Le goût de l'effondrement - chapitre 22

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 01-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Je passai une grande partie de ce samedi matin à dormir. Pas dans la mansarde, comme je l’avais imaginé : Monsieur étendit une simple couverture au milieu du salon et Etienne désigna le sol d’un mouvement de menton.

— Là, petite chienne, tu n’as besoin de rien d’autre pour récupérer.

Comme si les mots ne suffisaient pas, Étienne voulut donner à ce nouveau statut un signe visible. Il alla chercher un plug prolongé d’une queue de chien et me l’imposa, non sans douleur, avant de m’autoriser à m’allonger sur la couverture. Une fois en place, il recula de quelques pas pour me contempler.

— Voilà. Maintenant, c’est beaucoup plus clair.

J’étais trop épuisé pour réagir. Je m’allongeai au milieu du salon, avec cette queue désormais attachée à mon apparence comme une nouvelle marque de ce qu’Étienne voulait faire de moi. Lui semblait satisfait : le terme de petite chienne n’était plus seulement une vulgarité dont il usait pour m’humilier ; il venait de lui donner une représentation concrète.

Puis ils reprirent tranquillement leur matinée tandis que, couché à leurs pieds sur une simple couverture, je finissais par m’endormir.

Je fus réveillé à l’heure du déjeuner, encore lourd de fatigue et douloureux de toutes parts. Mon repas m’attendait au sol, dans la gamelle qui m’était désormais réservée. Je mangeai sans protester, encore engourdi, toujours avec ce plug ancré en moi, tandis que Monsieur et Étienne déjeunaient à table. À peine avais-je terminé que Monsieur se leva.

— Dépêche-toi, Alex. On sort.

Il revint avec un sac-poubelle contenant mes vêtements et me le tendit. Je compris aussitôt : pour m’habiller, il me fallait passer sur le palier. Je franchis donc la porte, nu, comme la règle l’exigeait désormais, et découvris une tenue pour le moins sommaire : un tee-shirt et un short léger, si court que ma cage de chasteté risquait d’apparaître par l’échancrure au moindre mouvement. Je tentai instinctivement de tirer sur le tissu.

— Laisse ça, Alex », trancha Monsieur.

Avec les chaussettes de tennis et les chaussures de randonnée qu’on m’avait préparées, je compris au moins que nous n’allions pas faire quelques courses. Au moment où Monsieur lança :

— Allez, viens petite chienne.

Étienne me tendit un petit sac à dos très léger.

— Qu’est-ce qu’il y a dedans, professeur ?

— Ce dont tu auras besoin.

Je l’enfilai sans insister et suivis les deux hommes dans l’escalier. Ils savaient où nous allions, ce que contenait ce sac et probablement ce qu’ils avaient prévu pour moi. Une fois encore, j’étais le seul à l’ignorer.

Nous descendîmes jusqu’au garage. J’imaginais que nous allions simplement monter en voiture lorsque Monsieur s’arrêta près du véhicule et se tourna vers moi.

— Déshabille-toi.

Je le regardai, surpris.

— Ici, Monsieur ?

— Ici. Tu gardes seulement tes chaussettes et tes chaussures.

L’idée que quelqu’un puisse entrer dans le garage me traversa immédiatement l’esprit, mais je connaissais désormais l’inutilité de ces hésitations. J’enlevai donc mon tee-shirt et mon short, que Monsieur récupéra avec le sac à dos. Je me retrouvai nu, chaussé de mes seules chaussures de randonnée, dans cette tenue absurde qui me fit prendre davantage conscience encore de ma vulnérabilité.

Monsieur contourna alors la voiture et ouvrit le coffre.

Je crus d’abord qu’il voulait y déposer mes affaires. Il les posa effectivement à l’intérieur, puis se retourna vers moi.

— Allez. Monte là-dedans.

Je restai immobile une seconde.

Mon regard passa du coffre ouvert à Monsieur, puis à Étienne. Aucun des deux ne semblait considérer cet ordre comme extraordinaire.

— Dans le coffre, Monsieur ?

Son visage se ferma légèrement.

— C’est bien ce que je viens de te dire, Alex.

Je regardai de nouveau l’espace qu’il venait de m’indiquer. Je ne savais toujours pas où ils m’emmenaient ; je comprenais seulement que le trajet lui-même faisait déjà partie de ce qu’ils avaient prévu pour moi.

Alors je m’approchai de la voiture.

Je me couchai en chien de fusil dans cet habitacle étroit. Monsieur rabattit le hayon et, quelques instants plus tard, le moteur démarra. Nous partîmes. Le trajet fut particulièrement inconfortable : je percevais chaque irrégularité de la chaussée, chaque virage, chaque freinage. Les ralentisseurs étaient les pires ; sans rien à quoi me retenir, mon corps était ballotté contre le plancher et les parois du coffre, réveillant à chaque secousse les douleurs accumulées depuis la veille. J’essayai de me caler comme je pouvais, les jambes repliées, mais l’espace m’offrait peu de possibilités et le poids du sac à dos près de moi réduisait encore mes mouvements. Très vite, je renonçai à chercher une position confortable.

Dans l’obscurité relative du coffre, je perdis également tout repère. Je ne savais ni quelle direction nous prenions ni combien de temps durerait le trajet. Je percevais seulement les bruits assourdis de la circulation et, par moments, les voix de Monsieur et d’Étienne à l’avant, trop indistinctes pour que je puisse comprendre ce qu’ils se disaient. Ils voyageaient normalement tandis que, quelques mètres derrière eux, nu à l’exception de mes chaussettes et de mes chaussures de randonnée, j’attendais simplement que la voiture s’arrête et qu’on m’apprenne enfin où ils avaient décidé de m’emmener.

À un moment, je compris que nous avions quitté la route goudronnée. Le roulement régulier des pneus avait laissé place au bruit sec des graviers projetés sous la voiture. Monsieur avait considérablement ralenti, mais cela ne changeait presque rien pour moi : chaque pierre, chaque ornière semblait se transmettre directement au plancher du coffre et je fus bientôt secoué plus durement encore que sur la route. Je me recroquevillai davantage, essayant vainement de me caler contre une paroi.

Puis la voiture s’immobilisa.

Le moteur s’arrêta. Deux portières claquèrent presque successivement. J’attendis naturellement que le coffre s’ouvre.

Rien.

J’entendis leurs pas sur les cailloux. Quelques mots furent échangés, trop loin déjà pour que je puisse les distinguer, puis les pas s’éloignèrent.

Je restai seul.

Au début, je pensai qu’ils reviendraient immédiatement. Quelques secondes, tout au plus. Mais le temps passa et aucun bruit ne se rapprocha. Enfermé dans cet espace étroit, incapable de voir où nous étions, je sentis une inquiétude beaucoup plus primitive remplacer toutes mes interrogations précédentes.

— Monsieur ?

Aucune réponse.

J’attendis encore.

— Monsieur !

Cette fois, ma voix trahissait ma peur.

Je tendis l’oreille, cherchant le moindre pas, une voix, n’importe quel signe de leur présence. Rien. Seulement quelques bruits extérieurs étouffés par la carrosserie.

Et soudain une pensée s’imposa à moi : je ne savais absolument pas où j’étais.

Je ne savais même pas s’ils se trouvaient encore à proximité.

Pour la première fois depuis notre départ, je cessai de me demander ce qu’ils avaient prévu pour moi.

J’eus simplement peur qu’ils ne reviennent pas.

Enfin, le coffre s’ouvrit. La lumière m’aveugla quelques secondes et je n’eus même pas le temps de me redresser qu’Étienne m’attrapa par le collier et m’extirpa du véhicule sans ménagement particulier, comme s’il en sortait un objet qu’on avait transporté jusque-là. Mes jambes, engourdies par le trajet, retrouvèrent difficilement le sol caillouteux.

— À genoux.

Je m’exécutai aussitôt. Autour de moi, je découvris un endroit isolé, en pleine nature, loin de toute habitation visible. Monsieur se tenait quelques mètres plus loin tandis qu’Étienne ouvrait le petit sac à dos que j’avais porté en quittant l’appartement. Il en sortit une laisse. À sa vue, je compris que son poids dissimulait depuis le début une partie de ce qu’ils avaient prévu. Il accrocha tranquillement le mousqueton à mon collier, puis tira légèrement dessus pour m’obliger à relever la tête.

Son sourire reparut.

— Tu voulais savoir pourquoi on t’avait amené jusqu’ici, petite chienne ?

Je le regardai sans répondre.

Il donna une petite tension à la laisse.

— Une balade. Voilà ce qu’on va faire. Une petite balade pour la petite chienne.

Je tournai les yeux vers Monsieur. Il ne manifesta aucune surprise, ce qui me confirma qu’Étienne n’improvisait rien.

Quelques heures auparavant, j’avais dormi sur une couverture au milieu de leur salon avec cette appellation nouvelle qui me poursuivait depuis le réveil. Maintenant, agenouillé sur les cailloux, une laisse fixée à mon collier, je comprenais qu’Étienne avait décidé de pousser beaucoup plus loin la mise en scène du rôle qu’il m’avait attribué.

— Debout, ordonna-t-il.

Je me relevai péniblement. Étienne conserva la laisse en main.

— Allez. On marche.

Je fis quelques pas, puis m’arrêtai presque aussitôt. Une peur nouvelle venait de me saisir. C’était la première fois que je me retrouvais entièrement nu dans la nature. À l’appartement, ma nudité avait fini par appartenir au décor ; ici, elle reprenait brutalement toute sa signification. Il n’y avait plus de porte fermée, plus de murs pour me soustraire aux regards, seulement ce chemin caillouteux qui disparaissait entre les arbres et dont j’ignorais où il conduisait.

Et il y avait cette laisse.

Je baissai les yeux vers elle, suivant du regard la lanière qui partait de mon collier pour rejoindre la main d’Étienne. Cette image me fit presque plus peur que ma nudité. Si quelqu’un apparaissait au détour du chemin, il ne verrait pas seulement un homme nu : il me verrait ainsi, conduit en laisse par un autre homme.

— Monsieur… et si nous rencontrons quelqu’un ?

Monsieur me regarda calmement.

— Nous verrons si cela arrive.

La réponse ne me rassura absolument pas.

Étienne, lui, tira légèrement sur la laisse.

— Avance, petite chienne. Tu ne vas pas passer ta promenade à imaginer tous les promeneurs que tu pourrais croiser.

Je repris ma marche, beaucoup moins assuré. Chaque bruit dans les arbres attirait désormais mon attention ; chaque fois que le chemin disparaissait derrière un tournant, je redoutais d’y voir surgir quelqu’un. Je pris alors conscience de ce qui me déstabilisait réellement : pour la première fois, ce qu’ils faisaient de moi n’était plus protégé par l’intimité de leur appartement.

Il suffisait qu’un inconnu apparaisse pour que cette part de ma nouvelle existence devienne visible

Au bout d’un moment, Monsieur et Étienne s’arrêtèrent. J’en éprouvai presque du soulagement : mes jambes étaient encore lourdes de fatigue et les cailloux rendaient la marche pénible. Monsieur se tourna vers moi.

— Profites-en pour uriner, Alex.

Je le regardai, surpris.

— Je n’en ai pas envie, Monsieur.

— Je ne t’ai pas demandé si tu en avais envie.

Je restai immobile quelques secondes. Cette fois, l’ordre me paraissait presque absurde.

— Mais je ne crois pas pouvoir…

— Essaie.

Je compris au ton de Monsieur que la discussion était terminée. Je m’écartai légèrement du chemin, gêné moins par ce qu’il me demandait que par la conscience aiguë de leur présence et par cette crainte, toujours intacte, de voir surgir un promeneur.

Je commençais à me placer lorsqu’Étienne tendit brusquement la laisse.

— Non.

Je me retournai.

Il me considérait avec ce sourire que je commençais déjà à redouter.

— Pas comme ça, petite chienne.

Je compris avant même qu’il poursuive.

— À quatre pattes.

Je sentis mon visage se décomposer.

— Professeur…

— Tu as très bien entendu.

Je regardai Monsieur. Il ne dit rien, mais son silence suffisait désormais.

Alors je descendis lentement, posai les mains sur le sol et me retrouvai à quatre pattes au bord du chemin, la laisse toujours reliée à mon collier. À cet instant, l’ordre initial de Monsieur me parut presque secondaire. Étienne venait encore de faire ce qu’il faisait depuis son retour : prendre une règle, un geste banal, et le transformer en affirmation concrète du statut qu’il avait décidé de me donner.

L’humiliation me saisit véritablement lorsque je pris conscience de ma position. À quatre pattes au bord d’un chemin, nu, chaussé de mes seules chaussures de randonnée, le collier autour du cou et la laisse toujours tenue par Étienne, je ne retrouvais plus rien de l’image que j’avais de moi-même.

Je sentais surtout leurs regards dans mon dos. Monsieur avait ordonné un geste banal ; Étienne l’avait transformé en démonstration de mon nouveau statut. Et je compris pourquoi cela m’atteignait autant : il ne suffisait plus que j’obéisse, il fallait que mon corps adopte lui aussi la place qu’ils avaient choisie pour moi. Cette contradiction entre l’homme que je continuais d’être et la posture dans laquelle je me trouvais me brûlait de honte.

La peur de voir surgir quelqu’un rendait tout plus intense. Au moindre bruit, je relevais la tête vers le chemin. Qu’un promeneur apparaisse et il n’aurait aucune explication, aucun contexte : seulement l’image d’un homme nu, à quatre pattes, tenu en laisse.

— Ne regarde pas partout, Alex, dit froidement Étienne. Fais ce qu’on t’a demandé.

Je baissai les yeux et urinai comme on me l’imposait. Malgré l’écartement important de mes jambes, je ne pus éviter les éclaboussures. J’en ressentis une humiliation immédiate, presque enfantine, et mon premier réflexe fut de vouloir me redresser pour m’essuyer.

La laisse se tendit.

— Non, dit Étienne. Tu restes comme ça jusqu’à ce que tu aies terminé.

Je me figeai. Le caractère dégradant de la situation me submergea alors davantage encore : ce n’était plus seulement la posture, ni même leur regard, mais l’impossibilité de retrouver immédiatement un peu de dignité en effaçant les traces de ce qu’ils venaient de m’imposer.

Je terminai donc sans relever la tête, brûlant de honte et avec une seule pensée : que personne n’apparaisse sur ce chemin.

Je compris alors que, par tous les moyens, ils cherchaient à me faire accepter cette dégradation, cet effondrement méthodique de l’image que j’avais toujours construite de moi-même. Rien n’était laissé intact : ma pudeur, mes réflexes sociaux, mon besoin de dignité, jusqu’à cette manière presque instinctive de vouloir conserver une apparence maîtrisée lorsque tout, intérieurement, vacillait.

Mais était-ce réellement moi qu’ils voulaient effondrer ? Je commençais à en douter. Monsieur me répétait qu’il ne voulait ni détruire ma volonté ni m’empêcher de penser. Peut-être cherchaient-ils plutôt à faire tomber tout ce dont je m’étais entouré pour ne jamais avoir à reconnaître cette autre part de moi : celle qui pouvait supporter l’humiliation, traverser la honte et demeurer malgré tout dans l’obéissance.

Étienne employait pour cela la brutalité et la vulgarité ; Monsieur, une méthode plus froide, plus construite. Les moyens différaient, mais ils semblaient poursuivre le même but : m’amener à regarder sans détour ce que je devenais lorsque tous mes anciens réflexes de protection m’étaient retirés.

Et le plus difficile n’était déjà plus ce qu’ils m’imposaient.

C’était de découvrir que, malgré la honte, je continuais à les suivre.

Et pourtant, une pensée plus dérangeante encore finit par s’imposer : je commençais à prendre goût à cet effondrement.

L’admettre me faisait honte. Ce n’était pas l’inconfort ni même l’humiliation en eux-mêmes que je recherchais, mais ce qu’ils produisaient en moi. À mesure que tombaient ma pudeur, mes réflexes de défense et cette nécessité permanente de préserver une image convenable de moi-même, je ressentais une forme de soulagement. Je n’avais plus à paraître, à contrôler, à décider constamment de ce qui était digne ou indigne de moi. Monsieur et Étienne s’en chargeaient.

Je pouvais donc éprouver de la honte et, dans le même temps, désirer aller plus loin. Ces deux sentiments ne s’annulaient pas ; ils semblaient au contraire se nourrir l’un l’autre. Plus l’image ancienne que j’avais de moi vacillait, plus je découvrais derrière elle une part de moi que j’avais toujours tenue sous contrôle.

C’était peut-être cela, finalement, qui m’effrayait le plus.

Ils ne m’apprenaient pas seulement à accepter mon effondrement. Je commençais à y trouver une forme de liberté.

Voulaient-ils vérifier qu’un déclic venait réellement de se produire en moi, ou simplement poursuivre plus loin encore cette entreprise de dégradation ? Je n’eus pas le temps de trancher. Chacun à leur tour, Monsieur puis Étienne m’imposèrent une nouvelle humiliation, m’aspergeant de leur urine jusqu’à ce que ma tête, mon visage, mon dos et mes fesses en portent les traces.

Je fermai les yeux mais ne bougeai pas.

Quelques jours auparavant, j’aurais probablement vécu cet instant comme une atteinte insupportable à ma dignité. Or quelque chose venait effectivement de changer. La honte était toujours là — immense — mais elle ne déclenchait plus en moi le même réflexe de fuite. Je restais à quatre pattes, la laisse fixée à mon collier, conscient de l’image que j’offrais et, plus troublant encore, conscient que je ne cherchais plus à m’en protéger.

Étienne observa longuement ma réaction.

— Regarde-le, dit-il enfin. Il ne cherche même plus à se relever.

Monsieur ne répondit pas.

Je gardai les yeux baissés, incapable de savoir si ce silence signifiait satisfaction ou simple observation.

Mais moi, je connaissais désormais la réponse à la question qui m’avait traversé quelques instants plus tôt.

Le déclic avait bien eu lieu.

Étienne me contempla quelques secondes avant de lâcher, avec cette vulgarité dont il semblait désormais faire une arme :

— Tu pues la pisse, petite chienne. Et habitue-toi : ces fragrances vont t’accompagner aussi souvent que possible.

Le mot fragrances, presque précieux au milieu de la grossièreté de la phrase, me frappa par son ironie. Étienne ne voulait manifestement pas que l’humiliation disparaisse avec l’instant qui l’avait produite. Il entendait qu’elle demeure sur moi, qu’elle m’accompagne, qu’elle devienne le rappel persistant de la place qu’il cherchait à m’inculquer.

Je restai à quatre pattes, sans répondre.

Quelques heures auparavant, cette perspective m’aurait révolté. À présent, elle provoquait en moi un trouble plus difficile à définir : la honte demeurait entière, mais elle se mêlait à cette étrange attirance pour mon propre déclassement que je venais tout juste d’oser reconnaître.

Monsieur intervint.

— Relève la tête. Regarde-moi, Alex.

J’obéis.

Il me contempla longuement, sans affect particulier. Je cherchai dans son regard quelque chose qui puisse m’aider à comprendre ce qu’il pensait de moi : du mépris, de la satisfaction, peut-être même cette compassion qu’il refusait presque toujours de manifester. Je n’y trouvai rien de tout cela.

Et ce fut précisément ce qui me troubla.

Pour lui, semblait-il, il n’y avait rien d’extraordinaire dans l’image que je lui offrais. Ma nudité, la laisse, ma posture, les traces humides et visibles de l’humiliation que je venais de subir : rien ne paraissait modifier la manière dont il me regardait. Il ne semblait ni me considérer comme diminué ni éprouver le besoin de me rendre une dignité que, de son point de vue, je n’avais peut-être jamais perdue.

Je compris alors que nous ne donnions pas le même sens au mot dégradation. Moi, je continuais à mesurer ce que je vivais à l’aune de l’homme que j’avais été, de ses pudeurs, de son statut social, de l’image qu’il devait préserver. Monsieur, lui, semblait regarder simplement Alex tel qu’il avait décidé de le prendre : soumis, exposé, humilié parfois, mais exactement à la place qu’il estimait désormais être la sienne.

Son regard ne me rabaissait pas.

Il rendait ma situation normale.

— Il est temps de rentrer, reprit Monsieur.

Je ressentis un soulagement immédiat.

— Oui, répondit Étienne. Surtout si tu veux qu’on s’arrête à cette aire de repos que nous connaissons bien. On pourrait voir comment notre petite chienne se comporte lorsqu’il n’y a plus seulement ses Maîtres pour s’intéresser à elle.

Je relevai brusquement la tête.

Étienne souriait.

— Quoi ? Ne me regarde pas comme ça. Je n’ai encore rien dit.

C’était justement le problème.

L’aire de repos, on pourrait voir, plus seulement ses Maîtres… Il avait disposé suffisamment de mots pour que mon imagination fasse le reste, tout en conservant la possibilité de prétendre que je n’avais rien compris.

— Monsieur…

— Oui, Alex ?

— Il veut dire quoi ?

Étienne eut un petit rire.

— Écoute-le. Il veut déjà connaître le programme.

Puis il se pencha légèrement vers moi.

— Peut-être qu’on s’arrêtera simplement boire un café. Peut-être qu’on te gardera près de nous. Peut-être qu’on découvrira que certains endroits sont fréquentés par des gens beaucoup plus curieux que toi. Peut-être que nous te ferons tourner et te mettrons à leur disposition. Tu verras bien.

Je regardai Monsieur, espérant qu’il mette fin à cette ambiguïté.

Il n’en fit rien.

— J’ai peur, Monsieur.

— Je sais.

Étienne tira doucement sur la laisse.

— Alors garde cette peur-là pour le trajet. Elle te donnera quelque chose à quoi penser.

Je les suivis vers la voiture avec une inquiétude devenue presque plus difficile à supporter qu’une menace précise. Étienne n’avait rien promis, rien annoncé, rien décrit.

Il avait seulement entrouvert une porte dans mon imagination.

Et Monsieur avait refusé de la refermer.

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