Les aventures de Cunny et Fella 7/10
Récit érotique écrit par Philus [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 18-09-2026 dans la catégorie Dans la zone rouge
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VII – Montparnasse
Au bout de deux jours, Cunny et Fella avaient totalement oublié le danger potentiel que pouvait représenter Marcellin d’Espinchal s’il venait à la « Lune Pourpre ». Prises dans le cercle répétitif : strip-tease, glory-hole et économies pour les coups durs, Cunny et Fella travaillaient d’arrache-pied. Cunny fêta son dix-neuvième anniversaire le vingt-cinq février et, le samedi suivant, ce qui devait arriver arriva. Elles ne remarquèrent pas le directeur du pensionnat, seul, attablé au fond de la salle du cabaret.
Marcellin d’Espinchal, on l’a vu, appréciait particulièrement les jeunes femmes, avec la bénédiction de son épouse Louise. En-dehors, de cela, les d’Espinchal ne rechignaient pas sur une baise coquine tous les deux, quelquefois debout au détour d’un couloir de leur immense propriété, comme au début de leur mariage. Un jour, ils ont été surpris par Madeleine Ciroteau. Sans se démonter, Louise invita la surveillante à branler son mari pendant qu’elle espérait sa semence, à genoux, et la bouche ouverte. Lesbienne convaincue, Madeleine s’exécuta, mais du bout des doigts. Louise s’avérait particulièrement tolérante pour les frasques de son époux avec d’autres femmes, qu’elle y participât elle-même ou non. En revanche, elle n’aurait sûrement pas apprécié que Marcellin se compromît avec des hommes. Or, c’était pourtant ce qu’il était venu chercher ce soir-là à Paris. Jean, avec le flair qui le caractérisait, l’avait tout de suite repéré. Il aurait pu se passer quelque chose entre eux si le facétieux destin ne s’en était mêlé.
Quand vous vous trouvez sur une scène ébloui par les projecteurs, la salle des spectateurs n’apparaît que sous la forme d’une immense tache noire, hormis peut-être le tout premier plan. Trop loin pour être repéré par Cunny lors de son inspection préalable par la petite lucarne habituelle, Marcellin ne le fut pas plus lorsque les deux amies montèrent sur les planches pour exécuter leur numéro de strip-tease. Cette fois-ci, pas de masque à plumes et à paillettes, elles étaient donc parfaitement identifiables. Marcellin avala son whisky de travers quand les deux filles se trémoussèrent sur scène en s’effeuillant.
— Nom de Dieu ! jura-t-il. Les salopes ! Si je pensais un jour les trouver là…
Il attendit la fin du spectacle, d’une part pour finir de se rincer l’œil et d’autre part pour prendre le temps de bien examiner le visage des jeunes femmes.
— Non, non. Je ne me trompe pas. Ce sont bien les petites putes qui se sont tirées du pensionnat. Je vais leur faire une sacrée surprise…
Il termina son deuxième whisky et quitta le cabaret. Face à la sortie des artistes, Marcellin avait repéré un bar de quartier tout en zinc et en cuivre, comme on n’en trouve plus guère à Paris. Il s’installa sur une banquette en similicuir vert foncé à côté de la vitrine donnant sur la rue et commanda un autre whisky. Il n’était que vingt trois heures et il s’apprêtait à attendre un moment avant de voir arriver les deux jeunes femmes. Il ignorait qu’elles habitaient dans le bâtiment même du cabaret et il aurait pu patienter longtemps. Seulement ce soir-là, Cunny et Fella, après avoir sucé chacune un client, décidèrent d’aller prendre un verre rue Caulaincourt, face au cimetière de Montmartre. Cunny sortit en premier, immédiatement suivie par Fella qui claqua la porte. D’Espinchal surgit du bistrot et se dissimula derrière les voitures en stationnement. Quand il fut assez près des filles, il se rua sur la première, en l’occurrence Cunny, qu’il attrapa et immobilisa. Surprises, les deux amies crièrent en même temps.
— J’vous ai trouvées mes salopes ! Vous allez venir avec moi vite fait, on retourne au pensionnat. Je vous jure que ça va barder pour votre cul ! Hurla d’Espinchal.
Alerté par les cris, Jean, qui allait rentrer chez lui, assista à la scène. Bien trop faible pour tenir tête à un Marcellin relativement costaud et énervé par l’alcool, il courut vers le bar du cabaret.
— Thierry ! Assan ! Venez vite, les filles ont des emmerdes !
Thierry était un jeune homme d’une stature moyenne âgé de vingt-huit ans. Il n’impressionnait pas énormément, mais quand il se battait, c’était autre chose. Ceinture noire de karaté, il s’entraînait au dojo plusieurs fois par semaine et de nombreux clients, un peu agressifs en fin de soirée, en avaient fait l’expérience à leurs frais. Assan, quant à lui, la trentaine, fréquentait d’habitude les salles de musculation. Originaire du Sénégal, il pratiquait une sorte de lutte africaine et, à la différence de Thierry, sa musculature seule suffisait le plus souvent à calmer les esprits surchauffés. Quand ils déboulèrent tous les deux sur le trottoir, ils se ruèrent sur d’Espinchal. Ce dernier lâcha brutalement Cunny qui s’affala sur le bitume. Thierry frappa l’agresseur le premier et le fit tomber d’un magnifique coup de pied à la tempe. Assan le ramassa, le souleva de terre et, nez contre nez, lui postillonna au visage :
— Dégage ! Crevure ! Ou mon pote et moi, on te fait rentrer dans une bouche d’égout !
Marcellin agitait les pieds, suppliant qu’on le reposât au sol. Assan lui flanqua un violent coup de tête et le projeta à trois mètres de distance. Marcellin s’étala de tout son long avant de se relever rapidement, le nez en sang. Puis, sans demander son reste, il détala comme un lapin en direction de la place Blanche.
Cunny, réconfortée par son amie, avait retrouvé son calme.
— Merci les gars ! déclara Fella en emmenant Cunny sous son aile.
Les deux videurs marmonnèrent un « Pas de quoi », puis revinrent dans le cabaret suivis des deux jeunes femmes. Fella rassura Jean, qui rentra chez lui.
*-*
Assises face à face chacune sur un lit, les deux filles se remettaient de leurs émotions.
— Thierry et Assan ne seront pas toujours là, déclara Cunny. Ce salaud sait où on bosse maintenant, ça devient dangereux de rester là.
— Je commençais bien à m’habituer, répondit Fella. Mais je dois admettre que tu as raison. Il faut partir d’ici et vite.
— Oui, mais pour aller où ?
— Nous avions prévu Hendaye à l’origine, chez mon parrain et ma marraine. Tu es toujours d’accord ? interrogea Fella.
— Je ne peux pas revenir chez moi, je ne veux surtout pas retourner au pensionnat et je ne peux pas rester ici. Je n’ai guère le choix… fit Cunny, désabusée.
— Alors, allons-y. Tu verras, ce sont des gens charmants.
Sur ces paroles, Fella se leva et s’assit à côté de son amie. Puis, rejetant les longs cheveux blonds en arrière, elle l’embrassa dans le cou.
— Fella… souffla Cunny.
— Tu me fais mouiller depuis la première fois où je t’ai vue, tu sais.
Les deux filles basculèrent sur le lit. Fella se précipita sur la bouche entrouverte de Cunny et l’envahit de sa langue. L’interminable baiser était ponctué de doux bruits de succion. La main de la jolie rousse ne resta pas immobile et se coula sous la jupe de son amie. Elle glissa ses doigts habiles dans la culotte et caressa avec douceur la vulve épilée qui bavait. Se redressant, elle se déshabilla entièrement, aussitôt imitée par sa partenaire et les deux femmes s’enlacèrent amoureusement. Fella lui embrassa les seins et lui mordilla les tétons. Cunny gémissait de plaisir et lui repoussa la tête en direction de son ventre. Fella lécha l’abdomen jusqu’aux nymphes qu’elle attrapa en pinçant les lèvres. Elle introduisit sa langue dans le vagin de la belle blonde et but la cyprine à sa source. Ce fut le moment que Cunny choisit pour se tourner à moitié et fourrer son visage entre les cuisses de Fella. À son tour, elle plongea sa langue au milieu de la toison rousse de son amie. Des gouttes de sécrétions vaginales perlaient au sommet des poils les plus proches du sexe béant. Le soixante-neuf aurait pu durer longtemps, jusqu’à l’orgasme des deux filles en fait, mais Cunny avait envie d’autre chose. Elle tendit la main et attrapa de sous l’oreiller un double godemiché qu’elles avaient récemment acheté dans un des nombreux sex-shops du quartier de Pigalle. Elles ne l’avaient pas encore essayé, à vrai dire, elles l’avaient même un peu oublié. Souple, épais et veiné, il ressemblait à s’y méprendre à un énorme pénis en érection de chaque côté. Cunny approcha l’engin du sexe de Fella.
— Écarte, fit-elle simplement.
Fella ferma les yeux et ouvrit le compas de ses cuisses, anticipant le plaisir de la pénétration. Cunny posa le gland de silicone entre les nymphes et appuya. Fella gémit.
— Plus loin, Cunny, plus loin !
Cunny pénétra son amie de quelques centimètres supplémentaires.
— Laisse-m’en un peu ! murmura-t-elle.
Le godemiché buta sur le col de l’utérus.
— Arrête ! À toi maintenant, ordonna Fella.
Cunny s’assit à l’envers sur sa partenaire, et introduisit l’autre extrémité du gode dans sa chatte. Elle effectua quelques va-et-vient, puis ressortit le dildo pour le poser contre son sphincter. En douceur, mais avec fermeté, elle força le passage de l’anus et enfonça l’objet jusqu’à toucher le ventre de Fella du bout des fesses. Cunny et Fella basculèrent sur le côté et cette dernière entama une longue série d’aller-retour qui déclencha chez elle un orgasme peu commun. Cunny jouit autant, surtout grâce à ses doigts qui frottaient son clitoris. Les deux filles, comme électrocutées, demeuraient immobiles en respirant profondément.
— C’est dément ce truc-là, affirma Fella. Pourquoi tu l’as mis dans ton cul ? Moi j’ai pris un pied pas possible.
Cunny rit discrètement.
— Je ne sais pas. Ça m’a pris comme ça, j’avais envie d’être sodomisée, répondit-elle en sortant l’objet de son rectum et du vagin de Fella.
— Quand tu te branles avec ça derrière, les sensations sont géantes, continua-t-elle.
Les deux amies s’embrassèrent puis refirent l’amour avec juste leurs doigts. Enfin, elles s’endormirent dans les bras l’une de l’autre. Même d’Espinchal ne fut pas invité dans leurs rêves.
*-*
Paul n’avait pas voulu laisser partir les filles avant une semaine, le temps de leur trouver des remplaçantes convenables. Cunny et Fella avaient peur chaque fois qu’elles quittaient le cabaret. Elles voyaient d’Espinchal partout, ce n’était plus une vie et cela les confortait dans leur désir de renoncer à Paris. Le jour du départ, elles appelèrent un taxi pour se rendre à la gare Montparnasse. Il attendait à l’heure et les adieux furent brefs, seul Jean les accompagna. Cunny et Fella avaient troqué leur sac peu pratique pour un sac à dos de style. Le chauffeur appuya sur un bouton, le coffre s’ouvrit et les deux amies y jetèrent leur maigre bagage. Doucement, la voiture démarra et Jean leur adressa un signe d’adieu. Un véhicule noir, immatriculé dans l’Yonne et avec à son bord trois hommes, quitta son stationnement et suivit le taxi.
Cunny et Fella, au milieu de la foule, scrutaient les écrans, recherchant le quai de départ pour Hendaye. Avec plus d’une demi-heure d’avance, leur destination n’était pas encore renseignée.
— J’ai le temps de passer aux toilettes, fit Cunny.
— Je t’accompagne.
Les deux filles pénétrèrent dans les WC réservés à la gente féminine, puis chacune dans une cabine. Quand Cunny en sortit, elle sursauta. Deux hommes étaient là, dont l’un maitrisait Fella, la main sur sa bouche, tandis que l’autre inconnu s’approchait d’elle, menaçant. À ce moment précis, une femme en uniforme entra dans le local et l’individu lâcha Fella. L’agent de police prit aussitôt un air autoritaire.
— Qu’est-ce que vous foutez là ? interrogea-t-elle. Ici, c’est réservé aux femmes, vous ne savez pas lire ?
Les deux complices s’entreregardèrent et s’en allèrent sans un mot.
— Un souci ? s’enquit la policière.
— Non, non, s’empressa de répondre Fella. Deux types un peu collants, c’est tout.
— S’il y a un problème, vous pouvez aller au bureau de sécurité, c’est au bout du quai.
Sur ces paroles quelque peu rassurantes, la femme pénétra dans des WC et les deux amies quittèrent les sanitaires.
— Pourquoi tu n’as rien dit ? demanda Cunny.
— Je ne voulais pas mêler les flics à notre histoire. Elle est déjà assez compliquée. Bon, soyons sur nos gardes, ils vont sûrement tenter de recommencer.
Le quai du train pour Hendaye n’était toujours pas annoncé. Les filles marchèrent au milieu de la cohue, là où elles se sentaient le plus en sécurité. Quand soudain, Cunny aperçut au loin les deux individus, dont l’un les montrait du doigt.
— Vite ! Ils nous ont vues !
Les deux jeunes femmes partirent en courant pendant que les deux hommes se frayaient un chemin dans la foule. Elles se dirigèrent entre deux trains à quai pensant échapper au regard de leurs poursuivants. Elles se dissimulèrent en retrait d’un énorme poteau, malgré cela, ils les avaient repérées et s’engagèrent à leur suite. Un contrôleur, sifflet à la bouche, annonça le départ imminent d’un des deux TGV. Cunny et Fella se regardèrent et se comprirent en un instant. Elles jaillirent de leur cachette et s’engouffrèrent dans le wagon proche, juste avant la fermeture des portes qui se bloquèrent derrière elles. Le convoi démarra en douceur. Les deux hommes tentèrent de monter également, mais peine perdue, ils se firent rappeler à l’ordre par l’employé de la SNCF. Dépités, ils regardèrent partir le train puis firent demi-tour avant de sortir de la gare au pas de course.
— Ouf ! s’exclama Cunny, essoufflée. On les a eus.
— Oui, confirma Fella sur le même ton. Puis, après un moment :
— Mais au fait, il va où ce train ?
*-*
— Oui, mesdemoiselles. Ce train dessert Nantes, puis Saint-Nazaire, terminus. Vos billets pour Hendaye ne sont pas valables…
Georges le contrôleur, un homme d’une cinquantaine d’années, avec son uniforme bleu et sa casquette à liséré rouge, n’en démordait pas.
— Puisqu’on vous dit que nous nous sommes trompées de train. C’était mal signalé à Montparnasse, affirma Fella avec aplomb.
— Et puis le billet pour Hendaye est plus cher qu’un billet pour Nantes. Alors, vous n’êtes pas perdant, ajouta Cunny. Nous descendrons à Nantes, c’est promis.
Le contrôleur semblait ennuyé.
— Peut-être, mais le règlement…
Fella plaqua soudain sa main sur la braguette de l’employé.
— On peut peut-être s’arranger avec le règlement, proposa-t-elle.
Georges ouvrit les yeux en grand et, sur l’instant, ne put sortir un mot. Pendant ce temps, Fella caressait le sexe qui bandait. Ce brave homme était marié et, jusqu’à présent fidèle, mais une jeune femme comme Fella ou Cunny, il n’en espérait pas tant. Reprenant ses esprits, il écarta la main inquisitrice.
— Suivez-moi, fit-il à Fella. Vous, restez là, en s’adressant à Cunny.
Il existait, dans ce TGV, un local professionnel aménagé pour le personnel dans l’un des wagons. Les voyageurs n’y avaient pas accès. La place s’avérait calculée au plus juste, environ l’équivalent d’un compartiment de huit personnes. Une petite armoire en métal, une tablette, une chaise et un lit en toile pour tout mobilier. Georges entra suivi de Fella. Il ferma la porte au verrou. Il défit sa ceinture et laissa choir son pantalon et son slip sur ses chevilles.
— Dépêchez-vous.
Fella sourit, elle sut à cet instant qu’elles avaient gagné. Elle tomba à genoux et pressa légèrement les testicules dans sa main. Elle approcha ses lèvres et enfourna la totalité du pénis devenu raide comme un bambou. Elle fit frotter le gland contre la muqueuse de sa gorge, l’homme soupirait. Sa bouche revint au niveau du gland et sa langue tournoya autour en appuyant doucement. Puis elle caressa le frein et dévora la chair rose qu’elle astiqua contre sa joue. C’était toute une technique que Fella mettait en œuvre. En une dizaine de minutes, Georges dépassa le point de non-retour. Voyant la fin arriver, elle masturba très légèrement le court prépuce tout en continuant de sucer. Elle resserra fermement sa poigne sur le scrotum.
— Mademoiselle ! Mademoiselle ! Je jouis ! Aahhh !
Tranquillement, Fella reçut en bouche les giclées de sperme qu’elle avalait au fur et à mesure. Puis elle ralentit le rythme en se calant sur celui de la respiration saccadée de son partenaire. La bite redevint flaccide, une goutte de liquide séminal perla au bord du méat et Fella la cueillit de la pointe de la langue. Un dernier baiser sur le gland et elle se releva.
— Alors, deux billets pour Nantes ? demanda Fella. Ou bien faut-il que mon amie vienne vous tailler une autre pipe ?
— Non, non, je vous remercie, je suis vidé. D’accord, vous pouvez descendre à Nantes.
Georges donna à Fella le numéro de deux sièges vacants et les deux amies finirent le voyage bien confortablement assises. Quant à Georges, il reprit le contrôle des billets des voyageurs avec, semblait-il, un peu plus d’enthousiasme.
*-*
La première chose à laquelle procédèrent les deux amies en arrivant à Nantes fut de restituer au guichet SNCF les billets pour Hendaye inutilisés.
— On n’a pas trop de fric, pas la peine d’en perdre, se justifia Cunny.
Fella et elle sortirent peu après de la gare, elles se sentaient complètement perdues.
— Que fait-on ? demanda Fella.
— Je propose que l’on mange un morceau. Il n’est pas loin d’une heure et j’ai faim.
— Je suis d’accord, répondit Fella en se frottant l’estomac. Ce que j’ai absorbé ce matin ne m’a guère rassasiée, ajouta-t-elle en riant.
Après avoir déjeuné dans une brasserie moderne en face de la gare, Cunny et Fella profitèrent du timide soleil pour aller se promener dans la cour du château des ducs de Bretagne. Elles réfléchissaient à la meilleure méthode, et la moins chère, pour rallier Hendaye, but qui semblait pourtant s’éloigner de jour en jour. Elles quittèrent le château et, tout en discutant, se dirigèrent vers la Loire. Elles enjambèrent le fleuve par le pont des trois continents, puis le longèrent en direction du port de plaisance de Trentemoult. De la barque de pêche au yacht de luxe en passant par de magnifiques voiliers, les deux amies n’avaient pas assez d’yeux pour tout embrasser. Elles ralentirent devant un superbe bateau blanc sur lequel deux hommes s’affairaient à nettoyer le pont. La trentaine, ils plaisaient bien aux filles et elles leur sourient. L’un d’eux s’accouda au parapet.
— Bonjour ! Ça vous dirait de visiter l’Epsilon ?
Cunny regarda Fella, une étincelle dans le regard.
— Bah ! C’est pas comme si on avait autre chose à faire…
— Pourquoi pas ? répondit Fella à celui qui les avait interpelées.
— Prenez la passerelle, et faites attention de ne pas glisser.
Les deux garçons se présentèrent. François avait vingt-neuf ans, il paraissait assez grand et mince, et, malgré son jeune âge, un très léger début de calvitie apparaissait sur son front. Lucien, quant à lui, avait résolu le problème des cheveux en se rasant le crâne. Il était certainement châtain au vu de son teint et de la couleur marron de ses yeux. Ils vivaient sur ce bateau en compagnie des propriétaires de celui-ci, Victor et Marie Corbilly, un couple de quinquagénaires, actuellement sortis pour l’approvisionnement. Quelquefois, ils proposaient à une ou deux personnes de les accompagner un moment en mer, le bateau étant prévu pour six. La visite terminée, les quatre jeunes gens s’attablèrent devant des rafraichissements.
— Si vous voulez, vous pourriez venir toutes les deux avec nous, suggéra François.
— Mais nous n’avons pas les moyens, répliqua Cunny.
— Qui vous parle d’argent ? Les Corbilly en ont bien assez pour nous tous !
— Mais pour aller où ? coupa Fella.
— Il n’y a jamais de destination précise, c’est à voir avec Victor, mais on cabote en général trois jours en mer.
Fella insista.
— Tu crois qu’il pourrait nous déposer quelque part précisément ?
— C’est à voir avec lui, mais pourquoi pas ?
Sur ces entrefaites, le couple Corbilly arriva dans un petit véhicule utilitaire de location. Ils montèrent sur le pont et regardèrent Cunny et Fella avec intérêt. Victor s’adressa aux deux jeunes hommes.
— Videz la voiture ! Nous en avons acheté pour la semaine.
Lucien et François se dépêchèrent d’obéir. Se tournant alors vers les filles, Victor demanda :
— Bonjour, mesdemoiselles, vous êtes ravissantes. Que nous vaut l’honneur de votre présence ?
Cunny se présenta, ainsi que Fella, et raconta comment les deux garçons les avaient invitées à visiter le bateau. Il fut même question d’une promenade en mer.
— Mais nous ne pouvions pas accepter sans vous voir… ajouta Fella.
— Oh ! Je leur fais une confiance totale. S’ils vous ont invitées, c’est qu’ils ont raison de le faire.
Tout le monde dîna à l’intérieur le soir même. Marie, une femme aux cheveux gris, mais très élégante, se plaça à côté de Cunny. Elle profitait de la place relativement étroite pour laisser son genou frotter celui de la belle blonde. Au lieu de s’en écarter, Cunny savourait la caresse qui lui produisait des sensations bien connues dans son bas-ventre. Fella continua sur son idée fixe et s’adressa à Victor.
— Nous voudrions aller jusqu’à Hendaye, c’est possible ?
Victor éclata de rire.
— Hendaye, rien que ça ! Ce n’est pas à côté. Pourquoi Hendaye ?
Fella éluda.
— Nous avons de la famille…
— Désolé, Hendaye, c’est trop loin. En revanche, en trois jours, je peux vous emmener à La Rochelle. C’est tout ce que je peux faire, mais ça vous rapproche.
À la fin du repas, Cunny et Fella se mirent à l’écart sur le pont, malgré la température plutôt basse.
— La Rochelle, t’en penses quoi ? demanda Fella à Cunny.
— Ils nous ont invitées à passer la nuit. Attendons demain matin, la nuit porte conseil.
— D’accord, je préviens Victor. On se décidera demain matin.
*-*
L’ambiance ne semblait pas au beau fixe dans le bureau de la direction du pensionnat du crépuscule. Confortablement assis derrière son bureau, Marcellin d’Espinchal fixait tour à tour les trois hommes debout et piteux. Louise, dans un coin de la pièce, attendait le début des hostilités.
— Vous n’êtes que des incapables ! hurla soudain le directeur. Même pas fichus à trois de ramener deux gonzesses de dix-huit ans, et ça se dit homme de main ! Je vous les avais pourtant livrées sur un plateau.
— Il y avait du monde à la gare et…
— Suffit ! J’ai déjà entendu l’histoire. Vous avez pensé à regarder où allait le train dans lequel elles sont montées ?
— Oui, patron ! s’empressa de répondre l’homme qui avait déjà parlé. Nantes, puis Saint-Nazaire.
Louise intervint.
— Elles sont vraisemblablement descendues à Nantes, premier arrêt. Ce n’était certainement pas la destination qu’elles avaient prévue. Elles en repartiront d’une manière ou d’une autre, il faut agir vite.
— Vous avez entendu, les nuls ? Alors, roulez jour et nuit s’il le faut, mais allez à Nantes et ramenez-moi ces deux poufiasses. Fichez le camp maintenant.
— Oui, patron. Comptez sur nous ! conclut son interlocuteur.
Les trois hommes de main sortirent du bureau, on les entendit courir dans le couloir.
— Vous croyez qu’ils vont y parvenir, ma chère ?
— J’en doute, Marcellin, j’en doute fort…
*-*
Au bout de deux jours, Cunny et Fella avaient totalement oublié le danger potentiel que pouvait représenter Marcellin d’Espinchal s’il venait à la « Lune Pourpre ». Prises dans le cercle répétitif : strip-tease, glory-hole et économies pour les coups durs, Cunny et Fella travaillaient d’arrache-pied. Cunny fêta son dix-neuvième anniversaire le vingt-cinq février et, le samedi suivant, ce qui devait arriver arriva. Elles ne remarquèrent pas le directeur du pensionnat, seul, attablé au fond de la salle du cabaret.
Marcellin d’Espinchal, on l’a vu, appréciait particulièrement les jeunes femmes, avec la bénédiction de son épouse Louise. En-dehors, de cela, les d’Espinchal ne rechignaient pas sur une baise coquine tous les deux, quelquefois debout au détour d’un couloir de leur immense propriété, comme au début de leur mariage. Un jour, ils ont été surpris par Madeleine Ciroteau. Sans se démonter, Louise invita la surveillante à branler son mari pendant qu’elle espérait sa semence, à genoux, et la bouche ouverte. Lesbienne convaincue, Madeleine s’exécuta, mais du bout des doigts. Louise s’avérait particulièrement tolérante pour les frasques de son époux avec d’autres femmes, qu’elle y participât elle-même ou non. En revanche, elle n’aurait sûrement pas apprécié que Marcellin se compromît avec des hommes. Or, c’était pourtant ce qu’il était venu chercher ce soir-là à Paris. Jean, avec le flair qui le caractérisait, l’avait tout de suite repéré. Il aurait pu se passer quelque chose entre eux si le facétieux destin ne s’en était mêlé.
Quand vous vous trouvez sur une scène ébloui par les projecteurs, la salle des spectateurs n’apparaît que sous la forme d’une immense tache noire, hormis peut-être le tout premier plan. Trop loin pour être repéré par Cunny lors de son inspection préalable par la petite lucarne habituelle, Marcellin ne le fut pas plus lorsque les deux amies montèrent sur les planches pour exécuter leur numéro de strip-tease. Cette fois-ci, pas de masque à plumes et à paillettes, elles étaient donc parfaitement identifiables. Marcellin avala son whisky de travers quand les deux filles se trémoussèrent sur scène en s’effeuillant.
— Nom de Dieu ! jura-t-il. Les salopes ! Si je pensais un jour les trouver là…
Il attendit la fin du spectacle, d’une part pour finir de se rincer l’œil et d’autre part pour prendre le temps de bien examiner le visage des jeunes femmes.
— Non, non. Je ne me trompe pas. Ce sont bien les petites putes qui se sont tirées du pensionnat. Je vais leur faire une sacrée surprise…
Il termina son deuxième whisky et quitta le cabaret. Face à la sortie des artistes, Marcellin avait repéré un bar de quartier tout en zinc et en cuivre, comme on n’en trouve plus guère à Paris. Il s’installa sur une banquette en similicuir vert foncé à côté de la vitrine donnant sur la rue et commanda un autre whisky. Il n’était que vingt trois heures et il s’apprêtait à attendre un moment avant de voir arriver les deux jeunes femmes. Il ignorait qu’elles habitaient dans le bâtiment même du cabaret et il aurait pu patienter longtemps. Seulement ce soir-là, Cunny et Fella, après avoir sucé chacune un client, décidèrent d’aller prendre un verre rue Caulaincourt, face au cimetière de Montmartre. Cunny sortit en premier, immédiatement suivie par Fella qui claqua la porte. D’Espinchal surgit du bistrot et se dissimula derrière les voitures en stationnement. Quand il fut assez près des filles, il se rua sur la première, en l’occurrence Cunny, qu’il attrapa et immobilisa. Surprises, les deux amies crièrent en même temps.
— J’vous ai trouvées mes salopes ! Vous allez venir avec moi vite fait, on retourne au pensionnat. Je vous jure que ça va barder pour votre cul ! Hurla d’Espinchal.
Alerté par les cris, Jean, qui allait rentrer chez lui, assista à la scène. Bien trop faible pour tenir tête à un Marcellin relativement costaud et énervé par l’alcool, il courut vers le bar du cabaret.
— Thierry ! Assan ! Venez vite, les filles ont des emmerdes !
Thierry était un jeune homme d’une stature moyenne âgé de vingt-huit ans. Il n’impressionnait pas énormément, mais quand il se battait, c’était autre chose. Ceinture noire de karaté, il s’entraînait au dojo plusieurs fois par semaine et de nombreux clients, un peu agressifs en fin de soirée, en avaient fait l’expérience à leurs frais. Assan, quant à lui, la trentaine, fréquentait d’habitude les salles de musculation. Originaire du Sénégal, il pratiquait une sorte de lutte africaine et, à la différence de Thierry, sa musculature seule suffisait le plus souvent à calmer les esprits surchauffés. Quand ils déboulèrent tous les deux sur le trottoir, ils se ruèrent sur d’Espinchal. Ce dernier lâcha brutalement Cunny qui s’affala sur le bitume. Thierry frappa l’agresseur le premier et le fit tomber d’un magnifique coup de pied à la tempe. Assan le ramassa, le souleva de terre et, nez contre nez, lui postillonna au visage :
— Dégage ! Crevure ! Ou mon pote et moi, on te fait rentrer dans une bouche d’égout !
Marcellin agitait les pieds, suppliant qu’on le reposât au sol. Assan lui flanqua un violent coup de tête et le projeta à trois mètres de distance. Marcellin s’étala de tout son long avant de se relever rapidement, le nez en sang. Puis, sans demander son reste, il détala comme un lapin en direction de la place Blanche.
Cunny, réconfortée par son amie, avait retrouvé son calme.
— Merci les gars ! déclara Fella en emmenant Cunny sous son aile.
Les deux videurs marmonnèrent un « Pas de quoi », puis revinrent dans le cabaret suivis des deux jeunes femmes. Fella rassura Jean, qui rentra chez lui.
*-*
Assises face à face chacune sur un lit, les deux filles se remettaient de leurs émotions.
— Thierry et Assan ne seront pas toujours là, déclara Cunny. Ce salaud sait où on bosse maintenant, ça devient dangereux de rester là.
— Je commençais bien à m’habituer, répondit Fella. Mais je dois admettre que tu as raison. Il faut partir d’ici et vite.
— Oui, mais pour aller où ?
— Nous avions prévu Hendaye à l’origine, chez mon parrain et ma marraine. Tu es toujours d’accord ? interrogea Fella.
— Je ne peux pas revenir chez moi, je ne veux surtout pas retourner au pensionnat et je ne peux pas rester ici. Je n’ai guère le choix… fit Cunny, désabusée.
— Alors, allons-y. Tu verras, ce sont des gens charmants.
Sur ces paroles, Fella se leva et s’assit à côté de son amie. Puis, rejetant les longs cheveux blonds en arrière, elle l’embrassa dans le cou.
— Fella… souffla Cunny.
— Tu me fais mouiller depuis la première fois où je t’ai vue, tu sais.
Les deux filles basculèrent sur le lit. Fella se précipita sur la bouche entrouverte de Cunny et l’envahit de sa langue. L’interminable baiser était ponctué de doux bruits de succion. La main de la jolie rousse ne resta pas immobile et se coula sous la jupe de son amie. Elle glissa ses doigts habiles dans la culotte et caressa avec douceur la vulve épilée qui bavait. Se redressant, elle se déshabilla entièrement, aussitôt imitée par sa partenaire et les deux femmes s’enlacèrent amoureusement. Fella lui embrassa les seins et lui mordilla les tétons. Cunny gémissait de plaisir et lui repoussa la tête en direction de son ventre. Fella lécha l’abdomen jusqu’aux nymphes qu’elle attrapa en pinçant les lèvres. Elle introduisit sa langue dans le vagin de la belle blonde et but la cyprine à sa source. Ce fut le moment que Cunny choisit pour se tourner à moitié et fourrer son visage entre les cuisses de Fella. À son tour, elle plongea sa langue au milieu de la toison rousse de son amie. Des gouttes de sécrétions vaginales perlaient au sommet des poils les plus proches du sexe béant. Le soixante-neuf aurait pu durer longtemps, jusqu’à l’orgasme des deux filles en fait, mais Cunny avait envie d’autre chose. Elle tendit la main et attrapa de sous l’oreiller un double godemiché qu’elles avaient récemment acheté dans un des nombreux sex-shops du quartier de Pigalle. Elles ne l’avaient pas encore essayé, à vrai dire, elles l’avaient même un peu oublié. Souple, épais et veiné, il ressemblait à s’y méprendre à un énorme pénis en érection de chaque côté. Cunny approcha l’engin du sexe de Fella.
— Écarte, fit-elle simplement.
Fella ferma les yeux et ouvrit le compas de ses cuisses, anticipant le plaisir de la pénétration. Cunny posa le gland de silicone entre les nymphes et appuya. Fella gémit.
— Plus loin, Cunny, plus loin !
Cunny pénétra son amie de quelques centimètres supplémentaires.
— Laisse-m’en un peu ! murmura-t-elle.
Le godemiché buta sur le col de l’utérus.
— Arrête ! À toi maintenant, ordonna Fella.
Cunny s’assit à l’envers sur sa partenaire, et introduisit l’autre extrémité du gode dans sa chatte. Elle effectua quelques va-et-vient, puis ressortit le dildo pour le poser contre son sphincter. En douceur, mais avec fermeté, elle força le passage de l’anus et enfonça l’objet jusqu’à toucher le ventre de Fella du bout des fesses. Cunny et Fella basculèrent sur le côté et cette dernière entama une longue série d’aller-retour qui déclencha chez elle un orgasme peu commun. Cunny jouit autant, surtout grâce à ses doigts qui frottaient son clitoris. Les deux filles, comme électrocutées, demeuraient immobiles en respirant profondément.
— C’est dément ce truc-là, affirma Fella. Pourquoi tu l’as mis dans ton cul ? Moi j’ai pris un pied pas possible.
Cunny rit discrètement.
— Je ne sais pas. Ça m’a pris comme ça, j’avais envie d’être sodomisée, répondit-elle en sortant l’objet de son rectum et du vagin de Fella.
— Quand tu te branles avec ça derrière, les sensations sont géantes, continua-t-elle.
Les deux amies s’embrassèrent puis refirent l’amour avec juste leurs doigts. Enfin, elles s’endormirent dans les bras l’une de l’autre. Même d’Espinchal ne fut pas invité dans leurs rêves.
*-*
Paul n’avait pas voulu laisser partir les filles avant une semaine, le temps de leur trouver des remplaçantes convenables. Cunny et Fella avaient peur chaque fois qu’elles quittaient le cabaret. Elles voyaient d’Espinchal partout, ce n’était plus une vie et cela les confortait dans leur désir de renoncer à Paris. Le jour du départ, elles appelèrent un taxi pour se rendre à la gare Montparnasse. Il attendait à l’heure et les adieux furent brefs, seul Jean les accompagna. Cunny et Fella avaient troqué leur sac peu pratique pour un sac à dos de style. Le chauffeur appuya sur un bouton, le coffre s’ouvrit et les deux amies y jetèrent leur maigre bagage. Doucement, la voiture démarra et Jean leur adressa un signe d’adieu. Un véhicule noir, immatriculé dans l’Yonne et avec à son bord trois hommes, quitta son stationnement et suivit le taxi.
Cunny et Fella, au milieu de la foule, scrutaient les écrans, recherchant le quai de départ pour Hendaye. Avec plus d’une demi-heure d’avance, leur destination n’était pas encore renseignée.
— J’ai le temps de passer aux toilettes, fit Cunny.
— Je t’accompagne.
Les deux filles pénétrèrent dans les WC réservés à la gente féminine, puis chacune dans une cabine. Quand Cunny en sortit, elle sursauta. Deux hommes étaient là, dont l’un maitrisait Fella, la main sur sa bouche, tandis que l’autre inconnu s’approchait d’elle, menaçant. À ce moment précis, une femme en uniforme entra dans le local et l’individu lâcha Fella. L’agent de police prit aussitôt un air autoritaire.
— Qu’est-ce que vous foutez là ? interrogea-t-elle. Ici, c’est réservé aux femmes, vous ne savez pas lire ?
Les deux complices s’entreregardèrent et s’en allèrent sans un mot.
— Un souci ? s’enquit la policière.
— Non, non, s’empressa de répondre Fella. Deux types un peu collants, c’est tout.
— S’il y a un problème, vous pouvez aller au bureau de sécurité, c’est au bout du quai.
Sur ces paroles quelque peu rassurantes, la femme pénétra dans des WC et les deux amies quittèrent les sanitaires.
— Pourquoi tu n’as rien dit ? demanda Cunny.
— Je ne voulais pas mêler les flics à notre histoire. Elle est déjà assez compliquée. Bon, soyons sur nos gardes, ils vont sûrement tenter de recommencer.
Le quai du train pour Hendaye n’était toujours pas annoncé. Les filles marchèrent au milieu de la cohue, là où elles se sentaient le plus en sécurité. Quand soudain, Cunny aperçut au loin les deux individus, dont l’un les montrait du doigt.
— Vite ! Ils nous ont vues !
Les deux jeunes femmes partirent en courant pendant que les deux hommes se frayaient un chemin dans la foule. Elles se dirigèrent entre deux trains à quai pensant échapper au regard de leurs poursuivants. Elles se dissimulèrent en retrait d’un énorme poteau, malgré cela, ils les avaient repérées et s’engagèrent à leur suite. Un contrôleur, sifflet à la bouche, annonça le départ imminent d’un des deux TGV. Cunny et Fella se regardèrent et se comprirent en un instant. Elles jaillirent de leur cachette et s’engouffrèrent dans le wagon proche, juste avant la fermeture des portes qui se bloquèrent derrière elles. Le convoi démarra en douceur. Les deux hommes tentèrent de monter également, mais peine perdue, ils se firent rappeler à l’ordre par l’employé de la SNCF. Dépités, ils regardèrent partir le train puis firent demi-tour avant de sortir de la gare au pas de course.
— Ouf ! s’exclama Cunny, essoufflée. On les a eus.
— Oui, confirma Fella sur le même ton. Puis, après un moment :
— Mais au fait, il va où ce train ?
*-*
— Oui, mesdemoiselles. Ce train dessert Nantes, puis Saint-Nazaire, terminus. Vos billets pour Hendaye ne sont pas valables…
Georges le contrôleur, un homme d’une cinquantaine d’années, avec son uniforme bleu et sa casquette à liséré rouge, n’en démordait pas.
— Puisqu’on vous dit que nous nous sommes trompées de train. C’était mal signalé à Montparnasse, affirma Fella avec aplomb.
— Et puis le billet pour Hendaye est plus cher qu’un billet pour Nantes. Alors, vous n’êtes pas perdant, ajouta Cunny. Nous descendrons à Nantes, c’est promis.
Le contrôleur semblait ennuyé.
— Peut-être, mais le règlement…
Fella plaqua soudain sa main sur la braguette de l’employé.
— On peut peut-être s’arranger avec le règlement, proposa-t-elle.
Georges ouvrit les yeux en grand et, sur l’instant, ne put sortir un mot. Pendant ce temps, Fella caressait le sexe qui bandait. Ce brave homme était marié et, jusqu’à présent fidèle, mais une jeune femme comme Fella ou Cunny, il n’en espérait pas tant. Reprenant ses esprits, il écarta la main inquisitrice.
— Suivez-moi, fit-il à Fella. Vous, restez là, en s’adressant à Cunny.
Il existait, dans ce TGV, un local professionnel aménagé pour le personnel dans l’un des wagons. Les voyageurs n’y avaient pas accès. La place s’avérait calculée au plus juste, environ l’équivalent d’un compartiment de huit personnes. Une petite armoire en métal, une tablette, une chaise et un lit en toile pour tout mobilier. Georges entra suivi de Fella. Il ferma la porte au verrou. Il défit sa ceinture et laissa choir son pantalon et son slip sur ses chevilles.
— Dépêchez-vous.
Fella sourit, elle sut à cet instant qu’elles avaient gagné. Elle tomba à genoux et pressa légèrement les testicules dans sa main. Elle approcha ses lèvres et enfourna la totalité du pénis devenu raide comme un bambou. Elle fit frotter le gland contre la muqueuse de sa gorge, l’homme soupirait. Sa bouche revint au niveau du gland et sa langue tournoya autour en appuyant doucement. Puis elle caressa le frein et dévora la chair rose qu’elle astiqua contre sa joue. C’était toute une technique que Fella mettait en œuvre. En une dizaine de minutes, Georges dépassa le point de non-retour. Voyant la fin arriver, elle masturba très légèrement le court prépuce tout en continuant de sucer. Elle resserra fermement sa poigne sur le scrotum.
— Mademoiselle ! Mademoiselle ! Je jouis ! Aahhh !
Tranquillement, Fella reçut en bouche les giclées de sperme qu’elle avalait au fur et à mesure. Puis elle ralentit le rythme en se calant sur celui de la respiration saccadée de son partenaire. La bite redevint flaccide, une goutte de liquide séminal perla au bord du méat et Fella la cueillit de la pointe de la langue. Un dernier baiser sur le gland et elle se releva.
— Alors, deux billets pour Nantes ? demanda Fella. Ou bien faut-il que mon amie vienne vous tailler une autre pipe ?
— Non, non, je vous remercie, je suis vidé. D’accord, vous pouvez descendre à Nantes.
Georges donna à Fella le numéro de deux sièges vacants et les deux amies finirent le voyage bien confortablement assises. Quant à Georges, il reprit le contrôle des billets des voyageurs avec, semblait-il, un peu plus d’enthousiasme.
*-*
La première chose à laquelle procédèrent les deux amies en arrivant à Nantes fut de restituer au guichet SNCF les billets pour Hendaye inutilisés.
— On n’a pas trop de fric, pas la peine d’en perdre, se justifia Cunny.
Fella et elle sortirent peu après de la gare, elles se sentaient complètement perdues.
— Que fait-on ? demanda Fella.
— Je propose que l’on mange un morceau. Il n’est pas loin d’une heure et j’ai faim.
— Je suis d’accord, répondit Fella en se frottant l’estomac. Ce que j’ai absorbé ce matin ne m’a guère rassasiée, ajouta-t-elle en riant.
Après avoir déjeuné dans une brasserie moderne en face de la gare, Cunny et Fella profitèrent du timide soleil pour aller se promener dans la cour du château des ducs de Bretagne. Elles réfléchissaient à la meilleure méthode, et la moins chère, pour rallier Hendaye, but qui semblait pourtant s’éloigner de jour en jour. Elles quittèrent le château et, tout en discutant, se dirigèrent vers la Loire. Elles enjambèrent le fleuve par le pont des trois continents, puis le longèrent en direction du port de plaisance de Trentemoult. De la barque de pêche au yacht de luxe en passant par de magnifiques voiliers, les deux amies n’avaient pas assez d’yeux pour tout embrasser. Elles ralentirent devant un superbe bateau blanc sur lequel deux hommes s’affairaient à nettoyer le pont. La trentaine, ils plaisaient bien aux filles et elles leur sourient. L’un d’eux s’accouda au parapet.
— Bonjour ! Ça vous dirait de visiter l’Epsilon ?
Cunny regarda Fella, une étincelle dans le regard.
— Bah ! C’est pas comme si on avait autre chose à faire…
— Pourquoi pas ? répondit Fella à celui qui les avait interpelées.
— Prenez la passerelle, et faites attention de ne pas glisser.
Les deux garçons se présentèrent. François avait vingt-neuf ans, il paraissait assez grand et mince, et, malgré son jeune âge, un très léger début de calvitie apparaissait sur son front. Lucien, quant à lui, avait résolu le problème des cheveux en se rasant le crâne. Il était certainement châtain au vu de son teint et de la couleur marron de ses yeux. Ils vivaient sur ce bateau en compagnie des propriétaires de celui-ci, Victor et Marie Corbilly, un couple de quinquagénaires, actuellement sortis pour l’approvisionnement. Quelquefois, ils proposaient à une ou deux personnes de les accompagner un moment en mer, le bateau étant prévu pour six. La visite terminée, les quatre jeunes gens s’attablèrent devant des rafraichissements.
— Si vous voulez, vous pourriez venir toutes les deux avec nous, suggéra François.
— Mais nous n’avons pas les moyens, répliqua Cunny.
— Qui vous parle d’argent ? Les Corbilly en ont bien assez pour nous tous !
— Mais pour aller où ? coupa Fella.
— Il n’y a jamais de destination précise, c’est à voir avec Victor, mais on cabote en général trois jours en mer.
Fella insista.
— Tu crois qu’il pourrait nous déposer quelque part précisément ?
— C’est à voir avec lui, mais pourquoi pas ?
Sur ces entrefaites, le couple Corbilly arriva dans un petit véhicule utilitaire de location. Ils montèrent sur le pont et regardèrent Cunny et Fella avec intérêt. Victor s’adressa aux deux jeunes hommes.
— Videz la voiture ! Nous en avons acheté pour la semaine.
Lucien et François se dépêchèrent d’obéir. Se tournant alors vers les filles, Victor demanda :
— Bonjour, mesdemoiselles, vous êtes ravissantes. Que nous vaut l’honneur de votre présence ?
Cunny se présenta, ainsi que Fella, et raconta comment les deux garçons les avaient invitées à visiter le bateau. Il fut même question d’une promenade en mer.
— Mais nous ne pouvions pas accepter sans vous voir… ajouta Fella.
— Oh ! Je leur fais une confiance totale. S’ils vous ont invitées, c’est qu’ils ont raison de le faire.
Tout le monde dîna à l’intérieur le soir même. Marie, une femme aux cheveux gris, mais très élégante, se plaça à côté de Cunny. Elle profitait de la place relativement étroite pour laisser son genou frotter celui de la belle blonde. Au lieu de s’en écarter, Cunny savourait la caresse qui lui produisait des sensations bien connues dans son bas-ventre. Fella continua sur son idée fixe et s’adressa à Victor.
— Nous voudrions aller jusqu’à Hendaye, c’est possible ?
Victor éclata de rire.
— Hendaye, rien que ça ! Ce n’est pas à côté. Pourquoi Hendaye ?
Fella éluda.
— Nous avons de la famille…
— Désolé, Hendaye, c’est trop loin. En revanche, en trois jours, je peux vous emmener à La Rochelle. C’est tout ce que je peux faire, mais ça vous rapproche.
À la fin du repas, Cunny et Fella se mirent à l’écart sur le pont, malgré la température plutôt basse.
— La Rochelle, t’en penses quoi ? demanda Fella à Cunny.
— Ils nous ont invitées à passer la nuit. Attendons demain matin, la nuit porte conseil.
— D’accord, je préviens Victor. On se décidera demain matin.
*-*
L’ambiance ne semblait pas au beau fixe dans le bureau de la direction du pensionnat du crépuscule. Confortablement assis derrière son bureau, Marcellin d’Espinchal fixait tour à tour les trois hommes debout et piteux. Louise, dans un coin de la pièce, attendait le début des hostilités.
— Vous n’êtes que des incapables ! hurla soudain le directeur. Même pas fichus à trois de ramener deux gonzesses de dix-huit ans, et ça se dit homme de main ! Je vous les avais pourtant livrées sur un plateau.
— Il y avait du monde à la gare et…
— Suffit ! J’ai déjà entendu l’histoire. Vous avez pensé à regarder où allait le train dans lequel elles sont montées ?
— Oui, patron ! s’empressa de répondre l’homme qui avait déjà parlé. Nantes, puis Saint-Nazaire.
Louise intervint.
— Elles sont vraisemblablement descendues à Nantes, premier arrêt. Ce n’était certainement pas la destination qu’elles avaient prévue. Elles en repartiront d’une manière ou d’une autre, il faut agir vite.
— Vous avez entendu, les nuls ? Alors, roulez jour et nuit s’il le faut, mais allez à Nantes et ramenez-moi ces deux poufiasses. Fichez le camp maintenant.
— Oui, patron. Comptez sur nous ! conclut son interlocuteur.
Les trois hommes de main sortirent du bureau, on les entendit courir dans le couloir.
— Vous croyez qu’ils vont y parvenir, ma chère ?
— J’en doute, Marcellin, j’en doute fort…
*-*
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