Putain d'homophobe (28)

- Par l'auteur HDS Tounet39270 -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 20-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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Chapitre 28

La semaine qui suit le désastre du dîner est un calvaire de silence et d’angoisse. Cassandra m’a envoyé des dizaines de messages, oscillant entre l’inquiétude pour son couple et des questions détournées sur l'attitude de Dimitry envers moi. Le rendez-vous est pris : le samedi suivant, nous devons nous voir « pour mettre les choses à plat ».

Le jeudi soir, vers vingt-deux heures, on frappe à ma porte. Je n'ai pas besoin de regarder par l'œilleton pour savoir qui c'est. Le rythme lourd et assuré des coups trahit sa présence. Quand j'ouvre, Dimitry entre sans un mot, s'engouffrant dans mon salon comme une ombre massive. Il a l'air épuisé, les traits tirés par le manque de sommeil et la tension permanente sous son propre toit.

Il s'assoit lourdement sur mon canapé, ses mains massives posées sur ses genoux. Je m'assieds en face de lui, le silence s'étirant entre nous avant qu'il ne lève les yeux.
— On ne peut pas se louper samedi, Pierrick. Elle est sur les nerfs. Elle a passé la semaine à me poser des questions, à essayer de comprendre pourquoi j'ai réagi comme un animal avec ce Nathanaël. Elle m'a même demandé si... si j'avais un problème personnel avec toi.

Je sens un frisson me parcourir l'échine.
— Et qu’est-ce que tu lui as dit ?
— Que je ne supportais pas de voir mon beau-frère se faire manipuler par des types comme ça, grogne-t-il avec une moue amère. Mais elle n'est pas dupe. Élodie en a rajouté une couche, elle lui répète sans cesse que mon comportement n'était pas celui d'un grand frère protecteur, mais celui d'un homme jaloux. On doit accorder nos violons, sinon tout va s'écrouler.

Je me rapproche de lui, cherchant sa main.
— Dis-moi ce que je dois dire. Je ferai tout ce que tu veux.
— On va jouer la carte du malentendu familial, commence-t-il en me serrant les doigts. Écoute-moi bien. Samedi, quand elle va nous demander des explications, tu devras dire que tu t'es senti oppressé par ma présence ces derniers temps. On va dire que j'ai été trop envahissant parce que je me sentais responsable de toi depuis que tu es seul. On va transformer cette « jalousie » en une sorte d'autorité mal placée, une protection fraternelle étouffante.

— Elle va vraiment y croire ? dis-je, sceptique. Dimitry, tu as failli étrangler son invité du regard.
— C'est pour ça que je vais m'excuser, Pierrick. Je vais dire que j'ai eu une semaine de merde au boulot, que je suis à bout de nerfs et que j'ai projeté ma frustration sur la première personne qui passait. Je dirai que je m'en veux d'avoir gâché ta soirée. Toi, de ton côté, tu devras dire que tu m'en voulais, que c'est pour ça que l'ambiance était tendue. On doit créer une distance entre nous devant elle. On ne doit plus se regarder comme on le fait.

Il marque une pause, son regard se faisant plus sombre.
— Tu devras aussi dire que Nathanaël ne t'intéressait pas de toute façon, mais que tu n'as pas aimé que je décide pour toi. Ça rendra l'histoire crédible. Si on est trop d'accord, elle va flairer le piège. Il faut qu'on ait l'air... un peu en froid, mais sur le chemin de la réconciliation.

Je baisse la tête, jouant avec les ourlets de mes manches.
— C'est dur, Dimitry. Jouer la comédie devant elle alors que j'ai encore les marques de tes mains sur mes hanches... j'ai l'impression d'être le dernier des traîtres.

Il se lève brusquement et me tire vers lui, m'obligeant à me lever aussi. Il plaque son front contre le mien, sa respiration se mêlant à la mienne.
— Tu crois que c'est facile pour moi ? Je dors à côté d'elle et je sens ton odeur sur ma peau. Je ferme les yeux et je te vois sous moi contre cette porte. Mais on n'a pas le choix. Si elle découvre la vérité, on perd tout. Elle te détestera, et elle me détruira. Tu es prêt à ça ?
— Non, murmurai-je.
— Alors samedi, tu seras le petit frère un peu agacé par son beau-frère trop protecteur. Et moi, je serai le mec bourru qui reconnaît avoir dépassé les bornes. Pas de regards prolongés, pas de contacts, rien. On doit être les parfaits étrangers que nous étions censés être.

Soudain, Dimitry relâche un peu sa prise, son regard plongeant dans le mien avec une intensité qui me donne le vertige.
— Je t'aime tellement que ça me tue de devoir faire ça, souffle-t-il contre mes lèvres d'une voix étranglée.

Je reste figé, le fixant en ouvrant la bouche, le souffle coupé par cette confession que je n'attendais pas si tôt, si crûment. Le mot « aimer » résonne dans mon petit salon comme une détonation.
— Qu’est-ce que tu as ? me demande-t-il en fronçant les sourcils, inquiet de mon silence.
— Tu... tu m'as dit que tu m'aimais, murmurai-je enfin, mon cœur manquant un battement.

Je ne le laisse pas répondre. Je me hisse sur la pointe des pieds, passant mes mains derrière sa nuque massive, et je l'embrasse. C'est un baiser de soulagement, de peur, et d'un amour partagé qui nous condamne un peu plus. Je sens son corps se détendre contre le mien, ses bras me serrant à m'en briser les côtes.
— Je sais, Dimitry, dis-je en me détachant un peu. On va y arriver. On va lui mentir si bien qu'elle finira par s'excuser d'avoir douté de nous.

Il reste encore une heure, à peaufiner chaque détail de notre futur dialogue : ce qu'on dira sur Nathanaël, comment on expliquera notre discussion sur le balcon, et comment on justifiera son départ précipité. Chaque mot est une brique de plus dans le mur que nous construisons entre nous et le monde.

Le samedi après-midi est arrivé avec une lourdeur climatique qui semble coller à ma peau. La maison de ma sœur, d'ordinaire si chaleureuse, ressemble aujourd'hui à une salle d'interrogatoire. Cassandra m'accueille avec un baiser sur la joue qui me donne l'impression d'être le plus grand des Judas. Dimitry est déjà là, assis dans son fauteuil en cuir, le visage fermé, fixant la table basse comme s'il s'agissait d'un champ de bataille.

Cassandra ne perd pas de temps. Elle attend que je sois assis, refuse de nous servir un café et se plante au milieu du salon, les bras croisés, le regard alternant entre son mari et son frère.
— Bon, on ne va pas tourner autour du pot pendant des heures, commence-t-elle, sa voix vibrant d'une colère contenue. Ce qui s'est passé samedi dernier était inacceptable. Dimitry, ton comportement avec Nathanaël a été au-delà de l'impolitesse. C'était agressif, c'était... déplacé. Et toi, Pierrick, tu es resté là sans rien dire, comme un enfant pris en faute. Je veux savoir ce qu'il y a entre vous deux pour que l'ambiance soit devenue aussi toxique.

Dimitry soupire bruyamment, un son qui ressemble à un grognement de fauve.
— Il n'y a rien, Cassandra. Je te l'ai dit cent fois cette semaine. J'étais juste de mauvaise humeur, le boulot me pèse et ce type avec ses histoires de CrossFit m'a tapé sur le système.
— Ne me prends pas pour une imbécile ! crie soudain Cassandra, faisant sursauter les cadres au mur. Tu l'as regardé comme si tu voulais l'égorger dès qu'il s'est approché de Pierrick ! On aurait dit une scène de ménage, Dimitry ! Pourquoi tu te comportes comme si mon frère était ta propriété ?

Dimitry se lève d'un bond, sa carrure imposante dominant la pièce. Le ton monte d'un cran.
— Parce qu'il est seul et que je me sens responsable de lui, bordel ! Tu passes tout ton temps à dire que c'est ton "petit frère", alors j'ai fini par prendre ce rôle à cœur ! Je ne voulais pas qu'il se fasse embobiner par un beau parleur qui n'en a rien à foutre de lui !
— Ah vraiment ? C'est de la protection fraternelle, ça ? ironise Cassandra en s'approchant de lui, le défiant du regard. Quand tu as claqué la porte et que tu n'es pas rentré de la nuit, c'était aussi pour protéger Pierrick ? Tu es jaloux, Dimitry ! Avoue-le ! Tu es jaloux de n'importe quel homme qui s'approche de lui ! C'est maladif !

Je sens que c'est le moment d'intervenir, conformément à notre plan de jeudi soir. Ma voix tremble un peu, ce qui, pour une fois, sert mon mensonge.
— Cassandra, s'il te plaît... calme-toi. Dimitry a raison sur un point : il a été trop envahissant. Je ne te l'ai pas dit pour ne pas créer d'histoires, mais depuis quelques mois, il me surveille tout le temps. Il me donne des conseils que je n'ai pas demandés, il juge mes fréquentations... C'est vrai que c'est étouffant. J'en ai marre qu'il se prenne pour mon père ou mon garde du corps.

Dimitry se tourne vers moi, feignant une surprise teintée d'amertume.
— Ah, c'est comme ça ? Tu te sens oppressé parce que je m'inquiète pour toi ? C'est ça que tu penses vraiment ?
— Oui ! je réplique en haussant le ton à mon tour pour plus de réalisme. Tu n'avais pas à traiter Nathanaël comme ça. Il me plaisait peut-être, et tu as tout gâché avec ton autorité mal placée. Tu n'as aucun droit sur ma vie privée, Dimitry. Aucun ! Tu n'es pas mon mari, tu es le mari de ma sœur !

Cassandra nous regarde tour à tour, déstabilisée par cet échange. L'idée d'un conflit de territoire entre un beau-frère trop protecteur et un frère qui réclame son indépendance semble faire son chemin dans son esprit.
— Donc... c'est ça ? murmure-t-elle, cherchant une faille dans nos récits. Juste une histoire de protection mal gérée ? Mais sur le balcon, Dimitry... j'ai entendu ta voix à travers la vitre. Tu avais l'air... brisé, pas juste en colère.

Dimitry s'approche d'elle et lui prend les mains, son visage s'adoucissant dans une démonstration de comédie magistrale.
— Parce que j'avais l'impression que vous m'en vouliez toutes les deux, Cassandra. J'ai eu peur de perdre ta confiance. J'ai agi comme un con, je le reconnais. Je ne voulais pas que Pierrick s'éloigne de nous à cause d'un étranger. Je me suis emporté parce que je tiens à cette famille plus qu'à tout. Je m'excuse, Pierrick. Je te promets solennellement que je ne me mêlerai plus de tes rendez-vous galants.

Le silence retombe lourdement sur le salon de la maison. On n'entend plus que la respiration saccadée de ma sœur. Elle regarde Dimitry, puis elle me fixe longuement. La tension baisse lentement, comme une marée qui se retire.
— Je ne sais pas... dit-elle enfin en s'asseyant sur le rebord du canapé, épuisée. C'était tellement violent. Promettez-moi que vous allez arrêter de vous sauter à la gorge. Pierrick, si Dimitry t'embête ou s'il devient trop lourd, c'est à moi qu'il faut en parler tout de suite, pas à lui.
— Je te le promets, Cassandra, dis-je en baissant les yeux pour masquer l'étincelle de culpabilité. Je voulais juste que les choses restent calmes entre nous tous.

Dimitry pose une main sur l'épaule de sa femme, mais son regard, l'espace d'une seconde, accroche le mien par-dessus sa tête. Ce n'est plus le regard du beau-frère protecteur, ni celui du mari repentant. C'est l'éclair noir du prédateur qui a réussi son coup, le rappel silencieux de ce qui s'est passé contre la porte de mon appartement quelques jours plus tôt.

La maison semble soudainement plus légère, comme si l'orage s'était enfin éloigné, mais la tension résiduelle entre Dimitry et moi reste électrique. Cassandra, encore un peu secouée, sursaute lorsque son téléphone se met à vibrer sur la table basse. Elle jette un coup d'œil à l'écran.
— C'est Élodie, soupire-t-elle. Elle veut sûrement savoir comment ça se passe. Je vais prendre ça dehors, j'ai besoin d'un peu d'air frais.

Elle se lève et sort sur la terrasse, refermant la porte-fenêtre derrière elle. À travers la vitre, on la voit s'éloigner un peu dans le jardin, le téléphone à l'oreille, faisant de grands gestes en parlant à son amie.

Dès que le loquet de la porte se ferme, l'expression de Dimitry change du tout au tout. Le mari contrit disparaît pour laisser place à l'homme possessif. Il se lève d'un bond, traverse la cuisine en deux enjambées et m'attrape par la nuque, ses doigts s'ancrant dans mes cheveux avec une fermeté qui me fait basculer la tête en arrière.
— Putain, Pierrick… souffle-t-il, sa voix vibrant d'une urgence sauvage.
— Dimitry, lâche-moi, elle peut nous voir ! murmurai-je, même si mon corps trahit ma peur en se pressant contre le sien.
— Elle ne voit rien, elle est trop occupée à raconter ses malheurs à son amie, grogne-t-il en me plaquant contre le plan de travail en marbre. Tu as été incroyable. Te voir lui mentir droit dans les yeux, te voir dire que je t'étouffais alors que tu mourais d'envie que je te touche… ça m'a rendu fou.

Il ne me laisse pas répondre. Ses lèvres s'écrasent sur les miennes dans un baiser brutal, affamé, qui n'a rien à voir avec la comédie de tout à l'heure. C'est le baiser d'un homme qui a dû se retenir de hurler sa vérité pendant deux heures. Sa main descend le long de ma colonne vertébrale, me pressant contre son bassin pour me faire sentir à quel point notre petite mise en scène l'a excité.
— "Tu n'as aucun droit sur ma vie privée", hein ? répète-t-il en mordillant ma lèvre inférieure jusqu'à la douleur. Tu joues bien le petit frère rebelle. Mais on sait tous les deux qui commande ici.
— On a réussi, Dimitry, dis-je entre deux souffles courts, mes mains agrippées à ses avant-bras massifs. Elle nous a crus. Elle pense qu'on se déteste un peu.
— C’est parfait, murmure-t-il en plongeant son regard noir dans le mien. Plus elle pensera qu'on ne peut pas se voir en peinture, moins elle se doutera de ce qu'on fait quand elle a le dos tourné. Mais ne crois pas que tes paroles resteront impunies. Tu vas me payer chaque mot de ce "discours d'indépendance" dès que je te reverrai seul.

Au loin, on voit Cassandra terminer sa conversation et commencer à se diriger vers la maison. Dimitry me lâche brusquement, réajustant sa chemise avec un calme olympien qui me terrifie. Je reste là, les lèvres brûlantes et le souffle court, essayant de retrouver une contenance de façade.
— Rappelle-toi, Pierrick, lance-t-il d'une voix redevenue neutre alors que la porte-fenêtre s'ouvre. On est "en froid".

Cassandra rentre, rangeant son téléphone dans sa poche. Elle nous regarde, nous voyant chacun d'un côté de la cuisine, évitant soigneusement de se croiser.
— Tout va bien ? demande-t-elle en nous observant. Vous n'avez pas recommencé à vous disputer ?
— Non, répond Dimitry d'un ton sec, sans même me regarder. On ne se parlait pas. Je crois que j'ai dit tout ce que j'avais à dire.
— C'est mieux comme ça, conclut-elle, rassurée par ce qu'elle croit être une distance saine.
L'atmosphère dans la cuisine est encore saturée de l'odeur de Dimitry et du goût de son baiser volé quand Cassandra franchit le seuil de la porte-fenêtre. Elle nous observe un instant, son regard balayant la pièce avec une suspicion naturelle, mais nous jouons nos rôles à la perfection : lui, debout près de l'évier, tournant le dos avec une indifférence feinte ; moi, occupé à replacer nerveusement une chaise, le regard fuyant.
— Bon, dit-elle en rangeant son téléphone, Élodie est rassurée, et moi aussi. Mais je ne veux pas que vous partiez comme ça, sur un sentiment d'amertume.

Je sens un nœud se former dans mon estomac. Dimitry se retourne lentement, croisant ses bras massifs sur son torse.
— On a crevé l'abcès, Cassandra. Qu'est-ce que tu veux de plus ? demande-t-il d'une voix sourde.
— Je veux que vous fassiez la paix pour de bon, répond-elle avec un sourire maternel qui me déchire le cœur. Pierrick, Dimitry... enlacés-vous. Un vrai geste, pas juste un hochement de tête. Je veux voir que mon mari et mon frère s'apprécient encore.

Le silence qui suit est assourdissant. Dimitry me fixe, ses yeux noirs sondant les miens avec une intensité qui me donne le vertige. Il fait le premier pas, avançant vers moi comme un prédateur forcé de jouer l'agneau. Je m'approche à mon tour, les jambes flageolantes.

Quand ses bras se referment sur moi, c'est comme un court-circuit. Dimitry ne se contente pas d'une accolade fraternelle. Il m'écrase contre lui, ses mains s'ancrant dans mon dos avec une force qui n'a rien de familial. Je sens son cœur battre contre ma poitrine, un rythme sauvage, saccadé. Son odeur m'envahit, ce mélange de cuir et de chaleur qui me rend fou.

Le temps semble se figer. Ce geste, censé durer quelques secondes, s'étire. Dimitry enfonce son visage dans mon cou, et je sens son souffle brûlant contre ma peau, une caresse invisible que seule moi peux percevoir. Je ferme les yeux malgré moi, mes mains se crispant sur le tissu de sa chemise, refusant inconsciemment de le lâcher. C'est une étreinte de possession, un cri silencieux au milieu du salon de ma sœur.

Soudain, je rouvre les yeux et j'aperçois Cassandra. Elle est immobile, à deux mètres de nous. Son sourire s'est éteint. Elle nous observe avec une fixité troublante, ses sourcils légèrement froncés, comme si une pièce du puzzle refusait de s'emboîter dans son esprit. Elle remarque la tension de nos corps, la manière dont nos doigts s'agrippent l'un à l'autre, la longueur indécente de ce contact.

Je vois passer dans ses yeux une lueur bizarre. Ce n'est pas encore de la certitude, mais c'est un doute noir, une intuition primitive qui vient de s'éveiller. Elle sent que quelque chose ne colle pas avec le discours de haine qu'on vient de lui servir.

Je me dégage brusquement, le visage en feu.
— Voilà, c'est fait, dis-je d'une voix trop aiguë, en évitant le regard de ma sœur.
Dimitry, imperturbable en apparence, recule d'un pas, mais je vois ses mains trembler légèrement.
— Je ferais mieux d'y aller, j'ai... j'ai encore des choses à faire, balbutiai-je en me dirigeant vers le vestiaire.

Je récupère ma veste, le dos brûlant sous le regard de Cassandra qui ne m'a pas quitté des yeux.
— Tu es sûr que ça va, Pierrick ? me demande-t-elle, sa voix ayant perdu sa chaleur habituelle. Tu es tout rouge.
— C'est juste la chaleur de la cuisine, Cassandra, mentis-je en ouvrant la porte d'entrée. Salut Dimitry. Merci pour... l'explication.
— Salut Pierrick, répond-il, sa voix redevenue cette basse monocorde et froide. À la prochaine.

Je sors enfin de la maison, l'air frais de la rue me percutant comme une gifle. Je marche vite, presque en courant, fuyant ce regard bizarre que j'ai vu sur le visage de ma sœur. Je sais que nous avons joué avec le feu et que, pour la première fois, elle a entrevu la flamme.

L'air frais de la rue ne suffit pas à calmer l'incendie qui ravage mes sens. Je marche jusqu'à chez moi comme un automate, hanté par la sensation des bras de Dimitry et, surtout, par ce regard de Cassandra. Ce pli entre ses sourcils, cette fixité soudaine… elle a senti l'anomalie. Elle a vu que nos corps se connaissaient trop bien pour deux hommes qui prétendent ne plus pouvoir se supporter.

Une fois chez moi, je m'effondre sur mon lit, encore vêtu de ma veste, le plafond tournant au-dessus de ma tête. Le silence de mon appartement est assourdissant après le fracas des cris chez elle. Mon téléphone vibre contre ma cuisse, un choc électrique qui me fait sursauter. C'est un message de lui.


"Cassandra n'arrête pas de me poser des questions depuis que tu es parti. Elle me regarde bizarrement, elle cherche la faille. Je ne tiens plus, Pierrick. Demain matin, j'ai un déménagement prévu à la première heure dans ton quartier. Je passerai te voir juste après, vers neuf heures. Sois là. On doit parler de ce qui s'est passé dans ce salon. Tu m'as rendu fou dans cette étreinte."

La nuit est une longue torture. Je dors par intermittence, rêvant du visage de ma sœur qui se transforme en celui d'un juge. À chaque fois que je ferme les yeux, je sens la pression des mains de Dimitry dans mon dos, ce marquage invisible qu'il a imprimé sur moi devant elle.

Le lendemain matin, le ciel est gris, lourd de menaces. À huit heures quarante-cinq, je suis déjà debout, posté derrière mes rideaux, guettant la camionnette blanche de l'entreprise de déménagement. Mon cœur bat la chamade. À neuf heures pile, je vois le véhicule massif se garer lourdement en double file au bas de l'immeuble. Dimitry en descend, vêtu de son haut de travail noir qui moule ses muscles, un jean usé et ses bottes de cuir. Il a l'air d'un prédateur en service.

On frappe à ma porte trois minutes plus tard. Des coups secs, autoritaires.

Dès que j'ouvre, il s'engouffre à l'intérieur et referme la porte d'un coup de pied. Il ne me laisse pas le temps de dire bonjour. Il me saisit par les épaules, ses mains encore fraîches de l'air extérieur.
— Elle a des doutes, Pierrick, lâche-t-il sans préambule, sa voix de basse vibrant dans l'entrée. Hier soir, après ton départ, elle n'a pas arrêté. Elle m'a dit : "Dimitry, j'ai eu l'impression que vous ne vouliez plus vous lâcher. C'était bizarre."
— Je l'ai vu, Dimitry, murmurai-je en sentant la panique monter. J'ai vu son regard. On a été trop loin avec cette étreinte. On est restés collés beaucoup trop longtemps.
— Je sais ! rugit-il presque en me secouant légèrement. Mais je n'arrivais pas à te lâcher. Te sentir là, après avoir dû te descendre devant elle, après avoir dû mentir sur ce que je ressens… c'était au-dessus de mes forces. J'avais besoin de sentir que tu étais toujours à moi, même sous ses yeux.

Il me plaque contre le mur de l'entrée, son corps massif m'écrasant contre le plâtre. L'odeur de la sueur propre, du café et du cuir émane de lui. C'est l'odeur du travail, de la force brute.
— J'ai un client qui m'attend à deux rues d'ici, j'ai seulement dix minutes, souffle-t-il en plongeant ses yeux dans les miens. Mais je devais te voir. Je devais m'assurer que tu ne vas pas craquer si elle t'appelle aujourd'hui pour t'interroger. Tu dois tenir bon, Pierrick. Tu dois rester sur la version du "beau-frère lourd".
— Je tiendrai bon, je te le promets, dis-je en passant mes mains sous sa veste de travail pour sentir la chaleur de sa peau. Mais c'est de plus en plus dur. Elle nous soupçonne, Dimitry. On joue avec sa vie, avec ta vie.
— Je m'en fous de tout le reste quand je suis avec toi, grogne-t-il en s'emparant de mes lèvres.

Le baiser est court, pressé par l'urgence du travail et le danger de la situation, mais il est chargé d'une électricité pure. Il me lâche aussi brusquement qu'il m'a attrapé, réajustant sa ceinture.
— Je repasse ce soir après ma tournée, lance-t-il en ouvrant la porte. Sois prêt. On ne pourra pas se cacher éternellement, mais pour l'instant, on va devoir être encore plus prudents. Et ne réponds pas à Cassandra si elle essaie de te voir en tête-à-tête aujourd'hui. Invente une excuse.

Il disparaît dans le couloir, me laissant seul avec le bruit sourd de ses bottes qui s'éloignent et le poids d'un secret qui devient chaque jour un peu plus lourd à porter.

Fin du chapitre 28.

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