Scène 47 : Chapitre 13 - Premier jour

- Par l'auteur HDS Pelec -
Avatar de Pelec
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
  • • 86 récits publiés.
  • • Cote moyenne attribuée par les lecteurs : 0.0 • Cote moyenne attribuée par HDS : 0.0
  • • L'ensemble des récits érotiques de Pelec ont reçu un total de 213 834 visites.
Histoire érotique Publiée sur HDS le 05-11-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
Cette histoire de sexe a été affichée 21 fois depuis sa publication.
[Elena]

À six heures et demie, dans la loge du premier, la maquilleuse me dessine une trace de peinture verte sur l’arête du nez avec un pinceau si fin qu’on dirait un cil. Je garde les yeux fermés. Je n’ai pas dormi, et ça se voit : elle a déjà passé dix minutes sur mes cernes en soupirant.

La porte s’ouvre. Je reconnais son pas avant de rouvrir les yeux, parce qu’il se cogne l’épaule contre le chambranle en entrant, comme chaque fois qu’il passe une porte de cet hôtel.

Il s’assoit dans le fauteuil d’à côté, pose mon scénario sur la tablette entre nous et dit :

— Tu l’as oublié.

C’est tout. Je le prends sans le regarder. Dans le miroir, je vois son reflet regarder le mien, puis se détourner très vite vers le coiffeur, qui arrive avec sa lanière de cuir pour vérifier que la barbe n’a pas repoussé pendant la nuit.

On ne se parle plus jusqu’au chalet.

–––

Le chalet est à dix minutes de l’hôtel en camionnette, en montant vers la forêt. La déco a transformé le salon en appartement de jeunes gens fauchés : des bâches sur le plancher, des cartons empilés, un escabeau, et des murs à moitié peints dans ce vert que Claire trouve apaisant et que Simon trouve maladif. La peinture est fraîche pour de vrai. Toute la pièce sent l’essence de térébenthine, et à midi, la moitié de l’équipe aura mal à la tête.

On est vingt-cinq dans un espace prévu pour une famille de quatre. Les câbles serpentent partout. Lou a fait monter un projecteur sur le balcon pour faire entrer une fausse lumière de fin d’après-midi par la fenêtre, alors qu’il est huit heures du matin et qu’il gèle dehors. Maud est assise sur un carton de livres dans un coin, son carnet sur les genoux. Il n’y a presque rien pour elle aujourd’hui, une main sur une épaule dans la scène 5, mais elle est là quand même.

La scène 3 se tourne vite. Claire et Simon arrivent dans l’appartement vide, posent leurs cartons, ouvrent les fenêtres, se disputent pour savoir qui aura le côté du lit près de la porte. Hugo fait sept prises, par superstition plus que par nécessité. Entre les prises, Bastien et moi, on s’évite. On y met un soin ridicule. S’il va vers la fenêtre, je vais vers la cuisine. S’il boit un café près de la table des accessoires, je vais vérifier ma trace verte dans le petit miroir de la maquilleuse.

Et puis Hugo dit « moteur », et je dois le regarder. C’est ce qui est absurde. De toute la journée, je ne peux le regarder que lorsque je suis Claire. Alors je le regarde, et Claire le regarde avec moi, et je ne sais plus très bien laquelle de nous deux le regarde pour de bon.

À midi, sous la tente de la cantine, Maud vient s’asseoir en face de moi avec son bol de soupe.

— Ça va ?
— Très bien.

Elle me regarde une seconde de plus que nécessaire, puis elle hoche la tête et parle d’autre chose, de la térébenthine, du mal de tête de Karim, du chien de la scène 29 que la production a trouvé chez un fermier de la vallée. Je lui réponds en souriant. Je m’aperçois que c’est la première fois que je lui mens, et que ça me coûte plus que je ne l’aurais cru.

La scène 5 vient après le déjeuner. Il monte sur l’escabeau avec son rouleau, moi je reste en bas avec le pinceau pour les angles. On se dispute sur le vert. Je ne lui dis pas que j’ai de la peinture sur le nez, il ne me le dit pas non plus, parce que Simon me trouve jolie comme ça. Tout se passe bien jusqu’à sa dernière réplique.

— Il faudra racheter du white-spirit.

J’éclate de rire. Je n’ai rien pu faire. Le rire est sorti tout seul, un vrai rire, bête, incontrôlable, et je dois me retourner vers le mur.

— Coupez, dit Hugo.

Je m’excuse. Je dis que c’est la fatigue, la térébenthine. Bastien, sur son escabeau, regarde le plafond avec une concentration de géomètre. Hugo se gratte la tête, repasse la prise sur son moniteur, puis la repasse encore.

— Non, attends. On la refait, et si le rire vient, tu le gardes. Claire est heureuse, dans cette scène. Elle est heureuse et elle ne sait pas pourquoi elle rit. C’est exactement ça.

On la refait. À la réplique, je sens le rire remonter, et je le laisse venir. Hugo garde la deuxième prise. Personne, sur ce plateau, ne sait pourquoi Claire rit dans la scène 5. Personne sauf Bastien, qui ne descend pas de son escabeau avant que Karim ait crié qu’on passait au plan suivant.

–––

Au retour, dans la camionnette, je m’assois tout au fond, à côté de Maud. Elle me tend une lingette pour enlever la peinture de mon nez, et je frotte pendant tout le trajet, en regardant défiler les mélèzes.

Hier soir, dans sa chambre, je n’ai rien décidé. C’est ce qui me travaille depuis le réveil. Je me suis tournée vers lui au milieu d’une réplique idiote et je l’ai embrassé, et je ne saurais pas dire à quel moment j’en ai eu l’idée. Ça ne m’arrive jamais. Je choisis mes rôles, mes partenaires, mes limites au centimètre près, et hier soir mon corps a fait une chose sans me demander mon avis. Ça m’a fait peur, en redescendant l’escalier. Ça me fait encore un peu peur maintenant.

Je sais comment ça finit, chez moi. Je l’ai assez vu pour pouvoir le raconter à l’avance. Ça commence vite, ça devient important, et le jour où ça devient vraiment important, je trouve une raison de partir. J’ai trente-quatre ans et je n’ai jamais attendu qu’on me quitte. Et je sais ce que diraient les gens, s’ils savaient : quinze jours après le départ de Damien, Elena Ravel avec son remplaçant, un garçon de vingt-neuf ans qui vient du théâtre. Je connais le ton exact sur lequel on le dirait.

Je le sais, et j’ai quand même envie de monter au troisième ce soir.

Je le décide entre deux virages, la lingette verte à la main. C’est moi qui décide, et ça me rassure plus que tout le reste.

–––

Je frappe chez lui à vingt-deux heures trente. Deux coups. Il ouvre en t-shirt, se cogne la tête contre le plafond en me voyant, et reste là, la main sur le crâne, sans rien dire.

— Je n’ai pas oublié mon scénario, cette fois.

Il rit, et il s’efface pour me laisser entrer.

Je ne m’assois pas tout de suite. Je reste debout au milieu de sa chambre minuscule, sous la pente du toit, et je lui dis ce que j’ai préparé dans la camionnette. Que personne ne doit le savoir. Ni Hugo, ni Lou, ni Karim, ni personne de l’équipe. Pas même Maud.

— Pourquoi pas Maud ?

Je ne sais pas quoi répondre. Je dis que c’est son travail de veiller sur ce qui se passe entre nous, et que je ne veux pas lui compliquer la tâche. C’est vrai, et ce n’est pas toute la raison, mais je ne connais pas le reste.

— D’accord, dit-il. Personne.

Puis il réfléchit, les bras ballants, avec cet air sérieux qu’il avait quand il coloriait sa silhouette.

— J’ai une condition aussi.
— Laquelle ?
— Tu me dis ce qui est vert.

Je souris.

— Ici, il n’y a pas de feuille.
— Alors tu me le montres. Avec les mains. Comme dans la salle de bal.

Je le regarde. Il ne plaisante pas. Il attend, comme il a attendu chaque fois que j’ai changé d’avis. Et je comprends que c’est la chose la plus intime qu’on m’ait jamais demandée.

Je m’assois en tailleur sur le lit, face à lui. La lucarne laisse entrer juste assez de lumière grise pour qu’on se voie. Je relève mon t-shirt. Je le tire par-dessus ma tête et je le laisse tomber. Je n’ai pas de soutien-gorge. L’air froid touche ma peau. Je prends ses deux mains et je les pose à plat sur mes seins. Vert. Entièrement. Je laisse ses paumes s’y installer, sentir le poids, la chaleur. Ses pouces bougent une fois sur les mamelons. Je ne retire pas.

Puis je guide ses mains plus bas. Sur mon ventre. Sur mes hanches. Je défais moi-même le bouton de mon jean, je tire la fermeture, je soulève les fesses pour le faire descendre avec la culotte. Je reste nue devant lui, à genoux sur le matelas. Mon cœur bat trop fort.

Je prends sa main droite. Je la pose d’abord sur l’intérieur de ma cuisse. Vert. Puis plus haut. Je l’ouvre moi-même, doigts écartés, et je la place exactement là où je n’ai jamais laissé personne poser une main sur un plateau. Entre mes jambes. À découvert. Sur ma fente déjà humide. Vert. Tout.

Ma voix est basse, un peu cassée.

— Là aussi. Tout. C’est moi qui choisis.

Il ne dit rien. Il regarde ma main qui tient la sienne. Puis il regarde mon visage. Ses doigts restent parfaitement immobiles, là où je les ai mis. Il attend que je bouge.

Je bouge.

J’appuie légèrement pour qu’il sente. Je fais glisser son index le long de moi, de haut en bas, lentement. Je le guide jusqu’à mon clitoris. Je lui montre le rythme que je veux : un cercle petit, appuyé, puis plus large. Il suit exactement. Pas une seconde d’avance. Sa main est plus grande que la mienne, plus chaude, la cicatrice du pouce frottant parfois ma peau. Ça me fait fermer les yeux.

Je le laisse continuer tout seul. Je retire ma main. Il ne change rien. Il garde le même rythme, le même appui, comme s’il avait appris une chorégraphie. L’autre main reste sur mon sein, le pouce qui bouge à peine. Je suis déjà très mouillée. Ses doigts glissent trop facilement. Il s’en aperçoit. Il ralentit encore, plus prudent.

Je m’allonge. Je l’attire sur moi. On s’embrasse maladroitement, dents qui s’entrechoquent une fois, un petit rire étouffé dans la bouche de l’autre. Il se positionne entre mes cuisses. Je sens le gland contre moi. Je le prends en main, je le guide. Je suis celle qui décide de la profondeur, du moment où il s’enfonce. Lentement. Centimètre par centimètre. Jusqu’au bout. On reste immobiles un long moment, le front collé, à respirer.

Puis je commence à bouger sous lui. Petits mouvements de bassin. Il suit. Il ne force rien. Quand je veux plus profond, je le tire par les fesses. Quand je veux plus lent, je pose une main sur sa hanche et j’appuie. Il obéit à chaque fois, avec une concentration presque comique, comme s’il craignait de rater un temps.

La maladresse est là. Le lit est trop étroit. Son genou glisse une fois. Je ris contre son épaule. Il rit aussi, le visage dans mon cou. Puis le rire s’éteint. Le désir devient plus lourd, plus précis. Je sens chaque va-et-vient. Je sens qu’il retient, qu’il attend que je décide.

Je jouis la première, les jambes serrées autour de lui, un gémissement long que j’étouffe dans sa peau. Les contractions le serrent. Il attend que ça passe. Puis il reprend, plus profond, plus irrégulier. Je le sens arriver. Je le garde enfoncé jusqu’au bout pendant qu’il jouit, le souffle chaud contre mon oreille, les bras qui tremblent un peu.

On reste collés. Sa main est encore entre nous, posée à plat sur mon ventre, comme pour vérifier que tout est toujours vert. Je ne la retire pas.

Vers quatre heures, je me redresse trop vite dans le noir et je me cogne le front contre la pente du plafond. Je jure en italien. Bastien se met à rire tellement fort qu’il doit enfoncer la tête dans l’oreiller pour ne pas réveiller tout l’étage.

— Maintenant, tu sais, dit-il.
— Je ne sais pas comment tu fais pour vivre ici.
— Je me cogne.

Je me rallonge contre lui. Le lit est trop étroit pour deux, on est obligés de dormir à moitié l’un sur l’autre, et je ne dors pas vraiment. J’écoute sa respiration, la même que sur les tapis bleus, inspirer sur quatre, expirer sur six. À un moment, je me rends compte que je respire à son rythme sans l’avoir cherché.

À cinq heures, je me rhabille dans le noir. Il ouvre un œil.

— Tu pars ?
— Maquillage à sept heures. Et personne ne doit le savoir.
— Personne, répète-t-il.

Je descends au deuxième par l’escalier, pieds nus, mes chaussures à la main. Le couloir à losanges est vide. Une ampoule sur trois fonctionne toujours. Devant ma porte, je m’arrête une seconde à l’endroit exact où Damien m’a coincée, il y a deux semaines. J’attends de sentir quelque chose.

Il ne se passe rien. J’ouvre ma porte et je rentre dormir une heure.

Les avis des lecteurs

Soyez le premier à donner votre avis après lecture sur cette histoire érotique...

Réagissez à l'histoire après lecture
Votre avis sur cette histoire :
Vous êtes :
Indiquez votre adresse mail si vous souhaitez la communiquer à l'auteur de l'histoire.

Dernières histoires érotiques publiées par Pelec

Scène 47 : Chapitre 13 - Premier jour - Récit érotique publié le 05-11-2026
Scène 47 : Chapitre 12 - Hors texte - Récit érotique publié le 04-11-2026
Scène 47 : Chapitre 11 - Pourpre - Récit érotique publié le 02-11-2026
Scène 47 : Chapitre 10 - Le lac - Récit érotique publié le 31-10-2026
Scène 47 : Chapitre 8 - Carnet - Récit érotique publié le 30-10-2026
Scène 47 : Chapitre 8 - Les gestes - Récit érotique publié le 29-10-2026
Scène 47 : Chapitre 7 - Scène 12 - Récit érotique publié le 28-10-2026
Scène 47 : Chapitre 6 - Mot d’arrêt - Récit érotique publié le 27-10-2026
Scène 47 : Chapitre 5 - Le remplaçant - Récit érotique publié le 25-10-2026
Scène 47 : Chapitre 4 - Dans l’heure - Récit érotique publié le 24-10-2026