Manon - Adultopoli
Récit érotique écrit par phidnsx [→ Accès à sa fiche auteur]
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Manon - Adultopoli
Je me suis réveillée avec un sacré mal de crâne. J’ai clairement abusé sur la picole hier soir. Mais… C’était bien, quand même.
Au réveil, j’ai eu un léger doute. J’avais rêvé, ou j’avais vraiment vécu ça ? (cf. Manon – Carnaval). Mais le doute s’est vite dissipé. J’avais bu, oui, mais je me souviens de chaque détail, de chaque émotion ressentie. Et maintenant ? Ben je sais pas. Je lui ai donné mon numéro. Je suis tiraillée entre l’envie qu’elle me contacte, et l’envie que cela reste un plan d’un soir, une histoire sans lendemain et sans regret.
Pourtant, je regarde plus souvent mon téléphone que d’habitude. Inconsciemment, j’attends un message de sa part. Je l’espère, même. Finalement, il est arrivé en fin d’après-midi : « Salut, c’est Anaïs. J’espère que je te dérange pas ? ».
Ha ben déjà, elle s’appelle Anaïs. C’est déjà bien de savoir son prénom, non ? J’ai préparé ma réponse. « Salut ! Non tu me déranges pas. Manon ». Mais j’ai hésité environ 22 fois avant d’envoyer. J’ai effacé. Je pourrais l’ignorer, aussi. Réécrit. Puis effacé à nouveau. Si je doute, pourquoi me lancer dans cette conversation ? Mais j’ai envie de voir ce que ça peut donner, je risque quoi ? Cette fois, j’ai envoyé. « Non, pas du tout. Manon». Oui, j’ai signé aussi. Je sais pas si je lui avais donné mon prénom…
S’en est suivie une série de messages. Malgré mon hésitation de départ, la discussion était fluide, intéressante, naturelle. Je me suis surprise à guetter l’arrivée de ses messages. A un moment, la discussion a tourné : « Ça te dirait de passer un soir dans mon château ? Rien d’obligé. On pourrait inviter des amis, histoire que ce soit plus simple. ». J’avais presque oublié que c’était ma princesse, que je lui avais donné mon numéro en suggérant de m’inviter dans son château. Ça m’a fait sourire qu’elle s’en souvienne. Mais j’ai pas répondu tout de suite.
J’appréhendais nos retrouvailles. Mais l’idée du groupe, ça me plaît pas mal. Ça évitera qu’on se retrouve seules à devoir décider ce qu’on est. Pas de tête à tête imposé. Ça me laisse une sortie de secours, si jamais. Ça m’a rassurée. Alors j’ai répondu. « yes, ça me dit. ». Elle a juste réagi à mon message avec un cœur. C’est con, mais ça m’a touchée. Elle avait l’air d’avoir vraiment envie de me revoir.
Le jour J, j’arrive chez Anaïs, stressée, mais avec détermination. Même si j’avais 15 minutes d’avance à mon arrivée, j’ai volontairement attendu quelques minutes pour m’assurer que les autres invités seraient déjà là. Je me demande comment ça va se passer, en fait. Quand elle va ouvrir, je fais quoi ? Une bise, comme à une amie ? Un baiser, comme à une partenaire ? Je lui serre la main ? Non ok, ça serait bizarre, ça. Bref, j’improviserai.
Je sonne. Des pas qui s’approchent précipitamment. Mon cœur commence à battre beaucoup trop fort. J’ai l’impression qu’il veut sortir de ma poitrine. La porte s’ouvre.
- Manon ! ça fait plaisir de te voir
Elle me fait une bise, un peu appuyée, sur la joue. Comme on peut le faire à une bonne copine. Bon, ça me va, j’ai pas eu le temps de me poser la question et il n’y a pas eu de malaise.
- Tout le plaisir est pour moi ! Tiens, je savais pas si tu aimais les fleurs, mais à priori, t’as rien contre le vin !
Elle rigole et prend la bouteille de vin rouge que je tiens à la main. Elle m’invite à me mettre à l’aise et à entrer dans le salon.
Je la regarde s’éloigner. Elle a troqué sa robe de princesse contre un jean qui met bien en valeur ses interminables jambes. Parfois, l’alcool embellit les gens, mais là, elle est encore plus jolie que dans mon souvenir. Ses cheveux attachés à la va-vite et quelques mèches entourent la douceur de son visage. Son sourire est lui aussi empli de douceur. Elle est sincèrement gentille et avenante, sans en faire trop. J’aime.
- Je vous présente Manon. Manon, mes amis, Sophie, Patrick, Maryline, et finalement Thomas.
Au fur et à mesure des présentations, je fais la bise aux convives. J’en profite pour les détailler.
Sophie est belle de manière évidente. Elle le sait, elle l’assume, sans en faire trop. Brune plutôt classique, plutôt petite, elle a des traits très avantageux. Elle est souriante, tactile, à l’aise. Elle dégage une assurance tranquille.
Patrick, son compagnon, est l’opposé de Sophie. Grand, large d’épaules, un peu brut, barbe de quelques jours. Il a ce charme un peu bestial, pas sophistiqué mais soigné. Il parle peu. Peut-être qu’il est un peu timide ? En tout cas, il prend de la place physiquement, mais reste discret dans un groupe.
Maryline, elle est… troublante. Contrairement à Sophie, elle n’est pas d’une beauté évidente. Mais dès qu’on s’y attarde, il y a quelque chose de magnétique. Elle est très fine avec des cheveux blonds. Son corps est souple et ses gestes fluides. Son regard, d’un bleu intense, donne envie de s’y plonger des heures. Elle parle librement, sans filtre. Elle n’a rien à prouver à personne et l’assume. Elle est célibataire.
Thomas est assez canon. Silhouette athlétique, tee-shirt près du corps, mains larges et puissantes. Il a une voix grave, posée. Son rire est communicatif et ça détend immédiatement l’atmosphère. Au-travers de son regard affirmé, j’ai l’impression d’être scrutée. Peut-être que je lui plais ? Va savoir…
Et au milieu de tout ça, il y a moi, Manon. Etrangement, je me sens à ma place, légitime. L’accueil est chaleureux, sans jugement. Je suis rassurée qu’ils soient tous là. Je suis venue pour Anaïs, mais ses invités pourraient très bien être de bons potes.
L’apéro commence doucement. Les verres se remplissent, musique d’ambiance, pas trop forte. Les conversations se croisent, se mélangent. Tout est plutôt naturel. Ça parle boulot, voyages, origines.
Anaïs n’est jamais très loin, mais elle ne me colle pas. Elle circule, s’assoit, se relève. Quand elle passe près de moi, je me surprends à attendre un geste de sa part. Mais rien…
À un moment, la discussion glisse. Quelqu’un demande comment Anaïs et moi on s’est rencontrées. Question banale, normalement. Là, par contre, j’ai dû virer rouge tomate. Heureusement, Anaïs est moins déconcertée que moi.
- Au carnaval
- Ah oui ? sourit Sophie. Carnaval comment ?
- Ben comme un carnaval. Déguisées. Beaucoup d’alcool. Fin de soirée un peu floue…
Elle me jette un regard un peu plus appuyé, comme pour me signifier que rien n’était flou, bien au contraire…
Les gens rient autour de la table. Ça passe. Mais je sens que ça intrigue quand même, mais ils ont compris qu’il fallait pas trop creuser pour le moment. Enfin, Maryline semble tout de même dubitative, mais elle ne dit rien.
On enchaîne avec un premier jeu. Le principe est simple. Un tas de cartes, des questions. Chacun son tour, on tire une carte. Chaque carte comporte une question. Un peu neuneu. Genre, mer ou montagne ? Le dernier film qui t’a fait pleurer ?
Ça rigole, ça chambre. Thomas fait un peu le con, amuse la galerie. Plusieurs questions anodines se suivent. Puis mon tour arrive à nouveau : « Quel est le truc le plus débile que tu as fait quand tu étais bourré ». Eclair de panique dans mon regard. Je cherche celui d’Anaïs, mais elle me calcule pas. Je bafouille une connerie débile sur le fait de rentrer chez moi sans mes chaussures, ou une connerie comme ça. Mais je sens à nouveau le regard perçant de Maryline. Est-ce qu’elle sait quelque chose ?
Quand vient son tour, elle élude la question, pour proposer un nouveau jeu. Un peu plus « spicy ». Mais on peut refuser bien sûr, c’est juste une proposition. Chacun pose ses limites, personne ne juge. Le principe, c’est surtout d’apprendre à se connaître. Un peu différemment, on va dire…
Je croise le regard d’Anaïs, comme si elle me sonde. J’ai bien l’impression qu’elle, ça la tente, ce jeu. Thomas est partant aussi. Sophie et Patrick sont ok, mais précisent qu’ils diront et feront pas n’importe quoi. J’ai envie de découvrir un peu plus d’Anaïs. Les autres, moins. Enfin, pourquoi pas, en fait. J’ai rien à perdre moi. J’accepte.
Maryline prend la boîte qu’elle avait emmenée avec elle. Adultopoli. Genre, Monopoly, mais en… moins immobilier. Elle prend les devants, ouvre la boîte. Tout en installant le plateau, elle précise les règles.
- Déjà, tout est optionnel. A chaque tour, tu peux refuser. Sans justification.
- Deuxième règle : on n’encourage personne à faire quelque chose qu’elle hésite. C’est son choix. Point.
Tout le monde approuve. Maryline poursuit.
- Chaque joueur reçoit 10’000€ au départ. A chaque tour, 2000€ sont perçus. Si on tombe sur la case départ, on reçoit 2000€ supplémentaires. Chaque case coûte 3000€.
- Il y a pas de maison, mais des objets. Bon, ici c’est des trucs sexuels, mais ils veulent pas dire grand-chose dans le jeu. Le premier objet coûte 1000, puis 2000, 3000 et 5000 pour compléter la case.
- Le jeu se déroule par tour. Tu lances le dé, tu avances ton pion. Si la case est libre, tu peux l’acheter, si tu as de l’argent. Si la case t’appartient, tu peux acheter un objet. Contrairement au monopoly classique, il n’y a pas de groupe et toutes les cases ont la même valeur.
- Si la case appartient à quelqu’un, tu dois prendre une carte qui correspond au nombre d’objets présents sur la case. Si la case est vide, il faut prendre une carte 0. 1 objet, carte 1. Comme ça jusqu’à 3. Si la case est complète, c’est le détenteur qui choisit soit un numéro de carte, soit une question ou action libre.
- Il y a une case prison. Soit on y passe un tour, du coup toutes nos cases sont inactives, soit on enlève l’habit de son choix pour en sortir.
- Il y a 4 cases « Chance ». Si on tombe dessus, on peut distribuer une carte du tas « Chance » à la personne de son choix. Ces cartes sont aléatoires. Elles peuvent apporter de l’argent, en coûter, proposer un défi sympa, un peu plus osé, ou au contraire, se retourner contre la personne qui l’a distribuée.
- Vous avez des questions ?
Maryline a fini son explication de façon abrupte. J’ai croisé le regard d’Anaïs qui semblait prête au départ. Pas de question. Le plus jeune commence et ensuite on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre.
Thomas saisit le dé. Il commence par un cinq. Directement une carte chance. Il tire la carte avec un peu d’appréhension.
- La banque vous verse 4000€
Dans un ouf de soulagement, il se sert des 4000€ dans le carton que Maryline avait laissé de côté. Celle-ci s’empare du dé et le jette sur la table. 4. Elle achète directement la case. Anaïs fait un petit un et achète également sa case.
A mon tour, je tire le dé. Je tombe sur la case de Maryline qui rigole et tire la carte 0 avec beaucoup d’empressement.
- Question : Tu préfères dormir seul(e) ou à deux ?
- A deux.
Aucune hésitation. Un petit signal pour Anaïs, aussi.
Le jeu se poursuit pendant plusieurs tours. C’est Maryline qui mène le bal en ayant pu acheter plusieurs cases, grâce notamment à une carte chance de 20’000€. Plusieurs questions et actions se sont enchaînées. Sophie a dû annoncer le prénom de son animal de compagnie. Comme elle n’en a pas, elle a fièrement cité Patrick, ce qui a déclenché un rire général.
Patrick, lui, a dû réciter l’alphabet à l’envers. Thomas a chanté un bout de « La boulette » de Diam’s. Maryline a affirmé que le plus bel endroit qu’elle avait visité est un lac de montagne, dans le canton de Berne, en Suisse.
Anaïs relance le dé. Six. Elle sourit.
- Je vais prendre un objet.
Maryline ouvre la boîte avec les petits accessoires. Il y a un peu de tout. Anaïs choisit une tiare. Elle me jette un regard plein de sous-entendu. La princesse.
A mon tour, je peux acheter un objet. Je choisis un truc difforme qui, je crois, représente un emballage de préservatif. Je le place sur ma case. Sophie joue son tour et tombe sur la case chance. « Pendant 30 secondes, faites un lap-dance à la personne assise en face de vous. ». Sophie refuse simplement. Anaïs, assise en face de Sophie, fait faussement la moue avant d’éclater de rire.
Patrick continue et tombe sur la case d’Anaïs, avec un objet. Anaïs prend la carte et lit à haute voix :
- Embrassez la personne de votre choix pendant 10 secondes.
Il se tourne vers Sophie, prend son visage entre ses mains et l’embrasse tendrement. « 10 secondes » interrompt Maryline. On est pas dans votre chambre ici, dit-elle avec énergie.
Thomas file en prison. Il enlève ses chaussettes en guise de caution. Maryline tombe sur une de ses cases et achète directement deux objets. Ça se corse ! Anaïs tombe sur la case « Chance ».
- Pendant tout le prochain tour, assieds-toi tout près de la personne de ton choix. Vos corps doivent être en contact.
Anaïs pose son regard sur chacun des participants, puis revient vers moi. Elle se décale pour se rapprocher de moi. Je sens la chaleur de sa cuisse contre la mienne. Ce contact est doux et agréable. Je sens son parfum et mes pensées dérivent déjà un peu.
A mon tour. Je tombe sur ma propriété. Ayant un peu d’économies et ayant reçu un montant supplémentaire de la banque au tour précédent, je fais une folie et achète directement quatre objets. Rira bien qui tombera sur ma case !
Les tours s’enchaînent. Maryline, tombée deux fois en prison, a retiré ses chaussettes et son pull. Elle est en débardeur.
Anaïs, plutôt chanceuse, a pu acquérir plusieurs objets et a passablement augmenté la valeur de ses cases.
Sophie, tombée deux fois sur des cases numéro deux, a dû d’abord nous dire la couleur de ses sous-vêtements, rouges en l’occurrence, puis s’est mise à califourchon sur Patrick pour l’embrasser pendant 30 secondes.
Patrick a lui perdu ses chaussettes à la prison. Après le gage de Sophie, on l’a vu se repositionner et remettre en place discrètement son service trois-pièces.
Thomas a fait un massage des épaules à Maryline, avant de nous raconter sa première fois (plutôt banale).
Maryline tombe sur la case chance. Elle saisit la carte et lit :
- Si tu acceptes d’enlever un vêtement, gagne 4000€. Sinon, perds 2000€.
Pas d’hésitation, Maryline retire son débardeur pour se retrouver en soutien-gorge. Elle a une petite poitrine, mais ferme et bien dessinée. Elle semble très à l’aise.
Anaïs tombe sur ma case. J’y ai mis 3 objets. Je tire la carte numéro 3 et lis à haute voix :
- Le propriétaire choisit une personne autre que lui-même. Pendant 30 secondes, tu devras embrasser sa nuque et laisser tes mains parcourir lentement son corps.
Ha merde. Ça m’arrange pas, ça. Je peux pas me désigner moi-même. C’est peut-être l’occasion de la tester. Je désigne Thomas. Celui-ci consent à se laisser faire. Anaïs accepte également. Elle s’approche de lui par derrière. Sa bouche se rapproche de son corps. Ses mains se posent sur ses flancs. Sa bouche se pose sur la peau nue de Thomas, mais son regard me fixe intensément. Ses mains se promènent sur le corps de Thomas. Celui-ci penche la tête en arrière, ferme les yeux. Anaïs continue, très sensuellement à l’embrasser et à me fixer.
Le sentiment qui m’anime est mitigé. Je suis presque jalouse, mais elle m’excite, avec son regard. Je sens une douce chaleur envahir mon ventre. Le temps est écoulé et Anaïs rejoint sa place. Thomas semble frustré et son pantalon semble un petit peu serré. Il se lève pour se servir un verre.
Sophie tombe sur une case de Maryline où trônent fièrement 3 objets. Maryline saisit une carte et la lit à haute voix :
- Simulez l’acte sexuel avec votre partenaire pendant 1 minutes. Pendant la manœuvre, retirez-lui un habit.
Un peu désinhibés par l’alcool, ils acceptent. Sophie enjambe Patrick. Elle l’embrasse et presse son bassin contre celui de son homme. Elle glisse sa main entre leurs corps. On devine qu’elle caresse son membre à travers son pantalon. Ils miment un coït vraiment crédible. Elle prend le t-shirt de son amoureux et l’enlève d’un geste habile. Ils agissent comme si plus rien d’autre n’existait. Ils sont beaux, ils sont vrais. Ça m’excite beaucoup et je vois que les autres participants ne sont pas insensibles à cette scène. Quand le chronomètre annonce la fin de la minute, tout le monde semble déçu.
Le jeu reprend, mais la tension n’est plus la même. L’excitation est montée d’un cran, et tout le monde semble prêt à faire un pas de plus. Quand Thomas se retrouve en prison, il retire immédiatement son haut.
Maryline tombe sur ma case. Elle doit raconter sa fois la plus hard. Elle nous narre une histoire d’un plan à 3, avec un gars et une autre femme. Elle dit avoir été plus attirée par la femme que par l’homme ce jour-là, bien qu’elle soit hétéro avérée. Mais la femme, une somptueuse rousse, l’avait tellement bien chauffée qu’elle n’avait d’yeux que pour elle. Encore une fois, mon imaginaire a pris le dessus et mon corps semble apprécier ce que mon cerveau voit.
Anaïs tombe à son tour sur ma case. Tas N°3 :
- Pour la durée du prochain tour, offre au propriétaire un massage des jambes, lent et attentif. Fais ce qui te semble nécessaire pour que le geste soit confortable.
Je regarde Anaïs avec un mélange d’excitation et d’embarras. Elle, elle sourit doucement.
Elle s’installe à côté de moi, pose mes jambes en travers des siennes. Ses mains se posent sur me chevilles d’abord. Elle remonte lentement, les pouces suivant le tibia, puis l’intérieur du mollet. Je suis chaque centimètre de sa progression. Je fixe le plateau de jeu pour me donner une contenance.
Thomas relance les dés. La partie continue autour de nous, mais j’ai l’impression d’être dans une bulle, seulement accompagnée d’Anaïs. Ses doigts remontent jusqu’à l’arrière du genou, s’y attardent un peu. Je retiens ma respiration, espérant que son exploration continue.
Maryline nous jette un œil et dit à la cantonade, avec son absence totale de filtre habituelle :
- On dirait que quelqu’un apprécie son gage.
Rires. Je fais semblant de lever les yeux au ciel. Mais elle a raison, Mary, j’apprécie. Beaucoup. Anaïs ne dit rien, mais je sens ses doigts presser un tout petit peu plus fort, remonter un petit peu plus. Un frisson parcourt mon corps.
Quand le tour se termine, elle retire ses mains lentement. Comme une caresse infinie. Je récupère mes jambes et je prends une grande gorgée de vin.
Le jeu reprend. C’est Sophie qui tombe sur la case de Thomas qui contient deux objets.
- Embrasse le propriétaire, bouche ouverte, pendant 20 secondes.
Thomas pose les yeux sur Sophie. Patrick croise les bras, mais ne dit rien. Sophie lui lance un regard, mais il hausse imperceptiblement les épaules. Elle se tourne vers Thomas et l’embrasse. Vraiment. Pas pour de faux. Les mains de Thomas remontent dans les cheveux de Sophie. Vingt secondes. Probablement trop courtes pour eux, trop longues pour Patrick.
Mon tour. Je tombe sur la case de Maryline, qui est complète. Elle choisit librement.
- Alors… Manon, tu vas t’installer derrière Anaïs. Tu vas lui susurrer à l’oreille ce que tu lui ferais si tu devais lui faire l’amour, là tout de suite, si vous étiez seules.
Mes pensées défilent à toute vitesse dans ma tête. J’ai le droit de refuser, règle numéro 1. En même temps, j’aurai pas mille occasions non plus de briser la glace. J’y vais.
Je me lève, m’installe derrière Anaïs. Je passe doucement mes bras autour de sa taille et approche ma bouche de son oreille. Ses cheveux sentent bon. Elle sent bon. Je commence à parler, doucement, pour elle.
- J’inverserai les rôles de tout à l’heure. Toi, allongée sur mes jambes, moi caressant tes cuisses. Je prendrais mon temps. Beaucoup de temps.
Je marque une pause. Anaïs ferme les yeux. Mes doigts, imperceptiblement, pressent le corps d’Anaïs.
- Je remonterai le long de tes cuisses. Doucement. Passerai sous ta jupe jusqu’à la naissance de tes fesses. Je m’arrêterais un instant, puis je continuerais. Un peu plus haut. Je sentirais ta chaleur. Ensuite…
Pendant mes paroles, mes mains sont doucement remontées le long de son ventre, jusqu’à atteindre maintenant la commissure de ses seins. Je m’arrête brusquement. Anaïs ouvre les yeux lorsque je me détache de son corps. Frustrée. Surprise.
Amusée, Maryline relance la partie.
- Bien, très bien.
Le jeu reprend. Quelques tours anodins, comme pour souffler. Puis Sophie tombe sur ma case, complète.
Je tire la carte numéro 3 et je lis.
- Le propriétaire désigne deux joueurs. Ils ont deux minutes pour se déshabiller mutuellement, en silence, aussi lentement que possible.
Sophie regarde Patrick. Patrick regarde Sophie. Cette fois, pas d'hésitation, pas de regard en coin vers les autres. Juste eux deux.
- Ok. Mais...
Sophie marque une pause, cherche ses mots.
- Je crois que vous avez pas besoin de voir ça.
Rires autour de la table. Francs, chaleureux, sans moquerie. Patrick est déjà debout. Les au revoir sont rapides. Sophie m'embrasse sur la joue et me glisse à l'oreille, avec un sourire complice :
- Toi aussi t'as l'air d'avoir des trucs à finir ce soir.
Avant que j'aie pu répondre, elle a déjà récupéré son manteau. La porte se referme. On n’est plus que quatre.
Thomas relance les dés. Il tombe sur la case d’Anaïs qui contient deux objets. Elle saisit la carte la lit.
- Le propriétaire s’installe sur les genoux du joueur pendant trois minutes. Les mains du joueur peuvent se promener librement sur le haut du corps.
Thomas écarte légèrement les bras en signe de bienvenue. Anaïs se lève, contourne la table, et s'installe sur lui. Les mains de Thomas se posent sur ses hanches d'abord, remontent lentement le long de ses flancs. Anaïs ne cherche pas mon regard cette fois. Elle ferme à moitié les yeux, laisse faire.
Maryline me regarde du coin de l’œil. Elle a ce petit sourire qu’elle a depuis le début de la soirée. Celui qui dit qu’elle sait tout et que ça l’amuse beaucoup. Elle regarde à nouveau le duo. Elle se caresse doucement les cuisses en regardant la scène.
Après trois minutes, Anaïs regagne sa place. Une bosse apparaît entre les jambes de Thomas.
C’est mon tour. Je tombe à nouveau sur la case de Maryline. La complète, évidemment.
Maryline pose ses coudes sur la table.
- Gage libre, dit-elle simplement.
Elle se lève, disparaît dans la cuisine et revient avec une feuille et un stylo. Elle réfléchit deux secondes puis on entend le stylo gratter le papier. Tout le monde reste muet en essayant de comprendre ce qu’il se passe. Elle plie la feuille en quatre et la pose au centre de la table.
- Vous lirez quand on sera partis.
Elle range le stylo, attrape son sac, s’approche de Thomas et l’embrasse profondément.
- On y va ?
Perdu, Thomas la regarde, puis regarde la feuille, puis regarde Maryline.
- Heu. Où ? Ensemble ?
- Chez moi. Tous les deux.
Thomas récupère ses affaires beaucoup trop rapidement pour cacher son excitation. Les au revoir sont rapides. Maryline embrasse Anaïs, puis moi. Au moment de se redresser, elle tapote la feuille pliée du bout du doigt, sans rien dire. Son sourire dit tout.
Thomas est déjà sur le pas de la porte quand Maryline quitte la pièce. Dire que j’avais pensé que je luis plaisais peut-être… La porte se referme.
On se retrouve seules, Anaïs et moi. Le silence s’installe. L’atmosphère est électrique. Pour nous distraire, nous rangeons un peu la table, évitant soigneusement de déplacer le papier. Quand on a fini, on s’assied toutes les deux.
- On fait quoi maintenant ?
- Je sais pas. Tu as envie de quoi ?
- Je sais pas.
- Et si on lisait ce papier ?
- J’allais te le proposer.
Anaïs et moi nous penchons toutes les deux en avant pour nous saisir de ce papier. On s’est retrouvées nez à nez. Nos regards se sont accroché quelques secondes. J’ai avancé mes lèvres pour effleurer les siennes. Elle a pris quelques secondes de recul, puis s’est approchée à nouveau, plus brutalement, plus intensément.
On s’embrasse longtemps, debout entre la table et le canapé, sans chercher à aller plus vite. Ce baiser-là n’a rien à voir avec le carnaval. Ce soir-là, c’était l’excitation de la situation, du moment, de la fête, de l’alcool. Ce soir, c’est l’envie naissante, l’apprentissage de l’autre.
Anaïs s’écarte doucement.
- On va pas rester là
Ce n’est pas une question. Elle prend ma main et me conduit vers sa chambre. La lumière du couloir suffit à diffuser une lumière tamisée.
Debout face à elle dans la pénombre, je sens ses doigts chercher la fermeture de ma robe dans mon dos. Elle tire doucement. Le tissu glisse sur mes épaules, sur mes hanches, sur le sol. Elle recule d’un pas pour me regarder. Je me sens gênée.
- Tu es belle.
Je me rapproche d’elle et je commence à défaire les boutons de son haut, tout en l’embrassant. Quand il tombe, je pose mes lèvres sur son épaule. Elle penche sa tête sur le côté, me laisse faire. Ma bouche longe la courbe de son cou, comme pour apprendre à connaître ses formes. Je descends le long de son buste, passe ses seins, embrasse son ventre. Je fais sauter doucement le bouton de son jeans et le descends doucement le long de ses jambes. A chaque centimètre de peau dévoilé, un baiser vient imprimer mon envie de son corps.
A mon tour, je recule d’un pas pour la regarder.
- Toi aussi, tu es belle. Vraiment.
Elle s’approche de moi, m’embrasse à nouveau. Elle m’enlace, me pousse vers son lit. Nous tombons toutes les deux sur le matelas, sans nous quitter pour autant.
A son tour, elle embrasse mon cou, descend le long de mon buste. Elle tire sur mon soutien-gorge et découvre un sein. Ses lèvres viennent entourer mon téton qui durcit immédiatement. Ma main trouve ses cheveux, s’y perd.
Elle remonte, m’embrasse. J’en profite pour la faire basculer sur le côté. Je veux explorer aussi.
Je descends lentement le long de son corps. Je me débarrasse du dernier bout de tissu qui m’empêche d’accéder à sa peau. Je suis attentive à chaque souffle, chaque frisson. Elle pose une main dans mon dos, légère.
Je découvre qu’avec elle, je n’ai pas besoin de mode d’emploi. Son corps me dit tout. Quand j’hésite, elle guide sans mot. Un geste, une pression, un soupir en disent plus que n’importe quelle instruction.
Quand mes lèvres suivent le tissu de sa culotte, Anaïs frémit d’impatience. Ses hanches se soulèvent et elle retire elle-même ce dernier rempart de sa nudité.
Pour moi, c’est aussi le signe que c’est le moment de passer à une autre étape. Ma main se dirige vers son sexe. Mon doigt se glisse entre ses lèvres et je sens toute son excitation mouiller mon index. Ma langue suit le même chemin. Je découvre à nouveau son sexe fraichement épilé. Son goût est délicieux et je me délecte de cette caresse.
Anaïs agrippe mes cheveux, se contorsionne sous mes coups de langue. Elle me force à remonter et m’embrasse à pleine bouche. Elle me bascule à nouveau pour prendre le dessus. Cette fois-ci, elle se retourne et se positionne en soixante-neuf.
Ses hanches descendent doucement vers mon visage. Pendant ce temps, ses lèvres ont repris leur exploration. On se répond, on s’imite presque. Quand j’accélère, elle accélère. Quand je marque une pause, elle ralentit. Comme si nos corps apprenaient à communiquer en symbiose.
A un moment je dois m’arrêter. Mais elle, non. Elle continue. Sa langue sur mon clitoris, ses doigts qui explorent le moindre recoin de mon vagin. Tous mes circuits se coupent. Je me laisse emporter par cette vague qui m’envahit. Je pose ma tête contre sa cuisse, gémit sous ses assauts de plus en plus rapides, de plus en plus intenses. Je laisse venir.
Mon souffle s’emballe. Mes mains s’agrippent à ses hanches. Je jouis longuement, les dents serrées, le corps parcouru de spasmes incontrôlables.
Anaïs descend, se glisse le long de mon corps, remonte jusqu’à mon visage. Elle m’embrasse doucement. Je sens mon propre goût sur ses lèvres. C’est étrange et intime d’une façon que je n’aurais pas su anticiper. Je reprends mon souffle quelques secondes, puis je la bascule sur le dos.
- J’en ai pas fini avec toi.
Je redescends vers son sexe. Ma langue explore à nouveau tous les recoins de son intimité. Je sens quand elle commence à basculer. Sa respiration change, ses cuisses resserrent légèrement de chaque côté de ma tête. Je glisse un doigt, puis deux. Lentement, profondément. Je sens les contractions de ses muscles autour de mes doigts.
Lorsque mon annulaire frôle involontairement son anus, Anaïs pousse un gémissement différent, comme si elle l’attendait. Je continue mes caresses, mais cette fois j’approche à nouveau son petit trou, mais volontairement. J’avais vu juste, son corps bouge pour venir à la rencontre de ce doigt taquin. Je mouille ce doigt pour le lubrifier, en entame une caresse prolongée.
Son plaisir mon en flèche, son corps se tortille dans tous les sens. Elle murmure quelque chose que je n’entends pas vraiment, concentrée uniquement sur son plaisir.
Quand elle jouit, c’est long, fort et entier. Ses hanches se soulèvent, ses doigts agrippent mes cheveux. Elle laisse échapper un son que n’a pas cherché à retenir cette fois.
Je remonte lentement le long de son corps, embrasse chaque centimètre de peau qui me sépare de sa bouche. Je me glisse contre elle. Elle se cale dans mes bras, cale sa tête sur ma poitrine. Sa main se pose sur mon ventre, décrit de petits cercles.
On ne dit rien pendant un long moment. Sa respiration se calme progressivement. La chambre devient silencieuse.
- C’était bien.
- Ho… oui.
- Tu mens pas mal pour quelqu’un qui prétend ne rien savoir faire.
Je souris contre sa peau. On s’endort comme ça, nues et heureuses.
Je me réveille la première. La lumière filtre par les rideaux mal tirés, une lumière douce de début de matinée. Anaïs dort encore, le visage tourné vers moi, ses cheveux en désordre sur l'oreiller. Sa respiration est lente, régulière.
Je reste immobile un long moment à la regarder.
Elle est belle comme ça. Sans le contexte de la soirée, sans la tension du jeu, sans l'alcool.
Je me lève doucement pour ne pas la réveiller. Je récupère ma robe sur le sol de la chambre, l'enfile. Dans le couloir, je marque une pause. Je pourrais partir maintenant. Laisser un message. Faire comme si.
Je continue vers le salon.
La table est encore là, avec les restes de la soirée. Les verres à moitié vides. Le plateau d'Adultopoli à moitié rangé. Les petits accessoires éparpillés.
Et au centre, le papier plié de Maryline.
Je le prends. Je le déplie lentement. L'écriture ronde, un peu penchée, les fautes assumées :
"Faite l'amour, sa se voit que vous n'attendez que sa ❤"
Je reste là une seconde, le papier entre les doigts, puis je souris. Comme une conne, seule dans ce salon silencieux du matin.
Elle avait pas tort, Mary.
Je repose le papier au centre de la table. Je vais dans la cuisine, trouve les tasses sans trop chercher, lance le café. Derrière moi, j'entends des pas dans le couloir.
- T'aurais pu dormir encore
- Je sais. J'avais envie de café.
Elle s'approche, regarde la cafetière, puis moi.
- T'as lu le papier ?
- Ouais.
On rigole toutes les deux.
- Elle est chiante, Mary.
- Elle est chiante, je confirme.
On boit notre café debout dans sa cuisine, épaule contre épaule, sans trop parler. C'est bien. C'est simple.
Je sais pas ce que c'est, ce qu'on est l'une pour l'autre, ce que ça va devenir. Je sais pas si je suis lesbienne, bi, ou autre chose encore. Je sais pas si on va se revoir.
Ce que je sais, c'est que ce matin, dans cette cuisine, je suis exactement là où j'ai envie d'être.
Au réveil, j’ai eu un léger doute. J’avais rêvé, ou j’avais vraiment vécu ça ? (cf. Manon – Carnaval). Mais le doute s’est vite dissipé. J’avais bu, oui, mais je me souviens de chaque détail, de chaque émotion ressentie. Et maintenant ? Ben je sais pas. Je lui ai donné mon numéro. Je suis tiraillée entre l’envie qu’elle me contacte, et l’envie que cela reste un plan d’un soir, une histoire sans lendemain et sans regret.
Pourtant, je regarde plus souvent mon téléphone que d’habitude. Inconsciemment, j’attends un message de sa part. Je l’espère, même. Finalement, il est arrivé en fin d’après-midi : « Salut, c’est Anaïs. J’espère que je te dérange pas ? ».
Ha ben déjà, elle s’appelle Anaïs. C’est déjà bien de savoir son prénom, non ? J’ai préparé ma réponse. « Salut ! Non tu me déranges pas. Manon ». Mais j’ai hésité environ 22 fois avant d’envoyer. J’ai effacé. Je pourrais l’ignorer, aussi. Réécrit. Puis effacé à nouveau. Si je doute, pourquoi me lancer dans cette conversation ? Mais j’ai envie de voir ce que ça peut donner, je risque quoi ? Cette fois, j’ai envoyé. « Non, pas du tout. Manon». Oui, j’ai signé aussi. Je sais pas si je lui avais donné mon prénom…
S’en est suivie une série de messages. Malgré mon hésitation de départ, la discussion était fluide, intéressante, naturelle. Je me suis surprise à guetter l’arrivée de ses messages. A un moment, la discussion a tourné : « Ça te dirait de passer un soir dans mon château ? Rien d’obligé. On pourrait inviter des amis, histoire que ce soit plus simple. ». J’avais presque oublié que c’était ma princesse, que je lui avais donné mon numéro en suggérant de m’inviter dans son château. Ça m’a fait sourire qu’elle s’en souvienne. Mais j’ai pas répondu tout de suite.
J’appréhendais nos retrouvailles. Mais l’idée du groupe, ça me plaît pas mal. Ça évitera qu’on se retrouve seules à devoir décider ce qu’on est. Pas de tête à tête imposé. Ça me laisse une sortie de secours, si jamais. Ça m’a rassurée. Alors j’ai répondu. « yes, ça me dit. ». Elle a juste réagi à mon message avec un cœur. C’est con, mais ça m’a touchée. Elle avait l’air d’avoir vraiment envie de me revoir.
Le jour J, j’arrive chez Anaïs, stressée, mais avec détermination. Même si j’avais 15 minutes d’avance à mon arrivée, j’ai volontairement attendu quelques minutes pour m’assurer que les autres invités seraient déjà là. Je me demande comment ça va se passer, en fait. Quand elle va ouvrir, je fais quoi ? Une bise, comme à une amie ? Un baiser, comme à une partenaire ? Je lui serre la main ? Non ok, ça serait bizarre, ça. Bref, j’improviserai.
Je sonne. Des pas qui s’approchent précipitamment. Mon cœur commence à battre beaucoup trop fort. J’ai l’impression qu’il veut sortir de ma poitrine. La porte s’ouvre.
- Manon ! ça fait plaisir de te voir
Elle me fait une bise, un peu appuyée, sur la joue. Comme on peut le faire à une bonne copine. Bon, ça me va, j’ai pas eu le temps de me poser la question et il n’y a pas eu de malaise.
- Tout le plaisir est pour moi ! Tiens, je savais pas si tu aimais les fleurs, mais à priori, t’as rien contre le vin !
Elle rigole et prend la bouteille de vin rouge que je tiens à la main. Elle m’invite à me mettre à l’aise et à entrer dans le salon.
Je la regarde s’éloigner. Elle a troqué sa robe de princesse contre un jean qui met bien en valeur ses interminables jambes. Parfois, l’alcool embellit les gens, mais là, elle est encore plus jolie que dans mon souvenir. Ses cheveux attachés à la va-vite et quelques mèches entourent la douceur de son visage. Son sourire est lui aussi empli de douceur. Elle est sincèrement gentille et avenante, sans en faire trop. J’aime.
- Je vous présente Manon. Manon, mes amis, Sophie, Patrick, Maryline, et finalement Thomas.
Au fur et à mesure des présentations, je fais la bise aux convives. J’en profite pour les détailler.
Sophie est belle de manière évidente. Elle le sait, elle l’assume, sans en faire trop. Brune plutôt classique, plutôt petite, elle a des traits très avantageux. Elle est souriante, tactile, à l’aise. Elle dégage une assurance tranquille.
Patrick, son compagnon, est l’opposé de Sophie. Grand, large d’épaules, un peu brut, barbe de quelques jours. Il a ce charme un peu bestial, pas sophistiqué mais soigné. Il parle peu. Peut-être qu’il est un peu timide ? En tout cas, il prend de la place physiquement, mais reste discret dans un groupe.
Maryline, elle est… troublante. Contrairement à Sophie, elle n’est pas d’une beauté évidente. Mais dès qu’on s’y attarde, il y a quelque chose de magnétique. Elle est très fine avec des cheveux blonds. Son corps est souple et ses gestes fluides. Son regard, d’un bleu intense, donne envie de s’y plonger des heures. Elle parle librement, sans filtre. Elle n’a rien à prouver à personne et l’assume. Elle est célibataire.
Thomas est assez canon. Silhouette athlétique, tee-shirt près du corps, mains larges et puissantes. Il a une voix grave, posée. Son rire est communicatif et ça détend immédiatement l’atmosphère. Au-travers de son regard affirmé, j’ai l’impression d’être scrutée. Peut-être que je lui plais ? Va savoir…
Et au milieu de tout ça, il y a moi, Manon. Etrangement, je me sens à ma place, légitime. L’accueil est chaleureux, sans jugement. Je suis rassurée qu’ils soient tous là. Je suis venue pour Anaïs, mais ses invités pourraient très bien être de bons potes.
L’apéro commence doucement. Les verres se remplissent, musique d’ambiance, pas trop forte. Les conversations se croisent, se mélangent. Tout est plutôt naturel. Ça parle boulot, voyages, origines.
Anaïs n’est jamais très loin, mais elle ne me colle pas. Elle circule, s’assoit, se relève. Quand elle passe près de moi, je me surprends à attendre un geste de sa part. Mais rien…
À un moment, la discussion glisse. Quelqu’un demande comment Anaïs et moi on s’est rencontrées. Question banale, normalement. Là, par contre, j’ai dû virer rouge tomate. Heureusement, Anaïs est moins déconcertée que moi.
- Au carnaval
- Ah oui ? sourit Sophie. Carnaval comment ?
- Ben comme un carnaval. Déguisées. Beaucoup d’alcool. Fin de soirée un peu floue…
Elle me jette un regard un peu plus appuyé, comme pour me signifier que rien n’était flou, bien au contraire…
Les gens rient autour de la table. Ça passe. Mais je sens que ça intrigue quand même, mais ils ont compris qu’il fallait pas trop creuser pour le moment. Enfin, Maryline semble tout de même dubitative, mais elle ne dit rien.
On enchaîne avec un premier jeu. Le principe est simple. Un tas de cartes, des questions. Chacun son tour, on tire une carte. Chaque carte comporte une question. Un peu neuneu. Genre, mer ou montagne ? Le dernier film qui t’a fait pleurer ?
Ça rigole, ça chambre. Thomas fait un peu le con, amuse la galerie. Plusieurs questions anodines se suivent. Puis mon tour arrive à nouveau : « Quel est le truc le plus débile que tu as fait quand tu étais bourré ». Eclair de panique dans mon regard. Je cherche celui d’Anaïs, mais elle me calcule pas. Je bafouille une connerie débile sur le fait de rentrer chez moi sans mes chaussures, ou une connerie comme ça. Mais je sens à nouveau le regard perçant de Maryline. Est-ce qu’elle sait quelque chose ?
Quand vient son tour, elle élude la question, pour proposer un nouveau jeu. Un peu plus « spicy ». Mais on peut refuser bien sûr, c’est juste une proposition. Chacun pose ses limites, personne ne juge. Le principe, c’est surtout d’apprendre à se connaître. Un peu différemment, on va dire…
Je croise le regard d’Anaïs, comme si elle me sonde. J’ai bien l’impression qu’elle, ça la tente, ce jeu. Thomas est partant aussi. Sophie et Patrick sont ok, mais précisent qu’ils diront et feront pas n’importe quoi. J’ai envie de découvrir un peu plus d’Anaïs. Les autres, moins. Enfin, pourquoi pas, en fait. J’ai rien à perdre moi. J’accepte.
Maryline prend la boîte qu’elle avait emmenée avec elle. Adultopoli. Genre, Monopoly, mais en… moins immobilier. Elle prend les devants, ouvre la boîte. Tout en installant le plateau, elle précise les règles.
- Déjà, tout est optionnel. A chaque tour, tu peux refuser. Sans justification.
- Deuxième règle : on n’encourage personne à faire quelque chose qu’elle hésite. C’est son choix. Point.
Tout le monde approuve. Maryline poursuit.
- Chaque joueur reçoit 10’000€ au départ. A chaque tour, 2000€ sont perçus. Si on tombe sur la case départ, on reçoit 2000€ supplémentaires. Chaque case coûte 3000€.
- Il y a pas de maison, mais des objets. Bon, ici c’est des trucs sexuels, mais ils veulent pas dire grand-chose dans le jeu. Le premier objet coûte 1000, puis 2000, 3000 et 5000 pour compléter la case.
- Le jeu se déroule par tour. Tu lances le dé, tu avances ton pion. Si la case est libre, tu peux l’acheter, si tu as de l’argent. Si la case t’appartient, tu peux acheter un objet. Contrairement au monopoly classique, il n’y a pas de groupe et toutes les cases ont la même valeur.
- Si la case appartient à quelqu’un, tu dois prendre une carte qui correspond au nombre d’objets présents sur la case. Si la case est vide, il faut prendre une carte 0. 1 objet, carte 1. Comme ça jusqu’à 3. Si la case est complète, c’est le détenteur qui choisit soit un numéro de carte, soit une question ou action libre.
- Il y a une case prison. Soit on y passe un tour, du coup toutes nos cases sont inactives, soit on enlève l’habit de son choix pour en sortir.
- Il y a 4 cases « Chance ». Si on tombe dessus, on peut distribuer une carte du tas « Chance » à la personne de son choix. Ces cartes sont aléatoires. Elles peuvent apporter de l’argent, en coûter, proposer un défi sympa, un peu plus osé, ou au contraire, se retourner contre la personne qui l’a distribuée.
- Vous avez des questions ?
Maryline a fini son explication de façon abrupte. J’ai croisé le regard d’Anaïs qui semblait prête au départ. Pas de question. Le plus jeune commence et ensuite on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre.
Thomas saisit le dé. Il commence par un cinq. Directement une carte chance. Il tire la carte avec un peu d’appréhension.
- La banque vous verse 4000€
Dans un ouf de soulagement, il se sert des 4000€ dans le carton que Maryline avait laissé de côté. Celle-ci s’empare du dé et le jette sur la table. 4. Elle achète directement la case. Anaïs fait un petit un et achète également sa case.
A mon tour, je tire le dé. Je tombe sur la case de Maryline qui rigole et tire la carte 0 avec beaucoup d’empressement.
- Question : Tu préfères dormir seul(e) ou à deux ?
- A deux.
Aucune hésitation. Un petit signal pour Anaïs, aussi.
Le jeu se poursuit pendant plusieurs tours. C’est Maryline qui mène le bal en ayant pu acheter plusieurs cases, grâce notamment à une carte chance de 20’000€. Plusieurs questions et actions se sont enchaînées. Sophie a dû annoncer le prénom de son animal de compagnie. Comme elle n’en a pas, elle a fièrement cité Patrick, ce qui a déclenché un rire général.
Patrick, lui, a dû réciter l’alphabet à l’envers. Thomas a chanté un bout de « La boulette » de Diam’s. Maryline a affirmé que le plus bel endroit qu’elle avait visité est un lac de montagne, dans le canton de Berne, en Suisse.
Anaïs relance le dé. Six. Elle sourit.
- Je vais prendre un objet.
Maryline ouvre la boîte avec les petits accessoires. Il y a un peu de tout. Anaïs choisit une tiare. Elle me jette un regard plein de sous-entendu. La princesse.
A mon tour, je peux acheter un objet. Je choisis un truc difforme qui, je crois, représente un emballage de préservatif. Je le place sur ma case. Sophie joue son tour et tombe sur la case chance. « Pendant 30 secondes, faites un lap-dance à la personne assise en face de vous. ». Sophie refuse simplement. Anaïs, assise en face de Sophie, fait faussement la moue avant d’éclater de rire.
Patrick continue et tombe sur la case d’Anaïs, avec un objet. Anaïs prend la carte et lit à haute voix :
- Embrassez la personne de votre choix pendant 10 secondes.
Il se tourne vers Sophie, prend son visage entre ses mains et l’embrasse tendrement. « 10 secondes » interrompt Maryline. On est pas dans votre chambre ici, dit-elle avec énergie.
Thomas file en prison. Il enlève ses chaussettes en guise de caution. Maryline tombe sur une de ses cases et achète directement deux objets. Ça se corse ! Anaïs tombe sur la case « Chance ».
- Pendant tout le prochain tour, assieds-toi tout près de la personne de ton choix. Vos corps doivent être en contact.
Anaïs pose son regard sur chacun des participants, puis revient vers moi. Elle se décale pour se rapprocher de moi. Je sens la chaleur de sa cuisse contre la mienne. Ce contact est doux et agréable. Je sens son parfum et mes pensées dérivent déjà un peu.
A mon tour. Je tombe sur ma propriété. Ayant un peu d’économies et ayant reçu un montant supplémentaire de la banque au tour précédent, je fais une folie et achète directement quatre objets. Rira bien qui tombera sur ma case !
Les tours s’enchaînent. Maryline, tombée deux fois en prison, a retiré ses chaussettes et son pull. Elle est en débardeur.
Anaïs, plutôt chanceuse, a pu acquérir plusieurs objets et a passablement augmenté la valeur de ses cases.
Sophie, tombée deux fois sur des cases numéro deux, a dû d’abord nous dire la couleur de ses sous-vêtements, rouges en l’occurrence, puis s’est mise à califourchon sur Patrick pour l’embrasser pendant 30 secondes.
Patrick a lui perdu ses chaussettes à la prison. Après le gage de Sophie, on l’a vu se repositionner et remettre en place discrètement son service trois-pièces.
Thomas a fait un massage des épaules à Maryline, avant de nous raconter sa première fois (plutôt banale).
Maryline tombe sur la case chance. Elle saisit la carte et lit :
- Si tu acceptes d’enlever un vêtement, gagne 4000€. Sinon, perds 2000€.
Pas d’hésitation, Maryline retire son débardeur pour se retrouver en soutien-gorge. Elle a une petite poitrine, mais ferme et bien dessinée. Elle semble très à l’aise.
Anaïs tombe sur ma case. J’y ai mis 3 objets. Je tire la carte numéro 3 et lis à haute voix :
- Le propriétaire choisit une personne autre que lui-même. Pendant 30 secondes, tu devras embrasser sa nuque et laisser tes mains parcourir lentement son corps.
Ha merde. Ça m’arrange pas, ça. Je peux pas me désigner moi-même. C’est peut-être l’occasion de la tester. Je désigne Thomas. Celui-ci consent à se laisser faire. Anaïs accepte également. Elle s’approche de lui par derrière. Sa bouche se rapproche de son corps. Ses mains se posent sur ses flancs. Sa bouche se pose sur la peau nue de Thomas, mais son regard me fixe intensément. Ses mains se promènent sur le corps de Thomas. Celui-ci penche la tête en arrière, ferme les yeux. Anaïs continue, très sensuellement à l’embrasser et à me fixer.
Le sentiment qui m’anime est mitigé. Je suis presque jalouse, mais elle m’excite, avec son regard. Je sens une douce chaleur envahir mon ventre. Le temps est écoulé et Anaïs rejoint sa place. Thomas semble frustré et son pantalon semble un petit peu serré. Il se lève pour se servir un verre.
Sophie tombe sur une case de Maryline où trônent fièrement 3 objets. Maryline saisit une carte et la lit à haute voix :
- Simulez l’acte sexuel avec votre partenaire pendant 1 minutes. Pendant la manœuvre, retirez-lui un habit.
Un peu désinhibés par l’alcool, ils acceptent. Sophie enjambe Patrick. Elle l’embrasse et presse son bassin contre celui de son homme. Elle glisse sa main entre leurs corps. On devine qu’elle caresse son membre à travers son pantalon. Ils miment un coït vraiment crédible. Elle prend le t-shirt de son amoureux et l’enlève d’un geste habile. Ils agissent comme si plus rien d’autre n’existait. Ils sont beaux, ils sont vrais. Ça m’excite beaucoup et je vois que les autres participants ne sont pas insensibles à cette scène. Quand le chronomètre annonce la fin de la minute, tout le monde semble déçu.
Le jeu reprend, mais la tension n’est plus la même. L’excitation est montée d’un cran, et tout le monde semble prêt à faire un pas de plus. Quand Thomas se retrouve en prison, il retire immédiatement son haut.
Maryline tombe sur ma case. Elle doit raconter sa fois la plus hard. Elle nous narre une histoire d’un plan à 3, avec un gars et une autre femme. Elle dit avoir été plus attirée par la femme que par l’homme ce jour-là, bien qu’elle soit hétéro avérée. Mais la femme, une somptueuse rousse, l’avait tellement bien chauffée qu’elle n’avait d’yeux que pour elle. Encore une fois, mon imaginaire a pris le dessus et mon corps semble apprécier ce que mon cerveau voit.
Anaïs tombe à son tour sur ma case. Tas N°3 :
- Pour la durée du prochain tour, offre au propriétaire un massage des jambes, lent et attentif. Fais ce qui te semble nécessaire pour que le geste soit confortable.
Je regarde Anaïs avec un mélange d’excitation et d’embarras. Elle, elle sourit doucement.
Elle s’installe à côté de moi, pose mes jambes en travers des siennes. Ses mains se posent sur me chevilles d’abord. Elle remonte lentement, les pouces suivant le tibia, puis l’intérieur du mollet. Je suis chaque centimètre de sa progression. Je fixe le plateau de jeu pour me donner une contenance.
Thomas relance les dés. La partie continue autour de nous, mais j’ai l’impression d’être dans une bulle, seulement accompagnée d’Anaïs. Ses doigts remontent jusqu’à l’arrière du genou, s’y attardent un peu. Je retiens ma respiration, espérant que son exploration continue.
Maryline nous jette un œil et dit à la cantonade, avec son absence totale de filtre habituelle :
- On dirait que quelqu’un apprécie son gage.
Rires. Je fais semblant de lever les yeux au ciel. Mais elle a raison, Mary, j’apprécie. Beaucoup. Anaïs ne dit rien, mais je sens ses doigts presser un tout petit peu plus fort, remonter un petit peu plus. Un frisson parcourt mon corps.
Quand le tour se termine, elle retire ses mains lentement. Comme une caresse infinie. Je récupère mes jambes et je prends une grande gorgée de vin.
Le jeu reprend. C’est Sophie qui tombe sur la case de Thomas qui contient deux objets.
- Embrasse le propriétaire, bouche ouverte, pendant 20 secondes.
Thomas pose les yeux sur Sophie. Patrick croise les bras, mais ne dit rien. Sophie lui lance un regard, mais il hausse imperceptiblement les épaules. Elle se tourne vers Thomas et l’embrasse. Vraiment. Pas pour de faux. Les mains de Thomas remontent dans les cheveux de Sophie. Vingt secondes. Probablement trop courtes pour eux, trop longues pour Patrick.
Mon tour. Je tombe sur la case de Maryline, qui est complète. Elle choisit librement.
- Alors… Manon, tu vas t’installer derrière Anaïs. Tu vas lui susurrer à l’oreille ce que tu lui ferais si tu devais lui faire l’amour, là tout de suite, si vous étiez seules.
Mes pensées défilent à toute vitesse dans ma tête. J’ai le droit de refuser, règle numéro 1. En même temps, j’aurai pas mille occasions non plus de briser la glace. J’y vais.
Je me lève, m’installe derrière Anaïs. Je passe doucement mes bras autour de sa taille et approche ma bouche de son oreille. Ses cheveux sentent bon. Elle sent bon. Je commence à parler, doucement, pour elle.
- J’inverserai les rôles de tout à l’heure. Toi, allongée sur mes jambes, moi caressant tes cuisses. Je prendrais mon temps. Beaucoup de temps.
Je marque une pause. Anaïs ferme les yeux. Mes doigts, imperceptiblement, pressent le corps d’Anaïs.
- Je remonterai le long de tes cuisses. Doucement. Passerai sous ta jupe jusqu’à la naissance de tes fesses. Je m’arrêterais un instant, puis je continuerais. Un peu plus haut. Je sentirais ta chaleur. Ensuite…
Pendant mes paroles, mes mains sont doucement remontées le long de son ventre, jusqu’à atteindre maintenant la commissure de ses seins. Je m’arrête brusquement. Anaïs ouvre les yeux lorsque je me détache de son corps. Frustrée. Surprise.
Amusée, Maryline relance la partie.
- Bien, très bien.
Le jeu reprend. Quelques tours anodins, comme pour souffler. Puis Sophie tombe sur ma case, complète.
Je tire la carte numéro 3 et je lis.
- Le propriétaire désigne deux joueurs. Ils ont deux minutes pour se déshabiller mutuellement, en silence, aussi lentement que possible.
Sophie regarde Patrick. Patrick regarde Sophie. Cette fois, pas d'hésitation, pas de regard en coin vers les autres. Juste eux deux.
- Ok. Mais...
Sophie marque une pause, cherche ses mots.
- Je crois que vous avez pas besoin de voir ça.
Rires autour de la table. Francs, chaleureux, sans moquerie. Patrick est déjà debout. Les au revoir sont rapides. Sophie m'embrasse sur la joue et me glisse à l'oreille, avec un sourire complice :
- Toi aussi t'as l'air d'avoir des trucs à finir ce soir.
Avant que j'aie pu répondre, elle a déjà récupéré son manteau. La porte se referme. On n’est plus que quatre.
Thomas relance les dés. Il tombe sur la case d’Anaïs qui contient deux objets. Elle saisit la carte la lit.
- Le propriétaire s’installe sur les genoux du joueur pendant trois minutes. Les mains du joueur peuvent se promener librement sur le haut du corps.
Thomas écarte légèrement les bras en signe de bienvenue. Anaïs se lève, contourne la table, et s'installe sur lui. Les mains de Thomas se posent sur ses hanches d'abord, remontent lentement le long de ses flancs. Anaïs ne cherche pas mon regard cette fois. Elle ferme à moitié les yeux, laisse faire.
Maryline me regarde du coin de l’œil. Elle a ce petit sourire qu’elle a depuis le début de la soirée. Celui qui dit qu’elle sait tout et que ça l’amuse beaucoup. Elle regarde à nouveau le duo. Elle se caresse doucement les cuisses en regardant la scène.
Après trois minutes, Anaïs regagne sa place. Une bosse apparaît entre les jambes de Thomas.
C’est mon tour. Je tombe à nouveau sur la case de Maryline. La complète, évidemment.
Maryline pose ses coudes sur la table.
- Gage libre, dit-elle simplement.
Elle se lève, disparaît dans la cuisine et revient avec une feuille et un stylo. Elle réfléchit deux secondes puis on entend le stylo gratter le papier. Tout le monde reste muet en essayant de comprendre ce qu’il se passe. Elle plie la feuille en quatre et la pose au centre de la table.
- Vous lirez quand on sera partis.
Elle range le stylo, attrape son sac, s’approche de Thomas et l’embrasse profondément.
- On y va ?
Perdu, Thomas la regarde, puis regarde la feuille, puis regarde Maryline.
- Heu. Où ? Ensemble ?
- Chez moi. Tous les deux.
Thomas récupère ses affaires beaucoup trop rapidement pour cacher son excitation. Les au revoir sont rapides. Maryline embrasse Anaïs, puis moi. Au moment de se redresser, elle tapote la feuille pliée du bout du doigt, sans rien dire. Son sourire dit tout.
Thomas est déjà sur le pas de la porte quand Maryline quitte la pièce. Dire que j’avais pensé que je luis plaisais peut-être… La porte se referme.
On se retrouve seules, Anaïs et moi. Le silence s’installe. L’atmosphère est électrique. Pour nous distraire, nous rangeons un peu la table, évitant soigneusement de déplacer le papier. Quand on a fini, on s’assied toutes les deux.
- On fait quoi maintenant ?
- Je sais pas. Tu as envie de quoi ?
- Je sais pas.
- Et si on lisait ce papier ?
- J’allais te le proposer.
Anaïs et moi nous penchons toutes les deux en avant pour nous saisir de ce papier. On s’est retrouvées nez à nez. Nos regards se sont accroché quelques secondes. J’ai avancé mes lèvres pour effleurer les siennes. Elle a pris quelques secondes de recul, puis s’est approchée à nouveau, plus brutalement, plus intensément.
On s’embrasse longtemps, debout entre la table et le canapé, sans chercher à aller plus vite. Ce baiser-là n’a rien à voir avec le carnaval. Ce soir-là, c’était l’excitation de la situation, du moment, de la fête, de l’alcool. Ce soir, c’est l’envie naissante, l’apprentissage de l’autre.
Anaïs s’écarte doucement.
- On va pas rester là
Ce n’est pas une question. Elle prend ma main et me conduit vers sa chambre. La lumière du couloir suffit à diffuser une lumière tamisée.
Debout face à elle dans la pénombre, je sens ses doigts chercher la fermeture de ma robe dans mon dos. Elle tire doucement. Le tissu glisse sur mes épaules, sur mes hanches, sur le sol. Elle recule d’un pas pour me regarder. Je me sens gênée.
- Tu es belle.
Je me rapproche d’elle et je commence à défaire les boutons de son haut, tout en l’embrassant. Quand il tombe, je pose mes lèvres sur son épaule. Elle penche sa tête sur le côté, me laisse faire. Ma bouche longe la courbe de son cou, comme pour apprendre à connaître ses formes. Je descends le long de son buste, passe ses seins, embrasse son ventre. Je fais sauter doucement le bouton de son jeans et le descends doucement le long de ses jambes. A chaque centimètre de peau dévoilé, un baiser vient imprimer mon envie de son corps.
A mon tour, je recule d’un pas pour la regarder.
- Toi aussi, tu es belle. Vraiment.
Elle s’approche de moi, m’embrasse à nouveau. Elle m’enlace, me pousse vers son lit. Nous tombons toutes les deux sur le matelas, sans nous quitter pour autant.
A son tour, elle embrasse mon cou, descend le long de mon buste. Elle tire sur mon soutien-gorge et découvre un sein. Ses lèvres viennent entourer mon téton qui durcit immédiatement. Ma main trouve ses cheveux, s’y perd.
Elle remonte, m’embrasse. J’en profite pour la faire basculer sur le côté. Je veux explorer aussi.
Je descends lentement le long de son corps. Je me débarrasse du dernier bout de tissu qui m’empêche d’accéder à sa peau. Je suis attentive à chaque souffle, chaque frisson. Elle pose une main dans mon dos, légère.
Je découvre qu’avec elle, je n’ai pas besoin de mode d’emploi. Son corps me dit tout. Quand j’hésite, elle guide sans mot. Un geste, une pression, un soupir en disent plus que n’importe quelle instruction.
Quand mes lèvres suivent le tissu de sa culotte, Anaïs frémit d’impatience. Ses hanches se soulèvent et elle retire elle-même ce dernier rempart de sa nudité.
Pour moi, c’est aussi le signe que c’est le moment de passer à une autre étape. Ma main se dirige vers son sexe. Mon doigt se glisse entre ses lèvres et je sens toute son excitation mouiller mon index. Ma langue suit le même chemin. Je découvre à nouveau son sexe fraichement épilé. Son goût est délicieux et je me délecte de cette caresse.
Anaïs agrippe mes cheveux, se contorsionne sous mes coups de langue. Elle me force à remonter et m’embrasse à pleine bouche. Elle me bascule à nouveau pour prendre le dessus. Cette fois-ci, elle se retourne et se positionne en soixante-neuf.
Ses hanches descendent doucement vers mon visage. Pendant ce temps, ses lèvres ont repris leur exploration. On se répond, on s’imite presque. Quand j’accélère, elle accélère. Quand je marque une pause, elle ralentit. Comme si nos corps apprenaient à communiquer en symbiose.
A un moment je dois m’arrêter. Mais elle, non. Elle continue. Sa langue sur mon clitoris, ses doigts qui explorent le moindre recoin de mon vagin. Tous mes circuits se coupent. Je me laisse emporter par cette vague qui m’envahit. Je pose ma tête contre sa cuisse, gémit sous ses assauts de plus en plus rapides, de plus en plus intenses. Je laisse venir.
Mon souffle s’emballe. Mes mains s’agrippent à ses hanches. Je jouis longuement, les dents serrées, le corps parcouru de spasmes incontrôlables.
Anaïs descend, se glisse le long de mon corps, remonte jusqu’à mon visage. Elle m’embrasse doucement. Je sens mon propre goût sur ses lèvres. C’est étrange et intime d’une façon que je n’aurais pas su anticiper. Je reprends mon souffle quelques secondes, puis je la bascule sur le dos.
- J’en ai pas fini avec toi.
Je redescends vers son sexe. Ma langue explore à nouveau tous les recoins de son intimité. Je sens quand elle commence à basculer. Sa respiration change, ses cuisses resserrent légèrement de chaque côté de ma tête. Je glisse un doigt, puis deux. Lentement, profondément. Je sens les contractions de ses muscles autour de mes doigts.
Lorsque mon annulaire frôle involontairement son anus, Anaïs pousse un gémissement différent, comme si elle l’attendait. Je continue mes caresses, mais cette fois j’approche à nouveau son petit trou, mais volontairement. J’avais vu juste, son corps bouge pour venir à la rencontre de ce doigt taquin. Je mouille ce doigt pour le lubrifier, en entame une caresse prolongée.
Son plaisir mon en flèche, son corps se tortille dans tous les sens. Elle murmure quelque chose que je n’entends pas vraiment, concentrée uniquement sur son plaisir.
Quand elle jouit, c’est long, fort et entier. Ses hanches se soulèvent, ses doigts agrippent mes cheveux. Elle laisse échapper un son que n’a pas cherché à retenir cette fois.
Je remonte lentement le long de son corps, embrasse chaque centimètre de peau qui me sépare de sa bouche. Je me glisse contre elle. Elle se cale dans mes bras, cale sa tête sur ma poitrine. Sa main se pose sur mon ventre, décrit de petits cercles.
On ne dit rien pendant un long moment. Sa respiration se calme progressivement. La chambre devient silencieuse.
- C’était bien.
- Ho… oui.
- Tu mens pas mal pour quelqu’un qui prétend ne rien savoir faire.
Je souris contre sa peau. On s’endort comme ça, nues et heureuses.
Je me réveille la première. La lumière filtre par les rideaux mal tirés, une lumière douce de début de matinée. Anaïs dort encore, le visage tourné vers moi, ses cheveux en désordre sur l'oreiller. Sa respiration est lente, régulière.
Je reste immobile un long moment à la regarder.
Elle est belle comme ça. Sans le contexte de la soirée, sans la tension du jeu, sans l'alcool.
Je me lève doucement pour ne pas la réveiller. Je récupère ma robe sur le sol de la chambre, l'enfile. Dans le couloir, je marque une pause. Je pourrais partir maintenant. Laisser un message. Faire comme si.
Je continue vers le salon.
La table est encore là, avec les restes de la soirée. Les verres à moitié vides. Le plateau d'Adultopoli à moitié rangé. Les petits accessoires éparpillés.
Et au centre, le papier plié de Maryline.
Je le prends. Je le déplie lentement. L'écriture ronde, un peu penchée, les fautes assumées :
"Faite l'amour, sa se voit que vous n'attendez que sa ❤"
Je reste là une seconde, le papier entre les doigts, puis je souris. Comme une conne, seule dans ce salon silencieux du matin.
Elle avait pas tort, Mary.
Je repose le papier au centre de la table. Je vais dans la cuisine, trouve les tasses sans trop chercher, lance le café. Derrière moi, j'entends des pas dans le couloir.
- T'aurais pu dormir encore
- Je sais. J'avais envie de café.
Elle s'approche, regarde la cafetière, puis moi.
- T'as lu le papier ?
- Ouais.
On rigole toutes les deux.
- Elle est chiante, Mary.
- Elle est chiante, je confirme.
On boit notre café debout dans sa cuisine, épaule contre épaule, sans trop parler. C'est bien. C'est simple.
Je sais pas ce que c'est, ce qu'on est l'une pour l'autre, ce que ça va devenir. Je sais pas si je suis lesbienne, bi, ou autre chose encore. Je sais pas si on va se revoir.
Ce que je sais, c'est que ce matin, dans cette cuisine, je suis exactement là où j'ai envie d'être.
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