Le goût de l'effondrement - chapitre 20
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 28-09-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Je crus d’abord que Monsieur allait me remettre ma cage. Elle était restée sur la table basse, les clés posées à côté, exactement là où il les avait laissées. À plusieurs reprises, mon regard y revint tandis que les deux hommes reprenaient leur conversation avec une facilité déconcertante. J’attendais presque le geste devenu familier, le tintement des clés, puis l’ordre de m’approcher. Rien ne vint. J’aurais dû accueillir ce répit avec soulagement ; au contraire, cette liberté inattendue me mettait mal à l’aise. Depuis une semaine, j’avais appris que Monsieur oubliait rarement ce qui me concernait. S’il ne me remettait pas la cage, c’était donc qu’il avait décidé de me laisser ainsi. Je cherchais déjà la raison lorsqu’il surprit mon regard.
— Quelque chose t’intéresse, Alex ?
Je répondis que non.
— Alors cesse de fixer la table.
Je baissai les yeux. Sa réponse ne m’apprenait rien, sinon que mon attente l’amusait peut-être et qu’il n’avait aucune intention de la satisfaire.
Quelques minutes plus tard, il consulta l’heure et m’envoya préparer le dîner. Étienne resterait manger avec nous. J’allais me lever lorsqu’il précisa que je conserverais seulement mon collier. Je faillis sourire intérieurement devant l’inutilité de la précision : je ne portais déjà rien d’autre. Pourtant, en gagnant la cuisine, je compris ce qu’il avait voulu souligner. La cage ne reviendrait pas tout de suite. Je resterais nu, simplement marqué à la gorge par ce cercle de métal qui désignait mieux que n’importe quel vêtement la place que j’occupais désormais dans cette maison.
Je m’efforçai de me concentrer sur la préparation du repas. Cuisiner aurait dû m’offrir un refuge dans la banalité : sortir les ingrédients, laver, éplucher, couper, surveiller une cuisson, dresser les assiettes. Mes mains connaissaient ces gestes et je m’y appliquai d’abord avec soulagement. Mais les voix du salon traversaient le couloir et, peu à peu, je cessai de pouvoir les ignorer. Depuis la fin de mon entretien, la relation entre les deux hommes s’était transformée sous mes yeux. Ou plutôt, je commençais seulement à la voir telle qu’elle était. Le professeur Delmas, si mesuré quelques heures auparavant, était devenu Étienne. Le vouvoiement avait disparu, les phrases se chevauchaient, les souvenirs succédaient aux plaisanteries et chacun pouvait laisser une anecdote inachevée parce que l’autre en connaissait déjà la fin. Ce n’était manifestement pas une relation née dans les couloirs d’une université.
— Trois semaines à Boston et tu réussis quand même à te plaindre du café en rentrant, entendis-je dire Monsieur.
— Trois semaines ? Tu es gentil. Entre Boston, New York et Chicago, j’ai passé plus d’un mois dans des hôtels.
— Pauvre garçon.
— Tu t’es surtout très bien accommodé de mon absence.
Il y eut un silence, puis Monsieur répondit :
— J’avais de quoi m’occuper.
Ils rirent. Je cessai de couper les légumes.
Mon absence.
Je restai quelques secondes le couteau immobile au-dessus de la planche avant de reprendre mon travail. La phrase n’avait en elle-même rien d’extraordinaire. Étienne avait manifestement été aux États-Unis pour un colloque ou une série de conférences ; Monsieur et lui étaient proches, voilà tout. Pourtant quelque chose dans le ton employé me dérangeait.
Un peu plus tard, j’entendis Étienne demander :
— Tu as changé les draps de mon côté au moins ?
Ma main s’arrêta de nouveau. Cette fois, je ne repris pas immédiatement.
Je fixai la planche devant moi.
Mon côté.
Je cherchai presque aussitôt une explication raisonnable. Peut-être dormait-il régulièrement ici lorsqu’il venait travailler avec Monsieur. Peut-être plaisantait-il. Peut-être avais-je mal entendu.
Monsieur éclata de rire.
— Tu plaisantes, j’espère. Tu ne t’imagines tout de même pas qu’Alex a pris ta place dans notre lit.
Je relevai involontairement la tête.
Notre lit.
Deux mots seulement, mais ils suffirent à faire vaciller l’interprétation que j’avais jusque-là donnée à leur familiarité.
— Certainement pas, poursuivit Monsieur. Sa place n’est pas là.
— Me voilà rassuré, répondit Étienne avec amusement.
— À la rigueur, il pourrait dormir au pied du lit si nous décidions de le garder à portée de main pendant la nuit. Cela pourrait avoir son utilité. Mais prendre ta place ? Non.
Étienne rit franchement.
— Je vois que tu as déjà réfléchi à son aménagement.
— J’ai eu huit jours.
— Et manifestement beaucoup d’idées.
Je restai figé devant ma planche à découper. Ils parlaient de moi comme si je n’étais pas à quelques mètres, et pourtant une seule expression occupait désormais mon esprit : notre lit. Tout ce que j’avais observé depuis la fin de l’après-midi se réorganisait autour de ces deux mots. Le tutoiement, les souvenirs, l’aisance d’Étienne dans la maison, cette manière qu’ils avaient de se comprendre sans finir leurs phrases.
Étienne n’était pas seulement un ami proche de Monsieur. Je commençais enfin à comprendre.
Je fixai les légumes devant moi. Peut-être dormait-il parfois ici. Peut-être était-ce une plaisanterie dont j’ignorais le contexte. Je me surpris à repasser mentalement ce que j’avais vu de la maison depuis mon arrivée. Je n’eus pas le temps d’aller plus loin.
— Alex.
Monsieur se tenait dans l’encadrement de la cuisine.
— Oui, Monsieur ?
— Si tu consacrais autant d’attention au dîner qu’à notre conversation, nous mangerions peut-être à l’heure.
— Pardon, Monsieur.
Monsieur s’approcha du plan de travail, vérifia la cuisson et rectifia la disposition d’un plat. Sa main passa brièvement sur mes fesses, presque distraitement, avant qu’il ne s’arrête.
— Écarte davantage les cuisses, Alex.
Je corrigeai aussitôt ma position.
— Comme ça, Monsieur ?
— Oui. Et retiens bien ceci : garde toujours les cuisses écartées. Où que tu sois, seul ou en ma présence. Je ne veux pas avoir à te le rappeler.
Cette précision me troubla davantage que le geste lui-même. Jusqu’ici, j’avais encore tendance à considérer certaines postures comme la réponse immédiate à un ordre : Monsieur les exigeait, je les prenais, puis elles cessaient d’exister lorsque la situation changeait. Il m’expliquait au contraire qu’il attendait désormais de moi une discipline qui se prolongerait en son absence. Même seul dans cette cuisine, je devais continuer à me tenir comme il l’avait décidé.
— Tu as compris ?
— Oui, Monsieur.
— Ce n’est pas une posture que tu prends pour me faire plaisir lorsque je te regarde. C’est désormais une règle.
Je corrigeai encore l’écartement de mes cuisses. Sa main glissa entre mes fesses, son majeur vint se poser sur mon anus qu’il pénétra soudainement. Un gémissement m’échappa, autant sous l’effet de la surprise que de la brutalité soudaine du geste. Je ne l’avais pas vu venir et, pendant une seconde, mon corps réagit avant même que j’aie eu le temps de comprendre ce qui venait de se passer.
— Je veux que cet accès me reste toujours disponible et dégagé, Alex. Tu comprends maintenant pourquoi cette nouvelle règle intervient.
Je demeurai silencieux quelques secondes. Je commençais en effet à en saisir la portée. Il ne s’agissait pas seulement d’une position qu’il m’imposait lorsqu’il me regardait, mais d’une habitude qu’il voulait voir s’installer jusque dans les moments les plus ordinaires.
— Oui, Monsieur.
— Même lorsque tu es seul. Je ne veux pas que ma présence soit nécessaire pour que tu te souviennes de ce que j’attends de toi. Et tu continueras toujours à accomplir le travail ordonné, y compris lorsque je te fouillerai comme présentement.
Cette fois, j’écartai de moi-même davantage les cuisses et repris mon travail.
Monsieur le remarqua.
— Voilà. C’est cela que je veux.
Depuis le salon, la voix d’Étienne s’éleva :
— Ne me dis pas qu’il faut encore lui rappeler comment se tenir, à cette petite chienne.
Je me figeai devant le plan de travail.
Le mot me heurta davantage par celui qui venait de le prononcer que par sa vulgarité. Une heure plus tôt, cet homme m’interrogeait sur Weber, Arendt et les fondements de la légitimité politique avec l’élégance distante d’un professeur dont je connaissais les publications. À présent, installé dans le salon, il parlait de moi avec une crudité presque désinvolte.
Monsieur, me fouillant toujours, ne reprit pas le terme.
— Il apprend. Et il vient de comprendre que cette position n’est plus facultative.
— Il serait temps. Huit jours et il cherche encore à se refermer dès que tu tournes le dos.
Monsieur regarda dans ma direction.
— Tu as entendu, Alex ?
J’écartai aussitôt davantage les cuisses.
— Oui, Monsieur.
— Bien. Continue de préparer le dîner.
Monsieur me tendit son doigt que je dus sucer.
Étienne eut un petit rire.
— Voilà. Quand on lui parle clairement, la petite chienne comprend tout de suite.
Je repris mon couteau sans répondre. Monsieur ne parlait jamais ainsi de moi. Sa domination avait quelque chose de méthodique, presque pédagogique ; même lorsqu’il m’humiliait, il semblait poursuivre un objectif précis. Chez Étienne, je découvrais autre chose : le plaisir manifeste d'employer le mot qui rabaisse, de salir délibérément le langage.
— Alors applique-toi. Étienne est exigeant sur la cuisson, mais pas seulement, tu comprendras vite.
Il repartit vers le salon.
Je demeurai quelques secondes devant le plan de travail, les jambes plus écartées qu’auparavant, puis repris mon couteau.
— Monsieur ?
Il se retourna.
— Quoi ?
— Le professeur Delmas… il était aux États-Unis ?
— Étienne participait à plusieurs colloques. Son déplacement s’est prolongé. Il est parti bien avant ton arrivée et n’est rentré que cet après-midi.
Je restai silencieux. La coïncidence des dates m’intrigua davantage que son voyage.
— Il… habite ici ?
Monsieur me considéra quelques secondes. Je reconnus cette expression légèrement impatiente qu’il prenait lorsque mes questions lui paraissaient moins destinées à comprendre qu’à me rassurer.
— Continue le dîner, Alex.
— Mais…
Son regard suffit.
— Oui, Monsieur.
Il repartit.
Je repris mon couteau, mais les objets autour de moi semblaient avoir changé de sens. Deux peignoirs dans la salle de bains. Des vêtements aperçus dans une armoire qui n’étaient peut-être pas ceux de Monsieur. Certains livres dont je m’étais étonné qu’ils correspondent si peu à ses lectures. Une tasse toujours rangée à part. Des détails insignifiants auxquels je n’avais accordé aucune attention parce que je m’étais installé ici avec une certitude jamais vérifiée : cette maison était celle de Monsieur. Je n’avais jamais envisagé qu’elle pût appartenir également à quelqu’un d’autre.
Lorsque j’apportai le premier plat, je regardai Étienne différemment. Sa veste reposait sur le dossier d’une chaise avec la négligence de quelqu’un qui n’avait aucune raison de demander où la poser. Il savait où trouver les verres, se servait lui-même, se déplaçait dans le salon sans cette légère prudence que conserve toujours un invité, même familier. Monsieur lui demanda s’il voulait un autre whisky.
— Non. Tu sais très bien que je ne bois jamais davantage avant de manger.
— Je vérifiais si l’Amérique t’avait donné de mauvaises habitudes.
— Pas celles-là.
Je posai le plat sur la table, probablement un peu trop lentement.
Étienne leva les yeux vers moi.
— Quelque chose ne va pas, petite chienne ?
Il insistait.
— Non, professeur.
— Tu mens très mal.
Monsieur m’observa à son tour.
— Il vient de comprendre.
Étienne eut un sourire.
— Ah.
Ce simple mot confirma ce que Monsieur avait refusé de m’expliquer dans la cuisine.
— Comprendre quoi ? demandai-je avant de penser à me taire.
Monsieur ne me reprit pas. Il laissa Étienne répondre.
— Que je ne suis pas exactement un invité.
Je restai avec le plat entre les mains jusqu’à ce qu’il me dise de le poser.
— Vous vivez ici ?
— Oui.
— Avec Monsieur ?
— Depuis plusieurs années.
Je regardai successivement les deux hommes. Leur tutoiement, les souvenirs, les plaisanteries, l’aisance d’Étienne dans la maison, la manière dont Monsieur avait accepté sans discussion qu’il me donne des ordres : tout s’ordonnait soudain avec une évidence presque vexante. J’avais cherché des explications compliquées à ce qui se trouvait depuis des heures devant moi.
Étienne était le compagnon de Monsieur.
Et j’habitais chez eux depuis une semaine sans le savoir.
— Pourquoi vous ne me l’avez pas dit ?
Monsieur posa ses couverts.
— Pourquoi aurais-je dû te le dire ?
— Parce que j’habite ici.
— Non Alex. Tu occupes la chambre mansardée et tu respectes les règles que je t’ai fixées. L’absence d’Étienne ne changeait rien à ce qui t’était demandé.
— Mais je croyais que…
— Justement. Tu croyais. Tu continues à compléter ce que tu ignores par ce qui t’arrange.
Étienne eut un rire bref.
— Arrête de prendre cet air surpris, salope. Je savais parfaitement que tu devais arriver ici. Je devais même être là pour voir Monsieur commencer à te dresser.
Le mot me fit relever les yeux.
— Malheureusement pour moi, les États-Unis en ont décidé autrement. Boston d’abord, puis New York, Chicago et quelques universitaires incapables de respecter un calendrier. Pendant que je jouais les professeurs distingués de l’autre côté de l’Atlantique, Monsieur s’occupait donc tout seul de notre nouvelle petite chienne.
Je sentis mon visage s’échauffer.
Étienne s’en aperçut immédiatement.
— Ah, ne rougis pas maintenant. Tu viens de passer la soirée, nu devant moi, avec ton collier autour du cou, tu t’es vidé les couilles face à moi, et c’est un mot qui te gêne ?
Monsieur intervint, beaucoup plus sobrement :
— Étienne devait effectivement être présent dès ton arrivée. Son absence n’a rien changé à ce que j’avais prévu pour toi.
— Si, rectifia Delmas avec un sourire. Ça m’a privé du début.
Il me détailla quelques secondes avant d’ajouter :
— Mais je vois que tu ne m’as pas attendu pour faire des progrès.
Monsieur reprit tranquillement ses couverts.
— Il apprend vite.
— Tant mieux. Je détesterais rentrer chez moi et découvrir qu’après huit jours tu en es encore à lui demander gentiment de se tenir correctement.
Cette fois, ce fut l’expression rentrer chez moi qui éclipsa presque la vulgarité du reste.
Je regardai Étienne, puis Monsieur.
Quelque chose venait encore de se déplacer dans ma compréhension de leur relation.
Je repensai à la manière dont il avait observé les traces encore visibles. Il ne découvrait donc pas au hasard les conséquences d’un épisode inconnu ; il retrouvait sur moi la confirmation de ce dont Monsieur lui avait déjà parlé. Plus encore, je réalisai que pendant cette semaine que j’avais vécue comme un huis clos entre Monsieur et moi, un troisième homme, à plusieurs milliers de kilomètres, avait suivi au moins une partie de mon évolution.
— Tiens-toi droit, écarte toi Alex.
Je m’aperçus que je m’étais appuyé contre une chaise, et resserré mes cuisses. Je me redressai.
— Oui, Monsieur.
Étienne sourit.
— Effectivement, tu as fait du chemin en huit jours. Mais ne va surtout pas t’imaginer que le travail est terminé. Il t’en reste beaucoup à faire avant de comprendre réellement ce qu’on attend de toi… et surtout ce qu’on compte faire de toi.
Il marqua une pause, me laissant avec cette dernière phrase.
— Et je suis à peu près certain qu’à ce stade, tu n’en as toujours pas la moindre idée.
Ce fut moins le ton d’Étienne que ce « on » qui me troubla.
Je regardai Monsieur. Il ne corrigea rien. Il ne demanda pas à Étienne de parler seulement en son nom, ne manifesta même aucune surprise devant cette façon de m’inclure dans un projet qui semblait désormais leur appartenir à tous les deux.
— Ce n’est pas grave, poursuivit Étienne. Tu finiras par comprendre. À force d’obéir, même les petites chiennes les plus cérébrales finissent par cesser de vouloir tout analyser.
Monsieur posa calmement son verre.
— Ne confonds pas les choses, Étienne. Je veux qu’il continue à réfléchir.
— Évidemment. Pour sa thèse.
— Pour tout.
Étienne me considéra avec un amusement presque insolent.
— Encore mieux. Il comprendra parfaitement ce qu’on fait de lui pendant qu’on le fait.
Cette fois, Monsieur ne répondit pas.
Et son silence donna à la phrase d’Étienne beaucoup plus de poids que je ne l’aurais souhaité.
Monsieur interrompit mes pensées.
— Le dîner refroidit.
La conversation était terminée. Je servis les deux hommes puis, par réflexe, attendis près de la troisième assiette que j’avais préparée. Monsieur leva les yeux.
— Pourquoi restes-tu là ?
Étienne me dévisagea avec un sourire incrédule.
— Sérieusement, Alex ? Nu, avec ton collier, après avoir passé la soirée à quatre pattes, tu regardes cette troisième assiette et tu te demandes encore si ta place est à notre table ? Tu es décidément beaucoup plus long à dresser que ne le prétend Monsieur. Tu pensais manger avec nous ?
Je compris mon erreur.
— Non, Professeur
Étienne me considéra avec un sourire mauvais.
— Tu sais où mangent les chiennes de ton espèce, Alex ? Certainement pas à notre table. Mais au sol, dans une gamelle. Et puisque tu sembles encore avoir besoin qu’on t’explique les choses : sans l’usage des mains.
Je restai interdit devant la troisième assiette que j’avais naïvement préparée.
— Alors range-moi ça et va chercher ce qu’il te faut. À quatre pattes. On va voir si tu es capable de prendre un repas sans qu’on ait à corriger chacune de tes manières.
Je regardai Monsieur. Il se contenta de reprendre ses couverts.
— Tu as entendu Étienne.
— Oui, Monsieur.
Je m'arrêtai.
Il désigna un placard bas.
— La gamelle.
Je connaissais l’objet pour l’avoir aperçu sans jamais imaginer qu’il m’était destiné. Je transvasai mon repas dedans et revins.
— Pose-la là.
Je la déposai sur le sol près de la table.
— À quatre pattes.
Je descendis.
— Mange maintenant.
Je regardai la gamelle, puis lui.
— Monsieur…
— Quoi ?
Je n’avais aucune objection que je puisse formuler sans revenir précisément sur tout ce qu’il venait de m’enseigner.
— Rien, Monsieur.
— Alors mange.
Je me penchai. La difficulté apparut dès les premières bouchées. Il ne suffisait pas de manger sans utiliser mes mains ; Monsieur exigeait que je le fasse silencieusement et Étienne ajouta bientôt que je devais rester propre. Ces consignes, simples lorsqu’elles étaient énoncées séparément, devenaient beaucoup moins faciles à respecter ensemble. Plus je cherchais à contrôler mes mouvements, plus ils perdaient leur naturel. Un bruit léger me valut un « Sans bruit, sale chienne » de Delmas. Un peu de nourriture tomba à côté de la gamelle et Étienne intervint aussitôt : « Proprement. » Lorsque ma main partit instinctivement pour réparer ma maladresse, sa voix la rappela à l’ordre avant même que mes doigts atteignent le sol. Je la retirai et poursuivis.
Le plus humiliant était peut-être qu’ils ne faisaient pas de ce spectacle le centre du dîner. Ils mangeaient, parlaient des États-Unis, de l’université, de connaissances communes, tandis que j’essayais au-dessous d’eux de satisfaire leurs exigences. Une claque tombait sur mon fessier lorsqu’elle était nécessaire, ou pas d’ailleurs, puis leur conversation reprenait. Je n’étais pas ignoré ; j’étais intégré à la soirée autrement, comme une présence dont on surveillait le comportement sans qu’elle mérite de suspendre l’échange. Lorsque je relevai la tête un instant, Monsieur me demanda pourquoi je m’arrêtais.
—Termine.
Je repris immédiatement. Étienne m’observa encore un moment.
— Il faudra lui apprendre à manger plus proprement.
— Ça viendra, répondit Monsieur.
Je continuai, mais la phrase resta en moi. Une heure auparavant, ce futur m’aurait paru inquiétant. Il prenait désormais un sens beaucoup plus précis. Étienne n’évoquait pas une prochaine visite. Il parlait de la vie quotidienne dans une maison qui était aussi la sienne.
Lorsque j’eus terminé, Delmas regarda la gamelle.
— tu dois avoir soif la chienne. Prends ta gamelle entre les dents et tend-là moi ainsi. Il sortit son sexe et urina dedans.
Je fus pris de dégout et pourtant j’ingurgitai sans un mot. Puis un nouvel ordre tomba.
— débarrasse maintenant.
Je commençai à me relever.
— Je ne t’ai pas dit de te mettre debout.
Je repris aussitôt la position imposée et transportai comme je pus la vaisselle jusqu’à la cuisine. Plusieurs voyages furent nécessaires. Lorsque je revins pour la dernière fois, Étienne fit remarquer que Monsieur ne me facilitait pas la tâche.
— Ce n’est pas le but, répondit-il.
Rien de plus.
Quand tout fut rangé, je revins dans le salon et retrouvai la cage exactement où elle était auparavant. Cette fois encore mon regard s’y arrêta. Étienne le remarqua.
— Tu sembles très préoccupé par cet objet.
Je baissai les yeux.
Monsieur sourit.
— Il attend que je la lui remette.
— Et tu ne le fais pas ?
— Non.
— Pourquoi ?
Monsieur prit tranquillement son verre.
— Parce que la soirée n’est pas terminée.
Je compris que cette fois il ne m’en dirait pas davantage.
Étienne acheva son verre, le posa et se leva.
— Viens, Alex.
Je tournai spontanément la tête vers Monsieur.
— Tu as entendu.
— Oui, Monsieur.
Je me relevai.
— Non salope, à quatre pattes me dit Delmas
Je suivis Étienne ainsi vers l’escalier. Ce ne fut qu’après quelques marches que je compris que Monsieur restait au salon. Je ralentis. Jusqu’alors, même lorsque son compagnon m’avait donné des ordres ou s’était permis avec moi une familiarité qui m’avait déstabilisé, Monsieur avait toujours été présent. Je pouvais désapprouver intérieurement, avoir peur, chercher ses limites ; son regard demeurait mon point de référence. Cette fois, il me laissait partir avec Étienne.
— La chienne.
Je relevai la tête, comme si ce mot m’était devenu familier.
— Oui, professeur ?
— Passe devant dans l’escalier.
Alors que je montai, toujours dans la posture requise, il attrapa mes testicules bien exposés à sa vue. Ce geste me stoppa. Il les palpa, les étira, les comprima.
— qui t’a dit de t’arrêter bâtard !
Je ne pouvais plus avancer. La douleur me coupa net et me fit suffoquer ; je restai la bouche grande ouverte, incapable pendant quelques secondes de reprendre une respiration normale, cherchant désespérément un peu d’air tandis que mon corps refusait d’obéir au mouvement que j’essayais encore de lui imposer.
Etienne me regarda lutter sans manifester la moindre compassion.
— Tu ne mérites pas d’avoir ces couilles entre tes cuisses, bâtard. Elles ne te serviront désormais qu’à une chose : te faire souffrir.
La phrase tomba avec une froideur qui contrastait presque davantage avec sa vulgarité habituelle. Je compris qu’il ne cherchait ni à m’encourager ni à m’aider à dépasser la douleur. Il voulait seulement que je sache qu’à ses yeux elle ne constituait pas une raison suffisante pour que l’ordre cesse.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Et plus tu lutteras, plus tu auras mal. Alors ravale-moi cette plainte et avance.
Je restai la bouche ouverte, cherchant encore mon souffle.
— J’ai dit : avance.
Lorsque j’atteignis enfin la chambre mansardée, Étienne relâcha l’étau. Le soulagement fut si immédiat que mes jambes faillirent céder. Je restai courbé quelques secondes, reprenant difficilement mon souffle, encore incapable de croire que la douleur venait réellement de s’interrompre.
Étienne, lui, semblait parfaitement indifférent à mon état.
— Redresse-toi. Je ne t’ai pas amené jusqu’ici pour te regarder récupérer.
Je fis l’effort de me tenir droit.
Il me considéra un instant, puis eut ce sourire que je commençais déjà à redouter.
— Tu vois, petite chienne, tu pouvais avancer. Toute cette comédie pour quelques mètres, et te voilà pourtant arrivé.
Je ne répondis pas.
— Regarde-moi quand je te parle.
Je relevai les yeux.
— Il va falloir que tu comprennes très vite une chose avec moi, Alex : ta douleur ne m’impressionne pas, tes plaintes ne m’attendrissent pas et tes difficultés ne changent pas mes ordres. Si je te dis d’avancer, tu avances. Si je te dis de rester, tu restes. Tu pourras souffler quand je déciderai que tu peux souffler.
Il désigna alors le lit d’un mouvement du menton.
— Maintenant, à plat ventre. Et écarte les bras et les jambes. Je veux voir si Monsieur a au moins réussi à t’apprendre à obéir sans qu’il soit derrière toi.
Je regardai le lit, puis Étienne.
Pour la première fois depuis que nous avions quitté le salon, une évidence s’imposa pleinement à moi : Monsieur ne monterait pas. J’étais seul avec Delmas. Et Delmas semblait bien décidé à profiter de cette première fois.
Je m’allongeai comme il me l’avait dicté. Il se déplaça derrière moi. J’entendis ouvrir un rangement, puis ses pas revenir vers le lit. Lorsque je compris ce qu’il préparait, je tournai légèrement la tête.
— Professeur…
— Reste immobile.
Il n’éleva pas la voix. Je me remis face au matelas.
Quelques instants plus tard, mes membres étaient maintenus vers les quatre angles du lit. Je testai presque instinctivement la résistance de l’une des attaches.
— Ne tire pas.
Je cessai.
— Oui, professeur.
Le silence qui suivit fut plus difficile à interpréter que tout ce qui l’avait précédé. J’entendais ses déplacements dans la pièce, un objet posé sur le bureau, le léger frottement d’une chaise sur le plancher. J’attendais qu’il m’explique ce qu’il voulait, mais rien ne venait. Pour la première fois depuis le début de la soirée, je n’avais plus de tâche précise à accomplir. Il ne me demandait ni de répondre à une question, ni d’adopter une nouvelle position, ni de lui montrer quoi que ce soit. Il me laissait simplement attendre.
Je voulus tourner la tête.
— Devant toi.
Je repris ma position.
— Oui, professeur.
Étienne passa sa main sous mon ventre, entre mes deux cuisses écartées. Il saisit mes génitaux, les ramena à l’arrière puis noua mon sexe et mes testicules ensemble avec une fine cordelette. Je sentis ensuite la tension se prolonger jusqu’au barreau du lit, entre mes pieds, dans la position qu’il avait choisie. Il procéda sans précipitation, avec cette précision méthodique qui contrastait étrangement avec la brutalité dont il venait de faire preuve dans l’escalier.
Je tentai instinctivement de bouger.
La tension m’arrêta aussitôt.
— Non, Alex. Tu restes exactement comme je t’ai placé.
Je cessai de lutter.
Étienne contempla un instant la position dans laquelle il m’avait laissé, puis se pencha vers moi.
— Ta nuit va être un cauchemar, Alex. Mais c’est très bien ainsi. Chaque fois que l’inconfort te réveillera, chaque fois que tu chercheras en vain une autre position, tu penseras à moi.
Il marqua une pause.
— Monsieur a eu huit jours pour t’apprendre ce que signifie lui appartenir. Cette nuit, tu vas commencer à comprendre ce que signifie m’obéir.
Il m’écarta les fesses de ses deux mains, dégageant ainsi mon intimité.
Je l’entendis rire mauvais.
— Et puis, si l’envie me prend cette nuit de venir m’occuper de toi, de masser l’intérieur de ton petit cul de salope, au moins je saurai exactement où te trouver et dans quelle position.
Il laissa volontairement la phrase en suspens.
— Tu n’auras même pas à te demander pourquoi je suis monté, petite chienne. Tu attendras simplement de savoir ce que j’ai décidé.
Puis il se redressa, manifestement satisfait de l’inquiétude qu’il venait de laisser derrière lui.
Il repartit enfin, fermant à clé la porte de cette chambre.
— Quelque chose t’intéresse, Alex ?
Je répondis que non.
— Alors cesse de fixer la table.
Je baissai les yeux. Sa réponse ne m’apprenait rien, sinon que mon attente l’amusait peut-être et qu’il n’avait aucune intention de la satisfaire.
Quelques minutes plus tard, il consulta l’heure et m’envoya préparer le dîner. Étienne resterait manger avec nous. J’allais me lever lorsqu’il précisa que je conserverais seulement mon collier. Je faillis sourire intérieurement devant l’inutilité de la précision : je ne portais déjà rien d’autre. Pourtant, en gagnant la cuisine, je compris ce qu’il avait voulu souligner. La cage ne reviendrait pas tout de suite. Je resterais nu, simplement marqué à la gorge par ce cercle de métal qui désignait mieux que n’importe quel vêtement la place que j’occupais désormais dans cette maison.
Je m’efforçai de me concentrer sur la préparation du repas. Cuisiner aurait dû m’offrir un refuge dans la banalité : sortir les ingrédients, laver, éplucher, couper, surveiller une cuisson, dresser les assiettes. Mes mains connaissaient ces gestes et je m’y appliquai d’abord avec soulagement. Mais les voix du salon traversaient le couloir et, peu à peu, je cessai de pouvoir les ignorer. Depuis la fin de mon entretien, la relation entre les deux hommes s’était transformée sous mes yeux. Ou plutôt, je commençais seulement à la voir telle qu’elle était. Le professeur Delmas, si mesuré quelques heures auparavant, était devenu Étienne. Le vouvoiement avait disparu, les phrases se chevauchaient, les souvenirs succédaient aux plaisanteries et chacun pouvait laisser une anecdote inachevée parce que l’autre en connaissait déjà la fin. Ce n’était manifestement pas une relation née dans les couloirs d’une université.
— Trois semaines à Boston et tu réussis quand même à te plaindre du café en rentrant, entendis-je dire Monsieur.
— Trois semaines ? Tu es gentil. Entre Boston, New York et Chicago, j’ai passé plus d’un mois dans des hôtels.
— Pauvre garçon.
— Tu t’es surtout très bien accommodé de mon absence.
Il y eut un silence, puis Monsieur répondit :
— J’avais de quoi m’occuper.
Ils rirent. Je cessai de couper les légumes.
Mon absence.
Je restai quelques secondes le couteau immobile au-dessus de la planche avant de reprendre mon travail. La phrase n’avait en elle-même rien d’extraordinaire. Étienne avait manifestement été aux États-Unis pour un colloque ou une série de conférences ; Monsieur et lui étaient proches, voilà tout. Pourtant quelque chose dans le ton employé me dérangeait.
Un peu plus tard, j’entendis Étienne demander :
— Tu as changé les draps de mon côté au moins ?
Ma main s’arrêta de nouveau. Cette fois, je ne repris pas immédiatement.
Je fixai la planche devant moi.
Mon côté.
Je cherchai presque aussitôt une explication raisonnable. Peut-être dormait-il régulièrement ici lorsqu’il venait travailler avec Monsieur. Peut-être plaisantait-il. Peut-être avais-je mal entendu.
Monsieur éclata de rire.
— Tu plaisantes, j’espère. Tu ne t’imagines tout de même pas qu’Alex a pris ta place dans notre lit.
Je relevai involontairement la tête.
Notre lit.
Deux mots seulement, mais ils suffirent à faire vaciller l’interprétation que j’avais jusque-là donnée à leur familiarité.
— Certainement pas, poursuivit Monsieur. Sa place n’est pas là.
— Me voilà rassuré, répondit Étienne avec amusement.
— À la rigueur, il pourrait dormir au pied du lit si nous décidions de le garder à portée de main pendant la nuit. Cela pourrait avoir son utilité. Mais prendre ta place ? Non.
Étienne rit franchement.
— Je vois que tu as déjà réfléchi à son aménagement.
— J’ai eu huit jours.
— Et manifestement beaucoup d’idées.
Je restai figé devant ma planche à découper. Ils parlaient de moi comme si je n’étais pas à quelques mètres, et pourtant une seule expression occupait désormais mon esprit : notre lit. Tout ce que j’avais observé depuis la fin de l’après-midi se réorganisait autour de ces deux mots. Le tutoiement, les souvenirs, l’aisance d’Étienne dans la maison, cette manière qu’ils avaient de se comprendre sans finir leurs phrases.
Étienne n’était pas seulement un ami proche de Monsieur. Je commençais enfin à comprendre.
Je fixai les légumes devant moi. Peut-être dormait-il parfois ici. Peut-être était-ce une plaisanterie dont j’ignorais le contexte. Je me surpris à repasser mentalement ce que j’avais vu de la maison depuis mon arrivée. Je n’eus pas le temps d’aller plus loin.
— Alex.
Monsieur se tenait dans l’encadrement de la cuisine.
— Oui, Monsieur ?
— Si tu consacrais autant d’attention au dîner qu’à notre conversation, nous mangerions peut-être à l’heure.
— Pardon, Monsieur.
Monsieur s’approcha du plan de travail, vérifia la cuisson et rectifia la disposition d’un plat. Sa main passa brièvement sur mes fesses, presque distraitement, avant qu’il ne s’arrête.
— Écarte davantage les cuisses, Alex.
Je corrigeai aussitôt ma position.
— Comme ça, Monsieur ?
— Oui. Et retiens bien ceci : garde toujours les cuisses écartées. Où que tu sois, seul ou en ma présence. Je ne veux pas avoir à te le rappeler.
Cette précision me troubla davantage que le geste lui-même. Jusqu’ici, j’avais encore tendance à considérer certaines postures comme la réponse immédiate à un ordre : Monsieur les exigeait, je les prenais, puis elles cessaient d’exister lorsque la situation changeait. Il m’expliquait au contraire qu’il attendait désormais de moi une discipline qui se prolongerait en son absence. Même seul dans cette cuisine, je devais continuer à me tenir comme il l’avait décidé.
— Tu as compris ?
— Oui, Monsieur.
— Ce n’est pas une posture que tu prends pour me faire plaisir lorsque je te regarde. C’est désormais une règle.
Je corrigeai encore l’écartement de mes cuisses. Sa main glissa entre mes fesses, son majeur vint se poser sur mon anus qu’il pénétra soudainement. Un gémissement m’échappa, autant sous l’effet de la surprise que de la brutalité soudaine du geste. Je ne l’avais pas vu venir et, pendant une seconde, mon corps réagit avant même que j’aie eu le temps de comprendre ce qui venait de se passer.
— Je veux que cet accès me reste toujours disponible et dégagé, Alex. Tu comprends maintenant pourquoi cette nouvelle règle intervient.
Je demeurai silencieux quelques secondes. Je commençais en effet à en saisir la portée. Il ne s’agissait pas seulement d’une position qu’il m’imposait lorsqu’il me regardait, mais d’une habitude qu’il voulait voir s’installer jusque dans les moments les plus ordinaires.
— Oui, Monsieur.
— Même lorsque tu es seul. Je ne veux pas que ma présence soit nécessaire pour que tu te souviennes de ce que j’attends de toi. Et tu continueras toujours à accomplir le travail ordonné, y compris lorsque je te fouillerai comme présentement.
Cette fois, j’écartai de moi-même davantage les cuisses et repris mon travail.
Monsieur le remarqua.
— Voilà. C’est cela que je veux.
Depuis le salon, la voix d’Étienne s’éleva :
— Ne me dis pas qu’il faut encore lui rappeler comment se tenir, à cette petite chienne.
Je me figeai devant le plan de travail.
Le mot me heurta davantage par celui qui venait de le prononcer que par sa vulgarité. Une heure plus tôt, cet homme m’interrogeait sur Weber, Arendt et les fondements de la légitimité politique avec l’élégance distante d’un professeur dont je connaissais les publications. À présent, installé dans le salon, il parlait de moi avec une crudité presque désinvolte.
Monsieur, me fouillant toujours, ne reprit pas le terme.
— Il apprend. Et il vient de comprendre que cette position n’est plus facultative.
— Il serait temps. Huit jours et il cherche encore à se refermer dès que tu tournes le dos.
Monsieur regarda dans ma direction.
— Tu as entendu, Alex ?
J’écartai aussitôt davantage les cuisses.
— Oui, Monsieur.
— Bien. Continue de préparer le dîner.
Monsieur me tendit son doigt que je dus sucer.
Étienne eut un petit rire.
— Voilà. Quand on lui parle clairement, la petite chienne comprend tout de suite.
Je repris mon couteau sans répondre. Monsieur ne parlait jamais ainsi de moi. Sa domination avait quelque chose de méthodique, presque pédagogique ; même lorsqu’il m’humiliait, il semblait poursuivre un objectif précis. Chez Étienne, je découvrais autre chose : le plaisir manifeste d'employer le mot qui rabaisse, de salir délibérément le langage.
— Alors applique-toi. Étienne est exigeant sur la cuisson, mais pas seulement, tu comprendras vite.
Il repartit vers le salon.
Je demeurai quelques secondes devant le plan de travail, les jambes plus écartées qu’auparavant, puis repris mon couteau.
— Monsieur ?
Il se retourna.
— Quoi ?
— Le professeur Delmas… il était aux États-Unis ?
— Étienne participait à plusieurs colloques. Son déplacement s’est prolongé. Il est parti bien avant ton arrivée et n’est rentré que cet après-midi.
Je restai silencieux. La coïncidence des dates m’intrigua davantage que son voyage.
— Il… habite ici ?
Monsieur me considéra quelques secondes. Je reconnus cette expression légèrement impatiente qu’il prenait lorsque mes questions lui paraissaient moins destinées à comprendre qu’à me rassurer.
— Continue le dîner, Alex.
— Mais…
Son regard suffit.
— Oui, Monsieur.
Il repartit.
Je repris mon couteau, mais les objets autour de moi semblaient avoir changé de sens. Deux peignoirs dans la salle de bains. Des vêtements aperçus dans une armoire qui n’étaient peut-être pas ceux de Monsieur. Certains livres dont je m’étais étonné qu’ils correspondent si peu à ses lectures. Une tasse toujours rangée à part. Des détails insignifiants auxquels je n’avais accordé aucune attention parce que je m’étais installé ici avec une certitude jamais vérifiée : cette maison était celle de Monsieur. Je n’avais jamais envisagé qu’elle pût appartenir également à quelqu’un d’autre.
Lorsque j’apportai le premier plat, je regardai Étienne différemment. Sa veste reposait sur le dossier d’une chaise avec la négligence de quelqu’un qui n’avait aucune raison de demander où la poser. Il savait où trouver les verres, se servait lui-même, se déplaçait dans le salon sans cette légère prudence que conserve toujours un invité, même familier. Monsieur lui demanda s’il voulait un autre whisky.
— Non. Tu sais très bien que je ne bois jamais davantage avant de manger.
— Je vérifiais si l’Amérique t’avait donné de mauvaises habitudes.
— Pas celles-là.
Je posai le plat sur la table, probablement un peu trop lentement.
Étienne leva les yeux vers moi.
— Quelque chose ne va pas, petite chienne ?
Il insistait.
— Non, professeur.
— Tu mens très mal.
Monsieur m’observa à son tour.
— Il vient de comprendre.
Étienne eut un sourire.
— Ah.
Ce simple mot confirma ce que Monsieur avait refusé de m’expliquer dans la cuisine.
— Comprendre quoi ? demandai-je avant de penser à me taire.
Monsieur ne me reprit pas. Il laissa Étienne répondre.
— Que je ne suis pas exactement un invité.
Je restai avec le plat entre les mains jusqu’à ce qu’il me dise de le poser.
— Vous vivez ici ?
— Oui.
— Avec Monsieur ?
— Depuis plusieurs années.
Je regardai successivement les deux hommes. Leur tutoiement, les souvenirs, les plaisanteries, l’aisance d’Étienne dans la maison, la manière dont Monsieur avait accepté sans discussion qu’il me donne des ordres : tout s’ordonnait soudain avec une évidence presque vexante. J’avais cherché des explications compliquées à ce qui se trouvait depuis des heures devant moi.
Étienne était le compagnon de Monsieur.
Et j’habitais chez eux depuis une semaine sans le savoir.
— Pourquoi vous ne me l’avez pas dit ?
Monsieur posa ses couverts.
— Pourquoi aurais-je dû te le dire ?
— Parce que j’habite ici.
— Non Alex. Tu occupes la chambre mansardée et tu respectes les règles que je t’ai fixées. L’absence d’Étienne ne changeait rien à ce qui t’était demandé.
— Mais je croyais que…
— Justement. Tu croyais. Tu continues à compléter ce que tu ignores par ce qui t’arrange.
Étienne eut un rire bref.
— Arrête de prendre cet air surpris, salope. Je savais parfaitement que tu devais arriver ici. Je devais même être là pour voir Monsieur commencer à te dresser.
Le mot me fit relever les yeux.
— Malheureusement pour moi, les États-Unis en ont décidé autrement. Boston d’abord, puis New York, Chicago et quelques universitaires incapables de respecter un calendrier. Pendant que je jouais les professeurs distingués de l’autre côté de l’Atlantique, Monsieur s’occupait donc tout seul de notre nouvelle petite chienne.
Je sentis mon visage s’échauffer.
Étienne s’en aperçut immédiatement.
— Ah, ne rougis pas maintenant. Tu viens de passer la soirée, nu devant moi, avec ton collier autour du cou, tu t’es vidé les couilles face à moi, et c’est un mot qui te gêne ?
Monsieur intervint, beaucoup plus sobrement :
— Étienne devait effectivement être présent dès ton arrivée. Son absence n’a rien changé à ce que j’avais prévu pour toi.
— Si, rectifia Delmas avec un sourire. Ça m’a privé du début.
Il me détailla quelques secondes avant d’ajouter :
— Mais je vois que tu ne m’as pas attendu pour faire des progrès.
Monsieur reprit tranquillement ses couverts.
— Il apprend vite.
— Tant mieux. Je détesterais rentrer chez moi et découvrir qu’après huit jours tu en es encore à lui demander gentiment de se tenir correctement.
Cette fois, ce fut l’expression rentrer chez moi qui éclipsa presque la vulgarité du reste.
Je regardai Étienne, puis Monsieur.
Quelque chose venait encore de se déplacer dans ma compréhension de leur relation.
Je repensai à la manière dont il avait observé les traces encore visibles. Il ne découvrait donc pas au hasard les conséquences d’un épisode inconnu ; il retrouvait sur moi la confirmation de ce dont Monsieur lui avait déjà parlé. Plus encore, je réalisai que pendant cette semaine que j’avais vécue comme un huis clos entre Monsieur et moi, un troisième homme, à plusieurs milliers de kilomètres, avait suivi au moins une partie de mon évolution.
— Tiens-toi droit, écarte toi Alex.
Je m’aperçus que je m’étais appuyé contre une chaise, et resserré mes cuisses. Je me redressai.
— Oui, Monsieur.
Étienne sourit.
— Effectivement, tu as fait du chemin en huit jours. Mais ne va surtout pas t’imaginer que le travail est terminé. Il t’en reste beaucoup à faire avant de comprendre réellement ce qu’on attend de toi… et surtout ce qu’on compte faire de toi.
Il marqua une pause, me laissant avec cette dernière phrase.
— Et je suis à peu près certain qu’à ce stade, tu n’en as toujours pas la moindre idée.
Ce fut moins le ton d’Étienne que ce « on » qui me troubla.
Je regardai Monsieur. Il ne corrigea rien. Il ne demanda pas à Étienne de parler seulement en son nom, ne manifesta même aucune surprise devant cette façon de m’inclure dans un projet qui semblait désormais leur appartenir à tous les deux.
— Ce n’est pas grave, poursuivit Étienne. Tu finiras par comprendre. À force d’obéir, même les petites chiennes les plus cérébrales finissent par cesser de vouloir tout analyser.
Monsieur posa calmement son verre.
— Ne confonds pas les choses, Étienne. Je veux qu’il continue à réfléchir.
— Évidemment. Pour sa thèse.
— Pour tout.
Étienne me considéra avec un amusement presque insolent.
— Encore mieux. Il comprendra parfaitement ce qu’on fait de lui pendant qu’on le fait.
Cette fois, Monsieur ne répondit pas.
Et son silence donna à la phrase d’Étienne beaucoup plus de poids que je ne l’aurais souhaité.
Monsieur interrompit mes pensées.
— Le dîner refroidit.
La conversation était terminée. Je servis les deux hommes puis, par réflexe, attendis près de la troisième assiette que j’avais préparée. Monsieur leva les yeux.
— Pourquoi restes-tu là ?
Étienne me dévisagea avec un sourire incrédule.
— Sérieusement, Alex ? Nu, avec ton collier, après avoir passé la soirée à quatre pattes, tu regardes cette troisième assiette et tu te demandes encore si ta place est à notre table ? Tu es décidément beaucoup plus long à dresser que ne le prétend Monsieur. Tu pensais manger avec nous ?
Je compris mon erreur.
— Non, Professeur
Étienne me considéra avec un sourire mauvais.
— Tu sais où mangent les chiennes de ton espèce, Alex ? Certainement pas à notre table. Mais au sol, dans une gamelle. Et puisque tu sembles encore avoir besoin qu’on t’explique les choses : sans l’usage des mains.
Je restai interdit devant la troisième assiette que j’avais naïvement préparée.
— Alors range-moi ça et va chercher ce qu’il te faut. À quatre pattes. On va voir si tu es capable de prendre un repas sans qu’on ait à corriger chacune de tes manières.
Je regardai Monsieur. Il se contenta de reprendre ses couverts.
— Tu as entendu Étienne.
— Oui, Monsieur.
Je m'arrêtai.
Il désigna un placard bas.
— La gamelle.
Je connaissais l’objet pour l’avoir aperçu sans jamais imaginer qu’il m’était destiné. Je transvasai mon repas dedans et revins.
— Pose-la là.
Je la déposai sur le sol près de la table.
— À quatre pattes.
Je descendis.
— Mange maintenant.
Je regardai la gamelle, puis lui.
— Monsieur…
— Quoi ?
Je n’avais aucune objection que je puisse formuler sans revenir précisément sur tout ce qu’il venait de m’enseigner.
— Rien, Monsieur.
— Alors mange.
Je me penchai. La difficulté apparut dès les premières bouchées. Il ne suffisait pas de manger sans utiliser mes mains ; Monsieur exigeait que je le fasse silencieusement et Étienne ajouta bientôt que je devais rester propre. Ces consignes, simples lorsqu’elles étaient énoncées séparément, devenaient beaucoup moins faciles à respecter ensemble. Plus je cherchais à contrôler mes mouvements, plus ils perdaient leur naturel. Un bruit léger me valut un « Sans bruit, sale chienne » de Delmas. Un peu de nourriture tomba à côté de la gamelle et Étienne intervint aussitôt : « Proprement. » Lorsque ma main partit instinctivement pour réparer ma maladresse, sa voix la rappela à l’ordre avant même que mes doigts atteignent le sol. Je la retirai et poursuivis.
Le plus humiliant était peut-être qu’ils ne faisaient pas de ce spectacle le centre du dîner. Ils mangeaient, parlaient des États-Unis, de l’université, de connaissances communes, tandis que j’essayais au-dessous d’eux de satisfaire leurs exigences. Une claque tombait sur mon fessier lorsqu’elle était nécessaire, ou pas d’ailleurs, puis leur conversation reprenait. Je n’étais pas ignoré ; j’étais intégré à la soirée autrement, comme une présence dont on surveillait le comportement sans qu’elle mérite de suspendre l’échange. Lorsque je relevai la tête un instant, Monsieur me demanda pourquoi je m’arrêtais.
—Termine.
Je repris immédiatement. Étienne m’observa encore un moment.
— Il faudra lui apprendre à manger plus proprement.
— Ça viendra, répondit Monsieur.
Je continuai, mais la phrase resta en moi. Une heure auparavant, ce futur m’aurait paru inquiétant. Il prenait désormais un sens beaucoup plus précis. Étienne n’évoquait pas une prochaine visite. Il parlait de la vie quotidienne dans une maison qui était aussi la sienne.
Lorsque j’eus terminé, Delmas regarda la gamelle.
— tu dois avoir soif la chienne. Prends ta gamelle entre les dents et tend-là moi ainsi. Il sortit son sexe et urina dedans.
Je fus pris de dégout et pourtant j’ingurgitai sans un mot. Puis un nouvel ordre tomba.
— débarrasse maintenant.
Je commençai à me relever.
— Je ne t’ai pas dit de te mettre debout.
Je repris aussitôt la position imposée et transportai comme je pus la vaisselle jusqu’à la cuisine. Plusieurs voyages furent nécessaires. Lorsque je revins pour la dernière fois, Étienne fit remarquer que Monsieur ne me facilitait pas la tâche.
— Ce n’est pas le but, répondit-il.
Rien de plus.
Quand tout fut rangé, je revins dans le salon et retrouvai la cage exactement où elle était auparavant. Cette fois encore mon regard s’y arrêta. Étienne le remarqua.
— Tu sembles très préoccupé par cet objet.
Je baissai les yeux.
Monsieur sourit.
— Il attend que je la lui remette.
— Et tu ne le fais pas ?
— Non.
— Pourquoi ?
Monsieur prit tranquillement son verre.
— Parce que la soirée n’est pas terminée.
Je compris que cette fois il ne m’en dirait pas davantage.
Étienne acheva son verre, le posa et se leva.
— Viens, Alex.
Je tournai spontanément la tête vers Monsieur.
— Tu as entendu.
— Oui, Monsieur.
Je me relevai.
— Non salope, à quatre pattes me dit Delmas
Je suivis Étienne ainsi vers l’escalier. Ce ne fut qu’après quelques marches que je compris que Monsieur restait au salon. Je ralentis. Jusqu’alors, même lorsque son compagnon m’avait donné des ordres ou s’était permis avec moi une familiarité qui m’avait déstabilisé, Monsieur avait toujours été présent. Je pouvais désapprouver intérieurement, avoir peur, chercher ses limites ; son regard demeurait mon point de référence. Cette fois, il me laissait partir avec Étienne.
— La chienne.
Je relevai la tête, comme si ce mot m’était devenu familier.
— Oui, professeur ?
— Passe devant dans l’escalier.
Alors que je montai, toujours dans la posture requise, il attrapa mes testicules bien exposés à sa vue. Ce geste me stoppa. Il les palpa, les étira, les comprima.
— qui t’a dit de t’arrêter bâtard !
Je ne pouvais plus avancer. La douleur me coupa net et me fit suffoquer ; je restai la bouche grande ouverte, incapable pendant quelques secondes de reprendre une respiration normale, cherchant désespérément un peu d’air tandis que mon corps refusait d’obéir au mouvement que j’essayais encore de lui imposer.
Etienne me regarda lutter sans manifester la moindre compassion.
— Tu ne mérites pas d’avoir ces couilles entre tes cuisses, bâtard. Elles ne te serviront désormais qu’à une chose : te faire souffrir.
La phrase tomba avec une froideur qui contrastait presque davantage avec sa vulgarité habituelle. Je compris qu’il ne cherchait ni à m’encourager ni à m’aider à dépasser la douleur. Il voulait seulement que je sache qu’à ses yeux elle ne constituait pas une raison suffisante pour que l’ordre cesse.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Et plus tu lutteras, plus tu auras mal. Alors ravale-moi cette plainte et avance.
Je restai la bouche ouverte, cherchant encore mon souffle.
— J’ai dit : avance.
Lorsque j’atteignis enfin la chambre mansardée, Étienne relâcha l’étau. Le soulagement fut si immédiat que mes jambes faillirent céder. Je restai courbé quelques secondes, reprenant difficilement mon souffle, encore incapable de croire que la douleur venait réellement de s’interrompre.
Étienne, lui, semblait parfaitement indifférent à mon état.
— Redresse-toi. Je ne t’ai pas amené jusqu’ici pour te regarder récupérer.
Je fis l’effort de me tenir droit.
Il me considéra un instant, puis eut ce sourire que je commençais déjà à redouter.
— Tu vois, petite chienne, tu pouvais avancer. Toute cette comédie pour quelques mètres, et te voilà pourtant arrivé.
Je ne répondis pas.
— Regarde-moi quand je te parle.
Je relevai les yeux.
— Il va falloir que tu comprennes très vite une chose avec moi, Alex : ta douleur ne m’impressionne pas, tes plaintes ne m’attendrissent pas et tes difficultés ne changent pas mes ordres. Si je te dis d’avancer, tu avances. Si je te dis de rester, tu restes. Tu pourras souffler quand je déciderai que tu peux souffler.
Il désigna alors le lit d’un mouvement du menton.
— Maintenant, à plat ventre. Et écarte les bras et les jambes. Je veux voir si Monsieur a au moins réussi à t’apprendre à obéir sans qu’il soit derrière toi.
Je regardai le lit, puis Étienne.
Pour la première fois depuis que nous avions quitté le salon, une évidence s’imposa pleinement à moi : Monsieur ne monterait pas. J’étais seul avec Delmas. Et Delmas semblait bien décidé à profiter de cette première fois.
Je m’allongeai comme il me l’avait dicté. Il se déplaça derrière moi. J’entendis ouvrir un rangement, puis ses pas revenir vers le lit. Lorsque je compris ce qu’il préparait, je tournai légèrement la tête.
— Professeur…
— Reste immobile.
Il n’éleva pas la voix. Je me remis face au matelas.
Quelques instants plus tard, mes membres étaient maintenus vers les quatre angles du lit. Je testai presque instinctivement la résistance de l’une des attaches.
— Ne tire pas.
Je cessai.
— Oui, professeur.
Le silence qui suivit fut plus difficile à interpréter que tout ce qui l’avait précédé. J’entendais ses déplacements dans la pièce, un objet posé sur le bureau, le léger frottement d’une chaise sur le plancher. J’attendais qu’il m’explique ce qu’il voulait, mais rien ne venait. Pour la première fois depuis le début de la soirée, je n’avais plus de tâche précise à accomplir. Il ne me demandait ni de répondre à une question, ni d’adopter une nouvelle position, ni de lui montrer quoi que ce soit. Il me laissait simplement attendre.
Je voulus tourner la tête.
— Devant toi.
Je repris ma position.
— Oui, professeur.
Étienne passa sa main sous mon ventre, entre mes deux cuisses écartées. Il saisit mes génitaux, les ramena à l’arrière puis noua mon sexe et mes testicules ensemble avec une fine cordelette. Je sentis ensuite la tension se prolonger jusqu’au barreau du lit, entre mes pieds, dans la position qu’il avait choisie. Il procéda sans précipitation, avec cette précision méthodique qui contrastait étrangement avec la brutalité dont il venait de faire preuve dans l’escalier.
Je tentai instinctivement de bouger.
La tension m’arrêta aussitôt.
— Non, Alex. Tu restes exactement comme je t’ai placé.
Je cessai de lutter.
Étienne contempla un instant la position dans laquelle il m’avait laissé, puis se pencha vers moi.
— Ta nuit va être un cauchemar, Alex. Mais c’est très bien ainsi. Chaque fois que l’inconfort te réveillera, chaque fois que tu chercheras en vain une autre position, tu penseras à moi.
Il marqua une pause.
— Monsieur a eu huit jours pour t’apprendre ce que signifie lui appartenir. Cette nuit, tu vas commencer à comprendre ce que signifie m’obéir.
Il m’écarta les fesses de ses deux mains, dégageant ainsi mon intimité.
Je l’entendis rire mauvais.
— Et puis, si l’envie me prend cette nuit de venir m’occuper de toi, de masser l’intérieur de ton petit cul de salope, au moins je saurai exactement où te trouver et dans quelle position.
Il laissa volontairement la phrase en suspens.
— Tu n’auras même pas à te demander pourquoi je suis monté, petite chienne. Tu attendras simplement de savoir ce que j’ai décidé.
Puis il se redressa, manifestement satisfait de l’inquiétude qu’il venait de laisser derrière lui.
Il repartit enfin, fermant à clé la porte de cette chambre.
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