Mémoire d'Escorte E07
Récit érotique écrit par Miss_Sexcret [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur femme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 06-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Le lendemain, je n’ai presque pas dormi.
Vers neuf heures, j’ai ouvert les yeux dans ma chambre et j’ai su tout de suite que mon corps n’avait pas oublié.
Entre mes cuisses, tout était encore sensible, un peu gonflé, comme si la nuit s’était imprimée sous la peau. Quand j’ai bougé la jambe, un tiraillement doux m’a rappelé l’endroit exact où ses doigts étaient restés le plus longtemps. L’odeur était toujours là aussi — pas celle du champagne ni du savon de l’hôtel, mais une odeur plus animale, plus intime, qui collait à mes draps et à mon oreiller.
J’ai fermé les yeux.
Les images sont revenues sans permission.
Sa bite qui heurtait le fond de ma gorge.
Le goût du sperme quand j’avais toussé.
Sa langue dans mon cul pendant que je gémissais dans le tapis.
Le moment où j’avais giclé, les cuisses grandes ouvertes, incapable de retenir quoi que ce soit.
Et sa voix, juste après : *« T’es une vraie petite fontaine. »*
J’ai glissé une main sous le drap.
Mes doigts ont trouvé ma fente encore humide, chaude, trop sensible. J’ai juste effleuré. Un frisson m’a remonté jusqu’au ventre. J’aurais pu continuer. J’en avais envie. Mais j’ai retiré ma main. Pas maintenant. Pas dans le lit de mon adolescence, avec mes parents de l’autre côté du mur.
*Note mentale : le corps garde la mémoire plus longtemps que la tête. Sensation résiduelle de plénitude. Envie de se caresser dès le réveil. Le cadre tarifé n’a pas empêché le désir de revenir tout seul. Intéressant. Et gênant.*
Sous la douche, l’eau chaude a réveillé chaque zone qu’il avait touchée. J’ai mis plus de temps que d’habitude à me laver. Quand j’ai passé le savon entre mes fesses, mon souffle s’est un peu coupé. L’anus était encore sensible. Pas douloureux. Juste… présent.
Dans le métro, c’était pire.
Debout, coincée entre un étudiant qui lisait et une femme d’une cinquantaine d’années, j’ai senti le tissu de ma culotte frotter à chaque secousse de la rame. La sensibilité était devenue presque obsédante. Je pensais à sa langue. À la façon dont il avait écarté mes fesses avec mes propres mains. À la pression de son doigt pendant que je jouissais. Mon esprit dérivait, revenait, repartait. J’ai dû changer de position trois fois pour que personne ne remarque que mes joues étaient trop roses.
À la fac, pendant le cours de psychopathologie, j’ai pris des notes automatiques tout en revoyant la scène du facial. Le professeur parlait de mécanismes de dissociation. Et j’imaginais monsieur Fournier ce vider sur mes lunettes.
À treize heures, j’ai refermé mon cahier.
Mon corps était encore en alerte. Fatigué. Excité. Marqué.
À quatorze heures, j’étais de retour dans le salon de l’agence.
Valérie m’a fait asseoir face à elle. Un dossier était déjà ouvert sur ses genoux. Elle m’a détaillée un long moment sans parler, comme si elle cherchait à voir ce qui avait changé depuis la veille. Je sentais encore la sensibilité entre mes cuisses, et j’ai dû me forcer à croiser les jambes normalement.
— Alors ? a-t-elle demandé simplement. Comment s’est passée ta soirée avec Stéphane ?
Pas de détails salaces. Pas de « alors, il t’a bien démontée ? ». Juste ça. Posé. Professionnel. Un test, clairement.
— Bien, ai-je répondu. Très bien, même. Il a été… patient. Et exigeant au bon moment. J’ai découvert des trucs que je ne connaissais pas. Et j’ai joui pour de vrai. Plusieurs fois.
Valérie a souri à peine.
— Je m’en doutais. Il m’a envoyé un message vers cinq heures du matin. Très satisfait. Tu veux continuer ?
J’ai croisé les jambes plus fort. Entre mes cuisses, l’écho de la nuit était encore là.
— Oui. Je veux continuer. Et… j’aimerais découvrir plus. Pas seulement les clients doux. Le côté plus sombre. Plus pervers. Celui dont on ne parle pas dans les articles.
Un sourire lent a étiré ses lèvres.
— Bien. Dans ce cas, on arrête de faire les choses à moitié.
Elle m’a expliqué le fonctionnement réel de l’agence. Plus de rendez-vous isolés « pour tester ». À partir de maintenant, je rentrerais dans le catalogue VIP. Des photos professionnelles seraient prises dans les prochains jours — look adolescente, look lingerie, look naturel — puis distribuées uniquement à une liste fermée de clients triés. Chaque homme choisirait sur catalogue. On établirait ensuite noir sur blanc ce que j’acceptais, ce que je refusais, et le tarif de chaque extra. L’agence prenait quarante pour cent sur le taux horaire. Les extras et le reste m’appartenaient.
Elle a poussé une feuille vers moi.
— On va remplir ça maintenant. Sois précise.
J’ai pris le stylo. La liste était longue. Sodomie, double pénétration, jeux de rôle, bondage léger, fellation profonde, anulingus donné et reçu, éjaculation faciale, jouets, urinothérapie, fétichisme des pieds, fantasmes de soumission, de domination…
J’ai coché presque tout.
Quand mon stylo s’est arrêté sur « urinothérapie », j’ai senti une légère contraction dans le bas-ventre. Pas du dégoût. Plutôt une curiosité mêlée d’appréhension. J’ai coché quand même. Pareil pour « double pénétration » et « anulingus donné ». Chaque case cochée me donnait la même sensation étrange : celle de signer quelque chose d’irréversible avec mon propre corps.
Les seules cases que j’ai laissées vides étaient : violence, humiliation dégradante, scatophilie, et tout ce qui impliquait du sang ou des drogues.
*Note mentale : je suis en train de cocher « anulingus donné » et « urinothérapie » avec le même stylo que j’utilise pour mes fiches de lecture en psychopathologie. L’université m’a mal préparée à ce genre de tableau. Et le plus troublant, c’est que je coche sans vraiment hésiter. Curiosité 1 – Pudeur 0.*
— Tu es sûre ? a demandé Valérie en relevant un sourcil. « Tout expérimenter » va vite. Une fois que c’est sur la fiche, les clients s’attendent à ce que ce soit disponible.
— Je suis là pour comprendre, ai-je répondu. Autant ne pas me limiter trop tôt. Si je commence à dire non à tout ce qui me fait un peu peur, je vais juste retravailler les mêmes mécanismes. Je préfère voir jusqu’où ça va et jusqu’où je peux aller. Tant que ça reste dans le cadre… et que personne ne me fait vraiment mal.
Valérie a plissé les yeux, amusée.
— Tu parles comme une apprentie en stage d’observation. Sauf que le terrain, c’est ton cul.
— Exactement. Donc autant que le terrain soit varié.
Elle a hoché la tête et a commencé à noter les tarifs en face de chaque pratique. J’ai regardé par-dessus son épaule. Les chiffres s’alignaient avec une précision quasi administrative :
Elle a hoché la tête, satisfaite, et a noté les tarifs en face de chaque pratique.
J’ai regardé par-dessus son épaule pendant qu’elle écrivait. Les chiffres s’alignaient avec une précision quasi administrative :
Tarif de base (1 h) : 300 €
Heure supplémentaire : 250 €
Forfait 2 heures all inclusive : 1 100 €
Forfait nuit entière (de 20h00 à 8h00) : 5 000 €
Sodomie : +80 €
Éjaculation faciale : +50 €
Fellation profonde / gorge profonde : +50 €
Jouets (plug, vibro, etc.) : +40 à 70 € selon le jouet
Jeux de rôle (incluant domination / soumission) : +50 à 100 €
Bondage léger (menottes, liens soft) : +60 €
Urinothérapie : +100 €
Double pénétration (avec jouet) : +120 €
Sexe avec une femme (duo) : sur devis, à partir de +200 €
Doigté anal : offert
Cunnilingue et anulingus reçu : offert
Certains chiffres m’ont fait légèrement tiquer. Cinq mille euros pour une nuit entière avait quelque chose d’irréel. D’autres m’ont donné une sensation étrange de pouvoir. Savoir qu’un homme paierait quatre-vingts euros de plus uniquement pour m’ouvrir le cul avait quelque chose de très concret. Le fait que le doigté anal et l’anulingus reçu soient « offerts » m’a presque fait sourire.
— Tu trouves ça correct ? a demandé Valérie.
— Le forfait nuit à cinq mille est… impressionnant. Le reste me va. Et c’est malin de mettre certaines choses en offert. Ça donne l’impression d’être généreuse.
Elle a ri brièvement.
— Exactement. Les clients adorent avoir l’impression de gagner quelque chose. Même quand ils paient déjà très cher.
Elle a glissé la feuille dans le dossier.
— Voilà. Maintenant c’est officiel. Tu sais exactement ce que tu vends. Et eux aussi.
*Note mentale : je viens d’avoir un tarif « nuit entière » à cinq mille euros et des extras payants pour mon cul. Le capitalisme sexuel a trouvé son packaging. Le mémoire va pouvoir parler de stratégie tarifaire. Chapitre inattendu, encore une fois.*
— Les photos, c’est après-demain, a-t-elle conclu. On te fera un vrai shooting. Contraste maximum. Lycéenne d’un côté, pute de luxe de l’autre. Les clients vont raffoler de ce contraste chez toi. Ensuite on verra les demandes.
---
Le soir, je suis rentrée chez mes parents avec l’enveloppe de Stéphane encore dans mon sac. Deux mille quatre cents euros. Plus ce que Valérie m’avait avancé pour « commencer correctement ».
Ma mère a remarqué immédiatement le nouveau manteau que j’avais acheté en rentrant (noir, simple, trop chic pour une étudiante fauchée).
— C’est joli… Tu t’es fait plaisir ?
— J’ai trouvé un petit job, ai-je répondu en posant mon sac. De l’aide administrative pour une agence. Horaires flexibles, bien payé. Ça me permettra de m’acheter quelques affaires et de moins vous demander.
Mon père a hoché la tête, soulagé. Ma mère a souri, fière. Aucun des deux n’a posé plus de questions. C’était presque trop facile.
*Note mentale : « Aide administrative ». C’est beau, comme expression. Techniquement, je vais effectivement administrer des bites et gérer des demandes clients. Ma mère serait tellement fière si elle savait à quel point je suis devenue efficace.*
Dans ma chambre, j’ai caché la plus grosse partie de l’argent dans une boîte à chaussures au fond du placard. Le reste, je l’ai laissé visible dans mon portefeuille, comme une preuve tangible que quelque chose avait basculé. Puis j’ai ouvert mon ordinateur et j’ai commencé à rédiger le plan de mon mémoire.
« Prostitution et mécanismes psychiques.
I. La transaction monétaire comme organisateur du désir
II. Dissociation et présence
III. Le plaisir réel dans un cadre tarifé
IV. Le pouvoir oscillant entre vendeur et acheteur »
Les concepts que j’avais lus à la bibliothèque sonnaient maintenant étrangement plats. J’écrivais des phrases académiques tout en sentant encore par moments le fantôme de la bite de Stéphane entre mes cuisses. L’argent sur mon bureau rendait chaque idée plus concrète. Plus sale. Plus juste.
---
Deux jours plus tard, le shooting.
Le studio était petit, lumineux, murs blancs, fond gris neutre, une vieille chaise d’écolière et une table en formica pour les accessoires. La photographe, une femme d’une quarantaine d’années au regard efficace, m’a accueillie avec un café tiède et une pile de fringues sur un fauteuil.
Valérie était déjà là, bras croisés, Élise un peu en retrait.
— On va faire deux univers très distincts, a annoncé la photographe. D’abord le côté lycéenne. Style *La Boum*, Sophie Marceau version un peu plus coquine. On veut de la jeunesse, pas de la gamine. Ensuite on bascule sur du sexy assumé. Lingerie. Contraste maximum. C’est ce contraste qui va faire vendre.
J’ai hoché la tête.
*Note mentale : « Contraste maximum ». Traduction : la bonne élève le jour, la salope la nuit. Classique, mais apparemment toujours efficace. Et mon cul va servir les deux versions. Bravo la vocation.*
On a commencé par le look lycéenne.
Chemise blanche un peu trop grande, manches retroussées, un bouton de trop ouvert. Jupe en jean délavé assez courte, baskets blanches, chaussettes montantes. Cheveux lâchés avec un serre-tête, puis en queue-de-cheval haute un peu négligée. Lunettes sur le nez. Un sac en bandoulière genre cartable grunge d’ados.
— Bouge comme si t’attendais quelqu’un devant le lycée, a dit la photographe. Un peu rêveuse, un peu embêtée, un peu curieuse.
Je me suis assise sur la chaise, jambes croisées, puis décroisées. J’ai joué avec le stylo dans ma bouche et avec ma langue. J’ai regardé par la fenêtre imaginaire. À un moment, la photographe m’a fait mordre l’ourlet de ma chemise en regardant l’objectif, l’air de quelqu’un qui sait très bien l’effet que ça fait mais qui fait semblant de ne pas le savoir.
*Je ressemble à une Sophie Marceau des années 1980 qui a passé trop de temps en amphi de psycho et pas assez à draguer les garçons. Note : le serre-tête me donne un air faussement innocent de jeune fille catholique qui sort de la messe un dimanche matin. Innocense que je n’ai plus vraiment. C’est troublant. Et un peu excitant. Surtout quand je sens le regard de Valérie qui évalue déjà le prix de la pose.*
Valérie commentait à voix basse :
— Celle-là est très bonne. Garde ce regard-là… un peu perdu, un peu coquin. Oui.
On a enchaîné une vingtaine de poses. Assise en tailleur sur la table, penchée en avant, de dos en relevant un peu la jupe comme pour vérifier quelque chose… Rien de vulgaire. Juste assez suggestif pour que l’imagination fasse le reste.
Puis la photographe a claqué des doigts.
— On change. Lingerie. Maintenant.
Le contraste était voulu, brutal.
On m’a enlevé la chemise et la jupe. À la place : un ensemble noir très simple, soutien-gorge en dentelle fine qui laissait voir le haut des seins, culotte assortie taille haute mais échancrée, porte-jarretelles et bas noirs. Cheveux lâchés, bouche légèrement ouverte, plus de lunettes.
— Là, tu regardes l’objectif comme si tu savais exactement ce qu’on va te faire après, a dit la photographe. Moins « lycéenne qui découvre ». Plus « fille qui a déjà compris ».
Je me suis vue dans le moniteur.
Le même visage. Le même corps. Mais l’intention avait basculé. Sur les photos lycéenne, j’avais l’air d’une fille qu’on aurait envie d’embrasser derrière le gymnase. Sur celles en lingerie, j’avais l’air d’une fille qu’on paierait pour déshabiller lentement dans une chambre d’hôtel.
*Note mentale : le cerveau masculin est d’une simplicité désarmante. Même visage + jupe en jean = fantasme de conquête. Même visage + porte-jarretelles = fantasme d’achat. Et moi, je suis en train de poser pour les deux versions en moins de trois heures. Le mémoire va être bien nourri. Et mon compte en banque aussi, apparemment.*
Élise s’est approchée pendant qu’on changeait de bas.
Elle m’a regardée un moment en silence, les yeux descendant le long de mon corps avec une franchise presque clinique, puis remontant vers mon visage.
— Tu gères bien, a-t-elle murmuré. La plupart des nouvelles sont crispées sur les photos sexy. Toi tu as l’air… intéressée.
— Je le suis, ai-je répondu simplement. Intéressée.
— Et t’as raison de l’être. T’as un putain de beau petit corps. Seins parfaits, cul haut, taille fine, et ce visage de bonne élève qui contraste avec tout le reste. Les clients vont t’adorer.
Elle a souri, plus chaleureusement cette fois.
— Ça se voit. C’est pour ça que ça va marcher. Écoute… demain soir, je reçois deux autres filles de l’agence chez moi. Rien de formel. On mange, on boit un verre, on parle boulot. Les bons clients, les chiants, les trucs à savoir, les anecdotes qu’on ne raconte pas à Valérie. Si tu veux venir, t’es la bienvenue. Ça t’évitera d’apprendre certaines choses trop tard.
J’ai hésité une demi-seconde. Puis j’ai hoché la tête.
— Oui. Je veux bien.
— Parfait. Je t’envoie l’adresse. Dix-neuf heures trente, pas besoin d’amener quoi que ce soit. Juste toi.
Elle a posé une main légère sur mon épaule avant de s’écarter.
— Et sérieusement… t’as un beau cul. Profites-en avant qu’il soit trop demandé.
À la fin du shooting, Valérie a étalé une vingtaine de clichés sur la table. D’un côté, la lycéenne
un peu rêveuse, cartable, serre-tête, regard faussement innocent. De l’autre, la même fille en dentelle noire, bas, regard beaucoup moins innocent.
— Le catalogue VIP va s’arracher, a-t-elle dit. On met les deux versions côte à côte. Les clients vont se toucher rien qu’en swipant.
J’ai regardé les photos une dernière fois.
Sur l’une d’elles, en jupe en jean, j’avais un demi-sourire qui me semblait encore honnête.
Sur une autre, en porte-jarretelles, le même demi-sourire était devenu autre chose.
*Note finale du shooting : je viens de créer deux versions de moi-même pour des inconnus qui paieront pour choisir laquelle ils veulent pour la nuit. Et le plus troublant… c’est que les deux me ressemblent vraiment. L’une fait encore semblant d’être sage. L’autre a déjà arrêté de faire semblant.*
Valérie a refermé le dossier.
— Tu es en ligne dès demain. Les premières demandes ne devraient pas tarder.
Dans le métro qui me ramenait, j’avais encore le fantôme de ma tenue d’ado sage avec mon serre-tête sur le front et celui des bas noirs sur les cuisses et ma culotte à moitié transparente. Dans mon sac, mon carnet attendait déjà la suite.
L’argent était là.
Les photos étaient prises.
Les limites étaient posées.
Il ne restait plus qu’à attendre le prochain client.
Et, pour la première fois, j’attendais vraiment.
Vers neuf heures, j’ai ouvert les yeux dans ma chambre et j’ai su tout de suite que mon corps n’avait pas oublié.
Entre mes cuisses, tout était encore sensible, un peu gonflé, comme si la nuit s’était imprimée sous la peau. Quand j’ai bougé la jambe, un tiraillement doux m’a rappelé l’endroit exact où ses doigts étaient restés le plus longtemps. L’odeur était toujours là aussi — pas celle du champagne ni du savon de l’hôtel, mais une odeur plus animale, plus intime, qui collait à mes draps et à mon oreiller.
J’ai fermé les yeux.
Les images sont revenues sans permission.
Sa bite qui heurtait le fond de ma gorge.
Le goût du sperme quand j’avais toussé.
Sa langue dans mon cul pendant que je gémissais dans le tapis.
Le moment où j’avais giclé, les cuisses grandes ouvertes, incapable de retenir quoi que ce soit.
Et sa voix, juste après : *« T’es une vraie petite fontaine. »*
J’ai glissé une main sous le drap.
Mes doigts ont trouvé ma fente encore humide, chaude, trop sensible. J’ai juste effleuré. Un frisson m’a remonté jusqu’au ventre. J’aurais pu continuer. J’en avais envie. Mais j’ai retiré ma main. Pas maintenant. Pas dans le lit de mon adolescence, avec mes parents de l’autre côté du mur.
*Note mentale : le corps garde la mémoire plus longtemps que la tête. Sensation résiduelle de plénitude. Envie de se caresser dès le réveil. Le cadre tarifé n’a pas empêché le désir de revenir tout seul. Intéressant. Et gênant.*
Sous la douche, l’eau chaude a réveillé chaque zone qu’il avait touchée. J’ai mis plus de temps que d’habitude à me laver. Quand j’ai passé le savon entre mes fesses, mon souffle s’est un peu coupé. L’anus était encore sensible. Pas douloureux. Juste… présent.
Dans le métro, c’était pire.
Debout, coincée entre un étudiant qui lisait et une femme d’une cinquantaine d’années, j’ai senti le tissu de ma culotte frotter à chaque secousse de la rame. La sensibilité était devenue presque obsédante. Je pensais à sa langue. À la façon dont il avait écarté mes fesses avec mes propres mains. À la pression de son doigt pendant que je jouissais. Mon esprit dérivait, revenait, repartait. J’ai dû changer de position trois fois pour que personne ne remarque que mes joues étaient trop roses.
À la fac, pendant le cours de psychopathologie, j’ai pris des notes automatiques tout en revoyant la scène du facial. Le professeur parlait de mécanismes de dissociation. Et j’imaginais monsieur Fournier ce vider sur mes lunettes.
À treize heures, j’ai refermé mon cahier.
Mon corps était encore en alerte. Fatigué. Excité. Marqué.
À quatorze heures, j’étais de retour dans le salon de l’agence.
Valérie m’a fait asseoir face à elle. Un dossier était déjà ouvert sur ses genoux. Elle m’a détaillée un long moment sans parler, comme si elle cherchait à voir ce qui avait changé depuis la veille. Je sentais encore la sensibilité entre mes cuisses, et j’ai dû me forcer à croiser les jambes normalement.
— Alors ? a-t-elle demandé simplement. Comment s’est passée ta soirée avec Stéphane ?
Pas de détails salaces. Pas de « alors, il t’a bien démontée ? ». Juste ça. Posé. Professionnel. Un test, clairement.
— Bien, ai-je répondu. Très bien, même. Il a été… patient. Et exigeant au bon moment. J’ai découvert des trucs que je ne connaissais pas. Et j’ai joui pour de vrai. Plusieurs fois.
Valérie a souri à peine.
— Je m’en doutais. Il m’a envoyé un message vers cinq heures du matin. Très satisfait. Tu veux continuer ?
J’ai croisé les jambes plus fort. Entre mes cuisses, l’écho de la nuit était encore là.
— Oui. Je veux continuer. Et… j’aimerais découvrir plus. Pas seulement les clients doux. Le côté plus sombre. Plus pervers. Celui dont on ne parle pas dans les articles.
Un sourire lent a étiré ses lèvres.
— Bien. Dans ce cas, on arrête de faire les choses à moitié.
Elle m’a expliqué le fonctionnement réel de l’agence. Plus de rendez-vous isolés « pour tester ». À partir de maintenant, je rentrerais dans le catalogue VIP. Des photos professionnelles seraient prises dans les prochains jours — look adolescente, look lingerie, look naturel — puis distribuées uniquement à une liste fermée de clients triés. Chaque homme choisirait sur catalogue. On établirait ensuite noir sur blanc ce que j’acceptais, ce que je refusais, et le tarif de chaque extra. L’agence prenait quarante pour cent sur le taux horaire. Les extras et le reste m’appartenaient.
Elle a poussé une feuille vers moi.
— On va remplir ça maintenant. Sois précise.
J’ai pris le stylo. La liste était longue. Sodomie, double pénétration, jeux de rôle, bondage léger, fellation profonde, anulingus donné et reçu, éjaculation faciale, jouets, urinothérapie, fétichisme des pieds, fantasmes de soumission, de domination…
J’ai coché presque tout.
Quand mon stylo s’est arrêté sur « urinothérapie », j’ai senti une légère contraction dans le bas-ventre. Pas du dégoût. Plutôt une curiosité mêlée d’appréhension. J’ai coché quand même. Pareil pour « double pénétration » et « anulingus donné ». Chaque case cochée me donnait la même sensation étrange : celle de signer quelque chose d’irréversible avec mon propre corps.
Les seules cases que j’ai laissées vides étaient : violence, humiliation dégradante, scatophilie, et tout ce qui impliquait du sang ou des drogues.
*Note mentale : je suis en train de cocher « anulingus donné » et « urinothérapie » avec le même stylo que j’utilise pour mes fiches de lecture en psychopathologie. L’université m’a mal préparée à ce genre de tableau. Et le plus troublant, c’est que je coche sans vraiment hésiter. Curiosité 1 – Pudeur 0.*
— Tu es sûre ? a demandé Valérie en relevant un sourcil. « Tout expérimenter » va vite. Une fois que c’est sur la fiche, les clients s’attendent à ce que ce soit disponible.
— Je suis là pour comprendre, ai-je répondu. Autant ne pas me limiter trop tôt. Si je commence à dire non à tout ce qui me fait un peu peur, je vais juste retravailler les mêmes mécanismes. Je préfère voir jusqu’où ça va et jusqu’où je peux aller. Tant que ça reste dans le cadre… et que personne ne me fait vraiment mal.
Valérie a plissé les yeux, amusée.
— Tu parles comme une apprentie en stage d’observation. Sauf que le terrain, c’est ton cul.
— Exactement. Donc autant que le terrain soit varié.
Elle a hoché la tête et a commencé à noter les tarifs en face de chaque pratique. J’ai regardé par-dessus son épaule. Les chiffres s’alignaient avec une précision quasi administrative :
Elle a hoché la tête, satisfaite, et a noté les tarifs en face de chaque pratique.
J’ai regardé par-dessus son épaule pendant qu’elle écrivait. Les chiffres s’alignaient avec une précision quasi administrative :
Tarif de base (1 h) : 300 €
Heure supplémentaire : 250 €
Forfait 2 heures all inclusive : 1 100 €
Forfait nuit entière (de 20h00 à 8h00) : 5 000 €
Sodomie : +80 €
Éjaculation faciale : +50 €
Fellation profonde / gorge profonde : +50 €
Jouets (plug, vibro, etc.) : +40 à 70 € selon le jouet
Jeux de rôle (incluant domination / soumission) : +50 à 100 €
Bondage léger (menottes, liens soft) : +60 €
Urinothérapie : +100 €
Double pénétration (avec jouet) : +120 €
Sexe avec une femme (duo) : sur devis, à partir de +200 €
Doigté anal : offert
Cunnilingue et anulingus reçu : offert
Certains chiffres m’ont fait légèrement tiquer. Cinq mille euros pour une nuit entière avait quelque chose d’irréel. D’autres m’ont donné une sensation étrange de pouvoir. Savoir qu’un homme paierait quatre-vingts euros de plus uniquement pour m’ouvrir le cul avait quelque chose de très concret. Le fait que le doigté anal et l’anulingus reçu soient « offerts » m’a presque fait sourire.
— Tu trouves ça correct ? a demandé Valérie.
— Le forfait nuit à cinq mille est… impressionnant. Le reste me va. Et c’est malin de mettre certaines choses en offert. Ça donne l’impression d’être généreuse.
Elle a ri brièvement.
— Exactement. Les clients adorent avoir l’impression de gagner quelque chose. Même quand ils paient déjà très cher.
Elle a glissé la feuille dans le dossier.
— Voilà. Maintenant c’est officiel. Tu sais exactement ce que tu vends. Et eux aussi.
*Note mentale : je viens d’avoir un tarif « nuit entière » à cinq mille euros et des extras payants pour mon cul. Le capitalisme sexuel a trouvé son packaging. Le mémoire va pouvoir parler de stratégie tarifaire. Chapitre inattendu, encore une fois.*
— Les photos, c’est après-demain, a-t-elle conclu. On te fera un vrai shooting. Contraste maximum. Lycéenne d’un côté, pute de luxe de l’autre. Les clients vont raffoler de ce contraste chez toi. Ensuite on verra les demandes.
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Le soir, je suis rentrée chez mes parents avec l’enveloppe de Stéphane encore dans mon sac. Deux mille quatre cents euros. Plus ce que Valérie m’avait avancé pour « commencer correctement ».
Ma mère a remarqué immédiatement le nouveau manteau que j’avais acheté en rentrant (noir, simple, trop chic pour une étudiante fauchée).
— C’est joli… Tu t’es fait plaisir ?
— J’ai trouvé un petit job, ai-je répondu en posant mon sac. De l’aide administrative pour une agence. Horaires flexibles, bien payé. Ça me permettra de m’acheter quelques affaires et de moins vous demander.
Mon père a hoché la tête, soulagé. Ma mère a souri, fière. Aucun des deux n’a posé plus de questions. C’était presque trop facile.
*Note mentale : « Aide administrative ». C’est beau, comme expression. Techniquement, je vais effectivement administrer des bites et gérer des demandes clients. Ma mère serait tellement fière si elle savait à quel point je suis devenue efficace.*
Dans ma chambre, j’ai caché la plus grosse partie de l’argent dans une boîte à chaussures au fond du placard. Le reste, je l’ai laissé visible dans mon portefeuille, comme une preuve tangible que quelque chose avait basculé. Puis j’ai ouvert mon ordinateur et j’ai commencé à rédiger le plan de mon mémoire.
« Prostitution et mécanismes psychiques.
I. La transaction monétaire comme organisateur du désir
II. Dissociation et présence
III. Le plaisir réel dans un cadre tarifé
IV. Le pouvoir oscillant entre vendeur et acheteur »
Les concepts que j’avais lus à la bibliothèque sonnaient maintenant étrangement plats. J’écrivais des phrases académiques tout en sentant encore par moments le fantôme de la bite de Stéphane entre mes cuisses. L’argent sur mon bureau rendait chaque idée plus concrète. Plus sale. Plus juste.
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Deux jours plus tard, le shooting.
Le studio était petit, lumineux, murs blancs, fond gris neutre, une vieille chaise d’écolière et une table en formica pour les accessoires. La photographe, une femme d’une quarantaine d’années au regard efficace, m’a accueillie avec un café tiède et une pile de fringues sur un fauteuil.
Valérie était déjà là, bras croisés, Élise un peu en retrait.
— On va faire deux univers très distincts, a annoncé la photographe. D’abord le côté lycéenne. Style *La Boum*, Sophie Marceau version un peu plus coquine. On veut de la jeunesse, pas de la gamine. Ensuite on bascule sur du sexy assumé. Lingerie. Contraste maximum. C’est ce contraste qui va faire vendre.
J’ai hoché la tête.
*Note mentale : « Contraste maximum ». Traduction : la bonne élève le jour, la salope la nuit. Classique, mais apparemment toujours efficace. Et mon cul va servir les deux versions. Bravo la vocation.*
On a commencé par le look lycéenne.
Chemise blanche un peu trop grande, manches retroussées, un bouton de trop ouvert. Jupe en jean délavé assez courte, baskets blanches, chaussettes montantes. Cheveux lâchés avec un serre-tête, puis en queue-de-cheval haute un peu négligée. Lunettes sur le nez. Un sac en bandoulière genre cartable grunge d’ados.
— Bouge comme si t’attendais quelqu’un devant le lycée, a dit la photographe. Un peu rêveuse, un peu embêtée, un peu curieuse.
Je me suis assise sur la chaise, jambes croisées, puis décroisées. J’ai joué avec le stylo dans ma bouche et avec ma langue. J’ai regardé par la fenêtre imaginaire. À un moment, la photographe m’a fait mordre l’ourlet de ma chemise en regardant l’objectif, l’air de quelqu’un qui sait très bien l’effet que ça fait mais qui fait semblant de ne pas le savoir.
*Je ressemble à une Sophie Marceau des années 1980 qui a passé trop de temps en amphi de psycho et pas assez à draguer les garçons. Note : le serre-tête me donne un air faussement innocent de jeune fille catholique qui sort de la messe un dimanche matin. Innocense que je n’ai plus vraiment. C’est troublant. Et un peu excitant. Surtout quand je sens le regard de Valérie qui évalue déjà le prix de la pose.*
Valérie commentait à voix basse :
— Celle-là est très bonne. Garde ce regard-là… un peu perdu, un peu coquin. Oui.
On a enchaîné une vingtaine de poses. Assise en tailleur sur la table, penchée en avant, de dos en relevant un peu la jupe comme pour vérifier quelque chose… Rien de vulgaire. Juste assez suggestif pour que l’imagination fasse le reste.
Puis la photographe a claqué des doigts.
— On change. Lingerie. Maintenant.
Le contraste était voulu, brutal.
On m’a enlevé la chemise et la jupe. À la place : un ensemble noir très simple, soutien-gorge en dentelle fine qui laissait voir le haut des seins, culotte assortie taille haute mais échancrée, porte-jarretelles et bas noirs. Cheveux lâchés, bouche légèrement ouverte, plus de lunettes.
— Là, tu regardes l’objectif comme si tu savais exactement ce qu’on va te faire après, a dit la photographe. Moins « lycéenne qui découvre ». Plus « fille qui a déjà compris ».
Je me suis vue dans le moniteur.
Le même visage. Le même corps. Mais l’intention avait basculé. Sur les photos lycéenne, j’avais l’air d’une fille qu’on aurait envie d’embrasser derrière le gymnase. Sur celles en lingerie, j’avais l’air d’une fille qu’on paierait pour déshabiller lentement dans une chambre d’hôtel.
*Note mentale : le cerveau masculin est d’une simplicité désarmante. Même visage + jupe en jean = fantasme de conquête. Même visage + porte-jarretelles = fantasme d’achat. Et moi, je suis en train de poser pour les deux versions en moins de trois heures. Le mémoire va être bien nourri. Et mon compte en banque aussi, apparemment.*
Élise s’est approchée pendant qu’on changeait de bas.
Elle m’a regardée un moment en silence, les yeux descendant le long de mon corps avec une franchise presque clinique, puis remontant vers mon visage.
— Tu gères bien, a-t-elle murmuré. La plupart des nouvelles sont crispées sur les photos sexy. Toi tu as l’air… intéressée.
— Je le suis, ai-je répondu simplement. Intéressée.
— Et t’as raison de l’être. T’as un putain de beau petit corps. Seins parfaits, cul haut, taille fine, et ce visage de bonne élève qui contraste avec tout le reste. Les clients vont t’adorer.
Elle a souri, plus chaleureusement cette fois.
— Ça se voit. C’est pour ça que ça va marcher. Écoute… demain soir, je reçois deux autres filles de l’agence chez moi. Rien de formel. On mange, on boit un verre, on parle boulot. Les bons clients, les chiants, les trucs à savoir, les anecdotes qu’on ne raconte pas à Valérie. Si tu veux venir, t’es la bienvenue. Ça t’évitera d’apprendre certaines choses trop tard.
J’ai hésité une demi-seconde. Puis j’ai hoché la tête.
— Oui. Je veux bien.
— Parfait. Je t’envoie l’adresse. Dix-neuf heures trente, pas besoin d’amener quoi que ce soit. Juste toi.
Elle a posé une main légère sur mon épaule avant de s’écarter.
— Et sérieusement… t’as un beau cul. Profites-en avant qu’il soit trop demandé.
À la fin du shooting, Valérie a étalé une vingtaine de clichés sur la table. D’un côté, la lycéenne
un peu rêveuse, cartable, serre-tête, regard faussement innocent. De l’autre, la même fille en dentelle noire, bas, regard beaucoup moins innocent.
— Le catalogue VIP va s’arracher, a-t-elle dit. On met les deux versions côte à côte. Les clients vont se toucher rien qu’en swipant.
J’ai regardé les photos une dernière fois.
Sur l’une d’elles, en jupe en jean, j’avais un demi-sourire qui me semblait encore honnête.
Sur une autre, en porte-jarretelles, le même demi-sourire était devenu autre chose.
*Note finale du shooting : je viens de créer deux versions de moi-même pour des inconnus qui paieront pour choisir laquelle ils veulent pour la nuit. Et le plus troublant… c’est que les deux me ressemblent vraiment. L’une fait encore semblant d’être sage. L’autre a déjà arrêté de faire semblant.*
Valérie a refermé le dossier.
— Tu es en ligne dès demain. Les premières demandes ne devraient pas tarder.
Dans le métro qui me ramenait, j’avais encore le fantôme de ma tenue d’ado sage avec mon serre-tête sur le front et celui des bas noirs sur les cuisses et ma culotte à moitié transparente. Dans mon sac, mon carnet attendait déjà la suite.
L’argent était là.
Les photos étaient prises.
Les limites étaient posées.
Il ne restait plus qu’à attendre le prochain client.
Et, pour la première fois, j’attendais vraiment.
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