Le goût de l'effondrement - chapitre 19

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 26-09-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Delmas referma finalement mon mémoire et le posa sur la table basse. Je crus que l’entretien était terminé. La tension qui me tenait depuis son arrivée se relâcha légèrement ; je l’imaginai déjà reprendre sa veste, échanger quelques mots avec Monsieur puis partir. J’aurais enfin le temps de regagner la chambre mansardée et de comprendre ce que je venais de vivre.

Je me trompais.

Monsieur consulta l’heure.

— Alex, sers-nous l’apéritif. Whisky pour Étienne, sans glace. Pour moi, comme d’habitude.

Étienne. Le prénom me frappa. Jusqu’alors, malgré tout ce qui s’était produit, j’avais continué à penser « professeur Delmas ». Monsieur venait, en deux syllabes, de faire tomber une distance que j’avais crue réelle. Je préparai les verres, les servis puis attendis.

— Reste avec nous. À quatre pattes, près de la table.

Je m’installai sur le tapis.

— Il apprend vite, dit Delmas.

— Quand il comprend qu’une règle n’est pas négociable, oui.

Monsieur fit lentement tourner son verre entre ses doigts.

— N’est-ce pas, Alex ?

— Oui, Monsieur.

— Raconte à Étienne ce qui s’est passé dans ton ancien appartement.

Je me figeai. Il n’avait pas besoin de préciser davantage. Je revis immédiatement la chambre, le cadre entre mes mains, la photographie de ma mère.

— Monsieur…

— Je t’ai demandé de raconter.

Je sentis le regard de Delmas se poser sur moi.

— J’ai refusé un ordre de Monsieur.

— C’est un peu court, dit-il.

Je déglutis.

— J’avais retrouvé une photographie de ma mère. Monsieur m’a demandé de la lui donner et… j’ai refusé.

— Une fois ?

Je fermai les yeux une seconde.

— Non, professeur.

— Combien ?

— Deux fois.

— En sachant parfaitement que tu avais compris mon ordre ?

— Oui, Monsieur.

Delmas ne disait plus rien. Son silence rendait la scène plus pénible encore.

Monsieur poursuivit :

— Et ensuite ?

J’aurais voulu qu’il raconte lui-même. Il connaissait évidemment chaque détail. Mais je compris que ce n’était pas le récit qui l’intéressait. C’était de m’obliger à le prononcer devant le professeur Delmas.

— Vous m’avez puni.

— Comment ?

Ma gorge se serra.

— Avec une baguette.

— Où l’avais-je trouvée ?

— Chez moi.

Monsieur me corrigea immédiatement :

— Dans ton ancien appartement.

Je baissai davantage la tête.

— Dans mon ancien appartement, Monsieur.

Un silence.

— Continue.

— Vous m’avez ordonné de me mettre à genoux. Puis vous m’avez expliqué que je n’étais pas puni parce que je voulais garder la photographie de ma mère, mais parce que j’avais compris votre ordre et que j’avais malgré tout décidé de ne pas obéir.

Ma voix était devenue plus basse.

— Et ?

Je savais ce qu’il attendait.

— Vous m’avez flagellé avec la baguette, Monsieur.

Delmas posa tranquillement son verre sur la table.

Je sentis alors l’un de ses doigts se poser sur la peau de mon fessier et suivre lentement une ligne encore visible.

Je me raidis.

— Ce sont encore les marques que je vois ici ?

Je ne répondis pas. La question me parut terriblement indiscrète, moins par ce qu’elle révélait que par le naturel avec lequel Étienne venait de relier mon récit à ce qu’il observait lui-même.

Monsieur répondit à ma place.

— Oui. Elles n’ont pas encore complètement disparu.

Étienne examina un instant les traces, sans commentaire. Son doigt en suivit une autre, comme s’il vérifiait simplement la concordance entre ce que je venais de raconter et ce qu’il avait sous les yeux.

— Elles remontent à huit jours. Répondis-je

Delmas resta silencieux quelques secondes.

— Elles sont encore bien visibles.

Étienne observa les traces quelques secondes avant de tourner la tête vers Monsieur.

— Tu n’y es pas allé de main morte.

Monsieur ne manifesta aucun embarras.

— Ce n’était pas le moment d’être indulgent. Il venait de me dire non deux fois en pleine connaissance de cause. Il fallait qu’il comprenne immédiatement la différence entre hésiter et refuser délibérément d’obéir.

— Manifestement, il a compris.

— Je pense.

Ils parlèrent encore quelques secondes de la punition avec une simplicité qui me mettait profondément mal à l’aise. J’étais là, à moins d’un mètre d’eux, et pourtant ils semblaient discuter d’une méthode dont j’aurais été le résultat plutôt que la personne qui l’avait subie.

Étienne Delmas reprit son verre.

— Et c’est normal, Alex.

Je relevai légèrement la tête.

— Qu’est-ce qui est normal, professeur ?

— D’être corrigé lorsqu’on se dit soumis et qu’on refuse pourtant d’obéir. Un refus, un manquement, une approximation volontaire, une consigne négligée… Peu importe la forme. On ne peut pas réclamer une discipline et décider qu’elle cesse de s’appliquer précisément lorsqu’elle devient inconfortable.

Je ne répondis pas.

— Et il en sera ainsi avec moi lorsque tu travailleras sous ma direction.

Mon corps réagit avant ma pensée. Mes bras se tendirent brusquement, mes paumes s’écrasèrent contre le tapis. Une contraction sèche me saisit au ventre et remonta jusque sous mes côtes. Pendant une seconde, j’eus l’impression que je n’arrivais plus à inspirer complètement.

— Avec vous ?

— Oui, tu as bien entendu, avec moi.

Je tournai immédiatement la tête vers Monsieur. Le mouvement fut si rapide que je sentis une tension dans ma nuque. Mais ce fut sa réaction qui acheva de me troubler.

Il n’en eut aucune.

Pas un froncement de sourcils. Pas une question. Il porta simplement son verre à ses lèvres. Mon cœur accéléra.

Ils en avaient parlé.

Cette conviction s’imposa avec une violence presque physique. Une chaleur brutale me monta au visage tandis qu’au contraire mon dos se couvrait d’un frisson froid. J’avalai difficilement. Ma langue semblait coller à mon palais.

— Je… Je ne comprends pas, professeur.

— Qu’est-ce que tu ne comprends pas ?

Je voulus répondre immédiatement, mais ma respiration était devenue trop courte. Je pris une inspiration par le nez et tentai de la ralentir.

— La thèse… ce serait à l’université.

— Évidemment.

— Alors je ne vois pas ce que…

Ma voix s’étrangla légèrement.

— Ce que ta soumission viendrait y faire ? acheva-t-il.

Le mot me traversa comme une décharge.

Je sentis mes épaules se contracter et, presque malgré moi, mes genoux se rapprochèrent de quelques centimètres. C’était dérisoire, un réflexe de protection plus qu’un mouvement véritable.

La voix de Monsieur tomba aussitôt :

— Reste correctement.

Je remis mes jambes dans la position qu’il exigeait.

— Oui, Monsieur.

Le mouvement me donna soudain une conscience aiguë de ma nudité. Quelques minutes auparavant, j’étais parvenu à presque l’oublier en les écoutant parler. À présent je sentais l’air sur ma peau, la pression du tapis sous mes genoux et mes paumes, la fatigue qui commençait à gagner mes bras. Tout mon corps me semblait trop présent.

Étienne poursuivit :

— Pourtant tu ne sembles pas avoir beaucoup de difficultés à comprendre que la discipline de Monsieur améliore ton travail. Tu travailles davantage. Tu te disperses moins. Tu produis mieux. Ton directeur actuel lui-même a remarqué ton évolution.

Mon estomac se noua davantage.

— Il sait ?

La question m’échappa. Monsieur posa son verre.

— Alex.

Je baissai aussitôt la tête.

— Pardon, Monsieur.

Je fixai le tapis entre mes mains. Les motifs semblaient légèrement trembler avant que je comprenne que ce n’était pas eux : mes bras tremblaient. Très peu, mais suffisamment pour que je le sente. Je déplaçai légèrement mon poids afin de le dissimuler.

Mon cœur battait jusque dans ma gorge. Je ne savais plus qui savait quoi.

Étienne connaissait la punition. Il connaissait mes règles. Il connaissait Monsieur depuis manifestement bien plus longtemps que je ne l’avais imaginé. Mon directeur de mémoire lui avait parlé de moi. Et maintenant cet homme m’annonçait tranquillement que ce que je croyais enfermé entre les murs de cette maison pourrait me suivre jusque dans mon avenir universitaire.

— Un chapitre rendu en retard, reprit Étienne, une lecture bâclée, une démonstration approximative alors que tu es capable de mieux, une consigne que tu auras choisi de négliger… je serai exigeant.

J’humectai mes lèvres avant de réussir à parler.

— Comme n’importe quel directeur de thèse.

— Non.

Mes doigts s’enfoncèrent dans le tapis. Étienne laissa passer quelques secondes.

— Pas comme n’importe quel directeur de thèse. Parce que n’importe quel directeur de thèse ne saurait pas ce que je sais de toi.

Une nouvelle contraction me saisit au ventre. Je regardai Monsieur. Encore. Je savais pourtant qu’il venait de me reprocher précisément ce réflexe. Mais je ne parvins pas à m’en empêcher. J’avais besoin de trouver sur son visage quelque chose qui réduirait la portée des paroles d’Étienne : une réserve, une limite, même un simple désaccord.

Il intercepta mon regard.

— Ne cherche pas auprès de moi une contradiction à ce qu’Étienne vient de te dire.

Je restai figé. Ma bouche s’entrouvrit, mais aucun son n’en sortit.

— Monsieur…

— Tu as entendu.

Je baissai la tête.

— Oui, Monsieur.

Cette fois ma voix trembla franchement. Étienne le remarqua.

— Ça te fait peur ?

Je sentis mon cœur accélérer encore. J’aurais voulu répondre non, presque par réflexe. Mes mains, elles, me trahissaient déjà. Je dus contracter les doigts pour empêcher leur tremblement de devenir visible.

— Réponds franchement, ordonna Monsieur.

J’inspirai. L’air entra trop vite et je dus m’y reprendre.

— Oui, professeur.

— Quoi exactement ?

Je ne savais pas comment l’expliquer. Mon corps semblait le savoir mieux que moi : ma mâchoire était crispée, ma nuque douloureuse, mon ventre noué. Mes cuisses se contractaient par intermittence comme si elles se préparaient à me relever alors que je savais parfaitement que je n’en avais pas l’autorisation.

— Je pensais que ce serait différent.

— Quoi ?

— Avec vous.

Étienne attendit. Je dus avaler avant de poursuivre.

— Je pensais que… si je faisais cette thèse, vous seriez mon directeur de recherche. Rien d’autre.

Le silence me devint presque insupportable.

— Et maintenant ? demanda-t-il.

Je ne répondis pas. Je regardai mes mains. Mes bras commençaient à me faire mal, mais je n’osais plus changer mon poids d’un appui sur l’autre. Une goutte de sueur descendit lentement le long de ma tempe. Je la laissai courir sans bouger.

Je m’étais soumis à Monsieur.

À lui. J’avais cru que cette décision, aussi radicale fût-elle, dessinait malgré tout une frontière autour de ma nouvelle existence. À présent, à quatre pattes entre les deux hommes, le souffle encore trop court et les mains légèrement tremblantes, je comprenais que Monsieur pouvait ouvrir cette frontière à quelqu’un d’autre.

Il me le confirma d’ailleurs.

— Tu commences tout juste à comprendre ce que signifie réellement ta soumission, Alex.

Je relevai les yeux vers lui. Monsieur posa tranquillement son verre.

— Jusqu’à présent, tu continues à vouloir en dessiner toi-même les contours. Ici, mais pas ailleurs. Avec moi, mais pas avec un autre. Pour certaines choses, mais pas pour celles que tu n’avais pas prévues. Tu cherches encore des frontières qui te permettraient de te dire que tu conserves, quelque part, la maîtrise de ce que tu m’as pourtant demandé de prendre en charge.

Chaque phrase semblait refermer un peu plus l’espace autour de moi.

— Je te veux docile et obéissant jusqu’au bout des ongles. Pas seulement lorsque cela t’est facile. Pas seulement lorsque nous sommes seuls. Et certainement pas uniquement lorsque ce que je décide correspond à ce que tu avais imaginé.

Je sentis mon cœur accélérer.

Monsieur désigna légèrement Étienne du regard.

— Tu te soumettras au professeur comme tu te soumets à moi lorsque je te demanderai de le faire. Et il pourra en être de même avec ceux à qui je déciderai d’accorder une autorité sur toi.

Mon ventre se contracta violemment.

— Monsieur…

— Tais-toi. Écoute jusqu’au bout.

Je baissai immédiatement la tête.

— Oui, Monsieur.

— Tu persistes à considérer cela comme quelque chose qu’on t’enlèverait. Je pense exactement l’inverse. Cette docilité était en toi bien avant que tu franchisses ma porte. Tu l’as combattue, dissimulée, probablement même méprisée. Et elle te rongeait précisément parce que tu refusais de lui donner une place.

Je ne bougeais plus. Il parlait avec une assurance qui me bouleversait parce qu’une partie de moi voulait la rejeter tandis qu’une autre reconnaissait quelque chose dans ses paroles.

— Alors cesse d’en avoir honte. Laisse enfin s’exprimer ce besoin que tu as passé tant d’années à contenir. Abandonne-toi.

Un silence.

Puis, plus lentement :

— Librement. Consciemment. Totalement.

Le premier mot me heurta.

Librement.

Je relevai les yeux.

Monsieur soutint mon regard.

— Et tu obéiras, toujours, Alex. En tout temps. En tout lieu.

Je sentis mon souffle se bloquer.

— Ici comme ailleurs. Lorsque nous serons seuls comme lorsque d’autres seront présents. À la maison, à l’université, en voyage, dans un lieu où personne ne saura ce que tu es pour moi. La distance ne suspendra pas mes règles. Le regard des autres non plus.

Je demeurai immobile.

— Et lorsque je déciderai qu’un autre doit être obéi, tu ne chercheras pas à savoir si son autorité te convient. Tu sauras qu’elle vient de moi. Cela devra te suffire.

Mon regard glissa malgré moi vers Étienne. Il ne souriait plus. Il m’observait avec une attention silencieuse qui rendait les paroles de Monsieur plus concrètes encore.

— Tu comprends maintenant pourquoi je ne veux pas que tu deviennes incapable de choisir ? reprit Monsieur. Je veux exactement le contraire. Que tu restes lucide. Que tu saches parfaitement où tu es, ce qu’on te demande et ce que tu ressens. Et qu’au milieu de tout cela, une chose demeure constante.

Il se pencha légèrement vers moi.

— Ton obéissance.

Je sentis mes doigts se contracter contre le tapis.

— Toujours, répéta-t-il. En tout temps. En tout lieu. Ce ne sont pas les circonstances qui détermineront si tu obéis. Ce n’est pas ta peur. Ce n’est pas ton embarras. Ce n’est même pas ton envie du moment.

Sa voix s’abaissa.

— Tu obéiras parce que tu auras choisi de t’abandonner entièrement à cette règle et à mes ordres.

Je ne répondis pas immédiatement. Ce qu’il venait de définir me paraissait immense. Jusqu’alors, malgré toutes les restrictions qu’il m’avait imposées, j’avais continué à imaginer des espaces où je redevenais simplement Alex : l’université, mon mémoire, certaines relations, quelques heures loin de cette maison.

Monsieur venait de les abolir en quelques phrases. Et la présence d’Étienne donnait soudain à cette règle une dimension que je n’avais jamais envisagée.

— Réponds, Alex.

Ma bouche était sèche.

— Oui, Monsieur.

— Qu’est-ce que tu as compris ?

Je pris une inspiration.

— Que… l’endroit où je me trouve ne changera rien.

— À quoi ?

Je baissai les yeux.

— À mon obéissance, Monsieur.

Monsieur me regarda encore quelques secondes.

— Tu vas maintenant nous prouver que tu as compris. Nous montrer ce qu’est réellement ton obéissance.

Mon ventre se contracta.

— Lève-toi. Approche-toi de moi.

Je me relevai. Mes jambes, engourdies par le temps passé à quatre pattes, répondirent mal pendant les premiers pas. Je m’arrêtai devant Monsieur.

Il glissa la main dans sa poche. Lorsque j’entendis le petit bruit métallique, je reconnus immédiatement les clés. Celles de ma cage. Je tournai instinctivement les yeux vers Étienne.

— Regarde-moi, ordonna Monsieur.

Je revins aussitôt à lui.

— Oui, Monsieur.

Il retira la cage avec le calme méthodique qu’il mettait dans tous les gestes dont il avait décidé qu’ils ne nécessitaient aucune explication. Pourtant, cette fois, la présence d’Étienne en changeait entièrement la signification.

Je sentis mon visage s’embraser.

Depuis plus d’une semaine, la cage était devenue l’un des signes permanents de son autorité, quelque chose que je portais jusque dans les couloirs de l’université sans que personne puisse le deviner. Monsieur seul en possédait les clés.

Et voilà qu’il venait de me l’enlever devant Étienne.

— Monsieur…

— Silence.

Je me tus.

Il rangea tranquillement la cage et les clés sur la table basse. Étienne les regarda, puis leva les yeux vers moi. Aucun des deux hommes ne semblait pressé.

Moi, je l’étais soudain terriblement.

J’aurais voulu savoir ce qui allait suivre. C’était presque un besoin physique. Mon cœur accélérait, mes jambes demeuraient légèrement tremblantes et je sentais revenir cette sécheresse dans ma bouche qui m’avait déjà trahi pendant l’entretien.

Monsieur posa finalement les mains sur les accoudoirs de son fauteuil.

— Tu voulais savoir ce que signifiait obéir en tout temps et en tout lieu.

Je ne répondis pas.

— Tu vas le comprendre autrement qu’avec des mots.

Un silence.

Je sentais Étienne derrière moi. Pour la première fois depuis le début de la soirée, la présence du professeur me parut presque matérielle. Je n’avais même pas besoin de le regarder pour savoir qu’il observait.

— Et souviens-toi de ce que je viens de te dire, Alex.

Monsieur attendit que je relève les yeux.

— Tu restes lucide. Tu comprends. Tu pourrais vouloir autre chose.

Sa voix demeura parfaitement calme.

— Et malgré cela, lorsque je te donnerai mon prochain ordre, tu obéiras.

Je déglutis.

— Oui, Monsieur.

— Bien.

Il se tourna alors vers Étienne. Le regard qu’ils échangèrent fut bref. Mais il suffit à faire revenir toute ma peur. Car, soudain, je ne savais plus lequel des deux allait donner cet ordre.

Et ce fut Étienne.

Il ne consulta pas Monsieur. Il ne lui demanda pas davantage la permission. Il posa simplement son verre et me regarda.

— Va t’asseoir là-bas, Alex.

Il désigna le mur opposé.

Je ne bougeai pas immédiatement.

Ce n’était pas le contenu de l’ordre qui me paralysait, mais celui qui venait de le donner. Pendant une fraction de seconde, mon regard chercha Monsieur.

— Tu as entendu le professeur, dit-il.

Cette phrase suffit.

Je traversai lentement le salon.

— À même le sol, précisa Étienne. Le dos contre le mur.

Je m’assis. Le contact froid du mur contre mes épaules me fit frissonner.

— Écarte les jambes.

Mon mouvement s’interrompit. La cage n’était plus là. Cette seule pensée transforma un ordre de posture en quelque chose de beaucoup plus difficile à exécuter. Je ressentis aussitôt le besoin presque instinctif de me protéger du regard des deux hommes.

Étienne attendait. Monsieur aussi. Je finis par obéir.

— Davantage, dit Étienne.

Je fermai les yeux une seconde avant d’écarter encore les jambes.

— Regarde-nous.

Je relevai la tête. Ils étaient assis côte à côte de l’autre côté de la pièce. Cette disposition nouvelle me troubla profondément. Quelques minutes auparavant, j’étais à leurs pieds ; maintenant ils m’avaient placé face à eux, suffisamment loin pour pouvoir m’observer tout entier.

Je sentis la chaleur envahir mon visage.

Étienne se tourna vers Monsieur.

— Tu avais raison.

— Sur quoi ?

— Il comprend très vite lorsqu’on cesse de lui laisser croire qu’il y a matière à discuter.

Ils échangèrent un sourire. Je restai contre le mur. Mon cœur battait trop vite. J’avais conscience de la moindre tension dans mes jambes, de mes mains que je ne savais plus où poser, de mon dos que je maintenais droit uniquement parce qu’Étienne venait de l’exiger.

Étienne me regarda longuement.

— Maintenant, tu vas vidanger tes couilles devant nous, Alex.

Je cessai presque de respirer.

Il poursuivit aussitôt, d’un ton parfaitement calme :

— Et ne donne pas à cela une importance que ça n’a pas. C’est un acte d’hygiène, rien d’autre. Une nécessité du corps dont tu vas simplement t’acquitter parce que je te le demande.

Je sentis mon visage s’embraser.

— Je ne veux entendre aucun gémissement, poursuivit-il. Ni aucune expression de plaisir sur ton visage. Tu restes silencieux et tu nous regardes.

Je demeurai immobile contre le mur.

La manière dont il venait de réduire ce moment à une simple formalité me troublait presque davantage que l’ordre lui-même. Il m’interdisait jusqu’à la possibilité de lui donner une signification intime.

— Tu as compris ?

Ma bouche était sèche.

— Oui, professeur.

— Alors fais simplement ce qui t’est demandé.

Je regardai les deux hommes. Monsieur ne disait rien. Son silence confirmait l’autorité qu’il venait d’accorder à Étienne. Et je compris soudain la logique de l’exercice : il ne m’était pas demandé de rechercher quoi que ce soit pour moi-même. Il m’était demandé d’exécuter, de rester maître de mon visage et de mon silence, puis d’attendre la suite.

Un acte d’hygiène. Rien d’autre.

Cette froideur même rendait l’ordre profondément humiliant.

Les premières secondes furent les plus difficiles. J’empoignai mon sexe encore flasque.

Je ne savais plus où poser mon attention. Sur Étienne ? Sur Monsieur ? Sur ma respiration ? Je pris conscience que je respirais trop vite et m’obligeai à ralentir, à réduire aussi la cadence et le rythme de cette masturbation imposée. Seul un simple aller-retour avait suffi, mon sexe était raide, dur et déjà une goutte translucide s’échappait de mon gland décalotté.

Surtout, ne rien laisser paraître.

Je gardais les yeux levés vers eux comme Étienne l’avait exigé. C’était cela qui rendait l’épreuve presque insupportable. J’aurais voulu fermer les paupières, détourner la tête, créer autour de moi quelques centimètres d’intimité. Je n’en avais pas le droit. Chaque fois que mon regard menaçait de fuir, je le ramenais vers les deux hommes.

La honte me submergeait par vagues. Mon visage était brûlant. J’avais l’impression absurde que cette chaleur suffisait à révéler tout ce que je cherchais précisément à dissimuler. Je contractais parfois la mâchoire, puis me rappelais qu’Étienne surveillait aussi cela. Il avait demandé un visage neutre. Pas un masque crispé.

Alors je relâchais les muscles.

Respirer. Regarder. Ne rien montrer.

Le plus troublant fut de sentir que mon corps, lui, n’obéissait pas à cette volonté d’indifférence. Des sensations de plaisir existaient malgré la honte, malgré la peur, malgré mon désir presque désespéré de réduire ce moment à « un acte d’hygiène », comme Étienne venait de l’ordonner. Je ne pouvais pas empêcher ces sensations d’exister. Je pouvais seulement empêcher qu’elles deviennent visibles.

Cette contradiction me bouleversa. Je ressentais, mais je devais paraître ne rien ressentir.

À mesure que l’intensité augmentait, ma respiration menaça plusieurs fois de m’échapper. Je la retins, la repris, l’allongeai volontairement. Une fois, mes paupières se fermèrent presque.

— Les yeux, Alex.

La voix d’Étienne.

Je les rouvris immédiatement.

— Sur nous.

Je lui obéis.

Ce fut probablement le moment où ma honte atteignit son paroxysme. Étienne savait exactement ce qu’il m’en coûtait de soutenir son regard. Monsieur aussi. Et tous deux restaient tranquillement assis devant moi, spectateurs silencieux de l’effort que je fournissais pour satisfaire l’ordre jusque dans les détails.

Je sentis monter en moi l’envie presque irrépressible de détourner le visage. Je ne le fis pas.

Ma respiration devint plus profonde. Je comptai mentalement les expirations. Une. Deux. Trois. Je m’accrochai à ce décompte dérisoire pour conserver cette apparence de calme qu’on exigeait de moi.

Puis vint l’instant le plus difficile.

Je dus mobiliser toute mon attention pour ne pas fermer les yeux, ne pas laisser échapper un son, ne pas abandonner mon visage aux sensations qui le traversaient. Je regardai Étienne. Puis Monsieur. Je ne savais même plus lequel des deux me mettait le plus mal à l’aise.

Et je tins. Mon ventre se contracta, j’éjaculai en plusieurs jets successifs, sans le moindre gémissement, sans faire paraitre ce moment d’extase sur mon visage.

Après, il y eut quelques secondes d’un silence presque irréel.

Mon cœur battait violemment. Ma respiration aurait voulu s’emballer ; je continuai pourtant à la maîtriser. Je restai contre le mur, les yeux ouverts, sans savoir si j’étais autorisé à bouger.

La honte, elle, ne retombait pas.

Je restai immobile, attendant presque malgré moi un mot de Monsieur, peut-être ce simple « C’est bien » dont il gratifiait parfois mes efforts.

Rien ne vint.

Étienne reprit son verre et Monsieur poursuivit la conversation interrompue quelques minutes auparavant. Aucun commentaire, aucun encouragement, pas même une plaisanterie à mes dépens. Un ordre avait été donné, je l’avais exécuté ; pour eux, l’affaire semblait déjà close.

Seule une dernière consigne me fut adressée : nettoyer ce qui devait l’être, avec ma langue.

Elle tomba sur le même ton que toutes les autres, sans solennité particulière. Je l’exécutai sans répondre, puis repris la position qu’on m’avait assignée.

Étienne parlait déjà d’autre chose.

Ce fut cette continuité qui me troubla. Je découvrais que j’attendais encore que mon obéissance fût remarquée, évaluée, éventuellement récompensée. Eux commençaient manifestement à la considérer comme acquise.

Je les observai reprendre tranquillement leur échange tandis que je demeurais contre le mur, sans savoir si j’étais autorisé à changer de position.

Personne ne me le précisa. Alors j’attendis.

Les avis des lecteurs

L'avis d'un lecteur :
décidément encore plus fort mais est il vraimemnt possible physiologiquement, de se faire jouir sans rien en montrer. Cela me semble contradictoire que le corps d'un esprit faible puisse être dominé par ce même esprit faible, si faible qu'il ne puisse même pas gérer sa propre volonté, ni ses craintes, ses douleurs, ses envies, ses choix...il abandonne tout au contrôle d'un autre...


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