Le goût de l'effondrement - chapitre 21

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 30-09-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Inutile de dire que la nuit fut longue. Interminable même. Je ne dormis pas, ou si peu que je serais incapable de distinguer aujourd’hui les quelques moments où le sommeil m’emporta de ceux où je sombrai simplement dans une sorte de torpeur. Chaque fois que je croyais m’abandonner, un mouvement involontaire suffisait à me rappeler la position dans laquelle le professeur Delmas m’avait laissé. Mon corps tout entier semblait s’être transformé en un système de tensions : impossible de bouger une jambe, de déplacer un bras ou de chercher une position plus confortable sans qu’un autre point ne proteste aussitôt. Quant au lien qui maintenant également mes parties intimes au pied du lit, il devint rapidement un véritable calvaire, m’obligeant à mesurer le moindre déplacement avant même de l’esquisser.

Au début, je luttai. Non pas véritablement contre les attaches – j’avais compris qu’elles ne céderaient pas – mais contre cette nécessité de rester immobile. Je cherchais quelques millimètres de liberté, un angle moins pénible, une façon de relâcher un muscle sans en solliciter immédiatement un autre. Puis je cessai progressivement. Il ne le restait plu qu’à attendre, à respirer lentement et à écouter la maison qui s’était peu à peu endormie autour de moi.

Mais le professeur Delmas m’avait laissé une autre torture, plus insidieuse encore : sa dernière phrase.

Si l’envie me prend cette nuit…

Chaque bruit dans l’escalier me faisait tendre l’oreille. Un craquement du bois, une porte, le murmure indiscret d’une voix au-dessous ; aussitôt je me demandais s’il montait. Plusieurs fois, j’en fus persuadé. J’attendis alors dans une immobilité absolue que la poignée s’abaisse.

Rien.

Les minutes recommençaient à s’étirer.

A un moment, j’entendis effectivement des pas. Lents. Assez nets pour qu’il ne puisse plus s’agir du travail du bois ou de mon imagination. Ils montèrent quelques marches, s’interrompirent, puis reprirent.

Je retins mon souffle. Ils s’arrêtèrent de nouveau, puis s’éloignèrent. Je ne sus jamais si c’était Delmas, Monsieur, ou simplement quelqu’un qui n’avait eu aucune intention de venir jusqu’à moi. Je compris alors la cruauté particulière de ce que le professeur Delmas avait fait : il n’avait même pas besoin de revenir. Il lui avait suffi de m’en laisser envisager la possibilité.

Les heures passèrent ainsi. Je perdis progressivement toute notion précise du temps. La mansarde était plongée dans cette obscurité particulière qui transforme les objets familiers en masses indistinctes. Par moments, je pensais à la journée qui venait de s’écouler : l’entretien sur ma thèse, l’apéritif, le dîner, cette masturbation impudique obligée, la découverte de la relation entre Monsieur et le professeur Delmas. Quelques heures auparavant, Le professeur était encore pour moi un nom imprimé au bas d’articles universitaires. Il pouvait désormais devenir mon directeur de thèse ; je venais surtout de découvrir qu’il partageait depuis des années la vie de Monsieur et qu’il aurait dû être présent dès mon arrivée.

Cette pensée revenait sans cesse. Etienne Delmas n’était pas entré dans ma nouvelle existence ce soir-là. Il avait simplement repris sa place. Et moi, dans l’obscurité de la mansarde, je commençais seulement à comprendre que son retour risquait de bouleverser profondément la mienne.

A force de rester éveillé, mon esprit chercha refuge dans l’analyse. Je me surpris à comparer les deux hommes et la manière dont chacun obtenait de moi une obéissance qui, quelques semaines plus tôt, m’aurait paru inconcevable.

La domination de Monsieur était raffinée, presque intellectuelle. Il ne voulait pas seulement un geste, mais que j’en comprenne la raison. Il observait mes résistances, démontait les raisonnements qui les soutenaient et inscrivait ses ordres dans une construction dont je découvrais peu à peu la cohérence. Même lorsqu’il m’humiliait, il poursuivait un objectif précis : modifier une habitude, déplacer une limite, m’apprendre à distinguer ce que je désirais de ce qu’il avait décidé. Il ne cherchait pas à abolir ma volonté, mais à la rendre assez consciente pour mesurer ce qu’elle lui abandonnait.

Monsieur ne m’ordonnait pas de cesser de penser. Il exigeait que je pense et que malgré tout, j’obéisse.

Etienne Delmas était tout autre.

Chez lui, aucune élégance : il semblait prendre plaisir à salir ce que Monsieur formulait avec précision. Là où l’un parlait de discipline, l’autre disait dressage ; là où Monsieur m’appelait Alex et corrigeait ma posture d’un mot, Etienne Delmas me réduisait à une « petite chienne » avec un sourire. Sa domination, plus crue et provocatrice, ne cherchait pas à atténuer l’humiliation par une justification. Il voulait la rendre visible, m’empêcher de la transformer en simple problème intellectuel.

Avec Monsieur, je cherchais la logique. Avec Delmas, je craignais qu’il n’accepte pas toujours de m’en fournir une. L’un construisait patiemment un cadre dans lequel je finissais par entrer de moi-même ; l’autre me rappelait qu’une fois ce cadre accepté, chaque ordre n’avait pas besoin de me paraître intelligent, juste ou digne pour devoir être exécuté.

Monsieur savait me conduire jusqu’à une limite. Etienne Delmas, lui, semblait impatient de découvrir ce qui arriverait lorsqu’il me demanderait de la franchir. Et moi, qui avais passé des années à étudier les formes de l’autorité, je découvrais qu’une même obéissance pouvait s’obtenir par des langages radicalement différents. Le plus inquiétant était que je commençais déjà à comprendre les deux.

Les heures passèrent ainsi. Je perdis progressivement toute notion précise du temps.

Dès les premières lueurs du jour, alors que la mansarde commençait à sortir lentement de l’obscurité, j’entendis de nouveau des pas dans l’escalier. Cette fois, je sus immédiatement qu’ils étaient réels. Ils montaient sans hésitation, réguliers, de plus en plus proches, jusqu’à s’arrêter devant la porte. Une clé entra dans la serrure. Le verrou tourna.

La porte s’ouvrit et Delmas apparut.

Après cette nuit interminable passée à redouter sa venue, le voir enfin produisit en moi un étrange mélange de soulagement et d’appréhension. Lui semblait parfaitement reposé. Il avait changé de vêtements et tenait une tasse de café à la main. Il entra tranquillement, referma derrière lui et pris quelques secondes pour me regarder sans rien dire, comme s’il retrouvait exactement ce qu’il s’attendait à trouver. Je devais offrir un spectacle assez différent de l’étudiant qu’il avait interrogé la veille : les traits tirés, les yeux rougis par le manque de sommeil, le corps engourdi par cette nuit passée presque sans pouvoir changer de position.

Un sourire mauvais s’étira sur ses lèvres.

— Encore au lit, petite chienne ?

Je le fixai, abasourdi. Après la nuit que je venais de passer, la remarque avait quelque chose de si injuste que je crus d’abord à une plaisanterie.

— Professeur, je…

— Quoi ? tu vas te plaindre que tu as mal dormi ?

Je me tus.

Il but tranquillement une gorgée de café en m’observant.

— Regarde-moi cette tête. On dirait que tu n’as pas fermé l’œil.

— Presque pas, professeur.

— Alors ma petite installation était efficace.

Il prononça cela avec la satisfaction tranquille de quelqu’un qui venait simplement de vérifier le résultat d’une expérience. Je compris immédiatement que je n’obtiendrais de lui ni compassion ni félicitations pour avoir supporté la nuit. Delmas n’était pas venu constater mon courage. Il venait reprendre là où il m’avait laissé.

— Monsieur est déjà levé, poursuivit-il. Moi aussi. Et toi, tu traines encore au lit. Il va falloir corriger ces mauvaises habitudes.

Je faillis protester. Comment pouvait-il me reprocher d’être encore au lit alors que c’était lui qui m’y avait immobilisé pour la nuit ? Les mots me vinrent aux lèvres, mais son sourire les y arrêta. Delmas connaissait parfaitement l’absurdité de son reproche ; c’était simplement ce qui l’amusait. Il ne cherchait pas à être juste, encore moins cohérents. Il voulait me voir lutter contre l’envie de lui répondre, puis ravaler cette réponse parce que, juste ou non, c’était lui qui avait désormais le dernier mot.

Avec toujours ce même sourire salace, Delmas se détourna vers le bureau et s’empara de la baguette de bois. Je la reconnus aussitôt ; celle que Monsieur avait trouvée dans mon ancien appartement, celle qu’il avait rapportée ici après m’avoir puni pour mon refus. Sa seule présence dans la main de Delmas suffit à effacer ce qui me restait de son ironie du matin.

Il la fit lentement tourner entre ses doigts.

— Je connais la règle du matin, petite chienne. Et aujourd’hui, c’est moi qui vais me charger de ta fessée journalière.

Je le regardai, soudain beaucoup moins attentif à son sourire qu’à la baguette.

— Elle sera rude, reprit-il. Je veux savoir comment tu réagis lorsque la douleur cesse d’être seulement une menace. Monsieur connait déjà une partie de ta résistance. Moi, pas encore.

Il s’approcha du lit et son regard parcourut ma position.

— Et cette nuit, j’ai eu la délicatesse de m’assurer que tu ne pourrais pas trop gigoter pour y échapper. Au moindre mouvement inconsidéré, ton propre corps te rappellera pourquoi il vaut mieux rester tranquille.

Je compris parfaitement l’allusion. Mon premier réflexe fut justement de vouloir modifier ma position ; je le réprimai aussitôt.

Delmas le remarqua.

— Voilà. Tu apprends déjà.

Il tapota une fois la baguette contre sa paume.

— Avec Monsieur, ta fessée du matin te rappelle ta place. Avec moi, ce matin, elle va m’apprendre quelque chose de toi.

— Quoi professeur ?

Son sourire reparut.

— Où commence réellement ta résistance.

Il marqua un silence avant d’ajouter :

— Et surtout ce qu’il faut faire pour qu’elle cède.

La fessée fut rude.

Je n’aurais su dire combien de temps elle dura. Très vite, je cessai de compter et de chercher à anticiper. Il ne resta plus que la nécessité de tenir, de supporter ce qu’Étienne avait décidé de m’imposer sans pouvoir me soustraire à l’épreuve. Chaque mouvement involontaire me fit souffrir davantage. Le lien entourant mes testicules m’obligeait à rester parfaitement immobile. Je n’eus d’autres choix que de subir et souffrir.

Lorsqu’il s’arrêta enfin, mes fesses étaient couvertes de traces rougeâtres ; des boursouflures commençaient déjà à apparaître. Mais ce fut moins leur aspect que la sensation persistante qu’elles laissaient qui me fit comprendre la rudesse de ce que je venais d’endurer.

Je n’avais pas réussi à rester aussi maître de moi que je l’aurais voulu. À un moment que je serais incapable de situer, mes yeux s’étaient remplis de larmes. J’avais essayé de les retenir, par orgueil peut-être, ou simplement parce que je refusais d’offrir à Étienne cette preuve supplémentaire de ma vulnérabilité. Ce fut inutile. Elles finirent par couler librement sur mes joues.

Je pleurais.

Cette constatation m’humilia presque davantage que les marques laissées sur mon corps. Monsieur m’avait déjà vu souffrir. Il m’avait déjà conduit jusqu’à mes limites. Mais pleurer ainsi devant Étienne, dès le lendemain de notre première rencontre, me donnait l’impression qu’il avait franchi en quelques heures une distance que j’aurais voulu pouvoir lui interdire encore.

Étienne, lui, ne commenta pas immédiatement mes larmes.

Et son silence fut peut-être ce qu’il y eut de plus difficile à supporter.

Sans aucune autre forme de considération, Delmas entreprit de me détacher. Il le fit avec la même efficacité froide qu’il avait mise à m’immobiliser la veille, puis recula d’un pas.

— Debout.

J’essayai.

J’en fus parfaitement incapable.

Après cette nuit presque immobile et ce que je venais d’endurer, mon corps ne répondait plus correctement. Mes bras tremblaient lorsque je tentais de prendre appui, mes jambes semblaient avoir perdu toute force et, à peine essayai-je de me redresser, je retombai lourdement sur le matelas.

Étienne me regarda sans faire un geste pour m’aider.

— J’ai dit debout.

Je fis une seconde tentative, guère plus efficace que la première.

Son impatience fut immédiate. Il saisit brutalement la mèche de cheveux que je portais encore assez longue sur le dessus du crâne et m’obligea à quitter le lit. La douleur me fit pousser un cri tandis que je cherchais maladroitement mes appuis. Il ne me laissa pas le temps de retrouver mon équilibre et me conduisit ainsi jusqu’au bureau.

— Là.

Il me plaça devant le meuble et m’obligea à y appuyer le buste. Je m’y abandonnai presque, heureux malgré moi de trouver enfin quelque chose capable de supporter une partie de mon poids.

Étienne se plaça derrière moi.

Il examina longuement les marques laissées sur mes fesses. Je ne voyais pas son visage, seulement son reflet imparfait dans la vitre du Velux, mais je sentais son regard parcourir méthodiquement les rougeurs et les nombreuses boursouflures qui s’étaient formées. Cette inspection silencieuse avait quelque chose de presque professionnel, comme s’il évaluait le résultat d’une expérience plutôt que l’état d’un homme qui pleurait encore.

Je demeurai penché sur le bureau, épuisé, les joues humides.

— Ne bouge pas, dit-il simplement.

Je n’en avais de toute façon ni la force ni l’envie.

Et ce fut peut-être ce qui m’atteignit le plus : Étienne ne semblait attendre de moi ni courage ni dignité.

Je restai inerte, sans force, et le laissai faire.

Ce n’était même plus de l’obéissance au sens où Monsieur m’avait appris à l’entendre. Il n’y avait, à cet instant, ni décision véritable ni effort conscient pour me conformer à ce qu’il attendait de moi.

Puis, contre toute attente, la nature de ses gestes changea.

Je compris presque aussitôt ce qu’Étienne avait décidé. Il ne m’en avertit pas, ne chercha pas mon regard, ne prononça même pas un ordre. Il prit simplement possession de cet instant avec la même assurance que s’il avait été convenu depuis longtemps qu’il pouvait le faire.

La surprise me rendit soudain toute ma conscience.

Mon corps se tendit instinctivement et mes mains se crispèrent sur le bord du bureau. Pourtant, Étienne ne se précipita pas. Tout, dans son attitude, contrastait avec la brutalité des minutes précédentes. Il me pénétrait, avançait par étapes, s’interrompait, attendait que la tension de mon corps retombe avant de poursuivre. Chaque fois que je me raidissais, il marquait une nouvelle pause, suffisamment longue pour que ma respiration retrouve peu à peu un rythme plus régulier.

Cette patience me déconcerta. Étienne, qui quelques instants auparavant ne semblait accorder aucune importance à mes larmes, paraissait maintenant attentif au moindre changement dans mon corps. Non par douceur — je n’aurais pas osé employer ce mot à son sujet — mais avec une sorte de maîtrise calculée. Rien ne devait être précipité. Il imposait le rythme comme il avait imposé tout le reste.

Il ne cherchait pas à brusquer l’instant ; au contraire, il semblait vouloir l’étirer.

Comme s’il voulait que je le ressente pleinement.

Que je sente sa présence, son autorité, et surtout cette possession nouvelle qu’il entendait désormais exercer sur moi. La veille encore, j’avais essayé de comprendre quelle place Monsieur lui accordait. À cet instant, Étienne semblait vouloir me fournir sa propre réponse, non par une explication, mais en me laissant tout le temps nécessaire pour éprouver ce que cette place signifiait.

Je cessai progressivement de me crisper. Mes doigts se desserrèrent sur le bord du bureau, mes épaules s’affaissèrent et je restai là, épuisé, sans chercher davantage à anticiper.

Cette lenteur avait finalement quelque chose de plus troublant que sa brutalité.

Étienne ne voulait pas seulement que je lui obéisse.

Il voulait que je sente sa possession.

Puis je perçus un changement chez lui.

Le corps d’Étienne se raidit progressivement. Sa maîtrise, jusque-là presque méthodique, semblait lui demander davantage d’effort ; sa respiration devint plus courte, plus haletante, rompant enfin le calme insolent qu’il avait conservé depuis son entrée dans la mansarde.

Je l’entendais et le sentais jouir en moi.

Puis tout s’arrêta presque aussitôt.

Je demeurai appuyé contre le bureau, encore incapable de savoir ce qu’Étienne attendait de moi. Sa respiration retrouva progressivement son calme. La mienne restait irrégulière, davantage encore sous l’effet de l’épuisement accumulé depuis la veille.

Quelques secondes passèrent.

Puis, pour la première fois depuis que je le connaissais, sa voix perdit quelque chose de sa moquerie.

— C’est bien, petite chienne.

Étienne laissa encore passer un instant avant d’ajouter, beaucoup plus bas :

— Ton cul est délicieux.

Ces mots me troublèrent davantage que toutes les insultes dont il m’avait gratifié depuis la veille. Je m’étais déjà préparé à sa vulgarité, à ses provocations, à cette façon presque brutale de me rappeler la place qu’il entendait me donner. Mais je ne savais que faire d’un compliment.

Délicieux.

Le mot avait quelque chose de presque tendre dans sa bouche, précisément parce qu’il ne l’était pas. Il exprimait une satisfaction que, pour la première fois, Étienne ne cherchait ni à dissimuler ni à transformer en moquerie.

Et, malgré moi, j’en éprouvai une pointe de fierté.

Cette réaction me déconcerta. Moins de vingt-quatre heures auparavant, cet homme n’était encore pour moi que le professeur Delmas. À présent, une simple marque d’approbation de sa part suffisait déjà à produire en moi ce que le « C’est bien » de Monsieur avait mis plusieurs jours à acquérir : le désir inquiétant de l’entendre de nouveau.

Une fois à l’étage inférieur, je retrouvai Monsieur dans la cuisine.

Il était déjà installé à table. Lorsqu’il me vit entrer derrière Etienne, son regard se posa immédiatement sur moi et je compris qu’il n’aurait besoin d’aucune explication. Il m’examina attentivement, sans compassion apparente mais sans indifférence non plus. Ses yeux s’arrêtèrent sur mon visage défait, mes paupières gonflées par le manque de sommeil et les traces que mes larmes avaient laissées sur mes joues.

— Approche

J’obéis. Il me considéra encore quelques secondes, puis fit un geste de la main

— Retourne-toi.

Je pivotai lentement. Mes jambes manquaient encore d’assurance et le simple mouvement réveilla la fatigue accumulée pendant la nuit. Monsieur vérifia alors l’état de mes fesses, observant les rougeurs et boursouflures laissées par la correction du matin. Il écarta mes deux lobes, examina mon anus. Puis il regarda Étienne.

— Tu l’as rempli ?

La question tomba avec un naturel qui me déconcerta. Étienne leva les yeux vers lui et un sourire entendu passa sur son visage.

— Je me suis occupé de lui.

Cela parut suffire à Monsieur.

Il acquiesça simplement, comme si cette réponse confirmait ce qu’il venait de voir ; du sperme s'échappait de mon intimité. Aucun des deux ne jugea nécessaire d’en dire davantage.

Je restai debout entre eux, épuisé, le visage encore marqué par les larmes, avec cette sensation étrange d’entendre évoquer ce que je venais de vivre comme une chose parfaitement ordinaire entre eux.

— A genoux, là, devant moi Alex, reprit Monsieur.

J’obéis.

Je descendis lentement, avec précaution, jusqu’à poser les genoux sur le sol de la cuisine. Ce geste, je l’avais déjà accompli tant de fois depuis mon arrivée qu’il aurait dû m’être presque familier. Pourtant, à peine fus-je installé devant lui que quelque chose céda.

Je me mis à pleurer.

Pas quelques larmes silencieuses comme dans la mansarde. Cette fois, je ne contrôlais plus rien. Je baissai la tête, honteux de cet effondrement soudain, tandis que mes épaules étaient secouées de sanglots que je ne parvenais pas à contenir. Je ne savais même plus exactement pourquoi je pleurais. Était-ce la douleur ? La nuit sans sommeil ? Étienne ? Monsieur ? Ce qui venait de se passer à l’étage ? Tout se mélangeait. Depuis la veille, j’avais été interrogé sur mon avenir universitaire, découvert qu’Étienne partageait la vie de Monsieur, appris qu’il connaissait déjà une partie de ma nouvelle existence, compris qu’une autorité lui serait accordée sur moi, puis passé une nuit presque sans dormir avant d’être soumis, dès le matin, à de nouvelles épreuves.

Je n’arrivais plus à mettre de l’ordre dans ce que je ressentais.

— Je suis désolé, Monsieur…

— Ne t’excuse pas.

Je relevai légèrement la tête.

Il ne me consola pas. Il ne vint pas me prendre dans ses bras et ne me dit pas davantage que tout était terminé. Il resta devant moi, calme, attentif, comme s’il avait précisément attendu le moment où je ne pourrais plus me réfugier derrière ma maîtrise habituelle.

— Tu es épuisé, Alex. Et lorsque tu es épuisé, tu n’arrives plus à organiser ce qui t’arrive. Alors tu cherches une explication immédiate, une limite à laquelle te raccrocher, quelque chose qui te permette de reprendre le contrôle.

J’essuyai maladroitement mes joues.

— Je ne sais plus où j’en suis, Monsieur.

— Je sais.

Il attendit que je le regarde.

— C’est aussi pour cela que ce travail est nécessaire. Tu crois encore que ta soumission doit pouvoir être comprise avant d’être vécue. Tu voudrais analyser chaque étape, savoir où elle mène, décider ce qu’elle signifie avant d’accepter de la traverser. Mais certaines choses, Alex, tu dois d’abord les vivre.

Je l’écoutais à travers mes larmes.

— Ce que je fais avec toi depuis ton arrivée, ce qu’Étienne commence à faire à son tour, n’est pas une succession d’épreuves sans lien entre elles. Nous travaillons sur ce que tu es. Sur cette part de toi que tu as passée des années à contrôler, à dissimuler, parfois même à mépriser.

Sa voix resta calme.

— Tu es fait pour cette forme d’abandon, Alex. Cela ne signifie pas que tout doit t’être facile. Au contraire. Tu auras peur. Tu seras humilié, fatigué, contrarié. Tu rencontreras des choses que tu n’aurais jamais choisies spontanément. Mais si je supprimais tout ce qui te déstabilise, tout ce qui heurte tes habitudes et toutes les situations dans lesquelles tu ne maîtrises plus entièrement ce qui t’arrive, je ne t’apprendrais rien sur toi-même.

Je respirai profondément, essayant de calmer mes sanglots.

— Regardez-moi, Monsieur… Je ne sais même plus pourquoi je pleure.

— Parce que tu es arrivé au bout de ce que tu pouvais contenir ce matin. Rien de plus.

Cette réponse, étrangement, m’apaisa un peu.

Monsieur se pencha alors légèrement vers moi.

— Je ne te demande pas d’aimer chaque instant. Je ne te demande même pas de comprendre immédiatement tout ce que nous faisons. Je te demande de le traverser, de ressentir ce que cela produit en toi et de cesser de croire que le fait d’être bouleversé signifie nécessairement que quelque chose ne devrait pas avoir lieu.

Il marqua une pause.

— Tu as besoin de vivre ces situations parce qu’elles te confrontent à toi-même. Mais ne confonds jamais cela avec l’idée que tu devrais devenir insensible. Tes larmes ne sont pas un échec. Ta fatigue non plus.

Je baissai de nouveau les yeux.

Ce fut Étienne qui rompit le silence.

— Moi, je les connais, les raisons de cette fatigue.

Sa voix avait retrouvé cette froideur qui lui appartenait. Toute nuance avait disparu. Je l’entendis poser sa tasse avant de poursuivre :

— Cette petite chienne se donne en spectacle le soir devant ses Maîtres et, le lendemain matin, elle s’effondre en larmes parce qu’elle est épuisée.

Je compris immédiatement à quoi il faisait allusion. À la veille au soir. À ce qu’ils m’avaient ordonné, de me masturber devant eux, dans cette posture obscène, avant qu’Étienne ne m’emmène dans la mansarde. À cette épreuve que j’avais vécue comme considérable et qu’il réduisait maintenant, avec une cruauté délibérée, à un simple spectacle que j’aurais moi-même choisi de leur offrir.

Je relevai les yeux vers lui.

Étienne ne souriait même plus.

— Nous ne réitérerons pas.

La phrase fut prononcée comme une décision déjà prise, sans discussion possible.

Je ne sus pas immédiatement pourquoi elle me troubla autant. J’aurais dû ressentir du soulagement. Pourtant, la manière dont Étienne venait de me retirer cette possibilité produisit exactement l’effet inverse. Ce qui, quelques heures auparavant, m’avait humilié devenait soudain quelque chose dont il décidait que je serais désormais privé.

Monsieur ne le contredit pas.

Étienne s’approcha alors de moi et récupéra la cage de chasteté restée à l’écart depuis la veille. Sa seule vue suffit à me rappeler que Monsieur l’avait retirée devant lui et que, pendant quelques heures, cette règle-là aussi avait été suspendue.

— Debout.

Je regardai Monsieur.

— Tu as entendu Étienne, dit-il simplement.

Je me relevai péniblement.

Étienne remit aussitôt la cage en place, sans cérémonie, puis recula pour considérer le résultat.

Le petit déclic de la fermeture me parut étrangement définitif.

— Voilà, dit-il. C’est beaucoup mieux ainsi.

Je restai devant eux, encore épuisé, les joues humides.

La veille, l’absence de cette cage avait accompagné l’entrée d’Étienne dans une partie de ma vie que je croyais jusque-là réservée à Monsieur. Ce matin, c’était Étienne lui-même qui la refermait.

Et ce détail me fit comprendre quelque chose que leurs discours n’avaient pas encore réussi à rendre aussi concret : il ne se contentait déjà plus d’exercer l’autorité que Monsieur lui accordait.

Il commençait à participer aux règles qui organisaient mon existence.

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