Scène 47 : Chapitre 14 - Prise 6
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 07-11-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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[Bastien]
Le jour où on tourne la scène 12, Maud m’explique comment fonctionne un cache-sexe masculin.
C’est une sorte de poche en tissu couleur chair, avec une bande adhésive pour la peau et des petits cordons dont je ne comprends pas tout de suite l’usage. Elle me le tend dans une enveloppe en papier kraft, à neuf heures du matin, dans la loge du premier, avec la même voix que si elle me tendait une feuille de service. Je le regarde longtemps.
— Il y a un sens ?
— Il y a un sens. Je te montre sur le schéma, et tu le mets seul dans la salle de bain. Si ça tient mal, tu m’appelles, je t’explique à travers la porte.
Il tient mal. Je l’appelle. Elle m’explique à travers la porte. Quand je ressors en peignoir, elle me demande si je peux marcher, m’asseoir et me mettre à genoux sans que rien ne bouge. Je fais les trois devant elle. Elle hoche la tête.
— Je ressemble à une statue grecque qui aurait eu un accident de lessive.
— Tu ressembles à un comédien au travail, dit-elle.
Elle ne sourit pas, mais j’ai l’impression qu’elle en a envie.
–––
La chambre de Claire et Simon, c’est la 402, au quatrième, celle d’où vient le lit en fer. La déco l’a remise en place avec les draps fatigués, une lampe de chevet en céramique jaune et des affiches de films punaisées au mur. Il y fait très chaud : Maud a exigé qu’on monte deux radiateurs électriques supplémentaires, parce qu’on va passer des heures en sous-vêtements.
Plateau fermé. Hugo, Lou, Maud, et Tiago le perchman, un grand type silencieux qui tient sa perche au-dessus de nous sans jamais trembler et que je n’ai pas entendu dire trois mots depuis le début du tournage. Les autres attendent dans le couloir avec un moniteur et des thermos. Avant qu’on commence, Maud prend Elena à part, puis moi, et nous pose la même question à chacun, à voix basse : est-ce que ce qu’on a fixé tient toujours ? Je dis oui. Je la regarde repartir vers Elena, et je me demande ce qu’Elena lui répond. De loin, je la vois hocher la tête deux fois, puis dire quelque chose de plus long, en montrant sa hanche du bout des doigts. Maud note au crayon. Je ne saurai jamais ce qu’elles se sont dit, et je trouve que c’est très bien comme ça.
Hugo ne veut pas de nudité dans la 12. Il dit que c’est une scène de rire et pas une scène de corps, et qu’on aura bien assez de corps dans la 47. Sous son pull, Elena garde un soutien-gorge de coton gris, de ceux qu’on achète par trois. Sous le mien, j’ai le t-shirt de Simon et, en dessous, l’accident de lessive.
Première prise. La porte, les six pas, la chute sur le lit.
Je sais tout de suite que ça ne va pas, avant même que Hugo dise « coupez » au temps six. Ma main droite a trouvé sa nuque sans la chercher. Ma main gauche est passée sous son pull et s’est posée sur sa hanche comme on pose la main sur la rampe d’un escalier qu’on descend tous les jours. Il y a quatre nuits que je connais cette hanche. Je connais le petit grain de beauté sur le côté, près du nombril, que j’ai trouvé la première nuit en l’embrassant et qu’elle m’a dit n’avoir jamais remarqué. Mes mains le savent, et elles ne savent plus faire semblant de ne pas le savoir.
Hugo vient s’accroupir à côté du lit.
— C’est bien. Mais tu la touches comme si tu la connaissais déjà. Simon ne la connaît pas encore. C’est la première fois. Il découvre tout, il a peur de mal faire. Là, on dirait qu’il l’a déjà fait cent fois.
J’ai chaud d’un coup, et ce ne sont pas les radiateurs. Je hoche la tête. Je n’ose pas regarder Elena. Est-ce qu’il sait ? Non. Il ne peut pas savoir. Il parle de jeu, il ne parle que de jeu, c’est son métier de voir ce genre de chose sur un visage sans savoir d’où ça vient.
Deuxième prise. Troisième. J’essaie de désapprendre. Je me force à hésiter, et ça se voit que je me force. À la quatrième, je suis tellement occupé à ne pas connaître son corps que je deviens raide comme un piquet, et Elena éclate de rire sous le pull au temps quatre, pas le rire de Claire, le sien, parce que je lui tiens les manches comme on tient les poignées d’une brouette.
— Coupez, dit Hugo, et même lui rit un peu.
Pendant qu’on remet le lit en place, Elena se penche vers moi, si près que seul Tiago pourrait l’entendre, et Tiago n’entend jamais rien.
— Arrête de me connaître, souffle-t-elle.
— J’essaie.
— Essaie moins.
Entre les prises, Maud nous tend nos peignoirs dès que Hugo dit « coupez ». C’est la règle : on ne reste pas une seconde de trop à moitié nus pendant que les techniciens discutent autour de nous. Elle vérifie avec Elena, puis avec moi, que tout va bien. Elle recolle un coin de mon adhésif qui se décolle, sans un mot, pendant que je regarde très fixement la lampe jaune.
Avant la cinquième, pendant qu’on refait les éclairages, je m’assois au bord du lit en peignoir et je repense à la première répétition, dans la salle de bal. Je lui avais marché sur le pied au quatrième pas. Quarante-six, ça se voit. Je ne savais rien d’elle ce jour-là, ni la couleur de ses yeux de près, ni la façon dont elle tient son crayon, ni ce qu’elle dit en italien quand elle se cogne. Je cherche l’homme qui ne savait rien.
La cinquième est meilleure. Hugo dit qu’on y est presque.
La sixième, je ne sais pas ce qui se passe.
Contre la porte, avant le premier baiser, j’hésite. La demi-seconde que Hugo a demandée pendant les répétitions. Mais cette fois, je ne la joue pas : j’ai peur pour de vrai. Peur que tout le monde voie, sur ma figure, ce qui se passe au troisième étage depuis quatre nuits. Peur qu’Elena le voie aussi, ce que j’ai sur la figure, et qu’elle n’en veuille pas. L’hésitation dure une demi-seconde, peut-être un peu plus, et Simon n’est plus sûr de rien, et moi non plus.
Le reste s’enchaîne. Le pull, le rire. Elle glisse du lit côté fenêtre. Je me retourne vers la gauche, je me penche par-dessus le bord. Elle est en bas, sur le parquet de la 402, les cheveux pleins d’électricité, et elle me regarde.
Dans la scène, c’est là que Simon comprend qu’il l’aime.
Je la regarde deux secondes, peut-être trois. Je ne sais plus du tout ce que je joue. Je tends la main.
— Coupez. C’est celle-là.
Personne ne bouge dans la chambre. Lou abaisse sa caméra très lentement. Maud tend les peignoirs. Hugo se lève et sort dans le couloir sans rien dire, et on l’entend se moucher bruyamment derrière la porte.
Elena enfile son peignoir, s’assoit sur le lit à côté de moi et regarde droit devant elle.
— Tu as fait quoi, à la six ?
— Je ne sais pas.
C’est la réponse la plus honnête que j’aie jamais faite à une partenaire.
–––
Au dîner, Hugo lève son verre et boit « à la prise 6 », sans rien ajouter. Tout le monde boit avec lui, même ceux qui n’étaient pas dans la chambre et qui n’ont vu la scène que sur le petit moniteur du couloir. Karim me donne une tape dans le dos. Inès me dit, très sérieusement, que j’ai tendu la main exactement au même moment que pendant les répétitions, à un dixième de seconde près, qu’elle l’a chronométré. Je la remercie. Je ne sais pas si c’est un compliment.
Le soir, c’est elle qui me fait monter chez elle. Sa chambre est plus grande que la mienne, avec un vrai plafond, une vue sur le lac et le napperon au crochet qu’elle n’a toujours pas enlevé de la commode. Elle ferme la porte, met la chaîne, et se tourne vers moi avec un air que je ne lui connais pas encore, moitié sérieux, moitié moqueur.
— Temps un, dit-elle. La porte.
Je souris. Je m’approche. Main droite sur sa nuque, main gauche sur sa hanche, par-dessus le pull. Trois secondes. Je compte à voix haute, exprès.
— Un… deux… trois.
Elle rit. On s’embrasse quand même, plus longtemps que les trois secondes. Ses dents accrochent ma lèvre. Je la fais reculer vers le lit.
— Temps deux. Six pas.
On compte ensemble, en marchant. Un, deux, trois… Au quatrième elle me marche sur le pied exprès. On éclate de rire. Je la soulève un peu pour rattraper les deux derniers pas. On tombe sur le lit, elle d’abord, moi ensuite, en appui sur les avant-bras.
— Temps quatre, dit-elle, déjà le souffle un peu court. Le pull.
Je tire le sien. Il reste coincé sur sa tête. Elle se débat en riant, les bras en l’air, les seins découverts. Je n’arrive plus à compter. Je l’embrasse à travers le tissu, sur la bouche, sur le menton. Elle sort enfin la tête, les cheveux électriques, les joues rouges.
— Tu as oublié les temps, accuse-t-elle.
— Complètement.
On abandonne le script.
Elle tire mon t-shirt, mon jean, mon boxer. Je tire le reste des siens. On se retrouve nus, face à face, à genoux sur le lit. Elle me pousse sur le dos et s’assoit à califourchon. Elle me prend en main, me guide, s’enfonce d’un seul mouvement lent. On reste immobiles une seconde, le front collé, à rire encore un peu de rien.
Puis elle commence à bouger. Plus librement que dans aucune chorégraphie. Elle roule les hanches, se penche, m’embrasse, se redresse. Ses seins bougent devant mon visage. Je les prends dans mes mains, je les suce un instant. Elle gémit pour de vrai. Le rire s’est arrêté quelque part entre le troisième et le quatrième mouvement.
Je la retourne. Elle se laisse faire. Je m’enfonce plus profond. Elle accroche ses jambes dans mon dos. On ne compte plus rien. Les va-et-vient sont irréguliers, parfois trop rapides, parfois trop lents, juste ce qu’on veut. Sa main glisse entre nous, trouve son clitoris, le frotte en même temps. Je sens les premières contractions. Elle jure tout bas en italien. Je ris contre son cou. Elle rit aussi, puis le rire devient un gémissement long.
Elle jouit en me serrant très fort, les ongles dans mon dos. Je la suis presque tout de suite, enfoncé jusqu’au bout, le visage dans ses cheveux, en sentant chaque pulsation.
On reste collés. Elle passe une main dans mes cheveux, distraite, tendre. Le jeu a cessé d’en être un quelque part au milieu. On le sait tous les deux. On ne le dit pas.
Plus tard, elle dort sur le ventre, la joue sur mon bras qui ne sent plus rien. Je n’ose pas le retirer. Je regarde le plafond, qui est loin, pour une fois, et je me demande quels gestes, aujourd’hui, appartenaient à Simon et lesquels étaient à moi. À la sixième prise, je crois qu’il n’y avait plus de différence. Je ne sais pas si c’est ce qu’on appelle bien jouer, ou si c’est exactement le contraire.
Sur la table de nuit, mon téléphone s’allume une seconde. Un message de Jeanne, le deuxième cette semaine. Tu es vivant ? Je ne lui ai pas répondu au premier.
Je tape d’une seule main, pour ne pas réveiller Elena. Vivant. Très occupé. Je t’appelle dimanche.
Je sais déjà que je ne l’appellerai pas dimanche.
Le jour où on tourne la scène 12, Maud m’explique comment fonctionne un cache-sexe masculin.
C’est une sorte de poche en tissu couleur chair, avec une bande adhésive pour la peau et des petits cordons dont je ne comprends pas tout de suite l’usage. Elle me le tend dans une enveloppe en papier kraft, à neuf heures du matin, dans la loge du premier, avec la même voix que si elle me tendait une feuille de service. Je le regarde longtemps.
— Il y a un sens ?
— Il y a un sens. Je te montre sur le schéma, et tu le mets seul dans la salle de bain. Si ça tient mal, tu m’appelles, je t’explique à travers la porte.
Il tient mal. Je l’appelle. Elle m’explique à travers la porte. Quand je ressors en peignoir, elle me demande si je peux marcher, m’asseoir et me mettre à genoux sans que rien ne bouge. Je fais les trois devant elle. Elle hoche la tête.
— Je ressemble à une statue grecque qui aurait eu un accident de lessive.
— Tu ressembles à un comédien au travail, dit-elle.
Elle ne sourit pas, mais j’ai l’impression qu’elle en a envie.
–––
La chambre de Claire et Simon, c’est la 402, au quatrième, celle d’où vient le lit en fer. La déco l’a remise en place avec les draps fatigués, une lampe de chevet en céramique jaune et des affiches de films punaisées au mur. Il y fait très chaud : Maud a exigé qu’on monte deux radiateurs électriques supplémentaires, parce qu’on va passer des heures en sous-vêtements.
Plateau fermé. Hugo, Lou, Maud, et Tiago le perchman, un grand type silencieux qui tient sa perche au-dessus de nous sans jamais trembler et que je n’ai pas entendu dire trois mots depuis le début du tournage. Les autres attendent dans le couloir avec un moniteur et des thermos. Avant qu’on commence, Maud prend Elena à part, puis moi, et nous pose la même question à chacun, à voix basse : est-ce que ce qu’on a fixé tient toujours ? Je dis oui. Je la regarde repartir vers Elena, et je me demande ce qu’Elena lui répond. De loin, je la vois hocher la tête deux fois, puis dire quelque chose de plus long, en montrant sa hanche du bout des doigts. Maud note au crayon. Je ne saurai jamais ce qu’elles se sont dit, et je trouve que c’est très bien comme ça.
Hugo ne veut pas de nudité dans la 12. Il dit que c’est une scène de rire et pas une scène de corps, et qu’on aura bien assez de corps dans la 47. Sous son pull, Elena garde un soutien-gorge de coton gris, de ceux qu’on achète par trois. Sous le mien, j’ai le t-shirt de Simon et, en dessous, l’accident de lessive.
Première prise. La porte, les six pas, la chute sur le lit.
Je sais tout de suite que ça ne va pas, avant même que Hugo dise « coupez » au temps six. Ma main droite a trouvé sa nuque sans la chercher. Ma main gauche est passée sous son pull et s’est posée sur sa hanche comme on pose la main sur la rampe d’un escalier qu’on descend tous les jours. Il y a quatre nuits que je connais cette hanche. Je connais le petit grain de beauté sur le côté, près du nombril, que j’ai trouvé la première nuit en l’embrassant et qu’elle m’a dit n’avoir jamais remarqué. Mes mains le savent, et elles ne savent plus faire semblant de ne pas le savoir.
Hugo vient s’accroupir à côté du lit.
— C’est bien. Mais tu la touches comme si tu la connaissais déjà. Simon ne la connaît pas encore. C’est la première fois. Il découvre tout, il a peur de mal faire. Là, on dirait qu’il l’a déjà fait cent fois.
J’ai chaud d’un coup, et ce ne sont pas les radiateurs. Je hoche la tête. Je n’ose pas regarder Elena. Est-ce qu’il sait ? Non. Il ne peut pas savoir. Il parle de jeu, il ne parle que de jeu, c’est son métier de voir ce genre de chose sur un visage sans savoir d’où ça vient.
Deuxième prise. Troisième. J’essaie de désapprendre. Je me force à hésiter, et ça se voit que je me force. À la quatrième, je suis tellement occupé à ne pas connaître son corps que je deviens raide comme un piquet, et Elena éclate de rire sous le pull au temps quatre, pas le rire de Claire, le sien, parce que je lui tiens les manches comme on tient les poignées d’une brouette.
— Coupez, dit Hugo, et même lui rit un peu.
Pendant qu’on remet le lit en place, Elena se penche vers moi, si près que seul Tiago pourrait l’entendre, et Tiago n’entend jamais rien.
— Arrête de me connaître, souffle-t-elle.
— J’essaie.
— Essaie moins.
Entre les prises, Maud nous tend nos peignoirs dès que Hugo dit « coupez ». C’est la règle : on ne reste pas une seconde de trop à moitié nus pendant que les techniciens discutent autour de nous. Elle vérifie avec Elena, puis avec moi, que tout va bien. Elle recolle un coin de mon adhésif qui se décolle, sans un mot, pendant que je regarde très fixement la lampe jaune.
Avant la cinquième, pendant qu’on refait les éclairages, je m’assois au bord du lit en peignoir et je repense à la première répétition, dans la salle de bal. Je lui avais marché sur le pied au quatrième pas. Quarante-six, ça se voit. Je ne savais rien d’elle ce jour-là, ni la couleur de ses yeux de près, ni la façon dont elle tient son crayon, ni ce qu’elle dit en italien quand elle se cogne. Je cherche l’homme qui ne savait rien.
La cinquième est meilleure. Hugo dit qu’on y est presque.
La sixième, je ne sais pas ce qui se passe.
Contre la porte, avant le premier baiser, j’hésite. La demi-seconde que Hugo a demandée pendant les répétitions. Mais cette fois, je ne la joue pas : j’ai peur pour de vrai. Peur que tout le monde voie, sur ma figure, ce qui se passe au troisième étage depuis quatre nuits. Peur qu’Elena le voie aussi, ce que j’ai sur la figure, et qu’elle n’en veuille pas. L’hésitation dure une demi-seconde, peut-être un peu plus, et Simon n’est plus sûr de rien, et moi non plus.
Le reste s’enchaîne. Le pull, le rire. Elle glisse du lit côté fenêtre. Je me retourne vers la gauche, je me penche par-dessus le bord. Elle est en bas, sur le parquet de la 402, les cheveux pleins d’électricité, et elle me regarde.
Dans la scène, c’est là que Simon comprend qu’il l’aime.
Je la regarde deux secondes, peut-être trois. Je ne sais plus du tout ce que je joue. Je tends la main.
— Coupez. C’est celle-là.
Personne ne bouge dans la chambre. Lou abaisse sa caméra très lentement. Maud tend les peignoirs. Hugo se lève et sort dans le couloir sans rien dire, et on l’entend se moucher bruyamment derrière la porte.
Elena enfile son peignoir, s’assoit sur le lit à côté de moi et regarde droit devant elle.
— Tu as fait quoi, à la six ?
— Je ne sais pas.
C’est la réponse la plus honnête que j’aie jamais faite à une partenaire.
–––
Au dîner, Hugo lève son verre et boit « à la prise 6 », sans rien ajouter. Tout le monde boit avec lui, même ceux qui n’étaient pas dans la chambre et qui n’ont vu la scène que sur le petit moniteur du couloir. Karim me donne une tape dans le dos. Inès me dit, très sérieusement, que j’ai tendu la main exactement au même moment que pendant les répétitions, à un dixième de seconde près, qu’elle l’a chronométré. Je la remercie. Je ne sais pas si c’est un compliment.
Le soir, c’est elle qui me fait monter chez elle. Sa chambre est plus grande que la mienne, avec un vrai plafond, une vue sur le lac et le napperon au crochet qu’elle n’a toujours pas enlevé de la commode. Elle ferme la porte, met la chaîne, et se tourne vers moi avec un air que je ne lui connais pas encore, moitié sérieux, moitié moqueur.
— Temps un, dit-elle. La porte.
Je souris. Je m’approche. Main droite sur sa nuque, main gauche sur sa hanche, par-dessus le pull. Trois secondes. Je compte à voix haute, exprès.
— Un… deux… trois.
Elle rit. On s’embrasse quand même, plus longtemps que les trois secondes. Ses dents accrochent ma lèvre. Je la fais reculer vers le lit.
— Temps deux. Six pas.
On compte ensemble, en marchant. Un, deux, trois… Au quatrième elle me marche sur le pied exprès. On éclate de rire. Je la soulève un peu pour rattraper les deux derniers pas. On tombe sur le lit, elle d’abord, moi ensuite, en appui sur les avant-bras.
— Temps quatre, dit-elle, déjà le souffle un peu court. Le pull.
Je tire le sien. Il reste coincé sur sa tête. Elle se débat en riant, les bras en l’air, les seins découverts. Je n’arrive plus à compter. Je l’embrasse à travers le tissu, sur la bouche, sur le menton. Elle sort enfin la tête, les cheveux électriques, les joues rouges.
— Tu as oublié les temps, accuse-t-elle.
— Complètement.
On abandonne le script.
Elle tire mon t-shirt, mon jean, mon boxer. Je tire le reste des siens. On se retrouve nus, face à face, à genoux sur le lit. Elle me pousse sur le dos et s’assoit à califourchon. Elle me prend en main, me guide, s’enfonce d’un seul mouvement lent. On reste immobiles une seconde, le front collé, à rire encore un peu de rien.
Puis elle commence à bouger. Plus librement que dans aucune chorégraphie. Elle roule les hanches, se penche, m’embrasse, se redresse. Ses seins bougent devant mon visage. Je les prends dans mes mains, je les suce un instant. Elle gémit pour de vrai. Le rire s’est arrêté quelque part entre le troisième et le quatrième mouvement.
Je la retourne. Elle se laisse faire. Je m’enfonce plus profond. Elle accroche ses jambes dans mon dos. On ne compte plus rien. Les va-et-vient sont irréguliers, parfois trop rapides, parfois trop lents, juste ce qu’on veut. Sa main glisse entre nous, trouve son clitoris, le frotte en même temps. Je sens les premières contractions. Elle jure tout bas en italien. Je ris contre son cou. Elle rit aussi, puis le rire devient un gémissement long.
Elle jouit en me serrant très fort, les ongles dans mon dos. Je la suis presque tout de suite, enfoncé jusqu’au bout, le visage dans ses cheveux, en sentant chaque pulsation.
On reste collés. Elle passe une main dans mes cheveux, distraite, tendre. Le jeu a cessé d’en être un quelque part au milieu. On le sait tous les deux. On ne le dit pas.
Plus tard, elle dort sur le ventre, la joue sur mon bras qui ne sent plus rien. Je n’ose pas le retirer. Je regarde le plafond, qui est loin, pour une fois, et je me demande quels gestes, aujourd’hui, appartenaient à Simon et lesquels étaient à moi. À la sixième prise, je crois qu’il n’y avait plus de différence. Je ne sais pas si c’est ce qu’on appelle bien jouer, ou si c’est exactement le contraire.
Sur la table de nuit, mon téléphone s’allume une seconde. Un message de Jeanne, le deuxième cette semaine. Tu es vivant ? Je ne lui ai pas répondu au premier.
Je tape d’une seule main, pour ne pas réveiller Elena. Vivant. Très occupé. Je t’appelle dimanche.
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