Le goût de l'effondrement - chapitre 18
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 25-09-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Une semaine entière s’écoula sans que les règles changent. Elles avaient même cessé, pour la plupart, d’avoir besoin d’être rappelées : Monsieur organisait mes journées, contrôlait mes heures de travail, les travaux domestiques que je devais accomplir, choisissait mes vêtements, conservait mon téléphone, vérifiait mon hygiène corporelle, exigeait des séances de sport toujours plus harassantes, m’enfermait dans la chambre mansardée, me fessait chaque matin.
La domination de Monsieur occupait désormais chaque espace de mon quotidien. Il ne subsistait presque plus un instant qui m’appartînt entièrement : même lorsque je quittais la maison pour rejoindre l’université et retrouver, en apparence, ma vie d’étudiant, je continuais de porter sur moi les signes de son autorité. Mon collier ne me quittait plus, pas davantage que ma cage de chasteté, auxquels Monsieur ajoutait parfois un plug au plus profond de mon intimité. Ainsi, jusque dans les amphithéâtres, à la bibliothèque ou face à mes professeurs, une part de moi demeurait secrètement soumise à ses règles. La distance ne me rendait plus ma liberté ; elle ne faisait que rendre sa domination invisible aux autres.
Les rapports charnels étaient eux aussi devenus quotidiens, plus nombreux, toujours imprévisibles, toujours marqués par la même rudesse ; je m’efforçais surtout de satisfaire Monsieur, d’apprendre ses exigences et de reconnaître, dans un silence ou un regard, ce qu’il attendait encore de moi. Bien souvent, il me sodomisait sans égard, il suffisait d’un signe, d’un mot pour que je lui présente et lui offre mon anus. Il me pénétrait longuement, ardemment. Il saisissait mes hanches et labourait mes entrailles jusqu’à ce que la jouissance l’emporte.
Monsieur faisait tout autant fi de mon plaisir que de ma douleur. Ce que j’éprouvais semblait désormais secondaire à ses yeux : seul comptait ce qu’il attendait de moi et la manière dont j’étais capable d’y répondre. Dans ces rapports-là, je n’avais plus le sentiment d’être considéré comme un partenaire, mais comme un instrument destiné à son seul plaisir, un corps dont il disposait selon son désir et auquel il appartenait de satisfaire, d’endurer et d’obéir.
C’était peut-être là que son emprise m’apparaissait dans toute sa radicalité : mes sensations existaient toujours, mais elles avaient cessé d’être la mesure de ce qui devait ou non arriver. Je me laissais toujours faire quel que soit le lieu, l’heure, le moment.
Trois soirs de suite, il m’avait demandé de rester là, près de lui, entre ses cuisses pour de longues fellations alors qu’il regardait un film à la télévision ou lisait. Chaque fois que je faiblissais, que la fatigue ou l’effort me faisait ralentir, une petite claque sèche sur le crâne suffisait à me rappeler à l’ordre. Il n’avait même plus besoin de parler : je savais ce que ce geste signifiait. Reprends. Applique-toi. Continue. Et je reprenais aussitôt, m’efforçant de lui donner de nouveau exactement ce qu’il attendait de moi.
J’avais également appris à le remercier. Après chacun de nos rapports, lorsqu’il estimait m’avoir accordé quelque chose de lui, son sperme en l’occurrence, je devais me prosterner au sol et lui exprimer ma gratitude. À force de répétition, le geste était devenu presque instinctif : m’abaisser, attendre, puis prononcer les mots qu’il exigeait. Ce rituel achevait de renverser mes anciens repères : même lorsqu’il n’avait recherché que son propre plaisir, c’était encore à moi de le remercier.
Le plus étrange était que cette discipline ne nuisait pas à mon travail universitaire. Elle semblait au contraire le concentrer. À l’université, je redevenais celui qui argumentait, contestait un auteur, défendait une hypothèse ; puis je rentrais et retrouvais un monde où des décisions infiniment plus ordinaires ne m’appartenaient plus. Je pouvais ainsi passer l’après-midi à réfléchir à la légitimité de l’autorité politique et, quelques heures plus tard, attendre qu’un homme décide pour moi de gestes auxquels je n’avais autrefois jamais songé.
Le vendredi, je rentrai en fin d’après-midi. Sur le palier, j’appliquai la règle : je me déshabillai, pliai soigneusement mes vêtements, sonnai puis me mis à genoux. Lorsque Monsieur ouvrit, je le saluai, humblement et respectueusement, puis franchis le seuil à quatre pattes comme Monsieur l’exigeait désormais. Il referma la porte derrière moi, puis me laissa avancer de quelques mètres avant de m’arrêter.
— Debout.
Je me relevai.
— Dans le salon.
L’ordre me surprit. Habituellement, à cette heure-là, je gagnais directement l’étage ou attendais ses instructions dans l’entrée. Je me dirigeai donc vers le salon sans savoir ce qui motivait ce changement. Ce fut seulement en arrivant à la porte que je découvris l’homme assis dans l’un des fauteuils.
Je m’immobilisai.
Il était seul, silencieux, un dossier posé sur les genoux, et leva simplement les yeux vers moi. Rien dans son expression ne trahit la moindre surprise en me découvrant nu. Ce fut au contraire son calme qui me déstabilisa : manifestement, ma présence dans cet état n’avait pour lui rien d’inattendu.
Mon premier réflexe fut de reculer.
— Reste où tu es, Alex.
Je m’arrêtai aussitôt.
Monsieur entra derrière moi.
— Avance.
Je compris alors que cette rencontre n’avait rien d’un hasard. L’homme ne s’était pas trouvé là lorsque j’étais rentré : il m’attendait.
— Continue.
— Il y a quelqu’un, Monsieur ?
— Oui, entre.
Gêné par ma nudité, je précédai Monsieur jusqu’au salon. L’homme devait avoir un peu plus de cinquante ans, grand et mince, les cheveux gris coupés court, vêtu d’un pantalon sombre, d’une chemise bleu pâle et d’une veste de laine. Des lunettes rectangulaires encadraient un visage étroit dont les rides entre les sourcils accentuaient l’expression attentive. Il ne manifesta aucune surprise en me voyant. Son regard vint à moi avec le naturel de quelqu’un qui savait exactement dans quelles conditions je me présenterais, et cette absence totale d’étonnement rendit ma gêne plus vive encore.
— Alex, le professeur Étienne Delmas.
Je reconnus aussitôt le nom. J’avais lu plusieurs de ses articles sur l’autorité politique et cité l’un de ses ouvrages dans mon mémoire. Je n’étais donc pas nu devant un visiteur que je ne reverrais jamais, mais devant un universitaire dont le jugement pouvait compter dans mon avenir.
— Bonsoir, professeur.
— Bonsoir, Alex.
Monsieur désigna le tapis.
— Assieds-toi par terre.
Je m’exécutai et ramenai instinctivement les jambes l’une vers l’autre.
— Non. Écarte-les.
Je levai les yeux.
— Monsieur…
— Écarte-les.
J’obéis, le visage brûlant.
— Davantage. Les mains croisées derrière le dos. Tiens-toi droit. Regard baissé.
Lorsque je fus exactement dans la position qu’il exigeait, Monsieur prit place. Delmas, lui, n’avait toujours rien commenté. Il ouvrit simplement un dossier posé près de lui et j’entendis le froissement familier des pages de mon mémoire.
— J’en ai lu une partie, dit-il. Votre directeur m’a parlé de vous, mais je préfère me faire une opinion moi-même.
Je cessai presque de respirer.
Mon directeur de mémoire.
Jusqu’à cet instant, j’avais réussi à considérer Delmas comme une connaissance de Monsieur, un universitaire que celui-ci avait décidé de faire entrer dans cette part de ma vie dont j’ignorais encore les frontières. Mais ces quelques mots venaient soudain de relier deux mondes que je m’efforçais de maintenir séparés.
— Mon directeur vous a parlé de moi ?
— C’est ce que je viens de vous dire.
Je sentis monter une véritable panique. S’ils se connaissaient, qu’avait-il dit exactement ? Et surtout, que savait-il ? Delmas connaissait manifestement les règles auxquelles j’étais soumis puisqu’il m’avait vu entrer nu, m’asseoir au sol et prendre devant lui la position ordonnée par Monsieur sans manifester le moindre étonnement. S’il avait parlé avec mon directeur, celui-ci savait-il lui aussi ? Avait-il connaissance de mon statut auprès de Monsieur ? De mes règles ? De cette autre existence que je croyais encore pouvoir laisser derrière moi chaque matin en franchissant les portes de l’université ?
Je relevai la tête sans même m’en rendre compte.
— Est-ce qu’il sait ?
Monsieur intervint aussitôt.
— Le regard, Alex.
Je baissai les yeux, mais ma respiration s’était accélérée.
— Pardon, Monsieur.
Je ne parvins pourtant pas à m’arrêter.
— Mais mon directeur… est-ce qu’il sait pour moi ?
— Là n’est pas la question, répondit Delmas.
Son ton avait changé. Toujours calme, mais plus sec.
Je restai silencieux.
Monsieur ajouta :
— Reprends ta position correctement.
Je réalisai que, dans mon trouble, j’avais ramené les jambes l’une vers l’autre. Je les écartai de nouveau et replaçai mes mains derrière mon dos.
— Bien. Maintenant tu écoutes.
Le tutoiement de Monsieur, opposé au vouvoiement toujours très universitaire de Delmas, accentuait encore l’étrangeté de la scène.
Delmas m’observa quelques secondes.
— Votre directeur de mémoire connaît votre travail, Alex. Il m’a parlé de vos qualités, de vos faiblesses, de votre capacité d’analyse et, surtout, de ce qu’il considère comme une évolution assez spectaculaire depuis quelque temps. Pour le reste, ce qu’il sait ou ne sait pas de votre vie privée ne concerne pas l’entretien que nous avons aujourd’hui.
Cette réponse ne me rassura absolument pas.
Elle ne confirmait rien.
Mais elle ne niait rien non plus.
Je compris alors quelque chose de beaucoup plus inquiétant : je ne savais plus jusqu’où s’étendait le réseau de relations de Monsieur, ni ce qu’il avait choisi de révéler de moi à ceux qui pouvaient désormais intervenir dans mon avenir.
Delmas ouvrit mon mémoire.
— Nous pouvons commencer ?
Je déglutis.
— Oui, professeur.
— Très bien. Quelle différence faites-vous entre pouvoir, autorité et domination ?
Pendant quelques secondes, je fus incapable de rassembler mes idées. Toutes mes connaissances étaient là, mais une seule question tournait encore dans ma tête.
Qui sait ?
Puis la voix de Monsieur tomba derrière moi.
— Concentre-toi.
Je pris une inspiration.
— Oui, Monsieur.
Et, les yeux toujours baissés, je commençai à répondre.
Je commençai par Weber ; Delmas m’interrompit, me força à préciser mes définitions, passa aux trois types de domination légitime, puis à la distinction entre légalité et légitimité. Il enchaînait rapidement, refusait les réponses approximatives, demandait un exemple lorsqu’une formulation lui semblait trop abstraite. Lorsque je relevai machinalement les yeux pour observer sa réaction, Monsieur intervint aussitôt.
— Le regard.
Je fixai de nouveau le tapis.
— Pardon, Monsieur.
Delmas poursuivit :
— Quelle différence faites-vous entre obéissance et consentement ?
La question me frappa plus directement.
— L’obéissance décrit d’abord un comportement. Elle n’implique pas nécessairement l’adhésion. On peut exécuter une décision que l’on juge illégitime. Le consentement suppose au contraire que l’on reconnaisse, au moins dans une certaine mesure, la légitimité de l’autorité qui décide.
— Donc on peut accepter une contrainte tout en étant libre ?
— Oui, professeur. Si l’on reconnaît à celui qui l’impose le droit de le faire.
Un silence suivit.
— Intéressant.
Nous parlâmes ensuite de Hobbes, d’Arendt, de Foucault, de l’état d’exception et des restrictions de liberté dans les démocraties contemporaines. Delmas me contredit plusieurs fois ; je lui répondis, reformulai, défendis une hypothèse et finis même par contester l’une de ses affirmations. Plus l’échange devenait exigeant, moins je pensais à ma nudité. Mon corps restait soumis à la position imposée par Monsieur, mais mon esprit retrouvait cette liberté combative que l’université faisait renaître en moi.
Puis quelque chose changea.
— Relève la tête, Alex.
Je demeurai immobile. L’ordre venait de Delmas.
Je regardai Monsieur. Celui-ci ne dit rien.
— Je t’ai dit de relever la tête.
Le vouvoiement avait disparu.
Je levai lentement les yeux.
Delmas avait refermé le dossier.
— Voilà. C’est mieux.
Il se leva et vint vers moi. Je suivis son déplacement du regard jusqu’à ce que Monsieur intervienne :
— on t’a demandé de relever la tête, pas les yeux
Je baissai aussitôt les yeux.
Delmas s’arrêta devant moi. Je ne voyais plus que ses chaussures et le bas de son pantalon. Puis je sentis sa main se refermer dans mes cheveux.
Il releva ma tête.
Le geste était ferme, presque clinique, et pourtant l’humiliation fut immédiate. Une heure plus tôt, j’aurais pu discuter ses travaux dans un amphithéâtre comme n’importe quel étudiant ; maintenant il décidait lui aussi de la direction de mon regard.
— Tu as de bonnes connaissances, dit-il. Mais ce qui m’intéresse davantage, c’est de savoir ce que tu fais lorsqu’on te déstabilise.
Sa main quitta mes cheveux et passa brièvement sur mon torse, sans que je sache s’il s’agissait encore d’une provocation destinée à éprouver ma concentration ou de quelque chose de plus personnel. Je me raidis lorsqu’il accentua le contact, puis s’attarda, pressa mes tétons entre son index et son pouce avec une familiarité qui n’avait plus rien d’universitaire. Mon premier réflexe fut de resserrer les jambes.
— Non, dit Monsieur.
Je les écartai de nouveau.
Delmas me regardait. Il avait parfaitement compris. Et surtout, Monsieur ne l’arrêtait pas.
Le professeur fit glisser lentement sa main plus bas, il caressa mon pubis glabre, puis examina mon sexe encagé en soulevant et pressant mes testicules.
— Tes couilles sont pleines m’a-t-on dit ?
La question me glaça. Je relevai brusquement les yeux vers Monsieur.
Je ne répondis pas.
Une peur sourde venait de me saisir. On m’a dit. Ces trois mots tournaient dans ma tête. Qui avait parlé de moi à Delmas ? Monsieur ? Quelqu’un d’autre ? Et jusqu’où allait ce qu’il savait ? Quelques minutes auparavant, j’avais déjà paniqué en apprenant qu’il connaissait mon directeur de mémoire ; à présent, je découvrais qu’il possédait des informations relevant de mon intimité. Je ne savais plus ce que Monsieur avait choisi de révéler de moi, ni surtout à qui.
Je continuais de le regarder, presque malgré moi. J’aurais voulu qu’il intervienne, qu’il mette fin à cette situation, ou simplement qu’il me fasse comprendre ce qui était attendu de moi. Mais son visage demeurait fermé.
Ma respiration s’accéléra. Mes mains se crispèrent derrière mon dos. Tout mon corps me commandait de me protéger, de me soustraire à cette exposition ; pourtant je n’osais rompre aucun des ordres reçus.
Delmas attendait.
Je ne trouvais toujours pas ma voix.
Alors Monsieur trancha :
— Réponds, Alex.
Le ton ne laissait aucune place à l’hésitation.
Je déglutis. Pendant une seconde encore, je gardai les yeux fixés sur lui, comme si j’espérais qu’il revienne sur son ordre.
— Maintenant.
Je baissai aussitôt le regard.
— Oui, Monsieur.
La peur n’avait pas disparu. Elle était même devenue panique.
— Oui, professeur, elles sont pleines.
— Depuis combien de temps tes couilles sont pleines. Insista Delmas.
Je regardai Monsieur
— Réponds Alex.
— Depuis neuf jours, Professeur.
Delmas me relâcha et retourna finalement à son fauteuil comme si rien d’inhabituel ne venait de se produire. Il prit ses lunettes et rouvrit mon mémoire. Presque brusquement, la situation redevint plus classique. Sa voix retrouva le ton posé du professeur ; il revint à mes hypothèses, releva une faiblesse dans mon raisonnement et me demanda de la défendre. Tout aurait dû redevenir simple. Nous parlions de sciences politiques, de ce que je connaissais, de ce que j’aimais. Pourtant, mon corps, lui, n’avait pas compris que l’incident était terminé.
Mon cœur battait encore beaucoup trop vite. Je sentais chaque pulsation jusque dans ma gorge et mes tempes, ma bouche était sèche, et lorsque j’essayai d’avaler, ma salive sembla rester bloquée. Mes mains croisées derrière mon dos tremblaient légèrement ; je serrai les doigts pour le dissimuler, ce qui ne fit qu’accentuer la tension de mes épaules. J’avais chaud au visage et froid dans le dos. Ma respiration restait courte, haute, irrégulière, comme si mon corps se préparait encore à quelque chose alors que Delmas, tranquillement assis devant moi, tournait déjà les pages de mon mémoire.
Il me posa une question. Je l’entendis sans la comprendre.
— Pardon, professeur ?
Il la répéta. Je commençai à répondre, mais ma voix sortit plus faible que je ne l’aurais voulu. Je m’éclaircis la gorge, cherchai mon raisonnement et perdis presque aussitôt le fil. La position imposée par Monsieur, que j’étais parvenu à oublier pendant la première partie de l’entretien, m’était redevenue péniblement présente : l’immobilité faisait tirer les muscles de mon dos, mes jambes commençaient à s’engourdir et je devais résister à l’envie constante de bouger, de ramener mes bras devant moi, de reprendre simplement une posture dans laquelle je me serais senti moins vulnérable.
— Alex, concentre-toi.
Je sursautai.
— Pardon, professeur.
Je pris une inspiration profonde, mais elle trembla en ressortant. M’a-t-on dit. Les mots continuaient de tourner dans ma tête. Delmas savait. Je ne savais toujours pas combien, ni par qui exactement. À cette pensée, mon ventre se contracta de nouveau et mon rythme cardiaque accéléra comme si la scène allait recommencer.
Il fallut plusieurs questions avant que les concepts familiers commencent enfin à me ramener vers quelque chose de solide. Weber. Légitimité. Autorité. Consentement. Je m’accrochai à eux presque physiquement. Mes réponses s'allongèrent, ma voix retrouva progressivement son assurance, mes tremblements diminuèrent. Mais je demeurais hypersensible au moindre mouvement de Delmas : lorsqu’il refermait brusquement une page, lorsqu’il changeait de position dans son fauteuil ou laissait un silence durer quelques secondes de trop, mon corps se raidissait avant même que ma raison ait eu le temps de lui rappeler qu’il ne se passait rien.
Je retrouvais peu à peu mes capacités intellectuelles.
Mon corps, lui, restait sur ses gardes.
— J’envisage de recruter un doctorant l’année prochaine, reprit-il. Le projet porte sur l’obéissance démocratique et le consentement à la contrainte dans les sociétés contemporaines.
Cette fois, toute mon attention revint à lui.
Il m’expliqua qu’il souhaitait étudier les situations dans lesquelles des citoyens libres acceptaient, légitimaient ou réclamaient eux-mêmes des restrictions de liberté : sécurité, surveillance numérique, état d’urgence, politiques sanitaires, réponses aux crises environnementales. La recherche croiserait théorie politique, analyse des discours et enquête empirique dans plusieurs démocraties européennes. La question centrale, résuma-t-il, n’était pas seulement de savoir jusqu’où un pouvoir pouvait contraindre un individu, mais pourquoi cet individu pouvait reconnaître comme légitime une contrainte qui limitait pourtant sa liberté.
Puis il referma le dossier.
— Ça t’intéresse ?
Le tutoiement demeurait.
Oui. Évidemment que cela m’intéressait. Quelques semaines plus tôt, j’aurais probablement répondu avant même qu’il ait terminé sa question. Le sujet semblait avoir été conçu pour prolonger exactement les interrogations qui traversaient mon mémoire, mais en leur donnant une ampleur nouvelle : plusieurs années de recherche, une véritable enquête, la possibilité d’aller au bout de questions que je commençais seulement à effleurer. Et Delmas… Delmas était précisément le genre d’universitaire auprès duquel j’aurais rêvé de préparer une thèse. J’avais lu ses travaux, discuté ses analyses, parfois contesté ses conclusions. Être choisi par lui aurait dû me remplir de fierté.
Mais je n’étais plus capable de considérer sa proposition comme une simple proposition universitaire.
Je le regardai et mon corps se raidit de nouveau. La peur que j’étais parvenu à contenir pendant les dernières minutes remonta presque instantanément. Je revoyais cet homme quitter son fauteuil, venir vers moi, me saisir sans que Monsieur intervienne ; j’entendais encore cette question qui m’avait glacé parce qu’elle révélait qu’on lui avait parlé de moi bien au-delà de mon travail. Et maintenant il me proposait peut-être de devenir son doctorant.
Trois ans. Peut-être quatre.
L’idée traversa mon esprit avec une brutalité inattendue.
Que serait ma vie auprès de lui ?
Un directeur de thèse n’était pas un professeur que l’on rencontrait une heure par semaine avant de disparaître dans un amphithéâtre. Il y aurait les rendez-vous réguliers, les journées de travail, les colloques, les déplacements, les corrections, les moments de doute, toute cette dépendance intellectuelle et institutionnelle qui accompagne nécessairement un doctorat. Delmas lirait ce que j’écrirais, jugerait mes progrès, déciderait si mon travail était suffisant, recommanderait ou non mes communications, pèserait sur mes premières possibilités de carrière.
Et désormais je savais qu’il connaissait aussi l’autre Alex.
Cette pensée me serra le ventre.
Où s’arrêterait le professeur et où commencerait l’homme qui venait de me saisir les testicules ? Quelle autorité Monsieur était-il disposé à lui reconnaître sur moi ? Ce qui venait de se produire n’avait-il été qu'une épreuve, ou l’annonce de ce que Delmas considérerait désormais comme permis ? Je compris surtout que j’étais incapable de poser la question qui me terrifiait véritablement : si je devenais son doctorant, resterais-je son étudiant lorsqu’il fermerait mon dossier ?
— Alex ?
Je sursautai.
Delmas attendait toujours ma réponse.
— Oui… professeur. Le sujet m’intéresse énormément.
Il me regarda attentivement.
— Mais ?
Je baissai les yeux. Il avait entendu l’hésitation.
— Il n’y a pas de mais, professeur.
— Si. Il y en a un.
Je ne répondis pas.
— Alors ?
Je cherchai instinctivement Monsieur du regard. Cette fois encore, le simple mouvement me trahit. J’avais devant moi l’homme qui pouvait diriger ma thèse et, derrière moi, celui dont j’attendais encore la permission avant de lui dire ce que j’éprouvais.
Monsieur parla.
— Réponds franchement.
— Oui, Monsieur.
Je pris une inspiration.
— Le sujet me passionne, professeur. C’est… presque exactement ce sur quoi j’aimerais travailler si je poursuis en doctorat.
Ma voix hésita.
— Mais j’ai peur.
Delmas ne bougea pas.
— De la thèse ?
— Non.
Il attendit.
Je sentis mon cœur accélérer de nouveau.
— De vous.
Le silence qui suivit me parut immense.
Je venais de dire à un homme dont j’admirais le travail, et qui pouvait décider d’une partie de mon avenir universitaire, que j’avais peur de lui.
Delmas ne sourit pas.
— Au moins, maintenant, répondit-il, nous savons exactement de quoi nous devons parler.
Je n’eus pas le temps de répondre.
Monsieur se tourna alors vers Delmas.
— Vous pouvez donc poursuivre en considérant qu’Alex est intéressé.
Delmas ne répondit pas immédiatement. Il me regarda, puis un très léger sourire passa sur son visage. Ce n’était ni de l’amusement ni véritablement de la satisfaction ; plutôt l’expression d’un homme qui venait d’obtenir une information supplémentaire et entendait déjà en faire quelque chose.
— Je n’en doutais pas vraiment, dit-il.
Cette réponse me troubla.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Tu as peur de moi, Alex, et malgré cela tu vas peut-être me demander de diriger ta thèse. Tu reconnaîtras que, compte tenu du sujet dont nous venons de parler, la situation ne manque pas d’intérêt.
Je ne répondis pas.
— Regarde-moi.
J’hésitai et cherchai aussitôt Monsieur des yeux.
— Le professeur t’a donné un ordre, dit-il.
Cette phrase me glaça davantage que tout le reste. Je relevai lentement la tête vers Delmas. Son sourire s’accentua à peine.
— Voilà.
Il me considéra quelques secondes, sans se presser.
— Je crois même que ta peur pourrait être utile.
— Utile ?
— Oui. Les étudiants trop sûrs d’eux sont souvent médiocres. Ils croient savoir avant d’avoir cherché. Ils défendent leur petite liberté intellectuelle comme une propriété et prennent chaque correction pour une agression. Toi, au moins, tu sembles capable d’être déplacé hors de tes certitudes.
Je ne savais plus s’il parlait de recherche.
Delmas le savait certainement.
— Je ne voudrais pas que…
Je m’arrêtai.
— Que quoi ?
Je sentis Monsieur derrière moi.
— Que ce qui se passe ici se mélange avec mon travail, professeur.
Delmas eut un petit mouvement de tête.
— Mais c’est déjà mélangé, Alex.
Mon ventre se contracta. Il tapota du doigt la couverture de mon mémoire.
— Tu travailles sur l’autorité, l’obéissance, la légitimité, le consentement. Et tu voudrais maintenant m’expliquer qu’il existerait quelque part une frontière parfaitement étanche entre ce que tu penses et ce que tu vis ?
— Ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Alors exprime-toi mieux. Ce sera d’ailleurs l’une de mes premières exigences si je te prends en thèse.
Si je te prends.
La formule me fit frissonner. Elle était parfaitement banale dans la bouche d’un directeur de thèse potentiel. Après ce qui venait de se produire, elle ne me semblait plus banale du tout.
Delmas dut percevoir mon trouble, car son regard changea légèrement.
— Tu vois ? C’est précisément cela qui m’intéresse.
— Quoi ?
— Ce moment où tu ne sais plus très bien comment interpréter ce que je te dis.
Il se renfonça tranquillement dans son fauteuil.
— Ne t’inquiète pas. Si je dirige ta thèse, tu apprendras à me connaître.
La phrase aurait pu être rassurante. Elle ne le fut pas
.
— Et j’apprendrai à te connaître, ajouta-t-il.
Cette fois, il regarda brièvement Monsieur.
Quelque chose passa entre eux que je fus incapable d’interpréter. Puis Delmas reprit son dossier comme si nous venions seulement de discuter d'une bibliographie.
— Trois ou quatre années permettent de très bien connaître un doctorant.
Il tourna une page.
— Ses qualités. Ses faiblesses. Ce qui le fait progresser. Ce qui le bloque.
Une autre page.
— Et les moyens les plus efficaces de lui faire donner davantage.
Je sentis mes mains se crisper derrière mon dos
.
Delmas leva les yeux vers moi.
— Cela t’effraie encore ?
J’aurais voulu mentir. Monsieur était derrière moi.
— Oui, professeur.
Delmas sourit enfin.
— Bien.
Je ne compris pas immédiatement.
— Bien ?
— La peur n’est pas nécessairement un obstacle, Alex. Tout dépend de ce qu’on en fait.
Puis il se tourna vers Monsieur.
— Je pense que nous pourrons faire quelque chose de lui.
Nous.
Ce seul mot me fit davantage peur que tout ce qu’il venait de dire. Monsieur posa alors sa main sur mon épaule.
— Je le pense aussi.
Et, assis nu sur le sol entre ces deux hommes qui parlaient désormais de mon avenir comme d’un projet qu’ils semblaient partager, je compris que la thèse dont j’avais rêvé quelques semaines auparavant risquait de m’être offerte exactement au moment où je n’étais plus certain d’avoir le droit de la refuser.
La domination de Monsieur occupait désormais chaque espace de mon quotidien. Il ne subsistait presque plus un instant qui m’appartînt entièrement : même lorsque je quittais la maison pour rejoindre l’université et retrouver, en apparence, ma vie d’étudiant, je continuais de porter sur moi les signes de son autorité. Mon collier ne me quittait plus, pas davantage que ma cage de chasteté, auxquels Monsieur ajoutait parfois un plug au plus profond de mon intimité. Ainsi, jusque dans les amphithéâtres, à la bibliothèque ou face à mes professeurs, une part de moi demeurait secrètement soumise à ses règles. La distance ne me rendait plus ma liberté ; elle ne faisait que rendre sa domination invisible aux autres.
Les rapports charnels étaient eux aussi devenus quotidiens, plus nombreux, toujours imprévisibles, toujours marqués par la même rudesse ; je m’efforçais surtout de satisfaire Monsieur, d’apprendre ses exigences et de reconnaître, dans un silence ou un regard, ce qu’il attendait encore de moi. Bien souvent, il me sodomisait sans égard, il suffisait d’un signe, d’un mot pour que je lui présente et lui offre mon anus. Il me pénétrait longuement, ardemment. Il saisissait mes hanches et labourait mes entrailles jusqu’à ce que la jouissance l’emporte.
Monsieur faisait tout autant fi de mon plaisir que de ma douleur. Ce que j’éprouvais semblait désormais secondaire à ses yeux : seul comptait ce qu’il attendait de moi et la manière dont j’étais capable d’y répondre. Dans ces rapports-là, je n’avais plus le sentiment d’être considéré comme un partenaire, mais comme un instrument destiné à son seul plaisir, un corps dont il disposait selon son désir et auquel il appartenait de satisfaire, d’endurer et d’obéir.
C’était peut-être là que son emprise m’apparaissait dans toute sa radicalité : mes sensations existaient toujours, mais elles avaient cessé d’être la mesure de ce qui devait ou non arriver. Je me laissais toujours faire quel que soit le lieu, l’heure, le moment.
Trois soirs de suite, il m’avait demandé de rester là, près de lui, entre ses cuisses pour de longues fellations alors qu’il regardait un film à la télévision ou lisait. Chaque fois que je faiblissais, que la fatigue ou l’effort me faisait ralentir, une petite claque sèche sur le crâne suffisait à me rappeler à l’ordre. Il n’avait même plus besoin de parler : je savais ce que ce geste signifiait. Reprends. Applique-toi. Continue. Et je reprenais aussitôt, m’efforçant de lui donner de nouveau exactement ce qu’il attendait de moi.
J’avais également appris à le remercier. Après chacun de nos rapports, lorsqu’il estimait m’avoir accordé quelque chose de lui, son sperme en l’occurrence, je devais me prosterner au sol et lui exprimer ma gratitude. À force de répétition, le geste était devenu presque instinctif : m’abaisser, attendre, puis prononcer les mots qu’il exigeait. Ce rituel achevait de renverser mes anciens repères : même lorsqu’il n’avait recherché que son propre plaisir, c’était encore à moi de le remercier.
Le plus étrange était que cette discipline ne nuisait pas à mon travail universitaire. Elle semblait au contraire le concentrer. À l’université, je redevenais celui qui argumentait, contestait un auteur, défendait une hypothèse ; puis je rentrais et retrouvais un monde où des décisions infiniment plus ordinaires ne m’appartenaient plus. Je pouvais ainsi passer l’après-midi à réfléchir à la légitimité de l’autorité politique et, quelques heures plus tard, attendre qu’un homme décide pour moi de gestes auxquels je n’avais autrefois jamais songé.
Le vendredi, je rentrai en fin d’après-midi. Sur le palier, j’appliquai la règle : je me déshabillai, pliai soigneusement mes vêtements, sonnai puis me mis à genoux. Lorsque Monsieur ouvrit, je le saluai, humblement et respectueusement, puis franchis le seuil à quatre pattes comme Monsieur l’exigeait désormais. Il referma la porte derrière moi, puis me laissa avancer de quelques mètres avant de m’arrêter.
— Debout.
Je me relevai.
— Dans le salon.
L’ordre me surprit. Habituellement, à cette heure-là, je gagnais directement l’étage ou attendais ses instructions dans l’entrée. Je me dirigeai donc vers le salon sans savoir ce qui motivait ce changement. Ce fut seulement en arrivant à la porte que je découvris l’homme assis dans l’un des fauteuils.
Je m’immobilisai.
Il était seul, silencieux, un dossier posé sur les genoux, et leva simplement les yeux vers moi. Rien dans son expression ne trahit la moindre surprise en me découvrant nu. Ce fut au contraire son calme qui me déstabilisa : manifestement, ma présence dans cet état n’avait pour lui rien d’inattendu.
Mon premier réflexe fut de reculer.
— Reste où tu es, Alex.
Je m’arrêtai aussitôt.
Monsieur entra derrière moi.
— Avance.
Je compris alors que cette rencontre n’avait rien d’un hasard. L’homme ne s’était pas trouvé là lorsque j’étais rentré : il m’attendait.
— Continue.
— Il y a quelqu’un, Monsieur ?
— Oui, entre.
Gêné par ma nudité, je précédai Monsieur jusqu’au salon. L’homme devait avoir un peu plus de cinquante ans, grand et mince, les cheveux gris coupés court, vêtu d’un pantalon sombre, d’une chemise bleu pâle et d’une veste de laine. Des lunettes rectangulaires encadraient un visage étroit dont les rides entre les sourcils accentuaient l’expression attentive. Il ne manifesta aucune surprise en me voyant. Son regard vint à moi avec le naturel de quelqu’un qui savait exactement dans quelles conditions je me présenterais, et cette absence totale d’étonnement rendit ma gêne plus vive encore.
— Alex, le professeur Étienne Delmas.
Je reconnus aussitôt le nom. J’avais lu plusieurs de ses articles sur l’autorité politique et cité l’un de ses ouvrages dans mon mémoire. Je n’étais donc pas nu devant un visiteur que je ne reverrais jamais, mais devant un universitaire dont le jugement pouvait compter dans mon avenir.
— Bonsoir, professeur.
— Bonsoir, Alex.
Monsieur désigna le tapis.
— Assieds-toi par terre.
Je m’exécutai et ramenai instinctivement les jambes l’une vers l’autre.
— Non. Écarte-les.
Je levai les yeux.
— Monsieur…
— Écarte-les.
J’obéis, le visage brûlant.
— Davantage. Les mains croisées derrière le dos. Tiens-toi droit. Regard baissé.
Lorsque je fus exactement dans la position qu’il exigeait, Monsieur prit place. Delmas, lui, n’avait toujours rien commenté. Il ouvrit simplement un dossier posé près de lui et j’entendis le froissement familier des pages de mon mémoire.
— J’en ai lu une partie, dit-il. Votre directeur m’a parlé de vous, mais je préfère me faire une opinion moi-même.
Je cessai presque de respirer.
Mon directeur de mémoire.
Jusqu’à cet instant, j’avais réussi à considérer Delmas comme une connaissance de Monsieur, un universitaire que celui-ci avait décidé de faire entrer dans cette part de ma vie dont j’ignorais encore les frontières. Mais ces quelques mots venaient soudain de relier deux mondes que je m’efforçais de maintenir séparés.
— Mon directeur vous a parlé de moi ?
— C’est ce que je viens de vous dire.
Je sentis monter une véritable panique. S’ils se connaissaient, qu’avait-il dit exactement ? Et surtout, que savait-il ? Delmas connaissait manifestement les règles auxquelles j’étais soumis puisqu’il m’avait vu entrer nu, m’asseoir au sol et prendre devant lui la position ordonnée par Monsieur sans manifester le moindre étonnement. S’il avait parlé avec mon directeur, celui-ci savait-il lui aussi ? Avait-il connaissance de mon statut auprès de Monsieur ? De mes règles ? De cette autre existence que je croyais encore pouvoir laisser derrière moi chaque matin en franchissant les portes de l’université ?
Je relevai la tête sans même m’en rendre compte.
— Est-ce qu’il sait ?
Monsieur intervint aussitôt.
— Le regard, Alex.
Je baissai les yeux, mais ma respiration s’était accélérée.
— Pardon, Monsieur.
Je ne parvins pourtant pas à m’arrêter.
— Mais mon directeur… est-ce qu’il sait pour moi ?
— Là n’est pas la question, répondit Delmas.
Son ton avait changé. Toujours calme, mais plus sec.
Je restai silencieux.
Monsieur ajouta :
— Reprends ta position correctement.
Je réalisai que, dans mon trouble, j’avais ramené les jambes l’une vers l’autre. Je les écartai de nouveau et replaçai mes mains derrière mon dos.
— Bien. Maintenant tu écoutes.
Le tutoiement de Monsieur, opposé au vouvoiement toujours très universitaire de Delmas, accentuait encore l’étrangeté de la scène.
Delmas m’observa quelques secondes.
— Votre directeur de mémoire connaît votre travail, Alex. Il m’a parlé de vos qualités, de vos faiblesses, de votre capacité d’analyse et, surtout, de ce qu’il considère comme une évolution assez spectaculaire depuis quelque temps. Pour le reste, ce qu’il sait ou ne sait pas de votre vie privée ne concerne pas l’entretien que nous avons aujourd’hui.
Cette réponse ne me rassura absolument pas.
Elle ne confirmait rien.
Mais elle ne niait rien non plus.
Je compris alors quelque chose de beaucoup plus inquiétant : je ne savais plus jusqu’où s’étendait le réseau de relations de Monsieur, ni ce qu’il avait choisi de révéler de moi à ceux qui pouvaient désormais intervenir dans mon avenir.
Delmas ouvrit mon mémoire.
— Nous pouvons commencer ?
Je déglutis.
— Oui, professeur.
— Très bien. Quelle différence faites-vous entre pouvoir, autorité et domination ?
Pendant quelques secondes, je fus incapable de rassembler mes idées. Toutes mes connaissances étaient là, mais une seule question tournait encore dans ma tête.
Qui sait ?
Puis la voix de Monsieur tomba derrière moi.
— Concentre-toi.
Je pris une inspiration.
— Oui, Monsieur.
Et, les yeux toujours baissés, je commençai à répondre.
Je commençai par Weber ; Delmas m’interrompit, me força à préciser mes définitions, passa aux trois types de domination légitime, puis à la distinction entre légalité et légitimité. Il enchaînait rapidement, refusait les réponses approximatives, demandait un exemple lorsqu’une formulation lui semblait trop abstraite. Lorsque je relevai machinalement les yeux pour observer sa réaction, Monsieur intervint aussitôt.
— Le regard.
Je fixai de nouveau le tapis.
— Pardon, Monsieur.
Delmas poursuivit :
— Quelle différence faites-vous entre obéissance et consentement ?
La question me frappa plus directement.
— L’obéissance décrit d’abord un comportement. Elle n’implique pas nécessairement l’adhésion. On peut exécuter une décision que l’on juge illégitime. Le consentement suppose au contraire que l’on reconnaisse, au moins dans une certaine mesure, la légitimité de l’autorité qui décide.
— Donc on peut accepter une contrainte tout en étant libre ?
— Oui, professeur. Si l’on reconnaît à celui qui l’impose le droit de le faire.
Un silence suivit.
— Intéressant.
Nous parlâmes ensuite de Hobbes, d’Arendt, de Foucault, de l’état d’exception et des restrictions de liberté dans les démocraties contemporaines. Delmas me contredit plusieurs fois ; je lui répondis, reformulai, défendis une hypothèse et finis même par contester l’une de ses affirmations. Plus l’échange devenait exigeant, moins je pensais à ma nudité. Mon corps restait soumis à la position imposée par Monsieur, mais mon esprit retrouvait cette liberté combative que l’université faisait renaître en moi.
Puis quelque chose changea.
— Relève la tête, Alex.
Je demeurai immobile. L’ordre venait de Delmas.
Je regardai Monsieur. Celui-ci ne dit rien.
— Je t’ai dit de relever la tête.
Le vouvoiement avait disparu.
Je levai lentement les yeux.
Delmas avait refermé le dossier.
— Voilà. C’est mieux.
Il se leva et vint vers moi. Je suivis son déplacement du regard jusqu’à ce que Monsieur intervienne :
— on t’a demandé de relever la tête, pas les yeux
Je baissai aussitôt les yeux.
Delmas s’arrêta devant moi. Je ne voyais plus que ses chaussures et le bas de son pantalon. Puis je sentis sa main se refermer dans mes cheveux.
Il releva ma tête.
Le geste était ferme, presque clinique, et pourtant l’humiliation fut immédiate. Une heure plus tôt, j’aurais pu discuter ses travaux dans un amphithéâtre comme n’importe quel étudiant ; maintenant il décidait lui aussi de la direction de mon regard.
— Tu as de bonnes connaissances, dit-il. Mais ce qui m’intéresse davantage, c’est de savoir ce que tu fais lorsqu’on te déstabilise.
Sa main quitta mes cheveux et passa brièvement sur mon torse, sans que je sache s’il s’agissait encore d’une provocation destinée à éprouver ma concentration ou de quelque chose de plus personnel. Je me raidis lorsqu’il accentua le contact, puis s’attarda, pressa mes tétons entre son index et son pouce avec une familiarité qui n’avait plus rien d’universitaire. Mon premier réflexe fut de resserrer les jambes.
— Non, dit Monsieur.
Je les écartai de nouveau.
Delmas me regardait. Il avait parfaitement compris. Et surtout, Monsieur ne l’arrêtait pas.
Le professeur fit glisser lentement sa main plus bas, il caressa mon pubis glabre, puis examina mon sexe encagé en soulevant et pressant mes testicules.
— Tes couilles sont pleines m’a-t-on dit ?
La question me glaça. Je relevai brusquement les yeux vers Monsieur.
Je ne répondis pas.
Une peur sourde venait de me saisir. On m’a dit. Ces trois mots tournaient dans ma tête. Qui avait parlé de moi à Delmas ? Monsieur ? Quelqu’un d’autre ? Et jusqu’où allait ce qu’il savait ? Quelques minutes auparavant, j’avais déjà paniqué en apprenant qu’il connaissait mon directeur de mémoire ; à présent, je découvrais qu’il possédait des informations relevant de mon intimité. Je ne savais plus ce que Monsieur avait choisi de révéler de moi, ni surtout à qui.
Je continuais de le regarder, presque malgré moi. J’aurais voulu qu’il intervienne, qu’il mette fin à cette situation, ou simplement qu’il me fasse comprendre ce qui était attendu de moi. Mais son visage demeurait fermé.
Ma respiration s’accéléra. Mes mains se crispèrent derrière mon dos. Tout mon corps me commandait de me protéger, de me soustraire à cette exposition ; pourtant je n’osais rompre aucun des ordres reçus.
Delmas attendait.
Je ne trouvais toujours pas ma voix.
Alors Monsieur trancha :
— Réponds, Alex.
Le ton ne laissait aucune place à l’hésitation.
Je déglutis. Pendant une seconde encore, je gardai les yeux fixés sur lui, comme si j’espérais qu’il revienne sur son ordre.
— Maintenant.
Je baissai aussitôt le regard.
— Oui, Monsieur.
La peur n’avait pas disparu. Elle était même devenue panique.
— Oui, professeur, elles sont pleines.
— Depuis combien de temps tes couilles sont pleines. Insista Delmas.
Je regardai Monsieur
— Réponds Alex.
— Depuis neuf jours, Professeur.
Delmas me relâcha et retourna finalement à son fauteuil comme si rien d’inhabituel ne venait de se produire. Il prit ses lunettes et rouvrit mon mémoire. Presque brusquement, la situation redevint plus classique. Sa voix retrouva le ton posé du professeur ; il revint à mes hypothèses, releva une faiblesse dans mon raisonnement et me demanda de la défendre. Tout aurait dû redevenir simple. Nous parlions de sciences politiques, de ce que je connaissais, de ce que j’aimais. Pourtant, mon corps, lui, n’avait pas compris que l’incident était terminé.
Mon cœur battait encore beaucoup trop vite. Je sentais chaque pulsation jusque dans ma gorge et mes tempes, ma bouche était sèche, et lorsque j’essayai d’avaler, ma salive sembla rester bloquée. Mes mains croisées derrière mon dos tremblaient légèrement ; je serrai les doigts pour le dissimuler, ce qui ne fit qu’accentuer la tension de mes épaules. J’avais chaud au visage et froid dans le dos. Ma respiration restait courte, haute, irrégulière, comme si mon corps se préparait encore à quelque chose alors que Delmas, tranquillement assis devant moi, tournait déjà les pages de mon mémoire.
Il me posa une question. Je l’entendis sans la comprendre.
— Pardon, professeur ?
Il la répéta. Je commençai à répondre, mais ma voix sortit plus faible que je ne l’aurais voulu. Je m’éclaircis la gorge, cherchai mon raisonnement et perdis presque aussitôt le fil. La position imposée par Monsieur, que j’étais parvenu à oublier pendant la première partie de l’entretien, m’était redevenue péniblement présente : l’immobilité faisait tirer les muscles de mon dos, mes jambes commençaient à s’engourdir et je devais résister à l’envie constante de bouger, de ramener mes bras devant moi, de reprendre simplement une posture dans laquelle je me serais senti moins vulnérable.
— Alex, concentre-toi.
Je sursautai.
— Pardon, professeur.
Je pris une inspiration profonde, mais elle trembla en ressortant. M’a-t-on dit. Les mots continuaient de tourner dans ma tête. Delmas savait. Je ne savais toujours pas combien, ni par qui exactement. À cette pensée, mon ventre se contracta de nouveau et mon rythme cardiaque accéléra comme si la scène allait recommencer.
Il fallut plusieurs questions avant que les concepts familiers commencent enfin à me ramener vers quelque chose de solide. Weber. Légitimité. Autorité. Consentement. Je m’accrochai à eux presque physiquement. Mes réponses s'allongèrent, ma voix retrouva progressivement son assurance, mes tremblements diminuèrent. Mais je demeurais hypersensible au moindre mouvement de Delmas : lorsqu’il refermait brusquement une page, lorsqu’il changeait de position dans son fauteuil ou laissait un silence durer quelques secondes de trop, mon corps se raidissait avant même que ma raison ait eu le temps de lui rappeler qu’il ne se passait rien.
Je retrouvais peu à peu mes capacités intellectuelles.
Mon corps, lui, restait sur ses gardes.
— J’envisage de recruter un doctorant l’année prochaine, reprit-il. Le projet porte sur l’obéissance démocratique et le consentement à la contrainte dans les sociétés contemporaines.
Cette fois, toute mon attention revint à lui.
Il m’expliqua qu’il souhaitait étudier les situations dans lesquelles des citoyens libres acceptaient, légitimaient ou réclamaient eux-mêmes des restrictions de liberté : sécurité, surveillance numérique, état d’urgence, politiques sanitaires, réponses aux crises environnementales. La recherche croiserait théorie politique, analyse des discours et enquête empirique dans plusieurs démocraties européennes. La question centrale, résuma-t-il, n’était pas seulement de savoir jusqu’où un pouvoir pouvait contraindre un individu, mais pourquoi cet individu pouvait reconnaître comme légitime une contrainte qui limitait pourtant sa liberté.
Puis il referma le dossier.
— Ça t’intéresse ?
Le tutoiement demeurait.
Oui. Évidemment que cela m’intéressait. Quelques semaines plus tôt, j’aurais probablement répondu avant même qu’il ait terminé sa question. Le sujet semblait avoir été conçu pour prolonger exactement les interrogations qui traversaient mon mémoire, mais en leur donnant une ampleur nouvelle : plusieurs années de recherche, une véritable enquête, la possibilité d’aller au bout de questions que je commençais seulement à effleurer. Et Delmas… Delmas était précisément le genre d’universitaire auprès duquel j’aurais rêvé de préparer une thèse. J’avais lu ses travaux, discuté ses analyses, parfois contesté ses conclusions. Être choisi par lui aurait dû me remplir de fierté.
Mais je n’étais plus capable de considérer sa proposition comme une simple proposition universitaire.
Je le regardai et mon corps se raidit de nouveau. La peur que j’étais parvenu à contenir pendant les dernières minutes remonta presque instantanément. Je revoyais cet homme quitter son fauteuil, venir vers moi, me saisir sans que Monsieur intervienne ; j’entendais encore cette question qui m’avait glacé parce qu’elle révélait qu’on lui avait parlé de moi bien au-delà de mon travail. Et maintenant il me proposait peut-être de devenir son doctorant.
Trois ans. Peut-être quatre.
L’idée traversa mon esprit avec une brutalité inattendue.
Que serait ma vie auprès de lui ?
Un directeur de thèse n’était pas un professeur que l’on rencontrait une heure par semaine avant de disparaître dans un amphithéâtre. Il y aurait les rendez-vous réguliers, les journées de travail, les colloques, les déplacements, les corrections, les moments de doute, toute cette dépendance intellectuelle et institutionnelle qui accompagne nécessairement un doctorat. Delmas lirait ce que j’écrirais, jugerait mes progrès, déciderait si mon travail était suffisant, recommanderait ou non mes communications, pèserait sur mes premières possibilités de carrière.
Et désormais je savais qu’il connaissait aussi l’autre Alex.
Cette pensée me serra le ventre.
Où s’arrêterait le professeur et où commencerait l’homme qui venait de me saisir les testicules ? Quelle autorité Monsieur était-il disposé à lui reconnaître sur moi ? Ce qui venait de se produire n’avait-il été qu'une épreuve, ou l’annonce de ce que Delmas considérerait désormais comme permis ? Je compris surtout que j’étais incapable de poser la question qui me terrifiait véritablement : si je devenais son doctorant, resterais-je son étudiant lorsqu’il fermerait mon dossier ?
— Alex ?
Je sursautai.
Delmas attendait toujours ma réponse.
— Oui… professeur. Le sujet m’intéresse énormément.
Il me regarda attentivement.
— Mais ?
Je baissai les yeux. Il avait entendu l’hésitation.
— Il n’y a pas de mais, professeur.
— Si. Il y en a un.
Je ne répondis pas.
— Alors ?
Je cherchai instinctivement Monsieur du regard. Cette fois encore, le simple mouvement me trahit. J’avais devant moi l’homme qui pouvait diriger ma thèse et, derrière moi, celui dont j’attendais encore la permission avant de lui dire ce que j’éprouvais.
Monsieur parla.
— Réponds franchement.
— Oui, Monsieur.
Je pris une inspiration.
— Le sujet me passionne, professeur. C’est… presque exactement ce sur quoi j’aimerais travailler si je poursuis en doctorat.
Ma voix hésita.
— Mais j’ai peur.
Delmas ne bougea pas.
— De la thèse ?
— Non.
Il attendit.
Je sentis mon cœur accélérer de nouveau.
— De vous.
Le silence qui suivit me parut immense.
Je venais de dire à un homme dont j’admirais le travail, et qui pouvait décider d’une partie de mon avenir universitaire, que j’avais peur de lui.
Delmas ne sourit pas.
— Au moins, maintenant, répondit-il, nous savons exactement de quoi nous devons parler.
Je n’eus pas le temps de répondre.
Monsieur se tourna alors vers Delmas.
— Vous pouvez donc poursuivre en considérant qu’Alex est intéressé.
Delmas ne répondit pas immédiatement. Il me regarda, puis un très léger sourire passa sur son visage. Ce n’était ni de l’amusement ni véritablement de la satisfaction ; plutôt l’expression d’un homme qui venait d’obtenir une information supplémentaire et entendait déjà en faire quelque chose.
— Je n’en doutais pas vraiment, dit-il.
Cette réponse me troubla.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Tu as peur de moi, Alex, et malgré cela tu vas peut-être me demander de diriger ta thèse. Tu reconnaîtras que, compte tenu du sujet dont nous venons de parler, la situation ne manque pas d’intérêt.
Je ne répondis pas.
— Regarde-moi.
J’hésitai et cherchai aussitôt Monsieur des yeux.
— Le professeur t’a donné un ordre, dit-il.
Cette phrase me glaça davantage que tout le reste. Je relevai lentement la tête vers Delmas. Son sourire s’accentua à peine.
— Voilà.
Il me considéra quelques secondes, sans se presser.
— Je crois même que ta peur pourrait être utile.
— Utile ?
— Oui. Les étudiants trop sûrs d’eux sont souvent médiocres. Ils croient savoir avant d’avoir cherché. Ils défendent leur petite liberté intellectuelle comme une propriété et prennent chaque correction pour une agression. Toi, au moins, tu sembles capable d’être déplacé hors de tes certitudes.
Je ne savais plus s’il parlait de recherche.
Delmas le savait certainement.
— Je ne voudrais pas que…
Je m’arrêtai.
— Que quoi ?
Je sentis Monsieur derrière moi.
— Que ce qui se passe ici se mélange avec mon travail, professeur.
Delmas eut un petit mouvement de tête.
— Mais c’est déjà mélangé, Alex.
Mon ventre se contracta. Il tapota du doigt la couverture de mon mémoire.
— Tu travailles sur l’autorité, l’obéissance, la légitimité, le consentement. Et tu voudrais maintenant m’expliquer qu’il existerait quelque part une frontière parfaitement étanche entre ce que tu penses et ce que tu vis ?
— Ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Alors exprime-toi mieux. Ce sera d’ailleurs l’une de mes premières exigences si je te prends en thèse.
Si je te prends.
La formule me fit frissonner. Elle était parfaitement banale dans la bouche d’un directeur de thèse potentiel. Après ce qui venait de se produire, elle ne me semblait plus banale du tout.
Delmas dut percevoir mon trouble, car son regard changea légèrement.
— Tu vois ? C’est précisément cela qui m’intéresse.
— Quoi ?
— Ce moment où tu ne sais plus très bien comment interpréter ce que je te dis.
Il se renfonça tranquillement dans son fauteuil.
— Ne t’inquiète pas. Si je dirige ta thèse, tu apprendras à me connaître.
La phrase aurait pu être rassurante. Elle ne le fut pas
.
— Et j’apprendrai à te connaître, ajouta-t-il.
Cette fois, il regarda brièvement Monsieur.
Quelque chose passa entre eux que je fus incapable d’interpréter. Puis Delmas reprit son dossier comme si nous venions seulement de discuter d'une bibliographie.
— Trois ou quatre années permettent de très bien connaître un doctorant.
Il tourna une page.
— Ses qualités. Ses faiblesses. Ce qui le fait progresser. Ce qui le bloque.
Une autre page.
— Et les moyens les plus efficaces de lui faire donner davantage.
Je sentis mes mains se crisper derrière mon dos
.
Delmas leva les yeux vers moi.
— Cela t’effraie encore ?
J’aurais voulu mentir. Monsieur était derrière moi.
— Oui, professeur.
Delmas sourit enfin.
— Bien.
Je ne compris pas immédiatement.
— Bien ?
— La peur n’est pas nécessairement un obstacle, Alex. Tout dépend de ce qu’on en fait.
Puis il se tourna vers Monsieur.
— Je pense que nous pourrons faire quelque chose de lui.
Nous.
Ce seul mot me fit davantage peur que tout ce qu’il venait de dire. Monsieur posa alors sa main sur mon épaule.
— Je le pense aussi.
Et, assis nu sur le sol entre ces deux hommes qui parlaient désormais de mon avenir comme d’un projet qu’ils semblaient partager, je compris que la thèse dont j’avais rêvé quelques semaines auparavant risquait de m’être offerte exactement au moment où je n’étais plus certain d’avoir le droit de la refuser.
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