Le libraire et le gendarme (2)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le libraire et le gendarme (2)
Chapitre 2
Il n'a pas bougé tant que je n'ai pas démarré. En partant, j'ai jeté un dernier coup d'œil dans le rétroviseur. Benjamin était toujours là, debout dans l'ombre, les bras croisés sur sa large poitrine. Seul. Et je me suis demandé : si j'avais cédé à l'impulsion et posé ma main sur sa nuque, aurait-il reculé ? Ou bien était-ce l'opportunité ratée de la soirée ?
La lumière du tableau de bord a révélé mon visage tendu. J'ai engagé la marche arrière, puis j'ai appuyé sur le frein. Je ne pouvais pas partir. Je ne savais plus quoi penser.
J'ai coupé le moteur et je suis resté là, dans le noir, le cœur cognant contre mes côtes. J'analysais chaque contact, chaque regard. Était-ce une simple familiarité ? Le fruit de l'alcool ? Ou bien y avait-il réellement une drague cachée sous cette façade très carrée ? Le fait qu'il ait une petite amie rendait toute interprétation dangereuse.
Alors que j'étais perdu dans ce débat intérieur, une ombre imposante s'est détachée des ténèbres de l'allée. Benjamin Leclerc. Il s'est approché de ma portière, et j'ai vu la silhouette de son bras se lever. Il a frappé doucement à la vitre avec l'index, deux coups secs mais discrets.
J'ai été pris d'une violente surprise. J'ai eu le réflexe de baisser la vitre électrique. L'air frais de la nuit du Jura s'est engouffré, ainsi que le parfum discret de Benjamin.
-Benjamin, ai-je murmuré, m'adossant à la vitre de ma portière pour créer un semblant de distance et d'équilibre.
Il s'est penché légèrement, son visage beau et sévère éclairé par la seule lumière du tableau de bord. Il n'y avait plus de trace d'ivresse dans son regard. Il était redevenu le gendarme, concentré, mais avec une douceur inattendue. Il a tendu sa main, massive et chaude, et l'a délicatement posée sur ma main qui tenait encore le volant.
-Léopold, a-t-il dit, sa voix basse et urgente. Je suis désolé de vous retenir. Mais je me demandais si vous auriez un moment de libre un soir de semaine ?
Le contact de sa paume sur le dos de ma main a envoyé une nouvelle décharge électrique dans tout mon corps. C'était la première fois qu'il initiait un contact physique dans un moment de lucidité (ou du moins, sans l'excuse flagrante de l'alcool).
-Un moment de libre ? ai-je répété, ma gorge sèche. Pour quoi faire ?
-Pour parler de la région. Pour avoir ces conseils de randonnée que vous promettiez, a-t-il dit, le ton formel, mais les yeux contredisant la simplicité de l'excuse.
Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire. J'étais peut-être en train de marcher dans un piège, mais qu'importe.
-Je peux, ai-je répondu. Je suis à la boutique. Vous pouvez passer au salon de thé après 19h n'importe quel soir, une fois que j'ai fermé.
J'ai hésité, puis j'ai ajouté, un peu plus audacieusement :
-Si jamais c'est fermé à l'heure où vous arrivez, vous n'aurez qu'à frapper à la porte arrière, je serai à l'intérieur.
Mon invitation était claire : c'était un rendez-vous privé, hors des yeux curieux d'Éloïse ou de Camille.
Un très léger sourire a étiré les coins de la bouche de Benjamin.
-Après 19 heures. J'ai compris, Léopold, a-t-il affirmé.
Il a retiré sa main, mais il a pris soin de caresser le dos de ma main légèrement avec son pouce en la retirant. La douceur de son geste était une confirmation : l'ambiguïté était bien réelle.
-Merci, Monsieur Martin, a-t-il dit, formel de nouveau. Bonne route.
Il s'est redressé, a tourné les talons et est retourné vers la lumière et le bruit de la fête.
Je suis resté dans la voiture, ma main en feu. L'excitation était si forte qu'elle en était douloureuse.
Le retour à ma routine fut un calvaire. Le dimanche, j'ai passé plus de temps que nécessaire à récurer le comptoir, cherchant une trace, une preuve de la visite de Benjamin. Lundi et mardi se sont étirés, chaque journée se terminant par la même question : quel soir allait-il frapper à ma porte ?
Il avait dit un « soir de semaine ». Cela laissait un champ de possibles trop large pour mon esprit déjà survolté.
J'essayais de me concentrer sur les commandes de livres, mais ma tête était ailleurs. Était-ce un rendez-vous honnête pour des conseils de randonnée, une obligation professionnelle sous un alibi mince ? Ou était-ce l'aveu silencieux que l'électricité entre nous n'était pas unilatérale ?
Chaque jour, à partir de 18h30, l'ambiance du Grimoire & l'Émeraude se transformait. Je devenais obsessionnel. Je m'assurais que la porte avant était bien verrouillée, que les lumières du fond, près de ma petite réserve, étaient juste assez tamisées pour créer une atmosphère intime, mais pas trop sombres pour être suspectes. Je vérifiais que le petit fauteuil en cuir près de ma table de travail était parfaitement orienté. Je me changeais même. Après 19h, je ne portais plus ma chemise de travail, mais un pull en cachemire fin ou un cardigan, classe et mignon – au cas où.
Chaque soir, je faisais infuser mon meilleur Darjeeling, un geste mécanique. Je ne le buvais jamais. Il restait là, à côté de mes factures, fumant doucement, tandis que j'écoutais, les sens en alerte.
Lundi soir : rien. Seulement le bruit du vent dans les sapins. La déception fut amère.
Mardi soir : une voiture de gendarmerie a passé la rue à 19h15. Mon cœur a bondi. J'ai couru à la fenêtre. Ce n'était pas lui. Seulement une patrouille. J'ai juré intérieurement contre ma propre naïveté.
Ce soir, c'était mercredi. J'avais fermé à 19h pile. J'étais installé dans mon petit salon privé, à l'arrière, les genoux remontés contre ma poitrine, fixant l'horloge. 19h27.
Le silence était assourdissant. J'étais sur le point de me résigner à une autre soirée de solitude frustrée, me maudissant d'avoir cru à l'ambiguïté d'un homme qui avait une petite amie. J'ai soupiré, attrapant mon Darjeeling enfin froid.
Et puis, je l'ai entendu.
Un bruit léger mais distinct, provenant de la ruelle étroite qui longeait la boutique. Le son de pas lourds, assurés, sur le gravier. Des pas qui ne s'arrêtaient pas, mais qui s'approchaient de l'arrière de ma boutique.
Mon cœur s'est emballé, le sang bourdonnant dans mes oreilles. Ces pas ne pouvaient appartenir qu'à un homme de sa stature. Quelqu'un qui savait où aller.
Les pas se sont arrêtés juste devant ma porte de service, celle qui menait à l'arrière.
Puis, j'ai entendu trois coups discrets et fermes, frappés directement sur le bois.
Il était là.
J'étais parcouru d'une décharge électrique, mais je me suis forcé à la lenteur, à la maîtrise. J'ai pris le temps de me réajuster : j'ai lissé mon pull en cachemire fin, remis mes lunettes bien en place et respiré profondément. Il fallait que je sois le maître des lieux.
J'ai tiré le verrou, puis j'ai ouvert la porte de service.
Benjamin se tenait là, dans la faible lumière du lampadaire de la ruelle. Il portait un simple jean et un pull à col roulé sombre, le rendant plus civil, moins carré, mais toujours incroyablement imposant.
-Benjamin, ai-je dit, mon sourire plus sincère que professionnel.
-Léopold. Merci de me recevoir, a-t-il répondu, sa voix grave.
Il est entré. Son corps puissant a rempli l'espace. J'ai servi le Darjeeling, et la conversation a glissé doucement jusqu'à ce que nous nous asseyions sur les petits sofas.
-Vous vouliez parler de chemins de randonnée ? ai-je demandé, incapable de maintenir le prétexte.
Benjamin a posé sa tasse, ses yeux gris-bleu s'intensifiant. Il a expliqué son dilemme :
-Non, pas vraiment en fait. Mon métier de gendarme... exige une image carrée. J'ai toujours... été attiré par les hommes. Et en même temps, j'ai aimé les filles. Camille, c'est mon alibi.
Je hochai la tête, comprenant le dilemme.
-C'est un équilibre précaire.
Il s'est penché en avant, puis il a ramené son bras et a posé sa main derrière mon épaule, ses doigts s'agrippant légèrement à mon pull en cachemire. Il a repris, le regard intense :
-Et la raison pour laquelle vous m'avez fait douter de cet équilibre, c'est ce qui s'est passé dans l'allée de chez Éloïse l'autre soir.
Je voyais son problème professionnel et personnel, mais je me concentrais sur son identité, pas sur le fait que je sois la cause du doute.
-Ce lieu est un refuge, Benjamin. C'est normal de chercher à s'y cacher parfois, ai-je dit, sans comprendre l'implicite.
Mon manque de compréhension l'a frustré. L'homme très carré a perdu patience. Sa main, qui reposait derrière mon épaule, est soudainement montée. Il a attrapé ma nuque, ses doigts puissants pressant la base de mon crâne. Le contact était autoritaire, possessif, et la tension sexuelle est devenue explosive.
Il a exercé une pression douce mais implacable. En quelques secondes, il m'a tiré contre lui, brisant l'espace qui restait. Nos visages étaient à quelques centimètres. Je pouvais sentir son souffle chaud sur mes lèvres, et je sentais mon corps bander sous l'effet de ce contact brutal et désirant.
Ses yeux m'ont transpercé, et il a murmuré d'une voix rauque, si basse que seul moi pouvais l'entendre, la bouche pratiquement collée à la mienne :
-Arrêtez de me parler de ma putain de dualité, Léopold. Arrêtez de me parler de mon métier de gendarme. Vous me plaisez. Vous me plaisez depuis le premier jour.
Mon corps était en feu, ma nuque était en otage. J'étais sur le point de sceller nos lèvres quand mon téléphone, posé sur le comptoir, a vibré avec insistance.
L'écran affichait : Éloïse.
Benjamin a hésité un instant. Le baiser était là, suspendu à une seconde. Il n'a pas laissé le temps à la réflexion de s'installer. Sa main s'est faite plus ferme sur ma nuque et il a achevé l'action qu'il avait commencée : ses lèvres ont écrasé les miennes pour un baiser rapide, profond et exigeant. Un contact violent et plein de promesses.
Puis, il m'a relâché.
Sous le choc du baiser, j'ai vacillé. Mon réflexe a été d'attraper le téléphone, de décrocher l'appel et de le coller à mon oreille.
-Allô ? Éloïse ?
Mais le téléphone, malencontreusement manipulé dans la précipitation, a basculé en mode haut-parleur. La voix d'Éloïse, forte et claire, a retenti dans le silence de la petite pièce :
-Léopold ! Je t'ai loupé tout à l'heure, je suis passée mais tu étais déjà fermé ! Dis-moi vite, je voulais savoir si... Alors, qu'est-ce que tu penses de mon frère ? Tu m'as dit qu'il était sexy à mort !
Mon sang s'est glacé. Je me suis tourné vers Benjamin, qui se tenait figé à côté de moi, son expression de gendarme très carré à la fois mortifiée et amusée. Il avait tout entendu. J'ai rapidement récupéré le téléphone, m'éloignant d'Éloïse tout en essayant désespérément de désactiver le haut-parleur.
-Éloïse, mais qu'est-ce que tu racontes ? Je ne t'entends presque pas, attends !
J'ai appuyé sur l'écran pour couper le haut-parleur. En me concentrant sur l'appareil, j'ai tourné le dos à Benjamin. C'était une erreur monumentale.
Benjamin, libéré de l'impératif de l'écoute, a réagi immédiatement. Silencieux comme un prédateur, il a fait un pas en avant. Ses mains puissantes ont attrapé ma taille, me pressant fermement contre son torse. Puis, il a enfoui son visage dans mon cou et a commencé à m'embrasser, sa bouche chaude et humide pressée contre ma peau sensible. Le baiser était sensuel, délibéré, utilisant le bruit de la conversation pour couvrir son action.
Le contact inattendu de ses lèvres et de sa barbe naissante contre ma peau m'a fait sursauter. Un léger gémissement de surprise m'a échappé, à la fois de plaisir et de peur d'être découvert. Je me suis raidi, ma main s'agrippant au comptoir pour ne pas perdre l'équilibre.
À l'autre bout du fil, Éloïse a immédiatement réagi à mon bruit.
-Léopold ? C'était quoi ce bruit ? Tu vas bien ? Qu'est-ce que tu fais ? Tu as l'air essoufflé !
Paniqué, j'ai essayé de me dégager de l'étreinte de Benjamin, qui, lui, ne lâchait rien, intensifiant ses baisers sur mon cou.
-Non ! Non, je suis juste... je suis en train de ranger un carton lourd, Éloïse ! C'est la poussière ! Je dois te laisser, mon thé est en train de brûler ! ai-je menti, la voix tremblante.
J'ai raccroché brusquement, laissant Éloïse en plan. Je me suis retourné vers Benjamin, le souffle court, le cou marqué. Il m'a lâché la taille, son expression de nouveau très carrée, mais ses yeux brillaient d'une victoire et d'une faim mal contenues.
-Tu as tout entendu, ai-je dit, accusateur, le ton tremblant.
Il a juste hoché la tête, son regard se posant sur la rougeur de mon cou.
-Oui. Et j'ai vu ta réaction, Léopold.
Avant que j'aie pu répondre, mon téléphone s'est rallumé, le même nom clignotant. Éloïse. Elle rappelait, exigeant clairement des réponses. J’ai hésité, la panique me nouant l'estomac.
Benjamin, sans un mot, a pris la décision pour moi. Il a attrapé l'appareil et l'a tendu vers moi. Quand j'ai décroché, il a volontairement réactivé le mode haut-parleur d'une pression du pouce. La voix agacée d'Éloïse a rempli la pièce :
-Léopold ! Ne me raccroche pas au nez ! C'était quoi cette histoire de carton et de thé qui brûle ? Tu vas bien ? Je t'ai trouvé très bizarre.
Benjamin a ignoré la conversation. Il a repris sa position. Ses mains puissantes ont de nouveau attrapé ma taille, me tirant contre lui.
-Je... Je suis désolé, Éloïse, ai-je bégayé, ma voix trahissant ma détresse. C'était juste... j'étais sur le point de sortir une étagère de la réserve.
Tandis que j'inventais cette excuse boiteuse, Benjamin a commencé sa torture silencieuse. Il a enfoui son visage dans mon cou et a recommencé à m'embrasser, chaque baiser un défi au silence que je devais maintenir. Puis, ses mains ont commencé à descendre le long de ma taille, ses doigts caressant mes hanches avec une pression possessive et revendicatrice. Il me caressait partout.
Éloïse a continué :
-Mais tu es sûr que tout va bien ? Parce que franchement, tu as failli me faire une crise cardiaque quand tu as dit que mon frère était 'sexy à mort'. Je ne savais pas que tu étais si... enthousiaste.
-Éloïse, s'il te plaît, ai-je supplié, essayant de maintenir une façade de conversation téléphonique normale tout en sentant les doigts de Benjamin se glisser sous l'ourlet de mon pull en cachemire fin.
L'air m'a manqué. Benjamin, avec une audace incroyable, a relevé le bord de mon pull. D'un mouvement sec, il l'a retiré par-dessus ma tête. Mon pull a été retiré, et je me suis retrouvé en simple tee-shirt, exposé. Le froid de la pièce, contrastant avec la chaleur de son corps pressé contre mon dos, a envoyé un frisson le long de ma colonne vertébrale.
-Il... il fait chaud dans la boutique, ai-je réussi à articuler à Éloïse, les yeux clos, le corps arqué sous l'effet de ses baisers insistants dans mon cou et des caresses de ses mains sur mon ventre.
Mon gémissement était maintenant à la limite d'être audible pour Éloïse.
-Il fait chaud ? Mais Léopold, il fait 12 degrés dehors ! Arrête de mentir ! Tu es avec quelqu'un ? Je sais que tu es avec quelqu'un ! l'a accusé Éloïse.
-Non ! Je te jure que non, je suis seul ! Je t'appelle demain !
Je n'ai pas attendu sa réponse et j'ai coupé l'appel, jetant le téléphone sur le sofa. J'ai eu besoin d'une seconde pour reprendre mon souffle. Benjamin, enfin satisfait de mon abandon, a relâché mon corps. J'étais en sueur, en colère, et mon désir était une douleur lancinante.
-C'était extrêmement stupide, Benjamin. On aurait pu être découverts ! ai-je dit, furieux, essayant de couvrir mon corps exposé.
Il m'a regardé, son expression revenant à son calme très carré, malgré la folie de l'instant.
-Tu as bien menti, Léopold. Et non, on ne pouvait pas être découverts. Mais maintenant, elle est convaincue que tu as quelqu'un. Il a fait un pas vers moi, ses yeux fixés sur le rouge vif de ma peau.
-Et elle a raison, a-t-il murmuré, reprenant le fil du désir.
Fin du chapitre 2.
Il n'a pas bougé tant que je n'ai pas démarré. En partant, j'ai jeté un dernier coup d'œil dans le rétroviseur. Benjamin était toujours là, debout dans l'ombre, les bras croisés sur sa large poitrine. Seul. Et je me suis demandé : si j'avais cédé à l'impulsion et posé ma main sur sa nuque, aurait-il reculé ? Ou bien était-ce l'opportunité ratée de la soirée ?
La lumière du tableau de bord a révélé mon visage tendu. J'ai engagé la marche arrière, puis j'ai appuyé sur le frein. Je ne pouvais pas partir. Je ne savais plus quoi penser.
J'ai coupé le moteur et je suis resté là, dans le noir, le cœur cognant contre mes côtes. J'analysais chaque contact, chaque regard. Était-ce une simple familiarité ? Le fruit de l'alcool ? Ou bien y avait-il réellement une drague cachée sous cette façade très carrée ? Le fait qu'il ait une petite amie rendait toute interprétation dangereuse.
Alors que j'étais perdu dans ce débat intérieur, une ombre imposante s'est détachée des ténèbres de l'allée. Benjamin Leclerc. Il s'est approché de ma portière, et j'ai vu la silhouette de son bras se lever. Il a frappé doucement à la vitre avec l'index, deux coups secs mais discrets.
J'ai été pris d'une violente surprise. J'ai eu le réflexe de baisser la vitre électrique. L'air frais de la nuit du Jura s'est engouffré, ainsi que le parfum discret de Benjamin.
-Benjamin, ai-je murmuré, m'adossant à la vitre de ma portière pour créer un semblant de distance et d'équilibre.
Il s'est penché légèrement, son visage beau et sévère éclairé par la seule lumière du tableau de bord. Il n'y avait plus de trace d'ivresse dans son regard. Il était redevenu le gendarme, concentré, mais avec une douceur inattendue. Il a tendu sa main, massive et chaude, et l'a délicatement posée sur ma main qui tenait encore le volant.
-Léopold, a-t-il dit, sa voix basse et urgente. Je suis désolé de vous retenir. Mais je me demandais si vous auriez un moment de libre un soir de semaine ?
Le contact de sa paume sur le dos de ma main a envoyé une nouvelle décharge électrique dans tout mon corps. C'était la première fois qu'il initiait un contact physique dans un moment de lucidité (ou du moins, sans l'excuse flagrante de l'alcool).
-Un moment de libre ? ai-je répété, ma gorge sèche. Pour quoi faire ?
-Pour parler de la région. Pour avoir ces conseils de randonnée que vous promettiez, a-t-il dit, le ton formel, mais les yeux contredisant la simplicité de l'excuse.
Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire. J'étais peut-être en train de marcher dans un piège, mais qu'importe.
-Je peux, ai-je répondu. Je suis à la boutique. Vous pouvez passer au salon de thé après 19h n'importe quel soir, une fois que j'ai fermé.
J'ai hésité, puis j'ai ajouté, un peu plus audacieusement :
-Si jamais c'est fermé à l'heure où vous arrivez, vous n'aurez qu'à frapper à la porte arrière, je serai à l'intérieur.
Mon invitation était claire : c'était un rendez-vous privé, hors des yeux curieux d'Éloïse ou de Camille.
Un très léger sourire a étiré les coins de la bouche de Benjamin.
-Après 19 heures. J'ai compris, Léopold, a-t-il affirmé.
Il a retiré sa main, mais il a pris soin de caresser le dos de ma main légèrement avec son pouce en la retirant. La douceur de son geste était une confirmation : l'ambiguïté était bien réelle.
-Merci, Monsieur Martin, a-t-il dit, formel de nouveau. Bonne route.
Il s'est redressé, a tourné les talons et est retourné vers la lumière et le bruit de la fête.
Je suis resté dans la voiture, ma main en feu. L'excitation était si forte qu'elle en était douloureuse.
Le retour à ma routine fut un calvaire. Le dimanche, j'ai passé plus de temps que nécessaire à récurer le comptoir, cherchant une trace, une preuve de la visite de Benjamin. Lundi et mardi se sont étirés, chaque journée se terminant par la même question : quel soir allait-il frapper à ma porte ?
Il avait dit un « soir de semaine ». Cela laissait un champ de possibles trop large pour mon esprit déjà survolté.
J'essayais de me concentrer sur les commandes de livres, mais ma tête était ailleurs. Était-ce un rendez-vous honnête pour des conseils de randonnée, une obligation professionnelle sous un alibi mince ? Ou était-ce l'aveu silencieux que l'électricité entre nous n'était pas unilatérale ?
Chaque jour, à partir de 18h30, l'ambiance du Grimoire & l'Émeraude se transformait. Je devenais obsessionnel. Je m'assurais que la porte avant était bien verrouillée, que les lumières du fond, près de ma petite réserve, étaient juste assez tamisées pour créer une atmosphère intime, mais pas trop sombres pour être suspectes. Je vérifiais que le petit fauteuil en cuir près de ma table de travail était parfaitement orienté. Je me changeais même. Après 19h, je ne portais plus ma chemise de travail, mais un pull en cachemire fin ou un cardigan, classe et mignon – au cas où.
Chaque soir, je faisais infuser mon meilleur Darjeeling, un geste mécanique. Je ne le buvais jamais. Il restait là, à côté de mes factures, fumant doucement, tandis que j'écoutais, les sens en alerte.
Lundi soir : rien. Seulement le bruit du vent dans les sapins. La déception fut amère.
Mardi soir : une voiture de gendarmerie a passé la rue à 19h15. Mon cœur a bondi. J'ai couru à la fenêtre. Ce n'était pas lui. Seulement une patrouille. J'ai juré intérieurement contre ma propre naïveté.
Ce soir, c'était mercredi. J'avais fermé à 19h pile. J'étais installé dans mon petit salon privé, à l'arrière, les genoux remontés contre ma poitrine, fixant l'horloge. 19h27.
Le silence était assourdissant. J'étais sur le point de me résigner à une autre soirée de solitude frustrée, me maudissant d'avoir cru à l'ambiguïté d'un homme qui avait une petite amie. J'ai soupiré, attrapant mon Darjeeling enfin froid.
Et puis, je l'ai entendu.
Un bruit léger mais distinct, provenant de la ruelle étroite qui longeait la boutique. Le son de pas lourds, assurés, sur le gravier. Des pas qui ne s'arrêtaient pas, mais qui s'approchaient de l'arrière de ma boutique.
Mon cœur s'est emballé, le sang bourdonnant dans mes oreilles. Ces pas ne pouvaient appartenir qu'à un homme de sa stature. Quelqu'un qui savait où aller.
Les pas se sont arrêtés juste devant ma porte de service, celle qui menait à l'arrière.
Puis, j'ai entendu trois coups discrets et fermes, frappés directement sur le bois.
Il était là.
J'étais parcouru d'une décharge électrique, mais je me suis forcé à la lenteur, à la maîtrise. J'ai pris le temps de me réajuster : j'ai lissé mon pull en cachemire fin, remis mes lunettes bien en place et respiré profondément. Il fallait que je sois le maître des lieux.
J'ai tiré le verrou, puis j'ai ouvert la porte de service.
Benjamin se tenait là, dans la faible lumière du lampadaire de la ruelle. Il portait un simple jean et un pull à col roulé sombre, le rendant plus civil, moins carré, mais toujours incroyablement imposant.
-Benjamin, ai-je dit, mon sourire plus sincère que professionnel.
-Léopold. Merci de me recevoir, a-t-il répondu, sa voix grave.
Il est entré. Son corps puissant a rempli l'espace. J'ai servi le Darjeeling, et la conversation a glissé doucement jusqu'à ce que nous nous asseyions sur les petits sofas.
-Vous vouliez parler de chemins de randonnée ? ai-je demandé, incapable de maintenir le prétexte.
Benjamin a posé sa tasse, ses yeux gris-bleu s'intensifiant. Il a expliqué son dilemme :
-Non, pas vraiment en fait. Mon métier de gendarme... exige une image carrée. J'ai toujours... été attiré par les hommes. Et en même temps, j'ai aimé les filles. Camille, c'est mon alibi.
Je hochai la tête, comprenant le dilemme.
-C'est un équilibre précaire.
Il s'est penché en avant, puis il a ramené son bras et a posé sa main derrière mon épaule, ses doigts s'agrippant légèrement à mon pull en cachemire. Il a repris, le regard intense :
-Et la raison pour laquelle vous m'avez fait douter de cet équilibre, c'est ce qui s'est passé dans l'allée de chez Éloïse l'autre soir.
Je voyais son problème professionnel et personnel, mais je me concentrais sur son identité, pas sur le fait que je sois la cause du doute.
-Ce lieu est un refuge, Benjamin. C'est normal de chercher à s'y cacher parfois, ai-je dit, sans comprendre l'implicite.
Mon manque de compréhension l'a frustré. L'homme très carré a perdu patience. Sa main, qui reposait derrière mon épaule, est soudainement montée. Il a attrapé ma nuque, ses doigts puissants pressant la base de mon crâne. Le contact était autoritaire, possessif, et la tension sexuelle est devenue explosive.
Il a exercé une pression douce mais implacable. En quelques secondes, il m'a tiré contre lui, brisant l'espace qui restait. Nos visages étaient à quelques centimètres. Je pouvais sentir son souffle chaud sur mes lèvres, et je sentais mon corps bander sous l'effet de ce contact brutal et désirant.
Ses yeux m'ont transpercé, et il a murmuré d'une voix rauque, si basse que seul moi pouvais l'entendre, la bouche pratiquement collée à la mienne :
-Arrêtez de me parler de ma putain de dualité, Léopold. Arrêtez de me parler de mon métier de gendarme. Vous me plaisez. Vous me plaisez depuis le premier jour.
Mon corps était en feu, ma nuque était en otage. J'étais sur le point de sceller nos lèvres quand mon téléphone, posé sur le comptoir, a vibré avec insistance.
L'écran affichait : Éloïse.
Benjamin a hésité un instant. Le baiser était là, suspendu à une seconde. Il n'a pas laissé le temps à la réflexion de s'installer. Sa main s'est faite plus ferme sur ma nuque et il a achevé l'action qu'il avait commencée : ses lèvres ont écrasé les miennes pour un baiser rapide, profond et exigeant. Un contact violent et plein de promesses.
Puis, il m'a relâché.
Sous le choc du baiser, j'ai vacillé. Mon réflexe a été d'attraper le téléphone, de décrocher l'appel et de le coller à mon oreille.
-Allô ? Éloïse ?
Mais le téléphone, malencontreusement manipulé dans la précipitation, a basculé en mode haut-parleur. La voix d'Éloïse, forte et claire, a retenti dans le silence de la petite pièce :
-Léopold ! Je t'ai loupé tout à l'heure, je suis passée mais tu étais déjà fermé ! Dis-moi vite, je voulais savoir si... Alors, qu'est-ce que tu penses de mon frère ? Tu m'as dit qu'il était sexy à mort !
Mon sang s'est glacé. Je me suis tourné vers Benjamin, qui se tenait figé à côté de moi, son expression de gendarme très carré à la fois mortifiée et amusée. Il avait tout entendu. J'ai rapidement récupéré le téléphone, m'éloignant d'Éloïse tout en essayant désespérément de désactiver le haut-parleur.
-Éloïse, mais qu'est-ce que tu racontes ? Je ne t'entends presque pas, attends !
J'ai appuyé sur l'écran pour couper le haut-parleur. En me concentrant sur l'appareil, j'ai tourné le dos à Benjamin. C'était une erreur monumentale.
Benjamin, libéré de l'impératif de l'écoute, a réagi immédiatement. Silencieux comme un prédateur, il a fait un pas en avant. Ses mains puissantes ont attrapé ma taille, me pressant fermement contre son torse. Puis, il a enfoui son visage dans mon cou et a commencé à m'embrasser, sa bouche chaude et humide pressée contre ma peau sensible. Le baiser était sensuel, délibéré, utilisant le bruit de la conversation pour couvrir son action.
Le contact inattendu de ses lèvres et de sa barbe naissante contre ma peau m'a fait sursauter. Un léger gémissement de surprise m'a échappé, à la fois de plaisir et de peur d'être découvert. Je me suis raidi, ma main s'agrippant au comptoir pour ne pas perdre l'équilibre.
À l'autre bout du fil, Éloïse a immédiatement réagi à mon bruit.
-Léopold ? C'était quoi ce bruit ? Tu vas bien ? Qu'est-ce que tu fais ? Tu as l'air essoufflé !
Paniqué, j'ai essayé de me dégager de l'étreinte de Benjamin, qui, lui, ne lâchait rien, intensifiant ses baisers sur mon cou.
-Non ! Non, je suis juste... je suis en train de ranger un carton lourd, Éloïse ! C'est la poussière ! Je dois te laisser, mon thé est en train de brûler ! ai-je menti, la voix tremblante.
J'ai raccroché brusquement, laissant Éloïse en plan. Je me suis retourné vers Benjamin, le souffle court, le cou marqué. Il m'a lâché la taille, son expression de nouveau très carrée, mais ses yeux brillaient d'une victoire et d'une faim mal contenues.
-Tu as tout entendu, ai-je dit, accusateur, le ton tremblant.
Il a juste hoché la tête, son regard se posant sur la rougeur de mon cou.
-Oui. Et j'ai vu ta réaction, Léopold.
Avant que j'aie pu répondre, mon téléphone s'est rallumé, le même nom clignotant. Éloïse. Elle rappelait, exigeant clairement des réponses. J’ai hésité, la panique me nouant l'estomac.
Benjamin, sans un mot, a pris la décision pour moi. Il a attrapé l'appareil et l'a tendu vers moi. Quand j'ai décroché, il a volontairement réactivé le mode haut-parleur d'une pression du pouce. La voix agacée d'Éloïse a rempli la pièce :
-Léopold ! Ne me raccroche pas au nez ! C'était quoi cette histoire de carton et de thé qui brûle ? Tu vas bien ? Je t'ai trouvé très bizarre.
Benjamin a ignoré la conversation. Il a repris sa position. Ses mains puissantes ont de nouveau attrapé ma taille, me tirant contre lui.
-Je... Je suis désolé, Éloïse, ai-je bégayé, ma voix trahissant ma détresse. C'était juste... j'étais sur le point de sortir une étagère de la réserve.
Tandis que j'inventais cette excuse boiteuse, Benjamin a commencé sa torture silencieuse. Il a enfoui son visage dans mon cou et a recommencé à m'embrasser, chaque baiser un défi au silence que je devais maintenir. Puis, ses mains ont commencé à descendre le long de ma taille, ses doigts caressant mes hanches avec une pression possessive et revendicatrice. Il me caressait partout.
Éloïse a continué :
-Mais tu es sûr que tout va bien ? Parce que franchement, tu as failli me faire une crise cardiaque quand tu as dit que mon frère était 'sexy à mort'. Je ne savais pas que tu étais si... enthousiaste.
-Éloïse, s'il te plaît, ai-je supplié, essayant de maintenir une façade de conversation téléphonique normale tout en sentant les doigts de Benjamin se glisser sous l'ourlet de mon pull en cachemire fin.
L'air m'a manqué. Benjamin, avec une audace incroyable, a relevé le bord de mon pull. D'un mouvement sec, il l'a retiré par-dessus ma tête. Mon pull a été retiré, et je me suis retrouvé en simple tee-shirt, exposé. Le froid de la pièce, contrastant avec la chaleur de son corps pressé contre mon dos, a envoyé un frisson le long de ma colonne vertébrale.
-Il... il fait chaud dans la boutique, ai-je réussi à articuler à Éloïse, les yeux clos, le corps arqué sous l'effet de ses baisers insistants dans mon cou et des caresses de ses mains sur mon ventre.
Mon gémissement était maintenant à la limite d'être audible pour Éloïse.
-Il fait chaud ? Mais Léopold, il fait 12 degrés dehors ! Arrête de mentir ! Tu es avec quelqu'un ? Je sais que tu es avec quelqu'un ! l'a accusé Éloïse.
-Non ! Je te jure que non, je suis seul ! Je t'appelle demain !
Je n'ai pas attendu sa réponse et j'ai coupé l'appel, jetant le téléphone sur le sofa. J'ai eu besoin d'une seconde pour reprendre mon souffle. Benjamin, enfin satisfait de mon abandon, a relâché mon corps. J'étais en sueur, en colère, et mon désir était une douleur lancinante.
-C'était extrêmement stupide, Benjamin. On aurait pu être découverts ! ai-je dit, furieux, essayant de couvrir mon corps exposé.
Il m'a regardé, son expression revenant à son calme très carré, malgré la folie de l'instant.
-Tu as bien menti, Léopold. Et non, on ne pouvait pas être découverts. Mais maintenant, elle est convaincue que tu as quelqu'un. Il a fait un pas vers moi, ses yeux fixés sur le rouge vif de ma peau.
-Et elle a raison, a-t-il murmuré, reprenant le fil du désir.
Fin du chapitre 2.
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