Putain d'homophobe (26)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 16-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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Chapitre 26
Après la fureur de la cuisine, le silence de la chambre semblait presque irréel. Nous étions allongés face à face, nus, la peau encore moite et marquée par la violence de nos ébats sur le granit. La petite lampe de chevet diffusait une lumière tamisée, créant une bulle d’or autour de nous. Dimitry, ce colosse d'ordinaire si impénétrable, ne fuyait plus mon regard. Ses mains, qui m'avaient malmené avec tant de rage quelques minutes plus tôt, parcouraient maintenant mon corps avec une légèreté de plume, comme s'il essayait de mémoriser chaque millimètre de ma peau.
Je ne pouvais pas détacher mes yeux de lui. Mon corps était encore sous le choc, vibrant d'une excitation que même l'épuisement ne parvenait pas à éteindre. Ma main descendit instinctivement vers mon sexe, qui bandait de nouveau sous l'effet de sa proximité et de l'odeur de notre acte qui flottait encore dans l'air. Je me touchais lentement, le regardant bien en face, voulant qu'il voie l'effet dévastateur qu'il avait sur moi. Dimitry ne me détourna pas les yeux ; au contraire, son regard s'assombrit, chargé d'une fascination brute. Il se pencha et m'embrassa, un baiser long, profond, où nos langues se retrouvaient avec une ferveur nouvelle. C'était un baiser qui demandait pardon tout en affirmant une possession totale.
Dimitry s'écarta de quelques centimètres, son front restant collé au mien. Son souffle était court. Il commença à poser les questions qui le hantaient, sa voix vibrant d'une sincérité que je ne lui connaissais pas.
— Pierrick... qu'est-ce qui t'a pris de me balancer ça sur le pas de la porte, il y a trois jours ? Pourquoi maintenant ? Est-ce que tu n'as pas eu peur que je te détruise pour de bon ? Ou pire, que je ne revienne jamais et que je te laisse seul avec ta honte ?
Je déglutis, ma main continuant son mouvement lent sur mon sexe alors que je soutenais son regard.
— La peur de te perdre était devenue moins forte que la douleur de ne pas exister pour toi, répondis-je dans un souffle. Je préférais que tu me tues plutôt que de continuer à être ce fantôme que tu croises chez ma sœur. J'avais besoin que tu saches que chaque insulte que tu me lançais me transperçait, mais que je les acceptais parce qu'elles venaient de toi.
Dimitry resta silencieux, ses doigts caressant mes cheveux avec une tendresse infinie. Puis, il posa la question la plus difficile :
— Et qu'est-ce que tu aimes chez moi, exactement ? Dis-le-moi. Pourquoi un mec comme moi ? Je t'ai traité comme un rien du tout, je t'ai humilié devant tout le monde... Comment peux-tu aimer l'homme qui t'a fait ça ? Qu'est-ce que tu vois quand tu me regardes, à part un mec qui sait juste se servir de ses mains pour cogner ou porter des meubles ?
— Je vois l'homme que tu caches à tout le monde, Dimitry. J'aime ta force parce qu'elle me protège autant qu'elle me brise. J'aime le fait que tu sois le seul à avoir brisé ma solitude, même si c'était par la violence au début. J'aime ta voix, j'aime l'odeur de ta peau, j'aime cette façon que tu as de me regarder comme si j'étais la seule chose réelle dans ta vie de mensonges. Je t'aime parce que tu es le seul qui me fait me sentir vivant, même quand tu me fais mal.
Je pris sa main et la posai sur mon flanc, près de l'endroit où le tatouage de la couronne était gravé.
— Dis-moi, Dimitry... Qu'est-ce que tu as ressenti, ce soir-là, quand je me suis mis à genoux et que je t'ai montré ça ? Qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête quand tu as vu ton nom, ta marque, sur ma peau pour toujours ?
Il ferma les yeux un instant, comme si l'image le frappait encore de plein fouet. Son souffle devint plus lourd.
— J'ai eu l'impression de recevoir un coup de poing en plein cœur, avoua-t-il d'une voix rauque. J'ai ressenti un vertige... une terreur pure mêlée à une jouissance que je ne peux même pas expliquer. Voir mon nom là, sur toi... ça m'a fait réaliser que je ne pourrais plus jamais m'échapper. J'ai eu envie de t'arracher la peau pour effacer cette preuve, et en même temps, j'ai eu envie de te posséder jusqu'à ce que nos deux corps ne fassent plus qu'un. Ça m'a donné un pouvoir sur toi qui m'a terrifié, parce que j'ai compris à ce moment-là que tu m'appartenais plus que n'importe qui au monde. Plus que Cassandra, plus que tout. J'ai ressenti une fierté sauvage et une honte immense. Mais surtout... j'ai su que j'étais foutu. Que je reviendrais toujours vers toi.
Il m'attira contre lui, m'écrasant contre son torse puissant. Ses baisers se multiplièrent sur mon visage, mon cou, mes épaules. C'étaient des baisers fiévreux, presque des supplications.
— Écoute-moi bien, Pierrick. Je veux te rassurer. Je ne peux pas changer ma vie demain, je ne peux pas encore tout quitter. Mais ne doute jamais de ce que je veux avec toi. Je veux que tu sois mon refuge. Je veux continuer à venir ici, à te posséder, à t'écouter, à rire avec toi comme on l'a fait aujourd'hui. Je vais m'arranger pour venir plus souvent. Je vais inventer d'autres missions, d'autres routes. Je ne veux pas que tu cherches ailleurs ce que je te donne. Tu es à moi, tu as compris ?
Il prit ma main qui me caressait et la remplaça par la sienne. Ses doigts calleux entourèrent mon sexe avec une précision experte. Il se mit à me masturber lentement, ses yeux plongés dans les miens, me forçant à jouir sous son contrôle total.
— Je veux que tu saches que chaque fois que je serai avec elle, c'est à toi que je penserai. C'est ton goût que j'aurai dans la bouche. Ce n'est pas une passade, Pierrick. C'est quelque chose qui va nous consumer tous les deux. Je te le promets.
Nous avons passé le reste de la nuit ainsi, dans cet échange de souffles et de confidences, entre caresses infinies et baisers profonds. Dimitry ne me lâcha pas une seconde, m'encerclant de ses bras musclés comme pour me protéger de l'aube qui approchait. Nous étions deux naufragés sur une île de draps gris, liés par un secret trop lourd pour le monde, mais assez fort pour nous faire tenir debout.
L'atmosphère dans la chambre était devenue d'une densité presque sacrée. Les aveux de Dimitry sur sa peur initiale, sa réaction viscérale face au tatouage et ses promesses pour l'avenir avaient tissé entre nous un lien qui dépassait désormais le cadre du simple secret sexuel. Nous étions là, deux hommes mis à nu, et pour la première fois, je sentais que le pouvoir que j'exerçais sur son cœur égalait celui qu'il exerçait sur mon corps.
Un élan d'audace, né de cette certitude nouvelle, me traversa. Je ne voulais plus seulement être celui qui subit ou qui écoute ; je voulais lui montrer que je pouvais être l'acteur de son plaisir le plus fou. Sans rompre le contact visuel, je me redressai lentement sur mes genoux, dominant sa masse imposante allongée sur les draps.
Dimitry me regarda faire, les yeux sombres et brillants d'une curiosité fébrile. Je m'avançai et chevauchai ses hanches. Sa queue, déjà dressée par nos confidences et le contact de nos peaux, se pressa contre mon ventre. Je pris le temps de le guider, sentant sa chaleur m'ouvrir, puis je m'abaissai d'un coup, m'asseyant directement sur lui.
Dimitry laissa échapper un souffle court, la bouche entrouverte, alors que je l'accueillais tout entier. Pour la première fois, c'était moi qui menais la danse.
— Regarde-moi, Dimitry, murmurai-je en commençant à bouger. J'aime tellement ton regard quand je te grimpe dessus. J'aime voir que c'est moi qui te fais ça.
Je commençai à remuer mon cul avec une lenteur calculée, faisant rouler mon bassin sur sa virilité. Le plaisir était décuplé par le contrôle que j'avais. Je voyais chaque battement de ses cils, chaque contraction de sa mâchoire. Je me penchai en avant, mes mains descendant sur son torse puissant, explorant cette forêt de poils et de muscles. Mes doigts trouvèrent ses tétons et je commençai à les titiller, les pinçant entre mon pouce et mon index.
Dimitry bascula la tête en arrière dans l'oreiller, laissant échapper des gémissements sourds, presque des râles, qu'il ne cherchait plus à étouffer. Il était totalement à ma merci, ses mains agrippant les draps au lieu de me saisir les hanches, subjugué par le rythme que je lui imposais.
Je ne le quittais pas des yeux. Je voulais imprimer cette image en moi : ce colosse, ce déménageur de fer, vibrant sous mes mouvements. Je cambrai le dos, accentuant la profondeur de chaque va-et-vient, sentant mon propre plaisir monter en flèche au contact de sa prostate. Ma peau frottait contre la sienne, créant une chaleur étouffante dans la petite chambre.
— Tu es tellement beau quand tu perds pied... soufflai-je en accélérant la cadence.
Dimitry me dévorait du regard, une lueur de dévotion sauvage dans les pupilles. Ses abdominaux se contractaient violemment sous mes doigts alors que j'intensifiais mes mouvements circulaires. Il commença à cambrer le bassin pour me rejoindre, ses gémissements devenant plus pressants, plus gutturaux. Je sentais la tension en lui devenir insoutenable. Dans un ultime déhanchement, je le sentis se tétaniser. Il explosa en moi avec une force incroyable, le visage déformé par une jouissance qu'il n'avait jamais partagée ainsi, tandis que je m'effondrais contre son torse, le cœur battant à tout rompre.
Le silence qui suivit fut le plus doux de ma vie. Dimitry ne me repoussa pas. Au contraire, il referma ses bras massifs autour de moi, me serrant contre lui comme s'il voulait m'intégrer à sa propre chair. Il commença à m'embrasser avec une tendresse infinie, ses lèvres voyageant de mon front à mes tempes, avant de s'attarder longuement dans le creux de mon cou.
— Je n'ai jamais ressenti ça... murmura-t-il entre deux baisers. Avec toi, tout est différent.
Ses mains, larges et rassurantes, se mirent à me caresser partout : le dos, les hanches, les cuisses, comme pour apaiser chaque douleur et chaque doute. Il déposait des baisers légers sur ma nuque, sa barbe me picotant la peau d'une manière délicieuse. Il cherchait à me rassurer, à me faire comprendre sans mots que ce qui se passait entre nous était désormais vital pour lui.
Nous sommes restés enlacés ainsi pendant ce qui sembla être des heures, bercés par le rythme de nos respirations qui se synchronisaient enfin. La chaleur de son corps était mon seul rempart contre le monde extérieur. Protégé par ses bras, rassuré par ses caresses incessantes, je sentis enfin le sommeil me gagner, l'esprit apaisé par la certitude que, peu importe les mensonges du lendemain, cette nuit-là, nous étions la seule vérité l'un de l'autre.
Le sommeil qui suivit notre étreinte fut lourd, peuplé du parfum de Dimitry et de la chaleur de sa peau contre la mienne. Mais dans ce sanctuaire de draps froissés, le temps était un luxe que nous n'avions pas. L'aube commença à filtrer à travers les rideaux, une lumière grise et impitoyable qui venait dénoncer la fin de notre parenthèse.
Je sentis Dimitry bouger avant même d'ouvrir les yeux. Son corps, si tendre quelques heures plus tôt, semblait déjà se raidir, reprenant la vigilance nécessaire à sa vie de mensonges. Pourtant, il ne s'écarta pas tout de suite. Il resta un long moment immobile, son bras lourd barrant ma taille, son nez enfoui dans mes cheveux. Je sentis son souffle chaud, puis un baiser, le plus triste de tous, déposé sur mon épaule.
Je me retournai pour lui faire face. Dans la pénombre de l'aube, ses traits étaient marqués par la fatigue et une mélancolie que je n'avais jamais vue chez lui. Il me regarda longuement, ses doigts traçant une dernière fois le contour de ma mâchoire.
— Il faut que j'y aille, Pierrick, murmura-t-il, sa voix encore cassée par le sommeil.
Le cœur serré, je ne répondis rien. Je savais que ce moment arriverait, mais la réalité était plus brutale que l'attente. Dimitry se redressa et s'assit au bord du lit, sa musculature imposante se découpant contre la clarté naissante. Il ne fuyait pas. Il se tourna vers moi, me prit la main et la porta à ses lèvres.
— Écoute-moi bien, dit-il avec une gravité qui me fit frissonner. Ce qui s'est passé ici, ces deux jours, les discussions, la façon dont tu m'as pris cette nuit... ne pense pas une seconde que je vais l'oublier. Je vais reprendre la route, je vais rentrer chez moi, mais c'est ton visage que je vais voir partout. Tu as réussi ce que tu voulais : tu m'as marqué plus profondément que je ne l'aurais cru possible.
Il se leva et commença à ramasser ses vêtements éparpillés. Chaque geste, chaque vêtement qu'il remettait — son caleçon, son jean, son t-shirt — était comme une couche d'armure qu'il replaçait entre nous. Il redevenait le déménageur, l'homme de Cassandra, le beau-frère distant.
Alors qu'il boutonnait son pantalon, il s'arrêta et revint vers moi. Il me prit le visage entre les mains, m'obligeant à plonger mon regard dans le sien, encore une fois.
— Je vais m'arranger, Pierrick. Je te le jure. On va se revoir, et pas seulement pour des minutes volées dans un couloir. Je ne peux pas te promettre de tout changer aujourd'hui, mais je te promets que je suis à toi, ici, dans cet appart, autant que tu es à moi. Ne laisse personne d'autre toucher ce que j'ai marqué.
Il finit de se rhabiller, ses bottes résonnant de nouveau sur le parquet que j'avais tant briqué. Le bruit était insupportable, c'était le son de la réalité qui reprenait ses droits. Il jeta son petit sac sur son épaule. Sur le pas de la porte de la chambre, il s'arrêta une dernière fois. Il ne sourit pas. Son regard était sombre, chargé de tout ce qu'il ne pouvait pas dire à voix haute.
— À bientôt, petite chose, dit-il avec une nuance de cette ancienne domination, mais cette fois, c'était un mot d'amour codé.
La porte d'entrée claqua. Le silence qui suivit fut assourdissant. Je restai allongé dans le lit, nu, sentant le froid gagner la place qu'il occupait quelques minutes plus tôt. L'appartement était dévasté : la cuisine jonchée de débris, l'odeur du sexe et du vin partout. Mais au milieu de ce chaos, je ressentais une paix étrange.
Je passai ma main sur mon flanc, là où mon tatouage semblait brûler sous ma peau. Dimitry était parti, mais il m'avait laissé plus qu'un souvenir. Il m'avait laissé une promesse gravée dans le silence de l'aube. Je me roulai dans ses draps pour respirer une dernière fois son parfum, prêt à l'attendre le temps qu'il faudrait, car j'étais désormais le seul à posséder la vérité de l'homme que tout le monde croyait connaître.
Une semaine s'était écoulée depuis le départ de Dimitry de mon appartement, une semaine de silence radio et de solitude forcée qui m'avait paru durer une éternité. Les marques bleutées sur mes hanches commençaient à peine à jaunir, vestiges douloureux mais précieux de notre week-end de débauche. Ce soir-là, l'invitation de Cassandra pour un dîner informel avec Élodie tombait comme un couperet.
La maison de Cassandra et Dimitry respirait la perfection domestique, une odeur de rôti et de bougies parfumées qui m'écœurait presque, tant elle contrastait avec l'odeur de sueur, de sexe et de cuir que j'associais désormais à Dimitry. Une semaine entière s'était écoulée depuis qu'il avait quitté mon lit. Une semaine de silence radio, de draps froids et de souvenirs obsédants qui me brûlaient la peau.
Dimitry était assis en bout de table, massif, imposant. Sa chemise blanche était légèrement trop ajustée, soulignant la puissance de ses pectoraux et la carrure de ses épaules de déménageur. Il jouait son rôle à la perfection, celui du mari protecteur et silencieux, mais je voyais l'éclair de sauvagerie dans ses yeux chaque fois que nos regards se croisaient. Élodie, l'amie de Cassandra, ne cessait de glousser, remplissant le vide de ses anecdotes inutiles, ignorant tout du volcan qui bouillonnait en face d'elle dans cette demeure qu'il partageait avec ma sœur.
Alors que le dîner touchait à sa fin et que les assiettes étaient presque vides, Élodie posa son verre de vin, un sourire mystérieux et excité aux lèvres. Elle échangea un regard complice avec ma sœur, un de ces regards de « marieuses » qui me firent instantanément craindre le pire.
— Pierrick, mon chéri, commença-t-elle en se penchant vers moi, les yeux pétillants de malice. On a une surprise pour toi. On sait que tu es seul, et franchement, un garçon aussi mignon ne peut pas rester sans quelqu'un pour s'occuper de lui. Avec Cassandra, on a tout organisé.
Je sentis immédiatement le regard de Dimitry se planter dans le mien. Ses pupilles s'étaient dilatées, ses iris devenant presque totalement noirs, absorbant la lumière de la salle à manger.
— On a invité quelqu'un pour le café, continua Cassandra avec un enthousiasme débordant. Il s'appelle Nathanaël. C’est un collègue d'Élodie, un garçon charmant, très sportif, très... attentionné.
Le choc fut immédiat et physique. Au moment précis où le prénom « Nathanaël » fut prononcé, Dimitry, qui était en train de porter son verre de vin rouge à ses lèvres pour une longue gorgée, eut un spasme violent. Il avala de travers et s'étouffa bruyamment. Le bruit de sa toux rauque et gutturale déchira le silence poli de la pièce. Il se courba, le visage virant au pourpre, tandis que plusieurs gouttes de vin sombre tachaient la nappe blanche immaculée, s'étalant comme des éclaboussures de sang entre nos deux assiettes.
— Dimitry ! Ça va ? s'écria Cassandra en se levant précipitamment pour lui tapoter le dos.
Il repoussa sa main d'un geste sec, presque brutal, ses articulations blanchissant sur le pied de son verre. Il reprit sa respiration, ses yeux brûlant d'une colère noire qu'il ne parvenait plus à masquer sous son masque de beau-frère idéal. Il fixa Cassandra, puis Élodie, avec une intensité terrifiante qui aurait dû les glacer sur place.
— C'est quoi cette histoire ? grogna-t-il, sa voix de basse vibrant d'une menace sourde qui fit vibrer les couverts. Un mec qui vient ici ? Maintenant ? Je n'étais absolument pas au courant de ce... traquenard. Personne ne m'a demandé mon avis sur qui entre dans ma maison.
— Oh, ne fais pas ton grincheux, Dimitry, plaisanta Élodie, totalement inconsciente du danger qui irradiait de lui. C'est juste un café ! Nathanaël est adorable, il va adorer Pierrick.
— Pierrick n'a pas besoin qu'on lui choisisse ses mecs comme on choisit un meuble, rétorqua Dimitry, ses mains se crispant sur la table au point que le bois semblait gémir. Et ce type n'a rien à faire ici ce soir. On est en famille, non ? C'est censé être une soirée privée.
Le silence qui suivit fut lourd, saturé d'une électricité que seules les deux femmes ne percevaient pas. Dimitry bouillonnait de jalousie. Sous la table, je sentis soudain sa botte de cuir venir percuter la mienne. Il ne se contenta pas d'un effleurement : il écrasa mon pied sous le sien avec une force possessive, une pression qui remontait jusqu'à ma cheville, m'ancrant au sol. C’était sa manière de me marquer devant sa propre femme, de me rappeler à qui j'appartenais.
On sonna à la porte. Nathanaël entra. Il était exactement comme elles l'avaient décrit : grand, athlétique, avec un sourire éclatant. Dimitry ne se leva pas pour l'accueillir. Il resta assis, tel un prédateur observant une proie empiéter sur son territoire. Le café fut une torture. Nathanaël essayait d'être charmant, racontant ses exploits au CrossFit, mais chaque mot qu'il prononçait semblait exacerber la fureur de mon amant.
— Le CrossFit... murmura Dimitry en fixant Nathanaël avec un dégoût non dissumulé. Porter des poids dans une salle climatisée, c'est une chose. Soulever des armoires normandes dans des escaliers en colimaçon pendant dix heures, c'en est une autre. Ça, c'est du muscle. Le reste, c'est de la décoration.
Nathanaël parut déstabilisé par cette hostilité frontale. À un moment, Cassandra et Élodie entraînèrent Nathanaël vers le buffet pour lui montrer des photos, nous laissant seuls une poignée de secondes. Dimitry se pencha brusquement vers moi, son visage à quelques centimètres du mien. L'odeur du vin et de la rage pure émanait de lui.
— Si tu lui donnes ton numéro, Pierrick... si tu le laisses te sourire encore une fois, je te jure que je te brise dès que je te chope, souffla-t-il, sa voix n'étant plus qu'un grognement guttural. Tu es à moi. Gravé. Marqué. Ne joue pas avec mes nerfs, tu sais de quoi je suis capable.
Finalement, Nathanaël finit par prendre congé, sentant bien que le maître de maison était prêt à l'égorger. Une fois Nathanaël parti, Cassandra et Élodie ramassèrent les tasses en riant, s'esquivant vers la cuisine pour faire la vaisselle et débriefer la soirée entre elles. On entendait le bruit de l'eau et le cliquetis des assiettes depuis la pièce voisine. Dimitry, lui, se leva d'un bond, le visage tordu par une rage qu'il ne pouvait plus contenir. Il ouvrit la porte-fenêtre et sortit sur le balcon pour fumer, tournant le dos à la maison.
Je pris une grande inspiration et le rejoignis. L'air frais de la nuit nous enveloppa. Dimitry fixait le vide, les épaules tendues comme des câbles d'acier, une cigarette tremblante entre les doigts. Je jetai un regard rapide derrière moi à travers la vitre pour m'assurer que les filles étaient bien occupées dans la cuisine. Personne ne nous regardait.
Je m'approchai de lui et, dans un geste d'une audace folle, j'attrapai son visage à deux mains, forçant ce colosse à baisser les yeux vers moi. Avant qu'il ne puisse protester, je l'embrassai rapidement, mais avec une intensité qui disait tout mon désir. Ce contact électrique fit immédiatement retomber sa rage. Dimitry ferma les yeux, laissant échapper un long soupir alors que sa tension s'évanouissait sous mes doigts.
— Je ne pourrais pas, Pierrick... murmura-t-il d'une voix brisée en me fixant de nouveau, ses yeux cherchant les miens avec une vulnérabilité soudaine. Je ne pourrais jamais supporter de te voir avec un autre. Tu es à moi. Rien qu'à moi.
Fin du chapitre 26.
Après la fureur de la cuisine, le silence de la chambre semblait presque irréel. Nous étions allongés face à face, nus, la peau encore moite et marquée par la violence de nos ébats sur le granit. La petite lampe de chevet diffusait une lumière tamisée, créant une bulle d’or autour de nous. Dimitry, ce colosse d'ordinaire si impénétrable, ne fuyait plus mon regard. Ses mains, qui m'avaient malmené avec tant de rage quelques minutes plus tôt, parcouraient maintenant mon corps avec une légèreté de plume, comme s'il essayait de mémoriser chaque millimètre de ma peau.
Je ne pouvais pas détacher mes yeux de lui. Mon corps était encore sous le choc, vibrant d'une excitation que même l'épuisement ne parvenait pas à éteindre. Ma main descendit instinctivement vers mon sexe, qui bandait de nouveau sous l'effet de sa proximité et de l'odeur de notre acte qui flottait encore dans l'air. Je me touchais lentement, le regardant bien en face, voulant qu'il voie l'effet dévastateur qu'il avait sur moi. Dimitry ne me détourna pas les yeux ; au contraire, son regard s'assombrit, chargé d'une fascination brute. Il se pencha et m'embrassa, un baiser long, profond, où nos langues se retrouvaient avec une ferveur nouvelle. C'était un baiser qui demandait pardon tout en affirmant une possession totale.
Dimitry s'écarta de quelques centimètres, son front restant collé au mien. Son souffle était court. Il commença à poser les questions qui le hantaient, sa voix vibrant d'une sincérité que je ne lui connaissais pas.
— Pierrick... qu'est-ce qui t'a pris de me balancer ça sur le pas de la porte, il y a trois jours ? Pourquoi maintenant ? Est-ce que tu n'as pas eu peur que je te détruise pour de bon ? Ou pire, que je ne revienne jamais et que je te laisse seul avec ta honte ?
Je déglutis, ma main continuant son mouvement lent sur mon sexe alors que je soutenais son regard.
— La peur de te perdre était devenue moins forte que la douleur de ne pas exister pour toi, répondis-je dans un souffle. Je préférais que tu me tues plutôt que de continuer à être ce fantôme que tu croises chez ma sœur. J'avais besoin que tu saches que chaque insulte que tu me lançais me transperçait, mais que je les acceptais parce qu'elles venaient de toi.
Dimitry resta silencieux, ses doigts caressant mes cheveux avec une tendresse infinie. Puis, il posa la question la plus difficile :
— Et qu'est-ce que tu aimes chez moi, exactement ? Dis-le-moi. Pourquoi un mec comme moi ? Je t'ai traité comme un rien du tout, je t'ai humilié devant tout le monde... Comment peux-tu aimer l'homme qui t'a fait ça ? Qu'est-ce que tu vois quand tu me regardes, à part un mec qui sait juste se servir de ses mains pour cogner ou porter des meubles ?
— Je vois l'homme que tu caches à tout le monde, Dimitry. J'aime ta force parce qu'elle me protège autant qu'elle me brise. J'aime le fait que tu sois le seul à avoir brisé ma solitude, même si c'était par la violence au début. J'aime ta voix, j'aime l'odeur de ta peau, j'aime cette façon que tu as de me regarder comme si j'étais la seule chose réelle dans ta vie de mensonges. Je t'aime parce que tu es le seul qui me fait me sentir vivant, même quand tu me fais mal.
Je pris sa main et la posai sur mon flanc, près de l'endroit où le tatouage de la couronne était gravé.
— Dis-moi, Dimitry... Qu'est-ce que tu as ressenti, ce soir-là, quand je me suis mis à genoux et que je t'ai montré ça ? Qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête quand tu as vu ton nom, ta marque, sur ma peau pour toujours ?
Il ferma les yeux un instant, comme si l'image le frappait encore de plein fouet. Son souffle devint plus lourd.
— J'ai eu l'impression de recevoir un coup de poing en plein cœur, avoua-t-il d'une voix rauque. J'ai ressenti un vertige... une terreur pure mêlée à une jouissance que je ne peux même pas expliquer. Voir mon nom là, sur toi... ça m'a fait réaliser que je ne pourrais plus jamais m'échapper. J'ai eu envie de t'arracher la peau pour effacer cette preuve, et en même temps, j'ai eu envie de te posséder jusqu'à ce que nos deux corps ne fassent plus qu'un. Ça m'a donné un pouvoir sur toi qui m'a terrifié, parce que j'ai compris à ce moment-là que tu m'appartenais plus que n'importe qui au monde. Plus que Cassandra, plus que tout. J'ai ressenti une fierté sauvage et une honte immense. Mais surtout... j'ai su que j'étais foutu. Que je reviendrais toujours vers toi.
Il m'attira contre lui, m'écrasant contre son torse puissant. Ses baisers se multiplièrent sur mon visage, mon cou, mes épaules. C'étaient des baisers fiévreux, presque des supplications.
— Écoute-moi bien, Pierrick. Je veux te rassurer. Je ne peux pas changer ma vie demain, je ne peux pas encore tout quitter. Mais ne doute jamais de ce que je veux avec toi. Je veux que tu sois mon refuge. Je veux continuer à venir ici, à te posséder, à t'écouter, à rire avec toi comme on l'a fait aujourd'hui. Je vais m'arranger pour venir plus souvent. Je vais inventer d'autres missions, d'autres routes. Je ne veux pas que tu cherches ailleurs ce que je te donne. Tu es à moi, tu as compris ?
Il prit ma main qui me caressait et la remplaça par la sienne. Ses doigts calleux entourèrent mon sexe avec une précision experte. Il se mit à me masturber lentement, ses yeux plongés dans les miens, me forçant à jouir sous son contrôle total.
— Je veux que tu saches que chaque fois que je serai avec elle, c'est à toi que je penserai. C'est ton goût que j'aurai dans la bouche. Ce n'est pas une passade, Pierrick. C'est quelque chose qui va nous consumer tous les deux. Je te le promets.
Nous avons passé le reste de la nuit ainsi, dans cet échange de souffles et de confidences, entre caresses infinies et baisers profonds. Dimitry ne me lâcha pas une seconde, m'encerclant de ses bras musclés comme pour me protéger de l'aube qui approchait. Nous étions deux naufragés sur une île de draps gris, liés par un secret trop lourd pour le monde, mais assez fort pour nous faire tenir debout.
L'atmosphère dans la chambre était devenue d'une densité presque sacrée. Les aveux de Dimitry sur sa peur initiale, sa réaction viscérale face au tatouage et ses promesses pour l'avenir avaient tissé entre nous un lien qui dépassait désormais le cadre du simple secret sexuel. Nous étions là, deux hommes mis à nu, et pour la première fois, je sentais que le pouvoir que j'exerçais sur son cœur égalait celui qu'il exerçait sur mon corps.
Un élan d'audace, né de cette certitude nouvelle, me traversa. Je ne voulais plus seulement être celui qui subit ou qui écoute ; je voulais lui montrer que je pouvais être l'acteur de son plaisir le plus fou. Sans rompre le contact visuel, je me redressai lentement sur mes genoux, dominant sa masse imposante allongée sur les draps.
Dimitry me regarda faire, les yeux sombres et brillants d'une curiosité fébrile. Je m'avançai et chevauchai ses hanches. Sa queue, déjà dressée par nos confidences et le contact de nos peaux, se pressa contre mon ventre. Je pris le temps de le guider, sentant sa chaleur m'ouvrir, puis je m'abaissai d'un coup, m'asseyant directement sur lui.
Dimitry laissa échapper un souffle court, la bouche entrouverte, alors que je l'accueillais tout entier. Pour la première fois, c'était moi qui menais la danse.
— Regarde-moi, Dimitry, murmurai-je en commençant à bouger. J'aime tellement ton regard quand je te grimpe dessus. J'aime voir que c'est moi qui te fais ça.
Je commençai à remuer mon cul avec une lenteur calculée, faisant rouler mon bassin sur sa virilité. Le plaisir était décuplé par le contrôle que j'avais. Je voyais chaque battement de ses cils, chaque contraction de sa mâchoire. Je me penchai en avant, mes mains descendant sur son torse puissant, explorant cette forêt de poils et de muscles. Mes doigts trouvèrent ses tétons et je commençai à les titiller, les pinçant entre mon pouce et mon index.
Dimitry bascula la tête en arrière dans l'oreiller, laissant échapper des gémissements sourds, presque des râles, qu'il ne cherchait plus à étouffer. Il était totalement à ma merci, ses mains agrippant les draps au lieu de me saisir les hanches, subjugué par le rythme que je lui imposais.
Je ne le quittais pas des yeux. Je voulais imprimer cette image en moi : ce colosse, ce déménageur de fer, vibrant sous mes mouvements. Je cambrai le dos, accentuant la profondeur de chaque va-et-vient, sentant mon propre plaisir monter en flèche au contact de sa prostate. Ma peau frottait contre la sienne, créant une chaleur étouffante dans la petite chambre.
— Tu es tellement beau quand tu perds pied... soufflai-je en accélérant la cadence.
Dimitry me dévorait du regard, une lueur de dévotion sauvage dans les pupilles. Ses abdominaux se contractaient violemment sous mes doigts alors que j'intensifiais mes mouvements circulaires. Il commença à cambrer le bassin pour me rejoindre, ses gémissements devenant plus pressants, plus gutturaux. Je sentais la tension en lui devenir insoutenable. Dans un ultime déhanchement, je le sentis se tétaniser. Il explosa en moi avec une force incroyable, le visage déformé par une jouissance qu'il n'avait jamais partagée ainsi, tandis que je m'effondrais contre son torse, le cœur battant à tout rompre.
Le silence qui suivit fut le plus doux de ma vie. Dimitry ne me repoussa pas. Au contraire, il referma ses bras massifs autour de moi, me serrant contre lui comme s'il voulait m'intégrer à sa propre chair. Il commença à m'embrasser avec une tendresse infinie, ses lèvres voyageant de mon front à mes tempes, avant de s'attarder longuement dans le creux de mon cou.
— Je n'ai jamais ressenti ça... murmura-t-il entre deux baisers. Avec toi, tout est différent.
Ses mains, larges et rassurantes, se mirent à me caresser partout : le dos, les hanches, les cuisses, comme pour apaiser chaque douleur et chaque doute. Il déposait des baisers légers sur ma nuque, sa barbe me picotant la peau d'une manière délicieuse. Il cherchait à me rassurer, à me faire comprendre sans mots que ce qui se passait entre nous était désormais vital pour lui.
Nous sommes restés enlacés ainsi pendant ce qui sembla être des heures, bercés par le rythme de nos respirations qui se synchronisaient enfin. La chaleur de son corps était mon seul rempart contre le monde extérieur. Protégé par ses bras, rassuré par ses caresses incessantes, je sentis enfin le sommeil me gagner, l'esprit apaisé par la certitude que, peu importe les mensonges du lendemain, cette nuit-là, nous étions la seule vérité l'un de l'autre.
Le sommeil qui suivit notre étreinte fut lourd, peuplé du parfum de Dimitry et de la chaleur de sa peau contre la mienne. Mais dans ce sanctuaire de draps froissés, le temps était un luxe que nous n'avions pas. L'aube commença à filtrer à travers les rideaux, une lumière grise et impitoyable qui venait dénoncer la fin de notre parenthèse.
Je sentis Dimitry bouger avant même d'ouvrir les yeux. Son corps, si tendre quelques heures plus tôt, semblait déjà se raidir, reprenant la vigilance nécessaire à sa vie de mensonges. Pourtant, il ne s'écarta pas tout de suite. Il resta un long moment immobile, son bras lourd barrant ma taille, son nez enfoui dans mes cheveux. Je sentis son souffle chaud, puis un baiser, le plus triste de tous, déposé sur mon épaule.
Je me retournai pour lui faire face. Dans la pénombre de l'aube, ses traits étaient marqués par la fatigue et une mélancolie que je n'avais jamais vue chez lui. Il me regarda longuement, ses doigts traçant une dernière fois le contour de ma mâchoire.
— Il faut que j'y aille, Pierrick, murmura-t-il, sa voix encore cassée par le sommeil.
Le cœur serré, je ne répondis rien. Je savais que ce moment arriverait, mais la réalité était plus brutale que l'attente. Dimitry se redressa et s'assit au bord du lit, sa musculature imposante se découpant contre la clarté naissante. Il ne fuyait pas. Il se tourna vers moi, me prit la main et la porta à ses lèvres.
— Écoute-moi bien, dit-il avec une gravité qui me fit frissonner. Ce qui s'est passé ici, ces deux jours, les discussions, la façon dont tu m'as pris cette nuit... ne pense pas une seconde que je vais l'oublier. Je vais reprendre la route, je vais rentrer chez moi, mais c'est ton visage que je vais voir partout. Tu as réussi ce que tu voulais : tu m'as marqué plus profondément que je ne l'aurais cru possible.
Il se leva et commença à ramasser ses vêtements éparpillés. Chaque geste, chaque vêtement qu'il remettait — son caleçon, son jean, son t-shirt — était comme une couche d'armure qu'il replaçait entre nous. Il redevenait le déménageur, l'homme de Cassandra, le beau-frère distant.
Alors qu'il boutonnait son pantalon, il s'arrêta et revint vers moi. Il me prit le visage entre les mains, m'obligeant à plonger mon regard dans le sien, encore une fois.
— Je vais m'arranger, Pierrick. Je te le jure. On va se revoir, et pas seulement pour des minutes volées dans un couloir. Je ne peux pas te promettre de tout changer aujourd'hui, mais je te promets que je suis à toi, ici, dans cet appart, autant que tu es à moi. Ne laisse personne d'autre toucher ce que j'ai marqué.
Il finit de se rhabiller, ses bottes résonnant de nouveau sur le parquet que j'avais tant briqué. Le bruit était insupportable, c'était le son de la réalité qui reprenait ses droits. Il jeta son petit sac sur son épaule. Sur le pas de la porte de la chambre, il s'arrêta une dernière fois. Il ne sourit pas. Son regard était sombre, chargé de tout ce qu'il ne pouvait pas dire à voix haute.
— À bientôt, petite chose, dit-il avec une nuance de cette ancienne domination, mais cette fois, c'était un mot d'amour codé.
La porte d'entrée claqua. Le silence qui suivit fut assourdissant. Je restai allongé dans le lit, nu, sentant le froid gagner la place qu'il occupait quelques minutes plus tôt. L'appartement était dévasté : la cuisine jonchée de débris, l'odeur du sexe et du vin partout. Mais au milieu de ce chaos, je ressentais une paix étrange.
Je passai ma main sur mon flanc, là où mon tatouage semblait brûler sous ma peau. Dimitry était parti, mais il m'avait laissé plus qu'un souvenir. Il m'avait laissé une promesse gravée dans le silence de l'aube. Je me roulai dans ses draps pour respirer une dernière fois son parfum, prêt à l'attendre le temps qu'il faudrait, car j'étais désormais le seul à posséder la vérité de l'homme que tout le monde croyait connaître.
Une semaine s'était écoulée depuis le départ de Dimitry de mon appartement, une semaine de silence radio et de solitude forcée qui m'avait paru durer une éternité. Les marques bleutées sur mes hanches commençaient à peine à jaunir, vestiges douloureux mais précieux de notre week-end de débauche. Ce soir-là, l'invitation de Cassandra pour un dîner informel avec Élodie tombait comme un couperet.
La maison de Cassandra et Dimitry respirait la perfection domestique, une odeur de rôti et de bougies parfumées qui m'écœurait presque, tant elle contrastait avec l'odeur de sueur, de sexe et de cuir que j'associais désormais à Dimitry. Une semaine entière s'était écoulée depuis qu'il avait quitté mon lit. Une semaine de silence radio, de draps froids et de souvenirs obsédants qui me brûlaient la peau.
Dimitry était assis en bout de table, massif, imposant. Sa chemise blanche était légèrement trop ajustée, soulignant la puissance de ses pectoraux et la carrure de ses épaules de déménageur. Il jouait son rôle à la perfection, celui du mari protecteur et silencieux, mais je voyais l'éclair de sauvagerie dans ses yeux chaque fois que nos regards se croisaient. Élodie, l'amie de Cassandra, ne cessait de glousser, remplissant le vide de ses anecdotes inutiles, ignorant tout du volcan qui bouillonnait en face d'elle dans cette demeure qu'il partageait avec ma sœur.
Alors que le dîner touchait à sa fin et que les assiettes étaient presque vides, Élodie posa son verre de vin, un sourire mystérieux et excité aux lèvres. Elle échangea un regard complice avec ma sœur, un de ces regards de « marieuses » qui me firent instantanément craindre le pire.
— Pierrick, mon chéri, commença-t-elle en se penchant vers moi, les yeux pétillants de malice. On a une surprise pour toi. On sait que tu es seul, et franchement, un garçon aussi mignon ne peut pas rester sans quelqu'un pour s'occuper de lui. Avec Cassandra, on a tout organisé.
Je sentis immédiatement le regard de Dimitry se planter dans le mien. Ses pupilles s'étaient dilatées, ses iris devenant presque totalement noirs, absorbant la lumière de la salle à manger.
— On a invité quelqu'un pour le café, continua Cassandra avec un enthousiasme débordant. Il s'appelle Nathanaël. C’est un collègue d'Élodie, un garçon charmant, très sportif, très... attentionné.
Le choc fut immédiat et physique. Au moment précis où le prénom « Nathanaël » fut prononcé, Dimitry, qui était en train de porter son verre de vin rouge à ses lèvres pour une longue gorgée, eut un spasme violent. Il avala de travers et s'étouffa bruyamment. Le bruit de sa toux rauque et gutturale déchira le silence poli de la pièce. Il se courba, le visage virant au pourpre, tandis que plusieurs gouttes de vin sombre tachaient la nappe blanche immaculée, s'étalant comme des éclaboussures de sang entre nos deux assiettes.
— Dimitry ! Ça va ? s'écria Cassandra en se levant précipitamment pour lui tapoter le dos.
Il repoussa sa main d'un geste sec, presque brutal, ses articulations blanchissant sur le pied de son verre. Il reprit sa respiration, ses yeux brûlant d'une colère noire qu'il ne parvenait plus à masquer sous son masque de beau-frère idéal. Il fixa Cassandra, puis Élodie, avec une intensité terrifiante qui aurait dû les glacer sur place.
— C'est quoi cette histoire ? grogna-t-il, sa voix de basse vibrant d'une menace sourde qui fit vibrer les couverts. Un mec qui vient ici ? Maintenant ? Je n'étais absolument pas au courant de ce... traquenard. Personne ne m'a demandé mon avis sur qui entre dans ma maison.
— Oh, ne fais pas ton grincheux, Dimitry, plaisanta Élodie, totalement inconsciente du danger qui irradiait de lui. C'est juste un café ! Nathanaël est adorable, il va adorer Pierrick.
— Pierrick n'a pas besoin qu'on lui choisisse ses mecs comme on choisit un meuble, rétorqua Dimitry, ses mains se crispant sur la table au point que le bois semblait gémir. Et ce type n'a rien à faire ici ce soir. On est en famille, non ? C'est censé être une soirée privée.
Le silence qui suivit fut lourd, saturé d'une électricité que seules les deux femmes ne percevaient pas. Dimitry bouillonnait de jalousie. Sous la table, je sentis soudain sa botte de cuir venir percuter la mienne. Il ne se contenta pas d'un effleurement : il écrasa mon pied sous le sien avec une force possessive, une pression qui remontait jusqu'à ma cheville, m'ancrant au sol. C’était sa manière de me marquer devant sa propre femme, de me rappeler à qui j'appartenais.
On sonna à la porte. Nathanaël entra. Il était exactement comme elles l'avaient décrit : grand, athlétique, avec un sourire éclatant. Dimitry ne se leva pas pour l'accueillir. Il resta assis, tel un prédateur observant une proie empiéter sur son territoire. Le café fut une torture. Nathanaël essayait d'être charmant, racontant ses exploits au CrossFit, mais chaque mot qu'il prononçait semblait exacerber la fureur de mon amant.
— Le CrossFit... murmura Dimitry en fixant Nathanaël avec un dégoût non dissumulé. Porter des poids dans une salle climatisée, c'est une chose. Soulever des armoires normandes dans des escaliers en colimaçon pendant dix heures, c'en est une autre. Ça, c'est du muscle. Le reste, c'est de la décoration.
Nathanaël parut déstabilisé par cette hostilité frontale. À un moment, Cassandra et Élodie entraînèrent Nathanaël vers le buffet pour lui montrer des photos, nous laissant seuls une poignée de secondes. Dimitry se pencha brusquement vers moi, son visage à quelques centimètres du mien. L'odeur du vin et de la rage pure émanait de lui.
— Si tu lui donnes ton numéro, Pierrick... si tu le laisses te sourire encore une fois, je te jure que je te brise dès que je te chope, souffla-t-il, sa voix n'étant plus qu'un grognement guttural. Tu es à moi. Gravé. Marqué. Ne joue pas avec mes nerfs, tu sais de quoi je suis capable.
Finalement, Nathanaël finit par prendre congé, sentant bien que le maître de maison était prêt à l'égorger. Une fois Nathanaël parti, Cassandra et Élodie ramassèrent les tasses en riant, s'esquivant vers la cuisine pour faire la vaisselle et débriefer la soirée entre elles. On entendait le bruit de l'eau et le cliquetis des assiettes depuis la pièce voisine. Dimitry, lui, se leva d'un bond, le visage tordu par une rage qu'il ne pouvait plus contenir. Il ouvrit la porte-fenêtre et sortit sur le balcon pour fumer, tournant le dos à la maison.
Je pris une grande inspiration et le rejoignis. L'air frais de la nuit nous enveloppa. Dimitry fixait le vide, les épaules tendues comme des câbles d'acier, une cigarette tremblante entre les doigts. Je jetai un regard rapide derrière moi à travers la vitre pour m'assurer que les filles étaient bien occupées dans la cuisine. Personne ne nous regardait.
Je m'approchai de lui et, dans un geste d'une audace folle, j'attrapai son visage à deux mains, forçant ce colosse à baisser les yeux vers moi. Avant qu'il ne puisse protester, je l'embrassai rapidement, mais avec une intensité qui disait tout mon désir. Ce contact électrique fit immédiatement retomber sa rage. Dimitry ferma les yeux, laissant échapper un long soupir alors que sa tension s'évanouissait sous mes doigts.
— Je ne pourrais pas, Pierrick... murmura-t-il d'une voix brisée en me fixant de nouveau, ses yeux cherchant les miens avec une vulnérabilité soudaine. Je ne pourrais jamais supporter de te voir avec un autre. Tu es à moi. Rien qu'à moi.
Fin du chapitre 26.
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