. Et Pierrick ? Pierrick qui m'a reconstruit, qui m'a fait redécouvrir le plaisir, la tendresse. Ses baisers passionnés, ses caresses qui me font vibrer, nos nuits où nos corps se fondent en une harmonie parfaite. Comment choisir ? Est-ce que je peux seulement envisager de revenir en arrière ?

Laurent s'approche un peu plus, ses yeux bleus emplis de larmes contenues, et il tend la main pour toucher mon bras. "Parce que j'ai réalisé trop tard à quel point je t'aime. Ces mois sans toi, j'ai vu clair : c'est toi que je veux, pour toujours. Pas de disputes stupides, pas de distance. On peut réparer ça, Rémy. Souviens-toi de nous, de nos voyages, de nos promesses." Il se penche soudain, ses lèvres cherchant les miennes dans un baiser désespéré, chargé de regrets et d'amour passé. Ses mains sur mes épaules, son corps familier contre le mien – cette odeur que je connaissais si bien, ce goût qui me ramène des années en arrière. Mais quelque chose cloche ; ce n'est plus pareil. Je me recule brusquement, posant mes mains sur son torse pour le repousser.
— Non, Laurent. Arrête. Je... je ne sais pas. Pars, s'il te plaît. Laisse-moi réfléchir.
Ma voix est ferme, même si intérieurement, je suis un chaos : des questions tourbillonnent. Et si c'était une seconde chance ? Et si Pierrick n'était qu'un pansement ? Mais non, Pierrick est plus que ça – il est ma lumière actuelle, mes rires quotidiens, mes nuits de passion où je me sens désiré, aimé sans conditions. "Je me sens bien maintenant," ajouté-je, les yeux embués. "Pour la première fois depuis six mois, je respire. Ne viens pas tout bousculer."

Laurent recule, blessé mais résigné, les mains tremblantes. "D'accord... je comprends. Mais réfléchis bien, Rémy. Je t'aime encore. Je t'appellerai demain. Prends le temps." Il me regarde une dernière fois, comme pour graver mon visage dans sa mémoire, puis tourne les talons et s'éloigne dans la nuit, sa silhouette se fondant dans l'ombre des rues. Je reste là, adossé à la porte de l'immeuble, le cœur en miettes, les questions m'assaillant comme une tempête. Pourquoi maintenant ? Est-ce que l'amour vrai peut revenir comme ça ? Ou est-ce que c'est Pierrick, avec sa tendresse, ses surprises, ses étreintes qui me font me sentir vivant ? Je monte enfin chez moi, l'appartement vide résonnant de silence, et je m'effondre sur le canapé, les larmes coulant enfin. L'amour, ce fichu amour, si beau et si douloureux. Qu'est-ce que je vais faire ?

Cette nuit-là, je ne ferme pas l'œil une seconde. L'appartement, qui d'habitude m'offre un refuge précaire contre le monde, se transforme en une prison de souvenirs et de questions qui tournent en boucle dans ma tête comme un carrousel infernal. Je m'effondre sur le canapé, encore habillé, les lumières allumées parce que l'obscurité m'effraie – elle amplifierait les ombres de Laurent qui dansent déjà dans mon esprit. Huit ans. Huit ans de ma vie investis dans un amour que je croyais éternel, balayés par un message froid, et maintenant, il réapparaît comme un fantôme, avec des excuses tardives et des promesses chuchotées. "Je regrette tout. Tu me manques." Ses mots résonnent, me poignardent, ravivent une douleur que je pensais en train de cicatriser sous les caresses de Pierrick. Pierrick... oh, Pierrick, avec sa tendresse infinie, ses baisers qui me font me sentir vivant, ses étreintes qui chassent la tristesse. Comment ai-je pu laisser Laurent m'embrasser, même une seconde ? Ce baiser volé, désespéré, m'a laissé un goût amer, un regret qui me ronge l'intérieur comme un acide. Je me recroqueville, les genoux contre la poitrine, et les larmes coulent sans fin – des larmes de chagrin pour ce qui a été perdu, d'amour pour ce qui pourrait renaître, de regret pour avoir peut-être blessé Pierrick sans le savoir. Et si tout ça n'était qu'une illusion ? Et si Laurent était sincère, et que Pierrick n'était qu'un rebond, un pansement sur une plaie encore ouverte ? Les questions m'assaillent, impitoyables : pourquoi maintenant ? Pourquoi après six mois de silence, juste quand je commence à sourire à nouveau, à sentir le désir pulser en moi sans culpabilité ? Je fixe le plafond craquelé, revivant chaque moment avec Laurent – nos rires partagés, nos disputes passionnées, ces nuits où son corps contre le mien me faisait oublier le monde. Mais aussi la fin : ce message qui m'a brisé, ce vide qui m'a englouti. Et Pierrick ? Ses surprises, ses caresses lentes qui me font gémir, ses mots qui me reconstruisent. L'amour, ce fichu amour, si beau et si destructeur. Je pleure jusqu'à l'aube, le corps secoué de sanglots, le cœur en miettes, regrettant d'avoir jamais aimé si fort.

Le lendemain matin, je suis un fantôme de moi-même. Les yeux rougis, gonflés par les larmes, le corps lourd comme du plomb, je n'arrive même pas à me lever pour aller travailler. L'idée de sourire aux résidents, de discuter avec Andrée comme si de rien n'était, me semble insurmontable – une trahison envers cette douleur qui me consume. Je prends mon téléphone d'une main tremblante et appelle l'EHPAD pour me faire porter pâle, ma voix rauque et brisée trahissant tout. Puis, je contacte mon médecin traitant, un rendez-vous d'urgence pour un arrêt maladie. "Dépression réactionnelle," diagnostique-t-il plus tard au téléphone après une consultation rapide, prescrivant des antidépresseurs légers et un arrêt de deux semaines. "Reposez-vous, Rémy. Prenez le temps de guérir." Guérir ? Comme si c'était possible. Je reste prostré sur le canapé toute la journée, ignorant les appels et les messages qui s'accumulent sur mon téléphone. Pierrick essaie de me joindre plusieurs fois – des appels manqués, des textos inquiets : "Tout va bien ? Appelle-moi." "Je m'inquiète, Rémy. Réponds s'il te plaît." Mon cœur se serre à chaque vibration, un mélange de culpabilité et de chagrin. Je l'aime – ou du moins, je commence à l'aimer –, mais comment lui expliquer ce chaos intérieur ? Laurent m'appelle aussi, comme promis, sa voix pleine d'espoir et de regret : "Pense à nous, Rémy. Je t'aime encore." Je ne réponds pas, effondré, les larmes coulant à nouveau. L'amour que j'avais pour lui, si profond, si ancré, resurgit comme une marée haute, me noyant dans le regret de ce qui a été perdu. Mais Pierrick... ses bons moments avec moi, ses rires, ses caresses qui me font me sentir désiré sans conditions. Comment choisir entre un passé hanté et un présent prometteur ?


Vers le soir, un coup frappé à la porte me sort de ma torpeur. Je sais que c'est lui – Pierrick. Il a dû s'inquiéter assez pour venir directement. J'hésite, le cœur battant, mais je me lève enfin, traînant les pieds jusqu'à l'entrée. Quand j'ouvre, son visage est marqué par l'anxiété : les traits tirés, les yeux emplis d'inquiétude. "Rémy ! Bordel, qu'est-ce qui se passe ? Tu ne réponds pas, je pensais qu'il t'était arrivé quelque chose." Il entre sans attendre, me prenant dans ses bras, et je m'effondre contre lui, les sanglots reprenant de plus belle. Son étreinte est chaude, familière, un refuge que j'ai appris à chérir ces dernières semaines. On s'assoit sur le canapé, et entre deux hoquets, je lui raconte tout : Laurent devant l'immeuble, ses excuses, son baiser forcé, ses promesses de recommencer. "Il dit qu'il regrette, qu'il m'aime encore. Et moi... je ne sais plus où j'en suis, Pierrick. Huit ans... huit ans de ma vie, et maintenant toi, avec tout ce qu'on a construit. Je suis perdu, déchiré." Ma voix se brise, le chagrin m'envahissant comme une vague écrasante, un regret profond pour le mal que je lui fais peut-être.

Pierrick écoute, pâle, mais il ne me lâche pas la main. Ses yeux s'embuent, et il serre les dents, mais sa voix reste calme, pleine d'amour. "Rémy... je comprends que ça te bouleverse. Mais pense à nous. Ces quatre semaines, c'était magique. Souviens-toi du café où on s'est rencontrés, de tes dessins que j'admire tant. Nos dîners chez moi, où on riait jusqu'à tard. Ces nuits où nos corps se fondaient, où je te faisais gémir de plaisir, où on se regardait dans les yeux en jouissant ensemble. Les surprises, comme cette vue panoramique où on s'est embrassés au coucher du soleil. Je t'ai vu guérir, sourire vraiment. Je t'aime, Rémy – ou du moins, je suis en train de tomber amoureux. Ne laisse pas le passé tout effacer." Ses mots sont poignants, chargés d'un amour sincère qui me transperce, ravivant le chagrin de peut-être le perdre. Mais le doute est là, tenace, un regret pour Laurent qui me ronge. "Je... je sais, Pierrick. Mais j'ai besoin de réfléchir. Pars, s'il te plaît. Laisse-moi seul pour digérer tout ça."

Il hoche la tête, les larmes coulant maintenant sur ses joues, et se lève. Mais avant de partir, il m'attire à lui pour un dernier baiser, passionné, désespéré, ses lèvres capturant les miennes avec une urgence qui me fait vaciller. "Je suis là, Rémy. Je ne compte pas te laisser filer. Réfléchis, mais souviens-toi que je t'attends." Il s'en va, la porte se refermant avec un clic qui résonne comme un adieu temporaire, et je m'effondre à nouveau, le cœur en lambeaux, regrettant déjà son départ, regrettant tout.

Laurent appelle le soir même, sa voix pleine d'espoir et d'amour passé. "Rémy, ce que je désire plus que tout, c'est être avec toi. Retrouver nos moments, réparer ce que j'ai brisé. Pense à nous, à ce qu'on était." Ses mots me touchent, ravivent un amour enfoui, un chagrin pour ce qui a été perdu, un regret pour ne pas avoir lutté plus. Mais je ne réponds pas, pas encore. Les jours suivants sont un enfer : une semaine et demie d'attente interminable, où je reste cloîtré chez moi, en arrêt maladie prolongé. Je ne dors presque pas, hanté par des rêves où Laurent et Pierrick se superposent, où je perds les deux. Le chagrin m'envahit par vagues : je pleure pour les huit ans gaspillés, pour la trahison de Laurent, pour la peur de blesser Pierrick. Pierrick m'envoie des messages doux, respectueux de mon espace – "Je pense à toi. Prends ton temps." – mais chaque notification est une lame qui tourne dans la plaie. Laurent appelle tous les jours, ses voix de plus en plus suppliantes : "Je t'aime, Rémy. Donne-nous une chance." L'amour pour lui resurgit, mêlé à un regret profond pour la façon dont ça s'est terminé, pour les promesses non tenues. Je marche dans l'appartement comme un zombie, revivant nos souvenirs : un dessin que j'avais fait pour Laurent, une photo oubliée au fond d'un tiroir. Mais aussi les moments avec Pierrick : son rire, ses caresses, cet amour neuf qui me fait me sentir vivant. Le regret m'étouffe – regret de ne pas avoir vu venir la rupture, regret de m'être ouvert à Pierrick si vite, regret de ne pas savoir choisir. Une semaine passe, puis deux jours de plus, chaque heure un supplice de questions : qui choisir ? Le passé ou l'avenir ? L'amour connu ou l'amour naissant ? Le chagrin est poignant, un poids constant sur ma poitrine, me laissant essoufflé, brisé, attendant un signe qui ne vient pas.

Les jours suivants sont un lent naufrage. Plus d’une semaine et demie où je reste enfermé chez moi, en arrêt maladie, comme si le monde extérieur n’existait plus. Je ne réponds plus aux messages, je ne décroche plus le téléphone. Je ne mange presque rien, je dors à peine. Je passe des heures assis par terre dans le salon, le dos contre le mur, les genoux contre la poitrine, à fixer le vide. Les souvenirs défilent sans arrêt : Laurent et moi à Venise, main dans la main sur le pont des Soupirs ; Laurent qui me préparait le petit-déjeuner le dimanche matin ; Laurent qui me serrait dans ses bras quand j’avais peur. Huit ans de vie commune, huit ans d’amour, de disputes, de rires, de promesses chuchotées dans le noir. Et puis ce message qui a tout détruit. Mais aujourd’hui, il est revenu. Il a dit qu’il regrettait, qu’il m’aime encore, qu’il veut tout réparer. Et moi… je sens mon cœur se serrer chaque fois que je repense à son regard suppliant, à ce baiser qu’il m’a volé sous le lampadaire. C’était familier. C’était douloureux. C’était… nous.

Pierrick m’envoie des messages tous les jours – tendres, inquiets, patients. « Je suis là quand tu seras prêt. » « Prends le temps qu’il te faut. » « Je t’attends. » Chaque notification est un coup au cœur. Je l’aime, je le sais. Ces semaines avec lui ont été les plus belles de ma vie récente : ses baisers qui me font trembler, ses caresses qui me font oublier la tristesse, ses rires qui me font me sentir vivant. Mais Laurent… Laurent, c’est mon histoire, mon passé, ma moitié pendant huit ans. Et si c’était lui, le vrai amour ? Et si je passais à côté de la seconde chance qu’il me tend ? Le regret me ronge : regret de l’avoir laissé partir sans me battre, regret de ne pas avoir compris qu’il souffrait aussi, regret de m’être ouvert à quelqu’un d’autre alors que peut-être, au fond, je n’avais jamais vraiment tourné la page.

Je passe des nuits entières à pleurer, à me demander ce que je veux vraiment. Je ne veux plus être triste, plus jamais. Je veux retrouver la paix, la sérénité, l’amour sans fissures. Et quand je ferme les yeux, c’est le visage de Laurent que je vois : ses yeux bleus que je connais par cœur, son sourire un peu triste, sa voix quand il me disait « je t’aime » avant de s’endormir. C’est lui qui a été là pour moi pendant huit ans. C’est lui qui connaît mes failles, mes peurs, mes rêves. Pierrick est merveilleux, mais il est nouveau. Il n’a pas vécu mes blessures. Il n’a pas connu mes larmes d’avant. Laurent, lui, les a essuyées.

Un soir, après plus d’une semaine et demie d’agonie, je prends enfin mon téléphone. Les mains tremblantes, le cœur au bord des lèvres, je compose le numéro. Ça sonne, pas de réponse. Je laisse un message vocal, la voix brisée mais décidée :
— Viens ce soir chez moi. J’ai besoin de te voir. S’il te plaît, viens dès que tu peux.

Je raccroche, le souffle coupé, les larmes aux yeux. Je ne sais pas encore ce que je vais lui dire exactement, mais je sais que je dois choisir. Je dois arrêter de faire souffrir deux personnes qui comptent pour moi. Je dois arrêter de souffrir moi-même.

Les heures qui suivent sont interminables. Je range l’appartement, je prends une douche, j’enfile un pull que Laurent m’avait offert il y a des années, comme un signe. Je me regarde dans le miroir : les yeux rougis, les traits tirés, mais une détermination nouvelle dans le regard. Je suis prêt à affronter ce qui vient.

Quand enfin on frappe à la porte, mon cœur bat si fort que je l’entends dans mes oreilles. J’ouvre, et quand je le vois là, sur le seuil, avec ce regard inquiet et plein d’espoir, les larmes montent instantanément. Je pleure, je ris en même temps, et je lui saute dans les bras, m’accrochant à lui de toutes mes forces, enfouissant mon visage dans son cou. Il me serre contre lui, surpris mais réceptif, et je sens enfin la paix m’envahir… ou peut-être seulement le début d’une nouvelle tempête.

Fin du chapitre 5.

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