Le goût de l'effondrement - chapitre 6
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Le goût de l'effondrement - chapitre 6
Une fois dans la rue, je pris une profonde inspiration.
Les bruits familiers de la ville m'enveloppèrent aussitôt. Des conversations montaient des terrasses, une sirène déchira brièvement l'air avant de s'éteindre au loin, un autobus s'immobilisa dans un souffle métallique puis repartit. Rien n'avait changé. Les passants poursuivaient leur journée avec cette légèreté ordinaire qui m'était soudain devenue étrangère.
J'avais pourtant l'impression d'avoir quitté un autre monde. Un lieu où le temps ne s'écoulait pas à la même vitesse, où chaque silence pesait davantage que les paroles. Il me fallait maintenant retrouver le rythme du dehors, et je n'en étais plus tout à fait capable.
Je marchai en direction de mon appartement sans vraiment choisir mon chemin. Mes jambes semblaient savoir avant moi où aller.
Le dernier message reçu revenait sans cesse.
Un soumis prêt à être reformaté et reconditionné.
Une annihilation totale de ton autonomie.
Un instrument d'obéissance.
Une complète modification de ton identité.
Les phrases défilaient avec une précision glaçante. Elles ne criaient pas. Elles s'imposaient.
Je m'efforçais de les repousser, mais, dès qu'elles s'effaçaient un instant, une autre image surgissait.
Moi.
Nu.
À genoux.
Le front au sol.
Ce doigt fouillant et possédant mon anus.
M’abandonnant à toute retenue.
Je sentis un frisson me parcourir malgré la douceur de l'air. La scène semblait déjà appartenir au passé, et pourtant mon corps continuait à la revivre.
Jusqu'ici, il avait surtout occupé mon esprit. Désormais, cela ne lui suffisait plus. Il voulait que mon corps apprenne lui aussi. Que je cesse seulement de comprendre pour commencer à céder.
Je ralentis encore le pas.
Le visage brûlant, je gardais les yeux baissés avec l'impression absurde que chacun pouvait deviner ce que je portais désormais sous mon jean. Personne ne me regardait. J'en étais conscient. Mais cette certitude ne diminuait en rien la honte diffuse qui m'accompagnait.
Lorsque j'entrai chez moi, je déposai mes clés sur la console, retirai lentement mon manteau puis demeurai immobile au milieu du salon.
Face au miroir.
La déformation de mon pantalon était discrète.
Mais je ne voyais plus qu'elle.
Je savais qu'un inconnu n'y aurait sans doute prêté aucune attention. Pourtant, depuis que je connaissais son existence, elle occupait tout mon regard.
Le silence de mon appartement n'avait rien de celui de son bureau.
Ici, il était vide.
Là-bas, il semblait toujours attendre quelque chose de moi.
Je finis par m'asseoir devant mon bureau et ouvris le carnet qu'il m'avait demandé de tenir.
Une page blanche.
Le stylo suspendu entre mes doigts.
Je voulais raconter cette matinée. Je voulais fixer chaque parole, chaque sensation, chaque hésitation, et puis cette pénétration. Mais, plus je cherchais les mots, plus je comprenais que l'essentiel leur échappait déjà.
Je refermai doucement le carnet.
Pour la première fois depuis notre rencontre, une question s'imposa avec une simplicité désarmante.
Était-ce seulement à sa hauteur que je devais être ?
Ou étais-je en train de devenir celui qu'il attendait ?
Une heure plus tard, je quittai l'appartement pour rejoindre la bibliothèque universitaire.
Le trajet en tramway eut quelque chose d'apaisant. Les visages anonymes, les stations familières, les étudiants absorbés par leurs écrans composaient un décor rassurant. Comme si la vie ordinaire continuait de m'offrir un refuge.
Je retrouvai ma place habituelle, près des grandes baies vitrées ouvertes sur les arbres du campus.
J'aimais profondément cet endroit.
Depuis le début de mon master, j'y avais passé des centaines d'heures. Les mêmes tables de bois clair. Les mêmes lampes suspendues. Le même bruissement de pages que l'on tourne, de claviers que l'on effleure, de respirations discrètes.
Ici, tout semblait encore m'appartenir.
Je sortis mon ordinateur, mon carnet et les ouvrages empruntés la veille.
Pendant près d'une heure, le travail reprit naturellement ses droits. Deux pages rédigées. Plusieurs notes corrigées. Un plan légèrement remanié.
Je retrouvais peu à peu cette concentration qui avait toujours constitué mon refuge.
Puis une voix interrompit le fil de mes pensées.
— Alors, Alex ?
Je me retournai.
Mon directeur de mémoire me souriait, une pile de livres serrée contre lui. Son écharpe portait encore les traces de la pluie.
— Vous avez trouvé votre introduction ?
Je souris à mon tour.
— J'essaie surtout d'arrêter de la réécrire.
Il éclata d'un rire discret.
— C'est déjà un progrès.
Il demanda l'autorisation de s'asseoir.
Je lui tendis naturellement les feuilles imprimées qui dépassaient de mon classeur. Il les parcourut lentement. Je suivais ses yeux ligne après ligne, incapable de savoir ce qu'il pensait.
Enfin, il releva la tête.
— Vous savez ce qui me frappe toujours chez vous ?
J'attendis.
— Vous écrivez très bien.
Je le remerciai d'un signe de tête.
— Mais parfois j'ai le sentiment que vous préférez démontrer votre intelligence plutôt que laisser apparaître votre pensée.
Je demeurai silencieux.
Il poursuivit calmement.
— Vous connaissez vos auteurs. Vous construisez des raisonnements solides. Vous anticipez les objections. Pourtant, lorsque j'arrive au bout d'une page, j'ai parfois l'impression de savoir davantage ce que Weber pense que ce que vous pensez, vous.
Je baissai les yeux vers mes notes.
Cette remarque ne me blessa pas.
Elle me désarma.
Parce qu'elle rejoignait une inquiétude que je n'avais jamais formulée clairement.
— Vous comprenez ce que je veux dire ?
— Je crois.
Il referma doucement les feuilles.
— Vous êtes très exigeant avec vous-même. Cela vous pousse à produire un travail sérieux. Mais cette même exigence vous conduit parfois à vous cacher derrière la rigueur. Comme si vous aviez peur qu'une phrase plus personnelle paraisse moins légitime.
Il se leva.
— Réfléchissez-y.
Puis il ajouta, presque en souriant :
— Un mémoire n'est pas seulement une démonstration. C'est aussi une voix.
Il cligna un œil
— on se voit demain, à ce propos peut-on décaler notre entretien à 11 heures au lieu de 10 ? J’ai encore un contretemps.
— Pas de problème.
— Merci Alex ça m’arrange.
— Euh….
— Qui a-t-il ?
— Je… je voulais…. Voulais vous demander si… si je pouvais venir avec quelqu’un demain à cet entretien ? balbutiai-je
Il me regarda en levant les sourcils, étonné.
— Qui est ce quelqu’un ?
— Euh… c’est… Euh un homme… un homme qui me coache. Bégayai-je encore.
— Très bien Alex, venez avec qui vous voulez. Me répondit-il avec un haussement des épaules.
Après son départ, je demeurai longtemps immobile.
Sa remarque continuait de résonner.
Un mémoire n'est pas seulement une démonstration. C'est aussi une voix.
Je ne savais plus très bien de quelle voix il parlait.
De celle que je cherchais depuis deux ans.
Ou de celle qui, depuis quelques jours, semblait lentement s'effacer sous une autre.
À la cafétéria, le brouhaha des conversations finit par m'apaiser.
Des étudiants parlaient d'examens, de stages, de vacances. Deux doctorants débattaient avec passion autour d'un article. Une jeune femme répétait à son voisin les questions qu'on lui avait posées lors d'un entretien.
Le monde poursuivait sa course.
Cette évidence avait quelque chose de réconfortant.
Pendant quelques minutes, j'oubliai presque tout le reste.
Puis mon téléphone vibra.
Je le sortis aussitôt.
Une notification sans importance.
Je verrouillai l'écran avec une brusquerie qui me surprit.
Pourquoi cette déception ?
À quel moment avais-je commencé à attendre un message dont j'espérais pourtant être laissé tranquille ?
Je terminai mon café, soudain amer.
C'est alors que je me souvins du changement d'horaire de mon entretien.
Je lui adressai un bref message pour l'en informer.
Quelques secondes plus tard, la réponse arriva.
Noté.
Un seul mot.
Aucun commentaire.
Et pourtant il suffisait à me rappeler qu'il était là.
Le reste de l'après-midi s'écoula dans un calme presque studieux. Depuis chez moi, je travaillai plusieurs heures sans consulter mon téléphone, absorbé par mon mémoire.
Lorsque je relevai enfin les yeux, la nuit avait envahi le salon.
J'éprouvai une satisfaction discrète.
J'avais retrouvé, croyais-je, le rythme de ma vie d'avant.
Je me levai pour allumer la lampe.
Mon regard glissa aussitôt vers le téléphone posé sur l'étagère de l'entrée.
Je traversai la pièce.
Je le pris.
Aucun message.
Je restai quelques secondes devant l'écran noir avant de comprendre ce qui venait de se produire.
Je n'attendais plus seulement ses messages.
J'attendais aussi leur absence.
Je reposai lentement le téléphone.
Puis, presque malgré moi, je revins le reprendre quelques secondes plus tard, comme si le silence avait eu le temps de changer.
Rien.
Je souris alors, sans joie.
Le sourire discret de celui qui découvre que certaines habitudes s'installent bien avant qu'il accepte de leur donner un nom.
Je reposai définitivement l'appareil.
Puis j'allai prendre une douche.
Nu, je demeurai un long moment face à mon reflet. Le dispositif emprisonnant mon sexe semblait plus lourd que son poids réel. Il ne retenait pas seulement mon corps ; il enfermait aussi quelque chose de plus intime, une part de ma volonté. Mon regard glissait sans cesse vers cette entrave métallique, incapable de s'en détacher.
Une résistance sourde s'éveilla en moi. Mon orgueil refusait cette dépossession, cette évidence nouvelle qu'un autre détenait désormais le pouvoir de m'accorder ou de me refuser le moindre relâchement. L'interdiction de l'orgasme produisait un effet inattendu : loin d'éteindre le désir, elle le condensait. Chaque pensée revenait inlassablement au sexe, à la frustration, puis à cet homme qui gardait la clé de ma délivrance.
Pendant quelques secondes, un élan de révolte me traversa. Mon esprit chercha instinctivement une faille, un moyen de déjouer cette contrainte, de reprendre la maîtrise de mon propre corps, ne serait-ce qu'un instant. Cette idée me surprit autant qu'elle me rassura : une part de moi résistait encore.
Au moment où je quittai la salle de bain, une vibration brisa le silence. Mon téléphone.
Sans même prendre le temps de m'habiller, je m'en emparai avec une précipitation presque fébrile.
Ce soir. 23 heures. Chez moi.
Je levai aussitôt les yeux vers l'horloge. Une heure trente. C'était tout ce qu'il me restait.
Un deuxième message apparut.
Tu apporteras ton mémoire ainsi que tout ce dont tu as besoin pour préparer ton entretien de demain.
À peine avais-je terminé de le lire qu'un troisième s'afficha.
Tu dormiras ici, cette nuit.
Je demeurai immobile, le téléphone encore dans la main. Trois phrases. Aucune explication. Aucune formule de politesse. Seulement des décisions déjà prises pour moi. Et, à ma propre surprise, ce n'était pas leur autorité qui me troublait le plus, mais la facilité avec laquelle je savais que j'allais leur obéir.
Les bruits familiers de la ville m'enveloppèrent aussitôt. Des conversations montaient des terrasses, une sirène déchira brièvement l'air avant de s'éteindre au loin, un autobus s'immobilisa dans un souffle métallique puis repartit. Rien n'avait changé. Les passants poursuivaient leur journée avec cette légèreté ordinaire qui m'était soudain devenue étrangère.
J'avais pourtant l'impression d'avoir quitté un autre monde. Un lieu où le temps ne s'écoulait pas à la même vitesse, où chaque silence pesait davantage que les paroles. Il me fallait maintenant retrouver le rythme du dehors, et je n'en étais plus tout à fait capable.
Je marchai en direction de mon appartement sans vraiment choisir mon chemin. Mes jambes semblaient savoir avant moi où aller.
Le dernier message reçu revenait sans cesse.
Un soumis prêt à être reformaté et reconditionné.
Une annihilation totale de ton autonomie.
Un instrument d'obéissance.
Une complète modification de ton identité.
Les phrases défilaient avec une précision glaçante. Elles ne criaient pas. Elles s'imposaient.
Je m'efforçais de les repousser, mais, dès qu'elles s'effaçaient un instant, une autre image surgissait.
Moi.
Nu.
À genoux.
Le front au sol.
Ce doigt fouillant et possédant mon anus.
M’abandonnant à toute retenue.
Je sentis un frisson me parcourir malgré la douceur de l'air. La scène semblait déjà appartenir au passé, et pourtant mon corps continuait à la revivre.
Jusqu'ici, il avait surtout occupé mon esprit. Désormais, cela ne lui suffisait plus. Il voulait que mon corps apprenne lui aussi. Que je cesse seulement de comprendre pour commencer à céder.
Je ralentis encore le pas.
Le visage brûlant, je gardais les yeux baissés avec l'impression absurde que chacun pouvait deviner ce que je portais désormais sous mon jean. Personne ne me regardait. J'en étais conscient. Mais cette certitude ne diminuait en rien la honte diffuse qui m'accompagnait.
Lorsque j'entrai chez moi, je déposai mes clés sur la console, retirai lentement mon manteau puis demeurai immobile au milieu du salon.
Face au miroir.
La déformation de mon pantalon était discrète.
Mais je ne voyais plus qu'elle.
Je savais qu'un inconnu n'y aurait sans doute prêté aucune attention. Pourtant, depuis que je connaissais son existence, elle occupait tout mon regard.
Le silence de mon appartement n'avait rien de celui de son bureau.
Ici, il était vide.
Là-bas, il semblait toujours attendre quelque chose de moi.
Je finis par m'asseoir devant mon bureau et ouvris le carnet qu'il m'avait demandé de tenir.
Une page blanche.
Le stylo suspendu entre mes doigts.
Je voulais raconter cette matinée. Je voulais fixer chaque parole, chaque sensation, chaque hésitation, et puis cette pénétration. Mais, plus je cherchais les mots, plus je comprenais que l'essentiel leur échappait déjà.
Je refermai doucement le carnet.
Pour la première fois depuis notre rencontre, une question s'imposa avec une simplicité désarmante.
Était-ce seulement à sa hauteur que je devais être ?
Ou étais-je en train de devenir celui qu'il attendait ?
Une heure plus tard, je quittai l'appartement pour rejoindre la bibliothèque universitaire.
Le trajet en tramway eut quelque chose d'apaisant. Les visages anonymes, les stations familières, les étudiants absorbés par leurs écrans composaient un décor rassurant. Comme si la vie ordinaire continuait de m'offrir un refuge.
Je retrouvai ma place habituelle, près des grandes baies vitrées ouvertes sur les arbres du campus.
J'aimais profondément cet endroit.
Depuis le début de mon master, j'y avais passé des centaines d'heures. Les mêmes tables de bois clair. Les mêmes lampes suspendues. Le même bruissement de pages que l'on tourne, de claviers que l'on effleure, de respirations discrètes.
Ici, tout semblait encore m'appartenir.
Je sortis mon ordinateur, mon carnet et les ouvrages empruntés la veille.
Pendant près d'une heure, le travail reprit naturellement ses droits. Deux pages rédigées. Plusieurs notes corrigées. Un plan légèrement remanié.
Je retrouvais peu à peu cette concentration qui avait toujours constitué mon refuge.
Puis une voix interrompit le fil de mes pensées.
— Alors, Alex ?
Je me retournai.
Mon directeur de mémoire me souriait, une pile de livres serrée contre lui. Son écharpe portait encore les traces de la pluie.
— Vous avez trouvé votre introduction ?
Je souris à mon tour.
— J'essaie surtout d'arrêter de la réécrire.
Il éclata d'un rire discret.
— C'est déjà un progrès.
Il demanda l'autorisation de s'asseoir.
Je lui tendis naturellement les feuilles imprimées qui dépassaient de mon classeur. Il les parcourut lentement. Je suivais ses yeux ligne après ligne, incapable de savoir ce qu'il pensait.
Enfin, il releva la tête.
— Vous savez ce qui me frappe toujours chez vous ?
J'attendis.
— Vous écrivez très bien.
Je le remerciai d'un signe de tête.
— Mais parfois j'ai le sentiment que vous préférez démontrer votre intelligence plutôt que laisser apparaître votre pensée.
Je demeurai silencieux.
Il poursuivit calmement.
— Vous connaissez vos auteurs. Vous construisez des raisonnements solides. Vous anticipez les objections. Pourtant, lorsque j'arrive au bout d'une page, j'ai parfois l'impression de savoir davantage ce que Weber pense que ce que vous pensez, vous.
Je baissai les yeux vers mes notes.
Cette remarque ne me blessa pas.
Elle me désarma.
Parce qu'elle rejoignait une inquiétude que je n'avais jamais formulée clairement.
— Vous comprenez ce que je veux dire ?
— Je crois.
Il referma doucement les feuilles.
— Vous êtes très exigeant avec vous-même. Cela vous pousse à produire un travail sérieux. Mais cette même exigence vous conduit parfois à vous cacher derrière la rigueur. Comme si vous aviez peur qu'une phrase plus personnelle paraisse moins légitime.
Il se leva.
— Réfléchissez-y.
Puis il ajouta, presque en souriant :
— Un mémoire n'est pas seulement une démonstration. C'est aussi une voix.
Il cligna un œil
— on se voit demain, à ce propos peut-on décaler notre entretien à 11 heures au lieu de 10 ? J’ai encore un contretemps.
— Pas de problème.
— Merci Alex ça m’arrange.
— Euh….
— Qui a-t-il ?
— Je… je voulais…. Voulais vous demander si… si je pouvais venir avec quelqu’un demain à cet entretien ? balbutiai-je
Il me regarda en levant les sourcils, étonné.
— Qui est ce quelqu’un ?
— Euh… c’est… Euh un homme… un homme qui me coache. Bégayai-je encore.
— Très bien Alex, venez avec qui vous voulez. Me répondit-il avec un haussement des épaules.
Après son départ, je demeurai longtemps immobile.
Sa remarque continuait de résonner.
Un mémoire n'est pas seulement une démonstration. C'est aussi une voix.
Je ne savais plus très bien de quelle voix il parlait.
De celle que je cherchais depuis deux ans.
Ou de celle qui, depuis quelques jours, semblait lentement s'effacer sous une autre.
À la cafétéria, le brouhaha des conversations finit par m'apaiser.
Des étudiants parlaient d'examens, de stages, de vacances. Deux doctorants débattaient avec passion autour d'un article. Une jeune femme répétait à son voisin les questions qu'on lui avait posées lors d'un entretien.
Le monde poursuivait sa course.
Cette évidence avait quelque chose de réconfortant.
Pendant quelques minutes, j'oubliai presque tout le reste.
Puis mon téléphone vibra.
Je le sortis aussitôt.
Une notification sans importance.
Je verrouillai l'écran avec une brusquerie qui me surprit.
Pourquoi cette déception ?
À quel moment avais-je commencé à attendre un message dont j'espérais pourtant être laissé tranquille ?
Je terminai mon café, soudain amer.
C'est alors que je me souvins du changement d'horaire de mon entretien.
Je lui adressai un bref message pour l'en informer.
Quelques secondes plus tard, la réponse arriva.
Noté.
Un seul mot.
Aucun commentaire.
Et pourtant il suffisait à me rappeler qu'il était là.
Le reste de l'après-midi s'écoula dans un calme presque studieux. Depuis chez moi, je travaillai plusieurs heures sans consulter mon téléphone, absorbé par mon mémoire.
Lorsque je relevai enfin les yeux, la nuit avait envahi le salon.
J'éprouvai une satisfaction discrète.
J'avais retrouvé, croyais-je, le rythme de ma vie d'avant.
Je me levai pour allumer la lampe.
Mon regard glissa aussitôt vers le téléphone posé sur l'étagère de l'entrée.
Je traversai la pièce.
Je le pris.
Aucun message.
Je restai quelques secondes devant l'écran noir avant de comprendre ce qui venait de se produire.
Je n'attendais plus seulement ses messages.
J'attendais aussi leur absence.
Je reposai lentement le téléphone.
Puis, presque malgré moi, je revins le reprendre quelques secondes plus tard, comme si le silence avait eu le temps de changer.
Rien.
Je souris alors, sans joie.
Le sourire discret de celui qui découvre que certaines habitudes s'installent bien avant qu'il accepte de leur donner un nom.
Je reposai définitivement l'appareil.
Puis j'allai prendre une douche.
Nu, je demeurai un long moment face à mon reflet. Le dispositif emprisonnant mon sexe semblait plus lourd que son poids réel. Il ne retenait pas seulement mon corps ; il enfermait aussi quelque chose de plus intime, une part de ma volonté. Mon regard glissait sans cesse vers cette entrave métallique, incapable de s'en détacher.
Une résistance sourde s'éveilla en moi. Mon orgueil refusait cette dépossession, cette évidence nouvelle qu'un autre détenait désormais le pouvoir de m'accorder ou de me refuser le moindre relâchement. L'interdiction de l'orgasme produisait un effet inattendu : loin d'éteindre le désir, elle le condensait. Chaque pensée revenait inlassablement au sexe, à la frustration, puis à cet homme qui gardait la clé de ma délivrance.
Pendant quelques secondes, un élan de révolte me traversa. Mon esprit chercha instinctivement une faille, un moyen de déjouer cette contrainte, de reprendre la maîtrise de mon propre corps, ne serait-ce qu'un instant. Cette idée me surprit autant qu'elle me rassura : une part de moi résistait encore.
Au moment où je quittai la salle de bain, une vibration brisa le silence. Mon téléphone.
Sans même prendre le temps de m'habiller, je m'en emparai avec une précipitation presque fébrile.
Ce soir. 23 heures. Chez moi.
Je levai aussitôt les yeux vers l'horloge. Une heure trente. C'était tout ce qu'il me restait.
Un deuxième message apparut.
Tu apporteras ton mémoire ainsi que tout ce dont tu as besoin pour préparer ton entretien de demain.
À peine avais-je terminé de le lire qu'un troisième s'afficha.
Tu dormiras ici, cette nuit.
Je demeurai immobile, le téléphone encore dans la main. Trois phrases. Aucune explication. Aucune formule de politesse. Seulement des décisions déjà prises pour moi. Et, à ma propre surprise, ce n'était pas leur autorité qui me troublait le plus, mais la facilité avec laquelle je savais que j'allais leur obéir.
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