Le goût de l'effondrement - chapitre 11
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Le goût de l'effondrement - chapitre 11
Il me laissa là, contraint, attaché.
Une douleur sourde commençait à s’installer dans mes épaules, comme si chacune de mes articulations protestait contre l’immobilité qui leur était imposée. Sur mon ventre subsistait l’ultime trace de ma jouissance. Lui, n’y avait vu qu’un fait. Moi j’y lisais le reflet de toutes hontes dont je n’étais pas encore parvenu à me défaire.
Il y a peu, j’aurais cherché à faire disparaître la moindre trace avec une hâte fébrile, me serais épongé, puis lavé. Là, mon sperme glissait le long de mes côtes avec lenteur. Je le sentais suivre les reliefs de mon corps, comme s’il emportait peu à peu le tumulte de mes pensées autant que les marques visibles de mon éjaculation. Ma semence glissait lentement, traçant un mince sillon, comme si quelque chose devait se diffuser en moi, pénétrer jusqu’aux profondeurs de mon être pour y dissoudre, une à une, les résistances auxquelles je m’accrochais encore.
Je me sentais vulnérable, dépouillé de mes derniers faux-semblants. Ce n’était plus seulement mon corps qui m’apparaissait exposé, mais tout ce que j’avais passé des années à dissimuler derrière les convenances, les habitudes et la solitude.
Je compris qu’il venait de me faire franchir un nouveau seuil. Désormais je ne pourrais plus penser ma sexualité comme un domaine réservé, comme un domaine séparé du reste de mon être. Elle s’inscrivait, elle aussi, dans ce lent cheminement de l’abandon.
Je me laissais gagner par un effondrement tranquille. Je ne cherchais plus à retenir ce qui s’écroulait en moi. A mesure que mes résistances cédaient, je ressentais moins le vertige de la chute que le soulagement de n’avoir plus rien à soutenir artificiellement. Je comprenais peu à peu qu’il ne me faudrait pas renoncer à ma conscience, mais à une certaine idée de la morale, celle qui, depuis toujours, confondait pudeur, honte et faute.
Je découvrais avec stupeur qu’un effondrement pouvait avoir le goût du soulagement. Pendant des années, j’avais soutenu à bout de bras une image de moi-même dont je n’avais jamais mesuré le poids. J’avais voulu être irréprochable, cohérent, maitre de mes pensées comme de mes actes, surtout ceux les plus intimes. Je m’étais construit pierre après pierre, persuadé que cette architecture me protégeait.
Malgré cette posture indécente dans laquelle je me trouvais, là, actuellement, j’éprouvais l’étrange satisfaction de n’avoir plus à défendre ce qui ne demandait qu’à disparaitre. Je me surpris même à souhaiter que cet effondrement se poursuive. Non par goût de la destruction, mais parce que, derrière chaque mur qui s’écroulait, j’apercevais un horizon que je n’avais jamais osé regarder. Je compris alors que certaines ruines sont fécondes. Elles ne marquent pas la fin d’une existence, elles en dégagent les fondations.
Je me demandai, avec une sérénité qui m’aurait autrefois effrayé, jusqu’où je serais capable d’accepter de m’effondrer pour découvrir ce qui, en moi, ne pouvait tomber.
Il revint avec ce même visage, inaltérable, où rien ne semblait s’agiter inutilement. Cette force tranquille m’impressionnait de plus en plus. Elle ne relevait ni de la froideur ni de l’indifférence. Elle semblait naître d’un homme parfaitement réconcilié avec lui-même, dont les gestes, les paroles et les silences procédaient d’une même unité intérieure. Son autorité ne tenait ni à sa voix, ni à son regard, ni aux règles qu’il m’imposait. Elle puisait sa source dans cette cohérence absolue entre ce qu’il pensait, ce qu’il disait et ce qu’il incarnait.
Il prit le temps de me laver, d’abord l’abdomen puis mon sexe qu’il décalotta sans égard. Son application n’avait rien de précipité ; elle révélait cette même exigence qui gouvernait chacun de ses gestes. Ils étaient précis, mesurés, dénués de tout embarras. J’avais le sentiment qu’il accomplissait un rite de discipline plus qu’un geste d’hygiène et cette idée troubla profondément mes repères auxquels je m’étais toujours accroché.
Je me sentis étrangement redevenir un enfant.
Non pas un enfant par l’âge.
Un enfant par le dépouillement.
Je ne possédais plus rien de ce qui jusque-là, me permettait de tenir les autres distances : ni mes certitudes, ni mes habitudes, ni les rôles que je m’étais construits. Il ne restait qu’une vulnérabilité presque originelle, celle que l’on éprouve avant d’apprendre à se protéger du regard du monde.
Et, contre toute attente, cette impression ne m’humiliait plus autant qu’elle m’apaisait. Comme si cette régression imposée était le commencement de quelque chose d’autre.
Lorsqu’il me considéra enfin suffisamment propre, il poursuivit son œuvre avec la même rigueur silencieuse. Il entreprit de me tondre, sans précipitation, d’abord les aisselles, puis les quelques poils que j’avais sur le torse. Il s’intéressa également à mon pubis, mon sexe. Il rasa mes testicules, mon périnée. Je compris alors qu’à ses yeux, il ne s’agissait pas d’un simple soin du corps. Chaque geste participait d’un même mouvement de dépouillement, comme si l’apparence elle-même devait peu à peu céder la place à une vérité plus essentielle.
J’y voyais une volonté de me transformer, de me façonner selon ses volontés. Il retirait, une à une, les couches derrière lesquelles je m’étais longtemps abrité. Les objets. Les habitudes. Les certitudes. Les discours. Les pudeurs. A présent, jusqu’à l’apparence même de mon corps. Il enlevait ces poils comme s’il voulait que je ne lui dissimule plus rien. Il cherchait à faire disparaitre tout ce qui n’était pas véritablement moi.
Et moi, pendant ce temps, je me laissais faire.
Je ne protestais pas.
Ne discutais plus.
Je n’opposais plus la moindre résistance.
Cette évidence me frappa soudain.
Il y a peu, j’aurais tenté de reprendre l’initiative, de poser des questions, d’exiger des explications, peut-être même de m’opposer. Rien de tout ça ne se produisait. Je demeurais silencieux, contraint à l’immobilité puisque attaché, observant simplement. Je ne savais plus si ce silence relevait de la résignation ou d’une confiance naissante.
Peut-être des deux.
Je découvrais qu’il existe un moment où l’on cesse de lutter, non parce que l’on est vaincu, mais parce que l’on comprend que toute résistance répond moins à la réalité qu’à la peur de voir s’effondre l’image que l’on s’est construite de soi.
Cette pensée me traversa avec une douceur infinie.
Je ne me sentais pas diminué. Je me sentais allégé.
Comme si chacune de mes résistances abandonnées retirait un poids que je portais depuis si longtemps que j’avais fini par le confondre avec ma propre identité.
Je me laissais faire.
Et contre toute attente, je n’y voyais plus une défaite.
J’y reconnaissais les signes d’un abandon librement consenti à ce que je ne pouvais plus empêcher d’advenir.
Je repensais à ces années passées à accumuler des connaissances, des références, des attitudes, des convictions, persuadé que chacune d’elles contribuait à me définir. Peut-être avais-je confondu ce que j’avais acquis avec ce que j’étais et espérais devenir. Peut-être mon identité ne résidait-elle pas dans cet empilement, mais dans ce qui demeurerait lorsque tout le superflu aurait disparu.
Cette idée m’effraya autant qu’elle me fascina.
Il détacha enfin mes chevilles et exigea aussitôt que je lève les jambes sur ma poitrine. Ainsi, je lui exposai mon anus qu’il prit, soin de raser avec la même détermination.
Lorsqu’il eut terminé, il libéra mes bras et m’ordonna de me relever.
Mon image se reflétait dans cette glace et je me vus plus nu que nu.
Ce n’étais plus une question de vêtements, ni même de peau
J’avais le sentiment qu’une ultime enveloppe venait de disparaître, me laissant face à moi-même avec une sincérité presque insoutenable. Il ne me restait plus rien à défendre. Rein à feindre, plus rien derrière quoi cacher mon âme.
A cet instant, je n’étais plus seulement exposé au regard d’un autre, je l’étais au mien.
Et cette rencontre me troubla davantage que tout ce que j’avais vécu jusque-là.
Depuis mon réveil, chaque heure semblait apporter son lot de certitudes ébranlée. Et je compris, avec une sourde appréhension, que ce qui venait de me bouleverser n’était qu’une étape parmi d’autres.
Il m’emmena à la douche, tenu par les testicules, comme si cette manière d’être conduit était celle qu’il me faudrait désormais apprendre à accepter.
— Offre-toi
Avais-je bien compris ?
La question traversa mon esprit sans trouver de réponse.
Je demeurai quelques instants parfaitement immobile, incapable de prononcer un mot. Le temps sembla se suspendre, comme si mon esprit refusait encore d’admettre ce que je venais d’entendre.
Lui ne disait rien. Il soutint simplement mon regard. Ses yeux demeuraient d’un calme désarmant, sans réelle dureté, sans impatience. Ils semblaient attendre que je franchisse seul ce dernier pas, comme si aucune explication supplémentaire n’aurait pu m’être d’un quelconque secours.
Voyant que je demeurais sans réaction, il reprit la parole d’une voix toujours aussi calme.
— Aucun de mes ordres n’est gratuit.
Je me rappelai alors que cet ordre m’avait été donné quelques heures plus tôt, dans la solitude austère de cette petite chambre. Sur l’instant, je n’y avais vu qu’une exigence de plus. Je comprenais désormais qu’aucune de ses paroles n’était improvisée. Chaque consigne s’inscrivait dans une progression dont je ne percevais le sens qu’après coup.
Soudain, je me figeai
Une appréhension sourde me traversa encore. Je savais que ce qui m’attendait m’humilierait une fois encore. Pendant quelques secondes, je demeurai immobile.
Une part de moi voulait encore reculer, retrouver mes repères, l’autre savait déjà que ce retour était impossible.
Je fermai les yeux un bref instant, jusqu’à ce que je renonce à lutter
Je m’allongeai sur le carrelage froid de la douche relevait mes jambes sur la poitrine et lui offris mon intimité désormais glabre
Je n’étais pas au bout de mes éprouvantes découvertes. Il fixait un embout au flexible de la douche, embout qu’il introduisit dans mon anus peu profondément, puis fit couler l’eau.
Une chaleur diffuse semblait peu à peu envahir mon ventre. Non pas une douleur, mais une présence diffuse, silencieuse qui alourdissait mon ventre autant qu’elle occupait mes pensées.
— Tu gardes ce lavement autant que je l’exigerai.
Je demeurai ainsi de longues minutes, incapable de penser à autre chose qu’à ce qui m’attendait.
Le plus difficile ne fut pourtant pas l’attente. Ce fut l’instant où je dus évacuer ce lavement sous son regard.
Je sentis une honte ancienne remonter en moi, aussi vive que si elle n’avait jamais cessé d’exister. Pitoyable, j’aurais voulu détourner les yeux, disparaitre, échapper à cette exposition de moi-même. Mais il demeurait là, silencieux, sans le moindre signe de jugement, comme si ce qu’il me demandait relevait d’une évidence qui m’échappait encore.
Lorsqu’il estima que cela ne suffisait pas, il reprit l’opération.
Puis une troisième fois ;
A chaque répétition, je croyais avoir atteint la limite de ce que je pouvais supporter. Et pourtant, ce qui m’ébranlait le plus n’était plus tant ce qu’il me demandait que la manière dont, peu à peu, mes anciennes résistances perdaient de leur force.
— Il en sera ainsi chaque matin, me prévint-il.
Ces quelques mots tombèrent avec une simplicité désarmante
Il ne s’agissait donc pas d’une épreuve isolée.
C’était désormais une nouvelle règle.
Je compris que ce qui m’avait paru extraordinaire était appelé à devenir ordinaire, et cette pensée m’inquiéta davantage.
Puis, comme si rien ne s’était produit, d’une sérénité remarquable alors que je peinais encore à rassembler mes ressentis, lui paraissait avoir déjà laissé cet instant derrière lui. Il remit ma cage de chasteté, un plug dont la taille était supérieure à celui porté la nuit dernière, avec une précision presque rituelle. Rien, dans son attitude, ne laissait deviner qu’il m’avait fait vivre l’avilissement, l’abject et l’ignominie.
Je me sentais affaibli, profondément déstabilisé, peut-être même fragilisé. Quelque chose, en moi, avait perdu de son assurance. Mes certitudes ne s’effondraient plus avec fracas : elles cédaient en silence.
Après ce tumulte qui avait traversé mon corps autant que mon esprit, la journée reprit son cours avec une banalité presque déroutante.
Comme si rien ne s’était passé.
Avant de quitter la maison, il m’autorisa à retirer mon collier. Je reçus cette permission avec un soulagement que je m’empressai de dissimuler. Les deux autres accessoires, la cage et le plug, en revanche, demeurèrent en place.
— Ceux-là restent, dit-il simplement.
Je compris qu’il ne s’agissait pas d’une négociation.
Je quittai la maison avec l’étrange impression d’emporter avec moi une part invisible de cette matinée. Personne, à l’université, ne pouvait deviner ce qui s’était joué quelques heures plus tôt. Pourtant, j’avais le sentiment que tout mon être le révélait.
L’amphithéâtre se remplissait lentement lorsque je pris place. M’assoir était devenu étrangement inconfortable. Cette gêne suffisait à réveiller les souvenirs de la matinée. Mon corps, avec ce plug ancré en moi, conservait une mémoire que mon esprit aurait volontiers voulu oublier. Ces sensations continuaient à vivre en moi, discrètement, à chacun de mes mouvements.
Le professeur consacrait son cours aux fondements de la légitimité du pouvoir politique. Hobbes, Locke, Rousseau, Weber… les noms familiers se succédaient, accompagnés de leurs théories, de leurs oppositions, de leurs nuances.
J’aurais dû me sentir en terrain connu.
Pourtant, quelque chose avait changé
Pour la première fois, je n’écoutais plus seulement des auteurs. Je les confrontais à ma propre expérience. Je compris avec une certaine ironie que je passais depuis des années à analyser des rapports d’autorité, les mécanismes d’obéissance, la liberté, le consentement, sans jamais m’être véritablement demandé ce que ces notions produisaient lorsqu’elles cessaient d’être des concepts pour devenir des réalités vécues.
Les textes demeuraient les mêmes. C’était moi qui les lisais autrement.
A la fin du cours, je gagnai la bibliothèque.
Pendant plusieurs minutes, je restai immobile devant la première page.
Puis je remontai lentement jusqu’à l’introduction.
Je relus mes premières lignes. Elles étaient impeccables. Solidement étayées. Abondamment citées.
Pourtant elles sonnaient faux.
A chaque page, je retrouvais les pensées des autres. Les références s’enchaînaient avec une rigueur irréprochable. Les citations dialoguaient entre elles avec élégances.
Ma voix, elle, demeurait introuvable. Je repensai aux reproches de mon directeur de mémoire.
« Vous connaissez admirablement les auteurs. Mais ou êtes-vous, vous ? »
A l’époque, cette remarque m’avait paru injuste. Cet après-midi-là, elle m’apparut d’une justesse presque douloureuse.
Depuis toujours, je m’étais réfugié derrière l’intelligence des autres. J’empruntais leurs mots, leurs raisonnements, leurs certitudes, comme si penser par moi-même relevait d’une forme d’arrogance.
Je compris soudain qu’il ne s’agissait pas d’humilité.
C’était une peur.
La peur d’exposer une pensée qui m’appartiendrait vraiment.
La peur de me tromper.
La peur, peut-être, d’être vu.
Alors, pour la première fois depuis le début de ce travail, je plaçai le curseur au somment de la première page. Je sélectionnai plusieurs paragraphes. Puis je les effaçai. Le bruit discret des touches résonna comme une délivrance.
Je n’avais plus envie de construire un mémoire qui démontrerait ce que les autres, avant moi, avaient pensé. Je voulais désormais écrire celui qui révélerait ce que, moi, j’étais enfin capable de penser.
A cet instant, je compris que le véritablement dépouillement auquel j’étais confronté ne concernait pas seulement mon corps. Il atteignait désormais mon esprit.
Lorsque je quittai la bibliothèque, j’eus le sentiment d’avoir franchi une étape.
Pour la première fois, mon mémoire portait véritablement ma voix. Je n’avais pas renié les grands auteurs ; j’avais simplement cessé de me dissimuler derrière eux.
Cette pensée me troubla.
Car, au fond, n’était-ce pas ce que j’avais déjà vécu le matin ?
D’une autre manière, avec d’autres enjeux, je m’étais là aussi retrouvé privé de mes protections habituelles. Offert, plus nu que nu, j’avais accepté de ne plus me réfugier derrière une image, celle d’avant. J’avais livré une part de ce que je croyais devoir cacher.
Et cet après-midi, j’avais offert une part de ce que je n’osais pas montrer.
Mon corps et mon esprit avaient suivi un chemin étrangement parallèle.
Dans les deux cas, il avait fallu abandonner une forme de contrôle pour laisser apparaître quelque chose de plus authentique.
Cette idée me déstabilisa. Je comprenais que la liberté ne résidait peut-être pas dans le fait de tout maîtriser, mais dans la capacité à accepter d’être vu tel que l’on est.
Je repris le chemin de la maison avec cette étrange sensation.
Mon esprit semblait plus léger.
Mon corps, lui continuait de porter les traces des règles établies depuis le matin. Le plug, lui, se chargeait de me le rappeler à chacun de mes pas.
Une douleur sourde commençait à s’installer dans mes épaules, comme si chacune de mes articulations protestait contre l’immobilité qui leur était imposée. Sur mon ventre subsistait l’ultime trace de ma jouissance. Lui, n’y avait vu qu’un fait. Moi j’y lisais le reflet de toutes hontes dont je n’étais pas encore parvenu à me défaire.
Il y a peu, j’aurais cherché à faire disparaître la moindre trace avec une hâte fébrile, me serais épongé, puis lavé. Là, mon sperme glissait le long de mes côtes avec lenteur. Je le sentais suivre les reliefs de mon corps, comme s’il emportait peu à peu le tumulte de mes pensées autant que les marques visibles de mon éjaculation. Ma semence glissait lentement, traçant un mince sillon, comme si quelque chose devait se diffuser en moi, pénétrer jusqu’aux profondeurs de mon être pour y dissoudre, une à une, les résistances auxquelles je m’accrochais encore.
Je me sentais vulnérable, dépouillé de mes derniers faux-semblants. Ce n’était plus seulement mon corps qui m’apparaissait exposé, mais tout ce que j’avais passé des années à dissimuler derrière les convenances, les habitudes et la solitude.
Je compris qu’il venait de me faire franchir un nouveau seuil. Désormais je ne pourrais plus penser ma sexualité comme un domaine réservé, comme un domaine séparé du reste de mon être. Elle s’inscrivait, elle aussi, dans ce lent cheminement de l’abandon.
Je me laissais gagner par un effondrement tranquille. Je ne cherchais plus à retenir ce qui s’écroulait en moi. A mesure que mes résistances cédaient, je ressentais moins le vertige de la chute que le soulagement de n’avoir plus rien à soutenir artificiellement. Je comprenais peu à peu qu’il ne me faudrait pas renoncer à ma conscience, mais à une certaine idée de la morale, celle qui, depuis toujours, confondait pudeur, honte et faute.
Je découvrais avec stupeur qu’un effondrement pouvait avoir le goût du soulagement. Pendant des années, j’avais soutenu à bout de bras une image de moi-même dont je n’avais jamais mesuré le poids. J’avais voulu être irréprochable, cohérent, maitre de mes pensées comme de mes actes, surtout ceux les plus intimes. Je m’étais construit pierre après pierre, persuadé que cette architecture me protégeait.
Malgré cette posture indécente dans laquelle je me trouvais, là, actuellement, j’éprouvais l’étrange satisfaction de n’avoir plus à défendre ce qui ne demandait qu’à disparaitre. Je me surpris même à souhaiter que cet effondrement se poursuive. Non par goût de la destruction, mais parce que, derrière chaque mur qui s’écroulait, j’apercevais un horizon que je n’avais jamais osé regarder. Je compris alors que certaines ruines sont fécondes. Elles ne marquent pas la fin d’une existence, elles en dégagent les fondations.
Je me demandai, avec une sérénité qui m’aurait autrefois effrayé, jusqu’où je serais capable d’accepter de m’effondrer pour découvrir ce qui, en moi, ne pouvait tomber.
Il revint avec ce même visage, inaltérable, où rien ne semblait s’agiter inutilement. Cette force tranquille m’impressionnait de plus en plus. Elle ne relevait ni de la froideur ni de l’indifférence. Elle semblait naître d’un homme parfaitement réconcilié avec lui-même, dont les gestes, les paroles et les silences procédaient d’une même unité intérieure. Son autorité ne tenait ni à sa voix, ni à son regard, ni aux règles qu’il m’imposait. Elle puisait sa source dans cette cohérence absolue entre ce qu’il pensait, ce qu’il disait et ce qu’il incarnait.
Il prit le temps de me laver, d’abord l’abdomen puis mon sexe qu’il décalotta sans égard. Son application n’avait rien de précipité ; elle révélait cette même exigence qui gouvernait chacun de ses gestes. Ils étaient précis, mesurés, dénués de tout embarras. J’avais le sentiment qu’il accomplissait un rite de discipline plus qu’un geste d’hygiène et cette idée troubla profondément mes repères auxquels je m’étais toujours accroché.
Je me sentis étrangement redevenir un enfant.
Non pas un enfant par l’âge.
Un enfant par le dépouillement.
Je ne possédais plus rien de ce qui jusque-là, me permettait de tenir les autres distances : ni mes certitudes, ni mes habitudes, ni les rôles que je m’étais construits. Il ne restait qu’une vulnérabilité presque originelle, celle que l’on éprouve avant d’apprendre à se protéger du regard du monde.
Et, contre toute attente, cette impression ne m’humiliait plus autant qu’elle m’apaisait. Comme si cette régression imposée était le commencement de quelque chose d’autre.
Lorsqu’il me considéra enfin suffisamment propre, il poursuivit son œuvre avec la même rigueur silencieuse. Il entreprit de me tondre, sans précipitation, d’abord les aisselles, puis les quelques poils que j’avais sur le torse. Il s’intéressa également à mon pubis, mon sexe. Il rasa mes testicules, mon périnée. Je compris alors qu’à ses yeux, il ne s’agissait pas d’un simple soin du corps. Chaque geste participait d’un même mouvement de dépouillement, comme si l’apparence elle-même devait peu à peu céder la place à une vérité plus essentielle.
J’y voyais une volonté de me transformer, de me façonner selon ses volontés. Il retirait, une à une, les couches derrière lesquelles je m’étais longtemps abrité. Les objets. Les habitudes. Les certitudes. Les discours. Les pudeurs. A présent, jusqu’à l’apparence même de mon corps. Il enlevait ces poils comme s’il voulait que je ne lui dissimule plus rien. Il cherchait à faire disparaitre tout ce qui n’était pas véritablement moi.
Et moi, pendant ce temps, je me laissais faire.
Je ne protestais pas.
Ne discutais plus.
Je n’opposais plus la moindre résistance.
Cette évidence me frappa soudain.
Il y a peu, j’aurais tenté de reprendre l’initiative, de poser des questions, d’exiger des explications, peut-être même de m’opposer. Rien de tout ça ne se produisait. Je demeurais silencieux, contraint à l’immobilité puisque attaché, observant simplement. Je ne savais plus si ce silence relevait de la résignation ou d’une confiance naissante.
Peut-être des deux.
Je découvrais qu’il existe un moment où l’on cesse de lutter, non parce que l’on est vaincu, mais parce que l’on comprend que toute résistance répond moins à la réalité qu’à la peur de voir s’effondre l’image que l’on s’est construite de soi.
Cette pensée me traversa avec une douceur infinie.
Je ne me sentais pas diminué. Je me sentais allégé.
Comme si chacune de mes résistances abandonnées retirait un poids que je portais depuis si longtemps que j’avais fini par le confondre avec ma propre identité.
Je me laissais faire.
Et contre toute attente, je n’y voyais plus une défaite.
J’y reconnaissais les signes d’un abandon librement consenti à ce que je ne pouvais plus empêcher d’advenir.
Je repensais à ces années passées à accumuler des connaissances, des références, des attitudes, des convictions, persuadé que chacune d’elles contribuait à me définir. Peut-être avais-je confondu ce que j’avais acquis avec ce que j’étais et espérais devenir. Peut-être mon identité ne résidait-elle pas dans cet empilement, mais dans ce qui demeurerait lorsque tout le superflu aurait disparu.
Cette idée m’effraya autant qu’elle me fascina.
Il détacha enfin mes chevilles et exigea aussitôt que je lève les jambes sur ma poitrine. Ainsi, je lui exposai mon anus qu’il prit, soin de raser avec la même détermination.
Lorsqu’il eut terminé, il libéra mes bras et m’ordonna de me relever.
Mon image se reflétait dans cette glace et je me vus plus nu que nu.
Ce n’étais plus une question de vêtements, ni même de peau
J’avais le sentiment qu’une ultime enveloppe venait de disparaître, me laissant face à moi-même avec une sincérité presque insoutenable. Il ne me restait plus rien à défendre. Rein à feindre, plus rien derrière quoi cacher mon âme.
A cet instant, je n’étais plus seulement exposé au regard d’un autre, je l’étais au mien.
Et cette rencontre me troubla davantage que tout ce que j’avais vécu jusque-là.
Depuis mon réveil, chaque heure semblait apporter son lot de certitudes ébranlée. Et je compris, avec une sourde appréhension, que ce qui venait de me bouleverser n’était qu’une étape parmi d’autres.
Il m’emmena à la douche, tenu par les testicules, comme si cette manière d’être conduit était celle qu’il me faudrait désormais apprendre à accepter.
— Offre-toi
Avais-je bien compris ?
La question traversa mon esprit sans trouver de réponse.
Je demeurai quelques instants parfaitement immobile, incapable de prononcer un mot. Le temps sembla se suspendre, comme si mon esprit refusait encore d’admettre ce que je venais d’entendre.
Lui ne disait rien. Il soutint simplement mon regard. Ses yeux demeuraient d’un calme désarmant, sans réelle dureté, sans impatience. Ils semblaient attendre que je franchisse seul ce dernier pas, comme si aucune explication supplémentaire n’aurait pu m’être d’un quelconque secours.
Voyant que je demeurais sans réaction, il reprit la parole d’une voix toujours aussi calme.
— Aucun de mes ordres n’est gratuit.
Je me rappelai alors que cet ordre m’avait été donné quelques heures plus tôt, dans la solitude austère de cette petite chambre. Sur l’instant, je n’y avais vu qu’une exigence de plus. Je comprenais désormais qu’aucune de ses paroles n’était improvisée. Chaque consigne s’inscrivait dans une progression dont je ne percevais le sens qu’après coup.
Soudain, je me figeai
Une appréhension sourde me traversa encore. Je savais que ce qui m’attendait m’humilierait une fois encore. Pendant quelques secondes, je demeurai immobile.
Une part de moi voulait encore reculer, retrouver mes repères, l’autre savait déjà que ce retour était impossible.
Je fermai les yeux un bref instant, jusqu’à ce que je renonce à lutter
Je m’allongeai sur le carrelage froid de la douche relevait mes jambes sur la poitrine et lui offris mon intimité désormais glabre
Je n’étais pas au bout de mes éprouvantes découvertes. Il fixait un embout au flexible de la douche, embout qu’il introduisit dans mon anus peu profondément, puis fit couler l’eau.
Une chaleur diffuse semblait peu à peu envahir mon ventre. Non pas une douleur, mais une présence diffuse, silencieuse qui alourdissait mon ventre autant qu’elle occupait mes pensées.
— Tu gardes ce lavement autant que je l’exigerai.
Je demeurai ainsi de longues minutes, incapable de penser à autre chose qu’à ce qui m’attendait.
Le plus difficile ne fut pourtant pas l’attente. Ce fut l’instant où je dus évacuer ce lavement sous son regard.
Je sentis une honte ancienne remonter en moi, aussi vive que si elle n’avait jamais cessé d’exister. Pitoyable, j’aurais voulu détourner les yeux, disparaitre, échapper à cette exposition de moi-même. Mais il demeurait là, silencieux, sans le moindre signe de jugement, comme si ce qu’il me demandait relevait d’une évidence qui m’échappait encore.
Lorsqu’il estima que cela ne suffisait pas, il reprit l’opération.
Puis une troisième fois ;
A chaque répétition, je croyais avoir atteint la limite de ce que je pouvais supporter. Et pourtant, ce qui m’ébranlait le plus n’était plus tant ce qu’il me demandait que la manière dont, peu à peu, mes anciennes résistances perdaient de leur force.
— Il en sera ainsi chaque matin, me prévint-il.
Ces quelques mots tombèrent avec une simplicité désarmante
Il ne s’agissait donc pas d’une épreuve isolée.
C’était désormais une nouvelle règle.
Je compris que ce qui m’avait paru extraordinaire était appelé à devenir ordinaire, et cette pensée m’inquiéta davantage.
Puis, comme si rien ne s’était produit, d’une sérénité remarquable alors que je peinais encore à rassembler mes ressentis, lui paraissait avoir déjà laissé cet instant derrière lui. Il remit ma cage de chasteté, un plug dont la taille était supérieure à celui porté la nuit dernière, avec une précision presque rituelle. Rien, dans son attitude, ne laissait deviner qu’il m’avait fait vivre l’avilissement, l’abject et l’ignominie.
Je me sentais affaibli, profondément déstabilisé, peut-être même fragilisé. Quelque chose, en moi, avait perdu de son assurance. Mes certitudes ne s’effondraient plus avec fracas : elles cédaient en silence.
Après ce tumulte qui avait traversé mon corps autant que mon esprit, la journée reprit son cours avec une banalité presque déroutante.
Comme si rien ne s’était passé.
Avant de quitter la maison, il m’autorisa à retirer mon collier. Je reçus cette permission avec un soulagement que je m’empressai de dissimuler. Les deux autres accessoires, la cage et le plug, en revanche, demeurèrent en place.
— Ceux-là restent, dit-il simplement.
Je compris qu’il ne s’agissait pas d’une négociation.
Je quittai la maison avec l’étrange impression d’emporter avec moi une part invisible de cette matinée. Personne, à l’université, ne pouvait deviner ce qui s’était joué quelques heures plus tôt. Pourtant, j’avais le sentiment que tout mon être le révélait.
L’amphithéâtre se remplissait lentement lorsque je pris place. M’assoir était devenu étrangement inconfortable. Cette gêne suffisait à réveiller les souvenirs de la matinée. Mon corps, avec ce plug ancré en moi, conservait une mémoire que mon esprit aurait volontiers voulu oublier. Ces sensations continuaient à vivre en moi, discrètement, à chacun de mes mouvements.
Le professeur consacrait son cours aux fondements de la légitimité du pouvoir politique. Hobbes, Locke, Rousseau, Weber… les noms familiers se succédaient, accompagnés de leurs théories, de leurs oppositions, de leurs nuances.
J’aurais dû me sentir en terrain connu.
Pourtant, quelque chose avait changé
Pour la première fois, je n’écoutais plus seulement des auteurs. Je les confrontais à ma propre expérience. Je compris avec une certaine ironie que je passais depuis des années à analyser des rapports d’autorité, les mécanismes d’obéissance, la liberté, le consentement, sans jamais m’être véritablement demandé ce que ces notions produisaient lorsqu’elles cessaient d’être des concepts pour devenir des réalités vécues.
Les textes demeuraient les mêmes. C’était moi qui les lisais autrement.
A la fin du cours, je gagnai la bibliothèque.
Pendant plusieurs minutes, je restai immobile devant la première page.
Puis je remontai lentement jusqu’à l’introduction.
Je relus mes premières lignes. Elles étaient impeccables. Solidement étayées. Abondamment citées.
Pourtant elles sonnaient faux.
A chaque page, je retrouvais les pensées des autres. Les références s’enchaînaient avec une rigueur irréprochable. Les citations dialoguaient entre elles avec élégances.
Ma voix, elle, demeurait introuvable. Je repensai aux reproches de mon directeur de mémoire.
« Vous connaissez admirablement les auteurs. Mais ou êtes-vous, vous ? »
A l’époque, cette remarque m’avait paru injuste. Cet après-midi-là, elle m’apparut d’une justesse presque douloureuse.
Depuis toujours, je m’étais réfugié derrière l’intelligence des autres. J’empruntais leurs mots, leurs raisonnements, leurs certitudes, comme si penser par moi-même relevait d’une forme d’arrogance.
Je compris soudain qu’il ne s’agissait pas d’humilité.
C’était une peur.
La peur d’exposer une pensée qui m’appartiendrait vraiment.
La peur de me tromper.
La peur, peut-être, d’être vu.
Alors, pour la première fois depuis le début de ce travail, je plaçai le curseur au somment de la première page. Je sélectionnai plusieurs paragraphes. Puis je les effaçai. Le bruit discret des touches résonna comme une délivrance.
Je n’avais plus envie de construire un mémoire qui démontrerait ce que les autres, avant moi, avaient pensé. Je voulais désormais écrire celui qui révélerait ce que, moi, j’étais enfin capable de penser.
A cet instant, je compris que le véritablement dépouillement auquel j’étais confronté ne concernait pas seulement mon corps. Il atteignait désormais mon esprit.
Lorsque je quittai la bibliothèque, j’eus le sentiment d’avoir franchi une étape.
Pour la première fois, mon mémoire portait véritablement ma voix. Je n’avais pas renié les grands auteurs ; j’avais simplement cessé de me dissimuler derrière eux.
Cette pensée me troubla.
Car, au fond, n’était-ce pas ce que j’avais déjà vécu le matin ?
D’une autre manière, avec d’autres enjeux, je m’étais là aussi retrouvé privé de mes protections habituelles. Offert, plus nu que nu, j’avais accepté de ne plus me réfugier derrière une image, celle d’avant. J’avais livré une part de ce que je croyais devoir cacher.
Et cet après-midi, j’avais offert une part de ce que je n’osais pas montrer.
Mon corps et mon esprit avaient suivi un chemin étrangement parallèle.
Dans les deux cas, il avait fallu abandonner une forme de contrôle pour laisser apparaître quelque chose de plus authentique.
Cette idée me déstabilisa. Je comprenais que la liberté ne résidait peut-être pas dans le fait de tout maîtriser, mais dans la capacité à accepter d’être vu tel que l’on est.
Je repris le chemin de la maison avec cette étrange sensation.
Mon esprit semblait plus léger.
Mon corps, lui continuait de porter les traces des règles établies depuis le matin. Le plug, lui, se chargeait de me le rappeler à chacun de mes pas.
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Très bien écrit
