Le goût de l'effondrement - Chapitre 2

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Récit libertin : Le goût de l'effondrement - Chapitre 2 Histoire érotique Publiée sur HDS le 04-07-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Le goût de l'effondrement - Chapitre 2
Quand je refermai la porte de mon appartement derrière moi, je restai un long moment immobile dans l’entrée, sans retirer mon imperméable, sans allumer la lumière.
J’écoutais ma propre respiration.

Courte. Irrégulière. Trop haute dans la poitrine.

L’appartement était silencieux, presque hostile dans son calme. Un deux-pièces d’étudiant un peu trop propre, un peu trop rangé, comme si j’avais toujours eu besoin de compenser quelque chose par l’ordre. Sur la table du salon, des livres annotés s’empilaient autour de mon ordinateur portable : théorie politique, sociologie du pouvoir, droit constitutionnel, relations internationales. Des fiches de révision dépassaient d’un classeur bleu. Une page de mémoire couverte de corrections était restée ouverte à côté d’un mug vide. Toute ma vie récente tenait là, dans cette pièce : ma dernière année de master en science politique, mes lectures, mes échéances, les concours que j’envisageais peut-être, les dissertations, les séminaires, les ambitions raisonnables qu’on pouvait avoir à vingt-trois ans quand on essayait encore de croire qu’une existence se construit avec de la méthode.

Je regardai tout cela sans vraiment le voir.

Puis mon regard glissa vers le miroir étroit accroché près de l’entrée.

Je m’y aperçus et me figeai.

Mes joues portaient encore la trace diffuse des gifles, deux plaques rouges qui me donnaient l’air d’avoir de la fièvre. Le bas de mon jean était trempé, noirci d’eau sale jusqu’aux genoux. Mes cheveux collaient légèrement à mon front. J’avais le visage défait, plus jeune encore que d’habitude, comme si la scène venait de me retirer d’un coup plusieurs couches de contenance.
Je me contemplai quelques secondes avec une sorte de stupeur.

C’était donc cela que j’étais devenu en moins d’une heure.

Un étudiant de vingt-trois ans, brillant sans doute, sérieux, capable de disserter pendant quinze pages sur les mécanismes institutionnels du pouvoir, sur la légitimité, sur la violence symbolique, sur les structures de domination — et incapable, dans le réel, de dire non à un homme qui m’avait claqué des doigts dans un bar avant de m’envoyer à genoux dans un caniveau.
Une nausée lente me remonta dans la gorge.

J’ôtai enfin mon imperméable, le laissai tomber sur le sol de l’entrée, puis retirai mes chaussures trempées avec des gestes maladroits. J’aurais dû aller prendre une douche immédiatement, me débarrasser de l’eau froide, de la saleté, de l’odeur de pluie et de bitume qui collait encore à mes vêtements. J’aurais dû laver mes joues, mettre ce matin à distance, retrouver quelque chose de net, de propre, de rationnel.

À la place, je restai là.

Debout au milieu de mon appartement.

Comme si je craignais qu’en me lavant j’efface autre chose que la boue.

Cette pensée me fit frissonner.

Je passai une main sur mon visage. Ma joue gauche était encore sensible. La droite aussi. Sous mes doigts, la douleur revenait aussitôt, moins vive que dans la rue, mais plus intime, plus humiliante. Ce n’était plus la violence du choc ; c’était sa persistance. La preuve que cela avait eu lieu. La preuve que mon corps, désormais, portait quelque chose de cet homme.

Je fermai les yeux.

Et la scène revint immédiatement.

Le claquement de doigts dans le bar.
Le mot soumis prononcé assez fort pour me faire rougir.
Le regard qui ne me quittait pas.
Le ton calme, glacial, presque méthodique avec lequel il avait démonté mes défenses une à une.
Puis la rue.
L’ordre.
Le caniveau.
L’eau glacée qui traversait le tissu.
La honte de se sentir observé.
La honte, pire encore, de sentir mon corps réagir à cette honte.

Je rouvris brusquement les yeux, comme si cela pouvait suffire à chasser les images.
Mais elles restèrent là, suspendues derrière mon front, d’une précision obscène.
Je me forçai à marcher jusqu’à la salle de bains. J’allumai la lumière. Mon reflet dans le miroir au-dessus du lavabo me heurta de nouveau. J’avais l’air d’avoir pleuré, alors que je n’étais même pas sûr de l’avoir fait vraiment. Mes yeux étaient rougis, Mon visage plus pâle qu’à l’ordinaire. Je déboutonnai son jean avec difficulté, comme si mes doigts ne m’obéissaient plus tout à fait, puis le fit glisser le long de mes jambes.

Le tissu froid se détacha de ma peau avec un bruit humide.

Je baissai les yeux.

Mes genoux étaient marqués. Rien de spectaculaire, seulement deux zones rosies, un peu irritées, qui suffisaient pourtant à me faire chanceler de honte. Je les fixai comme on regarde une preuve compromettante. Une partie de moi avait envie de détourner les yeux. Une autre restait fascinée.
Je me déshabillai complètement, horreur absolue, je bandais. J’entrai sous la douche et ouvris l’eau chaude au maximum.

La chaleur me fit presque vaciller.

Je m’appuyai contre le carrelage, la tête basse, laissant l’eau couler sur mes épaules, sur mon ventre, mon sexe érigé, sur mes cuisses, sur les marques diffuses de mes genoux. Peu à peu, le froid quitta mon corps. La pluie, la boue, l’humidité sale du caniveau disparurent. J’aurais dû me sentir soulagé.

Au lieu de cela, un malaise plus profond s’installa.

Je compris, avec un dégoût presque paniqué, que je n’avais pas envie d’être soulagé.
Pas complètement.

Une part de moi voulait garder quelque chose. Une sensation. Une trace. Le souvenir physique de ce qui venait de se passer. Comme si effacer la saleté revenait à se priver d’un lien. Comme si mon excitation, cette tension sexuelle, elle-même était devenue, en quelques heures, un objet à préserver.

— Qu’est-ce qui ne va pas chez moi… murmurai-je.

Ma voix se perdit dans le bruit de l’eau.

Je pensai alors à mon téléphone, resté sur la table du salon.
Une secousse brève me traversa le ventre.

Et si j’écrivais ?

Pas un long message. Pas quelque chose de ridicule. Juste… quelques mots. Une réponse. Un remerciement, presque. Ou une façon de lui montrer que j’avais réfléchi, que je n’étais pas simplement rentré me cacher. Que j’avais compris quelque chose.

J’eus aussitôt honte de cette pensée.
Remercier pour quoi ? Pour l’humiliation ? Pour les gifles ? Pour la manière dont cet homme avait identifié, en moins d’une heure, mes failles que moi-même m’acharnais à tenir à distance depuis des années ?

Je coupai l’eau trop brusquement.

Le silence de la salle de bains me tomba dessus.

Je m’essuyai, m’habillai rapidement d’un pantalon de survêtement et d’un vieux t-shirt, ignorant la raideur de mon sexe puis retournai dans le salon avec cette agitation nerveuse de quelqu’un qui cherche quelque chose sans vouloir l’admettre. Mon téléphone était là, sur la table, écran noir, inoffensif en apparence.

Je le pris.

Rien.

Aucun message.

Une déception si nette qu’elle me coupa presque le souffle me traversa avant même que j’aies le temps de la masquer. Je restai figé, téléphone à la main, sidéré par la violence de ce que je ressentais.

J’attendais déjà.

Cette simple évidence me donna envie de me gifler moi-même.

Je posai le téléphone, fis deux pas dans le salon, puis revint le reprendre presque aussitôt, comme si un message avait pu apparaître dans l’intervalle. Toujours rien. Je consultai quand même l’application de messagerie, relus mes derniers échanges, remontai plus haut dans la conversation. Les mots que j’avais reçus les jours précédents me semblèrent soudain différents. Plus lourds. Plus menaçants. Ou plus intimes, peut-être. Comme si, après la rencontre, chaque phrase s’était chargée d’une densité nouvelle.

Tu intellectualises trop.
Tu analyses pour ne pas ressentir.
Chez toi, le besoin de contrôle passe par le langage. Il faudra casser ça.

Je sentis mon estomac se contracter.
À l’époque, ces phrases m’avaient troublé, bien sûr, mais je pouvais encore les lire comme des provocations. À présent, elles avaient changé de nature. Elles n’étaient plus des mots abstraits sur un écran. Elles appartenaient au même homme que celui qui m’avait forcé à m’agenouiller dans l’eau sale, au même regard que celui qui avait vu ma honte se transformer en excitation, au même ton que celui qui avait dit : Tu cherches quelqu’un qui te remplace à l’endroit même où tu t’épuises à être toi.

Je verrouillai mon téléphone, le jetai presque sur le canapé, puis me mis à marcher de long en large dans l’appartement.

Je devais travailler.

J’avais un exposé à préparer pour le séminaire du jeudi, trois chapitres à reprendre pour mon mémoire, et un rendez-vous avec mon directeur de recherche en fin de semaine. Je devais relire Weber, corriger une bibliographie, répondre à deux mails laissés sans réponse. Je devais faire ce que je faisais d’habitude quand quelque chose menaçait de déborder : s’asseoir, structurer, classer, reprendre le contrôle.

J’ouvris mon ordinateur portable.
L’écran s’alluma sur le document de mon mémoire : Les formes contemporaines de légitimation de l’autorité dans les démocraties libérales. Je restai quelques secondes à fixer le titre, puis eus un rire bref, presque sec, qui ressemblait davantage à un accroc dans ma respiration qu’à un véritable amusement.

L’autorité.

Le mot me donna chaud.

Je m’asseyais quand même, posai les mains sur le clavier, relus le dernier paragraphe rédigé la veille. Au bout de trois lignes, je ne savais déjà plus ce que je venais de lire. Mon regard butait sur les mots sans les saisir. L’autorité, la contrainte, l’intériorisation des normes, la légitimité de l’obéissance — tout se brouillait et revenait se coller à la matinée, à sa voix, à sa bouche, à son regard, à cette manière qu’il avait eue de parler de moi comme d’un objet d’étude déjà presque conquis.

Je repoussai l’ordinateur d’un geste sec.
Je n’arrivais pas à penser.
Ou plutôt : je pensais trop, mais dans une seule direction, comme si tout le reste avait été siphonné. Chaque tentative de concentration finissait par se retourner contre moi. Un mot lu dans un article réveillait une phrase du bar. Une note de bas de page me rappelait un ordre. Une référence à Foucault ou à Bourdieu devenait soudain insupportablement concrète, obscène de réalité. Je ne pouvais plus me cacher derrière les concepts : le pouvoir n’était plus un objet académique, mais une sensation encore chaude sur mes joues.

Le téléphone vibra.

Je me figeai.

Un seul battement de cœur plus tard, Je me jetai presque dessus.
Ce n’était qu’une notification sans importance, un message du groupe de master à propos d’un changement d’horaire pour un cours. Je restai l’écran allumé dans la main, sidéré par ma propre précipitation, par cette espèce de réflexe servile déjà installé en moi. Sidéré aussi par l’effet produit ; mon sexe s’était redressé subitement sous mon jogging, une érection violente, inattendue, incontrôlable.

Je posai le téléphone face contre table, comme pour me punir de l’avoir espéré si vite.
Puis j’attendis.

J’attendis dix minutes. Vingt. Une heure peut-être. Je ne travaillais pas, ne lisais pas, ne regardais rien vraiment. Je tournais dans l’appartement, ouvrais le frigo sans faim, me faisais un café que j’oubliais de boire, revenais m’asseoir, me relevais aussitôt. Toute ma journée s’était mise à graviter autour d’un possible message. C’était ridicule. Dégradant. Et plus je le savais, plus je m’enfonçais dedans.

En fin d’après-midi, la lumière baissa derrière les vitres. La ville se couvrit d’un gris de pluie. Les lampadaires commencèrent à s’allumer dans la rue. J’étais assis au bord de mon lit, téléphone à la main, quand l’écran s’illumina enfin.

Mon souffle se coupa.

Un message.

De lui.

Mes doigts devinrent froids d’un seul coup. Je fixai le nom affiché, incapable d’ouvrir tout de suite, comme si le simple fait de lire allait déjà m’engager plus loin que je ne l’étais.

Puis j’appuyai.

As-tu réfléchi, Alex ?

Rien d’autre.

Pas de formule. Pas de bonsoir. Pas de commentaire sur la scène du matin. Pas même un rappel de mon humiliation. Seulement cette question nue, presque simple, qui avait pourtant le pouvoir de me replonger instantanément dans l’état où je m’étais trouvé face à lui.
Je sentis ma nuque se tendre, ma queue se soulever, une chaleur dans mon bas-ventre insupportable.

Je relus le message trois fois. Ce n’était pas seulement ce qu’il disait ; c’était la façon dont il le disait. Il utilisait mon prénom. Pas soumis. Pas esclave en herbe. Alex. Comme si, maintenant que le décor avait été posé, il pouvait se permettre cette proximité-là. Comme si ce prénom, dans sa bouche, devenait lui aussi une prise.

Je tapai une première réponse :

Oui.

Je l’effaçai aussitôt.

Trop court. Trop docile. Trop nu.

J’essayai autre chose :

Je réfléchis encore.

J’effaçai de nouveau.

Cela sonnait faux, défensif, presque adolescent.

Je posai le téléphone sur mes genoux et enfouis mon visage dans mes mains.
Pourquoi cette question me désarmait-elle à ce point ? Pourquoi le simple fait de répondre me donnait-il l’impression de me livrer davantage que lorsque je m’étais agenouillé dans la rue ?
Parce que j’avais compris quelque chose, au fond.

La scène du matin n’était pas terminée.

Elle continuait ici.

Dans mon appartement. Dans mon silence. Dans l’intervalle entre la réception du message et ma réponse. Dans l’attention fébrile avec laquelle je pesais chaque mot, comme si je passais un examen dont dépendrait quelque chose de bien plus intime qu’une note. L’humiliation du caniveau était finie ; l’emprise, elle, ne faisait que commencer.

J’inspirai profondément et écrivis enfin :

Oui. Je réfléchis.

La réponse me parut immédiatement insuffisante. Faible. Plate. J’hésitai, puis ajoutai :
Je n’arrive pas à savoir si ce que j’ai ressenti ce matin me fait plus peur… ou me soulage.
Je relus la phrase, le cœur battant.

C’était déjà trop. Beaucoup trop. Une confession presque. Une brèche ouverte en direct sous mes doigts.

J’appuyai quand même sur envoyer.

L’attente recommença.

Cette fois, elle fut pire. Plus tendue. Plus consciente. Je gardais le téléphone dans la main, incapable de le poser. Chaque seconde sans réponse me travaillait comme une petite punition. Peut-être avais-je dit quelque chose de stupide. Peut-être trop. Peut-être pas assez. Peut-être que cet homme était en train de lire, de sourire, de jauger, de décider quoi faire de ce que je venais de lui offrir.

La réponse arriva moins de deux minutes plus tard.

C’est précisément parce que cela te fait peur et te soulage à la fois que tu es en danger de t’abandonner trop vite.

Je sentis mon ventre se contracter.

Un second message apparut aussitôt.

Je t’ai vu aujourd’hui. Tu n’es pas seulement attiré par la soumission. Tu es attiré par le soulagement qu’elle promet. C’est plus sérieux. Et cela exige que je sache si tu es capable d’honnêteté avec toi-même.

Puis un troisième.

Tu vas prendre une feuille et écrire, à la main, sans tricher, sans chercher à bien formuler : ce que tu as ressenti quand tu t’es agenouillé, ce que tu as ressenti quand ton corps a réagi, et ce que tu as ressenti quand je t’ai giflé. Pas ce que tu crois devoir dire. Ce que tu as réellement ressenti.

Je restai pétrifié.

Mon premier mouvement fut de me dire non. C’était absurde. Intrusif. Déplacé. Il n’avait aucun droit de me demander ça. Aucun. J’étais chez moi. Seul. Libre. Je pouvais poser le téléphone, ne plus répondre, reprendre ma vie, redevenir ce garçon studieux et brillant qui s’en sortirait très bien sans me laisser aspirer par un homme rencontré dans un bar.
Mais déjà, je savais que j’allais obéir.
Cette certitude me remplit d’une honte si profonde que je dus fermer les yeux.

Ce n’était pas seulement le contenu de la consigne qui me troublait. C’était le fait qu’elle s’imposait en moi avec une évidence croissante. Comme si la journée m’avait préparé à cela. Comme si l’humiliation du matin avait déplacé quelque chose d’assez essentiel pour qu’un ordre reçu par écran interposé produise déjà un effet physique sur moi, et pas seulement dans mon sous-vêtement.

Le téléphone vibra encore.

Tu as jusqu’à ce soir, Alex. Et tu me l’enverras en photo.

Cette fois, J’eus l’impression que l’air manquait dans la pièce.

Jusqu’à ce soir.

Pas demain. Pas quand je me sentirais prêt. Pas “si tu veux”. Il venait de transformer le reste de ma soirée en espace de travail imposé. Il venait d’entrer chez moi sans y être invité, de s’asseoir au milieu de mes livres, de mes fiches, de mes habitudes, et de déplacer le centre de gravité de tout le reste.

Je posai le téléphone sur le lit, me levai trop vite, fit deux pas avant de m’arrêter net.

J’avais envie de refuser.

J’avais envie d’obéir.

Les deux pulsions coexistaient si violemment en moi que j’en eus presque mal au ventre.
Je me regardai dans le miroir de l’armoire. T-shirt gris, cheveux encore humides, visage pâle, joues à peine rougies, silhouette mince et banale d’un étudiant qu’on aurait imaginé plus à l’aise avec les bibliothèques qu’avec les caniveaux. Rien, en apparence, ne racontait ce qui se passait en moi. Juste cette bite tendue qui pulsait sous mon pantalon. Je me sentais déjà se fissurer quelque chose de plus ancien : l’idée que je me connaissais, que je me gouvernais, que je restais toujours à distance de mes propres penchants.

Je pensai à mon mémoire. À mes partiels passés. À mes enseignants qui me trouvaient prometteur. À mes amis de promo qui m’imaginaient réservé, un peu cérébral, parfois trop perfectionniste. Je pensai au jeune homme sérieux que j’avais toujours essayé d’être. Puis je pensai à moi, debout dans la rue, regard baissé sur une braguette, les genoux dans l’eau sale, incapable de supporter l’humiliation et incapable, plus encore, de ne pas y répondre.

Un rire bref m’échappa, étranglé, presque douloureux.

Je finis par sortir une feuille blanche d’un tiroir.
Puis un stylo.

Je m’asseyais à mon bureau, repoussai d’un geste mes livres de science politique, et restai longtemps sans écrire, le stylo suspendu au-dessus du papier.
La première phrase fut la plus difficile.

Quand je me suis agenouillé, j’ai eu l’impression de perdre quelque chose que je ne savais pas nommer.

Je m’arrêtai.

Relus.

Puis continuai.

Plus j’écrivais, plus quelque chose en moi cédait. Les phrases sortaient mal, trop directes, parfois honteuses au point de me donner envie de froisser la feuille, mais je continuais. J’écrivis la peur des passants. La brûlure du regard sur moi. La honte de ma queue tendue dans mon jean. Le soulagement obscène d’avoir enfin obéi au lieu de lutter. Le dégoût de moi. Le besoin absurde que cet homme soit satisfait. Le vide après les gifles. Et pire encore que tout : le manque déjà là, presque immédiat, au moment de rentrer chez moi.

Quand je reposai enfin le stylo, ma main tremblait, mais ma bite pulsait.

Je venais d’écrire sur moi-même avec une sincérité que je n’avais jamais accordée à personne.
Je relus les deux pages d’une traite et sentis mon visage s’embraser de honte.

Envoyer cela revenait presque à me déshabiller de nouveau.
Peut-être davantage.

Parce qu’une photo nue montre un corps ; ces pages, elles, livraient une faiblesse.
Mon téléphone vibra encore, comme s’il avait deviné l’instant exact où je vacillais, où j’allais passer à l’acte pour soulager ma tension sexuelle.

N’attends pas que le courage te vienne. Envoie.

Je fixai le message, glacé.

Comment pouvait-il savoir ? Ce n’était pas possible, bien sûr. Rien d’autre qu’un hasard. Et pourtant, dans l’état où je me trouvais, ce hasard prit immédiatement la forme d’une preuve supplémentaire d’emprise. Comme si cet homme percevait à distance les mouvements de ma honte, le moment exact où ma résistance tentait de se reformer.

Je pris les feuilles en photo.

Mes doigts tremblaient tellement que je dus m’y reprendre à trois fois pour obtenir une image lisible.

Je restai encore quelques secondes avec le pouce suspendu au-dessus de l’écran.

Puis j’envoyai.

Aussitôt après, une sensation de chute s’ouvrit sous mes côtes.
Ce n’était pas du soulagement. Pas vraiment. Ce n’était pas non plus seulement de la peur. C’était quelque chose de plus dérangeant : la conscience aiguë d’avoir laissé entrer cet homme un peu plus loin, jusqu’à un endroit qui n’appartenait jusque-là qu’à moi. Je n’avais pas simplement obéi à une consigne ; je venais de remettre entre ses mains un texte capable de me blesser, de m’humilier, de me comprendre, peut-être de me défaire.

La réponse mit du temps à venir.
Trop de temps.

Je restai assis au bord de mon lit, incapable de faire autre chose que fixer l’écran, les tempes battantes. Je me sentais vidé. Nu d’une façon plus profonde encore que le matin. Je n’avais plus seulement froid au corps ; J’avais froid en moi, comme si cette attente ouvrait un courant d’air dans des zones que je n’avais jamais laissées exposées.

Quand le téléphone vibra enfin, je faillis ne pas oser regarder.

Tu commences seulement à être honnête. C’est mieux que ce que j’attendais.

Je sentis ma bite faire un bond absurde.

Un simple compliment. À peine cela. Et pourtant, je le reçus avec une intensité honteuse, presque douloureuse. Comme si on venait de poser une main sur mon entrejambe et le caresser. Comme si toute ma soirée n’avait eu pour but que d’obtenir cette sensation.
Le message suivant arriva quelques secondes plus tard.

Demain, tu iras en cours comme d’habitude. Tu souriras, tu prendras des notes, tu joueras ton rôle d’étudiant appliqué. Et tu garderas pour toi ce que tu sais désormais : sous cette apparence raisonnable, il y a en toi quelque chose qui brûle de céder. Nous reparlerons demain soir.

Je restai immobile.

Le téléphone glissa lentement de ma main sur le lit.

J’aurais dû être soulagé que la conversation s’arrête là. J’aurais dû me sentir envahi, humilié, en colère même, à l’idée qu’un homme rencontré le matin se permette déjà de distribuer les consignes de mon lendemain comme s’il en possédait l’usage.
Au lieu de cela, je sentis monter une émotion plus basse, plus confuse, plus dévastatrice.
J’attendais déjà demain soir.
Et cette attente, plus que les gifles, plus que le caniveau, plus que les pages envoyées, fut la chose qui m’effrayait le plus.

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